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 Les actualités d'aujourd'hui, c'est l'histoire de demain.

Jonah ForbesDirecteur de Serpentardavatar
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Dernière édition par Jonah Forbes le Dim 25 Mar 2018 - 9:27, édité 1 fois
01 Mars 2010

Le petit déjeuner était assurément le repas le moins bruyant dans la Grande Salle. Contrairement au diner ou au déjeuner, où les élèves déferlaient comme une vague humaine du haut des escaliers de marbre et des cachots dans un brouhaha assourdissant, le matin était un moment étonnamment calme.  Les plus jeunes se révélaient souvent être les plus matinaux, malgré quelques exceptions, et les autres élèves arrivaient au compte goutte par petits groupes de trois ou quatre. Certains étaient déjà prêt à aller en cours: Cartable sur les épaules, tenue soignée, cheveux peignés quant d'autres semblaient tout juste sortir de leur lit avec les plis de l'oreiller encore imprimés sur la joue.

A la table des professeurs, Jonah arrivait toujours dans les premiers. Non seulement il dormait peu mais il aimait prendre le temps pour boire son thé et discuter avec ses collègues et notamment avec Neville son voisin direct sur la grande table.

" Hannah a signé le compromis de vente hier, ça y est, le chaudron baveur nous appartient."

-Vraiment ? C'est une excellente nouvelle" s'enthousiasma Jonah en se tournant légèrement en direction de son ami.
-On va surement faire une soirée là-bas pour fêter ça avant de se lancer dans les travaux. Un petit truc, en petit comité, tempéra le Directeur de Gryffondor,  mais on aimerait bien que vous veniez toi, Thelma et quelques autres professeurs..."
-Si je ne suis pas de garde, je viendrai avec plaisir, assura Jonah, D'ailleurs dites moi si vous avez besoin d'un coup de mains pour les travaux. J'ai quelques connaissances en électricité, ça peut vous être utile pour la partie moldue..."

-Hé, salut P'pa ! Bonjour Professeur Londubat !

Gaby venait de quitter la table des Serpentard, et, comme à son habitude, il faisait un petit détour pour saluer son père et Neville. On aurait pu penser que cette habitude lui passerait au fil des mois -il était le seul élève à s'approcher de la table des professeurs pour quelques instants- mais il ne semblait pas prêt d'arrêter.

-Bonjour Gabriel.

- Salut fiston. Bien dormi ?
-Grave ! s'exclama-t-il en s'étirant, j'ai réussi à m'endormir avant Chad du coup je l'ai pas entendu ronfler, révéla-t-il, ce qui n'est pas l'cas d'tout le monde dans notre dortoir.
Il jeta un regard amusé à son groupe d'amis qui l'attendait en bas de l'estrade, en cercle, pour ne pas avoir à croiser le regard des enseignants.

Effectivement, le prénommé Chad, un garçon blond à la peau lisse et aux joues pleines comme un bébé semblait parfaitement reposé contrairement aux autres ! En bon directeur de Maison, Jonah fronça légèrement les sourcils, d'un air préoccupé. Il allait en toucher deux mots à Rachel Silvester. Ses Serpentard avaient besoin de sommeil pour gagner la coupe des quatre maisons ! Cette pensée lui tira un bref sourire, sourire qui se figea quelques peu lorsque Virgil rentrant dans la Grande Salle en compagnie de Kasya et Damon. Allure dégingandée, cheveux hirsutes, cernes sous les yeux... Pas de doutes possible, c'était bien son fils qui se trainait d'un pas nonchalant jusqu'à la table des Gryffondor. Les deux Forbes échangèrent un regard mais le plus jeune finit par détourner les yeux.

La relation entre le père et le fils s'était encore dégradée d'un cran depuis l'épisode St-Valentin et Jonah était encore particulièrement en colère contre lui. Comment avait-il pu faire une chose pareille ? Que se passait-il dans cette maudite caboche pour qu'il ait des idées aussi tordues ? Pourtant Jonah avait élevé tous ses fils de la même manière mais Virgil semblait être le seul à être animé de si mauvaises intentions... Comme si son travail médiocre et ces histoires de drogues ne suffisaient pas, il avait fallut qu'il diffuse cette vidéo holographique à tout le monde magique ! Jonah avait été atterré d'apprendre ça, lui qui pensait avoir élevé ses fils dans le respect des autres. Honnêtement, il avait eut honte de sa progéniture, honte que Virgil s'abaisse à de telles exactions sans réfléchir une seule secondes aux conséquences de ses actes sur la vie d'autrui.

La sanction n'avait pas tardé et pour être tout à fait honnête, le ton était particulièrement monté entre les deux Forbes. Une fois dans l'intimité de son appartement de fonction, Jonah avait laissé éclater sa colère contre son fils, allant jusqu'à projeter le Pear One de Virgil contre le mur. L'appareil s'était brisé en une multitude de petits morceaux...

Après ce coup de sang -dont Jonah n'était pas particulièrement fier, il devait l'avouer- Agathe les avait rejoint et elle lui était tombée dessus affirmant qu'elle comprenait qu'il ait pu confisqué le Pear de Virgil mais que Jonah  n'avait pas à le réduire en miette. Sur le fond, il était plutôt d'accord avec elle mais il n'avait pas supporter qu'elle lui fasse la remontrance devant Virgil qui s'était empressé de sauter dans la brèche. Bref, au final, Jonah s'était également disputé avec son ex-femme et cette soirée de St-Valentin avait purement et simplement virée au cauchemar. Depuis Virgil lui adressait à peine la parole ce qui n'était pas plus mal tant Jonah avait des difficultés à supporter son comportement d'enfant terrible, insensible, pourri gâté par sa mère.

Mais quel adulte allait-il devenir ? Certes Jonah était particulièrement en colère contre lui mais il ressentait aussi un puissant sentiment d'inquiétude à l'égard de son fils. Il était sur la mauvaise pente, assurément. Etait-ce trop tard pour redresser le tir ? Leur relation était-elle vouée à se dégrader encore et encore sans que Jonah ne puisse lui faire entendre raison?
L'enseignant avait beau tout faire pour que Virgil prenne conscience de ses actes, il avait parfois l'impression que c'était peine perdue... Certes, son fils avait fini par rédiger une lettre d'excuse à Magpie et au Ministre mais Jonah n'était pas sûr qu'il ait  réellement prit conscience de l'importance d'une telle démarche...

"...hein p'pa ? P'pa !"

Jonah quitta des yeux les épaules voutées de Virgil pour se reconcentrer sur Gabriel.


"J'disais au Professeur Londubat que chaque Maison pourrait avoir une bouture à s'occuper et qu'on pourrait faire un concours de la Maison qui l'a mieux fait grandir !"

Gaby ne manquait pas d'idée. Parfois Jonah se reconnaissait dans son enthousiasme et son inventivité.

"Tu parleras de tout ça avec lui en cours. Là, le Professeur Londubat veut juste boire son café tranquille."

"Oups, pardon. Je voulais vraiment pas vous embêter professeur. Votre café va être tout froid ! D'ailleurs je vous conseille de gouter la tarte du jour elle est vraiment délicieuse trempée dans..."
"Gaby..."
"Ok, ok, je m'en vais !" lâcha le gamin en levant les mains de part et d'autre de son visage "A plus tard !" Il fit quelques pas à reculons et manqua de rentrer dans Thelma qui venait d'arriver pour prendre son petit déjeuner.
"Regarde donc où tu vas" souffla Jonah en secouant la tête affectueusement tandis que Gabriel se confondait en excuses auprès de la directrice des Poufsouffle.

Jonah releva les yeux vers elle et lui accorda  un léger sourire.

"Bonjour." souffla-t-il tandis qu'elle prenait place près de Neville et lui. L'enseignant porta sa tasse de thé tiède à ses lèvres tout en l'observant.

Avec Thelma c'était....compliqué. A vrai dire, ils n'avaient pas vraiment reparlé de cette soirée où il ne s'était absolument rien passé mais où chacun savait qu'il aurait pu se passer quelque chose. Du moins, c'était l'impression que Jonah en avait. Les deux enseignants s'étaient reparlés depuis, bien sûr, de façon enthousiaste comme à leur habitude, mais leurs discussions étaient restées professionnelles. Il avait été question du club de duels, du voyage en Australie, de tout un tas de projets mais ils ne s'étaient jamais retrouvés dans une situation aussi intime que la dernière fois. Jonah n'était pas retourné chez elle et l'inverse était vrai également. Il faut dire que depuis la St-Valentin, Jonah avait quelques problèmes familiaux à gérer et sa vie sentimentale passait clairement au second plan...

"Prête pour affronter cette journée ? s'enquit-il en réfléchissant à l'emploi du temps de Thelma qu'il connaissait plutôt bien, tu as tes sixièmes années ce matin, non ?"

Il attendait la réponse de la jeune femme lorsqu'une nuée de hiboux déboucha dans la Grande Salle pour livrer les journaux. Ils arrosèrent quelques élèves, surtout les Serdaigle- avant de venir livrer la table des Professeurs. Un hibou dodu au pelage grisé s'arrêta devant Jonah pour lui remettre le Gringotts Time et la Gazette que l'enseignant déroula  devant lui sans jeter immédiatement un œil aux gros titres...


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Thelma CorriganProfesseur de DCFMavatar
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Une petite chanson s'éleva doucement du réveil de Thelma et vint lui chatouiller les oreilles, qu'elle recouvrit aussitôt d'un coussin rebondi. Malheureusement, la chanson ne s'arrêta pas, et son volume augmenta progressivement. Elle fut bientôt accompagnée des piaillements surexcités de Pou le Boursouf, et ce fut le signal que Thelma attendait pour repousser les oreillers en grognant. Par tous les grands sorciers de tous les temps ! Pourquoi refusait-on de la laisser dormir ? Elle était matinale et sautait prestement sur ses pieds tous les matins, pourquoi ne pouvait-elle pas se rendormir et faire la grasse matinée, juste une fois ? Envoyer ses sixième année au diable, voilà qui leur ferait le plus grand bien ! D'un geste décidé, elle écrasa le bouton de son réveil, qui retrouva instantanément le silence. Puis elle s'enroula de nouveau dans la couette moelleuse en poussant un soupir de bien-être. Le sommeil était sur le point de l'emporter de nouveau quand quelque chose de chaud, de lourd et de vivant atterrit sur son ventre, grimpa le long de son torse et vint lui lécher le visage en miaulant.

"Oui, oui, bon, d'accord", marmonna-t-elle en caressant le chat derrière les oreilles, pour le plaisir de le sentir ronronner. Elle ouvrit un oeil, puis l'autre, et observa le félin dont le visage se trouvait à deux centimètres du sien. Il lui fallut quelques secondes pour se rappeler qu'elle n'avait pas de chat, et qu'il s'agissait certainement de celui de l'un de ses collègues. L'animal avait dû s'égarer dans l'aile des professeurs. Thelma nota intérieurement de retrouver son propriétaire pour pouvoir lui jeter le mauvais oeil, puis elle éjecta l'animal en douceur et rejeta les couvertures en maudissant l'existence.

