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 Fumons ensemble la Calomnie de la Paix [Mildy-Agathe-Jonah]

Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Lundi 21 Février 2010, dans les salons privés des Folies Sorcières

Était-ce un mirage ou un miracle ? La question pouvait se poser alors que les contours d'un sourire jusqu'alors disparu vinrent se dessiner sur les lèvres pincées de la romancière à l'eau de rose. En un claquement de doigt, les voiles de brouillard qui obscurcissaient ses pensées depuis la propagation de l'odieux scandale de la Saint-Valentin se dissipèrent, signe qu'une idée lumineuse et malfaisante venait de traverser son esprit tourmenté. Mildred Magie tenait enfin sa revanche, et les moyens de tordre le cou à l'investigateur de l'immonde calomnie. Débusquer ce dernier s'était révélé un jeu d'enfant, tant le cadrage du crash mammaire sur le torse ministériel apparaissait proche et resserré. L'immonde contenu holographique ne pouvait provenir que d'un Pear One, qui n'était autre que celui de cette petite fripouille de Virgil Forbes ! Revoir en boucle l'instant fatique où ses lèvres embrasées venaient se perdre dans le vent, ne faisait que accroitre sa haine viscérale pour le jeune fourbe Forbes. Piochant un malheureux raisin sur le plateau en argent qui lui était servilement tendu, elle le laissa craquer impitoyablement sous sa molaire en imaginant qu'il s'agissait de l'infâme chenapan. Si la sagesse inculquait de laisser mourir le scandale de sa propre mort, plutôt que de chercher à le combattre inutilement ; La sulfureuse romancière ne pouvait envisager de vivre avec une telle cicatrice dans son égo. Se faire prendre à son propre jeu ? Et ce, par un vulgaire mioche !? Jamais ! Voilà pourquoi, même après de sages excuses publiques, elle se torturait encore l'esprit à dénicher la vengeance la plus adaptée et surtout la moins compromettante pour sa renommée et sa célébrité...

En effet, après avoir récupéré de l’inénarrable gueule de bois ayant succédé à sa magistrale cuite de l'après Saint-Valentin (soirée dont elle ne conservais d'ailleurs plus aucun souvenir) ; Mildred avait évalué toutes les solutions qui s'offraient à elle. Très vite, la diva des folies avait écarté l'option de la fuite, et de prendre une année sabbatique dans un lointain palace saoudien. Étant encore beaucoup trop jeune pour une retraite méritée, elle n'était surtout pas du genre à fuir devant l’ignominie ! L'idée d'attaquer en justice le jeune Virgil lui avait également traversé l'esprit, mais après mûre réflexion, elle s'était dissuadée de le faire pour la simple et bonne raison que cette stratégie pouvait très bien se retourner contre elle. En effet, Virgil était aussi fourbe que menteur, et il pourrait très bien abuser les juges du Magenmagot en jouant la carte du jeune chaton innocent encore sous le choc du spectacle torride offert malgré lui par la vieille pie aguicheuse. Bien que pressée de laver l'humiliation, Mildred devait se montrer plus rusée que ce jeune gredin de Gryffondor! Voilà pourquoi plutôt que de porter plainte, elle avait opté pour une vengeance beaucoup plus sournoise...

Trois jours auparavant, la vile romancière avait contacté les parents Forbes, afin de convenir d'un rendez-vous qui puisse épiloguer positivement cette sale histoire. Dans sa missive, elle n'avait point omis de s'excuser pour son attitude déplorable, en prétextant judicieusement qu'elle traversait actuellement une terrible dépression post-traumatique, suite aux évènements tragiques de la March'Bank. Bien qu'elle se fasse soigner, il lui arrivait parfois de décrocher nerveusement, comme lors de ladite soirée de commémoration. Elle avait même poussé le vice et le mensonge en arguant le fait qu'elle était très inquiète pour l'avenir de Virgil, et des répercussions que pourraient entrainer son inqualifiable bêtise. La sorcière savait que faire semblant d'éprouver une quelconque empathie pour ce sale mioche, serait sans doute la partie la plus difficile de son plan ; Même si d'un autre côté, détruire l'équilibre familial et entrainer Jonah dans cette spirale vengeresse affligeait quelque peu sa conscience.

En effet, la romancière estimait profondément le directeur de la maison verte et argent, surtout depuis que celui-ci l'avait noblement soutenue face aux quolibets de la pseudo-intelligentsia artistique du Monde Magique. Dans le cœur pourtant tout sec de la vieille pie capricieuse, Jonah n'était pas un homme tout à fait comme les autres. Une exception imposant le respect, que ce soit dans son comportement que dans son savoir-vivre. Rien que son parcours forçait l'admiration et le respect. Voilà pourquoi, s'attaquer à lui, même si cela passait par sa progéniture monstrueuse, n'avait rien d'une formalité pour la diva des Folies Sorcières. Malheureusement toutes les batailles souffrent de dommages collatéraux et quoiqu'il en soit, le père allait devoir payer pour les erreurs de son fils. Au-delà de toute considération sentimentale, la priorité de Mildred Magpie était de protéger son empire, et de laisser une empreinte intemporelle de son passage sur Terre. Même des millénaires après sa mort, elle voulait que l'on continue à chanter ses louanges sur sa créativité artistique, et certainement pas que l'on relate sa débâcle amoureuse avec le Ministre. A faute de descendance, elle voulait que son nom marque l'histoire...

Tranquillement allongée sur un divan de son salon privé, la romancière picorait dans un plateau gargantuesque de fruits, signe de ses bonnes résolutions alimentaire et d'une énième tentative de régime. Son humeur radieuse prenait sa source dans la lecture du courrier des fans, et plus particulièrement dans l'une des lettres qui lui inspirait de biens sombres projets à venir. Admiratrice inconditionnelle de l'écrivaine,  Kristen White avait beau être une fan intrusive, qui faisait preuve parfois d'une passion quelque peu disproportionnée quand il s’agissait de défendre l'honneur de sa star ; Il demeurait qu'elle offrait à Mildred Magpie l'occasion rêvée de perpétrer sa vengeance à l'encontre du vil Virgil, et surtout elle lui ouvrait une jolie porte dérobée sur les dortoirs Gryffondor. Le petit Forbes avait voulu salir sa réputation, elle allait s'atteler à son tour à détruire sa vie et ses projets. Plaisir sadique aux lèvres, elle prit soin de ranger précieusement le courrier de la jeune Kristen, avec l'idée de lui répondre très prochainement. Virgil allait payer le prix de sa calomnie ! Mais pour l'heure, elle avait d'autres Forbes à fouetter, alors que l'un de ses domestiques lui annonça enfin la venue de ses invités tant attendus.

"Miss Magpie : Madame et Monsieur Forbes, vous attendent dans le vestibule. Dois-je encore les faire encore patienter? "

Mildred Magpie s'étira lascivement sur son divan. Il était temps de semer un peu la zizanie dans la famille Forbes, et de jeter l'opprobre sur ce maudit Virgil.

"Non dites-leurs de me rejoindre dans mon bureau. Je serai prête à les recevoir comme il se doit... "

Un fin sourire se dessina alors sur ses lèvres...

