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 L'idée du siècle (scénario commun Saint-Valentin)

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James CarterBriseur de Coeuravatar
Messages : 318

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« Je valide carrément l’idée de la soirée ! » s’exclama James avec un sourire enthousiasme.

L’équipe des ambulanciers était particulièrement soudée, ce qui était, selon James, un élément essentiel dans leur travail. Ils revenaient souvent choqués, parfois traumatisés de certaines missions, et ils avaient besoin de savoir qu’ils pouvaient compter les uns sur les autres. Bien vite, les collègues de James étaient devenus ses amis et ils passaient effectivement plusieurs soirées ensemble, décompressant autour d’une bonne bière et partageant des anecdotes qui ne faisaient souvent rire qu’eux.

« Merci ! Il ressemble déjà à son papa… » ajouta-t-il en riant.

C’était quelque chose, quand même, de tenir un tout petit bébé qui venait de sortir du ventre de sa mère. Et, même si un accouchement n’était pas l’évènement le plus glamour auquel il avait assisté, il était heureux d’assister à la joie des parents lorsqu’on leur mettait leur enfant dans les bras. C’était un moment magique, un qui mettait du baume au cœur et permettait de faire oublier les situations plus difficiles qu’ils vivaient parfois.

« Je suis bien d’accord. » approuva James lorsque Samantha commenta leur formation. « Je trouve le métier passionnant. Je ne pensais pas me tourner un jour vers le domaine médical mais… C’est vraiment quelque chose qui me plait, d’intervenir dans l’urgence. » expliqua-t-il en approuvant ses propos par un hochement de tête. « Et ma tutrice est  vraiment sympa aussi, on s’entend super bien. »

Arrivés au bar, les deux jeunes apprentis observèrent les cocktails avec une certaine perplexité. La plupart des boissons avaient une teinte pastel, et certaines répandaient des volutes violettes. D’autres étaient décorés avec des cœurs en marshmallow, et dans d’autres encore, une myriade de paillettes colorées flottaient à la surface.

« C’est immonde. » commenta James avec une grimace. « Je te jure, c’est encore plus cliché que la « boum » d’anniversaire à laquelle je suis allé quand j’étais petit ! » Et pourtant, James avait toujours pensé qu’il était difficile de faire pire à partir du moment où la fille qui fêtait son anniversaire était arrivée à dos de poney blanc. « Et dire que c’est censé être un hommage… ! » commenta-t-il à voix basse, mais d’un ton furieux.

Il attrapa, par dépit, une boisson rose criard, et se mit à la siroter, grimaçant à son goût trop sucré. Il ne put cependant retenir un éclat de rire lorsque Samantha proposa d’en amener un à Lauren.

« Je suis sûre qu’elle sera ravie ! » lança-t-il avec un sourire amusé. Il écouta ses craintes, avant de reprendre : « Je suis sûre que ça se passe bien. Ils ont mûri tous les deux, et de l’eau a coulé sous les ponts, depuis Poudlard. » affirma-t-il en lui pressant doucement le bras de sa main libre pour la rassurer.

« Non, Marlene n’est pas là ce soir, elle est de garde à l’hôpital cette nuit. » Il s’apprêtait à laisser là la conversation, mais décida au dernier moment de poursuivre. « Je sais que votre relation à toutes les deux n’a pas toujours été rose, et j’en suis désolé. Je sais que Marlene peut être… » il ne trouva pas le mot qui convenait, et laissa passer un silence. « Mais je veux que tu saches que je n’ai jamais partagé de telles convictions. » lui expliqua-t-il avec un sourire, toutefois assez mal à l’aise. Il ne savait pas trop comment se sentait Samantha vis-à-vis de sa condition de lycanthrope mais il voulait également lui assurer son soutien – ou du moins lui montrer qu’il ne la jugeait pas pour cela. [/color][/color]
Danielle ColemanChef de la miliceavatar
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« Peut-être, en effet. » répondit distraitement Danielle tandis que son regard balayait la salle. Elle observa le ministre quelques instants, comme pour s’assurer que cet adolescent à côté de lui n’était pas un membre de la résistance et n’allait pas tenter de l’assassiner. Rassurée par l’air benêt dudit adolescent, Danielle reporta son attention sur Eliott.

Ce n’était vraiment pas son genre de faire la conversation avec d’illustres inconnus. Elle était bien obligée, dans le cadre de son travail, de rencontrer des gens qu’elle ne connaissait pas, de les recevoir dans son bureau, de discuter avec eux, certes. Mais ces rencontres avaient un but, un intérêt. Or, quel était l’intérêt de cette rencontre ? Eliott et elle n’avaient pas l’air d’avoir beaucoup en commun, et ils ne se reverraient probablement jamais. La milicienne prit une longue inspiration et s’efforça de chasser cet agacement de son esprit. Bonne impression, se répéta-t-elle, elle devait faire bonne impression.

« Avec plaisir. » lança-t-elle alors avec un sourire aimable. « Que faites-vous comme métier ? » questionna-t-elle poliment.

Lorsqu’Eliott mentionna sa femme, Charlotte Meyer, Danielle hocha la tête. Lorsqu’elle avait recruté les membres de la milice, elle avait passé tous les dossiers des Aurors au crible. Celui de Charlotte était ressorti car elle était l’une des plus jeunes lieutenants du BDA et que Danielle avait été impressionnée par les commentaires élogieux de ses supérieurs. Cependant, la jeune femme venait de rentrer d’un congé maternité, et il ne lui avait pas semblé judicieux de lui proposer un poste de cette importance si tôt. Peut-être que, si elle devait à nouveau sélectionner des miliciens, son dossier ressortirait à nouveau, songea-t-elle.

« Oui, je la connais. » répondit finalement Danielle. « De ce que j’ai pu voir, c’est une excellente Auror. » ajouta-t-elle avec un léger sourire.

Il était parfois difficile, pour les Aurors, de concilier vie de famille et profession, puisque leur métier leur demandait souvent d’aller sur le terrain à des heures improbables, de réaliser des missions dangereuses où leur vie pouvait parfois être mise en danger. Charlotte Meyer, songea-t-elle, avait visiblement réussi à lier les deux. La chef de la milice, elle, ne pouvait se vanter d’un tel succès. Elle savait que sa personnalité n’était pas forcément attrayante pour certains hommes : elle était loin de la midinette qui se dandine en maillot de bain au bord de la piscine, de la femme aimante qui aime faire la cuisine pour sa famille, ou de la petite-amie attentionnée. Elle avait la tête sur les épaules, un esprit logique qui ne lui faisait jamais défaut, et une envie de voir sa carrière avancer plus forte que tout. Evidemment, parfois, elle se sentait seule et aurait apprécié de la compagnie. Mais elle gérait cette solitude depuis si longtemps qu’elle s’était familiarisée avec. Et puis, quand bien même un homme acceptait son caractère froid, il finissait par fuir, effrayé par la position qu’elle avait au sein du ministère. Aujourd’hui, et malgré les avancées de la société, peu d’hommes supportaient encore de voir une femme avec une situation supérieure à la leur. C’était bien dommage.

Plongée dans ses pensées, Danielle en sortit rapidement lorsque la voix du ministre tonna dans toute la salle. Elle tourna brusquement la tête vers la source du bruit et assista, interdite, à la scène entre Leopold et Mildred Magpie.

« Eh bien. » lâcha-t-elle finalement, à l’intention d’Eliott et alors que les conversations repartaient de bon train, « Voilà qui va occuper le département de communication pendant le prochain mois ! » Elle retint un petit rire. Danielle était peut-être seule, mais elle préférait largement sa solitude à une attitude aussi désespérée que celle de la journaliste. « Vous voulez peut-être aller manger ou boire quelque chose ? » demanda Danielle avant de se tourner vers le buffet, qui recelait de boissons aux couleurs pastelles et de biscuits en forme de cœurs. « Oh Merlin. » souffla-t-elle sans pouvoir retenir un sourire devant l’absurdité de la scène.


Irving WhitakerAubergisteavatar
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« C’est vrai. » souffla Irving en réponse à la remarque de Lauren.

Nora et Samantha n’avaient probablement aucun mal à se faire apprécier de leurs binômes. Elles partageaient la même facilité à la discussion et se montraient généralement cordiales et sympathiques avec les nouvelles personnes qu’elles rencontraient. Il était même fort probable pour que les deux jeunes femmes soient déjà libérées du sortilège. Si Irving et Lauren avaient réussi à « surmonter la distance entre eux » –Irving et Lauren !- Cette tache était forcément à la portée de leurs petites-amies respectives.

La discussion se poursuivit d’ailleurs assez naturellement entre les deux ex-binômes qui évoquèrent le parcours professionnel de Lauren. Irving remarqua le manque d’enthousiasme de la jeune femme lorsqu’il fut question des sélections de quidditch. C’était pourtant le rêve d’au moins 50% des élèves de Poudlard : intégrer une équipe pro du championnat anglais. Flaquemare ? Elle aurait du sauter de joie, non ? L’ancien Gryffondor ne s’intéressait pas particulièrement aux résultats du club mais il savait que l’équipe était plutôt prestigieuse.

« Ah oui je vois, souffla-t-il, Juliet Wilson, une amie, y a été poursuiveuse avant sa grossesse. Elle était contente des infrastructures et du club en général, ajouta-t-il bien incapable de continuer la conversation comme un vrai passionné du quidditch aurait su le faire. Il ne connaissait pas le classement actuel de l’équipe, ni ses joueurs phares, ni le nom de son entraineur et même pas la couleur du maillot du club ! Quoique. Il était allé voir jouer Ju’, une fois, songea-t-il un instant en fouillant sa mémoire, bleu et jaune, non ?

La conversation dériva donc naturellement vers un autre sujet. La soudaine reconversion de Lauren était nettement plus intéressante à aborder d’autant plus qu’Irving avait vécu sensiblement la même expérience : Il  avait enchainé les boulots dans différents domaines, lui aussi. Pourtant il avait l’impression que leurs situations différaient sur un point essentiel. Irving n’avait jamais eu de véritable vocation et il s’était baladé, de job en job, avant de se poser en tant qu’aubergiste. Lauren ne semblait pas avoir tout à fait le même parcours. Honnêtement, elle était faite pour intégrer les forces de l’ordre et Irving ne doutait pas qu’elle ait pu s’épanouir dans cette carrière. Pourquoi s’était-elle réorientée alors ?

La réponse ne tarda pas à arriver. Lauren s’était fait virer. Irving lâcha un « oh » mi-étonné mi-déçu pour la jeune femme qui semblait particulièrement affectée par cette décision, Mais pourquoi ? demanda-t-il en fronçant les sourcils d’incompréhension. Peut-être un léger problème avec l’autorité, se dit-il avant que la jeune femme  ne lève le voile sur le motif réel de son éviction.

L’image de Lauren lors de la réunion des différents courants de résistance s’imposa immédiatement dans l’ esprit du jeune homme. Irving se rappelait très bien de son aplomb et de sa prise de parole devant tous les militants. Elle était, comme lui, investit dans des actions résistantes et il était clair que ce type d’activités extraprofessionnelles ne devaient pas être compatibles avec ses devoirs d’Auror.

Il hocha la tête  en lui jetant un regard appuyé. Ils ne pouvaient pas évoquer le LEXIT en plein milieu de l’Entrepot’es même si cet endroit était connu pour être un repère de révolutionnaires depuis plusieurs années déjà.  Les clients du restaurant de Jill étaient des syndicalistes convaincus de l’usine Nimbus et Irving en avait vu quelques uns au sein des rangs de la Salamandre, toutefois, ce n’était pas une raison pour manquer de prudence. Irving comprenait le sous-entendu de sa camarade et même s’il mourrait d’envie d’en savoir plus sur le véritable motif de son renvoi, il se garda de poser la question. Peut-être plus tard, s’ils étaient amenés à se retrouver de nouveau  seuls.

« Si tu penses que c’est mieux ainsi… » dit-il sans en être complètement convaincu. A son humble avis, la justice magique avait davantage besoin de personnes souhaitant préserver et défendre les libertés individuelles et la paix. Lauren faisait partie de ce gens-là et non pas des lèche-bottes de Marchebank, prêts à se fourvoyer pour répondre aux exigences du Ministre… Visiblement les critères de sélections des Aurors avaient changé. Irving était bien évidemment attristé pour Lauren mais les dires de sa binôme renforçait surtout son inquiétude envers la politique générale du pays… Ils fonçaient tous droit dans le mur.

Irving aurait aimé partager son ressenti avec Lauren mais c’était tout bonnement impossible ici. Comme pour confirmer ses pensées, le serveur déboucha de nulle part avec ses assiettes entre les mains.

« Et deux tartes aux amendes ! Bonne continuation messieurs-dame. »  Il posa les parts devant eux et repartit en sens inverse en direction des cuisines.


La jeune femme profita de cette diversion pour orienter l’échange sur les projets professionnels d’Irving plutôt que sur ses déboires au sein de sa formation d’Auror.


« Aubergiste ? Une vocation ? répéta-t-il en attrapant sa cuillère, Non, j’irai pas jusque là, dit-il en coupant l’extrémité de sa part de tarte aux amandes, disons qu' l’occasion s’est présentée et que je l’ai saisie, expliqua-t-il avant de balayer le restaurant du regard, L’Auberge que je tiens appartient à Jill Curtis, le propriétaire de ce resto. Je faisais la plonge ici pour arrondir un peu mes fins de mois et à côté j’avais un job au département des transports magiques : entretien du réseau de cheminette. C’était pas mal payé mais bon c’était pas l’extase non plus. dit-il en haussant les épaules, J’passais une grande partie de la journée dans les conduits de cheminées, à pas voir le jour, alors quand Jill m’a proposé de gérer l’auberge, j’me suis dit « pourquoi pas. ». En plus c’était un moment d’ma vie où j’avais besoin d’quitter Nimbus et d’me focaliser sur un projet. Un truc épanouissant quoi. Et voila. »

Il mâcha une bouchée de tarte aux amandes et attendit de l’avoir avalé avant de reprendre.

« Bon on galère un peu avec Nora –surtout avec toute cette paperasse qui m’ sort par les yeux- souffla-t-il en faisant deux yeux ronds, mais être aubergiste, ça m’plait. Enfin ça nous plait. Faire plaisir aux gens, s’occuper d’eux, leur faire à manger… J’aime bien. » dit-il avec un sourire pour Lauren.
« Et puis la nature c’est très reposant. J’avais toujours vécu en ville jusqu’alors et j’dois avouer qu’j’me sens vraiment bien là-bas. Perdu au milieu d’nulle part. T’as un peu l’impression d’être préservé de tout c’qui s’passe dans les villes : les conflits, le blocus,… »

Il releva les yeux vers la jeune femme et ajouta :

« Enfin tu vois c’que je veux dire… »

Il laissa passer un silence lourd de sens et reprit finalement :

« Après la ville ça a son charme, j’dis qu’j’aime la campagne mais j’passe pas une semaine sans revenir à Nimbus, avoua-t-il en riant. Il venait voir ses sœurs ou faire quelques courses, j’ai appris qu’vous étiez installés ici avec Sam'. C’est elle qui t’a obligée ? »  demanda-t-il avec un large sourire amusé. Il n’imaginait pas Samantha vivre ailleurs qu’à Nimbus, la cité qu’elle avait si ardemment défendue lors de l’affaire de la Consumeuse.


Every day of your life is a leaf of your story which you write
Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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La question de Jonah le fit hocher la tête sur le côté, comme pour approuver, tout en nuançant son propos :

« Eh bien, disons que Poudlard est une construction unique en son genre. Elle a presque un millénaire d’âge, aussi. Ce n’est pas du tout le cas de nos collèges. » Pour de simples raisons historiques. L’Amérique n’était pas encore aux occidentaux au temps du Moyen-Âge. Mais en voyageant, notamment en Amérique du Sud, Abel avait pu découvrir des architectures magiques mayas millénaires recelant des secrets uniques, et il en fit part à Jonah. « Vous savez, plus une architecture magique prend de l’âge, plus elle se teinte de mystère et d’une certaine autonomie, presque d’une intelligence propre. ll y a des temples mayas qui ont longtemps échappé aux colons espagnols, parce qu’elles étaient capables de sentir les mauvaises intentions de ceux qui foulaient le sol de leur territoire. Elles savaient se dissimuler dans le paysage, comme des caméléons, le temps que la menace disparaisse. »

C’était un charme plus complexe que le Repousse-Moldu qui entouraient les constructions anglaises d’importance et les chercheurs avaient démontré que ce n’était pas un sortilège humain lancé sur l’édifice, d’ailleurs. Il s’agissait bien de l'intelligence et de la volonté propre du temple.

Quand Abel retourna poliment ses questions à Jonah, il lui confirma qu’il enseignait une matière de découverte du monde moldu, ainsi que le vol sur balai aux première année. Aux Etats-Unis, il n’y avait pas de cours sur les moldus dans les écoles, pour la simple et bonne raison que les sorciers étaient bien plus intégrés au monde non magique que ne l’étaient les anglais, qui vivaient dans une autarcie presque totale. Abel avait eu un peu de mal à s’y habituer au départ. Pour des raisons toutes bêtes : ses collègues anglais sur chantier le regardaient bizarrement quand il venait dans des vêtements moldus, lui donnaient une plume et de l’encre quand il demandait de quoi écrire -maintenant il avait toujours un stylo dans sa poche, il ne fallait pas déconner. Dans ces conditions, ce n’était pas étonnant que les jeunes enfants de sorciers soient totalement ignares de ce qu’était l’électricité et à quoi servait une télévision. Ne parlons même pas d’internet. Abel trouvait cela assez dommage, ils ne savaient pas ce qu’ils rataient : c’était assez agréable de passer son dimanche devant une série à la télévision, ou au cinéma.

Jonah s’occupait donc de cultiver ses élèves sur le monde qui les entourait et il avait même un chapitre sur l’architecture, apprit Abel, ce qu’il ne pouvait qu’approuver :

« C’est bien, ça. Vous leur enseignez quelle période de l’architecture ? »

L’agitation autour d’eux ne leur permit pas de poursuivre cette conversation bien engagée, malheureusement. Abel resta muet en observant la scène qui se déroulait à quelques mètres d’eux. Mildred Magpie était au coeur d’un conflit, ce qui n’étonna pas vraiment l’archimage. Il la connaissait un peu, elle était sa cliente -l’une de ses plus exigeantes clientes et la femme la plus imbue d’elle-même qu’il connaisse, soi-dit en passant. Ce qui l’étonnait en revanche, c’est qu’elle n’avait pas l’air d’essayer de répliquer et d’en mener bien large, pour une fois. Au contraire, elle semblait se liquéfier sur place. Abel fronça les sourcils, intrigué. Il n’avait pas vu ce qui s’était passé et il n’arrivait pas à distinguer ce que disait le ministre d’un ton furieux, il n’était pas assez proche. Son mètre quatre-vingt dix lui permettait de voir en revanche ce qui était en train de se dérouler. Il ne manqua donc pas l’arrivée précipitée d’Isobel près du ministre, que Jonah commenta :

« Le service com' est déjà sur le coup. »

Effectivement, elle était en pleine conversation avec le ministre et sa femme. Elle était liée au poignet elle aussi, à un homme qui lui parut assez jeune, mais il y avait trop de monde autour pour qu'Abel puisse bien distinguer son visage. Jonah, lui, focalisait son attention sur tout autre chose, il s’en rendit compte en sentant son poignet bouger légèrement. Le professeur avait attrapé son Pear One et affichait désormais une expression horrifiée.

