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 Demons | Grady & Hayden

Hayden McNeilAncien personnageavatar
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02 février 2010

Hayden agita machinalement sa baguette et observa les assiettes s’entrechoquer dans l’évier avant qu’une éponge ne vienne les frotter énergiquement. Il s’appuya contre la table, l’esprit dans le vague, absorbé par ce spectacle familier qui sonnait la fin de la journée. D’une main, il se frotta la nuque, alors qu’un soupir lui échappait.

Cela faisait bientôt trois mois qu’il avait l’impression de vivre dans l’ombre de lui-même. Trois mois qu’il se levait chaque matin seulement parce qu’il fallait bien sauver les apparences. Trois mois qu’il se sentait aussi vide et creux qu’un fantôme. Car cela faisait bientôt trois mois que Juliana était morte. A cette pensée, son cœur se serra douloureusement et il porta sa main à sa poitrine alors qu’il tentait de faire disparaitre cette sensation de suffoquer. Juliana était morte. Sa petite sœur était morte, disparue à jamais, assassinée.

Lorsque deux miliciens avaient frappé à sa porte, le soir du 17 novembre, Hayden avait eu un mauvais pressentiment. Lorsque son frère commettait ses habituelles frasques, c’était plus souvent la police magique, ou alors un de ses collègues Aurors qui faisait le déplacement, mais sûrement pas la milice. L’annonce, énoncée sur un ton plus froid que le vent du nord de l’Ecosse, avait glacé Hayden sur le pas de la porte. « Vous devez venir avec nous » avait ajouté le deuxième milicien, « votre femme aussi ». Figé par la nouvelle, Hayden avait cette terrible sensation d’observer la scène depuis l’extérieur et ne plus être maître de son corps. Dans un état second, lui et Eileen avaient accompagné les deux miliciens au ministère, alors qu’une voisine avait volé à leur secours pour garder Louise à la dernière minute.

Et les interrogatoires s’étaient enchaînés. Pour une fois, ce n’était pas Hayden qui les menait, mais il les subissait. Il avait repris contenance en croisant le regard suppliant d’Eileen, alors que les visages de ses quatre enfants lui revenaient à l’esprit. Il s’était redressé et avait posé calmement ses avant-bras sur la table. C’était Danielle Coleman elle-même qui avait mené la majeure partie de son interrogatoire. Elle avait été impitoyable, disposant devant les yeux du grand frère des photos du corps calciné de Juliana. Hayden avait rassemblé ses dernières forces et son courage pour répondre aux questions de la chef de la Milice. Non, il n’avait pas eu de contact avec sa sœur depuis plusieurs mois. Il avait appris son combat dans la résistance dans les journaux, et ne lui avait pas reparlé depuis. Il n’en n’avait pas vraiment eu la chance, à vrai dire. Le nom de Juliana avait une résonance toute particulière au ministère, puisque son frère Auror portait le même – ainsi, Hayden aurait pu jurer qu’il avait été suivi pendant plusieurs semaines lorsque la tête de sa sœur avait été mise à prix.

Et maintenant, elle était morte. Il ne pourrait plus jamais la voir, la serrer dans ses bras, entendre son rire communicatif qu’elle avait hérité de leur mère. Si trois mois s’étaient écoulés depuis ce jour, la douleur était restée. Et avec elle, les remords. Il n’avait pas été à la hauteur. L’avait-il été un jour ? N’aurait-il pas dû chercher à entrer en contact avec elle ? S’assurer qu’elle allait bien ? Il aurait pu la protéger, lui donner un endroit sûr où rester. C’était son rôle de faire tout cela. Et il avait échoué. A présent, il ne lui restait que ses regrets et ses incertitudes. A vrai dire, c’était peut-être le pire, de ne pas savoir. Ne pas savoir ce que sa sœur avait vécu pendant les derniers mois de sa vie. Etait-elle entourée ? Avait-elle été heureuse, malgré tout ? Avait-elle essayé de rentrer en contact avec lui, sans qu’il ne s’en rende compte ?

