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 La vie qui nous attend [Jeremy & Juliet]

Juliet E. BakerSans emploiEn ligneavatar
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Dernière édition par Juliet E. Baker le Mar 24 Avr 2018 - 23:35, édité 2 fois
17 avril 2010

« C’est l’heure de dormir ma chérie… » murmura Juliet en déposant un baiser sur le front de sa fille qui se frottait déjà les yeux.

« Pas fatiguée ! » rétorqua Gabrielle en étouffant un bâillement avec son petit poing et en adoptant une moue boudeuse.

« Ah bon ? » fit mine de s’étonner Juliet, alors qu’elle avait le droit à la même histoire à chaque coucher depuis quelques jours. « Mais je pense que Simba est très fatigué lui… Regarde, il a très envie de dormir ! » déclara-t-elle en berçant la peluche, avant de la tendre à sa fille qui la serra contre son cœur.

En caressant doucement le dos de sa fille qui fermait petit à petit les yeux, Juliet laissa un doux sourire s’afficher sur ses lèvres. Dès son plus jeune âge, la jeune femme avait toujours su que plus tard, elle voudrait des enfants. Mais jamais elle n’avait envisagé que ce lien soit si fort, si certain, si magnifique. Malgré les pleurs, malgré les doutes, malgré la fatigue, malgré les incertitudes du quotidien, dès que Juliet posait le regard sur sa fille, elle savait. Elle savait qu’elle avait fait un choix, certes difficile, mais qui la comblait.

La respiration de Gabrielle se fit de plus en plus profonde, et Juliet décida de quitter la chambre de sa fille sur la pointe des pieds – en faisant attention à ne pas trébucher sur l’un des nombreux jouets qui traînaient joyeusement par terre, prêts à vous transpercer le pied au moindre faux-pas. La jeune femme gagna la cuisine et se dirigea vers le réfrigérateur. Examinant le contenu, Juliet tendit sa main vers une bièraubeurre, avant de se raviser et de se saisir d’un jus de fruit. Elle ouvrit la bouteille pour se servir d’un grand verre, et alla s’assoir dans son gros fauteuil préféré.

Tout en sirotant son jus d’orange, Juliet savoura le calme qui régnait sur la maison. Avoir un enfant n’était pas de tout repos, en effet, notamment au niveau sonore. Depuis qu’elle savait parler à peu près, Gabrielle se faisait un grand plaisir d’exprimer son avis dès qu’elle le pouvait, souvent avec des mots qui n’étaient pas appropriés à la situation mais qu’elle appréciait particulièrement. Elever un enfant n’était en effet pas une chose aisée. Alors deux ? Juliet ferma brièvement les yeux en posant une main tremblante sur son ventre.

Enceinte, une fois de plus. Une fois de trop ? Elle secoua doucement la tête, alors que les mots qu’elle avait eus avec son médecin tournaient encore dans son esprit. Après avoir compté quelques jours de retard dans son cycle, Juliet avait décidé d’aller faire une prise de sang pour se rassurer sur la situation. Il n’y avait aucune raison qu’elle puisse être enceinte, vraiment aucune. Mais elle préférait en avoir la confirmation rapidement pour pouvoir penser à autre chose. Quand son médecin l’avait appelé pour prendre un rendez-vous avec elle, la jeune femme avait commencé à avoir quelques doutes, visiblement bien fondés. Vous êtes enceinte avait annoncé le médecin à une Juliet incrédule. Ce n’est pas possible docteur, il doit y avoir une erreur, avait-elle répondu, surprise, en fouillant sa mémoire. Le sang ne peut pas mentir, madame, vous êtes vraiment enceinte.

Sa tête avait tourné pendant de longues secondes, l’esprit vide, avant que Juliet ne reprenne les choses en main. « Depuis combien de temps ? » Environ un mois. D’accord. « Vous n’avez pas eu d’oubli ? » Non. Depuis le scandale des potions Chaudrillon, Juliet avait programmé une alarme qui sonnait tous les jours à 19h pour lui rappeler de prendre sa contraception. Elle n’avait pas pu oublier, ce n’était pas possible.

Sauf quand… « J’ai été malade, il y a un mois » avait-elle avoué d’une voix enrouée. Elle s’était réveillée en plein milieu de la nuit, et avait passé les deux heures suivantes à vomir, avant de se recoucher, tremblante et fiévreuse. Durant les trois suivants, sa fièvre était montée à 40°C, avant de redescendre doucement, la laissant confuse et abattue.

« C’est sûrement ça. En vomissant, votre corps a rejeté le contraceptif. Et si vous avez eu des rapports sexuels durant les quatre jours précédents, le risque est présent. » Et évidemment, si le risque était présent, il était avéré pour Juliet, songea-t-elle avec ironie.

Elle avait porté cette nouvelle toute la journée, tiraillée par des sentiments contradictoires. Elle ne savait que faire, ne parvenait pas à savoir si elle devait se réjouir ou non, pleurer ou non.

Alors elle avait décidé d’attendre le retour de Jeremy. Cette nouvelle ne la concernait pas seulement elle et la perspective de pouvoir en parler à son mari la rassurait. Jeremy et Juliet avaient toujours été une équipe forte, soudée, amoureuse. Un couple que rien, ni le temps ni les épreuves, n’était parvenus à séparer. Elle avait une confiance aveugle en lui et son jugement, et savait que même si une telle nouvelle n’était pas prévue, ils sauraient en parler calmement et envisager les choses de la bonne façon.

Le bruit de la porte d’entrée la tira de ces pensées. Son regard se posa sur son mari, affairé à se débarrasser de ses affaires. Elle esquissa un sourire en contemplant l’homme qu’elle aimait depuis plusieurs années.

« Hello mon amour, » lança-t-elle d’une voix douce. « Alors ta journée ? »



Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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"Tu as bientôt fini ?"

La voix de Jeremy raisonna dans la bibliothèque silencieuse. La pièce était plongée dans l'obscurité, à l'exception de leur petit îlot de lumière. Installée face à lui, Rosaleen travaillait consciencieusement à la lueur des bougies, depuis maintenant plus de deux heures. Le regard las de Jeremy se promena un instant sur les gros manuels qui s'empilaient sur leurs deux bureaux, avant de revenir se poser sur la première dame. Cette dernière cligna des paupières, comme pour mieux revenir à la réalité, et massa sa nuque endolorie.

"Oui... Enfin, non, mais je n'avais pas vu l'heure, il serait temps de rentrer. Leopold va m'attendre."

Comme toujours lorsque Rosaleen évoquait son odieux mari, Jeremy se retint de grimacer ni de faire le moindre commentaire. Ce n'était pourtant pas l'envie qui manquait, ni les idées - par exemple, Rosaleen ne pourrait-elle pas pratiquer ses dons de métamorphose en le transformant en cloporte ? Selon lui, ce serait un véritable progrès !

"Oui, ils vont bientôt fermer les grilles et on va se retrouver enfermés", répondit Jeremy avant de bailler aux corneilles. Il se mit à reboucher son encrier et à ranger ses affaires dans sa sacoche en cuir de dragon. "J'ai enfin terminé mon devoir, mais j'ai l'impression que ce n'est pas fameux... et il faudrait encore que je prépare mon cours de demain mais j'ai l'impression que mes neurones vont se liquéfier si je réfléchis une minute de plus."

Les deux amis rangèrent leurs chaises, éteignirent les bougies puis quittèrent la pièce tout en discutant. Plus exactement, Jeremy ronchonnait et Rosaleen écoutait, en lui prodiguant un ou deux conseils. Jeremy appréciait ces soirées de travail avec elle, où ils se soutenaient psychologiquement par leur seule présence, mais elles se faisaient rares. Entre Nicholas et Gabrielle, les deux jeunes parents devaient jongler entre leurs études et les couches à changer... Au-delà, Jeremy appréciait aussi la compagnie des gardes-du-corps de Rosaleen, qui lui permettaient de traverser Bristol depuis Lycaon jusqu'au check-point sans risquer quoi que ce soit. A vrai dire, les choses avaient radicalement changé depuis son admission en première année : il ne profitait plus jamais de Bristol, de ses bars ou de ses restaurants, se contentant du strict trajet jusqu'à l'académie. Entre Cosmos, Brisol et Poudlard, il ne comptait plus ses trajets et accumulait la fatigue lié aux transplanages et aux décalages permanents.

Comme l'heure était tardive, ils n'eurent pas à attendre pour passer le check-point et purent se dire au-revoir. Jeremy se concentra et transplana directement devant son immeuble flambant neuf. La nuit y était plus fraîche qu'à Bristol, et il se hâta de rentrer à l'intérieur du bâtiment pour monter les escaliers. Avec un soupir intérieur, il songea qu'il avait certainement loupé le coucher de Gabrielle. Cela commençait à devenir une habitude. Entre ses soirées de travail et ses nuits de garde à l'école, les soirées avec sa famille devenaient quasiment une exception, sans compter les quelques parties de Quidditch qu'il s'offrait parfois avec Jonah et sa bande. Enfin, le week-end approchait et il allait pouvoir se poser un peu avec sa famille.

Jeremy ouvrit doucement la porte de chez lui, prenant garde au bruit pour ne pas réveiller la petite. A gestes las, il se débarrassa de sa sacoche lourde et de son manteau, puis regagna le salon. La vision familière de Juliet, pelotonnée dans son fauteuil préféré, lui procura aussitôt une sensation de réconfort.

"Bonsoir, ma chérie", dit-il en lui rendant son sourire, avant de se pencher pour l'embrasser.