« Tout va bien ? »

C’était une question presque rhétorique, il était évident que Jonah n’allait pas bien. Abel assista à son appel téléphonique sans réponse, avec l’impression d’être celui qui n’était pas sensé être là. Il ne dit rien et détourna le regard de l’hologramme de son fils qui s’affichait, laissant son intimité à son partenaire de soirée forcé. Pendant ce temps, il reprit son observation de la scène plus loin. Il se rendit compte à cet instant que le garçon n’était plus en compagnie du ministre. Il avait dû s’échapper et Abel fut bien incapable de retrouver sa silhouette parmi la foule amassée de ce côté là de la salle. Jonah lui demanda alors s’ils pouvaient se déplacer et aller chercher l’adolescent, ce à quoi Abel répondit, un peu dépassé :

« Euh… Non, allons-y. »

Ce n’était pas exactement de cette façon qu’il avait imaginé passer sa soirée, mais avait t-il le choix ? Jonah semblait contenir son inquiétude et sa colère et Abel était attaché à lui, alors il était forcé de participer à ses déplacements. Dans cette situation, autant s’impliquer pour faire en sorte de ne pas y passer trois heures, jugea l’archimage, qui avait envie de faire autre chose de son temps.

« Il n’est plus du côté du ministre, je crois qu’ils ont réussi à se détacher tous les deux » annonça t-il à Jonah en le suivant.

En dehors de ça, Abel ne disposait d’aucun autre indice. Mais Jonah savait sûrement où son fils avait le plus de chances d’aller se réfugier dans l’école. Pas dans les lieux que son équipe avait bouclés pour la soirée, il espérait, songea t-il en fronçant les sourcils.


Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Telle une sirène échouée sur un banc de glace, Mildred Magpie sentait peu à peu ses forces s'envoler sous l'action du froid glacial qui venait engourdir son corps immobile. Contrainte de ne point bouger, de peur de briser la surface gelée qui la séparait encore d'une mort inéluctable, son seul espoir de survie reposait désormais sur l'intervention salutaire d'une aide extérieure. Mais le héros de la soirée se faisait cruellement désirer, alors que les seins bombés de la romancière commençaient lentement mais surement à se figer dans la glace. Piégée par l'étreinte mortelle du froid hivernal, Mildred luttait avec l'énergie du désespoir pour ne pas s'endormir, et se laisser aller à une mort certaine. N'écoutant que son instinct, des consignes de survie tournaient en boucle dans sa boite crânienne : Ne pas clore les paupières - Lutter pour rester éveillée - Ne pas bouger - Garder espoir - Quelqu'un allait bien finir par venir...

Bien qu'elle soit de la race des battantes, Mildred savait pertinemment qu'elle ne pourrait pas atteindre l'aube et les premiers rayons du soleil dans une situation aussi précaire. Elle se devait de guetter la rive, et l'arrivée d'un éventuel sauveteur. Au diable, si son doux encravaté bleu ne venait pas la secourir n'importe qui ferait l'affaire ; Après tout il y aurait bien comme elle dans le passé, une jeune fille en fleur qui entrainerait son amoureux secret dans ce cadre idyllique afin de le bécoter ! La vie de la romancière ne tenait peut-être qu'à un fil tissé par le hasard, mais celle-ci s'y accrochait comme une araignée cherchant à regagner sa toile. Hors de question de s'offrir une mort aussi ridicule et indigne de sa classieuse personne ! Elle voulait mourir adulée comme jamais, au sommet de sa gloire, et non quand elle était la risée du Monde Magique. De plus, la simple idée que ce soit un vieux pêcheur de morue qui retrouve son cadavre congelé suffisait à la débecter, et lui insuffler davantage d'énergie pour survivre. Pour ne pas glisser dans l'inconscience, Mildred se surprit même à chanter une berceuse qu'elle pensait avoir oublié depuis des lustres, et qu'elle entonnait jadis à sa sœur jumelle pour l'aider à s'endormir.

"♪ Viens Joséphine, dans ma machine qui vole... ♫
♪ S'envole... Comme une folle... ♫
"

Allait-elle enfin pouvoir retrouver sa famille qui l'attendait dans l'au-delà ? Sa mère serait-elle fière d'apprendre que sa fille avait réussi à restaurer la splendeur passé du cabaret familial ? Son père lui pardonnerait-il ses ingratitudes du passé ? Sa petite sœur se jetterait-elle à son cou lors des retrouvailles ? S'il était vraiment mort, Jacob lui révélerait-il les circonstances exactes de sa disparition ? Est-ce que Marlène McKinnon lui pardonnerait sa délation ? Les anges du paradis étaient-ils des beaux mâles virils et sexy, avec des petites ailes dans le dos ? Dieu ne risquait-il pas de tomber amoureux de sa silhouette spectrale ? Bref, autant de questions qu'elle balaya aussi sec de son esprit, alors que ses paupières venaient imperceptiblement de se clore. Non ! Ses ongles de couguar plantés solidement dans la glace, Mildred n'allait pas glisser aussi facilement dans l'autre monde ! Surtout au moment salutaire où une voix masculine finit par crever le silence de la rive ténébreuse pour venir caresser ses tympans. Miracle ! Quelqu'un la cherchait ! Elle n'arrivait pas à remettre un visage à cette voix douce et familière, mais le plus vital pour le moment était de réussir à s'extirper de son cercueil de glace. Mildred finit par croasser de désespoir :

" Je suis ici!!! Prisonnière du lac!!! Pour l'amour de dieu, venez me libérer de cette mort ô combien affreuse!!! Qui que vous soyez, je ferai de vous le plus riche et le plus heureux des hommes!!!

Un homme volait à son secours ! C'était tout bonnement magique, et il fallait en profiter. Savourer l'instant. Comme dans l'un de ses contes de fée où les princesses étaient toujours secourues par de preux chevaliers, c'était au tour de Mildred Magpie de rencontrer son propre héros. C'était son heure de gloire ! L'instant tant attendu où un doux prince viendrait réchauffer son petit cœur de glace gelé par le poids de décennies de solitude ! Après son immense déconvenue avec le Ministre de la Magie, cette soirée allait-elle lui offrir la plus belle des offrandes ?

Le rêve semblait bien vouloir se réaliser alors que son héros venait d'atteindre la berge du lac, à l'endroit exact où son escarpin de luxe venait de s'échouer. Ses cils recouverts d'un mascara de givre, Mildred eue beau plisser le regard, il lui était impossible pour l'heure de distinguer les contours de la silhouette solitaire de son sauveteur. Qui pouvait-il bien être? Sa voix était étrangement familière, de plus il appelait la romancière par son prénom, et pourtant elle n'arrivait toujours pas à lever le voile mystérieux de son identité. Dans le seul but d'accentuer encore davantage l'aspect tragique de ce sauvetage, Mildred posa une main langoureuse sur son front blême, tout en faisant onduler sensuellement son corps comme une algue piégée par le courant.

"Par pitié, délivrez-moi !!! Quelle odieuse soufraaance ! C'est affreux!!! Je ne sens plus mes cuisses ! Je meurs, quel monde cruel !!! "

Douillette de nature, Mildred se tortillait sur la glace comme un petit poisson venant de bondir malencontreusement en dehors de son panier de pêche. Même si une simple coupure avec du papier suffisait parfois à lui faire tourner de l’œil, il était clair que cette fois-ci sa comédie ne cherchait qu'à accroitre la tension dramatique, pour contraindre son prince du soir de venir la secourir plus prestement. La silhouette de ce dernier semblait plutôt massive, comme celle d'un guerrier aguerri ne craignant ni la peur, ni le froid. L'idée d'être secourue par un homme bestial et musclé ne déplaisait guère à la lubrique Magpie, qui se voyait déjà le récompenser en comblant ses bas instincts primaires. Mais en vérité, elle aspirait à quelque chose d'un peu plus romantique. En effet, plutôt que des grognements de plaisir animal qu'elle pouvait s'offrir facilement dans les profondeurs débauchées de son cabaret, Mildred espérait trouver en cet héros mystérieux, celui qu'elle attendait depuis toujours : L'homme de sa vie !

L'homme qui viendrait enfin la délivrer de son célibat et de cette barre fatidique de la cinquantaine qui arrivait à grands pas ; Celui qui la ferait rajeunir de bonheur en lui offrant un mariage digne d'une princesse de conte de fée, et qui susciterait ainsi l'admiration et la jalousie de l'intégralité du Monde Magique! Toute sa vie Mildred avait rêvé de cet instant magique, où elle revêtirait enfin la plus merveilleuse des robes de mariée pour sceller le plus beau des mariages d'un baiser langoureux avec l'élu de son cœur. La romancière imaginait déjà la mine déconfite d'Isobel Lavespère, qui condamnée à son tour aux affres du célibat, enragerait d'avoir manqué de peu d'arracher le bouquet qu'elle aurait lancé par-dessus son épaule de femme mariée. Mildred se délectait à l'avance de pouvoir se venger de toutes les mauvaises langues qui lui avaient prédis un destin funeste de vieille fille isolée, dont on retrouverait un jour le cadavre décomposé et à moitié dévorée par ses boursoufs affamés. La romancière allait se faire un grand plaisir de les inonder et de les étouffer avec son bonheur ! En commençant par une croisière luxueuse en Égypte pour une lune de miel si torride, que ses vocalises et miaulements de plaisirs feraient fuir toute la faune locale venant s'abreuver sur les berges du Nil. Et dire que la première page de ce fabuleux roman s'écrivait dès aujourd'hui, avec l'intervention de ce mystérieux et doux héros. L'homme de sa vie, qui allait s'approcher d'elle et réchauffer ses lèvres et son âme de la chaleur d'un tendre baiser... Mais d'ailleurs qu'est-ce qu'il attendait pour le faire ? Mildred était aussi impatiente qu'un oisillon attendant sa becquée. Le regard un brin sévère, elle souleva sa lourde poitrine de la glace pour guetter son arrivée et manifester quelque peu de son impatience.

"Mais dépêchez-vous, voyons! Je n'ai pas toute la nuit! "

Un craquement sinistre répondit à l'ingrate remontrance de la sorcière en fâcheuse posture. Comme le soulignait son ange-gardien, elle ne devait surtout pas bouger d'un pouce, si elle ne voulait pas disparaitre dans les ténèbres glacées du lac. Instinctivement, Mildred leva d'effroi ses mains, et tenta de soulever quelque peu les masses de graisse accumulées dans son gros fessier gonflé aux pâtisseries à la crème du Paradis d'Eden. Oubliant presque sa pitoyable tentative de suicide, les yeux écarquillés par la peur, la romancière se mit à geindre lamentablement.

"Pitiééé, nooon! Je suis bien trop jeune pour mourir... " répéta-t-elle inlassablement.

Mais ses lamentations furent interrompues par l'intervention grotesque et peu académique de son sauveteur. A le voir chuter et gesticuler de la sorte, la situation prêtait plus aux rires qu'au glamour héroïque. Le curieux énergumène n'était pas encore entré dans le carré de lumière offert par le clair de lune, mais Mildred pouvait d'ores et déjà mieux analyser sa corpulence, et son attitude... L'homme qui jouait les acrobates sur la glace, n'avait rien de la musculature, ni la grâce et l'agilité de l'idéal masculin qu'elle avait au préalable imaginé. Plus qu'un guépard bondissant à son secours, son héros s'apparentait plus à un phoque en état d'ébriété. Très rapidement, Mildred chercha à se rassurer en se disant que cette silhouette disgracieuse cachait peut-être un homme au portefeuille volumineux ? Car après tout il fallait savoir accorder sa chance à la beauté intérieure, enfin celle qui brille au fond des coffre-forts.

"Ouch! "

Le regard perplexe de Mildred bloqua sur la lourde réception de son patineur en herbe sur la glace. Certes son gros postérieur avait amorti la chute, mais cela devait faire rudement mal.

"Mais vous attendez quoi? Cessez donc vos pitreries et venez à moi! "

L'homme s'y employait mais avec la prestance d'un ours en patin à roulette ! Après de multiples tentatives avortées pour se relever, il ponctua son numéro de clown par une ahurissante glissade, le tout accompagné d'un glapissement pathétique. Lancé telle une torpille, il vint rebondir sur la poitrine de Mildred avant de s'immobiliser sur le dos juste devant elle.

"Mais faites attention voyons! Vous venez de me percuter! "

Exténué par ses exploits sur glace, l'homme peinait à retrouver son souffle, avant qu'il ne se décide enfin de se retourner vers sa dulcinée pour se présenter à elle. Nul doute qu'à cet instant précis, Mildred aurait préféré voir la lune se cacher brusquement derrière la masse nuageuse. Car certaines découvertes sont parfois bien plus faciles à assimiler dans l'obscurité complète que dans la lumière. L'immonde désillusion était d'ailleurs impossible à digérer pour la sorcière presque quinquagénaire ! L'objet de tous ses fantasmes, l'homme mystérieux qui la faisait se tordre de désir entre ses draps roses, l'auteur de la plus merveilleuse lettre d'amour que l'on lui avait jamais écrite, n'était autre que ce bedonnant conseiller en communication du Ministère : Anderson Bannerman...

Ce n'était plus une douche froide mais les chutes du Niagara qui venait de s'abattre sur la tête d'une Mildred Magpie dépitée. A ses yeux, il n'y avait pas meilleur contraceptif dans le monde que cet homme enrobé et mielleux à son égard. Lors de ses nombreux passages au Ministère, la rédactrice en chef de Multiplettes l'avait surprise plus d'une fois en train de lui le reluquer le fessier... et elle ne comptait plus la quantité de sourires béats qu'il osait lui adressé. Bref, Anderson Banneman n'avait absolument rien en commun avec sa conception idéalisé du merveilleux prince qui devait venir la délivrer de son célibat ! Au mieux il n'était qu'un éléphant maladroit dans un magasin de porcelaine, au pire un pervers ragoutant qui pensait pouvoir s'adjuger le corps d'une femme qu'il était à des années-lumière de pouvoir s’offrir ! Le visage de Mildred Magpie se déforma d'une immonde grimace dépitée, alors qu'elle saisit sans ménagement l'employé du ministère par sa cravate bleu.  

"Alors c'était vous!? L'auteur de cette maudite lettre passionnée ! Le maudit encravaté bleu qui m'a odieusement poussée au-delà des limites du ridicule ! savez-vous que par votre faute, je suis devenue la risée du Monde Magique!!! " Signe de son immense rancœur, elle serra encore davantage le col d'Anderson quitte à l'étrangler encore quelques secondes supplémentaires. "Comment ai-je pu vous confondre et croire que vous étiez monsieur Marchebank!? Imbécile que vous êtes !!! Avec votre lettre vous m'avez honteusement piégée, et ruiné des années d'effort pour paraitre crédible aux yeux du Ministère !!! Jamais plus le Ministre de la Magie ne m'adressera la parole ! J'imagine que vous êtes fier de vous !? "

Profondément dégoutée, Mildred martela de son poing libre la surface gelée du lac, et il en résultat un sinistre craquement qui la ramena immédiatement à la terrible réalité du danger ! Plus que le ridicule, ce qui pouvait la tuer dans l'immédiat était les eaux glaciales qui reposaient froidement sous elle et qui n'attendaient que son plongeon. Avec l'arrivée grotesque du corpulent Anderson Bannerman, le poids sur la balance penchait dangereusement en leurs défaveur, et la couche de glace pouvait rompre à chaque seconde. La colère hystérique de la romancière s'effaça pour ne laisser place qu'à une immense frayeur.

"Oh mon Dieu ! Nous allons mourir ! Vous devez peser une tonne, jamais la glace ne supportera VOTRE poids! "

Quel boulet! Avec sa chemise à moitié déchirée, son air béat qui allait bientôt se figer dans la glace, Mildred imaginait déjà les gros titres et les lignes des articles de Multiplettes si elle venait à clapser en si fâcheuse compagnie : "Un couple s’envoie en l'air sur la glace, mais c'est aux cieux qu'ils finissent le voyage..." - "Passion torride mais givrée..." - "Quand la chaleur de la passion fait fondre la glace..." Non, non, non ! Par Merlin, il ne fallait pas qu'une telle chose se produise ! Mildred voulait survivre plutôt que sombrer encore davantage dans le ridicule absolu ! Paniquée par l'idée que l'on retrouve son cadavre en compagnie de celui du disgracieux employé du Ministère, elle s'agrippa à lui comme s'il s'agissait d'une vulgaire bouée. Après tout, gros comme il était, Anderson ne pouvait que flotter. Voila pourquoi, déchirant encore davantage sa chemise en soie par peur de sombrer, Mildred planta ses ongles dans le torse de son ilot de fortune et de chair. A force de gesticuler comme une folle hystérique, la glace se zébrait de toute part. Telle une otarie juchée sur un phoque, Mildred poussa un petit glapissement d'effroi, avant de se ressaisir.

'Attendez! Il y a peut-être une solution, laissez-moi faire! "

Poussée par son incroyable instinct de survie, une idée lumineuse et quelque peu égoïste traversa l'esprit de la romancière, alors qu'elle se laissait glisser à côté du flanc d'Anderson Bannerman. Sans même lui en demander la permission, elle posa sans ménagement ses deux pieds sur sa grosse bedaine, de manière à pouvoir se propulser et glisser en direction de la berge. Bénéficiant enfin du support tant espéré, la stratégie de Mildred se révéla payante, alors qu'elle glissait gracieusement sur le ventre en direction de la rive. S’agrippant à celle-ci comme un diabétique en manque de sucre le ferait avec une tartine de miel, Mildred réussit à se hisser sur la berge. Encore haletante, elle demeura étendue un court instant à fixer la lune qui luttait pour se faire une place entre les nuages, avant de pousser un long soupir de soulagement. Mildred pouvait se réjouir : Elle était saine et sauve...

Mais s'enfonçant dans la gadoue alors qu'elle se relevait péniblement sur ses pieds, le visage soucieux de Mildred Magpie se tourna immédiatement vers l'immensité gelé du lac où se trouvait encore piégé son héros de pacotille. Changement de ton total, la romancière mit alors ses mains en porte-voix pour rassurer le conseiller en communication.

"Je vais vous sortir de là! Donnez-moi une seconde monsieur Bannerman! "

La triste vérité n'était pas qu'elle souhaitait éperdument sauver l'existence misérable de l'unique responsable de son humiliation publique, mais bien qu'une idée sournoise venait tout juste de germer dans son esprit calculateur. Une idée qui pouvait la sortir de la mouise inextricable dans laquelle elle se retrouvait bêtement plongée depuis qu'elle avait collé son opulent poitrail sur le torse du ministre. En effet, peut-être pouvait-elle convaincre son admirateur d'endosser toute l'entière responsabilité de son cinglant râteau? Après tout il œuvrait pour le ministère, et de ce fait se trouvait en relation étroite avec Leopold Marchebank ; Si Anderson venait à avouer au Ministre de la Magie, le fait d'avoir bêtement induit en erreur la romancière, cela pourrait adoucir quelque peu les charges qui reposaient sur elle. De plus, elle pourrait faire coup double, en sauvant des eaux son Louboutin retenu en otage par le conseiller en communication ventripotent. Face à son génie, Mildred sentit une flamme d'orgueil réchauffer son cœur de sorcière arriviste.

Mildred clopina en direction de la jetée, afin de récupérer sa baguette magique en bois de prunelier. D'un geste peu académique, elle chercha à faire léviter le corps imposant de son héros du soir, mais cela tourna vite au fiasco. Habituée d'avoir des centaines de serviteurs à sa botte, et ne faisant guère usage de sa magie si ce n'est pour ouvrir la porte de son dressing de luxe ; Mildred capitula bien vite face à sa nullité dans l'art d'user de sa magie. Toujours pleine de ressource, elle déploya une longue corde qui se trouvait dans une barque amarrée, avant de tenter de jouer les Cowgirl cherchant à capturer un gros veau. Elle dût s'y reprendre à dix reprises avant de jeter celle-ci à portée de main d'Anderson.