*****
Agathe Branson
41 ans - ex-Femme de Jonah Forbes

Un ex-couple venait de se reformer dans la salle d'attente du bureau de la Rédactrice en chef de Multiplettes : En effet, Jonah et son ex-femme étaient assis l'un à côté de l'autre dans un silence des plus glaçant. La discorde était totale, Agathe esquissant à peine un bref hochement de tête en guise de salutation. Depuis les évènements qui avaient secoués cette maudite Saint-Valentin, la tension était montée d'un cran entre les deux parents Forbes. La violente dispute orchestrée dans les appartements privés du Directeur des Serpentards avait laissé de profondes cicatrices, Agathe n'arrivant toujours pas à pardonner la réaction démesurée de son ex-mari. Les cris de colère de Jonah alors qu'il rudoyait leur fils - L'index accusateur brandit sur elle quand son ex-époux lui reprochait l'achat du Pear One - La vision des éclats de celui-ci sur le sol - Cette immonde vidéo de la greluche Mapgie qui tournaient en boucle sur les réseaux magiques : Autant de mauvais souvenirs dont elle ne pouvait point se départir, et qui la tourmentait en une odieuse farandole. Dévorée par une inquiétude toute maternelle, Agathe préférait s'adonner à un long et impossible duel de regard avec l'immonde tapis en peau de léopard, plutôt que d'avoir à cogiter encore sur les malheurs de Virgil. Il valait mieux disserter sur l'incroyable mauvais goût de l’hôtesse des lieux, que d'envisager l'avenir d'un fils en chute libre. Après tout si cette vieille couguar défraîchie de Mildred Magpie n'avait pas collé ses grosses poires sur le torse du Ministre, rien de tout cela ne se serait produit ; Aucune sanction à l'égard de Virgil, et elle n'aurait pas eu à annuler une Conf-Call avec le directeur adjoint de la filiale Apple de Boston !

Agathe dévisagea froidement l'un des autoportraits excentriques de la romancière qui la toisait avec orgueil depuis les hauteurs de l'un des murs de la salle d'attente. La folie des grandeurs ! Comment pouvait-on être aussi imbu de sa personne ? Une telle dose de superficialité et de vulgarité irradiait de cette personne si éloignée de l'image que se faisait Agathe de la femme moderne. La simple pensée que son fils de seize ans se soit retrouvé prit en sandwich entre cette rombière délurée et un ministre de la magie balafré, suffit à la conforter dans l'idée que ce monde magique n'était vraiment qu'une vaste hérésie malsaine. Jamais chez les moldus, on n'aurait osé infliger un tel spectacle à un adolescent en pleine construction ! Sans omettre les attentats qui secouaient le pays. Plus les minutes s'écoulaient, et plus Agathe était consternée par le climat délétère et déstabilisant de ce fichu Monde Magique. La moldue fière de l'être finit par plonger son regard entre ses mains pour se prémunir de l'affreuse vision de l'autoportrait de la vieille pie aguicheuse.

"Quelle horreur... "

Mince ! Sans le vouloir, elle venait de murmurer ses pensées, plutôt que de les intérioriser. Agathe se maudissait déjà à l'idée de tendre une perche verbale à son ex-mari. Après leur engueulade, il ne méritait qu'un froid silence. De plus, elle connaissait suffisamment Jonah, pour savoir à quel point il était doué pour retourner une situation à son avantage. Toute sa vie, elle avait étouffé secrètement de le voir imposer ses décisions et rythmer son quotidien. Pourquoi ne pas le suivre ? Jonah était le roi de la pensée positive, et celui qui au final avait décidé d'avoir toujours raison : Le monde magique plutôt que le monde Moldu - Poudlard plutôt que le collège Saint-Andrew de Londres - Pas de Pear One pour un gosse de son âge ! Bref, à trop vouloir s'investir, on finit immanquablement par se planter en beauté...  

En quoi ses choix avaient-ils aidé leur fils à s'épanouir ? Plus que jamais auparavant, Virgil titubait sur les rebords d'un dangereux précipice, et la faute de sa mère, était justement de ne pas avoir su s'imposer et faire entendre raison à Jonah. Mais cela allait changer ! Aujourd'hui, quel que soit l'issu de cet entretien, elle allait reprendre les rênes de l'éducation de Virgil, lui redonner de la stabilité et des repères concrets. Tôt ou tard, Jonah finirait par se résoudre qu'il n'est peut-être pas l'homme de la situation, et qu'il a failli dans sa mission de père. Pour le bien de Virgil, il allait devoir apprendre à digérer l’échec, et déléguer de ses responsabilités à son ex-épouse. Car désormais, Agathe était persuadée d'être la seule à même de pouvoir offrir un cadre de vie plus épanouissant à leur petite terreur de fils.

L'attente était interminable, et le malaise grandissant. Agathe finit par se donner un peu de consistance en balayant d'un pouce agile les galeries photos de son nouvel I-Phone. Elle laissa ainsi défiler des parcelles de sa vie, avant de bloquer subitement sur le visage rayonnant de son petit Virgil. Mon dieu qu'il était beau dans sa petite tenue de superman ! Et que cette douce époque paraissait éloignée à présent. Signe de son émotion, une larme d'amertume finit par dévaler de sa joue pour finir sa course sur l'écran de son mobile. Elle l'essuya tendrement, avant que Jonah ne cherche à reprendre le contact avec son ex-épouse. Au diable sa pitié ! Cette bonne intention ne fit que la pousser encore davantage dans ses retranchements. Agathe n'allait plus se laisser faire ! Comme une frontière devenue infranchissable, elle leva une main autoritaire pour annihiler toute tentative de rapprochement.

"Jonah! Que les choses soient bien claires ! Je ne suis pas venue ici pour me réconcilier avec toi ! Ni pour écouter les lamentations de cette vieille pie délurée ! Je ne suis là que pour Virgil ! Aider mon fils ! Et rien d'autre... "

Agathe fut interrompue dans son élan de colère passionnée par l'irruption d'un valet de Mildred Magpie. Celui-ci les invita à rejoindre l'intérieur du bureau de la rédactrice en chef de Multiplettes.

"Si voulez bien vous donnez la peine de me suivre, Mildred Magpie souhaite bien vous recevoir... "

Comme s'il s'agissait d'une bénédiction ! Levant les yeux au plafond devant autant de mansuétude, Agathe jeta laconiquement son portable dans son sac, avant de se lever prestement pour emboiter le pas au domestique...  

*****

Dès l’arrivée du couple dans son bureau privé, Mildred Magpie joua à la perfection son rôle d’hôte des lieux. Arborant son plus délicieux sourire mielleux, elle désigna deux sièges en cuir qui ne demandaient qu'à accueillir les postérieurs de ses gracieux invités. Certes le contenu de cette réunion n'était guère plaisant, mais pourquoi devrait-on pour autant sacrifier les bonne vieilles convenances anglaises ? Mildred s'empara presque machinalement de deux tasses en porcelaine.

"Bienvenue à vous deux. Mais je vous en prie, installez-vous ! Vous prendrez bien un peu de thé ou du café ? Ou peut-être quelque chose de plus fort ? "

Aussi bien pour les parents que pour Mildred, aborder l'affaire Virgil n'avait rien d'une partie de plaisir. La romancière aurait bien englouti un verre de Whisky Pur-Feu sans glaçon pour se donner un peu plus d'élan, mais soucieuse de sa réputation à reconstruire, elle ne voulait pas non plus passer pour une vulgaire alcoolique. Plutôt que de faire durer un suspense inutile, Mildred fut la première à lancer un pavé dans la mare du scandale. Elle s'exprima alors comme une romancière bien décidée à tourner une bien vilaine page du livre de sa vie.