Toutes ces questions empêchaient Hayden d’avancer, de se « reconstruire » lui avait expliqué Eileen, un soir, alors qu’il ne parvenait pas à trouver le sommeil. A l’entente de ces mots, il avait fermé les yeux. Pouvait-on se reconstruire, après que votre sœur ait été brûlée vive ? Pouvait-on se reconstruire alors que, chaque semaine, il entendait les miliciens se réjouir du meurtre de Juliana ? Alors qu’il les entendait encenser son meurtrier ? Non.

« Papou ? » appela une petite voix.

Hayden tourna la tête et croisa le regard de sa petite fille, vêtue de sa chemise de nuit à l’effigie d’une princesse moldue. Elle sautillait car le carrelage de la cuisine était si froid qu’elle ne voulait pas y poser un pied plus longtemps que nécessaire.

« Oui princesse ? »

« Je peux avoir de l’eau s’il te plait ? J’arrive pas à dormir. »

Hayden hocha la tête et la rejoignit en quelques enjambées pour la soulever et la déposer sur la table de la cuisine. Il agita sa baguette pour faire sortir un verre du placard, et le fit léviter jusqu’à l’évier pour le remplir d’eau fraiche. Il le tendit ensuite à sa fille qui le remercia d’un sourire et commença à le boire à petite gorgées.

« Il est pas arrivé encore Gradou ? »

« Non ma puce, Grady arrive tard. Et je pense que tu devrais éviter de l’appeler Gradou maintenant. »

« Mais maman l’appelle comme ça ! Je l’ai entendu te demander au dîner à quelle heure Gradou arrivait à la maison ! »

« C’est vrai. » accorda Hayden avec un petit sourire. « Mais c’est le surnom de maman. Comment tu appelles ton frère toi ? »

« Hum… Grand nigaud ? » fit mine de proposer Louise avec un grand sourire, avant de soupirer sous le regard amusé de son père. « Bon d’accord ! Le nigaud, c’est Gareth, de toute façon. »

Ce fut au tour d’Hayden de soupirer en souriant. Louise adorait ses grands frères – surtout Grady et Tony, puisqu’ils n’habitaient plus dans la maison familiale. Quant à Gareth, il passait la majorité de l’année à Poudlard, donc Louise était toujours heureuse de le retrouver. Cependant, elle passait son temps à prétendre qu’il était un « nigaud » - avant d’aller secrètement le supplier de jouer avec elle quand ses copines n’étaient pas à la maison.

« Je peux attendre que Grady arrive avec toi Papou ? » demanda la petite fille, avec de grands yeux suppliants. « S’il te plaaaaaaait. » ajouta-t-elle pour faire bonne mesure en se jetant dans les bras de son père, qui l’accueillit avec un sourire attendri.

Hayden savoura l’étreinte de sa fille qui enfouit sa tête dans son cou alors qu’il la soulevait.

« Non ma puce, il est trop tard. Mais, » ajouta-t-il pour couper court aux négociations qu’elle s’apprêtait à lancer « je vais te remonter dans ta chambre, et Grady ira te faire un bisou en rentrant, ok ? »

« Bon ok… » souffla à contrecœur Louise en reposant sa tête sur l’épaule de son père.

Hayden se dirigea vers la chambre de sa fille, alors que celle-ci se laissait bercer par le pas lent et régulier de son père. Il la posa délicatement dans son lit, et l’embrassa sur la joue, se retenant de rire lorsqu’elle protesta par un « tu piques ! » ensommeillé.

Il quitta la chambre de la fillette sur la pointe des pieds, et alla s’installer dans le salon. Louise lui rappelait au quotidien pourquoi il ne se permettait pas de s’effondrer. De faire un scandale au ministère. D’étriper à mains nues cette Danielle Coleman. Elle lui rappelait pourquoi il fallait qu’il agisse avec intelligence, et pas avec cette impulsion qui lui tordait le cœur. Et pourtant, Merlin savait à quel point il en avait envie ! Il avait passé des nuits entières à pleurer la mort de Juliana avec Aidan, et à élaborer des plans pour punir ceux qui avaient fait ça, ceux qui étaient responsables de son exil, ceux qui l’avaient traqué, jour après jour, l’obligeant à se cacher. Mais il avait une famille. Une femme, des enfants qu’il aimait plus que tout. Des enfants qui avaient besoin de leur père. Des enfants qui, eux aussi, avaient besoin d’être protégés. Alors non, il ne pouvait pas, pas maintenant. Mais il agirait, il en était certain.

