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 Drôles d'oiseaux [Nelly & Virgil]

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Virgil Forbes
6ème année Gryffondor


2 février 2010

"Dégage"

Virgil chassa d'un geste de la main le hibou qui tentait vainement de retrouver sa niche dans la volière de Poudlard. C'était sans compter sur le Gryffondor qui avait élu domicile dans l'alcôve fraichement nettoyée par ses soins. Hors de question de s'asseoir dans les fientes d'oiseaux ni de laisser un quelconque volatile revenir ici. C'était son espace dorénavant.

Depuis plusieurs semaines, c'était ici que Virgil retrouvait Nelly et qu'ils échangeaient sur leurs lectures de la semaine. Tous les jeudis de 15h à 16h. Systématiquement. Virgil avait une heure de trou entre DCFM et Études des Runes tandis que la plupart de ses amis rejoignaient sur ce créneau horaire le cours de Métamorphoses qu'il ne suivait plus depuis son entrée en sixième année.  Nelly aussi avait une heure de temps libre-à moins qu'elle ait déjà fini sa journée- honnêtement, Virgil ne s'était jamais posé la question. Quoiqu'il en soit, elle était disponible et ils profitaient généralement de ce moment pour s'échanger leurs fiches de lecture sur l'occlumancie et la légillimencie. A eux deux, ils avaient lu une bonne partie du rayon de la bibliothèque réservé à ces thématiques et ils commençaient à être calés sur le sujet. En toute modestie, bien sûr.

Ses longues jambes pendant dans le vide, Virgil tourna une page de "L'Occlumancie pour les cracmols" avant de griffonner de son écriture en patte de mouche quelques mots sur un morceau de parchemin. Il déchira un bout de papier et le coinça entre les feuillets avant de refermer le livre prestement. Ce chapitre portant sur les différentes techniques pour fermer son esprit intéresserait surement Horrocks aussi comptait-il lui suggérer de le lire. Le reste du bouquin n'était franchement pas intéressant. L'ouvrage était beaucoup trop vulgarisé aux yeux du Gryffondor et il estimait qu'il était nettement moins complet que  "Manipulations mentales magiques", sa nouvelle bible, livre moins facile d'accès mais particulièrement enrichissant. Nelly l'avait emprunté à son nom à la bibliothèque et Virgil avait "oublié" de le lui rendre depuis plusieurs jeudis...

Il faut dire que le reste du temps, les deux sixièmes années faisaient comme s'ils ne se connaissaient pas. Trainé avec des préfètes ne collaient pas avec l'image rebelle que Virgil entretenait depuis tant d'année et il imaginait que la réciproque était vraie pour Nelly. Leurs entrevues du jeudi après-midi leurs suffisaient largement !
D'ailleurs, n'était-ce pas le son des pas de la préfète qui raisonnait dans les escaliers ? Maintenant Virgil arrivait à reconnaitre le bruit de sa démarche aussi il ne fut pas étonné en la découvrant.

"'Lut." souffla-t-il alors qu'ils auraient pu se saluer à peu près dix fois dans la journée avant ce moment, Je t'ai ramené "Ouvrir et bloquer son esprit", Pas mal, dit-il en sortant les livres et les fiches de lecture du sac en bandoulière posé à côté de lui dans la niche, "Occlumens, Legillimens : L'édition augmentée " franchement, t'apprends rien de plus que dans l'édition normale, et "L'Occlumencie pour les cracmols", C'est de la merde, lâcha-t-il alors avec une once d'arrogance intellectuelle, mais peut-être que le chapitre six t'intéressera, ajouta-t-il en lui tendant les livres et ses fiches quasiment illisibles.
Nelly HorrocksPréfèteavatar
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Nelly quitta la salle du cours de Divination en détachant rageusement ses cheveux qu’elle avait regroupés en un chignon grossier juste avant le cours. La Divination, que cela devenait barbant ! Elle qui adorait ça avant, elle commençait à regretter d’avoir pris cette matière pour les ASPICs. La pratique de la Divination demandait d’être aware alors qu’elle tentait d’apprendre tout le contraire en ce moment avec l’Occlumancie et ses performances autrefois satisfaisantes en pâtissaient. Elle ne voyait plus grand-chose dans les feuilles de thé et seul son reflet la regardait dans les boules en cristal.
Complètement assommée par l’ambiance de la salle de cours et cette heure de non-productivité, la Serpentard rassembla ses boucles brunes en une queue de cheval lâche plus confortable avant de s’engager dans les escaliers mouvants. Il n’avait pas intérêt à bouger celui-là, il ne manquerait plus que ça ! Ce matin, elle s’était brûlé un doigt avec son chaudron en cours de potions, ensuite, pendant la pause déjeuner, un quatrième année malodorant à la puberté florissante s’était installé avec sa bande de copains à ses côtés et elle venait de se taper un cours de Divination des plus ennuyants. A côté de tout ça, retrouver Virgil Forbes dans la Volière pour le debriefing hebdomadaire de leurs lectures lui semblait presque être une partie de plaisir. Jusqu’ici, ce rendez-vous apparaissait même comme la meilleure nouvelle de la journée.

En effet, depuis quelques semaines, le Gryffondor et la préfète se retrouvaient tous les jeudis pour parler en secret de leurs lectures sur la Legilimancie et l’Occlumancie parmi les chouettes et les hiboux. Nelly devait avouer qu’elle aimait bien retrouver le jeune homme une heure par semaine pour partager leurs découvertes personnelles. Faire des recherches sur les processus mentaux magiques était très excitant et intéressant pour la Serpentard qui prenait ses investigations très à cœur, elle réalisait même de temps en temps des petits exercices pour fermer son esprit qu’elle trouvait dans un livre, sans savoir s’ils étaient vraiment efficaces. C’était d’ailleurs Virgil qui les avait débusqués parmi ses lectures et il faut dire que le Gryffondor l’épatait par le sérieux qu’il déployait dans ses recherches. Elle avait l’impression qu’il prenait ça très à cœur et, comme promis, il rédigeait des fiches de lecture, certes illisibles, qu’il coinçait systématiquement à la page du chapitre qu’il lui conseillait de lire. Nelly avait parfois du mal à déchiffrer ses pattes de mouche mais les passages qu’il lui proposait étaient toujours effectivement intéressants. Sa cadence de lecture était aussi étonnante, il lisait parfois plus de livres qu’elle ne le pouvait en l’espace d’une semaine, trop prise par ses cours et ses devoirs de préfète.
Elle le trouvait plutôt sympathique maintenant et trouvait presque dommage qu’ils ne s’adressent pas la parole en dehors de leur rendez-vous des jeudis. Mais ils avaient convenu tous les deux que ne pas se fréquenter le reste du temps était mieux pour « préserver leurs images respectives ». Il ne voulait apparemment pas tâcher son image de bad boy en s’affichant avec une préfète et la réciproque était vraie : Nelly connaissait assez bien leurs camarades de promo pour savoir qu’ils étaient toujours aptes à parler des autres et à critiquer dans le dos, surtout si une préfète traînait avec l’un des rebelles de l’école, alors elle préférait faire semblant de ne pas connaître Virgil plutôt que d’attirer le regard des autres dont la vie était dictée par des stéréotypes bien ancrés dans leur tête : les préfets et les rebelles sont faits pour se faire la guerre.

Atteindre enfin la Volière où l’attendait le Gryffondor lui prit quelques minutes et elle s’assura que personne ne la suivait avant d’entreprendre la montée de la volée de marches qui s’élevait devant elle. Les dernières marches, les plus éprouvantes, lui arrachèrent un soupir et elle s’avança d’un pas lourd vers Virgil, perché dans une alcôve de la tour, qui la gratifia d’une salutation des moins expressives, comme à son habitude. Ils avaient dû se croiser plusieurs fois dans la journée mais à part un regard rapide de Nelly à l’égard de son camarade de recherche, ils n’avaient pas échangé le moindre mot.

« Oh je suis soooûlée aujourd’hui, j’en ai ras le bol ! Limite je suis contente de me retrouver ici dans les courants d’air au milieu des merdes et des plumes ! pesta-t-elle. La Divination, d’un ennui intersidéral : "Ouvrez votre esprit...", singea la Serpentard en fermant les yeux. Moi qui essaie de faire tout l’inverse, je suis servie. Dis moi que tu as trouvé des choses intéressantes pour me remonter le moral !… Et salut sinon. »

Au moins elle ne fut pas déçue par le Gryffondor qui lui tendit trois livres et ses fiches de lecture, qui ressemblaient à de vulgaires brouillons, qu’elle attrapa en se dressant légèrement sur la pointe des pieds.

« De la merde ? A ce point ? questionna la jeune femme en ouvrant l’Occlumancie pour les cracmols au chapitre 6 pour lire quelques phrases. Tu ne t’améliores pas niveau écriture à ce que je vois, - quand elle avait passé une mauvaise journée, elle pouvait être piquante – voyons Virgil, vous pouvez faire un petit effort, lança-t-elle avec une voix de prof en tenant entre ses doigts le bout de parchemin qui avait glissé du livre. T’as écrit quoi là ? avec une grimace, elle tentait de décrypter les hiéroglyphes du jeune homme. Moi je lis rien. Mais bon, pas grave, je me débrouillerai avec le reste. Merci pour tout ça, ajouta-t-elle en jetant un coup d’œil aux autres fiches. Tu deviens un véritable intello ! », elle espérait bien le charrier un peu là-dessus.

La préfète passa alors en revue les livres qu’il venait de lui passer avant de lâcher un soupir blasé en levant les yeux au ciel.

« J’imagine que tu as encore "oublié" de me ramener Manipulations mentales magiques ? Ça y est, je me suis pris une pénalité de retard moi ! SI tu veux le garder encore plus longtemps tu me le ramènes pour que je puisse le rendre et ensuite tu vas l’emprunter à ton nom. Pour ce que t’en fais ensuite, ce sera ton problème. »

Elle n’arrivait pas vraiment à s’énerver parce qu’elle comprenait, en tant que grande lectrice, qu’on puisse avoir envie de ne pas rendre un livre. A elle aussi, ça lui était arrivé mais sa discipline avait toujours repris le dessus.

« Si je suis interdite de bibliothèque à cause de toi, je te jure de faire en sorte que ma chouette t’arrache les yeux, glissa-t-elle comme menace en avisant la chouette hulotte qui dormait profondément sur son poste habituel. Bref, à moi maintenant, je t’ai apporté 10 inconvénients à la Legilimancie, ça fait un peu peur, et Moi, Legilimens, dit-elle en sortant les livres et ses fiches de lecture moins brouillonnes de son sac qu’elle fit léviter devant elle – hors de question de le poser par terre ! - Alors ça a l’air un peu con-con, reprit la jeune sorcière en désignant le deuxième livre. Mais au final c’est intéressant parce que le gars a réussi sa première intrusion mentale par "accident", comme toi, et il a aussi eu mal à la tête donc c’était marrant de faire le rapprochement entre vous deux, mais bon, il raconte un peu sa vie », conclut-elle en tendant le livre, dont la quatrième de couverture affichait le portrait de l’auteur qui passait de son profil droit à son profil gauche, avec le deuxième et ses parchemins.