" Pour l'amour de Dieu, monsieur Bannerman : Utilisez cette corde pour rejoindre la rive ! "

Sa voix radoucit n'était plus aussi agressive et blessante qu'elle l'était quelques minutes auparavant. Transfigurée par l'hypocrisie, Mildred faisait même mine de se soucier du sort de son admirateur. Les mains jointes en signe de prière, elle regarda celui-ci ramper jusqu'à elle. Elle ne prit pas le temps d'attendre qu'il reprenne ses esprits, pour lui servir son odieuse limonade.

"Monsieur Bannerman, je tiens à m'excuser pour les propos tenus à votre encontre et vous remercier pour votre aide salvatrice. J'étais dévorée par la panique, et j'ai réagi de manière stupide. Veuillez me pardonner, car sans vous j'étais foutue. Je ne sais comment me faire pardonner... " Rougissant quelque peu, Mildred se tordit les mains avant d'avouer, cette fois-ci en toute sincérité : " De plus, jamais personne ne m'avait écrit une aussi belle lettre que vous... J'en suis encore toute retournée... "

Mildred plaqua ses mains sur ses épaules dénudées alors qu'un froid polaire la fit frissonner de la tête aux pieds. Avec sa chemise en lambeaux, le conseiller en communication n'avait pas fière allure non plus. Sourire aguicheur aux lèvres, elle saisit son Louboutin des mains d'Anderson, avant de prononcer une suggestion pleine de sous-entendu à son admirateur.

"Peut-être pourrions-nous aller nous réchauffer dans la cabane d'Hagrid? "

Sans même lui laisser le temps de répondre, Mildred tourna les talons en direction de la demeure du garde de chasse. Bien que sa robe soit devenue transparente et ne laissait que très peu de place à l'imagination, elle s'éloigna en prenant un malin plaisir de laisser onduler sensuellement son bassin. Anderson pouvait lui reluquer le fessier, car cette fois-ci, c'était pour servir la bonne cause, la sienne ; Car dans sa situation, détenir un admirateur fidèle placé au Ministère pouvait l'aider à s'extirper du ridicule de cette maudite Saint-Valentin. Pour sauver sa popularité et ses influences, elle n'avait guère d'autre choix que de sacrifier de son égo démesuré pour sortir le grand jeu au le conseiller en communication.

Elle se devait de jouer la carte de la séduction, quitte à bruler celle-ci dès qu'elle ne lui serait plus d'aucune utilité...


Pull me into your arms, Say I'm the one you own
Dave MarchebankEmployé de la March Bankavatar
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L’ajout que fit Sasha à son interprétation de l’énigme fit réfléchir Dave quelques secondes. C’était possible qu’il faille effectivement aller un peu plus loin que de se trouver des points communs, qui ne demandait au fond qu’un investissement intellectuel. Si ce sortilège psychosocial était réellement digne de sa catégorie, alors il devait y avoir des émotions à donner pour rompre le charme. Il hocha la tête, puis répondit :

« C’est possible, oui. »

Il ne dit rien de plus. Ce constat ne l’arrangeait pas beaucoup. S’ouvrir à l’autre… Sasha avait l’air tout à fait sympathique mais Dave n’était pas forcément d’humeur à s’ouvrir à des inconnus en ce moment. Depuis son accident, il avait plutôt tendance à se refermer sur lui-même, comme une coquille opaque. Il ne voulait pas paraître vulnérable aux yeux d’autrui, il se barricadait derrière une certaine agressivité. Mais si leurs conclusions étaient justes, alors il devait devoir faire un effort avec Sasha pour ce soir, s’il voulait pouvoir être libéré rapidement.

Pour l’instant, il n’était pas trop mal à l’aise, cela allait. Ils venaient de trouver un sujet de discussion sur lequel Dave voulait bien débattre. La législation de la mandragore revenait dans les débats économiques du moment. Sasha semblait informée sur le sujet, ce qui, Dave devait le reconnaître, était assez étonnant pour une jeune fille en quatrième année -lui semblait t-il, si ses comptes étaient bons. Elle lui fit part d’arguments qui sonnèrent familiers chez Dave, pour la simple et bonne raison qu’il s’informait lui aussi sur le sujet. En particulier, un numéro du Gringotts Time y avait été consacré et il l’avait parcouru une bonne dizaine de fois dans sa chambre d’hôpital -on s’ennuyait vite, là-bas.

« Je vois que tu as lu le numéro de novembre du Gringotts Time » dit t-il avec un bref sourire. Il se souvenait d’un article en particulier, assez clairement contre la légalisation, qui avait énuméré les ravages sur la santé publique que risquait de provoquer une telle mesure. Pour être honnête, Dave pensait être le seul élève de Poudlard à demander à la bibliothécaire des journaux économiques dès l’âge de quatorze ans mais il fallait croire qu’il venait de trouver son alter ego féminin. « Je suis d’accord sur le fait qu’il faille faire ce calcul-là pour être certains de ne pas en sortir perdants au final. Mais en vérité, il faudrait des études plus approfondies et plus fines sur le sujet pour réellement déterminer de l’impact financier sur le budget de la santé publique… Parce qu’il y a quelques nuances à apporter. Par exemple, dans les pays où la mandragore est légalisée, on constate que les cas d’addiction sont pris en charge beaucoup plus tôt et donc traités plus vite, parce que les patients consommateurs cessent d’éviter les hôpitaux par crainte qu’on découvre qu’ils sont dans l’illégalité. On constate que la prévention est un peu plus efficace aussi, ce n’est plus un sujet tabou, les citoyens sont sensibilisés dès leur plus jeune âge, à l’école. Et surtout, ils sont responsabilisés. »

Dave l’avait lu dans un autre journal, qui parlait du cas hollandais. Il aimait diversifier ses sources et peser les pour et les contre afin d’évacuer certains dogmes pour pouvoir se faire une opinion basée sur des faits.

« Et puis, regardons le tabac ou l’alcool, si on veut pouvoir se faire une idée. Aux Etats-Unis, pendant la période de la prohibition, la vente d’alcool était interdite, depuis les années 30, ce n’est plus le cas. Alors, il y a des alcooliques, il y a des maladies cardio-vasculaires, oui. Néanmoins, le pays y a gagné, économiquement parlant. Ce n’est pas seulement grâce aux taxes élevées sur les produits, c’est aussi parce que ça crée de l’emploi, c’est un prétexte pour faire de la culture sur le territoire, faire travailler l’import-export, tout ça… C’est le genre de mesure qui peut participer à relancer un pays en récession économique, alors ça vaut la peine d’y réfléchir. »

C’était en tout cas l’opinion actuelle de Dave, que Sasha n’était pas obligée de partager, il était ouvert à ses éventuels autres arguments. Engagés dans leur débat, ils ne remarquèrent pas vraiment la scène qui se tenait plus loin avec le ministre. Ils restèrent sur ce sujet, jusqu’à ce que Sasha finisse par lui poser une question, sur un ton un peu hésitant. Il leva les yeux sur elle, sa curiosité piquée.

« Oh, non, ça ne me dérange pas, répondit t-il. Il n’était jamais contre l’idée de jouer les banquiers, comme elle disait, il aimait son activité, et même, cela lui manquait un peu en ce moment. Il reprenait tout doucement, en parallèle de sa rééducation et de la reconstruction de la March Bank. Je t’écoute, c’est à quel sujet ? »
Nasreen JoharMilicienneavatar
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Nasreen exerçait depuis trop longtemps son métier dans les forces de l’ordre pour ne pas être attentive au comportement de Nora. Elle avait remarqué que l’annonce de son emploi avait mis mal à l’aise la jeune fille. La milicienne mit cela sur le compte de l’intimidation. Elle avait l’habitude de ce genre de réaction, désormais, de ce « Oh » qu’on répondait lorsqu’elle annonçait qu’elle avait quitté le BDA pour rejoindre la Milice. C’était un organisme tout neuf, plus opérationnel, plus armé, on la voyait presque comme une militaire, maintenant. C’était impressionnant et Nora, derrière ce visage candide, sa petite taille et sa voix timide, avait l’air impressionnable -sans offense aucune.

« Oui, ça me plaît beaucoup. On mène plus de missions de terrain qu’au BDA, c’est assez différent. »

Elle ne donna pas plus de détails, car ils étaient sensés entretenir un certain secret sur leur fonction. Les dossiers qu’ils menaient étaient très sensibles et elle ne pouvait par conséquent pas en parler à une jeune fille inconnue. Elle ne révélait jamais les détails de ses enquêtes et du fonctionnement de la Milice, pas même à sa propre famille. Ils exécutaient des tâches que tous n’étaient pas à même de comprendre et que très peu de personnes étaient habilitées à connaître, de toute manière. Coleman le leur répétait souvent, c’était leur rôle d’effectuer le sale boulot, impitoyable mais nécessaire à la sécurité des citoyens de ce pays. Nasreen se tenait à ce rôle, en bon soldat et elle en voyait des résultats concrets : le recul des délits dans le pays avait fait l’objet d’un article dans la Gazette le mois dernier. Les sondages montraient que la majorité des citoyens sorciers se sentaient plus en sécurité que durant la fin du mandat de Fiennes. L’attentat de Leopoldgrad avait toutefois quelque peu bousculé les choses, et la Milice travaillait d’arrache-pied à coincer les responsables. Il fallait restaurer un climat de confiance face à la menace terroriste qui prenait de l’ampleur. Nasreen savait qu’en restant au BDA, elle n’aurait pas pu participer aussi directement à cette lutte, alors elle était reconnaissante à la commandante Peterson de lui avoir permis d’accepter cette promotion qu’on lui proposait à la Milice.

Nasreen écouta Nora lui présenter son métier à elle et fut assez étonnée de la savoir si jeune et déjà entrepreneuse, avec une auberge à gérer. Elle lui fit même une brève publicité de l’endroit, ce qui fit sourire la milicienne.

« Vraiment ? Dartmoor, c’est ça ? Je connais, c’est une belle région. J’y ai déjà souvent passé des vacances, j’ai de la famille là-bas. C’est un très bel endroit pour installer une auberge, comment s’appelle la vôtre ? Elle était curieuse, peut-être que le nom lui dirait quelque chose. Vous faites ça depuis longtemps ? Pardonne-moi de dire ça comme ça, mais tu as l’air toute jeune, d’ailleurs je me permets de te tutoyer depuis tout à l’heure… »

Elle espérait qu’elle n’avait pas fait de gaffe. Elle lui avait donné l’âge de sa plus jeune soeur, donc la vingtaine à peine et elle avait commencé à la tutoyer instinctivement, sans même y réfléchir. Si ça se trouvait, elle était plus âgée et Nasreen avait émis un faux jugement.

« Ton petit ami est venu avec toi ? demanda t-elle en regardant autour d’elle. Tu peux me le dire si tu veux le retrouver lui, ou quelqu’un d’autre. J’imagine que tu avais prévu de retrouver d’anciens camarades en venant ici, et non de passer ta soirée attachée au poignet d’une milicienne » déclara t-elle avec un bref clin d’oeil.


Eliott WarlockAmbulancier magiqueavatar
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"Je suis ambulancier, à Sainte-Mangouste", répondit Eliott avec un enthousiasme sincère quand Danielle l'interrogea sur son métier.

Il n'aurait jamais pensé s'épanouir dans le domaine médical, surtout pas après avoir menti si longtemps sur de prétendues études de médicomagie, et pourtant il adorait son boulot. Il était quelqu'un qui s'ennuyait rapidement et n'aurait jamais supporté de devoir rester assis derrière un bureau plusieurs heures d'affilés, ou d'avoir des journées de travail qui se ressemblaient toutes. Il aimait travailler dans l'urgence, toujours sous pression, et ne jamais savoir de quoi ses heures de garde seraient faites. Et même si les échecs étaient très difficiles, et que certaines journées étaient dures à supporter tant émotionnellement que physiquement, le sentiment de venir en aide aux autres lui donnait toujours la force de continuer.

Il n'avait aucun mal à s'imaginer poursuivre cette carrière pendant plusieurs années, lui qui avait jusque-là plutôt eu tendance à changer de métier dès qu'une opportunité se présentait. Il avait adoré être chauffeur de taxi, puis professeur pendant un semestre, mais il n'avait jamais envisagé d'exercer ces fonctions toute sa vie. Avec son nouveau poste d'ambulancier, il n'avait aucun mal à se projeter dans cinq, dix, quinze ans, et il avait l'impression d'avoir enfin trouvé sa voie. Il avait peut-être mis un peu plus de temps que ses anciens camarades, mais il ne le regrettait pas.

Charlotte, contrairement à lui, avait trouvé sa vocation bien plus jeune et ne s'était pas trompé. Sa femme adorait son métier, même si ses conditions de travail n'étaient pas idéales avec le contexte actuel, et elle était une Auror brillante, tout le monde le disait. Danielle elle-même reconnut que Charlotte était un excellent élément, arrachant un sourire fier à Eliott. Le jeune homme se surprit toutefois à espérer que son interlocutrice ne soit pas trop intéressée par le profil de Charlotte. Cette dernière n'avait aucune envie d'être recrutée par la chef de la Milice, il en était certain, mais il se doutait bien que c'était le genre de proposition qu'il était délicat de refuser en ce moment. La milice se méfierait forcément des agents des forces de l'ordre qui refuseraient d'entrer dans ses rangs alors qu'on leur en offrait la possibilité, et il n'avait pas envie que Charlotte se retrouve dans cette catégorie. Ils avaient beaucoup trop à cacher, et beaucoup trop à perdre.

Il fut tiré de ses pensées par la voix puissante du Ministre de la magie et suivit le mouvement de Danielle quand elle tourna la tête pour contempler la scène digne d'une pièce de théâtre qui se déroulait un peu plus loin. Il était partagé entre l'effroi et l'envie d'éclater de rire tant la scène était à la fois gênante et un peu ridicule. Il hocha vaguement la tête quand Danielle affirma que ce scandale allait fourni du travail au département communication pendant au moins un mois. Effectivement il fallait certainement beaucoup de travail pour maquiller constamment la réalité et essayer de présenter le FREE sous son meilleur jour… Il garda évidement ses dernières réflexion pour lui et fut ravi d'entendre son interlocutrice lui proposer de se rapprocher du buffet.

" Je ne dirais pas non à un verre ! " Il en aurait plus que besoin pour survivre à cette soirée, qui promettait d'être longue.

Danielle n'était pas aussi désagréable qu'il l'aurait imaginé de la part de la chef de la Milice, mais il sentait qu'ils n'avaient pas grand-chose en commun, si ce n'était leur envie de ne surtout pas " surmonter la distance " qui les séparait. Il espérait que cette animation avec les rubans magiques serait rapidement terminée, parce qu'ils n'étaient pas prêts de mettre fin au sortilège.

Il laissa échapper un éclat de rire amusé en observant la réaction de la milicienne face au buffet très…rose. Lui-même grimaça à la vue des boissons couleur barbe-à-papa dans lesquelles flottaient des marshmallows en forme de cœur et des paillettes. Ça n'avait même pas l'air bon…

" Je ne pense pas que Merlin y soit pour quelque chose… soupira-t-il. Blâmer plutôt les cupidons… " lança-t-il en désignant le personnel de service d'un signe de tête.

Les serveurs et serveuses portaient tous des chemises de différentes nuances de rose et certains étaient même affublés d'une paire de fausses ailes d'anges qui s'agitaient dans leur dos et manquaient constamment de renverser les délicates boissons disposées sur le buffet.

" Excusez-moi, lança-t-il à l'intention d'un serveur -dépourvu d'ailes d'anges mais vêtu d'une splendide chemise à cœurs. Vous servez du whisky ? s'enquit-il plein d'espoir.
- Bien sûr, on peut vous préparer ça ! Vous souhaitez la version spéciale saint-valentin ? C'est un verre de scotch avec du sirop de…
- Non ça ira, le coupa précipitamment Eliott avant même de connaitre la suite de cette recette, qui avait l'air d'être une aberration. Vous tentez les cocktails ou vous préférez autre chose ? " proposa-t-il alors à Danielle avec un sourire amusé.


Nora WeaverAubergisteavatar
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Nora se contenta de hocher silencieusement la tête quand son interlocutrice lui répondit en affirmant que la Milice effectuait plus de missions de terrain que le Bureau des Aurors. Son éducation et sa nature avenante la poussaient à demander en quoi consistait ces missions, pour alimenter la conversation, mais elle ne pouvait évidemment pas poser ce genre de questions. En premier lieu parce que c'était très certainement des informations confidentielles, mais surtout parce qu'elle n'avait aucune envie de connaitre la réponse. Elle savait qu'elle ne serait pas capable de maintenir un visage neutre et une attitude détendue en entendant parler des arrestations musclées de la Milice, du maintien de l'ordre, de la surveillance de la population. Elle était déjà certaine que sa gêne se lisait sur son visage, mais fut reconnaissante à la jeune femme de ne pas lui en tenir rigueur.

Cette dernière lui offrit d'ailleurs une porte de sortie inespérée en se renseignant sur son métier et Nora fut soulagée de ce changement de conversation. Faire la publicité de l'auberge la mettait bien plus à l'aise que de parler de la Milice. Un sourire éclaira même le visage de l'adolescente quand Nasreen vanta les mérites du Dartmoor. Elle se plaisait beaucoup dans cette région, que beaucoup de personnes auraient pu trouver trop calme et sans grand intérêt, et était toujours ravie de rencontrer d'autres amateurs de nature.

" Mallowsweet Inn, répondit-elle avec un sourire fier. Mais l'auberge n'a ouvert qu'en septembre, expliqua-t-elle, certaine que le nom de l'établissement n'éveillerait aucune souvenir chez la jeune femme, qui s'excusa aussitôt de l'avoir tutoyé, tout en lui avouant qu'elle faisait plutôt jeune. Nora balaya ces excuses d'un geste de la main. Il n'y a aucun problème, assura-t-elle. J'ai dix-huit ans, j'ai quitté Poudlard en juin. "

La plupart des gens qu'elle rencontrait ne lui donnaient même pas son âge et elle avait parfois du mal à être considérée comme une sorcière majeure. Elle avait un visage plutôt juvénile, et sa petite taille et sa silhouette menue n'aidaient pas à la faire paraitre plus âgée. Les clients étaient souvent surpris de se retrouver face à Irving et elle en arrivant à l'auberge, ce qu'elle pouvait comprendre. Elle faisait des efforts pourtant, elle faisait attention à s'exprimer toujours correctement et à être la plus professionnelle possible mais rien n'y faisait, elle continuait de renvoyer une image d'adolescente là où elle aurait eu besoin d'être considérée comme une adulte.

Elle devait admettre qu'elle avait peut-être brûlé quelques étapes. Là où beaucoup de ses camarades faisaient des études ou étaient en formation et vivaient en colocation avec leurs anciens camarades de dortoir, elle s'était déjà installée avec Irving et lancée dans la vie d'entrepreneurs avec lui. Elle avait conscience qu'ils n'avaient pas exactement la même vie que les autres adolescents de leur âge, mais cela lui convenait bien. Tenir l'auberge se révélait souvent plus difficile qu'elle ne l'aurait imaginé au début mais elle ne regrettait pas d'avoir rejoint Irving dans cette aventure, qui avait fait grandir leur couple et lui apportait beaucoup au quotidien.

" On est venus ensembles oui, répondit-elle à la question de Nasreen, mais je l'ai perdu de vue. Il est probablement attaché au poignet de quelqu'un lui aussi… " Elle espérait qu'il avait eu davantage de chance qu'elle avec son binôme.