Le bruit de la porte d’entrée le tira de ses pensées, et il redressa la tête pour adresser un sourire à son fils.

« Salut fiston. » lança Hayden avec une voix un peu éraillée. « Comment tu vas ? »


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Grady avait toujours été proche de sa famille. Avant. Il aimait ses parents, il aimait sa petite sœur, il aimait ses frères. Sa tante, ses cousins, ses grands-parents, ses oncles. C'était un bon Poufsouffle, il était proche de tout ce petit monde. Mais les choses étaient différentes, depuis Juliana. Il y avait tout d'abord eu son implication dans la résistance, quand Grady était devenu le Gardien du Secret du Kraken. Il avait accepté quand elle lui avait demandé parce qu'il avait confiance en sa tante, elle avait confiance en ce qu'elle lui disait, lui rapportait sur le gouvernement. C'était dur de voir les choses de l'intérieur de Poudlard mais Grady était quelqu'un qui aimait sa famille : il avait foi en elle. Ce secret l'avait un peu éloigné de ses parents, parce qu'il ne voulait pas qu'ils s'inquiètent, il ne voulait pas que son père, si perspicace, se doute de quelque chose. Son papa était un Auror, il l'avait souvent dit avec fierté lorsqu'il était enfant. D'abord, mon papa, il est Auror, il va venir et il va te mettre en prisooon. Ses camarades avaient souvent entendu cette petite phrase (surtout parce qu'à l'époque, il n'était pas très viril et peu capable de se défendre lui-même. Ce n'était plus le cas maintenant, il était super musclé, il poussait à la salle. Enfin. Il y était allé une fois, quoi, quand Kessy et lui étaient encore ensemble... Bref bref bref).

Le secret avait commencé à l'éloigner. Puis il avait quitté la maison pour emménager à Bristol avec James, dans leur super colocation de bro'. Nouvel éloignement, logique celui-là, avec ses parents. Mais il passait encore régulièrement, pour faire sa lessive - parce que sinon, ça ne se sentait pas pareil que d'habitude - et pour voir Louise et sa mère. Mais cet équilibre avait été perturbé par la mort de Julia. Enfin, la mort... La pseudo mort. Honnêtement, il était plutôt heureux d'être au courant de la vérité car penser qu'elle avait été tuée à cause de ses engagements politique l'aurait détruit. Mais il lui fallait désormais mentir : mentir à son père, sa mère, mentir à tout le monde. Simuler le chagrin et surtout, supporter le chagrin des autres. Comment tenir quand il voyait sa mère sangloter ? Quand Louise avait éclaté de chagrin au dessus du pseudo cercueil de sa tante ? Cela lui était impossible. Il était un mauvais menteur et il ne supportait pas d'assister à ce spectacle. Alors il avait pris ses distances. C'était commode, de vivre loin : le travail, une soirée, les copains... Il avait toujours une bonne excuse. Sa mère avait presque dû le tirer par les oreilles pour qu'il daigne accepter de passer ce soir. Il manquait à Louise. C'était l'argument utilisé qui l'avait fait cédé. Il n'était que faiblesse face à des choses comme les petites sœurs, les chips et les licornes.

Il avait donc transplané un peu tard pour la Cité Nimbus, ratant volontairement le dîner familial pour éviter les mentions trop gênantes de Julia. Son sac à dos sur les épaules, sa capuche sur le crâne, il remonta l'allée jusqu'à chez lui en saluant les voisins qu'il croisait. Il poussa la porte sans frapper - l'habitude - et retira ses baskets sans les mains (des années d'entrainement) avant de balancer son sac par terre.

- C'est moi ! balança-t-il en se rappelant un peu tard que Loulou dormait peut-être.

Il passa dans la cuisine, vide à part son père et adressa un sourire à ce dernier, s'approchant de lui pour lui faire un câlin (câlin d'homme viril).

- Salut 'pa. Ça va et toi ?

Question bête, son père ne paraissait pas super en forme. Pitié, pas Julia. Pitié pas Julia. Comme pour détourner la conversation, Grady ouvrit le réfrigérateur pour y prendre une canette de soda qu'il décapsula.

- Maman est pas là ? Loulou est couchée ?