Elle rangea ensuite les livres et les fiches de Virgil avant de reprendre :

« Je suis en train de lire Connaître la Legilimancie avant d’apprendre l’Occlumancie parce que, apparemment, il faut connaître ce à quoi on veut s’opposer… C’est pas mal, un peu rébarbatif. Par contre, les filles de mon dortoir me demandent sans cesse pourquoi ce soudain intérêt pour l’Occlumancie, elles sont vraiment lourdes. Mais bon, c’est pour la bonne cause, on commence à être calés je pense ! »

Encore heureux, avec toute l’énergie qu’ils y accordaient.


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A en juger par ses propos et son attitude, Nelly avait passé une mauvaise journée. En même temps quelle idée de choisir l'option divination pour les ASPICs ? Le Gryffondor méprisait cet enseignement que son amie Kasya adorait tant. C'était d'ailleurs un sujet de chambrage régulier entre eux. En effet, Virgil n'hésitait pas à se moquer de cette matière en lisant régulièrement des fausses prédictions dans tout et n'importe quoi: "Quatre céréales flottent dans mon lait ce matin, je sens... commençait-il en posant ses index sur ses tempes tel un télépathe,...je sens... poursuivait-il en faisant mine d'être concentré... que c'est exactement la note que tu vas avoir à ton prochain devoir d'histoire de la magie." Tout était prétexte à des prédictions: Si Roderick Wembley avait un bout de son repas de midi coincé dans les dents c'était qu'il allait faire un contrôle surprise durant la séance. "Faut savoir interpréter les signes..." disait Virgil en singeant volontairement l'attitude quasi démente de l'enseignant en divination.

Pourtant, il était convaincu que les voyants existaient bel et bien, mais selon lui on ne pouvait pas apprendre à devenir devin. C'était un don que les sorciers possédait ou pas. Ni plus ni moins. L'enseignement de cette matière à l'école n'était qu'une vaste fumisterie et il ne comprenait pas qu'une fille comme Nelly, plutôt rationnelle au demeurant, se soit laissée berner.

Quoiqu'il en soit, ils étaient là aujourd'hui pour parler de leurs lectures respectives et non pas pour s'épancher sur leur quotidien difficile d'élève !  Il ne releva donc pas les propos de la préfète et se contenta d'entrer directement dans le vif du sujet en lui tendant ses notes et ses livres. Il accompagna son geste de quelques commentaires succincts et l'observa tandis qu'elle feuilletait rapidement ses fiches.
En dépit de ce qu'on pouvait penser de lui, il avait tenu ses engagements et rédigé des résumés pour chaque livre qu'il avait lu sur le sujet. Nelly faisait de même et leur petite organisation était plutôt bien rodée maintenant. Les premières semaines, le Gryffondor avait pris le temps de relire les ouvrages commentés par Nelly juste pour s'assurer qu'elle ne laissait rien passer d'important, consciemment ou inconsciemment . Il s'était vite rendu compte que les fiches de la préfète était très complètes- surement plus que les siennes- parfaitement ordonnées -un peu trop d'ailleurs- et écrites dans une typographie impeccable ! Une écriture ronde, régulière et lisible. Une écriture de fille, quoi, songeait-il chaque fois qu'il parcourait des yeux les manuscrits de la jeune femme.

Il ne savait pas si Nelly estimait qu'il avait une écriture de garçon (surement que non. Elle semblait peu encline à définir des caractéristiques par genre) mais en tout cas, elle devait toujours lutter pour comprendre ce qu'il avait noté sur ses parchemins. D'ailleurs elle n'hésitait pas à le lui faire remarquer, comme aujourd'hui.

"C'est déjà bien que je rédige  une fiche de lecture, objecta-t-il  alors qu'elle lui demandait de faire un effort d'écriture. Il se pencha légèrement en avant pour lire le mot qu'elle n'arrivait pas à déchiffrer-Mentalisme- et ajouta, Bizarre que tu n'arrives pas à le lire, c'est parfaitement lisible pourtant, répondit-il avant de se redresser, l'air satisfait du parfait petit cognard qu'il était.

Il en fallait peu pour le mettre en joie et ce genre de petite phrase  l'amusait beaucoup. Puéril ? Assurément mais il préférait de loin son statut de tête à claque que d'intello.

Oui, il aimait lire. Oui, il s'était trouvé une passion récente pour l'occlumancie et la légilimancie. Oui, il voulait se documenter sur ces sujets et il avait soif d'apprendre et surtout, de comprendre, mais cet état de fait ne faisait pas de lui un "intello" au sens scolaire du terme. Pour être tout à fait honnête, il s'estimait plus intelligent que la moyenne, pourtant, il avait toujours trois DM en attente sur son bureau, à rendre pour hier, et ces récentes recherches ne l'aidaient pas à obtenir de meilleurs résultats en DCFM, loin de là. Pendant qu'il lisait  "Manipulations mentales magiques" il délaissait volontairement "Les Sortilèges de défense. Vol 6" ouvrage étudié ce trimestre dans les cours de Thelma Corrigan.

S'il avait le temps d'ingurgiter tant de bouquin en une semaine c'était qu'il n'avait pas pu conserver certaines options à cause de ses mauvais résultats et qu'il avait plus de temps libre que les autres. Tout simplement. Et puis, il se connaissait. Il savait bien qu'il allait finir par se lasser. Il était assez exclusif pendant un temps mais il passait vite à autre chose.  Ses passions occupaient généralement tout un pan de sa vie durant plusieurs mois mais une fois qu'il estimait en avoir fait le tour il refermait le chapitre.

Toutefois, le chapitre Légilimancie était loin d'avoir livré tous ses secrets et Virgil devait avouer que son intérêt pour cette forme de magie n'avait fait que croitre au fil des mois. Le déclic avait eut lieu lorsqu'il avait pénétré l'esprit d'Horrocks  et, peu de temps après, il avait eu cette conversation avec Blackbonnes sur Skye et le programme Mémorise qui avait fini d'aiguiser sa curiosité. Plus il lisait des ouvrages sur la question, plus il avait envie d'en savoir plus ! Ses échanges avec les deux préfètes de Serpentard avaient attisé son engouement pour cette technique et il ne rêvait plus que d'une chose: Recommencer.

Pourtant, il savait que c'était impossible. Du moins pas sans le consentement d'un éventuel partenaire. Pour être tout à fait sincère, il n'osait pas demander à Nelly. Elle avait beau se documenter sur l'occlumancie, il n'était pas certain qu'elle veuille de nouveau tenter l'expérience avec lui. Si l'idée de s'entrainer ensemble lui avait traversé l'esprit, il savait qu'il ne pouvait pas être celui qui la propose: Pas après être entré par effraction dans l'esprit de la préfète.

"Mmm mmm." répondit-il simplement lorsqu'elle le menaça d'envoyer sa chouette pour lui crever les yeux s'il ne lui ramenait pas "Manipulations mentales magiques" dans les plus brefs délais. Elle bluffait et il voyait bien, à son ton conciliant, qu'elle n'était pas encore complètement énervée contre lui. Il pouvait profiter de la situation et garder ce bouquin encore plusieurs semaines, il en était sûr ! songea-t-il en attrapant, en silence, les deux livres qu'elle lui conseillait.

Virgil arqua un sourcil lorsqu'elle affirma que "Moi Légilimens" pouvait paraitre un peu "con-con."  C'est vrai que la quatrième de couverture ne laissait rien présager de bon avec un portrait en pleine page mais les similitudes soulignées par Nelly entre l'expérience que Virgil avait vécue et celle de l'auteur le poussèrent à ouvrir l'ouvrage au hasard pour le feuilleter.

Le Gryffondor se contenta d' hausser les épaules lorsqu'il fut question des camarades de dortoir de la préfète, jugées un peu trop curieuses, et il ajouta, comme une évidence un "T'as qu'à les envoyer chier" le nez toujours  planté dans son bouquin. Ce n'était quand même pas compliqué de dire à quelqu'un "Mêle-toi de ce qui te regarde !" En tout cas ça ne l'était pas pour Virgil mais peut-être davantage pour une fille comme Horrocks, qui, en tant que préfète, devait se montrer toujours disponible et irréprochable.

Virgil poussa un soupir et  remisa le premier livre sur le côté -c'est vrai qu'il avait l'air un peu gnangnan- et feuilleta "10 inconvénients à la Légilimancie" qui semblait nettement plus intéressant. Il avisa une page marquée par Nelly et entreprit de lire un extrait à voix haute qu'elle avait mis en exergue dans le texte.

"Il est possible que le sorcier développe une forme de dépendance. En effet, le légilimens peut devenir accro aux souvenirs des autres et préférer vivre dans les mémoires ou les pensées de ses semblables plutôt que dans sa propre vie." Réellement fasciné par ce concept, Virgil haussa les sourcils avant de relever la tête vers Nelly,... C'est dément ce truc, commenta-t-il, Tu es sûr que tu veux vraiment te mettre à étudier la légilimancie ? demanda-t-il  alors en faisant référence aux lectures actuelles de Nelly, tu pourrais devenir une véritable addict, fais gaffe. En même temps ça doit être fou de pouvoir lire les pensées des autres quant on veut, ou on veut." admit-il en replongeant le nez dans le livre.

Même s'il n'avait vécu qu'une intrusion accidentelle, il pouvait comprendre ce que voulait dire l'auteur dans ce court extrait. Bien que la scène dont il avait été le témoin fusse particulièrement choquante, à aucun moment il n'avait eut envie de sortir de son plein gré du cerveau de Nelly.
Nelly HorrocksPréfèteavatar
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Virgil semblait complètement ignorant à son état. Ce n’était pas surprenant de sa part mais, pendant un instant, Nelly avait espéré recevoir un peu de compassion du jeune homme. Elle commençait à le connaître pourtant, il n’était pas du genre à réconforter les autres mais la préfète avait l’habitude que ses camarades rebondissent un minimum sur ses paroles : « Oh ouais, j’en peux plus ! » ou « Tu m’étonnes ! », ces quelques phrases suffisaient à lui remonter le moral même si, habituellement, cela tournait ensuite en débat général. Peut-être que Virgil voulait éviter ce genre de dialogue sans fin qui part dans tous les sens.
Quoi qu’il en soit, la Serpentard tâcha de focaliser son attention sur ce qu’ils faisaient ici, ce n’était pas le moment de se plaindre de sa mauvaise journée. Et puis discuter des fruits de leurs recherches était pour l’instant le meilleur moment de sa journée, alors autant ne pas le gâcher.

Rien qu’en se documentant à la bibliothèque, la jeune femme avait l’impression de découvrir des choses incroyables tout en travaillant énormément sur elle-même et ce sentiment était plus qu’agréable. Elle avait le sentiment d’apprendre des choses importantes et cette soudaine passion pour l’Occlumancie et la Legilimancie ne lui apportait que des bénéfices : pour une fois, passer des heures à réaliser des fiches de lecture ne lui posait pas de problèmes, apprendre une autre forme de magie était très excitant et, mine de rien, la préfète aimait bien ces rendez-vous où elle retrouvait le Gryffondor. Même si, de prime abord, ils n’avaient pas beaucoup de points communs, être en sa compagnie c’était comme sortir de son cadre de vie habituel où elle avait un rôle à jouer, où elle fréquentait les mêmes personnes à longueur de journée, où elle devait travailler pour réussir et où elle devait prendre garde à ce qu’elle faisait et disait pour ne pas tâcher son statut de préfète auprès des élèves et des professeurs, mais aussi et surtout pour que l’on oublie son ancienne implication dans les Jeunesses. Pendant une heure, la jeune femme redevenait une simple élève en quête de savoirs qui ne se préoccupait essentiellement que de ses premiers pas dans l’Occlumancie, et rien d’autre. Nelly ne savait pas comment expliquer ce ressenti, peut-être parce qu’elle se doutait que Virgil n’était pas du genre à la juger où à s’intéresser à ce qu’elle faisait, – encore heureux, il en connaissait déjà assez sur elle – en tout cas, c’était sympa de travailler avec lui, même si ses fiches étaient illisibles.