Jeremy se laissa tomber lourdement dans son canapé moelleux, et poussa un soupir de soulagement. Il sentait la fatigue dans tous ses membres, et une migraine poindre dans son crâne, mais il n'avait pas envie d'embêter Juliet avec ses problèmes. Après tout, elle s'était occupée de la maison en son absence, tandis qu'il s'occupait de ses études... Alors, comme il en avait régulièrement pris l'habitude, il gardait ses plaintes pour lui - ou pour ses amis.

"Ça a été, rien de spécial, les cours se sont bien passés. Et la tienne ? La petite est au lit ?"



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Juliet rendit son baiser à Jeremy avant de laisser un léger sourire flotter sur ses lèvres, alors que le poids qu’elle avait sur le cœur s’allégeait considérablement. Elle avait passé la journée à se torturer l’esprit, à se poser des centaines de questions sur l’avenir, sur la décision à prendre, sur la façon dont elle allait annoncer la nouvelle à Jeremy. Maintenant que ce dernier était là, en face d’elle, la jeune femme se sentait rassurée, soulagée, de ne plus avoir à porter cela seule.

« Ça a été. » répondit-elle d’un ton neutre. « Oui, elle doit dormir normalement. » lança-t-elle en tendant l’oreille. Rassurée par le silence qui régnait dans la maison, elle poursuivit : « Elle est toujours aussi difficile à mettre au lit… Je suis sûre qu’elle sera aussi butée que toi. » commenta Juliet avec un grand sourire innocent, bien consciente que sa fille avait deux parents typiquement Gryffondor, avec le caractère qui allait avec.

Quittant son fauteuil pour se blottir contre Jeremy dans leur canapé, Juliet sentit son cœur rater un battement. Elle resta muette, savourant l’étreinte.

Enceinte… La nouvelle lui semblait toujours aussi ahurissante. Elle n’avait pas prévu cela – pas plus qu’elle n’avait prévu sa première grossesse – et elle avait du mal à s’habituer à la nouvelle. Cela bouleversait tellement de choses, tellement de convictions, ainsi que toutes les esquisses de plans d’avenir que Jeremy et elle avaient pu bâtir jusqu’ici. A commencer par sa carrière, songea-t-elle en triturant un bracelet à son poignet. Après avoir quitté Flaquemare lorsqu’elle avait appris sa première grossesse, Juliet avait longtemps hésité sur son choix de carrière, pour finalement être tentée par une carrière d’Auror. Mais avec les circonstances politiques actuelles, la jeune femme désirait se tenir le plus loin possible du ministère. Et puis, il y avait toujours cette passion pour le Quidditch qui ne l’avait jamais quitté, qui tournait en boucle dans sa tête. Quelques mois auparavant, la jeune femme avait repris contact avec Alexia, une de ses coéquipières lorsqu’elle jouait pour l’équipe de Flaquemare. Au cours d’une de leur rencontre, Juliet lui avait fait part de son envie de rejouer au sein d’une équipe. Depuis, trois fois par semaine, la jeune femme confiait Gabrielle à sa mère ou à Théo et rejoignait l’équipe de Flaquemare pour ses entraînements amicaux. Si elle peinait à retrouver son niveau d’antan, Juliet sentait qu’elle progressait. Et la sensation de voler à nouveau lui procurait un bonheur indescriptible. La jeune femme était persuadée qu’elle pouvait retrouver un niveau suffisant pour intéresser à nouveau les équipes professionnelles. A vrai dire, c’était ce dont elle avait envie.

Du moins, c’était ce qu’elle pensait, quelques jours avant. Après sa visite médicale qui avait eu lieu dans la matinée, Juliet n’était plus sûre de rien. Que voulait-elle faire ? Que pouvait-elle faire ? Que se sentait-elle capable de faire ? Toutes ces questions tournaient en boucle dans son esprit, sans relâche. Elle les chassa en secouant légèrement la tête tout en se redressant. Elle devait avant tout en parler à la personne qui était tout aussi concerné qu’elle.

« Jerem, il faut que je te parle de quelque chose. » commença-t-elle d’une voix douce, alors qu’elle saisissait sa main. « C’est important. »

Elle ne savait pas par où commencer. Les femmes étaient tout de même moins bien loties, songea-t-elle ironiquement. Elles apprenaient cette nouvelle au détour d’une visite médicale, dans un cabinet sinistre, le plus souvent seules. Elles devaient ensuite trouver une manière moins brusque de l’annoncer à leur partenaire, et devaient surtout trouver le courage de lancer une conversation potentiellement difficile. Cependant, Juliet étant Juliet, elle se lança finalement sans prendre trop de pincettes.

« Je suis enceinte. » annonça-t-elle d’une voix enrouée, alors que ses mains se mettaient à trembler dans celles de Jeremy. « Ça fait quelques temps que je ne me sens pas bien, donc j’ai pris un rendez-vous chez le médecin et… » Elle termina sa phrase par un hochement de tête significatif. « Ça date de quand j’ai été malade il y a quelques semaines. Le médecin m’a expliqué que j’avais rejeté la potion et qu’il y avait un risque de grossesse en cas de rapports sexuels dans les quatre jours précédant cela. » expliqua-t-elle en reprenant ce que le médecin lui avait dit plus tôt dans la journée.

Toute cette pression enfin relâchée, elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Respirant un grand coup, elle capta le regard de Jeremy et lui pressa doucement la main.



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"Moi, buté ? Absolument pas, c'est de la diffamation !", plaisanta Jeremy en ouvrant grand ses bras pour que Juliet vienne s'y glisser. Il se mit à caresser doucement son épaule, et appuya le menton contre son crâne, profitant de cet instant d'intimité. Il était réconfortant de retrouver sa famille après des journées telles que celle-là, mais il aurait préféré être moins fatigué et moins surchargé de travail pour cela. Une partie de son esprit s'égarait du côté de la chambre de sa fille, à qui il irait faire un bisou plus tard, tandis que l'autre partie réfléchissait à son cours de demain.

Complètement inconscient des questions existentielles qui agitaient la cervelle de son épouse, Jeremy était concentré sur ses propres soucis. Le silence qui régnait entre eux était confortable, et il était à deux doigts de se lever pour aller chercher une biéraubeurre quand la voix de Juliet se fit entendre. Fronçant les sourcils, Jeremy se redressa légèrement et pressa sa main en l'observant avec inquiétude. Dans la vie d'un couple, il y avait certaines phrases qui suscitaient tout de suite des signaux d'alerte, et "il faut qu'on parle" était certainement la première. La plupart du temps, cela indiquait une conversation que personne n'avait envie d'avoir : ni celui qui parlait, ni celui qui écoutait... Mais il s'efforça de ne pas devenir paranoïaque, malgré son imagination fertile qui sautait tout de suite aux pires conclusions (maladie incurable, amant torride, dettes financières, nouveau poste chez les Pies de Montrose...). En fait, il était prêt à tout imaginer, tout. Sauf ce que Juliet s'apprêtait réellement à lui dire.

"Je t'écoute", répondit-il simplement, caressant le dos de sa main avec son pouce en un geste d'encouragement. Une seconde s'écoula en silence, puis une autre. Et Juliet lâcha quelques mots qui arrêtèrent momentanément le coeur de Jeremy. Il eut un moment d'arrêt, comme si la nouvelle était trop énorme pour être encaissée, comme si son système nerveux était incapable de relayer l'information jusqu'à ses neurones. Enceinte. Enceinte ?!

Il entendit à peine les paroles suivantes de la jeune femme. Une seule chose parvint à le faire revenir à la réalité : le tremblement des doigts glacés de Juliet. Cette sensation de fébrilité entre ses paumes larges et chaudes attirèrent son attention, et il baissa le regard sur le visage de son épouse. Sa belle voix grave s'enrouait, ses grands yeux s'embuaient, ce n'était pas une plaisanterie. Ou alors elle était la meilleure actrice que le monde ait jamais connu.

Quelque chose de lourd tomba dans sa poitrine, tandis qu'une impression désagréable s'emparait de lui. Comme si l'on venait de l'assommer très fort avec un chaudron épais. Hébété, sa réaction première fut le déni. Cela devait être un mauvais rêve, d'ailleurs il n'allait pas tarder à se réveiller. Oui, c'était un cauchemar, ou alors une erreur. Juliet avait dû se tromper, ou mal comprendre. Elle ne pouvait pas être enceinte. Otant sa main de la sienne, il s'agita un peu pour pouvoir lui faire face.

"Mais...", répondit-il finalement d'une voix hésitante, "Mais enfin, Juliet... Tu ne peux pas être enceinte... Pas deux fois... Ca ne peut pas nous arriver, par accident, deux fois ? C'est une mauvaise blague ? C'est qui, ce médecin, d'abord ? Il s'est moqué de toi, ce n'est pas possible enfin, tu... tu ne peux pas ! Personne ne peut avoir autant de malchance !"

Jeremy réalisa trop tard qu'il avait été trop loin. Le mot "malchance" s’immisça entre eux instantanément, et il sentit un grand froid l'envahir. Il passa ses mains tremblantes sur son visage, et ferma brièvement les yeux. Peut-être que lorsqu'il les rouvrirait, ce serait pour se rendre compte que tout ceci n'était qu'un cauchemar ?