Sa nuit avait été agitée. L'unité de recherche des Nargoles londonienne avait trouvé une piste très intéressante. Ils étaient à deux doigts de mettre la main sur une femelle Nargole en chaleur et ainsi de prouver l'existence de ces créatures. Toute l'unité avait été mobilisée, et Thelma avait passé la nuit à arpenter les rues de la capitale endormie, baguette en main. Tout en se préparant à gestes las, elle se remémora les détails de sa nuit, un mélange d'excitation et de gêne l'envahissant à mesure que ses souvenirs revenaient. Le capitaine de l'unité les avait répartis par binôme, et elle s'était retrouvée avec l'un de ses amis, Tod. En soit, Thelma appréciait beaucoup Tod, qui était un homme sympathique, intelligent et intéressant, bourré d'humour. Et il le lui rendait bien, un peu trop bien à en juger les allusions qu'il s'était amusé à lui glisser tout au long de la soirée. Qu'est-ce qui lui avait pris de se déclarer ainsi, maintenant, alors qu'ils se connaissaient depuis des années ? Thelma n'en avait aucune idée.

En soit, elle aurait dû être flattée de ces attentions, et si elle était parfaitement honnête avec elle-même, elle l'avait été. Tod était un homme de son âge, célibataire, qui se voyait bien fonder une famille, acheter une maison et adopter un couple de Nargoles de compagnie qui vivrait au fond du jardin. La soirée avait été parfaite et romantique à souhait, à arpenter les plus beaux lieux de Londres au clair de lune tout en discutant. Pourtant, Thelma n'avait pas saisi les perches qu'il lui tendait, faisant mine de ne pas les voir, répondant d'un rire gêné. Prise au dépourvue, elle n'avait su lui rendre ses attentions, et était rentrée au château aux petits aurores, perplexe et confuse.

Ses deux heures de sommeil ne lui avaient pas permis d'y voir bien plus clair. Après avoir camouflé ses cernes avec la crème fantastique qu'elle avait acquis à Leopoldgrad la semaine dernière, elle se dirigea vers la Grande Salle avec une unique pensée en tête : "café". Pour une fois, elle délaisserait son sacro-saint thé pour une dose d'énergie qui lui permettrait d'affronter ses sixième année.

Parvenue sur le seuil de la Grande Salle, elle jeta un oeil vers la table des professeurs et observa un instant Jonah, en pleine discussion avec son fils, assis aux côtés de Neville. Elle retint un soupir. Au fond, Thelma savait parfaitement ce qui l'avait retenu de saisir les allusions de Tod cette nuit : c'était les quelques secondes de tension qui avaient eu lieu entre son collègue et elle, la dernière fois qu'ils s'étaient retrouvés dans son appartement. Que se serait-il passé si le stupide Pear de Jonah n'avait pas sonné ce soir là ? Thelma y avait rêvé plus d'une fois, à son corps défendant. Ce n'était pas le genre de pensées qu'elle devait cultiver à propos de Jonah, et d'ailleurs, elle ne lui parlait plus que d'Australie, de cours et d'élèves, tentant d'étouffer cette flamme qui n'aurait pas dû s'allumer. Se concentrer sur sa carrière et ses activités, voilà ce qu'elle devait faire. Elle s'était d'ailleurs mis à faire la chasse aux Pear One, qui commençaient à se multiplier entre les mains de ses élèves, et qu'elle confisquait à tour de bras lorsqu'ils avaient le malheur de les sortir en cours. Ces objets avaient montré tout leur potentiel maléfique lors de la soirée de Saint Valentin, après tout.

Comme souvent, Thelma traversa la Grande Salle avec le nez en l'air, observant les gros cumulus qui se formaient au plafond. C'était son petit plaisir du matin, si bien qu'elle ne vit pas le fils de Jonah qui faillit lui rentrer dedans.

"Ce n'est rien, ne t'en fais pas", répondit-elle avec amusement à ses plates excuses. "Moi non plus je ne regardais pas où j'allais."

Étouffant un baillement, elle s'installa auprès de ses deux collègues qu'elle gratifia d'un sourire.

"Bonjour", lança-t-elle en se jetant presque sur le café. Quand Jonah lui demanda si elle se sentait prête à affronter sa journée, elle lui répondit par une grimace évocatrice.

"Je serais bien restée au lit... Je n'ai aucune énergie aujourd'hui. Du coup, je crois que je vais leur pondre une petite interrogation surprise."

Un sourire diabolique aux lèvres, elle étala du beurre sur une tartine avec une vigueur renouvelée, comme si la perspective de torturer ses élèves suffisait à lui redonner de l'énergie. Toute son attention était dirigée vers son petit déjeuner, si bien qu'elle ne redressa même pas le nez quand le vacarme symptomatique de l'arrivée du courrier se fit entendre. Elle se contenta d'écarter une plume tombée dans la marmelade, et de siroter son café, songeant que la presse pouvait bien attendre.

Ce fut seulement lorsque le bec de sa chouette Louise vint lui pincer les doigts qu'elle daigna lui jeter un regard. Et manqua s'étouffer avec sa tartine. Accroché à la patte de Louise se trouvait un somptueux bouquet de roses blanches, entourés par un ruban rouge et accompagnés par une petite carte argentée. Si les fleurs n'avaient pas été apportées par son propre animal, elle aurait pensé à une erreur de livraison. Intriguée, Thelma saisit la petite carte et faillit s'étrangler en lisant les quelques mots qui y avaient été tracés avec soin. Tod. Comment diable avait-il réussi à lui faire livrer des fleurs à temps pour le courrier du matin ? Et surtout comment osait-il les lui envoyer sur son lieu de travail, en plein milieu de la Grande Salle ? Pour qui se prenait-il ? Il avait été à Poudlard, par Merlin, il savait bien comment les choses se passaient ici ! C'était embarrassant. Les joues plus rouges que la confiture de fraises, Thelma s'empressa d'attraper le bouquet et de le faire disparaître sous la table, le jetant à ses pieds sans ménagement.

Tout cela n'avait duré que quelques secondes. Peut-être que personne ne l'avait vu, ni les élèves, ni ses collègues ? Bien décidée à croire à cette option, Thelma attrapa la Gazette la plus proche et se plongea dans sa lecture, comme si c'était la chose la plus passionnante qu'elle ait jamais lu. Elle passa quelques minutes ainsi, dans le silence, à boire son café et à faire semblant de lire. Jusqu'à ce que son regard n'accroche réellement un titre et qu'elle ne manque - une troisième fois, décidément - de s'étouffer.

"Oh Merlin...", souffla-t-elle entre ses lèvres, tandis que son pouls s'accélérait.

Elle redressa la tête pour partager sa découverte avec Jonah, mais attrapa le regard interrogateur de Neville au vol.

"Mon horoscope m'annonce que je vais attraper la dragoncelle", inventa-t-elle rapidement, haussant les épaules avec nervosité. Neville sembla accepter cette excuse, et retourna à la lecture des derniers résultats de Quidditch. Thelma posa alors sur Jonah un regard appuyé, désignant la page huit de son journal du bout du doigt. Puis elle reprit sa propre lecture, pour découvrir tous les détails sordides de l'affaire...
Jonah ForbesDirecteur de Serpentardavatar
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Contrairement à son habitude, Thelma semblait peu réveillée en cette belle matinée. En effet, il était rare de la voir consommer du café de si bon matin, elle qui ne jurait habituellement que par son thé.

"Toi, tu as eu une petite nuit !" s'exclama Neville en désignant la tasse de sa collègue de la pointe de sa cuillère. Il en était arrivé à la même déduction que Jonah, visiblement, et ce dernier laissa échapper un léger rire en se resservant un peu jus de fruit.

"Tu as conscience que tu vas te retrouver avec un tas énorme de copies à corriger ce soir si tu colles des contrôles surprises à toutes tes classes, lâcha-t-il à destination de Thelma, tu seras dans l'incapacité de rattraper ta nuit de sommeil avec ça..." ajouta-t-il, malicieux, en ouvrant directement  son journal aux pages sportives.

Une journée de championnat de quidditch s'était jouée la veille et si Jonah connaissait déjà le score des Flèches (qui l'avaient emportées face aux Frelons 180 à 90) il était impatient de découvrir le nouveau classement.

"Appleby est quatrième, à  10 points des Pies, commenta-t-il d'un ton satisfait, c'est une bonne opération pour..."

Sa phrase mourut lorsqu'il découvrit, à l'autre bout de la Grande Salle, un bel oiseau portant un énorme bouquet de roses blanches serties d'un ruban rouge. Plusieurs élèves levèrent les yeux au ciel, certains poussèrent même quelques exclamations de surprise en montrant l'animal du doigt,...animal qui vint se poser juste devant Thelma. Le sourire qu'avait esquissé Jonah en découvrant cette scène insolite venait de se figer sur son visage. Il n'y avait aucun doute possible, sa collègue était bien la destinataire de cet ostentatoire bouquet. Était-ce son anniversaire ? Non, elle était native d'avril, lui semblait-il, de la fin du mois, comme Dean. Avait-elle parlé d'un quelconque événement à fêter ? Ou pire, était-elle sortie avec quelqu'un hier soir ?  Malgré lui, Jonah arqua un sourcil et  jeta un regard interrogateur à sa voisine avant de se reprendre vivement. Elle n'avait pas de compte à lui rendre après tout, songea-t-il en reportant son attention sur son journal.

"Ohoh... Je ne croyais pas si bien dire en disant que tu avais passé une petite nuit !" commenta Neville en pouffant légèrement. Visiblement, il cherchait l'assentiment de Jonah - ou du moins un peu de connivence- en lui donnant un léger coup de coude mais il ne récolta qu'un sourire légèrement  mal à l'aise de sa part.  

"Pardonnes-moi Thelma, ce n'était pas très classe..." ajouta le Gryffondor visiblement conscient de sa maladresse.

Peut-être qu'en d'autres circonstances, Jonah aurait chambré sa jeune collègue lui aussi mais il se sentait un peu trop désappointé pour cela. Que croyait-il ? Qu'elle allait l'attendre ? Il fallait bien que ce moment arrive... Bien sûr, il s'était passé quelque chose entre eux un mois plus tôt mais rien qui ne retienne une femme à faire de nouvelles rencontres. Thelma était jeune, jolie et brillante, elle aurait eut tord de faire le contraire ! Pourtant Jonah ne pouvait pas s'empêcher de se sentir un peu triste à cette idée. Il avait récolté ce qu'il avait semé, après tout. Ne s'était-il pas arrangé pour ne plus partager des moments trop intimes avec sa jeune collègue ? N'avait-il pas listé mentalement, tous les arguments montrant que ce n'était pas une bonne idée de la fréquenter en dehors du travail ? Si, bien sûr, il avait fait tout ça, alors il ne pouvait pas, aujourd'hui, lui en vouloir...