Nora se mordit l'intérieur de la joue, consciente que sa dernière réflexion n'était pas très charitable. Nasreen s'était montré particulièrement agréable avec elle depuis le début de la soirée et elle semblait être quelqu'un de bien, mais elle n'arrivait pas à la voir autrement que comme un membre de la Milice. Cette même Milice que l'adolescente craignait de voir débarquer chaque jour, la Milice qui n'hésiterait pas à les exécuter sans procès, elle et Irving, si la vérité sur la disparition de Dalhiatus venait à être révélée. Elle s'en voulait de ne pas réussir à faire preuve de plus d'empathie et d'ouverture d'esprit, mais elle n'y arrivait pas. Elle redoutait la Milice plus que tout et sa peur l'empêchait d'être objective.

Nora sourit, un peu gênée, quand la milicienne affirma qu'elle aurait surement préféré passer la soirée avec d'anciens camarades plutôt qu'attachée au poignet d'une milicienne. C'était évidemment vrai mais il n'aurait pas été très gentil de le reconnaitre.

" Je pourrai les voir plus tard, assura-t-elle en répondant par un sourire timide au clin d'œil de la jeune femme. A vrai dire elle préférait ne pas imposer la présence d'un membre de la Milice à ses amis ou à Irving. Et puis, le but de l'animation était de faire de nouvelles rencontres, ajouta-t-elle avec un haussement d'épaules. Mais si vous voulez retrouver votre famille, ou quelqu'un, je vous suis ! Vous êtes venue accompagnée ? "

Elle devait admettre qu'elle serait plus à l'aise au sein d'un groupe où elle pourrait plus facilement se faire oublier que dans ce tête à tête où elle se sentait obligée de faire la conversation. Elle espérait d'ailleurs que sa dernière question n'était pas trop déplacée.


Jonah ForbesDirecteur de Serpentardavatar
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Fort heureusement Abel accepta de se mettre en mouvement pour aider Jonah à chercher Virgil. Du haut de son mètres 90, il informa le père de famille que son fils avait quitté la proximité du Ministre, si bien que Jonah se dirigea immédiatement en direction de l’entrée de la salle. Il avait vu  les amis de son fils non loin du comptoir, et nul doute que Virgil était parti à la recherche de sa petite bande de copains pour fanfaronner auprès d’eux. Jonah et Abel traversèrent donc la Grand Salle et ne tardèrent pas à retomber sur le fauteur de trouble. Dos à lui, Virgil ne le vit pas arriver dans la foule et il sursauta légèrement lorsque Jonah posa une main ferme sur son épaule pour l’inviter –enfin, le sommer- de se retourner.

-Tiens, papa,  tu tombes bien. Je viens de voir Doug et Meredith. Je crois qu’ils te cherchent, ils sont partis par là-bas, lâcha Virgil en montrant du doigt le buffet.

Son fils se foutait de sa figure. Littéralement. Jonah contracta légèrement la mâchoire et tendit sa main à plat entre eux. Il ne comptait pas faire un esclandre devant Abel Laveau mais Virgil ne devait pas abuser de la situation.

-Ton Pear, exigea-t-il.

Le cadet des fils Forbes observa la mine fermée de son père -évaluant silencieusement le degré d’exaspération à son encontre et estimant qu’il venait d’atteindre le taux maximal- puis il leva les yeux vers le binôme de Jonah, un grand type avec des petites lunettes rondes. S’il voulait éviter que son paternel ne l’égorge sur place, c’était le moment de faire profil bas. L’adolescent sortit donc son Pear One qu’il posa à contrecœur dans la paume de son paternel. L’artefact magique se mit à vibrer dans la main de son père, signe qu’une nouvelle notification de Snapechat venait d’arriver et Virgil se mordilla imperceptiblement la lèvre inférieure. Il était temps de faire diversion.

« Et sinon vous faites quoi dans la vie ? » s’enquit-il en se tournant vers Abel.

-Tu arrêtes tout de suite ton petit numéro Virgil, le coupa Jonah d’un air exaspéré, Tu vas monter directement dans mon appartement et tu m’ attends. On a une petite conversation à avoir tous les deux, ajouta-t-il. Jonah détestait se donner en spectacle et il faisait un effort immense pour contenir sa colère qui menaçait d’éclater. Il émit un léger claquement de langue quand le Pear de son fils se remit à vibrer dans sa main,  l’éteignit et le fourra dans la poche intérieure de sa veste avant de relever les yeux vers Virgil. Il ne tolérerait aucune remarque supplémentaire de son cadet et tenait à le lui faire comprendre. Virgil sembla hésiter un instant et Jonah retint son souffle. Il la connaissait cette seconde d’hésitation, ce moment où son fils semblait écouter, tour à tour, un petit démon et un petit ange posés sur ses épaules comme dans les dessins animés moldus : Répondre ou capituler ? L’adolescent sembla opter pour le deuxième choix non sans pousser un long soupir.

« Je peux avoir tes clefs ? » s’enquit-il, les yeux mi-clos et la mine boudeuse.

Jonah sortit son trousseau qui regroupait les passes de son appartement privé, de son bureau et de sa salle de classe. Il détacha la clef concernée et la tendit à son fils. Hors de question qu’il tente Virgil en lui laissant tout le trousseau. Son bureau contenait bon nombre d’informations confidentielles concernant les élèves de Serpentard et, c’était triste à admettre, mais Jonah ne faisait pas assez confiance à son fils pour lui confier l’accès à ces ressources. L’adolescent attrapa la clef sans un mot et tourna les talons en direction de la sortie. Jonah le suivit des yeux, jusqu’à ce que ses chaussures ne soient plus visibles en haut de l’escalier de marbre.

Pourquoi fallait-il que son fils transforme tous leurs échanges en duel systématique ?

« Les gosses ! commenta Jonah en secouant légèrement la tête, Vous en avez ? » ajouta-t-il en se tournant vers Abel.

Jonah espérait être tombé sur un autre père de famille. Si c’était le cas, Laveau serait en mesure de comprendre à quel point on pouvait aimer ses enfants  et être tout autant exaspéré par leur comportement parfois !

« Excusez-moi, j’espère ne pas vous avoir mi mal à l’aise, ajouta-il en se pinçant l’arrête du nez. Il s’agissait maintenant de remiser cette histoire à plus tard et de se concentrer sur son binôme. Plus vite Jonah arriverait à créer un climat de confiance avec lui, plus vite il pourrait monter tordre le cou à Virgil. Je peux vous proposer quelque chose à boire pour me faire pardonner ? » dit-il alors avec un léger sourire contrit.
Façon de parler bien sûr, les boissons étaient gratuites mais c’était surtout l’occasion de s’octroyer un léger moment de répit pour laisser retomber la pression et repartir sur de bonnes bases. Jonah parvint à se frayer difficilement un passage jusqu’au comptoir où il découvrit la décoration totalement hors de propos du buffet.

Des boissons multicolores, des serveurs aux tenues outrageusement voyantes et décalées… Visiblement les organisateurs n’avaient pas su saisir l’ambiance à insuffler lors de cette soirée de commémoration qui aurait dû être placée sous le signe de recueillement et de la retenue. Avec toutes ces fautes de goût, la pétillante Nathalie Keane venait surement de signer son dernier contrat avec le Ministère de la Magie.
Jonah attrapa un verre pour son binôme qu’il lui fit passer puis il se rabattit sur un jus de citrouille, boudant volontairement les cocktails colorés proposés par le serveur, tout comme son voisin au bar d’ailleurs,  qui venait tout juste de commander un whisky sec.

Le binôme s’éloigna finalement du comptoir, histoire de respirer un peu. Jonah but quelques gorgées de son jus de fruit en silence –pas d’alcool pour lui ce soir- avant de reprendre la conversation  là ils l’avaient laissées avant l’épisode Pear One…


« Je repensais à ce que vous me disiez tout à l'heure sur  l’intelligence propre des architectures magiques, Cette tirade manquait quelque peu de transition mais, au moins, Jonah montrait qu’il souhaitait mettre définitivement l’accrochage avec Virgil derrière eux, Pensez-vous qu’il y ait un lien entre ces réflexes de protection que peut avoir une architecture comme Poudlard et le fait que nous soyons incapable d’utiliser des technologies moldues entre ces murs ? Jonah marqua un léger temps d’arrêt curieux de connaitre l’avis de l’archimage sur la question, Vous savez, j’ai demandé au C.A, que dans le cadre de mon cours d’Études des moldus, nous installions, au sein du château, une pièce fonctionnant uniquement avec des technologie moldues : L’électricité, le wifi, un réseau de plomberie traditionnel,…Et bien, apparemment, c’est tout bonnement impossible. On ne peut pas désensorceler un espace au sein de l’école pour accueillir ce type de technologies. Même en faisant appel à des Briseurs de Sorts ultra-qualifiés… Du moins, c’est la réponse que m’a fait le conseil d’administration. » souffla-t-il, soucieux d’avoir l’avis d’un expert sur la question.


One needs that an infinite patience to wait always what never arrives
Sasha BensonQuatrième annéeavatar
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« Démasquée ! Sasha leva les mains devant elle, comme un criminel pris en faute, quand Dave comprit qu’elle avait puisé ses arguments dans le numéro de novembre du Gringotts Time. Il faut dire qu’ils sont plus facilement accessibles maintenant que tu n’es plus là pour les emprunter » ajouta-t-elle avec un sourire.

La bibliothèque de Poudlard ne recevait qu’un seul exemplaire du Gringotts Time par mois. Le magazine financier avait beaucoup moins de succès que Sorcière Hebdo -qu’elle lisait aussi, pour être honnête- ou Quidditch Mag. Elle ne savait plus combien de fois elle s’était entendue répondre « Désolée Miss, le numéro du mois a déjà été emprunté par Monsieur Marchebank, revenez la semaine prochaine. » Maintenant que Dave avait quitté Poudlard, elle était visiblement la seule à demander le Gringotts Time à la bibliothécaire.

Elle hocha la tête en écoutant les contre-argument de Dave, qui semblait s’être davantage renseigné sur la question de la légalisation de la Mandragore. Sasha adorait en savoir plus que les autres. Elle aimait particulièrement discuter avec ses camarades de sujets sur lesquels elle était certaine d’être la mieux informée -ce qui était le cas pour de nombreux sujets. Elle avait toujours aimé gagné, et pouvoir clouer le bec aux autres avec une série d’arguments bien choisis était une satisfaction dont elle aurait eu tort de se priver. Mais il y avait aussi du bon à débattre avec quelqu’un dont les connaissances étaient plus importantes que les siennes. Entendre Dave évoquer la prise en charge des cas d’addiction et le traitement des personnes dépendantes lui donna l’envie de se renseigner davantage sur le sujet et elle se promit de faire des recherches sur la question. C’était important aussi, de se frotter à plus fort que soit, cela permettrait de progresser. Même si ce n’était jamais très agréable pour l’ego.

« C’est vrai, fut-elle forcée de reconnaitre. Mais la comparaison avec l’alcool est un peu risquée. Si on suit ce raisonnement, et en admettant que la légalisation de la Mandragore soit effectivement un succès, il y aura forcément des gens pour appliquer le même raisonnement avec d’autres drogues. Si la légalisation de la Mandragore permet de relancer l’économie, pourquoi ne ferait-on pas la même chose avec la Mona Lisa ? Il y a forcément un moment où la protection de la santé publique doit primer sur les éventuels bénéfices économiques. Toute la difficulté est de savoir où placé la limite. »

Et c’était justement pour cela que le débat était si complexe, et si intéressant.

Si elle avait voulu se rapprocher de quelqu’un d’autre, Sasha aurait peut-être gardé son opinion pour elle. Elle tenait à faire bonne impression auprès du fils du Ministre et il était tentant de lui donner raison et de se ranger à son avis, mais quelque chose lui disait que Dave ne lui tiendrait pas rigueur de ne pas être complètement d’accord avec lui, et elle espérait même qu’il apprécierait les efforts qu’elle faisait pour lui expliquer sa vision des choses. S’ils étaient aussi semblables que leurs centres d’intérêts communs le laissaient croire, il devait aimer qu’on le contredise simplement pour le pousser à surenchérir.

Sasha sentait toutefois qu’elle ne serait bientôt plus en mesure de proposer de nouveaux contre-arguments à son adversaire et, orgueilleuse qu’elle était, elle préféra changer de sujet. Elle avait beau avoir une assez haute opinion d’elle-même, elle savait s’avouer vaincue, et les connaissances de Dave sur la questions étaient bien plus riches que les siennes. Ce n’était d’ailleurs pas le seul domaine que l’ancien Serpentard maitrisait, à ce qu’on disait. Et Sasha aurait justement eu besoin de quelques conseils d’ordre financier. Depuis son entrevue avec Isobel Lavespère en décembre elle n’avait pas eu l’occasion de prendre rendez-vous à la banque -c’était très difficile quand on passait son temps enfermer à Poudlard- et la question devenait urgente. Elle devait finaliser son dossier pour Salem, ce qui impliquait de présenter un plan de financement pour couvrir les frais d’inscription.

Elle craignait toutefois que son interlocuteur ne soit pas disposé à la conseiller dans le cadre de cette soirée, où il n’avait peut-être aucune envie de retrouver son rôle de banquier, mais le jeune homme la rassura sur ce point et l’invita à lui faire part de ses questions. Rassurée, l’adolescente retrouva tout son sérieux et regretta aussitôt de ne pas avoir son dossier avec elle. Elle avait un classeur dans lequel elle rangeait précieusement tous les documents concernant le programme d’été de Salem, qu’elle alimentait avec tout ce qui pourrait l’aider à obtenir l’autorisation d’utiliser son argent pour payer ses frais de scolarité : bulletins de notes, appréciations de ses professeurs, etc.

« Merci beaucoup, c’est gentil ! le remercia-t-elle avec un sourire sincère. J’ai de l’argent du Ministère, sur un compte à la March Bank » expliqua-t-elle en se penchant en avant et en baissant un peu la voix pour éviter d’être entendue.

Elle ne précisa pas d’où lui venait cet argent, peu désireuse d’amener l'affaire Sorden sur le tapis. Sasha était pourtant fière de son rôle dans « l’arrestation » de la sorcière de Salem et n’avait pas hésité à s’en vanter, au début, mais elle commençait à être un peu plus prudente dans sa façon d’aborder le sujet. A force de vouloir s’en tenir à la version officielle -et mensongère- de l’histoire, tout en l’enjolivant auprès des journalistes, elle se perdait un peu dans ce récit dont elle se sentait complètement dépossédée. Elle avait de plus en plus de mal à faire la distinction entre ses véritables souvenirs, la "vérité" officielle, et les versions romancées rapportées dans les journaux. Elle n’était plus vraiment maitresse de sa propre histoire et préférait éviter le sujet. Et puis, si Dave lisait la presse avec autant d’attention qu’il en avait l’air, il ferait probablement le rapprochement de lui-même.

« Techniquement, ce compte est bloqué jusqu’à ma majorité, récita-t-elle, ou jusqu’à mon émancipation. Elle avait lu le contrat avec attention, même s’il lui avait fallu au moins trois lectures et l’aide d’un ouvrage de la bibliothèque pour comprendre tout le jargon financier. Mais j’aimerais participer au programme d’été de l’Université de Salem cet été, annonça-t-elle avec fierté. Et j’aurais besoin de débloquer une partie des fonds pour payer les frais d’inscription. Je me disais que, comme c’est pour mes études, il y avait eut-être une exception… »

Elle posa sur le jeune homme un regard plein d’espoir. Si beaucoup de jeunes filles de son âge imaginaient le prince charmant sous les traits d’un joueur de Quidditch musclé prêt à les enlever sur son balais, le sauveur de Sasha se présentait actuellement comme un banquier en fauteuil roulant. Un peu moins romanesque, mais beaucoup plus efficace.



Lauren McGowanPersonnage décédéavatar
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Au regard appuyé que lui lança Irving, Lauren sut qu’il avait parfaitement saisi les véritables raisons de son renvoi. Ou plus exactement les raisons qui l’avaient conduite à se mettre bêtement en danger et à risquer sa place au BDA. Ils ne pouvaient toutefois pas s’étendre sur le sujet dans un lieu public, même si ce dernier semblait essentiellement fréquenter par des contestataires. A vrai dire, la batteuse était plutôt soulagée de ne pas pouvoir donner davantage d’informations à son ancien camarade. Elle n’avait aucune envie d’évoquer l’échec complet qu’avait été la soirée chez les Marchebank, qui lui restait encore en travers de la gorge.

Le serveur interrompit le silence lourd de sens qui s’était installé à leur table en surgissant de nul part avec deux assiettes de tarte aux amandes. L’humeur de la jeune fille, qui s’était assombrie à l’évocation de ses déboires chez les Aurors, s’adoucit un peu quand l’odeur du dessert vint lui chatouiller les narines, et elle sauta sur cette diversion pour changer de sujet. Si elle tenait surtout à éloigner la conversation de sa propre carrière, elle était réellement curieuse de savoir ce qui avait pu motiver Irving à ouvrir une auberge.

« L’entretien du réseau de cheminettes ? s’étonna-t-elle alors que le Gryffondor mentionnait ses anciens emplois. Doit y avoir du boulot, celles du Ministère sont hors service en permanence ! C’est insupportable ! »

Elle n’avait travaillé au Ministère de la Magie que quelques mois mais elle avait probablement davantage râlé contre le réseau de chemisette que la plupart des employés ne le faisaient en une vie. Il fallait reconnaitre qu’elle n’était pas particulièrement patiente et qu’elle avait tendance à s’agacer assez rapidement au moindre contre-temps. Le réseau de cheminettes du Ministère était souvent saturé et les problèmes techniques étaient assez fréquents, bien que pas aussi réguliers que les pannes d’ascenseur. Si un jour elle croisait le sorcier en charge de l’entretien des ascenseurs du Ministère, elle aurait deux mots à lui dire !

Lauren hocha la tête avec une expression compréhensive, quand Irving mentionna toute la paperasse nécessaire à la gestion de l’auberge, qui n’avait pas l’air d’être la partie du métier qu’il préférait.

« J’imagine ! On a eu pas mal de difficultés avec la CAFE avec Samantha quand on a emménagé, avoua-t-elle avec une moue dédaigneuse. Ca a pris des mois à régler, tout est tellement lent ! »

Elle gardait un assez mauvais souvenir de ses derniers visites à la CAFE et espérait bien ne plus avoir à y mettre les pieds avant un bon moment ! Obtenir tous les papiers nécessaires pour une simple aide au logement relevait déjà de l’exploit, elle n’imaginait même pas toutes les démarches nécessaires pour gérer une auberge ! Elle n’aurait jamais eu la patience. Ce n’était de toute façon pas quelque chose qui lui aurait plus, de tenir une auberge. Les métiers qui impliquaient de servir des gens et de se plier à la règle du « le client a toujours raison » n’étaient vraiment pas fait pour elle. Et elle n’était pas assez sociable pour apprécier le fait de rencontrer de nouvelles personnes tous les jours. Ce qu’Irving lui présentait comme les avantages du métier -faire plaisir aux gens, s’occuper d’eux- ressemblaient plus à un cauchemar pour la batteuse.

« Tant mieux si ça te plait ! » assura-t-elle néanmoins en s’efforçant d’avoir l’air enthousiaste.

Le fait d’être en pleine nature, en revanche, lui aurait beaucoup plu. Elle avait toujours été attirée par les grands espaces. Elle aimait passer du temps dehors, l’air frais et la nature l’apaisaient. Elle avait tendance à tourner en rond comme un lion -ou plutot un serpent- en cage quand elle était à l’intérieur. Et puis, comme le disait Irving, cela devait permettre de prendre un peu distance avec les tensions actuelles, qui se concentraient dans les villes.