   
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Hayden McNeilAncien personnageavatar
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L'air de Grady tira un sourire à Hayden - son fils était un éternel désinvolte. Cela inquiétait Eileen plus que de raison : et comment allait-il faire, s'il oubliait de payer ses factures ? Ou s'il devait prendre rendez-vous chez le médecin seul ? Ou pour remplir des papiers administratifs ? Hayden l'avait vite rassuré : sa femme était aussi efficace qu'un rapeltout. Elle avait d'ailleurs investi dans un Pear One quelques semaines auparavant et pouvait désormais envoyer des hologrammes à Grady et Tony pour leur rappeler de payer leurs factures, manger des légumes, et leur demander tous les vendredi soirs s'ils comptaient revenir pour le weekend.

Hayden, lui, était beaucoup plus tranquille sur ces sujets-là. Il avait confiance en ses deux garçons ; même s'il les savait un peu tête en l'air. De toute façon, il fallait bien qu'ils apprennent par eux-mêmes et il n'y avait rien de tel que faire des erreurs pour mieux assimiler la leçon.

"Maman est partie à une réunion de quartier, elle devrait rentrer dans une demi-heure, je pense." répondit Hayden à la première question de son fils. "Et Loulou est couchée, mais je lui ai dit que tu monterai lui faire un bisou. J'espère que tu es rasé de près, parce qu'elle n'arrête pas de se plaindre que je pique." plaisanta-t-il en passant une main dans sa barbe de trois jours.

Se redressant dans son fauteuil, l'Auror posa un regard soucieux sur Grady. Hayden n'était pas très doué pour parler de ses sentiments, mais depuis la mort de Juliana, c'était comme si un nuage noir le suivait en permanence, marquant son visage, ses humeurs, ses réactions. Juliana et Grady avait toujours été proches, c'était même sa marraine.

"On fait aller." répondit prudemment Hayden, se refusant à sombrer davantage devant ses enfants. Pour la première depuis des années, lorsqu'ils avaient appris la mort de Juliana, Hayden s'était écroulé, effondré devant toute sa famille ; devant ses enfants qui le trouvaient si fort, si brave. La peine qu'il vivait lui semblait tout simplement insupportable pour pouvoir agir avec autant de force qu'il le faisait habituellement.

"Grady, il fallait que je te parle de quelque chose..." commença Hayden. "Mamie aimerait qu'on fasse un dîner, le mois prochain, en mémoire de Juliana." La médiatisation du meurtre de sa sœur, les horreurs imaginées à son sujet par les journaux, tout cela avait contribué à leur voler leur deuil, leur paix d'esprit. L'enterrement avait dû être organisé en deux temps trois mouvements, et, dû fait de la situation, ils n'avaient pas pu organiser une cérémonie après. "Je sais que tu es très occupé en ce moment, mais tu penses que tu pourrais te libérer une soirée ? On aimerait beaucoup que tu sois présent... Et je pense qu'elle aurait apprécié aussi, elle t'aimait beaucoup." ajouta doucement Hayden.


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Grady McNeilEleveur de licornesavatar
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Un pschiiit sonore retentit dans la cuisine quand Grady décapsula sa canette fraiche, hochant la tête à la mention de sa mère. Elle avait toujours été investie au sein du quartier, telle une Poufsouffle généreuse. Il ignorait comment elle arrivait à gérer tout ça lui, ça lui prenait une heure déjà de faire sa vaisselle après son repas... (c'était parce qu'il essayait de fabriquer des bulles en appuyant sur la bouteille de produit). Quand son père osa lui demander s'il était rasé de près pour aller embrasser sa petite sœur, Grady utilisa son air le plus indigné.

- Quoi ! Tu n'as pas remarqué ce splendide début de barbe que je fais pousser depuis deux mois ? s'exclama-t-il en désignant du doigt le léger duvet sur ses joues.