Jonah leva les yeux de la Gazette pour jeter un coup d'œil à la Grande Salle en effervescence depuis la venue de l'oiseau au bouquet. Thelma avait certes planqué les fleurs sans ménagement sous la table mais nombreux étaient les élèves qui avaient été témoins de l'arrivée de la petite chouette. Les Poufsouffle  jacassaient ça et là et même Casey -d'ordinaire si solitaire- discutait avec deux septième année de sa Maison. Les Serpentards, situés à l'extrémité de la Grande Salle se tordaient le cou pour essayer de voir le bouquet posé aux pieds de Thelma sous la table.

Sa voisine, s'obstinait à faire cas de rien et s'était plongée dans la lecture du journal qu'elle ne quittait pas des yeux. Elle n'avait visiblement pas très envie de parler de cet événement avec lui, ce qui en vérité, arrangeait bien Jonah. Cela lui laissait quelques minutes pour avoir l'air tout à fait détaché si jamais le sujet bouquet revenait sur la table. Il imita donc ces deux voisins et fit mine d'étudier les autres résultats du quidditch alors que toutes ses pensées étaient tournées vers sa jeune collègue et ses belles roses blanches...

"Oh Merlin..."

Les deux directeurs de maison  levèrent la tête dans un même mouvement. Thelma, visiblement un peu nerveuse, balbutia une histoire de dragoncelle qui ne convainquit que  Neville qui retourna bien vite à sa lecture. Au lieu de ça, Jonah insista quelque peu du regard fronçant légèrement les sourcils comme pour lui demander ce qu'il n' allait pas. La réponse ne tarda pas à arriver puisque l'enseignant ouvrit son propre journal à la page faits divers pour découvrir ce qui avait mi Thelma dans un tel état de tension. Là, sous ses yeux, inscrits en gros dans une typographie gothique, on pouvait lire:


***

"CRIME PASSIONNEL EN CORNOUAILLES: L'écrivaine Maria Stevenson se suicide après s'être rendue coupable d'un double meurtre.

C'est une scène macabre qui a été découverte  en ce mercredi 28 février à l'Hôtel Beau Rivage de Fowley. Il est 11h  lorsque la femme de chambre pénètre dans la Suite du dernier étage de l'hôtel et qu'elle découvre l'impensable, trois corps sans vie. Celui de M. Stevenson, le célèbre conférencier, homme de lettres connu et reconnu, étendu sur le lit, nu comme un ver. Il avait loué la chambre la veille, en compagnie de sa jeune et jolie étudiante Stephie Hamilton, qui figure elle aussi parmi la liste des victimes. Son corps inanimé a été retrouvé partiellement mutilé dans la salle de bain de la suite. Le dernier corps est celui de  Maria Stevenson, écrivaine et historienne, femme de Mark. Elle était à la recherche de son mari depuis qu'il avait quitté le domicile conjugal en décembre. D'après des témoins proches du couple, Mark entretenait une liaison avec son élève depuis plusieurs mois, et Maria, sa femme,  ne le supportait pas.

Cet élan de jalousie l'a visiblement conduit à commettre l'irréparable. C'est en effet dans ce sens que s'oriente les éléments de l'enquête.

"Les trois victimes ont succomber par Avada lancé depuis la baguette de Mme Stevenson, a déclaré l'Auror en charge de l'enquête, Sur cette baguette nous avons uniquement trouvé les empruntes digitales magiques de Mme Stevenson,  ce qui laisse à penser qu'elle a tué son mari et la maitresse de ce dernier avant de mettre fin à ses jours."

Une fin tragique pour ce couple d'écrivains dont les parutions rythmaient la rentrée...""

***

*MENSONGE*

Le mot raisonna dans le crâne de Jonah.

*MENSONGE !* tonna-t-il un ton plus fort.

Tout n'était que mensonges ! Jonah avait parlé à Maria à peine quelques semaines plus tôt. Elle soupçonnait l'enlèvement de son mari par la Milice. Mark travaillait sur un pamphlet à charge contre Marchebank ! Il avait disparu en même temps que son manuscrit. Maria faisait tout, depuis des mois, pour alerter la population dans la presse clandestine ! Elle avait donné des interviews au LiberAvon et plus récemment au London Calling et aujourd'hui...et bien...Elle était morte.

Morte.

La chaise de Jonah racla sur le sol. Il était déjà début lorsqu'il se saisit de ses journaux et de sa canne sous le regard interrogateur de Neville.

"Je dois y aller." articula-t-il, la voix rendue rauque par l'émotion puis sans plus de cérémonie, il quitta la table des professeurs et rejoignit de sa démarche claudicante ses appartements privés. Il resta seul plusieurs minutes à faire les cents pas dans son salon jusqu'à ce que quelqu'un vienne frapper à la porte. Il savait déjà de qui il s'agissait avant d'ouvrir et ses résolutions de ne plus se retrouver seul avec Thelma lui semblèrent subitement bien futiles.

"Ils espèrent vraiment qu'on va gober ça ? gronda-t-il lorsqu'il eut refermé la porte derrière elle. Il leva l'article qu'il avait re-parcourut au moins dix fois en attendant la jeune femme et secoua la tête avant de s'appuyer,  les deux mains à plat sur la table .

"Ce n'est pas possible..." Il poussa un soupir... "Ils sont capables de tout." ajouta-t-il en levant les yeux vers Thelma."Tout."


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Thelma CorriganProfesseur de DCFMavatar
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Thelma lut l'article lentement, mot après mot, comme pour mieux s'en imprégner. Elle peinait à croire que ces mots étaient bien imprimés sur le papier. Et pourtant, il n'y avait pas de doute possible : elle reconnaissait ces noms, pour les avoir évoqués maintes fois avec Jonah. Le triangle amoureux, les protagonistes, cette histoire de jalousie, tout était familier. C'était le dénouement logique d'une histoire d'apparence anecdotique, à laquelle on n'accorderait pas plus d'attention qu'à un fait divers.

Un frisson d'horreur la parcourut à la découverte du corps mutilé de la jeune étudiante, et elle couvrit sa bouche d'une main tremblante. Non seulement ils s'étaient débarrassés du couple trop gênant, mais aussi d'une jeune femme innocente, dont le seul tort était d'avoir voulu s'instruire !

Seul le grognement de Jonah et son départ précipité de la table la tirèrent de sa lecture et elle le suivit un instant du regard. Son cœur se serra quand elle songea à la peine qu'il devait ressentir, lui qui les avait connu. Elle fut soudain tiraillée par l'envie de le suivre, mais décida de lui laisser quelques minutes pour pouvoir encaisser la nouvelle. De plus, elle ne tenait pas à attirer l'attention plus que de mesure. La table des professeurs était bien remplie désormais, Peter, Daisy et le Baron Sanglant se trouvaient non loin et ils n'avaient pas besoin de savoir que les nouvelles du jour avaient bouleversé deux de leurs collègues. Malheureusement, il était déjà trop tard pour la discrétion, en ce qui concernait le professeur de botanique...

"Est-ce que tout va bien ?", s'enquit Neville d'un ton intrigué. Son regard faisait des allez-retours entre la démarche claudicante de Jonah et le visage blême de Thelma. Cette dernière esquissa une maigre sourire et répondit du bout des lèvres :

"Oui. Je t'expliquerai plus tard."

Neville sembla se contenter de cette réponse, mais il se mit à tourner les pages de son propre journal, l'air concentré, comme si la raison de cette agitation s'apprêtait à lui sauter au nez. Thelma replia soigneusement le sien, et se leva en laissant derrière elle son petit déjeuner à moitié entamé. Elle traversa la Grande Salle, oubliant momentanément son bouquet de roses sous la table. Dans ses pensées, il n'y avait plus de place que pour Mark et Maria Stevenson, et pour la pauvre Stephie Hamilton.

Comme c'était pratique. Les rumeurs lancées plusieurs mois auparavant sur les infidélités du mari, pour couvrir la disparition, puis le triple meurtre qui intervenait, toues les preuves semblant blâmer Maria. Le crime était parfait, et glaçant de sang-froid et de préméditation. Cela allait encore plus loin que tout ce qu'elle avait imaginé, c'était un système entier devenu corrompu et meurtrier. Pour se couvrir, pour subsister, le FREE était capable de tout. D'absolument tout.

Parvenue devant la porte de l'appartement de Jonah, elle s'arrêta un instant pour prendre une grande inspiration et tenter de remettre ses idées en place. Pour Jonah qui connaissait et appréciait ces personnes, la nouvelle devait être mille fois plus dure. Elle ne savait pas exactement à quel point ils étaient proches, ni s'il avait envie de compagnie, mais peut-être partageait-il ce même besoin de parler de cet horrible événement avec quelqu'un qui en comprenait les implications. Thelma finit par frapper, et se retrouva face à un Jonah particulièrement agité.

La question qu'il lui posa de but en blanc lui tira une moue sceptique.

"Pourquoi ne pas y croire, ils ont fait ça bien", répondit-elle en laissant tomber son exemplaire du journal sur la table. Qui, à part ceux qui connaissaient le couple, et les membres de la Résistance, qui parmi la population ignorante irait remettre en cause le contenu de cet article ? Contrairement à l'époque Voldemort, les disparitions ne se multipliaient pas de façon criante et inexpliquée. Elles ne visaient pas une catégorie particulière de la population. Chaque disparition trouvait son explication, ici un fait divers passionnel, là une conversion au terrorisme. Merlin, les gens se rendaient eux-même à Skye, trop pressés de subir un lavage du cerveau dans l'espoir de retrouver une once d'apaisement ! Et le Magenmagot, présidé par un despote, condamnait à mort à tour de bras, sous les applaudissements d'un public ravi qu'on assure ainsi sa sécurité. L'image d'une biche sans défense sur laquelle un piège se referme s'imposa à l'esprit de Thelma.

Jonah, lui, dit tout haut ce qu'elle-même avait pensé tout bas. "Ils" étaient capables de tout.

"Oui", souffla-t-elle avec effroi, incapable pour une fois de se montrer optimiste. "Absolument tout. Je ne pensais pas que c'était à ce point."

C'était pourtant elle qui avait attiré l'attention de Jonah sur les errements du régime, elle qui avait recueilli les souvenirs de la petite Weaver, mais cette fois il lui semblait qu'un palier supplémentaire avait été franchi. Que Jacob Dalhiatus soit un déséquilibré, que son grand ami Marchebank le couvre était une chose. C'était l'affaire d'un homme. Cette fois-ci, on parlait d'une toute autre échelle, d'un tout autre degré de machiavélisme. Dans sa lutte contre la Résistance, le régime ne laisserait aucune considération morale ni de justice l'arrêter.

Elle croisa le regard de Jonah et sentit la compassion l'étreindre de nouveau. S'avançant vers lui, elle posa la main sur son épaule et la serra doucement.

"Je suis désolée", souffla-t-elle du bout des lèvres. Il n'y avait rien d'autre à dire, rien qui ne puisse faire revenir Maria et Mark à la vie.