D’ailleurs le Gryffondor était en train d’affirmer que le gribouillis qu’il avait écrit était parfaitement lisible. Alors soit il se moquait d’elle – non mais regardez-le avec son petit air satisfait – soit ils n’avaient pas la même définition du mot « lisible ».

« Martelé ? tenta de déchiffrer la jeune femme. Non, men…, corrigea-t-elle en s’aidant de ce qui était lisible du reste de la phrase. Mentalisme ! Et bah, c’est laborieux. T’as une écriture de médecin, » ajouta la Serpentard en lisant quelques passages des fiches du jeune homme.

Ou d’un gars qui s’en fiche, ou de quelqu’un qui manque de temps comme son père qui avait à peu près le même style d’écriture.

« Visualiser un mur de briques, lut-elle dans l’Occlumancie pour les Cracmols. Classique, trop classique. »

Elle claqua le livre et reporta son attention sur Virgil qui lui conseillait d’envoyer tout simplement bouler ses camarades de dortoir. C’était plus simple à dire qu’à faire. Peut-être que lui n’avait pas peur de le faire mais Nelly n’était plus aussi franche et directe qu’avant et s’imposer face aux filles de son dortoir, qui recommençaient péniblement à être sympathiques avec elle depuis la fin des Jeunesses, était plus que délicat, si bien qu’elle devait prendre des pincettes à chaque fois qu’elle voulait se faire entendre.

« Disons que…, commença la préfète, gênée. Elles sont un peu plus cool avec moi en ce moment, alors j’ai pas envie de tout foutre en l’air et puis, elles sont pas gênantes à ce point. »

Cet aspect de sa vie était certainement sa plus grande fragilité en ce moment alors hors de question de se démonter face à Virgil, pas une deuxième fois. Le jeune homme passe heureusement à autre chose en feuilletant les livres qu’elle venait de lui donner, avant de s’arrêter sur un passage qu’elle avait mis en évidence dans 10 inconvénients à la Legilimancie, qu’il lut.

« Je savais que ça allait te plaire, dit-elle en secouant la tête avec un petit sourire. Il n’y a que toi pour trouver ça génial. »

Il a un pète au casque, songea la Serpentard en examinant Vrigil qui replongeait dans sa lecture. Pouvait-il devenir accro aux souvenirs des autres s’il devenait un Legilimens assez doué ? Jusqu’à ne plus vivre sa propre existence ? De son côté, Nelly trouvait ça affreux et, en toute franchise, si Virgil venait à se retrouver dans ce cas, elle se sentirait un peu responsable de l’avoir entraîné là-dedans.

« T’inquiète pas, je vais faire attention, je me renseigne sur la Legilimancie juste pour mieux la contrer. Aucun risque de devenir accro. Mais j’avoue, ça doit être pas mal de pouvoir lire dans les pensées de qui tu veux quand tu veux. J’aimerai bien savoir le faire juste pour connaître plein de choses compromettantes sur les gens, avoua-t-elle en plissant les yeux, plongée dans ses réflexions. Ça peut te paraître bizarre mais juste pour avoir la sensation de pouvoir décider, de pouvoir contrôler leurs vies. Comme si, après avoir percé tous leurs secrets, je les tenais juste là, comme ça, souffla la sorcière en levant sa main entrouverte devant elle, comme si elle tenait une pomme. Et puis à tout instant… Elle serra le poing. CRAC ! Plus rien, je ruine leurs vies. »

Trop absorbée dans son récit sadique, elle s’était approchée du perchoir de Virgil et prit conscience que son expression un peu malsaine ne devait pas être très rassurante, elle s’empressa alors d’ajouter le plus naturellement du monde :

« Mais heureusement, je ne compte pas devenir Legilimens, même si ça doit quand même être démentiel. »

C’était malsain, certes, mais pendant une heure, elle ne s’imposait plus de limites et puis Nelly aspirait à devenir une femme de pouvoir alors imaginer avoir le contrôle sur d’autres personnes était très amusant.

« D’ailleurs, en parlant de lire dans les pensées n’importe quand, page 11, conseilla la préfète en montrant du doigt le livre que tenait Virgil. Il est écrit qu’un apprenti Legilimens, qui ne maîtrise pas encore complètement ses pouvoirs, peut tout entendre tout le temps, certain en deviennent même fous. Joie, santé, bonheur. Toujours envie d’apprendre la Legilimancie ? » glissa la jeune femme avec malice.

Elle le charriait mais c’était tout de même un sujet délicat et important alors elle retrouva un peu de contenance et de sérieux avant d’ajouter après un court silence.

« Tu as ressenti… des choses ? Quoi que ce soit, depuis… ton baptême de Legilimancie ? »

C’était une question qu’elle se posait toujours devant ses lectures. L’intrusion de Virgil dans son esprit avait ravivé des souvenirs de son côté mais peut-être que cela avait aussi fait son effet du côté du Gryffondor… Ou bien fallait-il être Legilimens né ?


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Virgil Forbes



« Je savais que ça allait te plaire."

Virgil  arqua un sourcil en levant à peine le nez de son bouquin pour observer la préfète de son regard bleu électrique. Elle parlait comme s'ils se comprenaient, comme si elle l'avait cerné, alors que c'était complètement faux. Elle ne connaissait quasiment rien de lui et il n'avait pas envie qu'elle fasse comme si c'était le cas. Cette fausse proximité, très peu pour lui ! Ce n'était parce qu'ils passaient une heure par semaine ensemble qu'ils allaient devenir les meilleurs amis du monde !

Virgil n'était pas aussi prévisible que Nelly l'affirmait - du moins il l'espérait. Même si les extraits qu'elle mettait en exergue dans ses lectures étaient toujours plus pertinents et intéressants, il ne l'aurait avoué pour rien au monde. Il préféra donc secouer la tête de dédain et replongea bien vite dans sa lecture, du moins, jusqu'à ce que Nelly se livre à un drôle de monologue sur le pouvoir d'attraction de la légilimancie. Pour une fois, elle n'adoptait pas le discours policé et bien-pensant de l'élève modèle qu'elle était habituellement. Elle semblait réfléchir tout haut sans crainte des conséquences. Il faut dire que Virgil n'était pas du genre à cafter, Nelly s'en était surement aperçu avec le temps et elle laissait libre court à sa parole si bien que le Gryffondor se redressa légèrement pour l'observer d'un œil curieux. Elle laissait parler la Bad-Nelly, celle qui voulait contrôler les autres et ruiner leurs vies, rien que ça. Virgil esquissa un sourire en coin tout en détaillant l'expression malsaine de la jeune fille qui s'était approchée lentement de la niche où il était installé.

"Et après c'est moi le gars bizarre..."
 dit-il en refermant son livre dans un claquement sonore. Il  sauta de son perchoir devant Nelly et afficha un sourire narquois avant d'attraper son sac et de se tourner de nouveau vers elle.

"Bien sûr que ça doit être démentiel, surenchérit-il, et je suis sûr que tous les légilimens pense la même chose que toi -Même Corrigan sous ses allures de gentille Poufsouffle- , il glissa la bandoulière de son sac sur son épaules et poursuivit, forcément, en pratiquant cette discipline  tu prends conscience du pouvoir de nuisance que tu peux exercer sur les autres."

Mais contrairement à Nelly, Virgil n'envisageait pas la légilimancie comme un outil pour prendre l'ascendant sur ses semblables... Il avait conscience que c'était un formidable instrument de manipulation mentale -évidemment-  mais ce qui l'intéressait réellement c'était le concept en lui-même. Fabuleusement effrayant et addictif.  Il avait bien sûr envisager les dérives qui fascinaient  Nelly mais il avait vite compris que ce n'était pas ce qui le séduisait, personnellement, dans la légilimancie. S'il avait voulu ruiner la vie de la préfète, il l'aurait déjà fait. Il aurait su tirer les bons leviers pour la déstabiliser, utiliser ce qu'il avait lu dans sa mémoire pour lui rappeler la violence insoutenable de ses pires souvenirs.

Pourtant ce n'était pas ce qu'il recherchait. Les secrets  qu'il avait appris ce jour là étaient secondaires par rapport à ce qui fascinait réellement Virgil. Ce n'était pas ce qu'il avait réussi à apprendre sur Nelly qui était passionnant mais le voyage qu'il avait fait, l'incursion dans l'esprit de la jeune femme. Il avait été captivé par le réalisme du souvenir, l'intensité émotionnelle de Nelly qu'il avait perçu jusque dans son être. Tout lui avait paru si réel, si tangible. C'était mieux que la mandragore et que la Volubilis, assurément.

Dire qu'une multitude de monde parallèle existaient actuellement dans les esprits de chaque personne qu'il croisait chaque jour. Des mondes à explorer, des  nouvelles sensations à éprouver, à approfondir.

Un truc de dingue.

Il était tout à ses pensées, lorsque Nelly reprit la parole, le forçant à se concentrer sur l'instant présent, la volière et la jeune femme. D'après les dires de la préfète, certains légilimens étaient dans l'incapacité de maitriser leur don puisqu'ils entendaient constamment les pensées des autres.

Virgil afficha une moue sceptique, saisit le manuel qui était toujours posé dans la niche et l'ouvrit à la page 11 comme lui préconisait Nelly.

"Dans ce chapitre ? demanda-t-il en venant se positionner à côté d'elle pour lui montrer le paragraphe intitulé "parasitage sensoriel", J'ai jamais entendu parlé de ça, ajouta-t-il en commençant à lire. Il parcourut des yeux toute la page et même la suivante avant de daigner répondre à la question de la jeune femme qui souhaitait savoir s'il avait ressenti -ou perçu- des choses similaires depuis qu'il avait pénétré son esprit.

"Non, j'ai jamais rien enten..."

Il s'arrêta net, comme frappé par un stupefix et reporta vivement son attention sur sa voisine.

"Bordel de troll !"
lâcha-t-il en écarquillant les yeux, visiblement abasourdi,... putain d'bordel... il porta une main à son front et s'éloigna de quelque pas visiblement frappé par l'évidence de la situation. Il était bien incapable d'en dire plus pour le moment et il se sentait trop chamboulé par ce qu'il pensait avoir compris. Le jeune homme poussa un profond soupir et secoua la tête plusieurs secondes avant de reporter son attention sur Nelly. Il devait le lui dire, peut-être qu'elle avait lu des choses sur des corrélations éventuelles entre prise de drogue et légilimancie.

"J'ai jamais rien entendu, du moins, pas en étant sobre."


Il se tut et riva ses yeux cernés sur la préfète. Il réfléchit un instant sur le meilleur moyen pour amener ce qu'il avait à dire et se lança:

"Tu te doutes que je ne suis pas vraiment un modèle à suivre en ce qui concerne les "conduites addictives", commença -t-il en mimant les guillemets avec ses mains et en reprenant volontairement les termes désuets de Rachelle Silvester, disons qu'il m'arrive parfois *souvent* de consommer un peu de mandragore, il hésita et ajouta,  et de volubilis. La plupart du temps, ça va, je gère, mais il m'est arrivé une ou deux fois de ...mal réagir. Depuis quand prenait-il autant de pincette ? De faire un bad trip quoi, reprit-il avant de se racler la gorge, ça se manifeste toujours de la même manière, sensation d'oppression, sueurs, paranoïa, hallucinations visuelles ...et auditives."