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Lorsque Jeremy rompu le contact avec elle en retirant sa main de la sienne, Juliet leva vers lui un regard perplexe. Elle avait juste envie de retrouver l’étreinte réconfortante de son mari, de sentir son souffle contre son cou, de se laisser bercer par sa respiration, juste quelques instants, juste le temps de s’en remettre, juste le temps qu’il lui montre qu’il était là pour elle. Désemparée, elle se redressa légèrement mais ne put s’empêcher de triturer nerveusement ses mains. Elle se souvenait du jour où elle avait annoncé à Jeremy qu’elle était enceinte de Gabrielle comme si c’était hier. Elle se souvenait de sa réaction, de son étreinte réconfortante, de la chaleur de ses bras, de cette sensation d’être soutenue inconditionnellement. Les années étaient passées, ils avaient grandi, ils étaient plus mûrs aujourd’hui. Pourtant, Juliet se sentait comme la toute jeune adulte qu’elle était à l’époque, pleines d’incertitudes, de questions, de peurs.

La jeune femme retint un rire las lorsque Jeremy qualifia sa récente grossesse de « mauvaise blague ». Que pensait-il ? Qu’elle n’avait pas envie de lui crier « surprise ! Je t’ai bien eu ! » ? Qu’elle n’avait pas demandé au médecin de réaliser un second examen ? Qu’elle n’avait pas vécu toute cette journée en se demandant sérieusement si elle allait bientôt se réveiller ? Juliet inspira un grand coup. La réaction que Jeremy – si elle n’était pas exactement très agréable à entendre pour la jeune femme – était plutôt normale considérant les circonstances de cette grossesse. En réalité, Juliet était prête à tout entendre, à encaisser toutes les réactions de son mari. Presque toutes.

Le mot « malchance » souffla un froid sur le couple tandis qu’il s’affichait en toutes lettres dans l’esprit de Juliet. Elle observa Jeremy, incrédule. Leur vie n’était peut-être pas idéale, sûrement pas conventionnelle. Ils avaient eu un enfant très tôt, avaient dû réorganiser leur vie en fonction de cela et cela avait eu pour conséquences qu’ils renoncent à certains rêves, à certains projets. La vie n’était pas évidente tous les jours, ils avaient dû grandir très – peut-être trop – vite, et renoncer à l’insouciance des jeunes adultes. Pour autant, Juliet n’aurait jamais osé appeler cet évènement qui était venu bouleverser leur vie une « malchance ». Malgré les doutes et les peurs, les incertitudes et les soucis financiers, lorsqu’elle posait les yeux sur le visage souriant de sa fille, lorsqu’elle serrait cette dernière dans ses bras, elle savait que tout cela en valait la peine.

« Je ne savais pas que tu ressentais ça. » commenta Juliet en levant un regard incertain vers Jeremy. « Gaby est une malchance, pour toi ? » demanda-t-elle en redressant le menton, le défiant de répondre par la positive.

Jeremy pouvait réagir comme il voulait, il aimait sa fille, et Juliet en était certaine. Pour autant, sa tirade lui laissait un doute amer. Jeremy aimait Gabrielle, certes, aimait-il leur vie pour autant ? Avait-il des regrets ? Aurait-il préféré être comme la plupart de ses amis de Lycaon, un étudiant insouciant, qui faisait la tournée des bars tous les samedi soirs, plutôt que de passer des dimanches à jouer avec son enfant ? Peut-être.  Juliet avait déjà été frustrée par sa condition de jeune maman, quand toutes ses amies sortaient s’amuser et qu’elle restait sagement chez elle avec sa fille. Evidemment, ils ne passaient pas toutes leurs soirées cloîtrés chez eux, et parvenaient souvent à s’arranger pour sortir – entre leurs parents respectifs, Sam et Théo, Joy, Irving et Nora, les babysitters étaient nombreux. Mais, évidemment, ils étaient loin d’avoir le même train de vie que leurs amis étudiants. Les soucis financiers étaient également un frein : élever un enfant avait un certain coût, et le jeune couple ne pouvait prétendre de rouler sur l’or. Alors, songea-t-elle alors qu’un long frisson lui parcourait le dos, peut-être que Jeremy avait des regrets. Elle chassa ses pensées négatives en secouant la tête. Cette annonce inattendue lui retournait complètement l’esprit. On ne pouvait pas regretter son enfant. Et Jeremy était un trop bon père pour déroger à cette règle.

« Ecoute, Jeremy… » débuta Juliet d’une voix adoucie. « Je sais que c’est pas une chose que tu pensais entendre avant plusieurs années. Crois-moi, ce n’est pas quelque chose que je pensais dire avant plusieurs années non plus. Mais c’est là, ça ne sert à rien de le nier, je suis enceinte. » souffla-t-elle. Le dire plusieurs fois ne permettait pas pour autant de l’habituer à cette idée. « Je ne sais pas pourquoi ça arrive, je ne sais pas comment c’est possible. C’est arrivé, c’est tout. » Elle laissa passer un long silence avant de reprendre. « Mais Jerem… Je suis aussi paumée que toi dans cette histoire. Je sais qu’il va y avoir des décisions à prendre, des choix qui ne vont pas être faciles… Mais là, j’ai juste besoin de toi, s’il te plait. » termina-t-elle d’une voix quasiment suppliante en plantant son regard dans le sien. Elle avait juste besoin de sa présence, de son étreinte, pour se tirer hors de cette réalité. Les choix viendraient plus tard, non ?



Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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Le silence glacial qui suivit ses paroles, couplé au regard incrédule de Juliet, achevèrent de mettre Jeremy sur la défensive. Qu'il était facile, pour Juliet, de lui annoncer une nouvelle pareille et d'espérer qu'il réagisse parfaitement, avec les mots justes, sans même accuser le coup !

"Ce n'est pas ce que je voulais dire. Tu sais très bien que j'aime Gabrielle", répondit-il en soutenant son regard de défi. Jeremy avait conscience de ne pas être un père ni un mari parfait, mais il faisait réellement de son mieux. Depuis l'annonce de la première grossesse de Juliet jusqu'à aujourd'hui, il avait donné tout ce qu'il avait pour la soutenir, pour construire un foyer pour cet enfant, pour qu'ils aient un toit sur la tête, de la nourriture dans l'assiette, et un avenir. Plus encore, il avait tout fait pour qu'ils soient heureux, tous les trois, en dépit des difficultés qu'ils pouvaient rencontrer. Pour autant, n'aurait-il pas préféré avoir quelques années d'insouciance et de jeunesse avant que Gabrielle ne vienne au monde ? Bien sûr que si. Il aurait été hypocrite que d'affirmer le contraire.

Jeremy se sentait régulièrement au bord de l'épuisement. Ses études pâtissaient du rythme qu'il s'imposait. Ses amis lui manquaient. Sa passion, le Quidditch, lui manquait également. Il ne pouvait pas s'investir dans la Résistance autant qu'il l'aurait souhaité. Et la liste des sacrifices et frustrations s'étirait à l'infini. Alors oui, Jeremy aimait sa fille, il aimait sa famille, et il était aussi heureux qu'il pouvait l'être - mais il n'était pas, absolument pas, prêt à accueillir un second enfant dans leur vie... Comment pourraient-ils seulement l'envisager, enceinte ou pas ? Oui, ils auraient des décisions à prendre, et aussi loin que Jeremy était concerné, il n'y aurait pas besoin de réfléchir longtemps. Le bon choix, son instinct le lui dictait d'une manière péremptoire, qui ne souffrait pas la contradiction. S'il avait su trouver la joie et le bonheur dans cette première paternité, Jeremy était persuadé qu'il vivrait la seconde comme une catastrophe, oui, comme une malchance... Ce qui n'était pas du meilleur augure pour accueillir un enfant.

Malgré les sentiments forts qui tempêtaient en lui, il s'attendrit des dernières paroles de son épouse, et de son regard suppliant. L'amour qu'il éprouvait pour Juliet dépassait toujours sa fierté, et il accepta de garder ses pensées pour lui le temps de la prendre dans ses bras. Il est vrai que sa réaction n'avait pas dû être facile à entendre, pour Juliet qui devait se sentir aussi catastrophée que lui. Jeremy la serra tendrement contre lui, en caressant ses cheveux d'un geste doux. Il la berça un moment en silence, trouvant lui aussi un certain apaisement dans cette étreinte. Pourtant, ses pensées n'étaient encore qu'affolement, et il sentait bien que cette annonce était venue s'insinuer entre eux.

"Ça va aller, ma chérie", murmura-t-il en déposant un baiser sur le sommet de sa tête. De cela, il n'était pas du tout persuadé, mais c'était ce qu'ils avaient besoin d'entendre tous les deux. Jeremy en avait, des choses à dire, mais elles n'étaient pas facile à entendre. Alors il attendit en silence, que Juliet se sente prête à aborder le sujet, sans cesser de la garder contre elle.



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Blottie dans les bras de son mari et bercée par ses caresses, Juliet ferma les yeux. Toute cette situation semblait irréelle car trop familière pour être vraie. Deux ans plus tôt, ils étaient dans un appartement différent avec une annonce similaire, enlacés l'un contre l'autre dans une posture semblable. Ils avaient finalement pris l'arrivée de Gabrielle comme un cadeau, arrivé certes un peu trop tôt, mais qu'ils étaient impatients et ravis de recevoir. Juliet s'était toujours imaginée mère, et Jeremy était indubitablement le père de ses futurs enfants. Ils avaient finalement trouvé des parades à tous ceux qui avaient tenté de les dissuader de devenir parents maintenant, et s'étaient lancés - en bon Gryffondor qu'ils étaient tous les deux - dans l'aventure de la parentalité.