Les questions se multipliaient dans sa tête. Maria avait-elle eu le temps de faire parvenir ce fameux pamphlet à la presse avant sa mort ? Le couple avait-il dit son dernier mot, ou bien la Résistance saurait-elle malgré tout tirer parti de leur travail de sape ? Avec amertume, elle songea à la dernière fois que Jonah et elle avaient abordé le sujet. Il lui avait confié ses inquiétudes au sujet de Maria qui, selon lui, ne se montrait pas assez prudente. Comme l'avenir lui avait donné raison ! Thelma songea tristement qu'au fond, ils avaient toujours pressenti le danger...
Jonah ForbesDirecteur de Serpentardavatar
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Thelma avait parfaitement raison. Le gouvernement avait géré cette histoire de main de maitre distillant quelques signes avant coureur avant d'abattre leur dernière carte, hier soir. Les rumeurs de liaison entre Mark et son étudiante, la chambre d'hôtel, les corps dénudés... Chaque élément avait été si parfaitement orchestré que cela faisait froid dans le dos.

Jonah se serait même probablement laissé berner s'il n'avait pas vu, de ses propres yeux, quelques feuillets du pamphlet que préparait Mark sur Marchebank. C'était seulement à ce moment là d'ailleurs qu'il avait été convaincu par la thèse de l'enlèvement, mais pas avant. Il avait lui-même douté de la version de Maria et  il y avait donc peu de chance, aujourd'hui, pour que quelqu'un remette en question cette sombre histoire de crime passionnel...Par ignorance ou par peur des représailles.

Jonah secoua la tête de dépit. Comme Thelma, il ne pensait pas que le gouvernement puisse aller aussi loin. Bien sûr, il s'en doutait, en parcourant les témoignages issus des journaux clandestins, mais la mort de Mark et Maria ne faisaient que confirmer ses plus sombres inquiétudes.

"Je lui avais dit d'être prudente..." souffla-t-il pour lui même. Maria était une vraie tête de mule qui n'avait pas voulu entendre raison. Thelma avait même prit son parti, lors de leur précédente conversation, affirmant qu'elle n'avait surement plus rien à perdre... Plus rien à perdre, si ce n'est la vie, songea Jonah la mine fermée. Dire que Dean trainait dans ses réseaux résistants et qu'il laissait trainer dans sa chambre d'étudiant des tracts du LiberAvon ! Par Merlin !

Le geste de réconfort de Thelma tira Jonah de ses noires pensées et il se tourna légèrement vers elle la mine soucieuse. C'était agréable de se sentir épaulé par la jeune femme mais Jonah ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter aussi pour elle, pour eux, pour tout Poudlard. L'assassinat de ces deux amis mettait en lumière toute l'étendue de la corruption au sein du pays... Il était facile pour Jonah d'oublier momentanément cet état de fait entre ses soucis personnels et les divers projets qu'il menait de front mais il devait se rendre à l'évidence, ils vivaient dans un monde particulièrement hostile où le moindre faux pas pouvait vous couter très, très cher.

"Il va falloir redoubler de vigilance, dit-il. Jonah avait perçu le danger mais il l'avait clairement sous estimé. Au regard des éléments nouveaux, la visite chez Maria et la conversation sans filtre qu'il avait eu avec elle, semblaient être une prise de risque considérable. Je ne sais pas si les journaux clandestins ont prévu de sortir le manuscrit de Mark mais l'histoire n'est peut-être pas terminée. Je vais faire disparaitre mes exemplaires de LiberAvon et du London Calling au cas où la Milice ait fait suivre Maria ces derniers mois, lança-t-il en s'efforçant de faire fonctionner ses méninges. Ne pas se laisser accabler par la tristesse ou la colère et agir vite, et bien. En effet la romancière était peut-être sous surveillance lors de leur entrevue et tout portait à penser que les miliciens avaient tendus leur toile des mois plus tôt, dès la disparition de Mark, Ils vont peut-être mener une enquête sur les personnes qu'elle a rencontré ces derniers temps et je tiens à rester au dessus de tout soupçon."

Il observa Thelma quelques instants et ajouta finalement:

"Je sais que tu es déjà très prudente mais... Il posa une main sur la sienne... j'apprécierais, vraiment, que fasses encore plus attention à toi."

Thelma se montrait sage et réfléchie mais Jonah savait, aussi,  qu'elle avait l'âme d'une résistante. Bien plus que lui en tout cas...


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Thelma CorriganProfesseur de DCFMavatar
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Le regard inquiet de Jonah reflétait les pensées de Thelma, qui s'était mise à retracer mentalement leurs actions des derniers mois. Et si la milice avait fait suivre Maria, et si elle remontait jusqu'à Jonah ? Thelma avait fait sa propre paix avec le fait de se mettre en danger, car cela n'engageait qu'elle - mais Jonah était père de famille,il ne pouvait pas prendre autant de risques. Et quand bien même, la simple pensée qu'il puisse lui arriver malheur suffisait à faire naître une boule d'angoisse dans sa poitrine - signe qu'elle s'était attaché à lui, peut-être un peu trop d'ailleurs.

Elle opina du chef quand il mentionna ses exemplaires de la presse clandestine, dont il comptait se débarrasser. Elle-même ne comptait pas en faire autant, car certains de ces articles pourraient s'estimer utiles un peu plus tard. On ne savait jamais quand on aurait besoin de retrouver un nom, une date, un événement qui avait semblé anodin initialement... Mais un bon maléfice devrait faire l'affaire pour dissimuler sa boîte aux trésors. Elle n'en toucha pas mot à Jonah, cependant.

"Tu as raison, mieux vaut être prudent. Il est évident qu'on ne fait pas le poids à côté d'eux", souffla-t-elle en essayant, sans succès, de ne pas laisser poindre le découragement qui l'envahissait. Certes, ils prenaient conscience du danger, et voyaient chaque jour un peu plus clairement le système implacable et cruel qui s'était instauré dans leur pays. Mais que faisaient-ils, et que pouvaient-ils faire face à ça ? Même la Résistance, le jeune Lexit prenait des allures de David face au grand Goliath Marchebank...

Sentant le regard de Jonah sur elle, Thelma demeura silencieuse tandis que son cerveau tournait à plein régime. Finalement, elle se figea en sentant la main de Jonah qui venait serrer la sienne. Un curieux mélange de sentiments l'envahit, à la fois flattée par l'inquiétude qu'il lui portait et circonspecte face au souhait un brin paternaliste qu'il avait exprimé. Un peu comme s'il craignait qu'elle ne commette quelque acte irresponsable...

"Qu'est-ce que tu veux dire par là ?", souffla-t-elle après quelques instants de silence, son regard fouillant le sien. Comme il l'avait justement souligné, Thelma était déjà prudente, et n'avait pas attention ses conseils pour le faire.

"Je n'ai pas l'impression de me mettre particulièrement en danger", ne put-elle s'empêcher d'ajouter, "Pas plus que toi en tout cas, qui a une famille qui l'aime, alors s'il y a bien quelqu'un qui doit faire très attention à lui... C'est toi, Jonah. Je pense au contraire que si quelqu'un ici doit prendre des risques, c'est moi. Non pas que j'ai l'intention de le faire, bien sûr."

Elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle comptait faire, à vrai dire, mais rester les bras croisés lui semblait de plus en plus difficile. Cette nouvelle révélation achevait d'indigner la jeune femme et de la braquer contre le FREE.

"C'est surtout aux élèves qu'il va falloir qu'on inculque la prudence", enchaîna-t-elle avec un soupir. "C'est quasiment un miracle que le régime n'ait pas encore mis son nez dans tous ces trafics de presse clandestine. Je crois qu'il serait bon de sonder très discrètement nos collègues sur toutes ses questions, pour savoir où chacun se place et à qui on peut faire confiance. Et... Pour tous les autres, je ne sais pas, mais je crois qu'on devrait mettre Neville dans la confidence."
Jonah ForbesDirecteur de Serpentardavatar
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La prudence avait déjà été un sujet de conflit entre eux et Jonah pressentait que ce n’était pas la dernière fois... Sans en arriver à une réelle tension cette fois, il perçut, dans les propos de la jeune femme, qu’elle n’appréciait pas particulièrement sa remarque. Le directeur retint un soupir en relevant les yeux vers elle. Il ne cherchait pas à la couver ou à la protéger, loin de là, il s’inquiétait juste pour elle ! Etait-ce si mal que ça ? Les journaux clandestins évoquaient le sort de militants aguerris emprisonnés à Skye ou disparus, comment Jonah pouvait-il ne pas craindre pour ses proches ? Thelma était la seule personne auprès de qui il pouvait véritablement verbaliser son inquiétude mais il était clair qu’il devait arrêter.

« Moi  non plus, répondit-il toutefois lorsqu’elle lui affirma qu’elle n’avait pas l’impression de se mettre en danger, du moins, pas avant de lire cet article, ajouta-t-il en désignant la page des faits divers, mais je continue à penser que ce n’était pas très responsable de ma part de rencontrer Maria, chez elle, sans prendre plus de disposition pour garantir la confidentialité de notre échange, Et Thelma était dans le même cas de figure que lui, même si elle ne supportait pas l’idée. N’avait-elle pas rencontré Eoghan à la terrasse d’un café pour discuter des exactions du régime ? Si la résistance avait pu prendre un cliché de cette rencontre, écouter leur conversation était largement à la portée de la Milice !  Comment le lui faire comprendre sans qu’elle ne se braque ? songea Jonah en reportant son attention sur elle et sur ses propos. Propos qui lui firent l’effet d’une douche glacée.

« Ce n’est pas parce que tu n’as pas encore d’enfant que tu dois prendre plus de risque que les autres  ! s’offusqua-t-il devant ce drôle de raisonnement, toi aussi tu as une famille qui t’aime…et des amis aussi, ajouta-t-il en s’englobant dans ces derniers,… qui tiennent à toi. »

Il marqua un temps d’arrêt et objecta :

« C’est comme si je disais « Je suis plus vieux que toi et déjà à moitié estropié, si quelqu'un ici doit prendre des risques, c'est moi. » Ça ne rime à rien. Il fronça les sourcils, creusant sa ride de lion un peu plus, aucun de nous n’a à prendre plus de responsabilité que l’autre. Au contraire. Il va falloir mesurer chaque risque afin de ne pas exposer un individu en particulier. »

Il croisa les bras sur son torse, passablement contrarié par les dires de la jeune femme. Les vies humaines avaient toutes la même valeur et personne n’avait à se sacrifier parce qu’il estimait être  celui qui avait le moins à perdre.

Thelma enchaina rapidement et souligna, à juste titre, qu’il était temps de sonder les collègues pour connaitre la position de chacun et ainsi trouver des alliés fiables avec lesquels œuvrer. Ils avaient déjà évoquer cela lors de leur  précédente discussion, en janvier dernier, et Jonah s’était engagé à questionner Neville et Rachelle sur ce point.