Il suffisait de se promener un peu dans Nimbus pour sentir à quel point la cité était déchirée en deux. Il y avait des sorciers, principalement installés dans les nouveaux quartiers, qui semblaient plutôt satisfaits du FREE, alors que la majorité des ouvriers de l’usine y étaient opposés. Cette séparation se manifestaient dans tous les aspects de la vie de la cité. Chacun restait dans ses quartiers, on ne se mélangeait pas, on ne fréquentait pas les mêmes endroits. Il y avait deux groupes qui cohabitaient sans jamais vraiment vivre ensembles. Malgré ça, Lauren s’était plutôt bien habituée à sa vie ici. Elle avait appris à aimer la cité, qu’elle connaissait maintenant comme sa poche après l’avoir arpenté de nombreuses fois en courant. Irving s’enquit d’ailleurs de savoir si c’était Samantha qui l’avait forcé à s’installer ici. La batteuse fut tentée de répondre que personne ne la forçait à rien -elle avait une réputation à tenir, tout de même- mais la vérité était bien trop évidente.

« Ouai, c’était une idée de Sam, admit-elle avec un sourire. Elle ne se voyait pas quitter Nimbus, et j’avoue qu’on est pas trop mal ici. Mes parents vivent en Ecosse, expliqua-t-elle. En pleine campagne, alors ça me change un peu. Les grandes étendues vertes et la tranquillité lui manquaient un peu parfois, mais elle s’y faisait. Par contre il faut arrêter de faire des maisons toutes identiques, il m’a fallut un mois pour réussir à ne plus me perdre ! »

C’était tout bonnement impossible de retrouver son chemin dans le quartier du Plat si on n’avait pas grandi à Nimbus. Les maisons étaient toutes strictement identiques et les rues se succédaient, en lignes parallèles, toutes semblables elle aussi. Elle se demandait comment faisait les habitants pour ne pas rentrer chez leurs voisins un soir sur deux.

« Tes soeurs vivent encore ici, non ? S’enquit-elle quand Irving affirma qu’il revenait à Nimbus presque toutes les semaines. Tu en as deux c'est ça ? Je crois qu’on les a croisé un jour, avec Samantha. »

Sa petite-amie connaissait tellement de monde à la cité que Lauren avait du mal à retenir les noms de chacun. Elles ne pouvaient pas se promener dix minutes sans tomber sur une connaissance de Sam, et la batteuse devait bien admettre que c’était généralement des gens plutôt sympathiques. Elle s’étonnait toujours de voir ces gens la saluer avec le sourire quand elle les croisait par la suite, mais s’efforçait de leur rendre la politesse. Sa réputation de brute de l'école ne l'avait pas suivie jusqu'à Nimbus, du moins pas pour le moment, et elle faisait réellement des efforts pour s'intégrer.


Andrew O. Dubois-CavillQuatrième annéeavatar
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- C'est notre première vraie soirée ! s'exclama Gowan en ajustant son nœud papillon à pois blanc (cadeau de sa mère).
- C'est plutôt un gala pour se rappeler de gens qui sont morts... répliqua Henry d'un air bougon en reprenant le nœud de sa cravate pour la quatrième fois.
- On s'en fout, c'est une soirée.

Andrew était plutôt d'accord avec Gowan même s'il évitait de la ramener devant Henry, qui était très à cheval sur "ce qui se faisait ou pas". C'était la première fois qu'ils avaient le droit de se rendre à un tel événement et même si c'était en l'honneur des victimes de l'attentat, que cela allait être super triste et tout... et bien c'était une soirée et pour eux, c'était important. Ça serait l'occasion de rendre hommage à leurs camarades disparus, Anwar et Priam. Ils ne les connaissaient pas vraiment mais... Cela leur avait fait quelque chose, leurs morts. Emma Blackbonnes la préfète-en-chef avait été blessée aussi mais elle semblait se cacher derrière les tapisseries des couloirs ces derniers mois : on ne la voyait quasiment plus. En tout cas, Gowan comptait profiter de cette soirée pour s'amuser un petit peu et faire main basse sur de l'alcool, pour la première fois de sa vie (il avait bu un verre de liqueur de citrouille l'été dernier et il avait passé la nuit à vomir). Henry avait beau lui dire qu'il n'y aurait pas d'alcool dans une soirée scolaire, Gowan maintenant qu'il avait entendu Damon Drop dire le contraire. Andrew, lui, ne pourrait pas vraiment faire de bêtises car son père serait présent, avec sa belle-mère. Olivier avait toujours tendance à garder un œil sur son fils quand il le croisait...

- J'espère juste qu'il n'y aura pas trop de pleurs, marmonna Andrew en rentrant sa chemise dans son pantalon.

Il détestait les pleurs, ça le mettait toujours mal à l'aise et il avait envie de courir se cacher très très loin. Une fois apprêtés et Gowan aspergé de parfum et de laque pour les cheveux (sa coiffure était constituée d'un ensemble de montagnes et des vallons perfectionnés pendant une demi-heure dans la salle de bains), les garçons de Gryffondor descendirent dans la Salle Commune pour suivre la cohue d'élèves qui descendait dans la Grande Salle. Henry eut un temps d'arrêt sur les jambes découvertes de Kristen White et manqua de rentrer dans la rampe d'escalier (il était raide dingue amoureux de leur aînée, il écrivait des poèmes avec son prénom qu'il cachait sous son lit...). Entouré de ses copains, Andrew était en train d'essayer d'apercevoir son père dans la foule quand une main ferme se referma sur son poignet pour l'entraîner.

- Héééé ! protesta-t-il devant cette abduction. C'était une groupie de son père ou quoi ?

Il essaya de se dégager mais en moins de deux, il fut accroché à un autre poignet, qu'il connaissait cette fois-ci. Son regard se posa sur Juliet Wilson et sa contrariété fut immédiatement remplacée par un grand sourire réjoui.

- Juliet ! Mais ouais, ça fait au moins... un an ? Il eut un rire réjoui lorsqu'elle souligna sa grande taille - et encore, il avait des ambitions importantes à ce sujet - et bomba un peu le torse. Un an plutôt, non ? Surtout que les personnes âgées se tassent avec l'âge ! Il avait son sourire insolent préféré, qui se crispa quand elle toucha à ses cheveux. Arrête, protesta-t-il en réarrangeant ses mèches. C'est tout un travail !

Il mettait moins de gel que Gowan, il était plus adepte d'un savant coiffé-décoiffé. Une fois son problème capillaire arrangé, il adressa un grand sourire à Juliet.

- Comment va la petite Gabrielle ? Quoi de neuf ? Jeremy va bien ?


Irving WhitakerAubergisteavatar
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Sacrée Samantha ! Irving secoua la tête d’un air amusé lorsque Lauren lui confirma son intuition. Son ex-petite amie avait bel et bien insisté pour s’installer de nouveau à Nimbus après sa scolarité à Poudlard. Cela ne l’étonnait guère. Samantha, tout comme lui, avait toujours été très attachée à la Cité et à ses habitants. Visiblement, Lauren avait eu moins de mal à quitter ses racines écossaises. Il l’écouta d’ailleurs avec intérêt lorsqu’elle évoqua la campagne où elle avait grandi et il fut quelque peu étonné par cette révélation d’ailleurs. Les origines écossaises de McGowan n’étaient un secret pour personne –avec un nom pareil- mais Irving l’avait toujours imaginé comme une pure citadine, élevée dans les quartiers chauds de Glasgow ou d’Inverness. Le genre d’endroit où il faut  faire sa place à coups de poings face aux autres bandes de gamins… Il n’aurait jamais pensé que la batteuse titre de Serpentard ait pu être une fille de la campagne, élevée au milieu des moutons perdus entre les tourbières et les grandes étendues désertiques des Highlands.

Irving garda toutefois ses impression pour lui –tant elles lui semblaient clichés maintenant- et il se contenta d’esquisser un sourire lorsqu’elle évoqua la difficulté à se repérer au sein de la cité ouvrière.

«Seulement un mois ? Laisse moi te tirer mon chapeau, souffla-t-il en s’accoudant sur la table, je connais des gens qui habitent à Nimbus depuis des années et qui se trompent encore de chemin pour venir chez moi ! Enfin chez mes parents, corrigea-t-il.

Dans son esprit, la maison du Plat restait et resterait toujours sa maison. La maison, la demeure familiale des Whitaker. Dans les conversations qu’il avait avec ses sœurs, lorsqu’il était question de La Maison, tout le monde savait –sans avoir besoin de le préciser- qu’il s’agissait de la bâtisse du Plat ou vivait dorénavant Tara.

« C’est vrai qu’c’est un véritable dédale, admit-il, mais, enfant, j’voyais plutôt ça comme un incroyable espace de jeu. Tu peux pas imaginer le nombre de course poursuite et de parties de cache-cache qu’on a fait dans ses ruelles ! »

Un sourire nostalgique éclaira son visage avant qu’il ne poursuive.

« Quant aux maisons identiques, tu vas vite te rendre compte qu’elles le sont pas tant qu’ça. Chaque maison a sa petite particularité, il suffit d’apprendre à les regarder individuellement. »

Un jardin plus ou moins entretenu, une toiture refaite récemment, des décorations de Noël oubliées aux fenêtres (Les Jones étaient des spécialistes du genre),  des balais posés en vrac devant l’entrée ou, au contraire, soigneusement alignés dans un râtelier… Chaque maison du Plat avait son identité propre pour quiconque cherchait à la voir…

« Si tu préfères, c’est comme des jumeaux : Au début, tu vois qu’ leur ressemblance et puis, après, lorsque tu les côtoies un peu plus, qu’t’apprends à les connaitre tu finis par t’demander comment t’as fait pour les confondre alors qu’ils sont si différents. »

C’était exactement ce qu’Irving avait vécu avec Jared et Josef  Moses et il trouvait que la comparaison s’y prêtait bien.

Le jeune homme attrapa une nouvelle cuillère de tarte aux amandes –délicieuse même si elle ne valait pas sa tarte à la mélasse- avant de reporter son attention sur Lauren.

La discussion se déroulait assez facilement, presque naturellement, se dit-il, qui l’aurait cru ! Ils ne s’étaient quasiment jamais adressés la parole en cinq ans de scolarité commune et il avait fallu attendre qu’ils soient attachés l’un à l’autre pour se trouver des affinités.

Lauren semblait même plutôt au courant de sa vie personnelle puisqu’elle le questionna sur ses sœurs. Irving ne chercha pas à masquer son étonnement devant le fait qu’elle connaisse ce « détail » de son existence.  Même si elle n’avait pas le bon nombre de frangines- il en manquait une- elle savait qu’Irving appartenait à une fratrie, ce qui n’était pas forcément évident de prime abord. En effet, Irving avait une telle différence d’âge avec ses demi-sœurs qu’ils n’avaient pas partagé les bancs de Poudlard avec elles, contrairement à la plupart des frères et sœurs sorciers. A titre d’exemple, il savait que Lauren avait un grand frère de cinq ans son ainé car il était batteur chez Serpentard  lors de sa première année dans l’école de sorcellerie.  Ses sœurs avaient beau s’être illustrées à Poudlard de leur temps (Tara au quidditch et Sue en animant un club de lecture), la génération d’Irving n’en avait jamais eu vent…

« J’en ai trois en fait, rectifia-t-il quant elle lui avoua avoir croisé ses deux sœurs avec Samantha -tout s’expliquait. Il posa sa cuillère et fit mine de compter sur ses doigts, Il y a Sue, l’ainée, elle ne vit pas ici mais elle travaille à la Cité, dans les pentes :Son mari est boulanger et elle s’occuper de la vente. La boulangerie Forest de l’autre côté de la Place à mi-pente, c’est eux, expliqua-t-il avant de faire un peu d’autopromotion familiale, Le meilleur pain de la Cité ! Et je ne dis pas ça parce que c’est ma sœur ! »
Il leva son index et poursuivit son comptage :
« Ensuite il y a Tara qui habite dans notre maison du Plat et qui est infirmière à Sainte Mangouste. »
Lauren ne le savait peut-être pas mais elle l’avait déjà croisé dans les réunions du LEXIT. « Et puis il y a Judy, ajouta-t-il en levant son majeur, elle vit et travaille en territoire moldu : C’est une institutrice. » ajouta-t-il, fièrement. « Elles sont toutes beaucoup plus âgées que moi mais on s’entend bien, assura-t-il avant de demander à son tour, et toi tu as deux frères c’est ça ? »

Irving avait beau ne pas s’intéresser particulièrement au quidditch, il y avait quelques incontournables à connaitre et la famille McGowan faisait partie de ceux là. En effet, elle était connue pour être le principal vivier des batteurs de l’équipe de Serpentard et ce depuis plusieurs générations…


Every day of your life is a leaf of your story which you write
Lauren McGowanPersonnage décédéavatar
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Lauren fut soulagée d'entendre Irving lui répondre que certains habitants de la cité qui vivaient là depuis des années avaient encore du mal à trouver leurs chemin dans le dédale des ruelles de Nimbus. Elle ne faisait donc pas partie des cas désespérés, même si elle avait encore parfois un peu de mal à reconnaitre les rues qui, quoiqu'en dise le Gryffondor, se ressemblaient toutes énormément.

"J'imagine oui... répondit-elle quand Irving avoua que les dédales de ruelles avaient été un vrai terrain de jeu quand il était enfant. Y a pas mal d'enfants dans notre quartier, ajouta-t-elle en songeant aux bandes de gamins qui jouaient souvent dans leur rue. Mais j'leur ai fait peur, je crois."

Elle en était même plutôt certaine, en fait. Un garçon d'à peine sept ou huit ans avait surgi juste devant elle sur une planche à roulette alors qu'elle courrait, un samedi matin. Il lui avait coupé la route sans prévenir et il s'en serait fallu de peu pour qu'ils se percutent de plein fouet. Elle l'avait copieusement engueulé avant de reprendre sa route sous les regards penaud du groupe d'enfants. A la réflexion elle y avait surement été un peu fort, mais il lui avait fait une peur bleue. Elle aurait pu lui faire mal, bordel !

Nimbus devait être un endroit agréable pour grandir, songea-t-elle en dégustant une bouchée de sa tarte aux amandes. Les rues étaient calmes et devaient effectivement être un incroyable terrain de jeu, quand on avait pas le malheur de croiser la route d'une joggueuse mal lunée. Cela lui aurait certainement plus, de passer son enfance dans une cité comme celle-ci, et d'avoir d'autres partenaires de jeu que Jake et Ethan. Peut-être aurait-elle appris autre chose que la boxe et les brûlures indiennes. Whitaker avait en tout cas l'air d'avoir apprécié son enfance à Nimbus, à en voir son horrible sourire niais plein de nostalgie.

Evoquer des souvenirs d'enfance et parler de sa famille n'était pas un exercice dans lequel elle était particulièrement à l'aise. Mais, étrangement, la discussion se déroulait assez naturellement, et la soirée était presque agréable. Elle n'aurait jamais pensé se trouver le moindre point commun avec Irving Whitaker, pourtant elle était forcée d'admettre qu'ils semblaient partagés quelques atomes crochus. Elle se surprit même à relancer la conversation en l'interrogeant au sujet de ses soeurs, qu'elles avaient croisées un jour avec Samantha, et lui adressa une grimace d'excuse quand il expliqua avoir en réalité trois soeurs.

"C'est vrai qu'il est bon, concéda-t-elle quand le Gryffondor vanta la qualité du pain de la boulangerie de sa soeur ainée. Et ta soeur et son mari sont sympas !"

Plus sympas que certains des nouveaux commerçants qui les regardaient parfois de travers, avec Samantha. La batteuse n'avait pas encore réussi à déterminer si c'était la lycanthropie de sa petite-amie ou le fait qu'elle soit justement sa petite-amie qui les dérangeait, mais dans les deux cas ils auraient amplement mérité de croiser sa batte.

"Tant mieux ! lança-t-elle quand Irving conclut en affirmant que, malgré leur différence d'âge, il s'entendait bien avec ses soeurs. Pas trop dur de grandir avec trois filles ?"

Elle même était bien contente de ne pas devoir composer avec un frère supplémentaire, deux suffisaient largement. Cela faisait bien assez de poings comme ça.

"C'est ça ! répondit-elle quand son ancien camarade l'interrogea justement au sujet de ses frères. Jake, que tu connais peut-être, il était encore à Poudlard quand on est rentrés en première année. Son frère n'avait que quatre ans de plus qu'elle et ils avaient joué ensembles dans l'équipe de Serpentard pendant deux ans. Ils formaient un duo plutôt efficace, même si elle débutait à l'époque. Il est dans la PM maintenant. Il est cool, on s'entend bien."

Elle avait toujours été assez proche de Jake. Ils étaient relativement proches en âge et avaient passé beaucoup de temps ensemble après qu'Ethan soit entré à Poudlard. Ils se connaissaient parfaitement bien et ils se comprenaient sans échanger le moindre mot. Il était aussi silencieux qu'elle était bruyante, et aussi raisonnable qu'elle était colérique, ils se complétaient plutôt bien.

"Et Ethan, ajouta-t-elle sur le ton de l'évidence, qui joue chez Flaquemare" précisa-t-elle en réalisant que son interlocuteur n'avait pas l'air d'être un fan de Quidditch.

Son frère était un joueur plutôt populaire, particulièrement auprès de la gente féminine, et il était aussi renommé pour ses qualités d'athlètes que pour ses nombreuses conquêtes, mais elle avait l'impression que Whitaker n'était pas un habitué des magazines de Quidditch et -elle l'espérait- pas un fidèle lecteur de Sorcière Hebdo non plus.

"On s'entend...pas trop mal" conclut-elle avec un haussement d'épaules.


Irving WhitakerAubergisteavatar
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« Surement aussi difficile que d’grandir avec deux frères ainés ! » répondit Irving lorsque Lauren lui demanda si ce n’était pas trop compliqué que de vivre avec trois grandes sœurs, « Tu sais, j’ai beau gagner ma vie depuis plus d’deux ans, être le gérant d’une auberge dans laquelle j’ai fait tous les travaux et vivre en couple avec ma copine, j’crois que je serai toujours l’petit dernier à leurs yeux ! »

Ce statut avait son lot d’avantages et d’inconvénients. Ses grandes sœurs étaient toujours promptes à l’aider ou à le dépanner mais elles avaient, parfois, du mal à le voir comme un adulte responsable à part entière. Au fond, il estimait que son installation à Mallowsweet avait été bénéfique pour son autonomie même s’il revenait très régulièrement à Nimbus pour rendre visite à sa famille.

Irving écouta Lauren enchainer sur sa propre fratrie composée de ses deux frères. Il n’aurait jamais pensé avoir autant de points communs avec l’ancienne Serpentard. Ils étaient tous les deux les derniers nés de leur famille, lui, un garçon perdu au milieu des filles, et elle, une fille au milieu des garçons. Irving se souvenait assez bien de Jake McGowan qu’il avait côtoyé un temps à Poudlard et ne fut pas étonné d’apprendre qu’il avait embrassé une carrière dans la Police Magique. Jake était un garçon taciturne qui imposait le respect par sa seule présence… -et par celle de sa batte, aussi, peut-être . Lauren semblait particulièrement bien s’entendre avec  son ainé même si ses propos restaient mesurés. La batteuse n’était pas du genre à s’enthousiasmer facilement mais Irving pressentait que derrière ce très sobre « Il est cool, on s'entend bien. » se cachait en réalité une véritable complicité fraternelle. Irving esquissa un sourire tendre à cette idée tandis que Lauren poursuivait en évoquant sa relation avec un certain « Ethan », comme s’il s’agissait d’une évidence. Irving n’était pas assez intéressé par le Quidditch pour connaitre le profil de joueur d’Ethan McGowan et il regrettait presque de ne pas avoir lu plus attentivement les pages sportives de la Gazette. Il comptait bien demander à Juliet quelques informations sur le grand frère de Lauren, peut-être était-il une star incontournable du sport préféré des sorciers. Surement même. Irving nota toutefois la légère hésitation de sa binôme lorsqu’elle chercha à qualifier la relation qu’elle entretenait avec la célébrité de la famille.