Deux ans après, les leçons que Juliet en tirait étaient pleines de bonheur, de douceur, d'amour, de rires et de sourires. Parfois, l'amertume teintait ses pensées, alors qu'elle voyait Jeremy fatigué, maussade, et qu'elle se sentait privé de sa passion pour le Quidditch, parfois enfermé dans son rôle de mère. Puis elle regardait Gabrielle, et tous ses doutes s'envolaient à une hauteur qu'elle n'avait jamais pu atteindre avec son fidèle balai, encore plus haut que les cris des oiseaux. Elle voyait sa fille, ses premiers pas assurés, ses grands yeux gris malicieux et ses petites bouclettes blondes, et d'un coup, son coeur s'allégeait. Des sacrifices, ils en avaient fait, avec Jeremy, depuis la naissance de Gabrielle. Et Juliet étaient persuadés qu'ils les feraient encore. Parce que par-dessus tout, devenir parents, c'était placer le bonheur de son enfant, son bien-être, sa sécurité, avant tout. C'était le nourrir avant même de se rendre compte que nous aussi, on mourrait de faim. C'était le bercer et le coucher avant même de se rendre compte que nous aussi, on tombait de fatigue. C'était se contenter des sourires, des moments à trois le dimanche matins, des dessins approximatifs qu'on accroche au frigo, des éclats de rire et des colères.

Juliet referait tous les choix qu'elle avait fait durant ces deux années, si cela pouvait lui garantir le bonheur de sa fille. Et elle savait qu'il en allait de même pour Jeremy.

"Je suis désolée, pour tout à l'heure." souffla-t-elle en lui caressant doucement la paume de la main avec son pouce. "Je sais que tu aimes Gaby plus que tout au monde. Et je sais qu'on fait toujours de notre mieux pour que tout fonctionne, même si c'est difficile parfois." Elle laissa passer un instant, avant de terminer avec un sourire. "Et moi aussi, je t'aime plus que tout de monde." Depuis qu'ils étaient ensemble, leur amour lui semblait évident, comme s'ils avaient toujours été fait pour être ensemble.

Elle garda le silence par la suite, plongée dans ses pensées. Evidemment, qu'ils aimaient tous les deux leur fille. Mais là ? Un bébé, un deuxième, qui pointait le bout de son nez comme l'avait fait Gabrielle : d'une manière complètement inattendue, plongeant le couple dans la confusion la plus totale. Car Juliet n'avait jamais été aussi perdue. Juliet l'intrépide, Juliet l'assurée, Juliet la Gryffondor, n'avait jamais connu un moment comme celui-ci, où ses pensées incohérentes se perdaient dans le néant. Elle avait l'impression d'être incapable de penser clairement, de se construire une opinion sur la situation. La tentation de rester dans les bras de Jeremy et de repousser toute réflexion au lendemain était trop forte. Mais faire l'autruche n'avait jamais aidé personne.

"Je sais que ce ne serait pas raisonnable de garder le..." Elle allait dire "bébé" mais se retint au dernier moment en se mordant la lèvre. "De le garder. Financièrement c'est déjà compliqué, tu as tes études, ton boulot à Poudlard... Et je suis à "ça" elle montra un écart réduit entre son pouce et son index. "De retrouver un poste à Flaquemare avec les futurs changements dans l'équipe." Elle se mordilla l'intérieur de la joue et tordit ses mains. "Mais..." Sa tête se souleva pour qu'elle jette un coup d'oeil aux escaliers qui conduisaient à la chambre de Gabrielle. "Je ne sais pas."

Mais elle se sentait coupable. Coupable d'avoir songé, au moment de sa première grossesse, à avorter. Coupable lorsqu'elle regardait sa fille, et qu'elle se disait qu'elle aurait pu passer à côté de ce bonheur. Coupable de l'avoir porté pendant neuf mois, alors que sa première réaction, lorsqu'elle avait appris sa grossesse, avait été de vouloir y mettre un terme. Aujourd'hui, elle se sentait tout aussi coupable de se retrouver dans la même situation, d'avoir le même dilemme.

"Qu'est-ce que tu penses de tout ça ?" interrogea-t-elle d'une voix douce en plongeant ses yeux gris dans le regard de son mari.



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Un sourire adoucit le visage sombre de Jeremy quand Juliet lui retourna sa déclaration, et il raffermit sa prise sur elle. Dans le feu de l'émotion, leurs mots avaient dépassé leur pensée, mais au fond ils savaient bien combien ils s'aimaient. Sans cet amour, jamais ils n'auraient pu affronter tout ce que la vie avait mis sur leur chemin ces dernières années. Sans Juliet, sans Gabrielle et leur petite famille, Jeremy ne savait pas comment il aurait pu survivre à certaines épreuves et disparitions autour de lui. Elles étaient les deux femmes de sa vie, les deux piliers de son existence. Et elles lui suffisaient.

"Je pense...", répéta-t-il en passant une main lasse sur sa nuque. "Je pense que tu as tout dit. Pour toutes ces raisons, ce ne serait pas raisonnable de le garder."

Il n'avait pas besoin d'énoncer le pourquoi du comment, puisque Juliet venait de le faire, parfaitement consciente des sacrifices qu'imposerait une seconde naissance.

"Mais il n'y a pas que la raison, Ju'. Il me manque aussi l'envie, d'avoir un deuxième enfant maintenant. Gabrielle et toi, vous êtes toute la famille que je peux et que j'ai envie d'avoir pour le moment. Un jour, bien sûr que je veux lui donner un frère ou une soeur, mais maintenant, dans ce contexte ? Je pense que ce serait une erreur. Je préfère attendre le bon moment, quand nous l'aurons décidé."

Et cela, Jeremy n'avait pas besoin d'y réfléchir plus longtemps. Catégorique, sûr de ce que lui dictait son instinct, il savait qu'ils n'étaient pas prêts à être parents une nouvelle fois, si jeunes et si peu de temps après la naissance de Gabrielle. Il craignait ce que cela ne brise l'équilibre de leur famille, que ce bébé non désiré ne le rende amer, et que cette amertume se glisse entre Juliet et lui. Mieux valait une famille heureuse à trois que détruite à quatre, songea-t-il en sentant son coeur se serrer.

Le plus dur était d'imaginer ce que cela signifiait pour eux. Avorter... L'avortement avait été rendu légal par le nouveau régime, suite à l'affaire Chaudrillon, ce qui leur permettait au moins d'avoir cette option. Mais l'idée continuait d'effrayer Jeremy, élevé dans l'idée qu'un jeune homme devait assumer ses responsabilités de père. Juliet était-elle prête à envisager cette option ? Etait-elle aussi effrayée que lui, plus encore peut-être, par la possibilité ?

C'était dans son corps que ce petit être se développait, et c'était son corps qui aurait à subir ce traumatisme. Pourtant, c'était aussi sa vie à lui qui serait bouleversée si elle prenait la décision de mener cette grossesse à terme... Alors cette décision, ils devaient la prendre à deux.

Lentement, il glissa sa main sur le ventre de la jeune femme et le caressa à travers le tissu de sa robe.

"Tu es peut-être enceinte, mais ce n'est pas encore notre bébé, notre enfant", souffla-t-il à son oreille. "Il est encore temps de décider, on peut encore faire ce choix."

On doit faire ce choix, compléta-t-il intérieurement. Ils n'étaient plus piégés comme ils l'avaient été au moment de l'affaire des potions frelatées. Cette fois, ils pouvaient décider de prendre un rendez-vous à l'hôpital Sainte-Mangouste et de garder le contrôle de leurs vies. Cela ne signifiait pas que le traumatisme ne serait pas présent, qu'il ne serait pas long et compliqué de s'en remettre, mais c'était mille fois préférable à ses yeux que de faire venir un enfant au monde alors qu'ils n'étaient pas réellement prêts à l'accueillir et à l'aimer, autant qu'il le méritait. Car il savait, maintenant, il savait tout ce que cela impliquait que d'être parent...



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Ce ne serait pas raisonnable de le garder, lui avait soufflé Jeremy, tandis que Juliet, muette, fixait obstinément un bout du coussin. Si Juliet n'avait pas été raisonnable dans son adolescente, elle l'était devenue dès qu'elle avait tenu Gabrielle dans ses bras. Pour elle, elle avait juré de devenir plus responsable et plus forte. Elle avait tenu sa promesse jusque là, et se sentait à l'aise dans son rôle de mère. Jusqu'à ce qu'elle soit confronté à un choix comme celui-ci.

Et l'envie, dans tout ça ? Avait-elle envie d'avoir un deuxième enfant ? Avait-elle envie d'être une nouvelle fois enceinte ? Dans la stupeur du moment, elle ne s'était même pas posée cette question essentielle. Elle avait fait des calculs pour voir s'ils pouvaient assumer un nouvel enfant, s'ils pouvaient l'accueillir. Mais en avait-elle envie ? Chez les Flint, l'envie n'avait pas sa place dans cette décision. Quand on tombait enceinte, on le gardait et on en assumait les conséquences, voilà ce qu'elle avait intégré au contact de sa famille maternelle. On n'avait pas envie de devenir mère, on le devenait, c'était comme ça.

Lorsqu'ils avaient pris la décision de garder Gabrielle, lorsque Juliet était tombée enceinte la première fois, ils ne prenaient pas vraiment conscience de tout ce qu'il fallait pour élever un enfant - bien qu'ils aient soutenu le contraire à leurs familles. Maintenant... Maintenant c'était différent. Le couple connaissait l'implication qu'il fallait pour élever un enfant et pour surtout pour le faire correctement. Mais... Mais parfois, quand Juliet regardait Gabrielle, elle repensait à la décision qu'ils avaient prise, et à celle qu'ils avaient failli prendre. Son cœur se serrait alors douloureusement, et elle sentait toujours une vague de culpabilité l'envahir. Et les mots de Jeremy à son oreille, associés à sa caresse sur son ventre, lui renvoya cette vague de culpabilité qu'elle ne put refouler. Des larmes se mirent à couler sur ses joues et elle resta là, à sangloter contre l'épaule de son mari, sans connaître véritablement la source de sa peine, ni ce qu'elle pourrait faire pour la tarir.