« J’ai vu Neville, samedi dernier, il est passé à l’Asso avec Hannah après avoir visité le Chaudron Baveur,  expliqua Jonah, Pour être tout à fait sincère, c’est lui qui a abordé le sujet politique de lui-même. Dans la confidentialité du bureau de Jonah, le directeur de Gryffondor avait exposé son point de vue sur le régime, Quant il a vu que nous étions sensiblement sur la même longueur d’onde, il a parut soulagé et il m’a dit qu’il avait envie de nous en parler depuis très longtemps. »

Jonah s’assit à demi sur la table pour soulager sa jambe et reprit :

« Je crois qu’Hannah tient un rôle important au sein du LEXIT, Neville et elle sont restés assez vague mais j’ai cru comprendre qu’elle pourrait nous obtenir des informations de premier choix. »

C’était à croire que le couple avaient acheté le Chaudron Baveur – passage entre monde moldu et magique- à dessein, uniquement pour proposer une porte de sortie à la résistance.

« Quant à Rachelle, c’est un peu plus compliqué. Jonah avait bien essayé de lui tendre une baguette une ou deux fois mais elle n’avait pas saisi ses appels du pied. Soucieux de ne pas trop se dévoiler, le directeur de Serpentard n’avait pas insisté. Je n’ai rien réussi à savoir. » avoua-t-il « Et toi de ton côté ? Tu as parlé à Daisy et à Peter ? Thelma lui avait assuré qu’elle se chargerait de sonder ces deux là. Je veux bien essayer d’inculquer la prudence aux élèves mais ça sera plus facile avec l’appui de la directrice, dit-il en cherchant le regard de la jeune femme.


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Thelma CorriganProfesseur de DCFMavatar
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Un drôle de petit rictus étira les lèvres de Thelma quand Jonah mentionna la famille et les amis qui tenaient à elle, mais elle ne fit aucun commentaire. Bien sûr, le raisonnement de Jonah se tenait, et sur le papier il avait raison. Philosophiquement, il avait raison. Mais dans la vraie vie, les choses étaient différentes. Dans la vraie vie, il y avait Casey Forbes et la simple pensée de l'imaginer sans son père suffisait à lui briser le coeur. Cela dit, elle le rejoignait sur la conclusion, leur conversation n'avait pas lieu d'être : elle n'avait pas l'intention de se faire attraper par la milice, et Jonah non plus. Puisqu'ils étaient au fond d'accord sur l'importance d'éviter de se mettre en danger, elle ne rebondit pas sur ses propos et laissa mourir ce sujet.

Thelma se permit de s'installer sur le canapé de Jonah pendant qu'il répondait à sa question. Ainsi, Neville était largement aussi informé qu'eux, si ce n'est plus. Voilà qui confirmait leur intuition initiale quant à leur collègue, et voilà qui n'avait rien d'étonnant : Neville était après tout un héros de guerre, comme son épouse, et comme plusieurs de ses amis. S'il y avait bien quelqu'un dans ce château pour comprendre ce qui se tramait, c'était lui.

"Voilà une bonne nouvelle", souffla Thelma avec un sourire de soulagement. Ils étaient donc trois, trois dans l'équipe à être en alerte, et c'était un début de quelque chose. Elle ouvrit des yeux étonnés quand Jonah lui révéla la place de Hannah au sein du Lexit. Voilà qui leur ouvrait de toutes nouvelles perspectives, car c'était une chose de lire la presse clandestine, et une autre que de connaître la Résistance de l'intérieur.

"C'est génial ! Elle va pouvoir nous apprendre plein de choses, il faut qu'on organise une rencontre."

Cette découverte venait de lui insuffler un nouveau brin d'optimisme. C'était un réel soulagement que d'avoir de nouveau alliés, en dehors de Jonah qui avait déjà réussi à atténuer quelque peu le poids de sa solitude. Thelma avait besoin de se sentir connectée à d'autres personnes qui savaient, qui voyaient, qui s'indignaient et même qui se battaient. La passivité et l'ignorance de son entourage lui devenaient de plus en plus insupportable à mesure que le temps passait.

Un hochement de tête résigné accompagna les propos de Jonah au sujet de Rachelle, et elle lui répondit :

"Je crains de ne pas avoir d'aussi bonnes nouvelles que toi... Peter est fermé comme une huître, et très honnêtement, je n'ose pas pousser mes questions très loin. J'ai l'impression qu'il n'est pas très ouvert à la critique du régime..."

Cela allait même au-delà d'une absence d'ouverture : Thelma se sentait nerveuse, mal à l'aise avec son collègue lorsque ces questions politiques étaient abordées. Il se montrait parfois si mystérieux que l'on pouvait vite le croire soupçonneux.

"J'ai justement préféré me montrer prudente et me protéger", avoua-t-elle avec un haussement d'épaules. "Quant à Daisy... elle a conscience que tout n'est pas rose. Dans quelle mesure, je ne sais pas exactement, mais elle m'a affirmé essayer de garder l'école la plus indépendante possible vis-à-vis du ministère. En clair, elle prend ses distances avec le régime."

Daisy lui avait expliqué qu'elle avait commencé, depuis un certain temps, à limiter les rapports entre Poudlard et le Ministère. Ce dernier se montrait particulièrement présent, dans tous les aspects de leur société, mais Daisy s'efforçait de préserver les élèves de cette influence. Elle refusait donc la plupart des propositions qu'émettait le ministère et se gardait de se positionner politiquement.

"Je pense qu'elle veut garder Poudlard comme un terrain neutre. Et ça veut aussi dire une neutralité totale vis-à-vis de la résistance. Elle souhaite avant tout que les élèves ne soient pas mêlés à tout ça."

Comme si la politique ne savait pas déjà les trouver au sein du château, avec ou sans l'accord de la directrice... Le regard de Thelma vint trouver celui de Jonah, sérieux et déterminé :

"Je pense donc qu'il serait sage de ne pas forcément l'impliquer dans... toutes nos discussions. Par exemple, je ne pense pas qu'elle ait besoin de connaître les liens entre le Lexit et les Londubat."

Ce qui n'empêchait pas de continuer à échanger avec elle, voire à l'influencer dans un certain sens, mais avec une certaine prudence néanmoins. Au fil de la discussion, Thelma ne l'avait pas sentie prête à endosser le rôle d'un Albus Dumbledore prenant la tête de l'Ordre du Phénix...
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Thelma confirma ce que Jonah pensait déjà au sujet de Peter. Le professeur de Runes se montrait plutôt solitaire et peu enclin à la discussion avec ses collègues. Si le directeur de Serpentard parvenait à aborder quelques sujets avec lui- essentiellement d’ordre pédagogique-  il était bien rare que leur discussion dérive dans la sphère privée. Bien qu’ils soient sensiblement du même âge le contact était moins aisé qu’avec Neville, Jeremy ou Liam, aussi les propos de sa collègue ne l’étonnèrent pas plus que cela.

Ils étaient donc trois directeurs de Maison sur quatre sensibles à la cause résistante. C’était un bon début, effectivement. En poursuivant le travail d’investigation déjà amorcé, ils allaient peut-être élargir leur petit groupe de sympathisants  à d’autres enseignants et apprentis professeurs… mais parviendraient-t-ils à s’entendre sur une démarche commune ?

Entre Neville, Thelma et lui il y avait déjà trois degrés différents d’engagement : Neville était assurément le plus investi. Même s’il était resté discret sur son implication et sur celle de sa femme dans le LEXIT, Jonah pressentait que son ami ne les avait pas attendu, Thelma et lui,  pour s’investir personnellement auprès de certains réseaux. Venait ensuite Thelma, visiblement tiraillée entre son besoin d’agir et la nécessité de se montrer prudente. Toutefois, à la vue de l’enthousiasme dont elle venait de faire preuve en apprenant l’adhésion d’Hannah à la résistance, il était clair qu’elle venait de trouver, enfin, l’interlocuteur fiable qu’elle cherchait depuis de nombreux mois.
Et puis il y avait lui, Jonah. sensible à la cause, bien sûr, mais certainement pas convaincu à l’idée de s’investir durablement au sein d’un réseau. En ça, sa position se rapprochait de celle de Daisy, à quelques détails près. Il préférait tirer partie de chaque camps plutôt que de s’isoler, et donc, de s’affaiblir. Maintenir le contact avec la résistance, protéger les élèves et éveiller les consciences, certes, mais tout en donnant le change côté Ministère. Le programme qu’il avait monté avec Isobel Lavespère en était l’exemple le plus probant. Qui irait penser que les enseignants de l’école étaient Pro-Lexit après cela ? Pour lui, il était important de conserver cette façade, tant que c’était possible, et Daisy l’avait surement compris elle aussi : N’avait-elle pas accepté d’organiser, au sein de l’école, la commémoration des attentats ? Qu’elle le veuille ou non c’était un geste politique fort d’avoir autorisé la présence du Ministre au sein de l’école…

Plutôt que de s’opposer frontalement, ils devait accepter de donner, un peu, pour garantir l’autonomie de Poudlard. Une conception assez « serpentardesque » de la résistance, certes, mais tout de même.

"Ce n'est pas si mal de vouloir garder l’école comme un terrain neutre, admit-il. Thelma ne partageait peut-être pas totalement le point de vue de Daisy sur la question mis il fallait voir le bon côté des choses : Poudlard n’était pas à la botte du Ministère, mais il est clair que les conflits politiques vont forcément s'inviter au sein de l'école à un moment donné. C’est ce que nous devons anticiper avec Neville et ceux qui se sentiront prêts à relever le défi. Malheureusement, j’ai bien peur qu’un simple voyage de cohésion ne suffise pas. » souffla-t-il d’un air sombre en faisant référence au projet avec la JijiFac.

Jonah contourna la table et s’assit dans le fauteuil face à Thelma. Les mains jointes en prière juste devant sa bouche, il était totalement accaparé par ses pensées.

Que se passerait-il lorsque les parents de certains élèves allaient commencer à disparaitre ? Lorsque la vie des jeunes allaient être menacées par les actions de leurs proches ? Lorsque des conflits latents allaient exploser ici même ? Combien de temps avant que la Milice ne cherche à pousser les portes de Poudlard ?

« Plus j’y pense, plus je me dis qu’il faut que nous ayons Rachelle avec nous, souffla-t-il d’un ton ombrageux. Il leva les yeux vers Thelma et poursuivit :

« Admettons, Hannah nous fournit des informations de premier choix concernant les proches de nos élèves. « Le frère d’untel a disparu », « la mère d’unetelle est emprisonnée à Skye », on peut anticiper les répercussions sur nos jeunes et les solutions pour les aider. Dans le cas ou l’on arriverait à une situation sans issue, avec un risque d’intervention de la Milice, je pense qu’il faut que nous prévoyons d’hors et déjà un programme d’exfiltration. Ils devaient réfléchir à ces choses en amont afin de ne pas commettre d’erreurs de précipitation  si l’occasion se présentait. Après ce qui était arrivé à Maria et Mark, ils savaient bien, l'un et l'autre que ce scénario était tout à fait envisageable, Si Daisy refuse de trop s’impliquer Rachelle a le pouvoir de faire quitter l’école aux élèves sur raisons médicales. Elle pourrait être une alliée de choix.» souffla-t-il.

Mais cette situation restait exceptionnelle. Avant cela, ils auraient surement à gérer les conflits internes à l’école. L’équipe pédagogique se devait d’assurer la sécurité de chaque jeune, qu’il soit  pro-résistant ou pro-régime. Deux des enfants du Ministre n'étaient plus scolarisés, heureusement, mais il restait tout de même Cassandre Harper qui était une cible de choix. Même si Jonah pressentait qu’elle pouvait très bien se défendre seule, ils devaient rester attentifs.