Virgil avala sa salive et passa une main fébrile à l'arrière de sa nuque sans quitter des yeux la préfète.

"Jusqu'à aujourd'hui j'ai toujours cru que ce que j'entendais était le fruit de mon imagination mais plus j'y réfléchis plus je me demande si..."

Il ne put finir sa phrase tant son dernier bad trip lui revenait en mémoire. C'était quelque mois plus tôt, pendant les vacances de Noël,  devant ses frères justement. Quelques semaines seulement après avoir pénétré la mémoire de Nelly.  Virgil se souvenait parfaitement  de cette crise de psychose. Il avait vu des doxy par centaines accrochés au rideau de sa chambre et, juste après,  il avait entendu Casey prier Merlin pour ne pas qu'il meurt, Gabriel, lui répéter inlassablement de s'accrocher et Dean, tergiverser d'inquiétude  tout en le maudissant d'être aussi égoïste.  Les voix avaient hurlés dans son esprit jusqu'au petit matin, le laissant mentalement éreinté...
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Nelly sursauta légèrement quand Virgil referma son livre dans un claquement sonore et recula d’un pas lorsqu’il sauta de son perchoir pour se planter devant elle. Trop absorbée par ses pensées, elle n’avait pas vraiment réfléchi aux conséquences de ses paroles et à la réaction que pouvait avoir le Gryffondor. A en juger par son sourire narquois, il se moquait plus d’elle qu’autre chose, tant mieux, elle ne voulait pas non plus passer pour une folle.

« Et après c’est moi le gars bizarre... »

C’est lui qui l’avait dit. L’avait-elle pensé trop fort ? La Serpentard préférait le terme « marginal » à « bizarre » mais s’il se dérivait explicitement comme « bizarre », soit.
Le jeune homme poursuivit en reprenant ses termes et Nelly esquissa un sourire en coin lorsqu’il évoqua le professeur Corrigan. La préfète avait du mal à imaginer l’enseignante aussi mesquine mais pourquoi pas… Peut-être que Thelma Corrigan avait usé de ses pouvoirs de Legilimens pour avancer dans la vie et en arriver là où elle était maintenant. Une image s’imposa à son esprit : celle de sa professeur s’avançant dans les couloirs de Poudlard au ralenti, lunettes de soleil et cheveux au vent, le tout accompagné d’un bon morceau de rap à la moldu. C’était quand même assez stylé, pas très éthique, mais stylé.

« Ouais, tu m’étonnes, » se contenta-t-elle de répondre quand Virgil évoqua le pouvoir de nuisance qu’un Legilimens pouvait exercer sur les autres.

Ses pensées se dissipèrent tandis qu’un horrible doute l’envahit. Elle venait peut-être de faire prendre conscience au Gryffondor du pouvoir de manipulation qu’il avait sur elle. En connaissant ce qu’elle cachait le plus, il avait la possibilité de tirer les ficelles de sa vie et voilà qu’elle faisait allusion à la possibilité qu’avait un Legilimens de ruiner la vie de ses victimes. Mais quelle idiote ! La jeune femme espérait sincèrement qu’il n’en avait pas l’intention ou que son discours ne lui en avait pas donné l’idée… Elle n’osait pas imaginer ce qu’elle vivrait si d’autres personnes étaient au courant… Serait-elle vue comme une héroïne ? Une rescapée ? Ou comme un cas social ? Elle ne voulait pas faire face aux interrogations, au chuchotements ni même aux encouragements, aux félicitations ou à de la compassion. Les quelques questions de ses camarades de dortoir concernant ses cicatrices les plus visibles lui suffisaient. Nelly voulait oublier cette partie de sa vie et ce travail impliquait un nombre réduit de personnes qui soient au courant et qui soient ainsi capables de lui rappeler ce qu’elle s’efforçait d’effacer. Deux élèves à Poudlard étaient au courant : son frère et Virgil, ce gars « bizarre », qui, à tout moment, CRAC ! pouvait tout détruire.

Fort heureusement, pour l’instant, le Gryffondor montrait aucune motivation à révéler son plus lourd secret. Pour le moment, le jeune homme suivit ses recommandations et s’intéressa de plus près au chapitre Parasitages sensoriels de 10 inconvénients à la Legilimancie qu’il lut rapidement. La Serpentard mit ses lunettes qu’elle avait accrochées plus tôt à son uniforme et relut le passage en même temps que lui, par dessus son épaule, pour s’assurer de l’exactitude de ses dires.  Tel un bébé distinguant toutes les langues du monde, un apprenti Legilimens peut percevoir les pensées et les émotions des personnes autour de lui sans être capable de les filtrer ou de les différencier. Cette capacité, preuve de l’étendue de son pouvoir, peut apporter de nombreux désagréments au sorcier qui risque d’être submergé par un flux d’images, de voix et d’émotions trop intense pour être supportable. Il était ensuite écrit plus loin qu’une utilisation couplée de l’Occlumancie pouvait aider à faire disparaître plus rapidement cet effet indésirable qui s’estompait généralement quand le sorcier apprenait à maîtriser son don. Ce n’était pas très rassurant à lire, Nelly l’admettait. Est-ce que Virgil avait déjà vécu ça ? Il avait l’air d’aller bien... Du moins, elle l’espérait, se dit-elle en attendant la réponse de Virgil à la question qu’elle lui avait posé. Intérieurement, Nelly était partagée entre l’impatience, dans l’attente de sa réponse, et l’appréhension du contenu de celle-ci et ne savait pas vraiment ce qu’elle espérait entendre… Peut-être que Virgil était en train de lire dans ses pensées en ce moment ! Quand celui-ci daigna enfin répondre, la préfète se concentrait déjà pour appliquer les quelques exercices d’Occlumancie qu’elle avait appris mais l’expression stupéfaite qu’afficha alors le Gryffondor lui fit froncer les sourcils.

« Quoi ? Qu’est ce qu’il y a ? » questionna-t-elle en observant Virgil s’éloigner de quelques pas, visiblement abasourdi.

Se retournant vers elle après un court instant, le jeune homme lui révéla qu’il n’avait rien entendu… mais uniquement en étant sobre. Ah. Deux choses : il pensait donc avoir déjà entendu les pensées de quelqu’un et deuxièmement, il avait précisé « pas en étant sobre ». Cela devenait intéressant. Et puis c’était un peu une bonne nouvelle puisqu’il avait l’air clean et donc il ne devait pas être infiltré dans sa tête en ce moment même. La Serpentard remonta ses lunettes dans ses cheveux et incita Virgil à poursuivre. Un petit sourire amusé se dessina sur ses lèvres lorsqu’il avoua clairement qu’il consommait parfois de la Mandragore et de la Volubilis. Cela ne l’étonnait guère, bizarrement. Ce fait collait parfaitement à son image, songea-t-elle en retrouvant une expression plus sérieuse avant de hocher lentement la tête au fur et à mesure que le Gryffondor évoquait les effets d’un bad trip. Elle savait de quoi il parlait, on l’avait informée à propos de sa mère qui avait fait quelques hallucinoses alcooliques, trouble qui se manifestait sous forme d’hallucinations visuelles principalement. En apprendre plus sur les effets néfastes de la prise d’alcool ou de substances avait marqué Nelly qui était devenue réticente au moindre verre de trop et au moindre petit joint. Mais ce n’était apparemment pas le cas de Virgil. D’ailleurs, ce dernier ne termina pas ses explications, comme choqué par ce qu’il lui revenait visiblement en mémoire. Les deux élèves restèrent un instant silencieux, Nelly tentant de mettre de l’ordre dans ses pensées.

Virgil avait donc consommé de la drogue qui lui avait permis d’entendre des choses qu’il prenait jusqu’ici pour des hallucinations auditives… Intéressant. Mais loin d’être heureux ou fier de lui, le Gryffondor semblait plutôt abasourdi et mal à l’aise. Quelque peu gênée et également stupéfaite, Nelly s’approcha un peu pour chercher son regard.

« Ça va ? s’enquit-elle. Tu es sûr que… que ce n’était pas de hallucinations ? Ça date de quand ? Croisant ses bras, elle fronça légèrement les sourcils. Si c’est vraiment de la Legilimancie, c’est bizarre que… Elle chercha ses mots pendant quelques secondes. Que ce que tu as pris ait eu cet effet… J’ai jamais vu un truc là-dessus. »

La préfète prit à nouveau sa paire de lunettes dans la main et entreprit de mâchonner nerveusement un des manches tout en faisant quelques pas. Il était tout à fait possible que la prise de drogue ait débloqué quelque chose dans le cerveau du jeune homme qui, complètement stone, a pu voir ses capacités de Legilimancie se décupler sans pouvoir les contrôler… Mais comment l’expliquer ? Virgil était-il un Legilimens né chez qui la drogue révélait ses capacités ? Ou alors est-ce que l’intrusion dans sa mémoire lors de leur duel était responsable de l’éveil des habilités du Gryffondor, accentuées par sa prise de drogue ? Non non non, elle se posait beaucoup trop de questions. Nelly cessa de mordiller ses lunettes et recentra son attention sur Virgil pour lui exposer ses hypothèses.

« C’est peut-être possible que la drogue active, en quelque sorte, tes éventuelles capacités de Legilimancie. Je sais que les drogues sédatives « endorment » le cerveau, avança-t-elle en mimant les guillemets avec les doigts. Alors peut-être qu’à ce moment là, ton cerveau n’a pas pu réguler tes pouvoirs qui ont pu s’exprimer. Par exemple, pour l’Occlumancie, il faut être concentré, à l’inverse, peut-être que pour la Legilimancie, il faut plus être dans la relaxation, le lâcher prise, pour que ça se déclenche, du moins au début. Tu vois ce que je veux dire ? Il y avait un peu trop de « peut-être » à son goût mais elle ne pouvait pas faire mieux. Là je suis un peu perdue... »

Cette histoire devenait un peu trop complexe pour eux, songea la jeune femme en passant une main dans ses cheveux.

« Tu as entendu quoi exactement ? demanda-t-elle. Et quand tu dors ou rêves, il ne se passe rien ? Après tout, pendant le sommeil paradoxal, le cerveau fonctionnait mais était suffisamment détendu pour qu’une quelconque magie puisse opérer. Après une courte pause, la préfète ajouta : C’est dingue tout ça… Tu devrais lire quelques livres sur l’Occlumancie du coup, si jamais cela se reproduit, ou je te filerai des conseils. Et puis si c’est ce que tu veux, pratiquer la Legilimancie, c’est un bon début. »


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Virgil Forbes


Virgil était tout à ses pensées, ressassant inlassablement les paroles qu'il avait entendues durant son bad-trip. Il ne se souvenait pas de tout mais les quelques bribes qu'il avait encore en mémoire le laissaient quelque peu mal à l'aise... et honteux. Il n'avait pas forcément conscience des conséquences de ses actes sur ses proches. Pour Virgil, sa consommation de drogue ne regardait que lui. C'était son petit plaisir personnel. Jonah avait beau affirmer qu' il ruinait sa santé en consommant de tels produits illicites, cela restait à prouver ! Un petit joint de temps en temps n'était guère plus  néfaste qu'une cuite au whisky pur feu ou au vin des elfes. La seule différence notoire était que l'Etat ne touchait pas d'argent dans le premier cas (du moins, en théorie). Cela expliquait en grande partie la diabolisation excessive des drogues auprès des jeunes, selon Virgil. Ce dernier estimait donc qu'il pouvait s'octroyer un petit écart de temps en temps mais il n'aurait jamais penser que ses incartades puissent autant inquiéter ses proches. Même Nelly s'y mettait en lui demandant s'il allait bien.