"Sachez que je suis très heureuse d'être en votre compagnie, afin de pouvoir trouver ensemble un épilogue heureux à cette ignoble tragédie. Que ce soit pour le bien de votre fils, ... Virgil, que pour réparer le préjudice infligé à mon honneur blessée. "

Sans se départir de son sourire factice, les ongles acérés de la romancière crissèrent quelque peu sur le rebord de la tasse en porcelaine quand elle prononça le prénom de l'infâme diablotin.



               
“Ce qu'il y a de scandaleux dans le scandale, c'est qu'on s'y habitue.”
Jonah ForbesDirecteur de Serpentardavatar
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Appartement privé de Jonah, une demi-heure avant le rendez-vous…

Si Virgil n’arrivait pas dans les dix minutes, Jonah allait être en retard . Il avait rendez-vous avec Agathe et Mildred Magpie cet après-midi même. L’enseignant avait profité d’une pause dans son emploi du temps pour rencontrer la romancière à succès et poser les choses après l’incident de la St-Valentin. En effet, Virgil avait largement contribué à la diffusion d’images volées du Ministre et de la rédactrice en chef de Multiplettes. Soucieux de  régler cette histoire au  plus vite, les parents Forbes avaient exigé de leur fils deux lettres d’excuse, une  à destination de Leopold Marchebank en personne et l’autre pour Mildred Magpie. Celle pour le Ministre était partie la veille, par hibou. Elle avait visiblement été plus facile à écrire pour Virgil que l’autre puisque Jonah l’attendait toujours à quelques minutes de son rendez-vous avec la gérante des Folies.

Le père de famille risqua un regard en direction de l’horloge et  pesta en songeant au fait que son cadet était systématiquement en retard. Toutefois,  trois coups sur la porte contrarièrent cet état de fait.

-Entre !
Il s’agissait bien de Virgil qui pénétra dans l’appartement de son père d’un pas nonchalant. Il referma le battant derrière lui et resta sur le pas de la porte, prêt à repartir dans l’autre sens dès qu’il en aurait fini.
-Tiens, dit-il en tendant la lettre à son paternel.
Jonah attrapa l’enveloppe et la tourna dans sa main.
-Tu l’as cachetée ?
-Ben oui. C’est des excuses pour elle, pas pour la terre entière, objecta Virgil en croisant ses longs bras sur son torse dans un geste de repli sur lui-même, pourquoi tu me demandes ça ? Tu ne me fais pas confiance ? » ajouta-t-il d’un ton suspicieux.
Jonah posa un regard dur sur son fils.
-Ne joue pas à ce petit jeu là avec moi Virgil. La confiance ça se gagne, d’accord ?
Virgil leva ostensiblement les yeux au ciel.
- Je t’ai dit que j’allais me rattraper et faire des efforts, j’ai même déjà commencé, demande à Wembley ! dit-il en désignant d’un geste de la main l’appartement voisin de l’enseignant en Histoire de la Magie.

Jonah n’avait même pas eut besoin de demander quoique ce soit à son collègue. Roderick était venu de lui-même lui faire lire le devoir sur la Seconde Guerre des Sorciers que Virgil avait rédigé et, ôh miracle, rendu dans les temps impartis. C’était plutôt bon. Vraiment. Il y avait bien quelques problèmes de syntaxe et le plan habituel d’un commentaire composé n’était pas respecté mais les arguments faisaient mouches.

-Professeur Wembley, rectifia Jonah.
-Oui Professeur Wembley, répéta Virgil dans un long soupir, mais si tu ne me crois pas tu peux ouvrir la lettre, ajouta-t-il en mettant son père au défi, j’ai écris mot pour mot : « Je m’excuse d’avoir participé à diffuser des images de vous, sans votre consentement. C’était un acte regrettable. » Tu peux vérifier, souffla-t-il en désignant d’un geste du menton l’enveloppe dans les mains de son père.

Le petit manipulateur, il aurait eu sa place à Serpentard, assurément, pensa Jonah. Virgil cherchait tout bonnement à inverser le rapport de force entre eux mais Jonah n’avait pas encore abattu sa dernière carte.

-Ta mère sera là aussi. Au rendez-vous, précisa Jonah en glissant distraitement la lettre dans la poche intérieure de sa cape de sorcier. Si Virgil avait écrit des imbécilités dans ce mot d’excuse, il ne supporterait pas l’idée qu’Agathe les lise. Son cadet avait toujours eu à cœur de ne pas la décevoir et Jonah en était particulièrement conscient.
-Qu’est-ce que maman va faire chez  Magpie ? s’enquit Virgil sans quitter le pas de la porte.
-Et bien elle tient à être présente quant je donnerai tes excuses à Mildred parce qu’elle se soucie de toi et des efforts que tu fais pour réparer ton erreur, Jonah vrilla son regard bleu dans celui de son fils. Il hésita un instant avant d’ajouter, Tout comme moi. »

Maintenir le dialogue avec Virgil lui semblait de plus en plus difficile. Il essayait de lui tendre quelques perches, comme maintenant, pour lui faire comprendre qu’il n’était pas son ennemi, juste un  père qui s’inquiétait pour son fils mais son cadet mettait un point d’honneur à ne pas se laisser atteindre. La violente dispute dont il avait été le témoin le soir de la St-Valentin entre Agathe et lui-même ne devait pas aider. Jonah s’était emporté plus qu’il ne l’aurait dû, il en avait conscience. S’écharper avec la mère de ses enfants devant l’un d’eux… Quelle erreur ! Pourtant, Jonah et Agathe avaient essayé de gérer leur séparation en préservant au mieux les garçons, du moins, en les maintenant en dehors de leurs conflits et en tentant de parler d’une même voix. Cela avait été –et était toujours-  un travail long et fastidieux mais il était nécessaire pour garantir l’équilibre familiale. Seulement, en une soirée, le couple avait de réduit des années d’efforts à néant …
Jonah aurait voulu le dire à Virgil. Avouer qu’il regrettait de s’être donné en spectacle devant lui, qu’il n’aurait jamais dû être témoin d’une telle dispute. Lui expliquer que les relations entre adultes étaient compliquées et qu’il n’était pas la cause de ce conflit larvé entre ses parents,  mais, c’était sans compter avec son fils qui enchaina rapidement  d’un air désinvolte.


-C’est bon Pa’ te fatigue pas, il fit demi tour entrouvrit la porte d’entrée et poursuivit, Vous faites ça pour moi parce que vous m’aimez trèèès fort, récita-t-il, Je sais. Merci. Je dois aller en cours là. Passe le bonjour à maman. » lâcha-t-il en refermant la porte derrière lui.

Observant la porte close, Jonah poussa un profond soupir.


***

Virgil Forbes



Virgil avait fait un effort immense pour ne pas claquer la porte de rage derrière lui. Ses mains en tremblaient encore tandis qu’il quittait l’aile des professeurs d’un pas décidé. Ses parents étaient-ils véritablement si soucieux de son bien-être ? Dans ce cas, pourquoi s’étaient ils copieusement disputés devant lui ? Pourquoi avaient-ils eu ces mots si dur l’un envers l’autre ? Hein ? Virgil s’en fichait bien qu’ils aillent rencontrer Magpie ensemble, parce qu’ils étaient soi-disant soucieux de lui et de son avenir ! Jouer les couples unis dans l’adversité ! Mais quelle hypocrisie ! Il savait lui ! Il savait que tout était faux. Cette caricature de ce que ses parents avaient été par le passé  lui donnait envie de vomir. Ce n’était pas de cette vaste fumisterie dont Virgil avait besoin, putain ! Il voulait juste les voir heureux ensemble, comme avant. Rien de plus.