« Après, je suis d’avis que nous restions intransigeants envers les élèves qui diffusent des informations sur la résistance et qui se font confondre par un membre de l’équipe pédagogique. Quitte à passer pour des pros-régime. C’est quelque chose que j’assume totalement, il appuya son point de vue d’arguments complémentaires,  Premièrement, on ne peut pas prendre le risque de faire tomber notre couverture pour si peu, surtout si nous faisons  le choix de travailler en étroite collaboration avec Hannah. Tout était une question de dosage et chaque risque devait être mesuré : Devait-il se mouiller pour un simple tract ? Assurément, non. Pour aider un élève à quitter le pays si sa vie était en danger ? Assurément, oui. Deuxièmement, Eduquer les jeunes à la prudence c’est aussi, et surtout, leur montrer que leurs gestes ne sont pas sans conséquences. Ils récoltent une petite punition chez nous –que nous n’inscrirons  pas au dossier scolaire de l’élève, cela va de soit- tempéra-t-il. Loin de lui l’envie de créer un registre avec une liste exploitable par les Miliciens de tous les pro-résistants de Poudlard, et j’ose espérer que les fautifs seront plus avertis la prochaine fois et qu’ils se montreront plus réfléchis. »

Il observa la jeune femme, curieux de connaitre sa position sur la question avant de poursuivre en pressentant les objections de sa collègue :

« Je sais que la répression ne peut pas se substituer à l’éducation et j’œuvre déjà en ce sens. Toutes mes niveaux travaillent actuellement sur la deuxième guerre mondiale moldue. Ils ont des exposés à faire sur les causes et les conséquences, sur les réseaux résistants et sur leur implication dans la victoire des alliés. J’aime penser que nos élèves les plus clairvoyants voient où je veux en venir mais je suis sûr que certains restent très premier degré. »

Il secoua la tête et se tut quelques instants avant de reprendre :

« Ce n’est peut-être pas plus mal, d’ailleurs. Je ne tiens pas à être dénoncé par un élève pour propagande terroriste ! »


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Thelma CorriganProfesseur de DCFMavatar
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Le constat que Jonah émit rejoignit totalement celui de Thelma : les conflits s'inviteraient à l'école qu'ils le souhaitent ou non. Il suffisait de lire l'Histoire de Poudlard pour comprendre à quel point cette école était un point névralgique de ce pays, parfois aussi stratégique que le Ministère lui-même. Elle hocha la tête sombrement à la mention de leur projet du voyage d'études, qui semblait bien insuffisant au regard du défi qui les attendait.

Comme son interlocuteur, Thelma était perdue dans ses pensées et réfléchissait à mesure que Jonah exprimait son opinion. Comment avoir une idée arrêtée sur ces sujets, alors que chaque jour qui passait leur révélait toute l'étendue de leur ignorance, de leur impuissance ? Le découragement ne lui ressemblait pas, cependant, et elle refusait de s'avouer vaincue. Depuis que Thelma avait pris son poste à Poudlard, l'équipe pédagogique avait déjà eu à faire face à de nombreuses situations de crises. Et comment ne pas se sentir désarmée, face à un élève éperdu, en deuil ou inquiet ? En tant que directeurs de maison, ils avaient une responsabilité particulière et ils devaient se tenir prêts à aider et soutenir ces élèves, quoi qu'il arrive, et de la façon la plus appropriée.

Alors elle ne fut pas particulièrement choquée par la suggestion de Jonah : mais peut-être un peu sceptique. Ce qu'il lui révéla par la suite sur le contenu de ses enseignements lui plut d'avantage, comme elle ne tarda pas à le lui révéler :

"Oui, il nous faut trouver le bon équilibre, éveiller les consciences et leur donner les moyens de se forger leur propre opinion, sans pour autant les orienter d'une façon ou d'une autre... Enseigner, et non endoctriner. C'est une bonne idée de leur faire étudier la guerre des moldus. De mon côté, j'ai fait lire à mes plus âgés quelques extraits d’œuvres de philomagie des maléfices : pourquoi les sortilèges impardonnables sont-ils impardonnables ? Pourquoi la justice magique doit-elle exister et réguler notre utilisation de nos pouvoirs ? Quelle éthique de la mémoire ? Etc., etc. Ces sujets sont passionnants à explorer."

Les yeux de l'enseignante s'était mis à briller, comme chaque fois qu'elle se passionnait pour son sujet. Ces derniers temps, elle s'était mise à explorer les rayonnages de la bibliothèque pour parfaire ses connaissances sur le sujet.

"Tu savais que Beauxbâtons dispense un cours de philomagie à partir de la cinquième année ? Et c'est le cas d'autres écoles de magie, comme l'Académie des Sorts et Enchantements d'Athènes, ou encore l'Institut des Açores, de Pico. Si tu veux mon avis, à en juger par l'état de notre société c'est une discipline qui pourrait bénéficier à nos élèves..."

La philomagie pouvait concerner l'ensemble des disciplines et donner du recul aux élèves, en les incitant à réfléchir sur leurs enseignements et l'utilisation de leurs pouvoirs.

"Je leur ai fait rédiger un devoir et certains ont cité le programme Mémo-Rise comme exemple. La plupart se sont limités à des exemples plus évidents, sur la guerre des Ténèbres et l'utilisation du Doloris et de l'Impérium pour contraindre. Certaines demoiselles, enfin, ont choisi de me parler de l'amoralité dans l'utilisation des philtres d'amour", conclut-elle avec un sourire malicieux, "Développements intéressants, bien qu'assez éloignés de notre sujet. Il faudrait que je parle de cela aussi avec Rachelle, d'ailleurs, j'ai comme l'impression qu'il y a parfois de drôles de pratiques chez nos adolescents plein d'hormones."

La mention de l'infirmière lui rappela la proposition de Jonah, et elle ajouta : "Je pense aussi qu'on peut essayer d'avoir Rachelle de notre côté. Non seulement pour les raisons que tu as dites mais aussi parce que je pense qu'elle a des contacts dans le corps médical, à Sainte Mangouste, peut-être même à Skye... Peut-être qu'elle pourra nous aider à avoir des nouvelles des familles de nos élèves."

Lors de l'attentat de Leopoldgrad, plusieurs de ses Poufsouffle avaient été anxieux dans l'attente de nouvelles de leurs proches, et les plus malchanceux avaient eu à subir des deuils... Réféchissant au plan d'exfiltration mentionné par son interlocuteur, elle ajouta, la mine concentrée :

"Il faudrait qu'on arrive à mettre la main sur le plan de l'école, le nouveau plan, avec toutes les rénovations. Je me demande si les passages secrets sont impactés..."

Une idée un peu folle fit briller son regard à nouveau et elle souffla, tournant un visage enthousiaste vers Jonah : "Peut-être même qu'on pourrait réussir à créer notre propre passage vers l'extérieur, après tout en combinant nos connaissances, à Neville, toi et moi, on pourrait peut-être y arriver."

Un sourire d'auto-dérision apparut sur son visage : "Hé oui, je suis d'accord avec toi sur le fait qu'on ne doive pas faire tomber notre couverture, être intransigeant avec les élèves et tout ça... Mais je crois que je ne vais pas arrêter d'avoir des idées plus ou moins réalisables pour lutter contre ces fous."
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Comme le soulignait Thelma, la philomagie était une discipline qui obligeait leurs élèves à se questionner et à prendre du recul sur leurs pratiques magiques et sur le cadre d’utilisation de la Magie en général. Il est vrai que cette matière n’avait jamais été enseigné à Poudlard et Jonah estimait qu’il s’agissait d’une profonde lacune que sa collègue tentait visiblement de combler. A défaut de pouvoir imposer un nouvel enseignement sans l’accord du Conseil d’Administration, peut-être pourrait-elle prévoir un atelier philomagie pour les élèves intéressés ?

Il est vrai que les questions qu’elle soulevait durant ses cours étaient plus que jamais d’actualité : L’éthique de la mémoire ! Jonah espérait sincèrement qu’Emma Blackbonnes avait longuement planché sur ce sujet.

« Cette discipline ne peut pas leur faire de mal, acquiesça-t-il, Entre Roderick qui fait étudier aux élèves toutes les périodes les plus troubles de l’histoire sorcière, toi et tes devoirs philomagiques et moi qui essaye de montrer quelques parallèles entre conflits moldus et sorciers, on progresse. dit-il avec un maigre sourire. Il n’était pas prompt à  s’enthousiasmer aujourd’hui. La mort de ses deux confrères l’avait marqué et il mesurait d’autant plus la dangerosité de leur entreprise. Eveiller les conscience était une noble cause mais ils allaient aussi devoir tempérer les ardeurs des jeunes sorciers idéalistes pour leur éviter de courir le moindre risque. Un savant dosage à trouver , songea-t-il la mine préoccupée.

Jonah  releva les yeux vers Thelma lorsqu’elle mentionna Rachelle et les contacts dont elle pouvait disposer à l’extérieur de Poudlard. Bénéficier du soutien de l’infirmière serait un atout indéniable pour toutes les raisons qu’ils invoquaient tous les deux. Elle occupait un poste stratégique et Jonah était intimement persuadé qu’elle partageait leur cause même si elle semblait frileuse à l’idée de se dévoiler auprès de lui.

« Je pense qu’elle ne me fait pas confiance, dit-il, après tout elle n’a pas encore vraiment eu le temps de me connaitre, j’ai travaillé au Ministère par le passé, j’ai bénéficié des nouvelles lois de Marchebank pour obtenir mon poste et je succède à Adonis Greengrass : On ne peut pas dire que j’ai le profil type du résistant engagé, ajouta-t-il en se remémorant les articles des journaux clandestins qui l’accusait d’être de mèche avec le régime, et je sors de Serpentard ! dit-il comme s’il s’agissait d’une tare. Les préjugés sur les membres de sa maison, jugés peu fiables et calculateurs, étaient encore d’actualité, tu devrais essayer de l’approcher. Vous vous connaissez depuis plus longtemps et tu es la directrice de la maison des justes et des loyaux, souffla-t-il avec un léger sourire, si Rachelle a vraiment des doutes sur le régime, elle s’en ouvrira peut-être plus facilement à toi qu’à moi. »

Toutefois Thelma semblait toute accaparée par ses pensées. La mine concentrée,  elle avoua vouloir mettre le main sur les nouveaux plans du château. Pour être honnête, Jonah avait un peu de mal à suivre son raisonnement. Il fronça légèrement les sourcils, curieux de savoir où elle voulait en venir, et répondit :

« Ils devraient être assez faciles à trouver. Ils ont surement été votés au CA l’année dernière, non ? suggéra-t-il. Il n’enseignait pas encore à Poudlard un an plus tôt mais le projet de réhabilitation avait, selon la procédure en vigueur, surement été abordé et défendu devant les parents d’élèves, après, je ne suis pas sûr que les plans soient encore d’actualité, ajouta-t-il en caressant pensivement sa barbe à rebrousse poil, j’étais lié à Abel Laveau lors de la soirée de commémoration des attentats, l’archimage, précisa-t-il, et il m’a dit que le chantier de rénovation ne se passait pas forcément comme prévu. Poudlard est une architecture capricieuse et changeante. Difficile pour lui de saisir ses multiples facettes structurelles. Peut-être pourrai-tu demander au prochain CA, la liste des modifications que le cabinet d’architecture a opéré par rapport au projet initial ? suggéra-t-il avant de demander, mais pourquoi souhaites-tu les obtenir ?»