"Oui. bien sûr." lâcha-t-il d'un air passablement agacé en secouant la tête. Il n'avait pas besoin qu'elle s'y mette elle aussi. Merci bien.  Il fit quelques pas dans la volière et ajouta, Ça s'est passé pendant les vacances de Noël, quelques semaines après que..., il la désigna d'un geste du menton pour lui rappeler l'incursion qu'il avait fait dans son esprit. C'était peut-être des hallucinations, je n'en sais rien, mais ça semblait réel, ce n'était pas tout à fait le mot qui convenait. Il chercha quelques seconde le bon terme et ajouta finalement, ça paraissait cohérent."

Cette caractéristique était plutôt rare lorsqu'il était question d'hallucinations généralement. Les doxys multicolores grimpant aux rideaux que Virgil avait vus durant son dernier bad-trip pouvaient en témoigner !

Le jeune homme se tut, croisa les bras sur son torse et reporta son attention sur Nelly qui semblait en pleine réflexion. Pour le coup, elle paraissait vraiment concernée par tout ce qui lui arrivait et il la détailla quelques secondes tandis qu'elle mordillait les branches de ses lunettes. Elle rompit finalement le silence pour se lancer dans des tentatives d'explications qui méritaient qu'on s'y attarde.

Le cerveau humain régulait-il les capacités du légilimens à son insu pour lui éviter la surchauffe? Probable, surtout si l'on se referait au chapitre sur les Parasitages sensoriels de Dix inconvénients à la Legilimancie. "Etre submergé par un flux d’images, de voix et d’émotions trop intense pour être supportable" Cela ressemblait fort à ce que Virgil avait éprouvé un mois plus tôt. Heureusement qu'il ne vivait pas cette expérience à chaque instant: Il y a avait effectivement de quoi devenir fou !

Il leur restait à savoir, maintenant, si la prise de drogue agissait, d'une manière ou d'une autre sur les facultés du légilimens ou de l'occulmens. Virgil n'avait rien lu là-dessus -il en était certain- et visiblement, Nelly non plus. Ce n'était pas vraiment une surprise. Les livres présents dans la bibliothèque de Poudlard faisaient l'objet d'une sélection scrupuleuse et il y avait peu de chance qu'ils trouvent ce dont ils cherchaient dans la partie tout public.

"Tu as peut-être raison sur cette histoire de lâcher-prise, souffla-t-il en se pinçant la lèvre inférieure entre son index et son pouce, je ne sais pas si tu as déjà fumé ou pris de la drogue, avant d'avoir pénétré dans son esprit, Virgil n'aurait jamais envisagé que Nelly puisse avoir tenté ce genre d'expérience mais il devait avouer qu'il allait de surprise en surprise avec elle alors il préférait demander, mais tu as vraiment l'impression que ça t'ouvre l'esprit. Que quelque chose se libère. Tu ne vois plus le monde de la même manière. Je ne saurais pas te dire ce qui se passe véritablement au niveau neurologique, avoua-t-il. Il était moins callé que Nelly sur l'aspect théorique des drogues sédatives mais il pouvait évoquer l'aspect pratique, mais il y a quelque chose à creuser."

Il s'approcha de la jeune femme pour venir se placer en face d'elle.

"Je suis sûr qu'il y a des bouquins dans la réserve qui doivent parler de ça. C'est obligatoire. Il faut que tu demandes un accès à Corrigan, elle te le donnera à toi, tu es préfète, ajouta-t-il comme s'il s'agissait d'un passe-droit irréfutable, de mon côté je peux essayer de me renseigner auprès de Meredith Kane, la directrice de département qui gère le programme MémoRise. C'est une amie à mon père, dit-il en guise d'explications,  Elle doit venir à Poudlard pour la soirée de commémoration le jour de la St-Valentin. Je peux essayer de lui en toucher deux mots l'air de rien ou lui demander des conseils de lecture, proposa-t-il en lissant ses cernes violacées, C'est une spécialiste dans ce domaine."

Elle était justement la psychomage qui traitait le cas Emma Blackbonnes et qui allait, selon toute vraisemblance lui ôter une partie de sa mémoire. Allait-elle droguer Emma avant l'intervention pour que son esprit soit plus détendu ? Et Meredith ? Comptait-elle prendre des produits pour augmenter ses capacités cérébrales d'intrusion ?

Virgil voulait savoir. Il était sûr qu'ils touchaient du doigt quelque chose d'important et le jeune homme aurait voulu qu'ils se mettent immédiatement au travail. Mais c'était sans compter sur Nelly qui semblait avide d'en savoir plus sur ce qu'il avait réellement ressenti et entendu ce jour-là. Aux yeux du Gryffondor ce n'était pas important -du moins, il n'avait pas envie de s'y confronter ici et maintenant- il toisa donc Nelly du regard et la gratifia de son air le plus méprisant.

"Quand je dors, je dors."
rétorqua-t-il d'un ton sec et sans appel lorsqu'elle lui demanda s'il n'avait rien remarqué d'anormal dans ses rêves. Il ne pouvait pas s'empêcher d'être désagréable tant il se sentait plus sûr de lui en endossant le rôle du parfait petit cognard. C'était comme ça, il avait l'impression de s'être un peu trop dévoilé et il ne voulait pas donner l'impression à Nelly qu'elle pouvait le questionner sur des sujets trop personnels. Il ne répondit pas, d'ailleurs,  lorsqu'elle lui demanda ce qu'il avait entendu exactement le soir de son bad-trip et il se contenta d'acquiescer légèrement quant elle affirma qu'il fallait voir le bon côté des choses: Son esprit était dorénavant assez ouvert pour qu'il puisse pratiquer le légilimancie, même à son insu.

Il devait maintenant s'exercer-au moins un peu- à l'occlumancie pour éviter que ses facultés récemment découvertes ne deviennent ingérables. Encore une fois Nelly avait raison, constata-t-il à contre cœur. Un bon légilimens se devait d'être un bon occlumens. La préfète lui proposa même de lui donner quelques conseils pour fermer son esprit . En guise de réponse Virgil se contenta de ricaner doucement.

"Ne le prends pas mal mais comment sais-tu que tes exercices pour fermer ton esprit fonctionnent ? lâcha-t-il d'un air narquois, tu ne pourras jamais savoir si tu progresses si tu ne subis pas une nouvelle tentative d'intrusion, ajouta-t-il, l'air de rien, en la scrutant de ses yeux clairs.

Elle savait exactement où il voulait en venir, Virgil en était persuadé tandis qu'il l'observait en silence. Cela l'embêtait de l'admettre mais ils commençaient à bien se connaitre tous les deux...
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Quand Nelly s’approcha de Virgil pour lui demander si ça allait, celui-ci ne s’attarda pas sur sa réponse qu’il lâcha avec agacement. C’était drôle, la préfète avait crut apercevoir une certaine fragilité dans son regard… Virgil Forbes cachait-il un petit cœur fragile sous cette façade de cognard ? Ce n’était pas impossible. Le Gryffondor était l’archétype parfait de l’adolescent incompris aux allures de bad boy qui consommait de la drogue pour échapper à son quotidien lassant. Elle partait un peu dans les clichés mais après tout, sa mère était tombée dans la folie de l’alcool pour échapper à une vie qu’elle jugeait morose et le jeune homme pouvait très bien être dans la même situation. Mais ce n’était pas le sujet. Pour le moment, Virgil confirma que ce qu’il avait entendu durant son bad-trip ressemblait à de la Legilimancie, s’appuyant sur la cohérence du contenu des voix. Il n’avait pas tort, Nelly savait à quel point les hallucinations pouvaient faire voir, entendre ou ressentir n’importe quoi aux concernés. Celles de sa mère lui faisaient voir des silhouettes démoniaques qui poussaient des râles et des grognements. Jamais, à sa connaissance, elle n’avait vu quelque chose de réaliste. Et dire que Virgil avait déjà connu cela, à son âge…

Nelly n’arrivait pas à comprendre comment on pouvait prendre du plaisir à se droguer… Pourtant, grâce à ses recherches sur le sujet suite à l’hospitalisation de sa mère, - la psychologue qui l’avait suivie l’avait incitée à se documenter sur l’alcoolisme et les conduites addictives afin de mieux comprendre le comportement qu’avait eu Miss Horrocks – la Serpentard savait que de nombreux mécanismes neurologiques étaient impliqués dont ceux du plaisir et de la récompense principalement. La prise de drogue entraîne chez les consommateurs des réactions physiologiques et du plaisir qui leur donne la motivation de recommencer renforçant ainsi le comportement responsable de ce plaisir : la prise de drogue. Et ainsi de suite, en cercle vicieux, jusqu’à l’addiction qui se manifeste par une envie répétée et irrépressible de réaliser le comportement addictif, si elle se souvenait bien…

A eux deux, ils en savaient quand même pas mal : la théorie pour elle et Virgil, la pratique que le Gryffondor semblait maîtriser puisqu’il était en train d’évoquer le ressenti subjectif que l’on vivait sous les effets de drogues.

« J’ai juste fumé une cigarette, une fois, à une soirée, révéla-t-elle. Et j’ai pas aimé… Le goût surtout. Et c’était bizarre, j’ai senti la première bouffée de fumée descendre dans mes poumons, c’était hyper désagréable. Et puis j’étais mal après. On dit que la première cigarette fait le même effet qu’un joint et moi, sur le coup, j’avais les jambes qui tremblaient, la tête qui tournait et tout… Après par contre, j’étais suractivée, ajouta la jeune femme en laissant son regard se perdre dans la vague avant de le river à nouveau sur Virgil. Tout allait plus vite dans ma tête, je crois que c’est l’effet de la nicotine. »

Elle prit une pause. En fumant cette cigarette, elle avait eu l’impression de transgresser une règle mais par soucis d’être acceptée par les autres, elle avait cédé après une courte réflexion pour ne pas paraître rabat-joie et s’était appliquée pour fumer comme le faisaient ses amis moldus.

« Mais drogues, sédatives ou stimulantes, jamais, avoua-t-elle. Et je n’ai pas envie d’essayer. Même si c’est peut-être une sensation à vivre au moins une fois, je n’ai pas envie de perdre le contrôle de mon esprit. »

Les sensations décrites par Virgil étaient attrayantes mais maintenant qu’elle tentait d’apprendre l’Occlumancie, elle ne voulait pas que son cerveau s’emballe, au contraire. Ceci dit, si les drogues avaient un effet sur la Legilimancie, elles pouvaient également influencer les capacités d'Occlumancie. Elle n’en savait rien, ils n’avaient pas d’ouvrages sur ce sujet précis. En même temps, rien d’étonnant, les livres présentés à la bibliothèque devaient être scrupuleusement analysés et triés alors il était sûrement normal de ne pas trouver tout ce qu’ils voulaient. Virgil verbalisa ses pensées en venant se placer face à elle. Le jeune femme l’écouta attentivement et afficha une mine soucieuse au nom du professeur Corrigan. Voilà qu’il remettait ça sur le tapis. Elle n’osait pas aller voir sa professeur et surtout ne savait pas comment aborder le sujet, il n’avait qu’à y aller lui ! Si ça ne le dérangeait pas d’aborder Meredith Kane au beau milieu de la soirée de commémoration, il ne devait pas être intimidé par une prof !