Le gryffondor bifurqua au détour d’un couloir et s’appuya, le dos contre le mur froid. Il bascula la tête en arrière et ferma les yeux, tentant de dominer les battements agités de son cœur et son ressentiment. Il s’en voulait d’avoir pensé ça. Il s’évertuait, chaque jour, à faire comprendre à ses deux plus jeunes frères que leurs parents ne se remettraient jamais ensemble et voila qu’il priait Merlin comme un gamin…

« Allez tous vous faire foutre… »
murmura-t-il pour lui-même en redressant la tête.

Il allait sécher le cours de DCFM, rejoindre la serre et fumer clope sur clope jusqu’au soir pendant que ses parents donneraient l’illusion d’être un couple uni devant cette vieille pie. Voilà. La sonnerie marquant le début des cours de l’après-midi raisonna dans le château et quelques élèves passèrent devant Virgil pour rejoindre leurs salles de classe respectives en lui jetant un regard curieux. Il les observa passer, sans mot dire, tout en songeant à la lettre de motivation qu’il avait commencé à rédiger pour Skye, à ses lectures passionnantes des derniers mois et à ses séances d’entrainements avec Horrocks. Virgil jeta un œil en direction des escaliers de marbre qui desservaient le parc et les serres puis un autre en direction du couloir rejoignant les salles de classe. Il devait faire un choix, maintenant.

L’incertitude plana durant quelques secondes et puis…

« Fais chier. » grommela-t-il en posant son sac en bandoulière sur son épaule prêt à rejoindre , à son plus grand étonnement,  le cours du Professeur Corrigan.


***


Jonah passa le contrôle de sécurité aux cheminettes des Folies sorcières sans encombre. Il était attendu et sa visite avait semble-t-il été annoncée aux gorilles qui gardaient l’entrée du cabaret. Depuis l’attentat de la March’bank, les institutions et les lieux culturels avaient renforcé leur sécurité et Jonah ne fut pas étonné qu’un agent l’escorte jusqu’à la salle d’attente du premier étage. En chemin, il eut tout le loisirs « d’admirer » la décoration chargée du hall, les dorures ostentatoires et l’énorme lustre en cristal. Ce style éclectique n’était pas véritablement à son goût -il préférait largement la rigueur et la simplicité d’un intérieur moderne- mais il devait reconnaitre que ces choix esthétiques collaient parfaitement à la fonction du lieu. Il avait eu l’occasion de se rendre au cabaret une première fois par le passé, pour une représentation théâtrale d’Isadora, et l’effervescence qui régnait ici en soirée était tout autre. En pleine journée, les Folies semblaient presque assoupies. Il y avait bien quelques clients dans la partie Casino mais cela n’était en rien comparable avec la foule des grands soirs.

Débouchant au premier étage par les escaliers, Jonah passa à proximité d’un employé occupé à épousseter une galerie de tableaux, puis  l’agent l’invita à patienter dans une petite salle d’attente sur la droite où son ex-femme attendait déjà. Jonah ressentit un léger malaise -et une pointe d’exaspération, il faut le dire- en découvrant sa mine fermée. Il avait été marié assez longtemps à Agathe pour savoir que cette expression était de mauvaise augure.  

« Bonjour. » tenta-t-il toutefois en s’approchant d’elle. Pour toute réponse, elle le gratifia d’un simple hochement de tête et reporta froidement son attention sur la décoration. Bien. Agathe annonçait d’entrée de jeu la couleur. Elle allait tout bonnement refuser le dialogue et se murer dans un silence contreproductif, songea Jonah en prenant place sur un siège en face d’elle.

Agathe lui en voulait et c’était tout à fait normal. Jonah avait conscience d’avoir dépassé les bornes en cassant le cadeau qu’elle avait fait à Virgil mais il ne comprenait pas son comportement d’aujourd’hui. Elle pensait vraiment qu’une telle attitude allait les aider à surmonter cette épreuve ? Il était question de Virgil, de leur fils, qui glissait sur une mauvaise pente depuis quelques temps déjà. Ils en avaient tous les deux conscience et ils avaient essayé, chacun à leur manière, de stopper cette dynamique : Jonah en se montrant plus rigoureux et Agathe plus compréhensive.
Visiblement aucune des deux techniques n’avait fonctionné puisqu’ils se retrouvaient tous les deux ici.
Aux yeux de Jonah, il était nécessaire de faire ce constat. D’admettre cet échec et surtout de communiquer pour envisager, ensemble, des solutions. Comme ils avaient toujours essayé de la faire par le passé. Mais comment aider leurs fils si Agathe s’évertuait à l’ignorer ainsi ?

Jonah observa son ex-femme un instant. Elle préférait détailler chaque immonde tableau de la pièce plutôt que de croiser son regard. Ne pouvait-elle pas se conduire en personne un peu plus responsable ? Il avait clairement l’impression d’avoir Virgil face à lui. En plus de leur ressemblance physique indéniable ils avaient tous les deux la même posture d’évitement.

Comme pour son cadet, Jonah savait qu’il devait des excuses à son ex-femme. Elle aussi réciproquement, estimait-il, mais il était prêt à faire le premier pas si cela permettait de rompre la glace entre eux.
Il  prit donc un inspiration et commença d’un ton posé en se penchant légèrement en avant:

« Agathe, il faut que  nous parlions de ce qui s’est passé le soir de la St-Valentin, J’ai… »

Elle le fit taire d’un geste autoritaire de la main et les propos qui suivirent furent loin d’apaiser la tension qui avait d’hors et déjà envahie la pièce. Au contraire ! Lorsqu’ Agathe assura d’une voix forte qu’elle était uniquement là pour aider son fils. Jonah s’empressa d’ajouter un ton plus bas, certes, mais avec la même hargne:
« Aider notre fils. Que tu le veuilles où non, nous sommes deux en charge de son éducation. »

Leur échange s’interrompit brusquement quant  la porte s’ouvrit sur un valet : Mildred Magpie allait les recevoir.
La mâchoire encore contractée par la colère, Jonah se leva et fit signe à son ex-femme de le précéder puis ils pénétrèrent dans le bureau de la romancière. L’enseignant s’efforça d’afficher une mine neutre qui ne laissait en rien deviner l’échange houleux qu’il venait d’avoir avec Agathe dans la pièce d’à côté. Pas besoin de mêler la reine du scandale à leurs problèmes de couple. Enfin, d’ex-couple songea-t-il, en serrant la main de la rédactrice de Multiplettes.

« Mildred, voici Agathe, la mère de Virgil, commença –t-il en se chargeant des présentations. Il avait failli dire « Mon ex-femme » mais il s’était retenu in extremis, soucieux d’afficher un semblant d’unité entre eux. Il appréciait certains pans de la personnalité de Mildred, réellement, mais il se méfiait aussi de son côté plus perfide, Agathe, Mildred Magpie, elle anime l’atelier théâtre à Poudlard.» expliqua-t-il afin de justifier l’usage du tutoiement et l’emploi du prénom . Il ne voulait pas qu’Agathe pense qu’il passait ses week-ends aux Folies. Même s’ils étaient séparés depuis de nombreuses années et que Joanh n’avait, en théorie, pas de compte à lui rendre, il souhaitait tout de même garder l’estime de son ex-femme, à défaut d’avoir pu garder son amour.

« Un thé pour moi, merci. » répondit-il avec un sourire poli. Il était déjà assez à cran comme ça.