La réponse ne tarda pas à arriver puisque Thelma suggéra de mettre en place un passage secret vers l’extérieur. Jonah qui était d’habitude si prompt à s’emballer resta cette fois un peu sur la réserve. Il était plutôt partisan d’un plan d’exfiltration plausible et défendable auprès de la Milice, justement pour préserver les couvertures de chacun. Si jamais une enquête pour disparition inquiétante était ouverte suite à l’exfiltration d’un élève, il voulait pouvoir apporter des arguments acceptables. Dire qu’un élève avait été renvoyé chez lui car il était atteint de la dragoncelle était une excuse nettement plus envisageable qu’ un « il s’est volatilisé et on ne sait pas où il est ! »

Un passage secret ne pourrait être utilisé qu’en ultime recours, selon lui. Thelma remarqua visiblement son scepticisme puisqu’elle s’empressa de qualifier son idée de plus ou moins réalisable même si sa volonté de lutter contre ces fous était louable.

« Je ne dis pas que c’est une mauvaise idée, souffla-t-il pour ne pas annihiler la motivation de sa collègue, mais je n’envisage ce type d’exfiltration qu’en dernier recours. Le jour où ils ne se soucieront plus d’apparaitre neutres aux yeux du gouvernement. Le jour où leurs vies –telles qu’elles étaient aujourd’hui-  allaient basculer de manière irréversible. Honnêtement, Jonah espérait que ce jour n’arriverait jamais et il ferait tout pour l’en empêcher. Pourtant, il savait au fond de lui qu’il devait l’envisager pour mieux s’y préparer. C’était exactement ce que faisait Thelma en proposant cette idée de passage secret. Prévoir le pire et s’y confronter immédiatement pour ne pas être pris de court le moment venu. Voilà ce qu’ils devaient faire. Ses pensées dérivèrent naturellement vers ses enfants et il sut exactement quelle activité allait occuper ses prochains jours. Prévoir un plan d’exfiltration pour ses fils si jamais sa couverture venait à tomber. Avec l’affaire Stevenson, Jonah entrevoyait toute la perversité du régime en place. Le gouvernement Marchebank ne reculait devant rien. Rien. Mais personne ne toucherait, ne serait-ce qu’à un cheveu de ses garçons, il en faisait le serment. S’il venait à se faire confondre, Jonah ne les entrainerait pas dans sa chute. Il nota mentalement de passer à mairie de Londres, dès cette semaine,  pour faire établir des passeports moldus pour Gabriel, Casey et Virgil. Et bien qu’il soit majeur, il allait obliger Dean à venir avec lui ! Il achèterait ensuite des flying pass, billets d’avion prépayés, utilisables n’importe quand, pour n’importe quelle destination. Billets, qu’il allait remettre à une personne de confiance avec quelques recommandations à suivre si jamais il se faisait arrêter ou disparaissait prématurément.  Il hésita quelques instants et décida d’ajouter un billet supplémentaire, …pour Agathe.

Jonah releva les yeux vers Thelma et l’observa quelques instants en silence. Il savait d’hors et déjà qu’elle n’apprécierait pas l’idée qu’il prévoit un billet d’avion pour elle. Il l’entendait déjà lui dire « Mais je suis prudente ! Je peux très bien me débrouiller toute seule ! » et elle n’avait pas tord. Jonah n’allait pas prévoir un plan d’exfiltration pour Neville ou pour Roderick mais les situations étaient différentes. Thelma s’était fait une place spéciale dans son cœur et Jonah n’envisageait pas l’idée de la laisser en rade si jamais leurs activités tournaient mal. On pouvait bien le taxer de paternaliste, tant pis ! Il assumait : Thelma aurait son flying pass mais elle n’était pas obligée de le savoir…

« Même si c’est un dernier recours, tu as raison, il faut tout de même le prévoir, assura-t-il soudainement plus léger à l’idée de prendre les devants. Maintenant qu’il avait ébauché un plan de sortie mental pour lui et ses proches, il se sentait nettement plus serein, et puis, nous pourrions avoir besoin de sortir du château sans utiliser les moyens traditionnels qui s’avèrent faciles à tracer, Le réseau de Cheminette était certes particulièrement bien développé mais il ne fallait pas perdre de vue que son entretien - et donc sa surveillance- incombait au gouvernement, je suis d’avis que nous en parlions avec Neville et que nous mettions ça en place au plus vite. Et puis, qui sait, Rachelle se joindra peut-être à nous, suggéra-t-il.

Il s’apprêtait à emmètre quelques hypothèses sur le lieu et la mise en place du passage lorsqu’un castor argenté se matérialisa dans la pièce. Le patronus s’arrêta devant Jonah pour lui prodiguer son funeste message :

« Professeur Mason, Professeur Forbes, Je suis Zachary Hamilton, le père de Cindy Hamilton scolarisée en quatrième année Serpentard. Je vous envoie ce patronus pour vous informer que la sœur ainée de Cindy, Stephie, notre fille, est décédée la nuit dernière. Le patronus marqua un léger temps de silence, Ma femme et moi-même ne pouvons malheureusement pas nous rendre disponibles pour venir lui annoncer la nouvelle et la récupérer. En effet, nous sommes actuellement entendu par la Police Magique puisque Stephie a été victime d’un homicide. Mme Daria Hamilton, ma sœur, va donc venir ce matin même informer Cindy et la chercher. Merci de faire le nécessaire pour que notre fille apprenne cette terrible nouvelle de la bouche de sa tante. Nous comptons sur vous pour faciliter sa sortie aujourd’hui. Cordialement. M.Hamilton. »

Le patronus s’évanouit dans les airs laissant un lourd silence derrière lui. Jonah croisa le regard de Thelma et se leva de son fauteuil pour attraper la Gazette du jour et en lire un extrait à voix haute :

« …Il avait loué la chambre la veille, en compagnie de sa jeune et jolie étudiante, Stephie Hamilton, je n’avais même pas fait le rapprochement. » avoua Jonah en abaissant le journal. Il retint difficilement un juron, secoua la tête de dépit et sortit sa baguette pour envoyer ses condoléances au couple Hamilton. Il leur assura qu’en tant que directeur de maison de leur fille, il allait faire le nécessaire. Il n’envisageait même pas  à quel point cela devait être difficile pour eux. Perdre son enfant. Il n’y avait pas de châtiment  plus cruel pour un père ou une mère.

« Il faut que j’aille chercher Cindy, dit-il alors en s’obligeant à être réactif, je vais l’escorter jusqu’au bureau de Daisy, ajouta-t-il d’un air sombre en songeant à la jeune fille enjoué toujours parée de ses chouchous roses, Il ne reste plus qu’à espérer que ses petits camarades ne soient pas abonnés à la Gazette, souffla-t-il en attrapant sa canne,  Dire que Daisy souhaitait avant tout que les élèves ne soient pas mêlés à tout ça…" Il poussa un soupir. « C’est déjà trop tard. »

Il esquissa un pas en direction de la sortie, invitant Thelma à l’accompagner.


One needs that an infinite patience to wait always what never arrives
Thelma CorriganProfesseur de DCFMavatar
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Thelma sentit rapidement que son idée des passages secrets n'avait pas séduit Jonah, et cela ne l'étonna pas outre mesure. Comme il le soulignait, c'était une idée de "dernier recours", imaginée en se projetant dans un contexte plus sombre et plus extrême que celui qu'ils connaissaient aujourd'hui. Elle pouvait tout-à-fait comprendre que le père de famille ne soit pas prêt à penser à de telles extrémités, et pourtant avaient-ils réellement le luxe d'attendre ? A partir du moment où ils commençaient à s'informer, et à envisager des pistes d'action que le régime était susceptible de désapprouver, ils se devaient de se préparer au pire : les choses pouvaient escalader incroyablement vite, elle en était persuadée. D'ailleurs, après quelques instants de réflexion, Jonah sembla finalement s'ouvrir à l'idée et parut même déterminé à la mettre en oeuvre rapidement.

Souriant doucement, elle hocha la tête pour approuver son plan d'action : "Oui, je vais inviter Rachelle à boire le thé dès demain et je commencerai à tâter le terrain."

Elle s'apprêtait à approfondir le sujet, enthousiasmée par son idée des passages secrets, quand ils furent interrompu par l'arrivée morbide d'un patronus castor inconnu... Dès l'entente du nom Hamilton, pour la seconde fois de la journée, elle sentit quelque chose de lourd tomber dans sa poitrine.

"Oh Merlin", laissa-t-elle échapper tandis que le castor déclamait sa triste nouvelle. Comment n'avaient-ils pas fait le rapprochement ? Hamilton était certes un nom courant, mais dans le petit monde de la magie, il n'y avait guère de coïncidences... Le visage juvénile de leur élève, Cindy, s'immisça dans son esprit et elle sentit une vague de compassion l'envahir par anticipation. Cette petite n'était pas la plus indépendante, la plus solide de leurs jeunes - Cindy lui semblait être vulnérable et elle ne pouvait qu'imaginer à quel point cette nouvelle allait la choquer, pour ne pas dire la détruire.

Voilà, songea-t-elle avec un mélange d'effroi, d'amertume et de détermination, voilà vers quoi ils se dirigeaient, ce à quoi ils devaient s'attendre. Qu'ils le veuillent ou non, cette guerre latente, invisible, s'était insinuée dans Poudlard et était sur le point d'ébranler bon nombre de vies. Ses doigts tremblants saisirent le journal que Jonah venait d'abandonner, et elle relut les mots sans réellement les voir, pendant que son collègue se chargeait du message de réponse.

C'était la part du métier qu'elle détestait. La responsabilité qu'ils avaient auprès de ces jeunes était immense, car ils passaient des années entières éloignés de leur famille, sans autre repère adulte que ceux qu'ils leurs procuraient. Cela signifiait que c'était à eux d'annoncer les mauvaises nouvelles, de soutenir les plus fragiles, d'accompagner les malades et les endeuillés, et il était parfois si dur de garder la distance nécessaire, de ne pas se laisser submerger par leurs peines adolescentes et par les malheurs cruels que la vie mettait sur leur chemin. Enseigner à Poudlard, en diriger une maison, était une mission qui recouvrait bien plus que le simple enseignement, c'était aussi ce qui faisait la richesse de leur métier, mais c'était parfois ce qui lui donnait envie de s'en détourner.