« C’est pas parce que je suis préfète que Corrigan va obligatoirement me donner un accès à la réserve, comme ça, sans avoir un travail précis à faire, rétorqua-t-elle en vrillant ses yeux dans ceux du Gryffondor. D’une, je ne sais pas vraiment comment aborder le sujet avec elle et de deux, elle me posera certainement des questions et c’est quand même assez difficile de trouver une excuse potable. Je ne peux pas me pointer, l’air de rien : « Bonjour, je pourrais avoir un accès à la réserve s’il vous plaît ? Je m’intéresse à la Legilimancie et l’Occlumancie. », singea la préfète. Et puis t’imagines si elle lit dans mes pensées, dans mes souvenirs… Elle s’arrêta quelques secondes et appuya son regard dans celui de son camarade pour lui faire comprendre qu’il courrait lui aussi un risque si leur professeur le trouvait dans ses souvenirs. Mais bon, j’essaierai d’obtenir une autorisation. Et toi, de ton côté, essaie d’extirper des infos auprès de Kane, bonne idée. »

Ils se lançaient dans une véritable investigation mais là, contrairement aux simples recherches dans la bibliothèque, l’intervention d’adultes qualifiés était nécessaire. Nelly en était à la foix excitée et angoissée de devoir aller demander à Thelma Corrigan un accès à la réserve. Demande somme toute simple mais elle redoutait l’interrogatoire qui en découlerait.

Virgil la toisa ensuite avec mépris lorsqu’il répondit à ses interrogations concernant son sommeil. Qu’il était exaspérant quand il s’y mettait, mais la Serpentard devait avouer que son ton désagréable et son air dédaigneux faisaient leur effet. Bien qu’elle soit désormais habituée à ses allures de petit cognard, se faire toiser de la sorte n’était jamais agréable.

« Bon bon, très bien, excuse moi », se défendit-elle en levant les mains avec une expression faussement contrariée.

Elle sentait qu’il ne fallait pas le brusquer, il n’était pas du genre à se confier, elle le savait. Et puis ce n’était finalement pas si important, la priorité était qu’il apprenne quelques bases d’Occlumancie et c’est là qu’elle pouvait intervenir.
Mais le Gryffondor n’était visiblement pas prêt à recevoir ses conseils puisqu’il ricana et lui demanda comment elle pouvait être sûre que ses exercices fonctionnaient, sachant que personne n’avait tenté de pénétrer son esprit depuis. La préfète, d’abord piquée dans sa fierté, releva les yeux vers le jeune homme puis comprit où il voulait en venir.

Elle écarquilla les yeux et ouvrit la bouche. Il était sérieux ? Elle avait mal compris ce n’était pas possible ? Non non, c’était bien ça : il lui proposait de retenter l’expérience.

« Non, parvint-elle à articuler sèchement en levant un index autoritaire entre eux. Tu ne peux pas me demander ça. »

Elle le contourna, le bousculant au passage avec son épaule, et s’éloigna de quelques pas en croisant les bras. Mais il était fou ou quoi ? Il pensait qu’elle accepterait d’être son cobaye d’entraînement comme ça ? Après ce qu’il avait ravivé en elle ? Non mais il se prenait pour qui ?

De dos au Gryffondor, elle détacha et refit sa queue de cheval plusieurs fois alors qu’une petite voix intérieure lui soufflait que, d’un autre côté, il fallait aussi qu’elle s’entraîne et que c’était l’occasion de tester ce qu’elle avait appris. C’était bien beau la théorie, mais elle ne servait à rien si on ne l’appliquait pas. Et puis, si le professeur Corrigan tentait de lire dans son esprit comme elle le craignait, il fallait bien qu’elle soit préparée et sache un peu comment se défendre.

Et si Virgil parvenait à pénétrer à nouveau son esprit ? Parviendra-t-il à garder le contrôle ? Et bien elle n’avait qu’à l’empêcher d’entrer et s’il y arrivait, elle pourrait toujours tenter de l’orienter vers un souvenir particulier. Et qui lui disait que voir un souvenir était obligatoire ? Il pouvait seulement ressentir quelque chose… Merlin, tout tournait trop vite dans sa tête. Ressaisis-toi Nelly !

La préfète se rendit compte qu’elle avait à nouveau entreprit de mâchonner les branches de ses lunettes. Elle les accrocha à son uniforme et prit une profonde inspiration avant de se retourner vers Virgil dont elle sentait le regard dans son dos. Tu es complètement folle.

« Très bien, lança-t-elle en écartant les bras, la voix un peu tremblante. Je vais te montrer que mes exercices sont bénéfiques – fierté quand tu nous tiens – mais si tu arrives à rentrer, menaça-t-elle en posant un doigt sur sa temps. Tu as intérêt à savoir ce que tu fais. »

HJ:
 


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Virgil Forbes


Virgil croisa les bras en écoutant Nelly disserter sur les sensations ressenties après sa première cigarette. Elle était drôle à se renseigner sur les effets de la nicotine et des autres drogues. C'était visiblement plus fort qu'elle, à chaque fois qu'elle constatait -ou vivait- une perte de contrôle,  il fallait toujours qu'elle se raccroche à des explications scientifiques et concrètes. Elle avait fait la même chose pour expliquer le comportement violent  de sa mère à son égard  "psychose due à son alcoolisme chronique", "hallucinations comme séquelles de son sevrage", "idées délirantes de persécution. "  ... Un vrai jargon de médicomage qui semblait, surtout,  la rassurer. Chercher une explication médicale à un comportement qu'elle n'était pas en mesure de maîtriser et qui lui échappait totalement lui avait , semble-t-il,  permis de se construire et de prendre le contrepieds de la folie délirante de sa mère. Ce n'était pas étonnant -compte tenu de son enfance- qu'elle exècre les situations où elle perdait le contrôle de son esprit. Il suffisait de voir le regard aliéné de sa génitrice pour comprendre la peur viscérale qui devait animer Nelly.

Craignait-elle, inconsciemment,  de finir comme sa mère si elle se laissait aller juste une fois ? Etait-elle condamnée à ne jamais vivre un moment d'ivresse et de lâcher prise à cause de cette appréhension ?

Quelle tristesse ! Virgil ne connaissait pas de plus douces sensations que l'euphorie et la légèreté ressenties après avoir consommé de la drogue. Envolés les problèmes et les questions existentielles ! Les impressions de plénitude et de relaxation qui suivaient un joint de mandragore étaient telles que le Gryffondor aurait voulu être stone 24h/24. Il lui arrivait parfois de faire quelques bad-trips, bien sûr, mais c'était le prix à payer pour tous ces moments planants que les drogues lui offraient. Dire que Nelly ne vivrait probablement jamais ça...

Honnêtement, si Virgil n'avait pas fait une incursion dans sa mémoire, il l'aurait surement rallier à ce sujet. Après tout, c'était facile de se moquer de ce côté Control-Freak:  La préfète refusant d'entacher son image de  première de la classe, pourtant, il n'en fit rien et se contenta de rester silencieux -ce qui était, déjà, un réel effort de sa part.

Toutefois cet égard fut de courte durée. En effet, lorsqu'ils évoquèrent des sujets moins intimes ( notamment le fait de demander  un passe droit à Corrigan pour avoir accès à la réserve de la bibliothèque ) Virgil retrouva bien vite son air moqueur de parfait tête à sorts. Il leva les yeux au ciel quant Nelly lui jeta un regard courroucé et poussa un profond soupir tandis qu'elle expliquait à quel point sa requête était périlleuse:

"Je ne te demande pas de lui mentir, dis-lui juste la vérité:  L'occlumancie t'intéresse et tu as fait le tour des bouquins qui traitent de la question à la bibliothèque... Ce n'est pas si compliqué, souffla-t-il en la prenant de haut, à moins que tu préfères t'occuper de Meredith Kane  et de me laisser Corrigan. Tu es déjà terrorisée à l'idée d'aller parler à une prof alors j'ose à peine imaginer à quel point tu vas te liquéfier devant une directrice de département du Ministère de la Magie."

Il était désobligeant, il en avait conscience, mais il avait remarqué que cette technique marchait plutôt bien avec Nelly. Elle lui semblait plutôt prévisible. A chaque fois qu'il la sollicitait, elle réagissait toujours de la même manière: Elle donnait l'impression qu'elle allait dire "non" avant d'accéder finalement à sa requête.
Virgil ne savait pas ce qui motivait la jeune femme à agir de la sorte  mais il comptait bien épuiser le filon jusqu'au bout, même s'il lui arrivait, parfois, d'avoir quelques remords à cette idée...

Toutefois ses regrets s'envolèrent bien vite lorsqu'elle affirma qu'elle allait essayer d'obtenir une autorisation. Bingo ! Il suffisait de demander ! Virgil retint le sourire victorieux que cette révélation lui inspirait et décida de tenter le tout pour le tout: S'il suffisait de demander pour obtenir ce qu'il voulait, il n'avait qu'à se lancer.
Depuis qu'il avait pénétré l'esprit de Nelly, il rêvait d'avoir l'opportunité de réitérer l'expérience alors pourquoi ne pas solliciter la jeune femme directement ? Elle s'exerçait depuis plus d'un mois à fermer son esprit, n'avait-elle pas envie de voir si ces exercices fonctionnaient ? songea-t-il en se disant que cela ferait un bon argument pour la faire hésiter.  Après tout, que risquait-il à lui demander ?  Au pire, elle l'enverrait sur les roses, au mieux, elle relèverait le challenge par fierté...Alors autant se lancer, se dit-il en formulant un sous-entendu qui ne laissait pas de place au doute quant à ses intentions véritables.

La réaction de la jeune femme ne se fit pas attendre, elle écarquilla les yeux quelques secondes - comme si elle n'en croyait pas ses oreilles- et finit par opposer un "Non" ferme et catégorique.

Virgil savait pertinemment que sa demande était déplacée et que la bienséance aurait voulu qu'il s'abstienne de faire une telle proposition à Nelly.  Il était peut-être allé trop loin, constata-t-il subitement lorsqu'elle le bouscula sans ménagement pour s'éloigner de lui.  Cette fois,  il ne chercha pas à piquer sa fierté pour la faire changer d'avis et il se contenta de la suivre des yeux pour guetter sa réaction. Bien qu'elle lui tourna le dos, elle semblait fébrile et hésitante. Elle avait raison, il ne pouvait pas lui demander cela, et pourtant, il l'avait fait. Pour être tout à fait honnête, en la voyant aussi choquée,  des mots d'excuses s'étaient imposés dans l' esprit de Virgil mais il savait pertinemment qu'ils ne franchiraient pas sa bouche. Il avait conscience d'avoir dépassé les bornes mais il ne se plierait pas en quatre pour apaiser le courroux de Nelly et garantir leur collaboration. Non, il ne s'excuserait pas pour ces mauvaises raisons et il ne le ferait pas, non plus, pour les bonnes. Même s'il savait parfaitement qu'il était l'odieux cognard de cette histoire.