«  Pas trop mal… répéta Irving en reprenant les propres termes de Lauren, …mais suffisamment bien, j’imagine, pour  jouer dans la même équipe. » ajouta-t-il.

Lauren lui avait avoué un peu plus tôt avoir passé des sélections pour intégrer l’équipe de Flaquemare, elle aurait surement choisi un autre club si elle n’avait pas quelques atomes crochus avec son ainé.

« Si t’ es prise à Flaquemare, vous allez p’t-être vous rapprocher… »

Ou pas. Travailler avec ses proches n’était pas chose aisée, Irving était bien placé pour le savoir. Sa relation avec Nora avait bien failli pâtir de cet état de fait en décembre dernier, quant Irving avait été incapable de faire le distinguo entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Ils essayaient, depuis quelques mois, de se préserver quelques moments tranquilles tous les deux –comme la soirée au restaurant qu’ils s’étaient octroyés le jour de l’arrivée de Finn et Sybille- mais  ce type de sorties allaient surement se raréfier si les deux enfants s’établissaient durablement chez eux.

Dire qu’ils auraient dû  profiter de cette soirée de commémoration pour passer un peu de temps ensemble, loin de leurs préoccupations professionnelles ! Au final, Irving se retrouvait à manger une tarte aux amandes avec Lauren McGowan à . Qui l’aurait crû ! Pour être tout à fait honnête, cela ne ressemblait en rien au calvaire qu’il aurait pu imaginer. Au contraire, il passait une bonne soirée mais qui touchait visiblement à sa fin. Irving avait englouti sa part de gâteau depuis plusieurs minutes déjà et Lauren venait de terminer la sienne.
Ils n’étaient plus accrochés l’un à l’autre depuis le milieu du repas, rien ne les retenait ici dorénavant… Le moment était visiblement venu d’amorcer leur départ...

« Tu veux boire quelque chose avant qu’on y aille, souffla Irving tandis que son regard passait de l’assiette vide de Lauren à son visage , un café ? un thé ? une infusion ? » *Une gobière ?* songea-t-il sans toutefois le formuler à haute voix. Lauren était une grande sportive et Irving doutait qu’elle soit tentée par une petite mousse avant d’aller se coucher…


Every day of your life is a leaf of your story which you write
Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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Jonah avait l’air de savoir où il allait, alors Abel le suivit sans rien dire. Au vu de la démarche hâtive du père, il n’aurait pas aimé être son fils, qu’ils ne tardèrent pas à trouver près de l’entrée. Le garçon affichait une certaine nonchalance en répondant aux questions de Jonah. Forcé d’assister à la scène, Abel essayait toutefois de se tenir à l’écart, enfin, du mieux qu’il pouvait, compte tenu de sa proximité forcée avec le professeur. C’était une discussion père-fils dans laquelle il n’avait rien à voir, cela le gênait un peu d’être témoin de cette scène de remontrances. Les organisateurs de la soirée qui avaient eu la brillante idée de les lier n’avaient pas songé à quel point leur petit jeu pouvait devenir embarrassant, il pariait. Si encore il s’agissait de les lier une vingtaine de minutes, juste pour qu’ils fassent connaissance et soient libérés ensuite, avec le choix de poursuivre la soirée avec leur binôme ou pas, selon leurs affinités, pourquoi pas… Mais non, Abel se retrouvait lié à Jonah jusqu’à ce qu’ils aient trouvé le moyen de se détacher avec l’énigme inscrite sur leur ruban, ce qui, concrètement, pouvait bien prendre toute la soirée.

Sans montrer sa contrariété, Abel se para de sa fidèle expression impassible, pendant que le dénommé Virgil posait son téléphone dans la main de son père. A ce moment-là, il lui posa soudainement une question, ce qui surprit un peu l’archimage. Etait-ce une façon de détourner l’attention ou de faire preuve d’insolence envers son père ? Jonah ne lui laissa de toute façon pas l’occasion de répondre, rabrouant sèchement l’adolescent. Abel observa du coin de l’oeil son binôme, qui semblait contenir son agacement. En tout cas, il sut faire preuve d’assez d’autorité pour que Virgil obtempère. Abel assista à la fin de la scène, toujours silencieux, et avec le départ de Virgil s’en alla la tension qui chargeait l’atmosphère. Jonah libéra son exaspération dans une exclamation : il avait du se retenir de se lâcher face à son fils, à l’instant. Abel secoua la tête à sa question, répondant sans s’étendre :

« Non, je n’en ai pas. »

Ce qui pouvait surprendre quand on savait qu’il avait déjà trente-cinq ans, mais Abel ne s’étendit pas sur les raisons. Jonah tirerait ses conclusions tout seul, bien souvent les gens imputaient cela au fait qu’il n’en voulait pas -ce qui était faux- ou à sa carrière très prenante d’archimage et là, ils n’avaient pas tort. L’autre explication, très bête et très pragmatique était qu’il fallait être deux pour avoir des enfants, or, les dernières années de sa vie amoureuse étaient chaotiques, depuis qu’il s’était séparé avec perte et fracas de la seule candidate potentielle parmi ses relations amoureuses, après trois ans de relation stable et sérieuse. Mais il n’avait pas envie de parler de cette histoire, ni même de s’en souvenir. Maintenant, il était en couple avec Isobel, même s’ils restaient très discrets là-dessus. Il se sentait bien dans cette relation, mais ils n’avaient jamais évoqué l’idée d’avoir des enfants, c’était trop tôt pour en parler… En voudrait t-elle un jour ? Abel se posait la question pour la première fois. Etrangement, il n’avait pas tellement de difficulté à se projeter mentalement dans une vie de famille avec Isobel, ce qui le perturba un peu. Il s’efforça de chasser ces images de sa tête et revenir à leur conversation.


« Ne vous en faites pas » rassura t-il Jonah qui s’excusait pour la scène.

Il s’était senti un peu mal à l’aise, effectivement, mais il s’en remettrait. Il accepta la proposition de Jonah de se faire offrir un verre. Une fois, au bar, Abel hésita une seconde sur quoi boire, avant d’opter pour un verre de rhum. L’alcool l’aiderait peut-être à se détendre un peu face à cette situation de sociabilisation forcée qui ne lui correspondait pas. Il était réservé avec les personnes qu’il ne connaissait pas et bien que Jonah lui semblait tout à fait sympathique, il ne le connaissait pas suffisamment pour être à l’aise à l’idée de passer la soirée avec lui.  Heureusement, celui-ci semblait un peu plus dans son élément, car il relança assez facilement la conversation, sur le sujet dont ils débattaient plus tôt. Un sujet qu’Abel maîtrisait et sur lequel il pouvait discuter sans problème et même, avec plaisir. Ouf ! La question de Jonah était intéressante, en plus, elle suscita un bref temps de réflexion de la part de l’archimage.

« Eh bien… C’est fort possible. Il promena son regard sur les murs face à eux, pensivement. Poudlard est dotée d’une très grande intelligence, c’est une des architectures les plus autonomes que j’ai pu voir dans ma carrière, reconnut t-il, c’était bien ce qui le fascinait tant dans cet édifice. Elle se protège des moldus depuis sa construction, elle a appris à vivre en autarcie en quelque sorte. Utiliser des technologies moldues, ça suppose d’utiliser des énergies moldues, l’électricité, le gaz… C’est complètement étranger à Poudlard qui ne fonctionne que sur de l'énergie magique ou élémentaire. Et parce que le bâtiment est très autonome, depuis des siècles, c’est très difficile d’en modifier les rouages. » Dans le souci de rendre ses explications plus claires, il trouva un exemple qui, il l’espérait, illustrerait mieux son propos : « Vous savez, on a essayé avec nos équipes de voir s’il était possible de faire en sorte que les escaliers de l’école soient un peu moins changeants, plus sécurisés. Ca avait l’air d’une petite modification comme ça, on pensait que ça pourrait se faire facilement. Eh bien, je peux vous dire qu’on s’est heurtés sur un os. C’est l’espace de tous les caprices de l’école -n’importe qui habitué à les emprunter pouvait se rendre compte que c’était le lieu le plus changeant et imprévisible du bâtiment- qui en révèle non seulement l’intelligence, mais aussi la… personnalité, presque. Et là, on parle seulement d’escaliers, c’est du mobilier. C’est moins essentiel que l’énergie qui fait tourner le bâtiment. »

Ce qui laissait imaginer la difficulté à installer des réseaux électriques et réussir à les faire fonctionner dans l’enceinte de l’école. Ce n’était sans doute pas la réponse que Jonah avait envie d’entendre. Il s’intéressait forcément à l’usage de technologies moldues, puisqu’il était professeur de la matière. Abel comprenait sans mal l’intérêt pédagogique qu’il trouvait à les montrer à ses étudiants. Jonah lui dévoila un intéressant projet de pièce témoin que le CA avait refusé. Abel comprenait les arguments du conseil, on était effectivement tenté de dire que c’était impossible. Lui-même venait d’expliquer à Jonah combien ce serait difficile. Difficile, mais possible ? Abel prit le temps de réfléchir, en buvant une gorgée de son whisky.

« Hum… Peut-être que ce serait possible de faire une expérience si vous leviez le sortilège de Repousse-Moldu qui entoure l’école, c’est tout ce que je vois… La main frottant sa joue râpeuse dans un geste pensif, il livra ses hypothèses au professeur. Poudlard a ses réflexes propres, c’est une chose, mais sur la question de son isolement du monde moldu, vous l’entretenez beaucoup en renouvelant ses sortilèges de protection. Si jamais vous les levez temporairement… Ce n’est pas sûr que votre projet puisse fonctionner mais cela permettrait d'exposer le château à un environnement traversé par des réseaux moldus, visibles et invisibles. Après, ce serait prendre le risque qu’un Moldu découvre l’école et là… J’imagine qu’il ne vous faudra pas seulement l’autorisation du CA, mais surtout du Ministère. »

Dans ce cas de figure, Abel lui souhaitait bonne chance pour trouver des arguments convaincants. Cela lui semblait très peu probable que le Ministère anglais, très soucieux du secret magique, accepte la requête.


Dave MarchebankEmployé de la March Bankavatar
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En tout cas, Sasha semblait déjà bien renseignée, malgré toutes ces années où il s’était approprié le Gringotts Time. Elle parut assez convaincue par son argumentaire, même si elle ne manqua pas de relancer le débat, en le déplaçant sur une question de santé publique et même d’éthique, dans lequel Dave était moins compétent, clairement.

« C’est certain, admit t-il à la réponse de la jeune fille. ll n’y a de toute manière que le Ministre qui règle ce dilemme, à la fin, en mettant en balance les deux questions, le bénéfice économique et l’éthique sur la santé publique. Moi je crois que la mandragore, puisqu’on parle de la mandragore, est une drogue relativement douce, c’est l’avis de la plupart des médicomages, certains en reconnaissent même ses vertus médicinales. L’autoriser permettrait à nos spécialistes de la santé d’explorer ce champ, de faire des vraies recherches sur le sujet, d’ailleurs. Ensuite, il ne tient qu’à nos représentants politiques de rester fermes sur les limites à ne pas dépasser, comme tu dis, et qu’une légalisation raisonnée et justifiée ne soit pas la porte ouverte à d’autres légalisations plus arbitraires… Moi-même, je modulerais plus mon discours, si on parlait de monalisa. » reconnut t-il avec un hochement de tête.

En tout cas, c’était la première fois qu’il avait ce débat-là avec quelqu’un de quatorze ans. D’habitude, il en parlait avec des adultes plus âgés, dont son oncle John, qui maintenait mordicus que le gouvernement sorcier devait être le garant d’une certaine moralité et qu’il était un petit parvenu dévoyé par le capitalisme pour oser défendre la légalisation de la mandragore -bon d’accord il ne le disait pas comme ça mais presque, ce qui enflammait encore plus leurs débats. Sasha était plus mesurée, au moins, plus raisonnée dans son approche, alors c’était moins énervant d’en parler avec elle.

Il se trouvait donc dans d’assez bonnes dispositions à son égard lorsqu’elle lui fit part de la faveur qu’elle voulait lui demander. Elle lui révéla sur un ton assez bas qu’elle avait reçu de l’argent de la part du Ministère, ce qui l’aurait fait tiquer si Dave ne connaissait pas son nom. Sasha Benson avait fait plusieurs titres de presse, quelques mois plus tôt, pour le rôle qu’elle avait joué dans l’arrestation d’Ana Sorden, une véritable ennemie publique. Ce n’était pas étonnant que le Ministère ait voulu récompenser la bravoure dont elle avait fait preuve en lui versant une petite somme, tout en tenant cette récompense secrète pour ne pas attirer les profiteurs ou autres personnes mal intentionnées. Sasha était après tout encore une enfant, qui pourrait facilement se faire influencer ou agresser pour le pactole qu’elle aurait reçu, si l’information était rendue publique.

Elle avait donc confié son argent à la Marche Bank, qui n’avait visiblement pas manqué de bloquer le compte jusqu’à sa majorité, comme le prévoyait la procédure. Elle lui expliqua qu’elle prévoyait de participer à un programme scolaire à Salem -joli projet, jugeait t-il- ce qui nécessitait de débloquer son compte pour mineur. Il comprit rapidement son problème et sa question implicite. Comme il suivait des cours de droit financier pendant sa formation à la banque, Dave sut assez vite quoi lui répondre :

« Eh bien, comme c’est un revenu extérieur qui ne dépend pas de tes parents, normalement, la banque a placé cet argent sur un compte à part, dans une caisse spécifique, accessible seulement à tes 17 ans. On fait beaucoup ça avec les mineurs qui travaillent dans le mannequinat ou le spectacle, par exemple, pour protéger leurs revenus jusqu’à ce qu’ils puissent les percevoir. C’est pour éviter que tes parents puissent manipuler tes gains à ta place… dit t-il avec précaution car il n’avait nullement l’objectif de faire des procès d’intention aux parents de Sasha. C’est différent des livrets que tes parents peuvent ouvrir eux-mêmes pour y placer de l’argent pour toi, où là, ils sont les seuls gestionnaires jusqu’à tes 15 ans normalement. C’est un compte plus protégé, ni toi ni tes parents ne peuvent le débloquer tant que tu es mineure, c’est géré par une commission spécifique, expliqua t-il. Mais il y a quand même des exceptions permises. Si tu veux utiliser l’argent versé dessus, tes parents doivent formuler une demande à cette commission, en justifiant d’une situation qui nécessite une grosse dépense, dans ton intérêt à toi. Tes parents seulement peuvent le faire, rappela t-il, parce que tu es encore mineure. J’imagine qu’un programme scolaire à l’étranger est un motif que la commission pourrait accepter… Mais, du coup, il faut justifier que tu y es reçue. Je ne pense pas qu’ils l’accepteront si c’est un projet non confirmé. »

Il interrogea du regard Sasha. Où en était t-elle de ces démarches pour ce programme ? C’était la question qu’on lui poserait forcément, dès lors qu’elle viendrait présenter son projet à la banque.
Jonah ForbesDirecteur de Serpentardavatar
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La conversation retrouva un semblant de normalité après les derniers incidents qui venaient d’émailler la soirée. Jonah parvint à mettre de côté momentanément son ressentiment pour se concentrer sur les propos de son binôme. Il n’avait pas d’autre choix que de s’investir pleinement dans cette conversation s’il voulait se libérer du sortilège qui l’unissait à l’archimage, il écouta donc avec un intérêt non feint les explications éclairées d’Abel Laveau au sujet de Poudlard.

Jonah avait bien conscience de travailler dans un cadre exceptionnel – L’école était surement l’architecture magique la plus remarquable du pays-  et même s’il ne l’avait jamais envisagée comme un être vivant et autonome à part entière, il comprenait ce qu’Abel voulait dire lorsqu’il affirmait que l’école avait une personnalité propre et qu’elle était dotée d’une grande intelligence.

Il fut toutefois étonné d‘apprendre que la puissance magique de Poudlard soit si rare et si difficile à percer à jour par des professionnels de l’architecture contemporaine. Abel Laveau n’était visiblement pas homme à se laisser impressionner facilement et il avait visiblement étudié bon nombre d’édifices incontournables à travers le monde– il suffisait de l’entendre parler des temples mayas pour en être convaincu. Son expérience dans ce domaine apportait une valeur certaine à son expertise et l’aveu d’impuissance d’Abel face à la magie ancestrale de l’école témoignait de la complexité de l’édifice.

« Les escaliers mouvants ne sont peut-être pas très sécurisés,
admit Jonah, mais ils font partie de l’identité de Poudlard. Si cela peut vous consoler, je suis sûr que de nombreux sorciers anglais sont  satisfaits à l’idée que vous n’ayez pas réussi à les dompter …» assura-t-il avec un maigre sourire.

Le peuple magique de Grande-Bretagne était assez conservateur et appréciait le caractère immuable de l’école de sorcellerie. Elle était une valeur sûre, un phare dans la tourmente. Elle avait traversé  les siècles, résistant fièrement aux périodes de conflits et même après la fameuse Bataille de Poudlard de 98, elle avait été reconstruite à l’identique preuve que les britanniques n’étaient pas prêts à en modifier quoique ce soit !

Lever le sortilège repousse-moldu dont elle faisait l’objet  semblait donc bien improbable. Abel suggérait cette solution pour que Jonah puisse pleinement enseigner sa matière mais le directeur de Serpentard n’envisageait pas une seule seconde cette éventualité. La menace mardolienne n’était certes plus d’actualité depuis quelques mois mais la politique actuelle du pays ne tendait pas vers ce type de mesure libertaire. Bien au contraire… Entre le blocus de Bristol et le couvre feu imposé à la ville portuaire,  la tendance des reformes n’allait clairement pas dans ce sens ! Jonah était toujours prompt à s’engager pour faire bouger les choses mais il ne tenait pas à épuiser sa précieuse énergie dans un combat perdu d’avance…

« Je doute que monsieur le Ministre prenne le risque de briser le Secret Magique pour moi, souffla-t-il en observant Leopold Marchebank toujours encadré de sa garde rapprochée à l’autre bout de la salle. Après un bref silence il but une gorgée de jus de citrouille et reporta son attention sur Abel, mais ne pensez pas que j’abandonne cette idée d’appartement témoin pour autant, c’était mal le connaitre, si le monde Moldu ne peut pas venir jusqu’à mes étudiants rien n’empêche l’inverse… » Il gratifia l’archimage d’un léger clin d’œil, signe qu’il ne lâchait pas l’affaire et qu’il ne s’avouait pas vaincu.

Les cours délocalisés et les visites pédagogiques nécessitaient leur lot de paperasse, entre les votes au CA et les autorisations parentales de sorties, mais Jonah s’accommodait de ces procédures. Il estimait qu’il n’y avait rien de mieux qu’une immersion en terre non magique pour vraiment comprendre la manière de fonctionner des moldus.

« D’ailleurs, j’imagine que même dans votre domaine vous êtes amené à étudier et à vous inspirer de l’architecture non-magique, souffla-t-il alors, Leopoldgrad en est l’exemple le plus flagrant, du moins, je trouve… »  ajouta-t-il.

L’urbanisme et les architectures de la cité mouvante n’étaient pas sans évoquer  les grandes mégapoles moldues avec leurs "Central business district" composés de hautes tours de verre et d’acier. Jonah marqua un léger temps d’arrêt, hésitant à verbaliser sa réflexion, avant de reprendre un ton plus bas pour n’être entendu que de son interlocuteur :

« C’est peut-être un peu tôt pour parler de ça… -et peut-être pas  l’endroit et le moment idéal- , mais… Savez-vous ce qu’il va advenir de la parcelle de la March Bank ? »

L’effondrement de la banque sorcière avait laissé un trou béant au cœur même de Leopoldgrad et Jonah était curieux de savoir quels étaient les projets de Laveau & Wells pour l’aménagement de ce terrain hautement symbolique dorénavant.