Assis côte à côte avec Agathe, leurs mains se touchant presque sur leurs accoudoirs respectifs, Jonah écouta en silence l’introduction de Mildred. Si elle paraissait bienveillante de prime abord, l’enseignant ne manqua pas la petite crispation qu’elle sembla ressentir en évoquant Virgil… Le regard du professeur passa des ongles acérés de Mildred, anormalement contractés autour de leur tasse, au visage souriant, presque avenant, de la romancière.

Mouais.

« Il est vrai que Virgil a été un rouage du scandale, commença Jonah après avoir bu une gorgée de thé. Un rouage, parmi d’autres. Il insistait sur ce fait. Virgil n’avait pas à endosser la totale responsabilité de « l’honneur blessé » de la romancière- Nous en sommes parfaitement conscients, Agathe et moi. Il a d’ailleurs rédigé une lettre d’excuse en ce sens et nous tenions à être présents, tous les deux, pour te la remettre aujourd’hui,  Il coula un regard vers Agathe pour voir si elle souhaitait ajouter quelque chose et sortit l’enveloppe de la poche intérieure de sa cape, j’espère que tu y seras sensible. » ajouta-t-il en tendant la missive à Mildred…

Lettre:
 
Brochure:
 


Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Agathe Branson
41 ans - ex-femme de Jonah Forbes

Pardon!? Un préjudice infligé à son honneur blessé !? Mais où allait-on ? Agathe haussa les sourcils de stupeur devant autant de mauvaise foi. Cette vieille pimbêche n'avait pas eu besoin de l'aide de Virgil pour se fourrer elle-même dans la mouise ; Personne ne lui avait demander de coller sa poitrine sur le ministre ! Derrière cette facétie victimaire se cachait une vérité accablante qui allait à l'encontre des propos sirupeux de la romancière hypocrite : Quoiqu'elle en pense, dans cette histoire sordide, Mildred Magpie demeurait l'adulte, et en cela, elle était responsable de ses actes et de sa conduite. Même si Virgil n'était pas un jeune angelot, et qu'elle avait déjà retrouvé certaines revues un brin olé-olé dans ses affaires, il n'avait pas à subir de front les débordements outranciers d'une sorcière presque ménopausée. Si l'excentrique romancière voulait se diriger sur ce terrain miné, alors Agathe dans un réflexe maternel de protection ne ferait qu'une bouchée de la vieille pie. Telle une mère hippogriffe défendant sa portée, elle était prête à défendre bec et ongle son fils contre le mauvais sort qui s'acharnait sur lui. Déjà bien remontée, elle se félicita de n'avoir point prit de café...

Mais là ou sa colère bouillonnait, Jonah finissait toujours par trouver les mots et les métaphores parfaites. Alors qu'il sirotait tranquillement son thé, il fit encore étalage de sa verve et de ses vertus diplomatiques. En effet, Virgil n'était qu'un rouage du scandale, et nullement celui qui en avait lancé la terrifiante mécanique. Pour cela, Mildred Magpie ne devait s'en prendre qu'à elle-même, et à en juger par son attitude, la romancière semblait bien décidée à assumer sa part de responsabilité. L'histoire semblait s'engager vers une issue plutôt sereine, quand Jonah fit quelque chose que Agathe détestait par-dessus tout chez lui : Faire semblant d'accorder du crédit à son opinion, alors qu'il venait déjà de parler en son nom. Certes, ils avaient convenu ensemble que Virgil se devait de rédiger des lettres d'excuses au Ministre et à la romancière, mais Agathe regrettait fortement de n'avoir eu au final aucun droit de regard sur celles-ci. Après cela, il avait le culot de lui signifier qu'ils étaient deux en charge de l'éducation de leur fils ! Mais voyons. C'était du Jonah tout craché que de vouloir tout diriger sans jamais rien déléguer.

Jugeant sa main trop proche de celle de son ex-mari, Agathe la retira quelque peu abruptement de l'accoudoir de son siège. Inutile de se sonner en spectacle, elle réglerait ses problèmes avec son ex-époux en privé. Son regard passa de Jonah à la romancière, avant qu'elle n'exprime son point de vue sur la missive d'excuse.

"Je dois vous avouer que je suis agréablement surprise. En effet, nous en avions parlé avec mon EX-mari, mais j'étais loin d'imaginer que Virgil puisse s'y atteler aussi rapidement. C'est encourageant... " Elle marqua une courte pause avant d'ajouter : " Madame Magpie, voyez en cela une preuve manifeste de la sincérité et de la volonté de notre fils, à vouloir mettre un terme à cette histoire. "

La bouche en cul de poule, Mildred semblait quelque peu dubitative sur les intentions réelles de l'adolescent.

"Je ne demande qu'à le croire! Et il est clair qu'une lettre d'excuse, c'est une belle initiative et un réel premier pas vers la réconciliation. J'en suis d'ailleurs très touchée... "  La pie marqua une pause, puis ajouta d'un ton plus sévère :  " Mais je vous serai gré d'avoir l'amabilité de m'appeler Miss ou Mademoiselle plutôt que Madame Magpie. Comme vous pouvez le voir, je ne suis pas encore mariée... " souligna la romancière en affichant son annulaire gauche, la seule partie de son corps qui semblait encore dépourvu de bijoux.

*Et cela n'est pas prêt d'arriver, vieille peau!* pensa très fortement Agathe avant de répondre d'une manière plus élégante et diplomatique : "Veuillez m'excuser Miss Magpie. Vivant depuis trop longtemps dans le monde moldu, je ne suis plus trop au fait des règles de convenance qui régissent le Monde Magique."

Une dernière phrase teintée d'une certaine ironie à l'égard de la situation et du scandale dans laquelle se retrouvait la sorcière délurée, mais qui avait le mérite d'évacuer toute forme de tension naissante entre les deux femmes. Entrevoyait-on la fin du tunnel ?  Ce scandale allait-il glisser sur Virgil, comme une goutte de pluie sur le plumage d'un canard ? Signe qu'elle était quelque part rassurée, le visage d'Agathe se fendit même d'un étroit sourire empreint d'une certaine reconnaissance. De son côté, tasse de café à la main, les lèvres de la romancière s'étirèrent également de satisfaction, à l'idée de pouvoir jouir d'une lettre d'excuse. Pour la première fois depuis la Saint-Valentin, et même si leurs motivations n'étaient pas les mêmes, le tableau fugitif de ces deux femmes souriantes laissa entrevoir la possibilité d'un heureux dénouement dans l'affaire "Virgil vs Magpie"...


... Ce fut durant ce bref répit illusoire, que Jonah jugea bon de profiter de l'accalmie et de tendre la lettre d'excuse de son fils en direction de la romancière ; Moment fatidique que l'histoire retiendra comme le début du grand dérapage. Bizarrement, Agathe tiqua devant le ton quelque peu trop familier employé par son ex-époux pour s'adresser à Mildred Magpie ; En effet, elle voulait que l'on lui serve des "Miss Magpie" alors que Jonah pouvait la tutoyer en toute impunité. Certes ils étaient collègues de travail, mais peut-être que cette familiarité cachait des rapports plus étroits en privé... Même si Jonah était libre de faire ce qu'il veut de sa baguette, la seule pensée qu'il puisse sortir avec cette grognasse superficielle suffit à révulser la mère de famille. Assurément, Jonah était libre de refaire sa vie avec une autre, mais pas avec n'importe quelle greluche. Agathe voulait la meilleure éducation possible pour ses enfants ; Et de ce fait si belle-mère il y avait, celle-ci se devait d'être aussi intelligente que respectable afin de parvenir à un dialogue à la fois constructif et respectueux. Alors avec Mildred Magpie... Et puis non ! Mise à part lors d'une soirée trop alcoolisée, elle ne voyait d'ailleurs pas comment Jonah pourrait s'enticher d'une femme aussi vulgaire que la romancière quadragénaire. Cette dernière agrippa la lettre d'excuse de Virgil et la décacheta avec l'avidité d'une hyène se jetant sur une carcasse de gnou ; Puis elle s'isola derrière son bureau pour en entamer la longue lecture. Après les excuses publiques de la romancière venait celles de Virgil, et bientôt cette histoire ne serait plus qu'un mauvais souvenir. L'un assit à côté de l'autre, les parents Forbes se devait maintenant d'attendre le verdict de Mildred Magpie. Signe que l'avenir de son garçon passait avant toutes autres ressentiments intérieurs, Agathe reposa sa main sur l'accoudoir du siège, avant de murmurer à demi-mot les prémices d'un compliment à l'intention de Jonah.