"Je... J'ai peur de regretter Jerem, j'ai tellement peur..." hoqueta-t-elle à travers ses larmes. Elle prit deux longues inspirations et essaya de se calmer. "Quand je suis tombée enceinte de Gaby, je n'ai pas pensé à la garder, je voulais... Comme mon père est moldu, je savais que, dans ce monde, on pouvait interrompre une grossesse volontairement et..." sa voix se brisa, et elle se racla la gorge avant de reprendre une voix plus basse : "Et avant qu'on en parle, je ne sais pas, je me disais que c'était sûrement une option qu'on considérerait sérieusement, puisque..." Elle dut lutter pour ne pas laisser couler de nouvelles larmes. "Et maintenant, qu'elle est là, si merveilleuse et si... Oh Merlin, je me sens tellement mal vis-à-vis de ça, tellement coupable, tellement..." Elle ne put trouver un adjectif qui retranscrivait suffisamment bien ses sentiments et préféra garder le silence, les yeux baissés vers ses mains qu'elle tordait nerveusement.

Après un long moment, elle releva la tête pour fixer Jeremy :

"Et si j'avorte, là, et que ce sentiment empire ? Si je me sens tellement coupable, vis-à-vis de toi, de Gaby, de ce potentiel deuxième enfant ? S'il s'avère qu'après, je ne peux plus avoir d'enfants ? Peut-être que tu m'en voudras !" La jeune femme parlait à toute vitesse, perdue dans ses propres paroles. "J'ai peur, Jeremy." reprit-elle finalement plus calmement. "J'ai beau avoir milité pour avoir ce droit dans le monde sorcier, j'ai peur. Et je ne sais pas... Je ne sais pas moi non plus si j'ai envie d'avoir un deuxième enfant maintenant.. Mais... Mais j'ai peur, et ça me paralyse." avoua-t-elle avec franchise.



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"Mais moi aussi j'ai peur, Juliet !"

Les mots avaient fusé de sa bouche, sans qu'il ne puisse les retenir. Cessant ses caresses, Jeremy se redressa dans le canapé et se prit la tête entre les mains. Une angoisse sourde s'était emparée de lui à mesure que son épouse s'exprimait, car il comprenait que son point de vue était loin d'être partagé, et tout ce que cela impliquait. Si Juliet désirait garder ce bébé, il n'y avait rien qu'il ne puisse faire. Mais comment pouvait-elle ressentir cela, alors qu'elle avait le choix ? Mieux valait vivre avec cette décision que de prendre le risque de ruiner leurs vies et leurs familles... Ils s'en sortaient ainsi, étaient heureux ainsi, pourquoi mettre cela en danger, c'était quelque chose qui le dépassait.

Jeremy finit par lâcher complètement Juliet pour se lever, et arpenter la pièce, la mine de nouveau assombrie.

"Je.. Je suis désolé, j'essaie d'être compréhensif mais c'est juste impossible, comment est-ce que tu peux penser que c'est une option envisageable d'avoir un autre bébé maintenant, ça me dépasse", gronda-t-il sans la regarder, les yeux fixés sur le plancher. Son pied buta sur un cube de Gabrielle, qui roula un peu plus loin, et il soupira lourdement. Comment s'étaient-ils retrouvés dans cette situation impossible, et comment pouvait-il ressentir les choses si différemment de Juliet ? Eux dont la relation avaient toujours été si forte et évidente se retrouvaient désormais dans des états d'esprit radicalement différents. Et cela le perturbait au plus haut point.

Loin de l'attendrir cette fois, les larmes de Juliet l'avaient exaspéré, car il n'était pas question de céder. Il ne pouvait pas accepter de devenir père une seconde fois, même pour elle. Cette réalisation s'imposa lentement à lui, et il tourna vers la jeune femme un visage grave :

"On est que des gosses, Ju'... On a tout le temps pour d'autres enfants. Maintenant, je ne peux pas... Je ne veux te forcer à rien, mais moi, je sais que je ne peux pas."

Le sous-entendu dans cette phrase l'effrayait encore plus, car c'était quelque chose qu'ils n'envisageaient jamais d'habitude - aller chacun suivre son propre chemin. Pourtant, à cet instant, cela l'effrayait toujours moins que les paroles de Juliet, et tout ce qu'elles impliquaient... Cela semblait si... définitif. Il fallait garder ce bébé, car sinon, sa culpabilité boufferait leur vie. Mais s'ils suivaient cette voie, alors c'était au ressentiment de Jeremy qu'ils risquaient de se heurter. Cela semblait impossible à résoudre.

"On n'est rien obligé de décider tout de suite", ajouta-t-il aussitôt, comme pour atténuer ses propos. Son cœur avait beau être certain, Jeremy savait qu'une décision telle que celle-là ne se prenait pas dans la panique et la précipitation... Il leur faudrait plusieurs discussions comme celle-là, des litres de larmes, de l'angoisse à n'en plus finir jusqu'à la décision finale dont ils ne sortiraient pas indemnes, quelle qu'elle soit.

Merlin. Jamais il n'avait eu autant envie de quitter une pièce avec son épouse dedans...



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Juliet et Jeremy avaient surmonté bien des tempêtes, ensemble. Certaines lui paraissaient aujourd'hui dérisoires, mais, à l'époque, les avaient plongé dans des tourments sans fin. Ils s'en étaient toujours sortis, parce qu'ils avaient toujours pu compter l'un sur l'autre. Ils avaient été amis, puis amants, puis fiancés, et enfin mariés. Ils avaient passé leur adolescence ensemble, puis le début de leur vie d'adulte. Ils s'étaient aidés mutuellement à se construire, à grandir, à mûrir. Et tous les obstacles qui se dressaient devant eux avaient fini par tomber. Rien ne pouvait leur résister, avait parfois songé Juliet, un peu naïvement, toute gryffondorienne qu'elle était toujours. Et puis, après tout, l'amour ne pouvait-il pas livrer toutes les batailles ?

Aujourd'hui, ce n'était pas l'amour qu'ils se portaient mutuellement qui pourrait les sortir de cette situation. Juliet observa son mari faire les cent pas dans leur salon et prit une longue inspiration, essuyant ses larmes d'un revers de main. Elle le regarda s'agiter, le visage désormais fermé, les bras croisés dans sa poitrine dans une attitude défensive.

"Je ne veux te forcer à rien, mais moi, je sais que je ne peux pas."

Ce fut cette phrase qui lui fit hausser les sourcils, tandis qu'un poids lourd tombait dans sa poitrine. Deux chemins s'offraient visiblement à elle, et elle ne voulait en emprunter aucun. Non, elle n'avait jamais envisagé d'avoir un autre enfant maintenant - surtout pas alors que sa carrière était sur le point de se relancer ! Elle savait qu'il n'y avait rien de raisonnable là-dedans, que ce n'était pas la décision à prendre ! Merlin, elle n'était pas stupide, elle n'avait pas besoin qu'on lui fasse un laïus sur le fait qu'ils étaient jeunes et que leur situation financière était loin d'être suffisante pour pouvoir envisager l'arrivée d'un nouvel enfant dans leur famille. Elle connaissait leurs difficultés, et Merlin, elle savait que s'occuper d'un enfant demandait un investissement non-négligeable. Elle le savait puisqu'elle avait passé ces derniers mois à élever sa fille. Et elle aimait être mère, elle adorait ça. Elle aimait Gabrielle plus que tout au monde. Mais elle rêvait parfois d'ailleurs. Elle rêvait d'une carrière, de collègues, de sorties... Si bien qu'elle enviait parfois Jeremy. Et elle savait que, pour toutes ces raisons, garder cet enfant n'était pas une chose envisageable.

Mais Jeremy ne comprenait pas. Peut-être qu'il ne pouvait pas comprendre, après tout. Évidemment, elle ne remettait pas en question l'investissement de Jeremy pendant sa première grossesse, loin de là. Mais vivre une grossesse, en tant que femme, ce n'était pas la même chose. C'était sentir son enfant grandir, jour après jour. C'était le sentir bouger, lui parler pour l'apaiser, commencer à tisser des liens bien avant sa naissance. C'était lui promettre un futur merveilleux, rempli d'amour. Et puis c'était le rencontrer finalement, mettre un visage sur cet enfant qu'on avait porté pendant neuf mois, qu'on avait appris à aimer depuis aussi longtemps. Et Juliet avait beau se raisonner, elle avait beau savoir qu'à ce stade, l'enfant en question n'était qu'un amas de cellules, elle avait des difficultés à se défaire des sensations qu'elle avait ressenti durant sa première grossesse.

Juliet décroisa les bras et se leva du canapé, elle marcha lentement dans le salon, perdue dans ses pensées. La phrase de Jeremy était lourde de sens, et d'un sens qui ne laissait guère place à l'interprétation pour la jeune femme. C'était sûrement la première fois, depuis le début de leur relation - leur relation si évidente - qu'ils faisaient face à un dilemme de cette envergure, un de ceux qui pouvaient les déchirer et les séparer.