Ce n'est pas qu'il était imberbe. C'est que... il avait une barbe précautionneuse, c'est tout. Il n'était pas comme James qui devait se raser quasiment tous les matins, lui, il admirait chaque poil qui venait orner son menton pour lui donner l'air d'avoir plus de douze ans. Alors même pour sa petite sœur, hors de question d'attenter à sa merveilleuse pilosité faciale. Il resterait piquant comme un Botruc ! Et il aurait largement préféré continuer à parler de sujets aussi légers que son rasage plutôt que d'évoquer tout ce qui fâchait. Il se tendit imperceptiblement à la réponse de son père, qui était plutôt sobre. Tant mieux... Il ne savait jamais quoi dire quand le sujet Juliana venait sur le tapis. Grady avait l'impression d'être horrible avec sa famille et cela le culpabilisait mais il ne pouvait pas faire autrement. Il ne voulait pas prendre le risque de faire une gaffe et comme il était extrêmement mal à l'aise devant le deuil de ses parents et de ses frères... Courage, fuyons comme diraient les Serpentard, hein. Il pensa bêtement que le sujet était passé et s'apprêtait à aller saluer Loulou quand son père lâcha un "il fallait que je te parle de quelque chose". AH. Ce n'était jamais bon signe. Tendu comme le visage de Mildred Magpie après du botox, Grady haussa les sourcils. Entraînement de la tête surprise.

- Ah oui... ?

Pas Julia, pas Julia, pas Julia... Et évidemment, ce fut Julia. Il envisagea quelques secondes de s'étouffer sur son soda avant de renoncer à cette atteinte à sa vie. C'était vraiment une situation compliquée, surtout qu'il n'avait personne avec qui en parler, même pas James. Le coup de "au fait, ma tante qu'on pense être la terroriste responsable de l'attentat de la Marchbank n'a rien fait et elle est même pas morte, haha" ne se faisait pas au petit-déjeuner. Il ne pouvait pas non plus en parler à la concernée puisqu'il ne voulait pas la culpabiliser plus que de raison. Alors il se taisait et gérait ça - très mal - tout seul. À la proposition de son père, il passa une main dans sa nuque, embarrassé. Un dîner de deuil familial autour de Julia-pas-morte-mais-morte pour qu'ils puissent tous pleurer en famille et évoquer des choses bien tristes...? Mauvais plan. Très mauvais plan.

- Bah euuuh. En fait je sais pas si je pourrais, parce qu'on a des licornes qui sont malades en ce moment donc je fais pas mal de gardes et tout... Et puis, chais pas, j'aime pas ce genre de choses, tu le sais p'pa...


   
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Hayden McNeilAncien personnageavatar
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« Si, bien sûr, parfaitement ! » lança Hayden en plissant les yeux dans une tentative d’apercevoir les poils qui ornaient le menton de son fils. Il eut une moue peu convaincue. « Je pense que ça ne dérangera pas Loulou. » assura-t-il en cachant un sourire amusé.

Les hommes McNeil étaient généralement poilus. Hayden et Aidan avaient dû apprendre à se raser très tôt – leur mère les empêchait de conserver quelques poils sur les joues, même s’il s’agissait d’une petite fierté pour eux. Aujourd’hui, l’Auror entretenait une barbe de trois-quatre jours, sous l’œil averti d’Eileen qui ne se gênait pas pour l’envoyer dans la salle de bain, un rasoir à la main. Grady, pour ce marqueur génétique en particulier, tenait de sa famille maternelle. En réalité, il ressemblait beaucoup à Eileen, notamment dans la forme du visage. Mais il avait les mêmes yeux que son père, qui ressentait une fierté inexplicable lorsqu’il croisait le regard de son fils.

Hayden ne remarqua pas la confusion et l’agitation qui régnait dans l’esprit de son fils. Comment aurait-il pu ? Comment aurait-il pu deviner que Grady feignait la surprise, mais qu’il feignait également la tristesse ? Il prenait cette confusion pour de la détresse, l’agitation pour de la colère. Le père de famille resta silencieux face à la réponse de son fils, et l’observa attentivement.

Chacun avait sa manière de réagir au deuil. La mère d’Hayden passait ses journées à ranger la maison, à la nettoyer de fond en comble. Aidan buvait, Aidan s’autodétruisait, comme il l’avait toujours fait dans ces moments difficiles. Eileen s’était enfermée dans son travail. Tony ne passait plus une seule journée sans appeler ses parents. Garreth était devenu violent. Et Grady… Grady était devenu distant. Jamais Hayden et Eileen ne l’avaient si peu vu. Bien évidemment, maintenant qu’il était indépendant, il passait de moins en moins à la maison, les appelait moins régulièrement. Mais avant – avant tout ça – il était au moins présent pour le déjeuner dominical organisé toutes les deux semaines chez sa grand-mère.