One needs that an infinite patience to wait always what never arrives
Lauren McGowanPersonnage décédéavatar
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Lauren esquissa un sourire quand Irving lui répondit que de grandir avec trois grandes sœurs devait être aussi simple que d'avoir deux frères ainés. Elle se retrouvait bien dans la description qu'il faisait de son statut de petit dernier. Elle intimidait peut-être ses camarades par sa stature athlétique et ses coups de batte, mais aux yeux de Jake et Ethan elle était aussi impressionnante que Weaver la brindille. Il fallait dire que ses deux frères étaient plutôt imposants et qu'elle paraissait objectivement minuscule quand elle se tenait à côté d'eux.

Cela avait d'ailleurs été un véritable challenge de s'imposer comme un membre à part entière de cette fratrie. Encouragés par leur mère, ses frères avaient d'abord eu tendance à l'exclure de leurs jeux, parce qu'elle était une fille, parce qu'elle allait se faire mal, ou parce qu'elle ne courrait pas assez vite. Heureusement, elle ne s'était pas laissé faire, et elle avait fini par les avoir à l'usure. Aujourd'hui elle était toujours la petite dernière mais elle n'était pas mise à l'écart simplement parce qu'elle était une fille. Ni Jake ni Ethan ne semblaient vraiment la considérer comme une fille d'ailleurs, ce qui lui allait très bien.

Le manque d'enthousiasme qu'elle avait manifesté en évoquant sa relation avec l'ainé de la fratrie n'avait pas échappé au Gryffondor, qui souligna le fait qu'ils devaient tout de même s'entendre suffisamment bien pour envisager de jouer dans la même équipe. C'était le cas. Du moins elle l'espérait. Elle avait passé des journées entières à jouer au Quidditch avec Ethan quand elle était plus jeune, mais c'était dans les champs qui bordaient la maison et Jake était leur seul adversaire. Les enjeux seraient différents aujourd'hui. Mais elle voulait tout de même croire que cela pourrait encore fonctionner.

"J'espère, répondit-elle simplement sans s'étendre sur le sujet. Et puis je préfère jouer avec Ethan que contre lui, ajouta-t-elle d'un air entendu. Je tiens à mes rotules. "

Ce n'était pas tant pour préserver l'état de ses genoux -bien qu'elle ne doutait pas du risque que représenterait la batte d'Ethan s'ils se retrouvaient adversaires- que pour protéger leur relation fraternelle. Ils avaient peut-être une relation explosive mais, au fond, ils s'aimaient beaucoup. C'était parce qu'elle était persuadée que son frère valait mieux que ça qu'elle s'agaçait si facilement de son attitude de sportif arrogant et m'as-tu-vu. Et elle savait que, même s'il prenait un malin plaisir à la faire sortir de ses gonds, Ethan tenait à elle aussi. Mais ils avaient tous les deux mauvais caractères et une tendance à être assez extrêmes.

Elle doutait peut-être de la capacité de leur relation à survivre à des journées entières passées ensembles, mais elle était certaine qu'elle ne survivrait pas à une rivalité sur le terrain. Elle savait comme son ainé pouvait être fier et mauvais perdant et le pensait prêt à tout pour s'éviter d'être vaincu par sa petite sœur. Et, à l'heure actuelle, il était meilleur qu'elle. Elle ne donnait pas cher de sa peau face à lui s'il se mettait en tête de l'écarter de la compétition. Jouer dans la même équipe serait un challenge, mais se retrouver dans des équipes adverses ne pourrait conduire qu'à un désastre. Elle se contenta néanmoins de hausser les épaules quand Irving suggéra que le fait de jouer ensemble les rapprocherait peut-être.

Le Gryffondor avisa alors leurs assiettes vides et lui demanda si elle voulait boire quelque chose avant de quitter le restaurant. Elle envisagea de commander un café mais y renonça et secoua négativement la tête en guise de réponse. La caféine avait tendance à l'énerver et elle avait le sentiment que le vigile posté à l'entrée de Poudlard suffirait à lui faire le même effet, et gratuitement.

"Nan c'est bon pour moi, je vais essayer de rejoindre Sam...La perspective de devoir négocier avec le service de sécurité ne l'enchantait pas outre mesure mais elle s'en voulait un peu d'avoir abandonné sa petite-amie pour qui cette soirée devait être particulièrement éprouvante. Sauf si tu veux prendre quelque chose ?" se ravisa-t-elle alors qu'elle avait commencé à se lever pour quitter la table.

Le jeune homme lui répondit par la négative et ils se dirigèrent vers le comptoir pour régler l'addition.

"C'était pas si terrible que ça, cette soirée, lança-t-elle avec un regard en arrière pour le ruban blanc qui trônait toujours au milieu de la table. C'était une idée de merde, mais ça aurait pu être pire".

Elle adressa un bref sourire à son ancien camarade. Elle ne l'aurait jamais cru mais la compagnie d'Irving n'était pas désagréable, et le Gryffondor était certainement une des meilleures personnes avec qui elle aurait pu se retrouver attachée ce soir, Sam mise à part. Dire que quelques années plus tôt elle promettait justement à cette dernière qu'elle casserait les genoux de cet "imbécile de cognard"... C'était une promesse qu'elle ne tiendrait visiblement pas.


Rosaleen MarchebankPremière dameavatar
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C’était avec un peu de nervosité que Rosaleen avait abandonné Nicholas à sa gouvernante. Pour la première fois depuis sa naissance, il était un peu malade, il avait une petite otite depuis hier. Le pédiatre avait assuré que ce n’était rien mais elle s’inquiétait un peu tout de même. Pour autant, elle ne pouvait pas manquer cette soirée de commémoration des victimes de Leopoldgrad, à la fois pour l’image, comme l’avait répété plusieurs fois le service communication mais également car elle se sentait profondément désolée pour ce qui était arrivé. Elle n’avait aucune responsabilité pourtant, elle ne faisait pas partie de ces monstres qui avaient choisi de s’en prendre à des innocents, de tuer des enfants et des gens qui avaient juste le malheur de passer par là. Qui avaient ruiné la vie de Dave, qui travaillait juste. Qui avaient défiguré Leopold. Qui avaient tué Griselda. Elle se sentait coupable, profondément malheureuse pour tous ces gens et pour sa famille. Elle voulait être présente ce soir, lors de cette réception dans un lieu symbolique, pour montrer toute sa compassion aux victimes et à leurs familles.

Depuis l’attentat, Rosie s’était beaucoup impliquée, délaissant un peu sa thèse. Elle avait rendu visite aux victimes à leurs chevets, même quand Leopold était encore dans le coma. Cela lui avait permis de s’occuper, pour ne pas trop s’inquiéter pour lui et Dave, pour ne pas penser à Griselda. Par la suite, elle avait participé à une levée de fonds pour aider à payer les frais d’hospitalisation des victimes et soutenir les familles dans les organisations des funérailles. Elle était devenue marraine d’une association de soutien aux familles, qui proposait un suivi psychologique. Cela lui faisait du bien, cela lui donnait l’impression d’être utile et cela lui permettait de sortir un peu de la maison. L’ambiance était un peu difficile ces derniers temps, avec la grande colère de Leopold. Colère qu’elle comprenait, évidemment, mais qui était difficile à gérer pour elle. Ce n’était pas forcément dans son tempérament, elle préférait évacuer les choses autrement que par la vengeance : aider les gens lui permettait de passer à autre chose.

Alors depuis qu’elle était arrivée à la soirée, alors que Leopold discutait avec Olivier Dubois, elle serrait des mains, adressait des sourires et échangeait quelques mots courtois avec les gens présents. Quand l’organisatrice de la soirée lui proposa de la suivre, Rosie n’hésita pas jusqu’à se retrouver, sans trop comprendre comment, accrochée à la fille de son mari. Toute surprise, elle suivit du regard Nathalie Keat qui s’éloignait, avant de reporter son attention sur Kessy, qui était resplendissante ce soir. Elle lui adressa un sourire, qui s’agrandit un peu devant son débit de paroles et sa litanie de compliments. Elle ne perdait jamais de son enthousiasme !

- Merci Kessy, la remercia-t-elle doucement. Tu es magnifique également, cette robe est splendide !

Elle le pensait sincèrement, elle était très élégante dans ce mélange de tulle rose et de fluidité. Elle-même avait opté pour quelque chose d’un peu plus simple, une longue robe de soirée d’un bleu nuit profond.

- Nicholas est un peu malade, révéla Rosie en laissant apparaître sa légère contrariété à ce sujet, il a une otite, il a été fiévreux dans l’après-midi. J’espère qu’il ira mieux très vite.

Il n’y avait pas de raison, il était très bien suivi médicalement en tant que fils du Ministre de la Magie. Elle trouvait touchant que Kessy s’inquiète autant pour son demi-frère, elle essayait vraiment de nouer des liens avec lui, plus que Dave même. Elle était très présente, elle jouait avec lui, le câlinait, le serrait dans ses bras.

- Nous n’avons de toute manière pas le choix, souligna Rosaleen avec douceur lorsque sa belle-fille déclara qu’elles allaient bien s’amuser ce soir : elles étaient attachées par le poignet, dans une tentative visiblement de rapprocher les gens. Elles n’étaient pas les seules à être attachées. Comment te portes-tu ? interrogea-t-elle. Et ton entreprise ?

Rosaleen avait cherché pendant quelques temps la position à adopter face à Kessy. Les choses n’avaient pas été simples lors de la révélation des adultères de son époux, même si ce n’était pas avec elle. Elle commençait à trouver son équilibre, avec Dave, avec Nicholas et tout avait été bouleversé. Elle avait été en colère contre Leopold, elle avait eu l’impression d’être trahie car cela n’allait pas avec l’image qu’elle se faisait de son mari. Mais devait-elle en pénaliser les enfants pour autant ? Surtout Kessy, qui était juste désireuse d’avoir un père, une grande famille. Elle était douce, elle était gentille, elle ne méritait pas d’être repoussée alors Rosaleen avait pris sur elle et avait accueilli sa belle-fille. Plus le temps passait, plus elle l’estimait, même si elle était issue de deux mondes plutôt différents : c’était une jeune femme gentille, honnête et loyale. Même Dave avait l’air de l’apprécier. En revanche, elle n’avait pas poussé les choses jusqu’à aller discuter avec Cassandre Harper, qui semblait les ignorer. Elle respectait, comprenait, voire estimait son silence. Mais elle n’eut pas le temps de converser longuement avec sa belle-fille, des éclats de voix attirèrent leur attention.

Rosaleen ne comprit pas tout de suite ce qui se passait, malgré les murmures curieux autour d’elles. Elle écarquilla grands les yeux en voyant son mari revenir en trainant par le poignet Mildred Magpie. Mais que se passait-il ? La journaliste à scandales venait d’être trainée au milieu de la Grande Salle par le Ministre de la Magie et évidemment, cela attirait tous les regards. Leopold se figea devant elle et le regard de Rosie se posa sur lui, surprise, Kessy toujours attachée à son poignet.

- Leopold, que… ?

Son époux fut prompt à lui fournir la réponse : Mildred avait essayé de le séduire et de l’embrasser, devant toute la Grande Salle, en sa présence à elle. Le regard vert de Rosie allait du visage de Leopold à celui, cramoisi, de la journaliste. C’était vrai, il ne lui aurait pas menti mais pourquoi avait-elle fait cela ? Pour essayer de faire éclater au grand jour une liaison adultère ? Non, songea-t-elle, si Leo devait la tromper, cela ne serait pas avec une femme telle que Mildred, elle en était persuadée. Mais alors que s’était-il passé ? Elle ne le savait pas mais Leopold semblait furieux, au vu de la manière dont il malmenait la rédactrice de Multiplettes, et elle le comprenait. Elle-même avait l’impression de sentir ses joues rougir un peu, bafouée. Était-elle si insignifiante que l’on ne prenne même pas la peine de se dissimuler pour tenter de séduire son mari ? Mildred Magpie, avec qui elle avait déjà discuté, Mildred qui avait suivi tout du long sa grossesse et qui désormais, tenter d’embrasser son époux en sa présence et en la présence du monde magique réuni ? Elle aurait dû intervenir, demander à Leopold de cesser de secouer le poignet fin de la romancière mais elle était soulagée qu’il réagisse ainsi, qu’il la protège, elle et ses enfants à lui, elle et leur mariage. Ce n’était qu’un malentendu, affirmait Mildred, une méprise mais Leopold était un homme intelligent qui n’aurait jamais réagi ainsi pour une « méprise ». Elle posa un regard plutôt froid sur Mildred, alors que son mari alpaguait la foule pour rétablir son honneur et celui de la famille, dans une attitude plutôt chevaleresque.

- Vous devriez partir, murmura-t-elle à l’adresse de la journaliste.

Il était inutile de poursuivre cette scène en public, c’était indécent. Rosaleen était issue d’un monde qui ne tolérait pas ce manque de distinction, cet étalage public et les gens aussi extravertis et sans limites comme Mildred. Elle n’aimait pas tous ces regards qui étaient portés pour eux. Ses yeux s’écarquillèrent lorsque Leopold saisit son visage entre ses mains. Il avait accroché à son poignet un adolescent inconnu, Kessy était juste à côté d’elle et elle n’était pas à l’aise avec les démonstrations publiques d’affection. Néanmoins, il lui souffla un mot d’amour qui l’apaisa un peu, bien qu’il la fit rosir un peu plus. Les choses n’avaient pas été idylliques ces derniers mois entre eux, entre la révélation de ses enfants cachés et les répercutions de l’attentat. Il déposa un baiser tendre sur ses joues et, bien qu’elle fut gênée de tous ces gens autour d’eux, elle lui adressa un sourire, sous l’exclamation attendrie de sa belle-fille.

- Moi aussi, murmura-t-elle.

Elle voulait que les choses se passent bien entre eux, pour la paix de leur maison, pour qu’ils soient bien tous les deux, qu’ils puissent se reposer l’un sur l’autre. Leopold avait une vie pesante. Elle voulait également que les choses se passent bien pour Nicholas, pour qu’il puisse grandir dans une famille unie et épanouie, même si un peu atypique. Leur moment d’intimité avait visiblement profité au jeune adolescent puisqu’il fut détaché de son époux et s’éclipsa, ce qui leur permit de retrouver un peu plus d’intimité. Elle était plus à l’aise avec seulement Kessy à ses côtés, malgré les regards qui restaient sur eux : l’avertissement de Leopold n’avait pas suffit à dissiper les plus curieux. À cet instant, Rosaleen aurait aimé que leur service d’ordre s’en mêle.

- Merci d’avoir mis les choses au clair, souffla-t-elle en réponse alors qu’il glissait un bras autour de ses épaules. Elle est folle, tout simplement… murmura-t-elle, peu encline à afficher de la compassion envers Mildred qui semblait s’être enfuie de la Grande Salle. J’espère que cela ne va pas éclipser la soirée pour les victimes…

Mais c’était trop tard visiblement. Le service communication avait déjà bondi sur son époux en la personne d’Isobel Lavespère et d’une autre femme que Rosaleen ne connaissait pas. Soupirant, elle les salua d’un hochement de tête et glissa sa main libre dans le dos de son époux, comme pour lui souhaiter bon courage. Puis, fit quelques pas avec Kessy, comme pour s’éloigner de l’attroupement.

- Je suis désolée que tu aies dû assister à cela, s’excusa-t-elle. Les choses sont plus compliquées, quand la presse s’en mêle. Cela rend les relations familiales plus compliquées. Enfin, ajouta-t-elle, tu as dû le réaliser par toi-même…


Irving WhitakerAubergisteavatar
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Lauren répondit par la négative lorsqu’Irving lui proposa un dernier verre. La jeune femme préférait tenter de rejoindre Samantha plutôt que de s’éterniser, ici, à Nimbus.

« Tu as bien du courage de retourner là-bas !
souffla-t-il en enfilant son manteau, il faudrait me payer pour que j’y remette les pieds…Et encore ! »

Même si on lui offrait quelques galions en échange, Irving ne comptait pas retourner à cette soirée de commémoration … qui n’en était pas vraiment une, de toute façon. A cause de cette animation, il n’y avait eu aucune place au  recueillement et le seul moment où Irving avait pu parler sincèrement de ce qu’il avait sur le cœur, c’était ici, à Nimbus, autour d’une omelette. Il ne ressentait pas le besoin d’aller se recueillir à Poudlard, au milieu des serveurs aux ailes d’anges et de leurs cocktails multicolores… Au contraire.
Il allait envoyer un patronus à Nora pour lui expliquer sa mésaventure et transplaner tranquillement à Mallowsweet pour retrouver Tara, Sybille et Finn. Sa sœur serait surement ravie d’être libérée plus tôt de sa séance de Baby-sitting.  Irving avait eu assez d’émotions fortes pour ce soir et la perspective de passer le reste de sa soirée assis au coin du feu le réjouissait bien plus qu’il ne l’aurait cru. Il trouverait bien une autre occasion pour voir Jeremy et Juliet, se dit-il en se levant de la banquette, quant à Nora, il savait qu’elle comprendrait.

Irving releva les yeux vers Lauren lorsqu’elle affirma que la soirée n’avait pas été si terrible que ça. Il suivit son regard jusqu’au ruban blanc posé sur la table derrière eux et esquissa un léger sourire.

« C’est vrai. On aurait  pu plus mal tomber. » ajouta-t-il en s’alignant sur le ton et les propos mesurés de Lauren. Irving n’allait quant même pas être le seul à s’enthousiasmer de ce moment partagé : Certes ils avaient réussi à briser la distance entre eux et ils s’étaient même trouvés des points communs –qui l’eut cru- mais de là à avouer qu’il avait passé une bonne fin de soirée, il y avait un pas…qu’Irving finit par franchir, à sa manière : « C’était cool de bavarder un peu avec toi en tout cas. »

Bah. Il pouvait bien révéler le fond de sa pensée, après tout., il n’était plus à ça près !

« Passe le bonjour à Sam de ma part. » ajouta-t-il alors. Il ne voulait pas que Lauren se sente obligée de lui rendre la pareille. Il posa sa monnaie  sur le comptoir pour régler l’addition, salua d’un geste de la main quelques connaissances du bar avant de se tourner une dernière fois vers la jeune femme.

« Bon, ben… J’vais m’pencher un peu plus sérieusement sur les pages sportives de la Gazette. J’espère avoir d’tes nouvelles dans la rubrique transfert, dit-il en esquissant quelques pas à reculons en direction de la sorte, ...Sur ce…à la prochaine. »

Il lui accorda un bref sourire avant de tourner les talons et de quitter l’Entrepot’es.

Terminé pour Irving


Every day of your life is a leaf of your story which you write
Sasha BensonQuatrième annéeavatar
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Dave ne devait pas son poste à la March Bank qu'au seul fait que l'établissement porte son nom de famille, visiblement. Le jeune homme lui fournit une réponse assez détaillée sur la gestion des revenus extérieurs pour les mineurs, et Sasha s'efforça de retenir le maximum d'informations. Alors qu'il évoquait les enfants travaillant dans le mannequinat ou le spectacle, l'adolescente se demanda si elle avait touché quelque chose la fois où elle avait joué les mannequins pour T&T avec Victor. L'argent n'était pas vraiment une de ses priorités à l'époque, et elle s'était satisfaite des vêtements gratuits -qui ne lui allaient malheureusement plus aujourd'hui- mais il était possible qu'elle ait gagné quelques galions au passage. Elle se promit de vérifier cela rapidement.