"Je voulais simplement que tu comprennes." finit-elle par lancer d'une voix basse. "Je connais notre situation financière, je sais que nos envies pour le futur n'inclut pas un deuxième enfant avant plusieurs années. Je voulais simplement que tu comprennes ma position par rapport à l'avortement, par rapport à ce qu'il implique, par rapport à la façon dont je me suis sentie après la naissance de Gabrielle. Je n'ai jamais dit que je ne considérais pas l'avortement comme une possibilité, loin de là." Elle finit par lui faire face et planta ses yeux gris dans les siens.

"Si je garde cet enfant, tu me quitteras ?" lui demanda-t-elle sans préambule.

Elle ne s'était peut-être jamais sentie aussi seule.



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Quand Juliet se leva à son tour, pour faire quelques pas dans la pièce, Jeremy se tourna vers la fenêtre nerveusement. Son regard se perdit dans l'obscurité à l'extérieur, mais fut bien vite attiré par la lueur d'un lampadaire, planté au loin dans la rue. Une silhouette se détacha dans le rond de lumière, figure reconnaissable d'un milicien en train de faire sa ronde. Même les quartiers nouveaux de Nimbus se voyaient sujets à la surveillance du gouvernement, sous couvert d'assurer la sécurité des habitants. Le nœud d'angoisse se renforça dans sa poitrine, et il se détourna pour reporter son attention sur son épouse.

A son ton, Jeremy sut qu'il l'avait déçue. Cela ne lui arrivait pas souvent, et c'étaient toujours des moments importants dans leur couple, d'ordinaire si fusionnel. C'était un de ces moments-clefs qui venait les mettre à l'épreuve. Oui, Jeremy aurait dû la comprendre, oui, il aurait dû mettre ses propres sentiments de côté et c'est ce qu'il aurait fait en temps normal. Mais pas aujourd'hui. Pas quand cette nouvelle bouleversante venait s'ajouter à des semaines de malaise, de fatigue et de remise en question. Tous les soirs où il s'était demandé s'il n'aurait pas mieux fait d'arrêter ses études, si ce n'était pas là son devoir de mari et de père. Les fois où, à l'inverse, il avait l'impression de gâcher son potentiel en n'étant pas en mesure de s'investir pleinement dans son travail. Les quelques instants volés avec ses amis, où il culpabilisait en sourdine de ne pas s'occuper de sa famille. Toutes les fois où il se trompait, avec Gabrielle, avec Juliet, car Merlin il n'avait que vingt ans, il n'était qu'un gosse immature de vingt-et-un an !

Et Juliet qui n'était pas tout-à-fait juste non plus, pas complètement honnête, à son sens. "Et si j'avorte, là, et que ce sentiment empire ?"... Ce n'était pas le discours de quelqu'un qui envisageait l'avortement comme une possibilité. Evidemment, qu'elle avait peur, mais lui aussi, il était terrifié, quand il la voyait réagir ainsi, quand il entendait ses mots, car il voyait arriver cette situation où lui n'aurait aucun choix, car c'était son corps à elle, c'était son ressenti à elle, qui porterait cet enfant, le verrait grandir, car il ne pourrait jamais rien lui imposer. Juliet, en revanche, avait ce pouvoir de décision là. Si elle décidait de garder cet enfant, alors Jeremy serait père, qu'il le veuille ou non. Un bébé naîtrait et porterait ses gênes et il n'y aurait rien, rien qu'il ne puisse faire pour lutter contre. Jeremy étant Jeremy, il savait pertinemment quelle serait sa réaction. Il ne serait pas capable d'abandonner un petit être qui n'avait rien demandé à personne, et qui faisait partie de lui. Cet enfant, bien sûr, il l'élèverait.

Mais serait-il capable de le faire avec Juliet ? Une telle situation, subie, ne signifierait-elle pas, si ce n'est la fin de leur amour, a minima celle d'une vie de couple épanouie ? Cette question-là, plus que toutes, faisait naître une angoisse immense chez le jeune homme, qui se trouvait bien incapable d'y répondre.

Son désarroi lisible sur son visage, Jeremy passa une main gauche dans sa chevelure blonde et haussa les épaules, l'air perdu :

"Je ne sais pas, Juliet. Je ne sais pas du tout."

Son ton était sincère. Il ne pouvait pas répondre "oui", bien trop amoureux, et bien trop conscient de la position de chantage dans laquelle il placerait son épouse. Il ne pouvait pas répondre "non" pour autant, car ce serait peut-être lui mentir... Cette décision, il ne pouvait la prendre maintenant, il devait attendre que Juliet prenne la sienne - si "je" garde cet enfant, avait-elle dit - pour décider en conséquence...

Jeremy n'arrivait plus à réfléchir, plus à penser, il se sentait simplement incroyablement malheureux de ce qu'il estimait être un ultime coup du sort. Oui, Gabrielle était l'amour de sa vie. Oui, un bébé avec la femme qu'il aimait pouvait être une bénédiction, au bon moment, dans les bonnes circonstances. Aujourd'hui, Jeremy ne voulait pas prendre la responsabilité d'une nouvelle vie, pas dans ce monde...




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La réponse de Jeremy lui porta un coup au cœur, qui se serra sous le coup de l'émotion. C'était la première fois que la possibilité d'une rupture se dessinait sous leurs yeux, et Juliet se força à ravaler ses larmes. Ils avaient déjà connu des disputes, des cris et des larmes. Mais tout était toujours rentré dans l'ordre. Parce qu'elle était Juliet et qu'il était Jeremy, que leur couple était solide, qu'ils s'aimaient profondément, sans condition, qu'ils s'acceptaient mutuellement. Aujourd'hui, ce n'était pas une dispute comme les autres - à vrai dire, ce n'était même pas une dispute.

Il s'agissait simplement de deux adultes, qui, face à un tournant important de leur vie, n'avaient guère la possibilité de trouver une solution satisfaisante. Jeremy n'avait pas envie d'avoir un autre enfant. Quant à elle... Elle n'arrivait pas à savoir ce qu'elle voulait - et surtout, elle n'arrivait à pas définir quelles étaient les raisons qui la poussaient à faire ces choix. Elle ne voulait pas imposer un enfant à Jeremy, mais elle savait pertinemment que, si elle prenait la décision de garder l'enfant, son mari ne pourrait rester indifférent et elle ne doutait pas de l'amour qu'il lui porterait. Mais, même en ayant conscience de ces faits, la pensée de lui imposer une grossesse, un enfant - un deuxième, si jeune, alors qu'elle savait déjà qu'il peinait avec ses études - ne parvenait pas à faire son chemin dans son esprit.

Pour autant, la décision finale lui revenait, et cela la terrifiait. Elle le savait : c'était son corps, et, au final, ce serait son choix qui primerait. C'était injuste, elle en était consciente. La situation était injuste, la vie était injuste ! Elle ne s'était pas mariée avec Jeremy pour regarder leur relation s'étioler autour d'une grossesse non-désirée. La jeune femme souffla doucement et ferma les yeux. La vie était injuste, mais elle était ce qu'elle était, et malheureusement, il n'y avait pas de moyen de revenir en arrière. Elle était enceinte, et il lui incombait la dure responsabilité de décider de poursuivre cette grossesse ou non.

Sa respiration se calma au fur et à mesure que les secondes passèrent et elle finit par rouvrir les yeux pour les poser sur son mari dont l'air perdu était encore peint sur son visage. Elle prit conscience du chemin qu'ils avaient parcouru, ensemble, et un semblant de sourire s'étira sur son visage triste. Quelques années plus tôt, ils auraient sûrement hurlé, crié et claqué des portes. Aujourd'hui, si la conversation n'était en rien agréable pour autant, ils parvenaient à se parler, à chercher à se comprendre, et cela prouvait que, malgré tout, l'amour qu'ils se portaient mutuellement avait mûri, et était sûrement plus fort que jamais.

"Merci d'être honnête." finit-elle par lancer avec sincérité, le cœur lourd.

Elle laissa un moment de silence passer et s'appuya contre le dossier du canapé.

"Écoute, j'ai besoin de temps. J'ai besoin de réfléchir. Je sais que tu aimerais qu'on prenne une décision maintenant, mais je ne peux pas. Je n'arrive pas à penser, tout me semble tellement flou..." elle poussa un profond soupir. "J'ai besoin de réfléchir, et j'ai besoin de savoir pourquoi je veux prendre une décision et pas une autre. Je ne veux pas garder cet enfant par peur d'avorter, mais je ne veux pas non plus avorter par peur de te perdre." expliqua-t-elle d'un ton calme. "L'un comme l'autre, ça ne serait pas juste, pour aucun de nous."

Ceci dit, un immense froid s'empara d'elle, et la jeune femme se sentit incroyablement triste. Elle avait l'impression que quelque chose s'était brisé entre eux, et avait l'impression que leur union ne tenait plus que sur le bout d'un fil. Et que c'était triste, et que c'était injuste !

"Quand on s'est mariés," commença-t-elle d'une voix enrouée, "on s'est promis que notre amour surmonterait tout. On s'est juré de ne pas laisser les évènements de la vie nous séparer." elle ne put cacher une pointe d'accusation à son ton. "Quoiqu'il arrive, j'espère que ce sera toujours le cas."

Et Merlin seul savait à quel point elle avait peur, à quel point elle était terrifiée de perdre Jeremy. Elle savait que c'était le seul, et que ce serait l'unique. Que les sentiments qu'elle éprouvait pour lui, jamais elle ne pourrait les éprouver pour quelqu'un d'autre. Une relation comme la leur, cela faisait partie des choses qui n'arrivait qu'une fois. Des choses qu'on ne pouvait pas perdre. Et pourtant.



Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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Jeremy garda le silence pendant que Juliet accusait le coup, les paupières closes. Il sentit la culpabilité l'étreindre tandis qu'il réalisait à quel point il la blessait et l'effrayait par ses paroles. Mais il ne dit pas un mot de plus pour en atténuer la portée, car cela ne servirait à rien de lui dissimuler ce qu'il ressentait. Peut-être l'avait-il trop fait ces derniers mois, trop soucieux de protéger sa famille de ses doutes, car tout cela ressortait désormais au pire des moments.

Il hocha légèrement la tête quand elle le remercia pour son honnêteté. Ainsi, ils avaient tous deux conscience de ce qui se jouait ici, comme le prouvèrent les paroles suivantes de la jeune femme, qui eurent le don de l'apaiser un peu. Cette situation était difficile pour tous les deux, et il leur faudrait certainement plusieurs jours, peut-être même semaines, pour décider d'une issue.

"Tu as raison", répondit-il simplement, sans rien ajouter de plus. Il avait le sentiment que Juliet avait encore des choses à dire, et effectivement, elle ne se fit pas prier. Ses entrailles se nouèrent aussitôt face à ce rappel amical du fait qu'ils étaient mariés, et qu'ils s'étaient juré de ne rien laisser les séparer.

Oui, ils se l'étaient promis, mais c'était la promesse naïve d'enfants qui pensaient tout savoir... Ah, comme son amour pour Juliet était fort et puissant, comme il vibrait de tout son corps, comme il la désirait ! Tout cela n'avait pas changé, bien sûr, mais leur relation avait évolué au fil des années, elle avait mûri et gagné en profondeur, et elle s'était apaisée d'une certaine façon. Ils avaient laissé derrière eux les tourments et les passions de l'adolescence. Toujours est-il qu'il avait gardé vivement en mémoire le souvenir de leurs premiers émois, de ces émotions si intenses qu'elles en devenaient presque violentes, qu'elles avaient fini par tout balayer, sa relation avec Georgiana, son amitié pour Killian, absolument tout.

Car c'était bien à ce moment là que tout s'était joué. Quand il l'avait embrassé dans ce bar perdu en bord de mer, quand elle lui avait lancé cet ultime défi, "Cap ?"... Et maintenant, est-ce qu'il était cap ?

Son regard troublé se heurta au regard accusateur de son épouse. Ses sentiments pour elle n'étaient pas en cause, non, jamais il ne pourrait aimer quelqu'un plus qu'il n'aimait Juliet. Ils étaient faits pour être ensemble, c'était certain. Mais cette certitude était plus facile à faire quand ils étaient deux jeunes gens dont l'avenir restait encore à tracer. Maintenant, il y avait Gabrielle, et il y avait cet éventuel enfant, ce n'était plus juste Jeremy et Juliet. Gabrielle passait avant, et s'il venait à naître, cet autre enfant aussi. Leur couple n'était plus aujourd'hui, la relation qu'il était prêt à mettre au-dessus de tout, d'absolument tout. Et n'était-ce pas pour le mieux ?, ne put-il s'empêcher de se demander. Ne valait-il pas mieux qu'ils s'épanouissent séparément si, un jour qu'il espérait ne jamais voir arriver, ils ne parvenaient plus à le faire ensemble ? Ne serait-il pas rassurant, au fond, de se laisser cette voie de sortie, si vraiment les chemins qu'ils souhaitaient emprunter s'avéraient incompatibles ?

De ces pensées, il ne souffla mot.

S'avançant vers son épouse, il s'accroupit face à elle et posa ses deux mains sur ses genoux, qu'il serra doucement contre ses paumes.

"Je l'espère aussi, Ju'. Nous allons tout faire pour trouver une solution ensemble, je te le promets."

Ce n'était certes pas un renouvellement de ses voeux de mariage, mais c'était le mieux qu'il puisse faire pour ce soir...



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Juliet E. BakerSans emploiEn ligneavatar
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Une sensation de vertige saisit la jeune femme. Oui, ils avaient le temps de prendre une décision. Mais un jour ou l’autre, il faudrait la prendre, et cette perspective la terrifiait. Tout ce qui allait découler de ce choix impacterait sur leur vie pour les prochaines années, de façon irréversible. En observant son mari, Juliet sentit son cœur se serrer. Elle avait envie de le serrer dans ses bras, d’ignorer le présent, de lui dire que tout irait bien et que, de toute façon ils finiraient leur vie ensemble, car, après tout, elle ne pouvait pas imaginer son futur autrement.

Elle en avait envie, mais préféra faire taire ses émotions et garder le silence. Lui dire, ce serait évidemment nier leur dilemme, et ils risquaient de le regretter plus tard. Elle ne pouvait pas avorter seulement par peur que Jeremy la quitte, notamment car elle savait pertinemment qu’elle finirait par lui en vouloir. Non, quelle que soit la décision qu’ils prendraient, il fallait impérativement qu’elle soit motivée par des raisons personnelles et raisonnées.

La jeune femme accueillit les mains de son mari avec un sourire attendri, et les mots qu’il prononça lui mirent du baume au cœur. Elle pressa ses paumes contre les siennes et posa son front contre le sien. Sa respiration se calma peu à peu, en parallèle avec la tempête qui s’agitait encore en elle. Une fois calmée, elle se sentit vidée, lasse. Après la naissance de Gabrielle, elle n’avait jamais imaginé refaire face à un tel dilemme avant plusieurs années. En se mariant, jamais elle n’aurait imaginé non plus que son couple se retrouverait un jour suspendu au-dessus d’un ravin, à un fil de s’y précipiter définitivement.

Mais Juliet devait bien s’y résoudre : Jeremy et elle ne seraient jamais une image de la famille parfaite. Ils n’avaient rien fait dans l’ordre : ils s’étaient mis en couple alors que leurs parents se fréquentaient encore et qu’ils étaient eux-mêmes encore en couple, ils avaient fait un enfant avant de se marier… Ils n’étaient peut-être pas parfaits sur le papier, mais jamais la jeune femme n’aurait voulu changer leur histoire, même si elle avait un retourneur de temps en sa possession. Car elle chérissait chaque souvenir qu’ils avaient en commun : de leurs entraînements de Quidditch jusqu’à la naissance de Gabrielle, en passant par leur promenade à Aberystwyth, et leurs aventures dans la forêt interdite. La perfection, le respect des règles et des normes, cela n’avait jamais été pour eux. Ils voulaient juste être heureux, et surtout être heureux ensemble.

« Je t’aime. » souffla-t-elle.

Devant l’incertitude à laquelle elle faisait face, voilà une vérité dont elle était sûre. Pourtant, ce n’était pas suffisant. L’amour ne pouvait résoudre tous les conflits, tous les dilemmes. La décision finale, il fallait qu’ils la prennent ensemble, bien évidemment, mais ils avaient besoin d’y réfléchir séparément, et cela, Juliet en était certaine. Elle avait besoin de prendre du recul, de prendre le temps de réfléchir, et surtout de se recentrer sur elle-même afin de comprendre les raisons qui motivaient un choix. Et ça, elle ne pouvait pas le faire auprès de Jeremy, pas après ce qu’il venait de lui dire. Elle était incapable de réfléchir à tout cela auprès de lui, alors qu’elle savait que l’une des deux décisions pouvait lui coûter son mariage.

Elle se détacha lentement de Jeremy avant de se relever. Les mains toujours dans les siennes, elle l’observa avec ses grands yeux gris.

« On doit prendre la décision ensemble. » affirma Juliet. « Mais j’ai besoin d’y réfléchir seule, pour l’instant. Il y a trop d’enjeux et… » Elle hésita quelques secondes sur le choix des mots. « Auprès de toi, je ne pourrais pas être honnête avec moi-même. Je me connais. J’ai tellement peur de te perdre, Jerem, que si tu es là, tous les jours, auprès de moi… » Elle ne termina pas sa phrase, et haussa les épaules.

C’était peut-être la chose la plus difficile qu’elle avait eu à faire depuis longtemps. Depuis leur sortie de Poudlard, Jeremy et Juliet étaient quasiment toujours ensemble, même lorsqu’il vivait avec Sean et elle avec Aaron et Samaël. Puis, ils s’étaient installés ensemble, et depuis, ils ne se quittaient plus. Leur quotidien était rythmé par leur vie de couple et par leur vie de famille, par des petits instants de bonheur : une balade en famille, un restaurant en tête-à-tête, des éclats de rire.

« J’ai besoin d’être un peu seule pour réfléchir. Pas longtemps. Quelques jours. J’ai juste envie de changer d’air, de quitter un peu Cosmos. » avoua-t-elle.

Pour autant, elle n’avait pas envie d’aller chez ses parents, qui comprendraient bien trop vite que quelque chose n’allait pas. Elle n’avait pas envie de se justifier auprès d'eux, qui étaient bien trop traditionnels pour envisager autre chose que de mener la grossesse à terme.

« Je suis désolée. Mais je t’aime. Je t’aime, j’aime notre famille, j’aime tout ce qu’on a construit ensemble et tout ce que construira plus tard. » conclut-elle d’un ton doux, qu’elle voulait également confiant.

En tout cas, bien plus confiant qu’elle ne l’était réellement.



Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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"Je t'aime aussi."