« Je sais. » répondit doucement Hayden en fronçant légèrement les sourcils, l’air inquiet. « Mais ta présence compte beaucoup pour nous, Grady, et pour ta grand-mère aussi. On n’a jamais pu organiser une belle cérémonie pour rendre hommage à ta marraine, et je pense que ça nous aiderait tous à tourner la page. » assura-t-il.

Les funérailles de Juliana avaient dû être organisées rapidement, dans l’urgence. Pendant plusieurs semaines, les McNeil avaient été sous les feux des projecteurs, et la sidération liée à la perte de la jeune femme les avait empêché de se réunir pour lui rendre un dernier hommage.
Il hésita quelques secondes avant de reprendre la parole.

« Ecoute, Grady… Je ne veux pas te forcer la main. Mais avec maman, on sent bien que quelque chose ne va pas, et on sait à quel point tu étais proche de Julia. Alors on se dit que peut-être ça te ferait du bien de venir avec nous à cette cérémonie. » expliqua-t-il prudemment. « Je sais que c’est difficile, mais ça te permettra peut-être de faire ton deuil ? »
Hayden guetta la réponse de son fils, son regard plongé dans le sien.


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Grady McNeilEleveur de licornesavatar
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Qu'on lui donne un mur, qu'il éclate son crâne dessus. Grady ne voulait vraiment mais vraiment pas avoir cette conversation avec son père. Il avait envie de se sauver très loin, comme en Laponie, c'était bien la Laponie, il n'y avait pas ses parents, ses frères, sa grand-mère et sa fausse-tante-marraine morte qu'il devait maintenant pleurer avec sa famille. Son père n'était pas satisfait de sa réponse et surtout, de son excuse. Ils étaient pénibles, ces Aurors, à détecter les mensonges ou du moins, les fausses excuses. Il aurait préféré que son père tombe dans le panneau. "Ah, des licornes malades ? Mais je comprends mon fils, je comprends, va leur fabriquer des petits bouillons de carottes pour qu'elles se sentent mieux, fonce." Lui, il ne pouvait pas "tourner la page" de Julia tout simplement parce qu'elle n'était pas morte, au nom de Merlin. S'il avait pu, il s'en serait fait des t-shirts, il en aurait fait une tasse à son père pour remplacer celle "Meilleur papa du monde", il l'aurait crié sur tous les toits pour ne plus être l'unique dépositaire de tout ce lourd secret. Mais il ne pouvait pas. Alors il devait mentir à son père et il était très nul au jeu de mentir, encore plus nul que sur un balai et son premier cour de vol s'était terminé par lui, coincé dans un anneau de Quidditch, sa robe par dessus sa tête. C'était dire. Crispé autour de sa canette - le métal s'enfonçait un peu sous ses doigts - il se racla la gorge pour se donner une contenance.

- Ouais mais... J'aime pas ce genre de trucs, tu l'sais... marmonna-t-il en regardant le sol.

Ça au moins, ce n'était pas un mensonge. Il était vraiment mal à l'aise dans le registre tragique, il ressentait un incompressible besoin de détendre l'atmosphère. Faire une blague sur "Un croque-mort, un macchabée et un nécrophile rentrent dans un bar" n'était pas le meilleur moyen de faire rire les gens à un enterrement, qu'on se le dise (désolé grand-oncle Fergus.) Grady gérait mal la tristesse des autres, pas quand il ne pouvait rien faire pour la consoler. Et cette fois-ci, c'était pire, parce qu'il pouvait faire quelque chose. C'est juste qu'il n'en n'avait pas le droit. C'était la pire torture du monde. Et il ne voulait pas s'y forcer, pas encore. Face à son père qui insistait alors qu'il avait déjà dit non, Grady se crispa et baissa les yeux sur le sol.

- Écoute papa, je t'ai déjà dit que je ne voulais pas... N'insiste pas, s'il te plaît. J'ai pas envie qu'on se réunisse tous pour pleurer ensemble, j'ai pas besoin de ça, d'accord ?


   
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