"Je dois avouer que je suis impressionnée. Sincèrement, je ne pensais pas que tu puisses arriver à soutirer une seule ligne d'excuse de notre tête de mule de fils. C'est plutôt rassurant, bien que je sois persuadée qu'il ne l'a pas fait de son propre chef, mais sous ton étroite gouverne. Je me trompe? "

Triste constat, mais Virgil ne se pliait qu'à l'autorité paternel. Même si elle était quelque part rassurée, la mère de famille ressentait également une certaine forme d'échec personnel dans l'éducation de son fils. Que ce soit avec ses jeunes frères qu'il ne cessait d'embêter, ou pour ranger l'odieux bordel de sa chambre, Agathe n'arrivait point à imposer son autorité. La plupart du temps, elle lâchait l'affaire au travers de laconiques formules impératives comme : "Laisses ton frère tranquille...!" ou "Quand vas-tu ranger ta chambre !?". A vrai dire, même s'il lui était impossible de l'admettre, elle se sentait dépassée dans son rôle de mère. Jongler entre le travail et la famille, bourlinguer entre deux mondes... Depuis leur divorce, elle fuyait les disputes et les conflits comme la peste, tant elle ne voyait plus ses garçons que de manière épisodique. Quitte à se faire taxer de laxisme par Jonah, elle ne pouvait rien leurs refuser, son crédo étant de simplement savourer l'instant. Après tout, pourquoi devrait-elle perdre une seule seconde de ses moments si rares et précieux ?

Mais Agathe fut soudainement chassée de ses préoccupations intérieures par l'étrange manège auquel s'adonnait la troublante Mildred Magpie. N'était-ce qu'une impression, ou le visage grimaçant et constipé de cette dernière laissait penser qu'elle ne savourait pas pleinement toute l'étendue de la prose de Virgil. Un doute terrible parcourut l'échine d'Agathe, alors qu'elle se retournait lentement vers Jonah.

"Rassures-moi, Jonah... Tu as lu la lettre de notre fils avant d'oser le soumettre à Miss Magpie? " demanda-t-elle à voix basse.

C'était juste inconcevable : Jonah connaissait que trop bien leur diable de fils, pour savoir qu'il était capable des pires facéties. En aucun cas, Jonah ne pourrait commettre une erreur de jugement aussi regrettable ! D'ailleurs si une telle faute d'appréciation devait un jour se produire, jamais Agathe ne pourrait lui pardonner ! Ni même lui accorder sa confiance dans la garde de ses enfants...


Lire un tel concentré d’immondices et d'insolence s'apparentait à une véritable torture pour l'égo démesuré de la romancière. Sous l'impact des attaques personnelles, Mildred Magpie se tordit sur sa chaise comme une fusillée s'adonnant à une dernière danse ridicule et macabre alors que son corps se faisait injustement cribler de balles. Quelle immonde suppôt du Malin ! Cette vilaine petite raclure ne méritait aucun traitement de faveur, tant il ne reculait décidément devant aucune infamie qui puisse la discréditer ! Cherchait-il vraiment à détruire sa réputation ? N'avait-il donc pas une once de respect et de prudence en lui ?! Comment pouvait-on oser pareil affront sans réfléchir ne serait-ce qu'une seconde aux conséquences désastreuse d'une telle décision ! Car quand on l'attaque, l'Empire Magpie contre-attaque ! Virgil était un inconscient ! Était-il même sain d'esprit ? Virgil avait tout de ce gosse attardé et obtus à qui l'on s'acharne de dire qu'il ne faut pas poser la main sur la plaque brulante d'un poêle, mais qui s'évertue quand même à le faire, quitte à se bruler la peau. Et dire que la rancunière romancière pensait revoir sa vengeance à la baisse, quand Jonah lui avait annoncé l'écriture de cette maudite lettre d'excuse ; Après tout, la sorcière prétentieuse adorait que l'on lui lèche les pieds pour implorer son pardon, et ne boudait pas le plaisir d'humilier un adversaire qui jetait les armes. Mais plutôt que d'abandonner la partie, Virgil avait relancé les dés de la discorde, ruinant ainsi sa toute dernière chance de réconciliation ! Car oui, cette lettre n'était rien d'autre qu'une déclaration de guerre ! Métaphoriquement parlant, c'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase, ou pire les hectolitres de whisky Pur-Feu qui faisait dégobiller l’ivrogne ! Sur son honneur, Mildred Magpie jurait de se venger...

Au fur et à mesure de sa lecture, l'arrogante sorcière s'était littéralement liquéfiée sur son siège, au point de lever lentement la lettre à hauteur de son visage afin de dissimuler ses grimaces offusquées et ses yeux exorbités au regard de ses invités. Que ce soit Jonah ou son ex-femme, il était clair qu’aucun des deux n'étaient au fait du contenu de la lettre ! C'était tout bonnement impossible, l'initiative de ce courrier insolent ne pouvait qu'être l'acte isolé de ce sale gosse de Virgil ! Les pupilles de Mildred firent un tour dans leurs orbites en découvrant autant de mauvaise foi manuscrite. Comble de la mesquinerie, le petit fourbe osait parler d'agression sexuelle, et jouer les innocents traumatisés. Machiavélique manière de lui faire comprendre que toute attaque ou procès finiraient par se retourner contre elle. Virgil était diaboliquement rusé et jouait à fond chacune de ses bonnes cartes. Comme celle de faire passer Mildred pour une vulgaire nymphomane, accroc au sexe, et incapable de se maitriser... En découvrant ses lignes insultantes, et la brochure abjecte qui les accompagnait, Mildred Magpie manqua déchirer rageusement la maudite missive avant de l'expédier violemment par la fenêtre ! Mais elle se retint de le faire car elle avait une réputation et un Empire à sauvegarder...

La popularité de la célébrissime romancière reposait essentiellement sur ses chefs-d’œuvre littéraires à l'eau de rose, dans lesquels l'amour avec un grand A finissait invariablement par triompher du mal et de la luxure. Par sa lettre, Virgil ne cherchait rien d'autre qu'à la faire passer pour l'une des sorcières lubriques et débauchés qui polluaient les pages de ses romans par leur ignoble présence, et qui finissaient toujours par crever de jalousie dans les tréfonds d'un marécage nauséabond. Inutile de vous dire que Mildred ne voulait pas jouer ce rôle. Certes elle aimait le sexe, et l'instant magique où elle voyait le désir embraser les prunelles masculines de son partenaire de jeu - Certes elle aimait s'abandonner à cette petite mort et pousser de longs miaulements d'extase - Certes elle voyait dans le sexe et la multiplication des rencontres, une manière de lui faire oublier le tourment de son cœur solitaire. Mais était-ce un crime odieux que de vouloir berner sa solitude ? Était-ce interdit d'avoir l'espoir de caresser les ailes d'un véritable amour dans d'interminables parties de jambes en l’air ? A chaque fois qu'un amant la quittait, elle se sentait à nouveau si seule et déesepérée avec pour seul désir de replonger dans l'illusion. Nul doute que sans le sexe et ses plaisirs, Mildred Magpie se serait desséchée comme cette vieille plante que l'on oublie trop longtemps dans le recoin d'une pièce obscure...