Des mots qu'ils se disaient souvent, mais qui revêtaient une importance particulière dans des moments tels que celui-ci. Dans leur univers chamboulé, ils avaient au moins cette certitude à laquelle se raccrocher. Hélas, cela ne suffisait plus tout-à-fait à les rassurer quant à leur avenir ensemble... Quand Juliet se détacha de lui pour se redresser, Jeremy se redressa à son tour en grimaçant et se laissa tomber dans le fauteuil. Toute énergie combative s'était envolée de lui. Il leva sur son épouse un regard interrogateur, tandis qu'elle pressait ses mains dans les siennes.

S'éloigner quelques temps l'un de l'autre, pour réfléchir seul chacun de leur côté, voilà qui lui semblait être la meilleure des idées. Hochant la tête pour approuver chacune de ses paroles, il sentit un certain soulagement l'envahir, et comprit à ce moment là à quel point il avait besoin de s'échapper lui-aussi. Prendre de l'air, loin de tout et surtout loin de sa famille, prendre un peu de recul pour y voir plus clair. Pourtant, il les aimait à mourir, Juliet et Gabrielle, et s'était aussi un déchirement que d'imaginer une séparation, même temporaire. Mais il se sentait sur le point d'imploser, comme un chaudron-minute sous pression, alors mieux valait écouter les signes et suivre son instinct pour quelques temps. Juliet venait de lui en donner l'opportunité. Ainsi, quelle que soit la décision prise, elle serait choisie de sang-froid, à tête reposée, et il serait prêt à l'assumer... Oui, c'était la meilleure des choses à faire.

"Moi aussi, ma chérie", souffla-t-il en attirant Juliet sur ses genoux, pour la serrer fort dans ses bras. Plongeant son nez dans son cou, il inspira profondément, prenant une minute pour s'enivrer de l'odeur familière de sa peau, et du parfum doux de ses cheveux. Puis il s'écarta légèrement pour pouvoir la regarder.

"Je comprends complètement, ne t'en fais pas", répondit-il avec un sourire bienveillant. "Plus que comprendre, je... je partage."

Un peu hésitant, il se mit à jouer avec le bracelet que Juliet avait autour du poignet, cherchant ses mots.

"Ce n'est pas seulement... ça, je crois que ça fait quelques temps que ça ne va pas trop, et ça me ferait du bien de prendre du temps et de la distance moi aussi."

Cette révélation ne venait pas de soi, il aurait préféré garder cela pour lui, mais il lui semblait qu'il lui fallait aller au bout de cette conversation pour en faire un vrai moment de vérité. Juliet et lui allaient traverser une période difficile et il lui fallait être réellement honnête avec elle s'il voulait parvenir à retrouver un équilibre.

"Moi aussi, changer d'air me ferait vraiment du bien. Ecoute, je sais qu'on n'a jamais fait ça pour plus d'un jour ou deux, mais est-ce que tu crois qu'on pourrait laisser Gabrielle quelques jours chez Théo et Sam* ? Ou chez nos parents, bien sûr, mais je sais que ça ferait plaisir à Théo."

Il esquissa un sourire en pensant à leur ami, qui laissait rarement passer une semaine sans venir faire un coucou à leur fille, avec un cadeau.

"A moins que tu ne préfères l'emmener avec toi, bien sûr", ajouta-t-il avec tendresse. "Mais je sais qu'en ce qui me concerne, je... je crois que j'ai besoin d'une coupure complète. Partir quelques temps me promener dans la montagne, ou quelque chose comme ça."

Un haussement d'épaules ponctua ses propos. Peut-être pouvait-il convaincre son ancien mentor, le professeur Nolan, de partir en randonnée avec lui, ce qui lui permettrait de s'échapper sous sa forme animagus, ou bien l'un de ses potos de Lycaon. Bien sûr, cela impliquait de demander un congé à Daisy et de rater quelques cours, mais sa vie de famille en valait la peine...
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Merci à Juliet Ship
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Jeremy avait accepté qu’ils s’éloignent. Un peu, le temps de réfléchir à toute cette situation, de faire leur point sur leurs envies respectives. Déchirée entre plusieurs sentiments contradictoires, Juliet se contenta d’hocher la tête, à la fois soulagée par la perspective de ne pas avoir à prendre une décision immédiatement, et en même temps terriblement effrayée par ce futur, ce futur si incertain qui se dessinait sous ses yeux.

Elle planta ses yeux gris dans ceux de son mari, et sentit son cœur se tordre sous le poids de la charge émotionnelle liée à cette situation. Par Godric, elle avait envie de se blottir contre lui, de fermer les yeux et de revenir en arrière. De revenir à leurs heures de bonheur, à leurs souvenirs heureux, là où de telles questions ne se posaient même pas. Là où ils étaient juste Jeremy et Juliet, deux êtres faits parfaitement l’un pour l’autre. Elle voulait retrouver le dortoir où Jeremy et elle s’étaient presque embrassés, alors qu’ils venaient d’apprendre que leurs parents s’étaient récemment mis en couple. Ce dortoir où il lui avait murmuré « Qu’est-ce que je ferais sans toi. », et où, pour la première fois, elle avait senti que ses sentiments à son égard n’étaient plus parfaitement amicaux.

Elle voulait retrouver Aberystwyth, leur complicité innocente, leur brûlant désir l’un pour l’autre. Elle voulait retourner dans ce bar, ce bar où il lui avait lancé « Je sais que tu es la plus importante pour moi, et que si je ne dois garder qu'une personne à mes côtés, c'est toi. Alors, d'accord. Nous. ». Ces quelques mots qui avaient changé le cours de leur vie, qui leur avaient certifié une vie de bonheur – une vie remplie de doutes, de craintes, mais plus heureuse que n’importe quel autre chemin qu’ils auraient pu emprunter séparément.

Elle voulait retrouver Poudlard et leur petite pièce secrète, qui ne semblait se révéler que pour eux. Cette pièce abandonnée – le repère de Virtanen si on lui demandait son avis – qui les avait vu grandir, évoluer, et qui avait même assisté à la demande en mariage de Jeremy. Ces quatre murs au sein desquelles il lui avait dit « Je voudrais t'épouser et passer le reste de ma vie à tes côtés, Cap ? » Cette promesse qu’il avait formulée, elle ne l’avait jamais oublié, pas plus que celle qu’elle lui avait faite, lors de leur mariage : celle de continuer à ne jamais laisser la vie se mettre en travers de leur chemin, même si les obstacles semblaient insurmontables.

Elle voulait retrouver leur vie quand elle était encore pleine de certitudes. Elle savait que l’amour qu’elle portait à Jeremy était encore le même – si ce n’est plus fort – qu’avant. Elle avait toujours envie de passer le restant de ses jours à ses côtés – à vrai dire, elle ne savait pas vraiment comment elle pourrait vivre autrement. Mais parfois, songea-t-elle, la vie les prenait de court, jouait avec eux, et les laissait sur le bord de la route, confus et perdus. Ce n’était pas une situation de laquelle on pouvait se sortir avec un simple « cap ou pas cap ».

Et pourtant ! Pourtant ces mots lui brûlaient les lèvres. Cap ou pas cap de continuer à m’aimer malgré tout ? Voulait-elle supplier. Cap ou pas cap de passer ta vie à mes côtés ? Voulait-elle demander. Elle se retint, et se concentra sur des détails pratiques.

« Oui. » répondit-elle, « On peut déposer Gaby demain chez Théo et Sam. Ils seront heureux de l’avoir avec eux, et elle adore passer du temps avec son parrain. » lança-t-elle avec un sourire tendre.

Les yeux dans le vague, elle joua distraitement avec son alliance, le cœur serré. Et si, dans quelques jours, ils se retrouvaient, tous les deux, et que leurs envies ne concordaient pas ? Que resterait-il ? Que feraient-ils ? La jeune femme ferma brièvement les yeux, essayant de refouler la terrible sensation qui se répandait dans ses veines. Jeremy et elle avaient toujours été en accord sur les choix qu’ils avaient pris, et elle l’aimait – oh, elle l’aimait tant – qu’elle aurait pu tout sacrifier pour lui. Presque tout. Une décision comme celle-ci, ce n’était pas quelque chose qu’on sacrifiait par amour.

« Tu peux rester ici ce soir ? » demanda-t-elle brusquement. « J’ai besoin de… » elle ne termina pas sa phrase. Elle avait besoin de partir, de ne pas contempler ce qui pouvait s’avérer être son plus grand échec, sa plus grande perte.

Comme Jeremy accepta, elle monta dans leur chambre rassembler quelques affaires qu’elle fourra sans ménagement dans un sac. Passant la tête dans la chambre de Gabrielle, qui dormait profondément, un sourire tendre se dessina sur ses lèvres. Elle s’approcha discrètement pour lui déposer un baiser sur le front et s’éloigna sans bruit. Prenant une longue inspiration, elle descendit les marches de l’escalier, se retrouvant de nouveau face à face avec Jeremy. Elle se rapprocha de lui et posa sa main sur la sienne.

« On dit une semaine. » débuta-t-elle d’une voix grave. « Et après… Après, on aura pris une décision. »

Elle pressa la main de son mari. Puis, ne sachant plus quoi dire, elle déposa délicatement ses lèvres sur les siennes, espérant de tout son cœur et de toutes ses forces que ce baiser ne serait pas leur dernier. Elle se sépara à regret de lui et se dirigea vers la porte qu’elle franchit sans un regard en arrière, le cœur lourd.

Normalement, ils étaient cap de tout, toujours. Jeremy lui avait dit un jour que cela les perdrait, qu’un jour ils trouveraient leur limite. Ce jour semblait être arrivé.

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La vie qui nous attend [Jeremy & Juliet]

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