Il s'apprêtait donc à quitter la volière en lui balançant un "Soit, comme tu veux..."  teinté d' une indifférente condescendance lorsque Nelly se retourna pour lui faire face. De sa voix rendue tremblante par l'émotion, elle affirma contre toute attente vouloir relever le défi.

Ce fut au tour de Virgil d'écarquiller les yeux d'étonnement. Vraiment ? Elle acceptait ? Merlin, il n'en croyait pas ses oreilles ! Le gryffondor laissa même échapper un léger rire devant l'incongruité de la situation.

"Tu me plais de plus en plus Horrocks !" lâcha-t-il mi-surpris mi-impressionné. Sa théorie se vérifiait: Encore une fois Nelly accédait à sa demande, non sans quelques objections, certes, mais le résultat était le même. Toutefois, la jeune femme ne tarda pas à le rappeler à l'ordre en lui affirmant qu'il avait intérêt à savoir ce qu'il faisait. Elle avait raison, ce n'était pas le moment de faire preuve de triomphalisme. Ils avaient là une réelle importunité, l'un comme l'autre, de s'exercer à Virgil ne comptait pas laisser passer sa chance en prenant les choses trop à la légère. Il se débarrassa donc de son sac en bandoulière qu'il abandonna dans une niche et s'approcha de Nelly pour l'observer de son regard étonnamment vif. Il avait bien conscience que si cette tentative d'incursion se déroulait sans encombre, il aurait plus de chance de réitérer l'expérience dans le futur.

" J'ai tout intérêt à ce que ça se passe bien, lui assura-t-il avec le plus grand sérieux, je ne compte pas faire n'importe quoi, ajouta-t-il en secouant la tête.

Il avait lu un nombre incalculable de ressources concernant la légilimancie et l'heure était venue de mobiliser toutes ces connaissances. Le jeune homme planta ses deux pieds bien au sol et sortit sa baguette qu'il fit rouler entre ses mains. Il ferma les yeux pour se concentrer et maitriser l'état d'euphorie et d'impatience dans lequel il se trouvait. Il devait se sentir sûr de lui,  serein et calme. Concentré sur sa respiration, il s'octroya donc plusieurs secondes de silence avant de rouvrir les paupières.

"Tu y vas mollo si jamais tu es amenée à me virer de là." souffla-t-il à l'attention de Nelly en designant du menton le crâne de la préfète. Il n'était pas le seul à devoir se montrer prudent. "Es-tu prête ?" s'enquit-il ensuite, soucieux d'obtenir une dernière fois l'aval de sa partenaire. Il prit alors une profonde inspiration et murmura:
"Legillimens"

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Elle était complètement inconsciente… Nelly ne savait pas vraiment ce qui l’avait poussé à accepter la requête de Virgil… La fierté ? L’envie de s’entraîner ? Certainement un peu des deux. Et puis même si elle trouvait sa demande très déplacée, la préfète comprenait le Gryffondor : il avait sans doute envie de retenter l’expérience pour s’exercer. Ne pouvant pas solliciter n’importe qui et ayant déjà pénétré son esprit, elle devait apparaître comme la meilleure partenaire… Vu sous cet angle, c’en était presque flattant.
De son côté, à bien y réfléchir, le début de confiance qu’elle avait à l’égard du jeune homme l’incitait peut-être un peu à relever le défi. Elle non plus ne pouvait et ne voulait définitivement pas proposer à n’importe qui une incursion dans son esprit : Virgil était le seul à qui elle pouvait faire confiance, il fallait l’admettre. Il l’avait fait une première fois et avait réussi sans dégâts alors si elle voulait s’entraîner, elle devait faire des efforts et mettre de côté sa réticence.

La jeune femme avait l’impression de déroger à ses principes, elle se surprenait elle-même. En réaction à sa décision, Virgil partit dans un léger rire, affirmant qu’elle lui plaisait de plus en plus.

« Oui bah t’emballes pas, » rétorqua froidement Nelly en le toisant du regard.

Il lui déclarait son admiration maintenant ? Elle le détailla quelques secondes avec curiosité tandis qu’il se débarrassait de son sac. Avait-il dit ça sincèrement ou uniquement pour l’amadouer et ainsi assurer la réussite de sa requête ? Ce n’était pas le genre de choses à dire à la Serpentard qui avait tendance à réfléchir un peu trop... Néanmoins, Nelly se plaisait à penser qu’elle l’avait dérouté. Elle aimait surprendre par ses multiples facettes, être imprévisible – l’était-elle vraiment ? - et un petit sourire se dessina au coin de ses lèvres que la préfète s’empressa d’effacer quand son camarade s’approcha pour la rassurer sur le sérieux avec lequel il prenait la situation.

Oh que oui, il avait intérêt à ce que cela se passe bien. Sinon, il n’était pas prêt de voir la couleur des livres qu’elle allait essayer d’obtenir dans la réserve et de s’entraîner à nouveau avec elle si besoin. Nelly l’observa prendre le temps de se préparer et en fit autant pour rassembler ses connaissances sur l’Occlumancie et calmer l’excitation qui lui montait aux tripes. Elle leva les yeux vers Virgil lorsqu’il lui préconisa d’être soft si elle était amenée à l’expulser de son esprit.

« Je n’aurai aucune pitié, murmura-t-elle, comme pour ne pas troubler leur concentration, en dardant un regard provocateur sur le jeune homme.
La préfète prit ensuite une profonde inspiration et fit le vide dans son esprit. Je suis prête. »

Le mur de briques qu’elle visualisa ne fut apparemment pas assez solide et elle quitta contre son gré la réalité pour être emportée dans les tréfonds de sa mémoire. Et merde, ragea la Serpentard. Elle retrouvait la désagréable sensation qu’elle avait éprouvée lors de son duel avec Virgil et, alors que des images défilaient sous ses yeux, elle se demanda vers quel type de souvenir s’orientait le Gryffondor… Mais rien n’était perdu… Elle avait la possibilité de l’aiguiller vers des souvenirs particuliers. Il fallait faire vite, tant qu’elle gardait un minimum de contrôle. Il lui suffisait de se concentrer sur quelque chose de marquant qui masquerait tout le reste et empêcherait Virgil de voir autre chose. Vite, vite... La première chose qui lui vient à l’esprit fut la reviviscence d’une chaude journée qui s’était déroulée l’été dernier, chez son père, pendant un après-midi piscine avec ses amis moldus. Elle s’était beaucoup amusée et Liam, son meilleur ami moldu, s’était montré très proche d’elle. Malgré les doutes que cela avait créés chez elle, Nelly gardait un très bon souvenir de cette journée entre amis et, même si elle n’avait pas spécialement envie de repenser à sa relation ambiguë avec Liam, c’était la meilleure idée qui lui venait à l’esprit qui soit efficace. Et puis c’était parfait pour s’entraîner.

Se concentrant, la préfète tâcha de faire remonter ce souvenir en reconstruisant mentalement l’environnement de la scène et en s’attardant aux sensations alors ressenties. Viens par là, Virgil… D’abord flou, le flux d’images se stabilisa et, rapidement, les cris et les plongeons dans la grande piscine de la propriété Horrocks se firent entendre. Le souvenir était assez clair mais certains détails étaient absents, Nelly n’arrivant pas à tout se remémorer. Le temps sautait parfois : elle se trouvait au bord de la piscine et la seconde d’après, était dans l’eau. Sans que la Serpentard ne fournisse d’efforts particuliers, la scène se centra naturellement sur Liam qui vint se placer dans son dos pour l’enlacer tendrement alors qu’elle observait avec amusement ses amis bataillant dans l’eau, debout au bord du bassin. Le jeune homme posa son menton sur son épaule et Nelly, d’abord surprise, se laissa aller à cette sensation de bien-être et de sécurité, toute contre lui. La jeune femme ressentit à nouveau cette douce émotion qui lui fit inconsciemment relâcher sa concentration…
Le souvenir vacilla, s’emmêla puis finit par disparaître avec toutes ses émotions.

Elle perdait le contrôle, elle le sentait. Refusant de s’avouer vaincue, Nelly profita du moment de flottement qui suivit pour trouver un autre souvenir auquel s’accrocher. Mais quoi ?… Dans la Volière, elle devait être en train de serrer les poings et de plisser les yeux quand une intuition lui vint. Une odeur ! Il fallait qu’elle se souvienne d’une odeur ! La préfète avait lu que les souvenirs associés à une odeur étaient les plus puissants et les plus persistants, alors il n’y avait pas de raisons que cela ne fonctionne pas. Bien qu’elle n’était pas réellement exposée à une odeur particulière, elle parvint à forcer son cerveau à imaginer et se concentrer sur l’odeur des gâteaux aux pommes de sa grand-mère, comme si elle la sentait vraiment. Il faut dire que tout semblait plus accessible, ainsi dans sa mémoire, il était plus facile de retrouver des sensations bien précises.

Le parfum des pâtisseries de sa grand-mère et l’un des souvenirs associés s’imposèrent brutalement à son esprit, lui faisant basculer la tête en arrière. L’émanation à la fois sucrée et acidulée envahissait la totalité du souvenir qui se déroulait dans la cuisine de ses grands-parents, il y avait assez longtemps de cela. Nelly était assise face à son petit frère, encore tout jeune, et aux côtés de sa grande sœur Éline à la table en bois et leurs grands-parents s’affairaient en arrière plan autour des fourneaux. Nelly eut un pincement au cœur en voyant son grand-père, encore en vie à cette époque là… Mais la qualité visuelle médiocre du souvenir ne lui permettait pas de profiter pleinement de cette belle image de son grand-père qui faisaient léviter des couverts et des assiettes avec sa baguette… Comme si le souvenir était trop ancien et que seule l’information olfactive persistait, les couleurs étaient délavées, les contours des formes étaient flous et aucun son ne lui parvenait. Mike et Éline ouvraient la bouche sans qu’elle puisse se rappeler ce qu’ils lui disaient et les voix de ses grands-parents étaient inaudibles. Elle ne se voyait même pas elle-même, contrairement à d’autres souvenirs où elle pouvait être spectatrice en plus d’être actrice…

Tel un enregistrement cassette arrivant au bout de bande, la scène grésilla, se stoppa net et s’évanouit, emportant avec elle le souvenir du sorcier qui avait été pendant longtemps son modèle.

L’effluve terriblement entêtante des gâteaux aux pommes persista un instant et Nelly, à court d’idées, sut qu’elle devait tenter de fermer son esprit avant que Virgil ne reprenne le dessus.
La jeune femme se concentra et mobilisa toutes les connaissances qu’elle avait ingurgitées via ses lectures. Faire le vide dans son esprit, comme si elle enfermait ses pensées et ses souvenirs dans une boîte dont elle seule avait la clé pour que Viril ne puisse plus rien voir… Tenter d’expulser le Gryffondor de sa tête avec plus ou moins de vigueur…
Mais c’était sans compter sur les éventuels progrès de son camarade qui devait ne pas vouloir se laisser faire, songea la préfète alors que l’affreuse mais incroyable sensation due à la présence du jeune homme prenait de l’ampleur…


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Virgil Forbes

Virgil esquissa un sourire narquois en entendant Nelly lui dire de ne pas s'emballer. Pour une fois qu'il ne lui envoyait pas une énième vacherie dans la figure - comme il savait si bien le faire pourtant- la Serpentard paraissait désarçonnée. Où était-elle passée la petite allumeuse pleine d'aplomb qui lui avait brûlé la joue pendant le club de duel  ? Envolée ! Virgil se remémora ce souvenir avec un certain amusement mais il se garda toutefois de faire le moindre commentaire, préférant se concentrer pour ne pas rater son sortilège. Il ne l'avait pratiqué qu'une seule fois et il n'était pas à l'abri d'un éventuel échec ou d'une bavure. Mieux valait prendre son mal en patience, il aurait tout le loisir de fanfaronner et d'embêter Horrocks une fois leur duel fini.