Alors qu'elle ne faisait qu'attendre un Amour qui ne venait pas, Virgil Forbes se donnait un malin plaisir à la reléguer à son image passée de "Mildy-couche-toi-là". Pour une raison qu'elle ignorait, ce maudit cliché de gourde volage aux seins volumineux avec qui il n'était que bon de cracher son désir, lui collait à la peau sans qu'elle ne puisse s'en départir. Nombreux étaient les Adonis qui avaient bafoué sans vergogne ses sentiments, alors que Mildred souffrait de n'avoir jamais entendu un seul et sincère "je t'aime" de toute son existence. Si ses frasques sexuelles venaient à s'épandre dans la Presse, nul doute que ce n'était pas que sa réputation qui en pâtirait ; Mais bien ses rêves de dénicher l'homme idéal, et de s'offrir le plus beau et extravaguant mariage que le Monde Magique n'ait jamais connu ! Voilà pourquoi, elle devait trouver une manière subtile d'écraser au plus vite cette infâme petite punaise de Virgil Forbes. La chose ne devrait pas être trop compliquée, après tout il ne s'agissait que d'un sale mioche insolent. Par le passé, Mildred Magpie avait déjà réussi à balayer sans l'ombre d'un scrupule et d'une difficulté, tous ceux qui avaient osé se dresser sur le chemin de ses ambitions. Que ce soit cette pouffiasse de Marlène McKinnon, qui lui avait brisé le cœur en lui dérobant les lèvres de son premier amour, et qu'elle avait odieusement livrée en pâture aux Mangemorts en guise de châtiment ; Gilderoy Lockhart qu'elle avait dupé à travers un odieux chantage ou elle avait sournoisement abusé de ses charmes ; Ou même cette vieille bigote de Rita Skeeter, qu'elle avait discrédité en déversant sur elle les torrents de la calomnie. Bref son tableau de chasse était suffisamment rempli pour ne pas craindre les agissements solitaires d'un vulgaire et insignifiant mioche...

Rassurée et animée d'un profond sentiment de revanche, Mildred prit volontairement de la distance avec les propos blessant de la lettre. Inutile de s'offusquer davantage, ou de se donner en spectacle devant les parents Forbes ; Elle devait au contraire user de ses talents d'artiste menteuse pour retourner l'arme de son ennemi contre son créateur. En tragédienne inspirée, Mildred se leva de son bureau, plaquant une main à l'endroit où palpitait son cœur et l'autre tenant délicatement la lettre et la brochure du fourbe Virgil. Faisant mine de lire minutieusement chaque ligne de la lettre, elle se dirigea vers la fenêtre de son bureau, de manière à tourner le dos au couple Forbes. Les parents semblaient occuper à faire des messes basses, et Mildred en profita pour interchanger insidieusement la brochure que lui avait donné Virgil, avec une autre qui reposait sur le rebord de sa fenêtre et qui lui avait été envoyé le matin même par hiboux, depuis la lointaine Île de Skye. Bien entendu, elle avait pris le plus grand soin à rendre invisible cette basse manœuvre stratégique qui laissait présager le pire pour la famille Forbes. Car, il était désormais venu le temps de s'extirper de l'ombre et sortir de sa lecture, pour se lancer dans la lumière et une dangereuse mise en scène.

Se retournant pour interrompre les Ex monsieur et madame Forbes, elle joua les première notes de son ignoble partition.

"C'est affreux ! Je ne sais trop quoi dire tant je suis foudroyée par l'émotion irradiant de cette lettre. Jamais, je n'aurai pensé être autant touchée par de la prose autre que la mienne, mais là je dois avouer... Ma vision de Virgil et de ses actes est complétement bouleversée. " Mildred secoua tragiquement la tête avant de reprendre le cours de ses mensonges. "Je le comprends mieux à présent, et soyez sans crainte je ne porterai définitivement pas plainte à son encontre. Après tout, comme il le dit si bien, il ne cherche qu'à attirer l'attention sur lui. Et je vous prie de me croire, j'ai suffisamment de cœur et de compassion pour ne point accabler davantage une bête meurtrie... Car oui, Virgil n'est rien d'autre qu'un petit ange venant de perdre ses ailes en plein vol, et qui entame une lente mais dangereuse chute vers les flammes de l'Enfer. À travers mes traumatismes et ma récente dépression, je peux aisément appréhender toute l'étendue de sa détresse. Virgil n'est qu'une victime. Et cette lettre n'est rien d'autre qu'un terrifiant appel de détresse... "

Mildred ignorait tout du bonheur éprouvé à l'idée de construire une famille, mais elle ressentait un plaisir tout aussi jouissif à détruire l'une d'entre elles. Jetant un regard sournois aux Forbes pour voir l'impact de son discours, Mildred Magpie se dirigea d'un pas hautain vers la cheminée de son bureau. La romancière contempla un bref instant la danse des flammes magiques qui s'entrelaçaient dans le foyer, puis d'une voix empreinte d'une fausse émotion, elle déclara :

"Loin de moi l'envie de m'impliquer dans vos affaires de famille. N'en déplaise à Virgil, je n'ai point demander à me retrouver dans une situation aussi délicate, car ce genre de chose devrait se régler en famille ou auprès d'une psychomage... " Elle posa ses yeux de pie rusée sur la lettre, avant d'ajouter avec un calme froid : "Je suis désolée. Mais Virgil me supplie de ne point révéler le contenu de cette lettre, et je vais donc, en femme d'honneur que je suis, répondre à cette requête. Je n'ai pas le choix, mais... Vous pouvez me croire sur parole, aucun parent dans le monde n'a envie de lire ce genre de chose venant de son propre fils. "

Sans l'ombre d'une hésitation, Mildred Magpie jeta la lettre de Virgil dans les flammes, avant de prendre un peu plus de temps pour jeter la brochure qu'elle avait éhontément remplacée à la place de celle de Virgil. Elle n'espérait qu'une chose : Que l'émotion l'emporte sur la raison.


Suspendue aux révélations de la vile romancière, Agathe en oubliait presque la voix de son ex-mari. Cette lettre n'était donc qu'un appel de détresse et les cris d'un fils dans la tourmente ? La simple vision de son fils malheureux suffisait à l'anéantir si bien qu'elle ne tarda pas à lâcher son immense incompréhension. Sans trop savoir pourquoi, sa main serra celle de Jonah, comme pour y trouver du réconfort et de quoi ne pas lâcher prise. Elle finit par bredouiller sa détresse et son incompréhension :

"Jonah... Qu'est-ce qu'elle est en train de dire...? Qu'est-ce qui ne va pas chez Virgil...? Je suis perdue... "

Les mains glacée de l'angoisse venait impitoyablement serrer le cœur de la mère, tandis que Mildred Magpie poursuivait sa dangereuse litanie. Désormais, elle n'avait qu'une seule obsession : Comprendre ce qui se passait dans la tête de son fils, et lire chaque ligne de cette maudite lettre. Pourquoi Virgil préférait-il se confier à cette imbuvable romancière plutôt que de se tourner vers sa propre famille? Était-ce encore une manière détourné pour lui de les égratigner? De se venger de son Pear One écrabouillé? Jamais elle n'aurait dû se brouiller avec Jonah devant lui! Cela n'avait fait qu'accentuer le malaise ressenti par Virgil, et accentuer ses doutes. Elle se maudissait autant qu'elle maudissait Jonah! Sa respiration s'accélérait aux rythme des battements de son cœur. Perdue dans ses pensées et ses doutes, et cherchant désespérément une réponse qui ne venait pas, le regard d'Agathe voyageait d'un recoin à l'autre de la pièce avant de se poser à nouveau sur l'infâme Mildred Magpie. Cette dernière brandissait la lettre de Virgil au-dessus de l'âtre de la cheminée, et Agathe n'imprima que trop tard le but de sa manœuvre.