Esquissant un mouvement pour suivre Jonah, elle traversa rapidement la pièce pour le rejoindre et effleura furtivement son épaule, comme pour lui donner du courage. Puis elle le précéda hors de l'appartement, et frissonna quand l'air froid et humide du couloir vint l'envelopper.

"Nous avons beau essayer de les protéger, Poudlard n'est pas une bulle coupée du monde et ne l'a jamais été", renchérit-elle sur les paroles de Jonah. Ils auraient été naïfs de penser pouvoir préserver leurs élèves de l'actualité brûlante à l'extérieur. Tout en traversant les couloirs à cette heure vides d'élèves, elle pensait à la tragédie horrible qui venait de frapper la famille Hamilton. Tout ça pour une simple couverture, c'était tellement... bête, tellement évitable qu'elle en avait la nausée.

"Je crois qu'elle est en potions à cette heure-ci", indiqua-t-elle en empruntant un escalier mouvant. Il leur fallait descendre dans les entrailles d château, tirer la jeune fille de son cours et l'emmener dans le bureau de la directrice, pour qu'elle apprenne de la bouche de sa tante que sa vie ne serait plus jamais la même, car sa grande soeur avait disparu. Thelma aurait voulu se trouver n'importe où plutôt qu'ici, pourtant, il était hors de question qu'elle laisse Jonah affronter seul ce moment difficile.

Leur trajet ne fut guère animé en conversations, pour une fois, le silence fut la règle entre les deux collègues, Thelma trop plongée dans ses pensées affligées pour échanger avec Jonah. Et pour dire quoi ? Ils savaient tous deux qu'ils avaient la dure preuve de leurs pires soupçons. Ils savaient que cette première tragédie ne faisait qu'annoncer la couleur : combien de leurs élèves devraient-ils tirer ainsi de cours à l'avenir ? Combien encore de pertes, de deuils et de tragédies ? Leopoldgrad n'avait été qu'un prélude, un premier acte, le pire était à venir. Elle qui craignait auparavant qu'ils s'emballent un peu avait désormais l'impression de réagir trop tard. Un sentiment de danger et d'urgence s'était emparé d'elle, contre lequel elle s'efforça de luter. Se précipiter était le meilleur moyen de commettre des erreurs.

Parvenus devant la porte de la salle de classe, ils marquèrent un arrêt, comme pour se donner du courage. Des effluves de potions en préparation s'échappaient des interstices autour de la porte.

"Ca va aller", murmura-t-elle à l'intention de Jonah, sans savoir s'il avait vraiment besoin de l'entendre - en tout cas, elle avait besoin de le dire. Elle s'effaça légèrement pour laisser le directeur de Serpentard entrer en premier - peu mécontente de lui laisser ce rôle...
Jonah ForbesDirecteur de Serpentardavatar
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Thelma avait raison. Poudlard n’était pas une bulle coupée du monde. L’équipe pédagogique avait beau essayer de préserver au mieux les élèves, les tourments du pays se rappelaient à eux de la plus dure des manières. Après la disparition de Priam Carrow et d’Anwar Kabache dans l’effondrement de la Marchebank, voila que Cindy Hamilton était une nouvelle victime du conflit qui opposait le régime en place aux résistants. Combien d’élèves Jonah devrait-il encore escorter jusqu’au bureau de Daisy Mason ?

La terrible nouvelle qu’ils avaient à annoncer ne faisait que renforcer son sentiment d’impuissance et il détestait cela.  Alors qu’il marchait en silence au côté de Thelma pour rejoindre le cours de potions, ses pensées étaient toutes tournées vers la petite Cindy. Il exécrait l’idée d’être cantonné au rôle du sinistros – l’oiseau de mauvais augure- mais cette tâche faisait malheureusement partie de ses missions. L’annonce serait assurément un moment extrêmement éprouvant pour la fillette mais Jonah réfléchissait déjà aux différentes actions à mettre en place afin d’aider au mieux la petite Hamilton. Il  ne pouvait pas supporter l’idée d’être un simple témoin de son malheur, de rester inactif, inerte. Cindy allait surement rater plusieurs journées avant de revenir à Poudlard. A lui de faire en sorte que ce retour se déroule dans les meilleures conditions possibles pour elle. Il allait réunir l’équipe pédagogique de la petite fille afin de mettre en place un rattrapage efficace des cours et, éventuellement, un emploi du temps aménagé. Peut-être pourrait-elle suivre l’enseignement à Poudlard en début de semaine et rentrer chez elle le week-end les premières semaines ? Il comptait bien proposer un aménagement cohérent à Daisy et aux Hamilton, en temps voulu. Il faudrait aussi qu’il se mette rapidement en relation avec Rachelle Silvester. Il travaillait déjà en étroite collaboration avec elle sur de nombreux cas d’élèves - Blackbonnes, Benson et d’autres encore – et Cindy allait tristement rejoindre cette longue liste de jeunes gens aux parcours difficiles…

Guidés par les effluves émanant de potions en préparation, les deux enseignants débouchèrent finalement dans le long corridor qui desservait le cachot. Ils s’arrêtèrent devant la porte de la salle de classe et Jonah se donna quelques instants de répits pour  chercher ses mots. M. Hamilton avait insisté pour que Cindy apprenne le décès de sa sœur de la bouche de sa tante, l’enseignant ne devait donc rien révéler à la fillette… Pour autant, il ne se sentait pas de lui faire la conversation, comme si de rien n’était, jusqu’au bureau de Daisy.  Face à cette situation particulièrement délicate, Jonah passa longuement sa main dans sa barbe en arborant une mine préoccupée.
Les rides de son front s’estompèrent toutefois  légèrement lorsque Thelma lui témoigna son soutien. Il releva le visage vers elle et la gratifia d’un bref sourire sans joie. Il appréciait le geste. Vraiment. Elle l’avait accompagnée jusqu’ici  -alors qu’elle était loin d’y être obligée- et elle était restée pour l’épauler dans cette tache ingrate.

Pourtant, l’heure était venue de se confronter à l’innocente Cindy. Jonah poussa une longue inspiration avant de toquer à la porte pour entrer.

« Bonjour à tous. »
dit-il en s’avançant dans la salle de classe des quatrièmes années Serpentard et Gryffondor. Les élèves levèrent le nez de leurs chaudrons pour le saluer tandis que l’enseignant  reportait déjà son attention sur son collègue, excuses-moi d’interrompre ton cours mais je dois t’emprunter un élève. » ajouta-t-il avant de balayer la pièce du regard à la recherche d’Hamilton. Il vit Gowan McGregor s’échiner au dessus d’un liquide verdâtre et gluant, Henry Hallchurch, aux aguets - attendant visiblement de voir qui était attendu par le directeur de Maison Serpentard-  , le jeune Dubois, Sasha Benson  et, non loin d’elle, une fillette aux chouchous roses, reconnaissable entre mille.

« Cindy, il faudrait que tu viennes avec moi. » dit-il en usant du tutoiement, comme à l’accoutumé.

Les yeux de la jeune fille s’arrondirent d’étonnement. Cindy n’était pas le genre d’élève à faire parler d’elle ni à être convoquée par un enseignant ! Jonah ne l’avait jamais reçu dans son bureau personnellement. Elle vivait sa petite vie d’adolescente tranquillement, du moins, jusqu’à aujourd’hui. Elle resta un instant immobile avant de réaliser qu’elle devait se lever pour rejoindre son directeur.

« Tu devrais prendre tes affaires… » ajouta Jonah en désignant d’un signe de tête les effets personnels de la fillette étalés sur son bureau à côté de son chaudron.

« Ah bon ? » répondit-elle précipitamment, le rouge aux joues.


Tous les regards de ses camarades convergèrent sur elle et quelques murmures brisèrent le silence qui était tombé dans la pièce. Lorsque votre directeur de Maison venait vous chercher en cours et vous demandait de prendre vos affaires, c’était rarement une bonne nouvelle. Jonah avait bien conscience de cela et Cindy aussi, visiblement. Elle retourna près de sa place et rassembla ses manuels d’un geste fébrile mais elle fit tomber son encrier au sol en voulant le ranger.
« Oh zut alors. Mince, mince, mince… » dit-elle en s’accroupissant pour ramasser les morceaux.

A vrai dire, ce spectacle était un véritable supplice, aussi Jonah alla à sa rencontre dans l’allée entre les bureaux de son pas claudiquant et nettoya les dégâts causés par l’encre noire d’un simple sortilège.

« Tu peux laisser ton chaudron ici, ajouta-t-il en rassemblant le jeu de plumes de la fillette, Sasha le ramènera dans votre dortoir. »

Il s’assura d’un simple regard de l’adhésion de la petite Benson avant d’escorter Cindy jusqu’à la sortie puis, après avoir salué son collègue de potions, il ferma la porte derrière lui.

La fraicheur du couloir sembla s’immiscer jusque sous ses vêtements tandis qu’il se retrouvait seul avec Thelma et Cindy. Il croisa brièvement les yeux de sa collègue pour se donner un peu de courage avant de reporter son attention sur son élève :

« Nous devons  t’accompagner jusqu’au bureau du Professeur Mason. Ton père nous a envoyé un patronus et il tient à ce que tu rencontres ta tante, ce matin. » expliqua-t-il d’un ton doux. Cindy mit un certain temps à assimiler l’information. Jonah put voir son expression changer, son visage s’affaisser légèrement avant qu’elle ne réponde d’un ton mécanique :
« D’accord. »

Elle avait parfaitement conscience qu’un grand malheur était arrivé –cela pouvait se lire sur son expression- mais elle se garda de poser la moindre question. Au lieu de ça, elle se mit en marche au côté de Jonah qui lui pressa brièvement l’épaule avant de remonter en direction du bureau de la directrice. Merlin, il aurait voulu être ailleurs et ne pas avoir à effectuer cette funeste escorte, rythmé uniquement par le bruit de leurs pas et de sa canne. Le trajet lui sembla durer une éternité et le trio finit par s’arrêter devant une grosse gargouille en pierre. Jonah donna le mot de passe afin de libérer le colimaçon menant au bureau de Daisy.

« La directrice t’attend. » souffla-t-il à destination de Cindy. La jeune fille les observa tour à tour avant de monter les premières marches et disparaitre dans l’escalier à spirales. Il n’entendirent plus que ses pas raisonner dans l’obscurité puis, au bout de quelques instants, la lourde statue de pierre bougea de nouveau pour reprendre sa position initiale.

Jonah resta immobile à observer la gargouille d’un air absent. Il pensait à tout un tas de choses contreproductives: ses enfants, la mort…. Mais cela ne servait à rien  d’envisager le pire et de se torturer avec des pensées négatives. Il devait se concentrer sur les moyens d’actions.

« Tu as cours ce matin ? »
s’enquit-il alors en levant les yeux sur Thelma. Il laissa passer un bref silence avant d’ajouter : « Je pense qu’il est temps de se mettre concrètement au travail. »

Il faisait référence à tous les projets qu’ils avaient évoqués précédemment : Contacter les collègues sensibles à leurs causes, concevoir un passage vers l’extérieur, prévoir des plans d’exfiltration pour eux, et leurs familles…

Le temps des discours était définitivement terminé.


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