Le Gryffondor prit donc une profonde inspiration, comme avant de plonger dans l'eau, et tenta une percée dans l'esprit de la préfète.  Il fut assailli par une sensation inconfortable, oppressante qu'il n'avait pas ressentie la première fois  et  se trouva projeté dans une sorte de tunnel blanc avec en ligne de mire, un mur en brique. Plus il approchait du mur, plus il sentait une force invisible le tirer en arrière. Nelly résistait cette fois mais il ne comptait pas s'avouer vaincu. Les chapitres traitant des premières secondes d'intrusions conseillaient à l'apprenti legillimens de rester mobilisé et de ne surtout pas  craindre de se confronter à un obstacle.
*Ce n'est pas réel* pensa-t-il en se concentrant sur le mur qui barrait l'entrée et contre lequel il se jeta ,tête la première . La construction en brique s'évanouit dans un tourbillon fulgurant de couleurs, d'odeurs et d'images sans que  Virgil n'ait ressenti le moindre contact. Le Gryffondor se trouva happé dans cette spirale d'émotions et de sensations qu'il pouvait ressentir lui même jusque dans son être. Mais quel pied ! Il pouvait profiter pleinement de cette immersion cette fois: Être projeté dans ce monde parallèle, c'était dingue !

Il vit passer une image de Nelly enfant, une de son petit frère et d'autres encore mais il ne parvint pas à les accrocher. Il était entré certes mais les souvenirs semblaient plus flous, plus disloqués que lors de sa dernière intrusion, du moins, jusqu'à ce qu'il se retrouve projeté  dans une scène d'une intensité lumineuse si forte qu'elle lui fit fermer les yeux. L'été, le soleil, au plus fort de l'après midi. Virgil pouvait sentir les rayons de l'astre transpercer son uniforme. Quelques secondes plus tôt il se trouvait quasiment congelé dans la volière de Poudlard ouvertes aux mille courants d'air froids de février, et là, il se prélassait sur les abord d'une piscine, constata-t-il en papillonnant des paupières, le temps de s'habituer à la lumière estivale. Enfin, c'était plutôt Nelly qui semblait profiter de la météo clémente installée sur sa chaise longue avec ses amis.

Virgil fut instantanément frappé par la qualité incroyable du rendu, l'odeur de chlore et de crème solaire, les marques de bronzage successives laissées par différentes brides de débardeurs sur les épaules de Nelly... Toutefois, sans signe avant coureur, le souvenir sauta et Virgil retrouva toute la petite bande de copains en train de chahuter dans l'eau. Le souvenir paraissait plus instable et quelques détails se modifiaient ou  s'effaçaient même sous ses yeux. L'herbe du jardin à ses pieds était tantôt haute, tantôt tondue, comme si Nelly hésitait encore. En somme, Virgil avait l'impression d'avoir des hallucinations sans prise de drogue ! La légilimancie était tout simplement un exercice gé-nial ! se dit-il sans pouvoir quitter des yeux le gazon qui changeait d'allure et de coloris.  Il reporta finalement son attention sur le groupe d'adolescents qui s'ébrouait dans l'eau puis il fit quelques pas sur le bord de la piscine. Bien qu'il soit chaussé il avait l'impression de connaitre l'exacte température des dalles de pierres qui bordaient le bassin et le prénom de chaque invité. Une gerbe d'eau chlorée le transperça sans qu'il ne soit mouillé et il esquissa un sourire devant les jeux des amis de Nelly qui cherchaient tous à se couler. Ce n'était pas si éloigné des soirées qu'il faisait chez Damon les étés, l'alcool et la drogue en moins visiblement, se dit-il en dardant un regard en direction de la table ou quelques jus de fruits et soda était posés.

Le souvenir sauta de nouveau et Virgil ressentit alors une force l'invitant à tourner la tête dans la direction de Nelly, comme si elle tentait d'orienter son attention sur elle.  Il ne chercha pas à résister et se laissa guider jusqu'à la vision que la préfète voulait visiblement mettre en exergue: Elle en train de se prélasser dans les bras d'un blondinet que Virgil ne connaissait pas. Liam d'après le nom qui s'imposait dans son propre esprit. Surement un moldu, se dit-il en faisant de nouveau quelques enjambées pour s'approcher des deux tourtereaux enlacés sur le bord la piscine. Virgil s'arrêta à quelques mètres d'eux et les observa un instant: Leurs cils collés par l'eau, les gouttes mouchetant leur corps, leurs respirations tranquilles... Quel souci du détail incroyable. Il s'attarda quelques secondes sur l'agréable silhouette de la préfète -après tout il n'avait pas si souvent l'occasion de voir ses camardes de classes en maillot de bain au fin fond de l’Écosse -  puis il se focalisa sur les émotions qu'elle semblait ressentir. Nelly se sentait bien. Il le percevait dans ce souvenir où le climat rassurant qui régnait ici n'avait rien à voir avec le souvenir d'enfance que Virgil avait entrevu précédemment. Il tourna autour d'eux sans les quitter des yeux en se demandant s'il arriverait, un jour, à ressentir ces mêmes sensations de plénitude et de confiance qui semblaient émaner de Nelly à cet instant. Virgil était rarement apaisé de la sorte, à part quant il fumait un petit joint de Mandragore, bien sûr.

Alors qu'il faisait ce constat, le souvenir sauta comme un disque rayé et le sol se déroba sous ses pieds. Il retomba de nouveau dans le flot de souvenirs imperceptibles. Des voix, des images et même des gouts s'imposaient à lui sans qu'il ne puisse s'attarder plus longuement.  Toutefois, au bout de quelques secondes, une odeur se fit plus insistante que les autres allant même jusqu'à occulter tout le reste. Une odeur de cuisine. De pâtisserie, à  la fois sucrée et acidulée. Virgil en eut presque l'eau à la bouche. C'était comme si le gâteau était posé juste sous son nez et que son parfum chaud emplissait ses narines. Hallucinant ! Et ce n'était pas un vain mot ! Aucun son n'était rattaché à ce souvenir, juste quelques images floues et délavées d'une beauté incroyable .  Comme dans les vieux films muets moldus en tons sépias. La scène tout droit sortie d'un autre temps montrait des personnes attablées et Nelly ne semblait même pas être présente. A la grande déception de Virgil, le souvenir crépita et s'effaça pour laisser place au Mur. Du moins à ses fondations. Les briques lévitaient pour venir s'organiser les unes sur les autres et fermer, ainsi, l'accès à la mémoire de Nelly. Même si Virgil aurait put regarder le spectacle des pierres dansant autour de lui durant des heures il savait qu'il ne devait pas laisser le temps à Nelly d'édifier une muraille infranchissable. Il mobilisa donc toute son énergie pour poursuivre l'immersion. Il ne pouvait pas s'arrêter là. Il voulait voir et sentir d'autres souvenirs, explorer ce territoire inconnu jusqu'à épuisement de ses forces mentales...


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Orienter Virgil vers des souvenirs particuliers avait été un effort très important et Nelly sentait ses forces mentales faiblir. Elle avait l’impression que son cerveau était en surchauffe comme lorsqu’elle focalisait toute son attention sur quelque chose et que sa concentration s’épuisait en quelques minutes. Il ne lui restait que très peu de temps avant de perdre le contrôle et ça, elle n’en avait pas envie. Son esprit et ses souvenirs lui appartenaient et elle ne comptait pas laisser son camarade s’y promener tranquillement. Les scènes qu’il avait vues étaient amplement suffisantes, de plus elle avait accepté uniquement pour s’entraîner et non pour finir éreinter mentalement…
Alors si Virgil ne sortait pas de lui-même, elle allait devoir le forcer. Encore fallait-il y arriver…

Prenant une grande inspiration, la préfète mobilisa toute sa concentration pour occulter son esprit. Comme elle l’avait appris dans ses lectures, faire le vide dans son esprit afin de le fermer aux intrusions était une étape importante car, d’après Connaître la Legilimancie avant d’apprendre l’Occlumancie : « un esprit fermé et sombre n’est guère intéressant pour le Legilimens qui ne s’y attardera pas » et puisqu’il était ensuite plus facile d’expulser l’intrus hors de son esprit. Concentrée sur sa respiration, Nelly visualisa dans un premier temps un fond noir avant d’imaginer un mur en briques, qu’elle espérait plus solide cette fois-ci, qui venait enfermer la présence parasite de Virgil sur laquelle elle se focalisait. D’après ses lectures, canaliser toute son attention sur la désagréable force qu’exerçait le Legilimens était l’un des meilleurs moyens pour le contrer et qu’il ne fallait pas avoir peur de s’y opposer. En effet, ainsi concentrée sur la résistance qu’exerçait Virgil, la Serpentard n’avait plus que ça en tête et sa peur de perdre le contrôle s’évanouit comme neige au soleil.

Il n’y avait plus que ça… Plus que la présence du Gryffondor qu’elle maintenait enfermée. Le mur de briques était à présent parfaitement clair dans son esprit et elle le visualisa s’élever tel un rempart infranchissable.
*Sors maintenant, sors.* Virgil l’entendait-elle ? Maintenant que tout était occulté ? Elle l’espérait… Malgré ses recherches, le faire sortir de sa tête ne s’annonçait pas être une chose facile. Tant pis, il fallait essayer… La jeune femme attendit quelques secondes, toujours focalisée sur le Mur barrant le passage à Virgil, puis, unissant ses dernières ressources, elle fit s’avancer, se resserrer la construction sur le jeune homme pour le forcer à reculer, à renoncer…

Alors qu’elle n’en pouvait plus, la présence parasite de Virgil disparut soudainement et elle eut l’impression de tomber avant de rouvrir les yeux sur la réalité dans un sursaut. Aussitôt prise de vertiges, Nelly prit sa tête entre ses mains et chancela jusqu’au mur contre lequel elle s’appuya. Elle avait l’impression que son cerveau était à l’étroit dans sa boîte crânienne et une tension courrait sur son front d’une tempe à l’autre. Le retour à la réalité avait été, lui semblait-il, moins violent que lors de son duel avec Virgil mais contrairement à cette fois-là, elle se sentait beaucoup plus affaiblie. Jamais elle n’avait ressenti une telle fatigue mentale, c’était comme si elle venait d’apprendre dix chapitres de Métamorphose d’un coup ! Si l’Occlumancie demandait toujours autant d’efforts, elle regrettait presque de vouloir l’apprendre, songea-t-elle, les yeux clos.

Papillonnant des paupières, la préfète leva les yeux vers son partenaire pour l’examiner. Il manquait plus qu’il soit tombé dans les pommes…

« Ca va ? s’enquit-elle dans un souffle. C’était… spécial. »

Il n’y avait pas vraiment de mots pour décrire son ressenti, Virgil devait la comprendre. Elle était trop épuisée pour chercher les bons termes, elle arrivait même pas à être fière de ce qu’elle avait réalisé... Un fond de tristesse s’installait même dans son esprit. Resserrant sa cape autour de ses épaules, elle soupira :

« Fatiguant, surtout… »


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Drôles d'oiseaux [Nelly & Virgil]

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