La jeune Serpentard eut toutes les peines du monde à cacher sa déception quand son ancien camarade répéta que seuls ses parents pouvaient faire la demande pour débloquer son argent. Elle aurait préféré pouvoir s'occuper de ça toute seule sans avoir à compter sur sa mère. Susan était aussi désorganisée et passive que Sasha était rigoureuse et volontaire. Elle se noyait dans une goutte d'eau et était découragée par la moindre démarche un tant soit peu complexe. Comme à son habitude, sa mère ne prendrait aucune initiative seule, attendrait que Sasha soit là pour s'occuper de tout, et se contenterait de signer en bas du formulaire. Ce qui voulait dire attendre les prochaines vacances scolaires, donc perdre de précieuses semaines. Elle soupira.

"Il n'y a vraiment aucun moyen que je puisse faire la démarche moi-même ?" s'enquit-elle.

Elle enviait un peu Dave, qui avait la chance d'avoir un père ambitieux et impliqué qui aurait certainement fait n'importe quoi pour aider son fils à évoluer. Sasha savait que sa mère ne pensait pas à mal, mais elles avaient une vision si différente des choses ! Sa mère continuait de lui répéter qu'elle n'était pas obligée de faire "tout ça", elle pensait que c'était trop de faire un stage et un séjour à l'étranger, qu'il était important de se reposer. Se reposer c'était bon quand on voulait devenir secrétaire médicale à Ste-Mangouste, pas quand on voulait réussir dans la vie !

Plus les années passaient et plus Sasha était agacée par le manque de volonté de sa mère, qui se plaignait de son faible salaire sans rien faire pour changer de métier, et qui disait souffrir de la solitude mais ne sortait jamais de chez elle ! Depuis son divorce, elle subissait la vie sans prendre la moindre initiative pour essayer d'en reprendre le contrôle, et c'était quelque chose que Sasha n'arrivait pas à comprendre. Elle était certaine qu'être le fils du Ministre de la magie avait son lot d'inconvénients, mais Dave n'avait certainement jamais été freiné dans ses ambitions par son père, alors que c'était exactement ce que ressentait Sasha.

Il y avait toutefois une bonne nouvelle dans la réponse apportée par le jeune homme : il semblait croire qu'un programme d'été à l'université de Salem serait une raison suffisante, à condition que ce projet soit confirmé. L'adolescente retint un nouveau soupir.

"J'ai été pré-sélectionnée, répondit-elle à son regard interrogateur. Il faut que je présente un dossier complet à la commission chargée du recrutement final, et ils demandent un plan de financement… "

Il lui fallait un plan de financement pour avoir une chance d'être choisie, mais ce financement ne serait débloqué que lorsqu'elle serait effectivement sélectionnée. Voilà qui était simple et logique. Elle en viendrait presque à comprendre le découragement de sa mère face à l'administration sorcière, mais elle n'allait pas se laisser abattre si facilement.

"J'imagine que je pourrai mentionner le compte bancaire et leur expliquer que les fonds seront débloqués si je suis reçue, réfléchit-elle à voix haute en cherchant l'approbation de Dave du regard. Je postule aussi pour une bourse à côté. Qui ne couvrait malheureusement pas la totalité des frais d'inscription. C'est un plan de financement sérieux, non ?"

C'était, de toute façon, le seul qu'elle avait. C'était curieux de voir les choses sous cet angle mais sans la mort d'Ana, elle n'aurait jamais eu les moyens de s'inscrire à ce programme. La bourse ne suffisait pas et sa mère ne gagnait pas assez pour que Sasha puisse faire un emprunt important. Si son père avait été là il aurait pu se porter caution, même s'il gagnait de l'argent moldu, mais elle ne pouvait plus compter sur lui. Sa gorge se serra un peu à cette idée, et elle voulut relever les yeux pour jeter un œil en direction du père de Dave, mais le Ministre de la magie avait disparu. Elle parcourut rapidement la salle des yeux et le trouva de l'autre côté de la pièce, en train d'embrasser son épouse sous les yeux d'une Mildred Magpie déconfite qui ne tarda pas à prendre la fuite…

"Je crois qu'il s'est passé quelque chose, lança-t-elle en reportant son attention sur Dave. Si tu veux, enfin si vous voulez vous rapprocher, je vous suis."

Elle avait momentanément abandonné le vouvoiement quand elle avait évoqué ses souvenirs de l'époque où Dave empruntait toujours le Gringotts Time avant elle, mais elle y revenait chaque fois qu'elle l'associait de nouveau au statut de fils du Ministre de la magie. Il était certain que Dave n'avait jamais eu de problème d'emprunt ou de plan de financement pour payer ses études, mais être le fils de Leopold Marchebank ne devait pas être si simple tous les jours, songea-t-elle en observant le petit attroupement qui s'était formé autour du Ministre, de sa femme, et de sa fille.



Dave MarchebankEmployé de la March Bankavatar
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Dave eut l’impression que ses réponses décevaient en partie Sasha et il en était navré pour elle. C’était sans doute le fait de savoir qu’elle ne pouvait pas accéder librement à cet argent qu’elle avait gagné avant ses dix-sept ans, il pouvait comprendre que c’était frustrant. C’était visiblement aussi l’idée de dépendre de ses parents, comprit t-il en écoutant la remarque de Sasha.

« Eh bien… Non, pas vraiment. A moins d’être émancipée, tu dépends des démarches de tes parents, au regard de la loi. »

Il était bien sûr curieux de savoir pourquoi Sasha tenait à faire les choses elle-même mais même s’ils étaient liés par ce stupide bracelet, Dave ne se sentait pas la place de lui poser une question aussi personnelle. Chacun ses problèmes de famille. Il n’aurait pas apprécié que quelques mois plus tôt, elle s’enquiert de comment il vivait le fait d’avoir des demi-soeurs illégitimes, alors qu’ils ne se connaissaient pas. C’était indiscret de demander des précisions sur sa relation avec ses parents, tout ce que Dave pouvait faire était lui donner toutes les clés de compréhension de sa situation, et toutes les options qui se présentaient à elle. L’émancipation était la plus radicale de toutes.

A la fin de son discours, Sasha lui révéla qu’elle était pré-sélectionnée et qu’elle avait besoin de ces garanties financières si elle voulait passer l’étape suivante. Dave hocha la tête, comprenant immédiatement le dilemme dans lequel elle était placée.

« C’est le serpent qui se mord la queue, en résumé… »

Mais peut-être que ce n’était pas perdu, songea t-il. Une pré-sélection pourrait suffire à la commission spéciale qui examinerait son dossier. Sasha n’était pas à court d’idées, de toute manière, car elle renchérit sur d’autres propositions, notamment la bourse pour laquelle elle postulait.

« Oui, c’est un plan de financement présentable, approuva t-il. La banque peut te fournir des papiers attestant de la somme que tu as gagné et je pense que ça peut suffire aux personnes qui examineront ton dossier pour ce programme scolaire. Hmmm… Moi je te conseille de mener toutes les démarches en parallèle, ensuite, c’est le timing qui te sera favorable ou non. Je ne sais pas de combien de temps tu disposes pour clore ton dossier pour Salem, mais en ce qui concerne le déblocage de ton compte, il me semble que le délai de traitement de la commission varie entre trois et cinq semaines… Je revérifierai, si tu veux, proposa t-il. Si jamais c’est trop tard, tu peux toujours leur demander de t’envoyer un papier qui confirme que ta demande est en cours et l’ajouter à ton dossier. Ca sera une preuve supplémentaire de ton engagement. »

Il conclut avec un bref sourire pour Sasha, espérant qu’il l’avait aidée à y voir plus clair. Il appréciait les projets ambitieux et il semblait qu’elle ne manquait pas, déjà à son âge. Il lui souhaitait de réussir à accéder à ce stage, ce serait un véritable plus sur son CV en sortant de Poudlard.

A ce moment-là, l’agitation qui régnait autour d’eux interrompit momentanément leur conversation. Dave suivit le regard de Sasha mais de là où il était, et surtout en étant assis, il voyait mal ce qu’il se passait. Il eut l’impression de distinguer la chevelure rousse de Mildred Magpie en compagnie de son père et cela le fit aussitôt grimacer. Il n’aimait pas beaucoup cette femme, ni les papiers à scandale qu’elle écrivait. Elle n’avait jamais rien écrit de non élogieux sur lui ou sur sa famille et c’était justement un problème pour lui à une époque. Quand le scandale entourant les infidélités de son père avait éclaté, elle n’avait écrit que des articles vomitifs sur combien cette famille recomposée entre Rosaleen, Nicholas d’un côté, Kessy et Cassandre de l’autre et lui au milieu était merveilleusement émouvante, autrement dit, absolument pas ce que Dave avait envie de lire. Depuis, il l’avait mentalement catégorisée dans le groupe des « lèche-culs » pour parler vulgairement.

« Non, ça ira » répondit t-il donc, en détournant le regard de cette scène.

Il y avait de toute manière beaucoup de trop de monde attroupé pour qu’il ait envie de s’y frayer un passage avec son fauteuil roulant. Il aurait tout le temps de voir son père plus tard, s’il en avait envie. Pour l’heure, il était bien dans ce coin de la salle avec Sasha, ils n’attiraient pas l’attention, Leopold et Rosaleen captaient tous les regards et cela lui convenait parfaitement. Il reporta son attention sur Sasha et la reprit une seconde fois, plus aimablement que la première, avec même un sourire :

« Ce n’est pas en me vouvoyant qu’on va réussir à rompre ce bracelet… » Il n’avait cela dit aucune idée de comment ils devaient s’y prendre, à part continuer de parler et se connaître un peu mieux. C’était la tâche de leur soirée. Dave enchaîna donc avec une meilleure volonté qu’au départ, maintenant qu’ils avaient déjà discuté. « Alors, en quoi consiste ce programme à Salem, exactement ? »



Merci pour l'avatar Titine  I love you
Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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La petite plaisanterie de Jonah tira un mince sourire à Abel qui secoua la tête. Effecitvement, certains parents devaient être enchantés que lui et son équipe ne soient pas parvenus à modifier la trajectoire des trajets de Poudlard. Autant ils avaient des dialogues assez éclairés et équilibrés avec les professeurs de l’école sur le projet de transformation, autant avec les parents d’élèves c’était une toute autre histoire… Abel le voyait lors des réunions de concertation avec le conseil d’administration, car ils en faisaient régulièrement. Certains d’entre eux -les plus attachés aux valeurs traditionnelles et à l’histoire séculaire de l’école- s’opposaient à ses idées dès qu’elles allaient un peu plus loin que simplement dépoussiérer quelques pierres par-ci par-là. Déjà qu’il voyait bien qu’il n’attirait pas des regards approbateurs quand il venait en réunion vêtu d’habits moldus, comme tous les jours… Mais Abel refusait de porter des vêtements très peu pratiques, datant du quinzième siècle, peu importait qu’il passe pour une espèce d’américain parvenu.

« Je ne sais pas si ça me console, mais effectivement, vous avez sûrement raison. Pourtant, pour une fois, c’était une décision qu’on avait réussi à faire passer presque à l’unanimité auprès du conseil d’administration » glissa t-il, de son humour sérieux.

Les parents avaient été globalement plutôt sensibles à l’argument sécurité des étudiants. Cela n’avait de toute manière pas abouti, Abel s’était heurté sur la personnalité capricieuse du bâtiment. Et Jonah allait rencontrer les mêmes difficultés, s’il voulait intégrer une cellule de vie moldue dans l’école, Abel en était persuadé. Il parut renoncer à l’idée de demander la levée des sortilège de protection pour installer son expérience, ce que l’archimage jugea sage. Abel n’était peut-être en Angleterre que depuis un peu plus d’un an, mais c’était largement suffisant pour prendre la mesure de la peur et la méfiance que ressentaient les sorciers anglais à l’égard du monde moldu, alors il se doutait que cette demande n’aboutirait jamais auprès du Ministère. Il y avait après tout un département entier destiné à maintenir le secret magique et gérer les éventuelles bourdes. Les Etats Unis étaient également signataires de la convention qui imposait le secret magique alors Abel comprenait que toutes ces précautions soient prises. Dans son pays, ceux qui contrevenaient délibérément à cette loi étaient même plus sévèrement punis qu’en Angleterre et ça, c’était du à l’histoire assez traumatisante du pays, avec les procès de Salem. Cependant, il y avait une différence fondamentale entre leurs modes de vie. Ce qui l’interpelait beaucoup dans la culture anglaise, c’était cette propension à ne pas se mélanger du tout avec les moldus. Les sorciers américains croyaient au contraire au fait que mieux ils se mélangeraient parmi les moldus et adopteraient leur culture, mieux ils seraient cachés.

Aussi la démarche de Jonah de faire sortir les étudiants du véritable huit-clos qu’était Poudlard et les emmener découvrir le monde moldu lui semblait être une initiative beaucoup plus proche de ses croyances à lui.

« Tout à fait, je dirais même que rien ne vaut l’expérience en situation réelle, approuva t-il en captant le regard de Jonah. Même si je pense que vous aussi, vous risquez de vous heurter à certains membres du conseil d’administration, avec ce projet… »

Il n’avait pas besoin de donner des noms, Jonah voyait sûrement très bien de quelles personnes ils parlaient. Ils côtoyaient tous les deux les parents d’élèves pour des raisons différentes. Ils en vinrent à parler de Leopoldgrad et des influences moldues qu’il avait pu utiliser, ce qui amena Abel à avouer :


« Oui, c’est le cas. Je voulais que ce projet réunisse ce qu’il y a de meilleur dans nos deux mondes. La performance de l’innovation technologique et l’audace architecturale qu’on trouve dans le monde moldu et notre capacité à nous en tant que sorciers d’atteindre des objectifs inimaginables. En l’occurrence, rendre toute une ville mobile… »

Chose dont aucun ingénieur moldu n’aurait été capable. Le projet Leopoldgrad avait été pour lui l’occasion d’explorer beaucoup plus que le simple champ architectural. C’était un projet tellement complexe et tellement innovant qu’il avait du travailler en étroite collaboration avec des métiers très spécialisés, des ingénieurs magiques dont la plupart des sorciers seraient incapables d’imaginer le domaine d’expertise et cela avait beaucoup plu à Abel. Et surtout, cela lui avait donné des sujets sur lesquels réfléchir.

Il n’eut toutefois pas l’occasion de livrer ses réflexions sur le sujet à Jonah, car il enchaîna sur une question plus délicate et cela se sentit dans le ton précautionneux qu’il employa. Evidemment, Abel savait ce qu’il était prévu de faire à la place du bâtiment détruit de la March Bank, mais la population sorcière n’était pas encore informée de tous les détails. Le Ministère attendait de préciser le projet, de valider les budgets alloués avant de faire des communiqués complets. Abel se doutait que ce sujet devait alimenter la curiosité de tout le monde, alors ce n’était pas étonnant que Jonah profite d’avoir un des architectes du projet sous la main pour en savoir plus. Malheureusement c’était un dossier sensible sur lequel ils avaient eu des instructions assez claires de la part du département de la communication où travaillait Isobel.

« Eh bien, nous travaillons dessus mais le Ministère veut garder la main sur l’information tant que le projet n’est pas validé. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il y aura un lieu de commémoration pour les victimes en plus des éventuelles reconstructions. »

Il n’y avait pas que la banque qui avait été endommagée, la place devait être refaite à certains endroits et une partie du centre commercial avait également été détruite. Abel ne pouvait guère en dire davantage, le Ministère était désireux de préparer une bonne communication autour de ce sujet très sensible qui serait forcément soumis à la critique. Le projet Leopolgrad ne remportait déjà pas tous les suffrages, alors si on parlait de sa reconstruction, en plus dans un climat de terrorisme national… Pour le moment, ce qui était prévu était de reconstruire la banque à l’identique, avec un meilleur plan de sécurité en cas d’évacuation du bâtiment, mais tout cela nécessitait des plans de financement que le ministère était justement en train de préparer.

Taisant ces informations, Abel choisit de revenir sur le sujet moins glissant sur lequel ils étaient quelques minutes plus tôt. Jonah avait effleuré le thème de ses inspirations pour Leopoldgrad, qui alimentait beaucoup de ses réflexions, pas seulement sur le plan architectural. Une main sur son menton dans une posture pensive, il fit glisser la conversation avec son compagnon de soirée vers un débat pour lequel il n’avait pas beaucoup d’interlocuteurs en dehors du monde du travail :

« Pour en revenir à ce dont on parlait, c’est vrai qu’on s’est beaucoup inspirés du monde moldu pour le projet. En fait, j’avais envie que ce projet puisse soulever un débat sur l’innovation sorcière et sur les leçons qu’on peut tirer des moldus sur ce sujet. »

Jonah devait sûrement avoir un avis sur la question, puisqu’il étudiait le monde non-magique et tentait de le transmettre. Abel était curieux de connaître son opinion alors il continua, en posant son regard sur lui : 

« Je pense que le monde sorcier est beaucoup plus lent à changer que le monde moldu, pas seulement en Angleterre. C’est le cas aux Etats-Unis, aussi. A mon avis, c’est parce que les sorciers ont longtemps été beaucoup plus performants. Avant la révolution industrielle, il n’y avait pas photo, la magie nous a toujours permis d’aller dix fois plus vite, de faire dix fois plus de choses. Puis la révolution industrielle est arrivée, avec son lot d’inventions qui ont permis aux moldus d’augmenter considérablement leurs capacités de production. On restait encore plus performants qu’eux à cette époque, je pense, dans tous les domaines. Et comme cela faisait des siècles que notre médecine était meilleure, notre espérance de vie plus longue, nos moyens de transports plus rapides, on s’est reposés sur ces acquis-là. Mais maintenant… Les choses ont un peu changé. »

Jonah devait savoir mieux que la plupart des sorciers anglais ce à quoi il faisait référence, puisqu’il était un spécialiste de la culture moldue. Il poursuivit donc, sans crainte qu’il ne comprenne pas les mots qu’il utilisait :

« Je crois que la science moldue commence à nous dépasser sur plusieurs champs, avec la révolution numérique. Entre le temps que met un Patronus à arriver à son destinataire et un mail ou un SMS, ce n’est plus nous qui gagnons, n’est-ce-pas ? On pourrait citer plein d’autres domaines où ils savent faire des choses que nous ne savons pas faire, la chirurgie, la génétique, les enquêtes criminelles… Les moldus inventent tous les jours des objets qui leur permettent d’améliorer leur quotidien et faire avancer leur société. Nous… Plus tellement. Vous qui êtes professeur, vous devez bien voir les métiers vers lesquels s’orientent les élèves après l’école. Combien parmi eux s’intéressent à des carrières d’ingénieurs, par exemple ? Vous savez, on a été obligés de recruter plusieurs cabinets étrangers, pour Leopolgrad, parce que le génie civil sorcier en Angleterre est très peu représenté. »

Et surtout pas assez spécialisé et performant face à l’exigence et la difficulté de ce projet-là. Sans rentrer dans ces détails-là, Abel but une gorgée de son verre de rhum, puis renchérit, en haussant les épaules :

« Mais ça, j’arrive à le voir parce que je connais le monde moldu, je sais ce qu’ils sont capables de faire. Aux Etats-Unis, il y a un mélange plus prononcé des deux cultures, alors ça favorise le fait qu’on puisse s’inspirer d’eux pour faire ces petits objets très pratiques par exemple, dit t-il en sortant de sa poche son propre Pear One, qu’il posa sur le comptoir. Il reporta son regard sur Jonah et eut un léger sourire en concluant. Bref, je pense que vous exercez un métier qui peut avoir beaucoup d’impact sur la prochaine génération de sorciers, ici. »



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L'idée du siècle (scénario commun Saint-Valentin)

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