"... Vous pouvez me croire sur parole, aucun parent dans le monde n'a envie de lire ce genre de chose venant de son propre fils. "

En voyant la lettre se consumer dans les flammes, Agathe bondit instinctivement de son siège pour la récupérer.

"Noooon! Mais non! Je veux savoir ce qui arrive à mon fils! Je veux la lire! "

S'entreposant entre Jonah et Mildred, elle chercha vainement à la récupérer, avant de comprendre qu'il était malheureusement trop tard. Les mots de son fils n'étaient plus que cendre. Elle foudroya du regard la romancière, avant de saisir sans ménagement le poignet de la romancière qui détenait encore la brochure dans sa main. Aussi douillette que pitoyable, Mildred Magpie poussa un petit glapissement de douleur.

"Mais voyons, faites un peu attention! Vous allez me briser un ongle! "

Agathe s'en fichait pas bien mal, alors qu'elle dérobait la brochure des mains de la machiavélique romancière.

"Vous n'aviez pas à bruler la lettre! Nous sommes les parents de Virgil, et nous sommes en droit de connaitre les tourments de notre fils! Comment lui venir en aide sinon!? "

Agathe posa alors les yeux sur le contenu de la brochure, avant de tourner un regard empreint d'incompréhension sur Jonah.

"MémoRise... Je ne comprends pas... Qu'est-que tout cela signifie? "

Agathe tendit ladite brochure à Jonah, avant de replonger dans ses idées noires. Si pour comprendre ce qui arrivait à son fils, il fallait bruler à petits feu Mildred Magpie dans sa cheminée pour lui arracher le contenu absent de la lettre brulée, alors elle le ferait ! Quoiqu'il en coûte, elle voulait que cette vieille pie révèle la vérité ! Une larme de colère et de détresse dévala de sa joue, alors qu'elle se laissait submerger par l'émotion...  



               
“Ce qu'il y a de scandaleux dans le scandale, c'est qu'on s'y habitue.”
Jonah ForbesDirecteur de Serpentardavatar
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Jonah était bien incapable de savoir envers qui Agathe nourrissait le plus lourd ressentiment : Envers lui, son EX-mari, comme elle venait tout juste de le rappeler en insistant bien sur le préfixe ou envers la romancière à succès. Bien qu’ils soient divorcés depuis plusieurs années, Agathe était surement l’une des personnes que Jonah connaissait le mieux. Il savait lire dans ses regards, comprendre ses silences et il devinait non sans mal qu’elle faisait de sérieux efforts pour rester polie envers Mildred Magpie. Elle usa d’ailleurs de toute sa diplomatie pour ne pas froisser la richissime célibataire et l’enseignant lui en fut particulièrement reconnaissant.
Ils n’étaient pas sans savoir, tous les deux, que leurs fils s’était rendu coupable d’un délit en diffusant les images du Ministre et de Mildred sur les réseaux sociaux magiques. Une conclusion à l’amiable à toute cette histoire était sans doute la solution la plus  avantageuse pour tout le monde et cela passait invariablement par les excuses de leur fils que Jonah tendit à la romancière.

Il observa avec intérêt Mildred décacheter l’enveloppe et déplier la lettre qui semblait plutôt longue, à son plus grand étonnement. Connaissant Virgil et le passif qu’il entretenait avec la rédactrice en chef de Multiplettes,  le père de famille avait imaginé un mot d’excuse de cinq ou six lignes, guère plus. Qu’avait-il bien pu écrire dans cette longue missive ?
Les rides du front creusées par son léger froncement de sourcils, Jonah ne quitta pas des yeux Mildred même lorsqu’il se pencha légèrement sur le côté pour écouter d’une oreille distraite le semblant de compliment de son ex-femme. Plus il guettait la réaction de la romancière à succès plus il devait faire face à un terrible constat : Quelque chose clochait. Les yeux de Mildred semblaient à deux doigts de sortir de leurs orbites, elle gigotait d’inconfort sur son siège et elle semblait prête à se liquéfier sur place…

« Quelque chose ne va pas ? » s’enquit Jonah auprès de Mildred, sans même avoir pris la peine de répondre à la remarque d’Agathe.

Cette dernière sembla prendre conscience du drame qui se jouait seulement à cet instant et, sans qu’ils n’échangent le moindres mots, ils en arrivèrent visiblement à la même conclusion : Virgil avait écrit des insanités dans cette lettre. Même si aucun des deux parents ne semblaient prêts à le verbaliser à voix haute, ils se doutaient que leur cadet venait de franchir un nouveau pallier dans la provocation.

Agathe ne tarda pas d’ailleurs à reporter la faute sur Jonah, comme elle savait si bien le faire, lui reprochant de ne pas avoir lu la lettre. Le père de famille se contenta de la gratifier d’un regard agacé qui ne dévoilait en rien toute l’étendue de son exaspération véritable.

Elle daignait lui parler maintenant après l’avoir éhontément ignoré dans la salle d’attente ! C’était bien le moment de lui faire ce genre de reproches alors qu’ils auraient pu décider, ensemble, de lire ou non cette lettre avant de la transmettre à Mildred. N’aurait-il pas été plus judicieux d’évoquer ces questions lorsqu’ils étaient seuls plutôt que de dévoiler leur désaccord devant la reine du scandale ? Mais non, Agathe avait préféré bouder dans la salle d’attente, se murer dans son silence contreproductif et maintenant elle l’accusait de ne pas s’être montré plus intrusif !
Jonah avait du mal à contenir sa colère.
Ne lui avait elle pas reproché lors de leur dernière dispute de ne pas savoir s’y prendre avec Virgil ? D’être trop sévère, trop strict, de ne pas assez lui faire confiance ?

Pourtant c’était ce que Jonah venait de faire aujourd’hui : Leur cadet s’était engagé à faire des efforts, il avait rédigé des mots d’excuses, soit. Le père de famille avait accordé sa confiance à son fils, du moins, il lui avait laissé le bénéfice du doute, à défaut de se fier totalement à ses paroles. Même s’ il avait déjà été échaudé par les nombreux mensonges de son cadet par le passé,  il avait cru percevoir une réelle prise de conscience chez son fils aujourd’hui et  il avait suivi les recommandations d’Agathe. Voila comment il en était remercié : Virgil venait visiblement de les discréditer  tous les deux auprès de Mildred et son ex-femme le désavouait, encore une fois. Quoiqu’il fasse, qu’il se montre sévère ou permissif, Agathe trouverait toujours quelque chose à redire, se dit-il en reportant son attention sur la romancière à succès.

Heureusement que Mildred était cachée derrière sa missive, sans quoi elle aurait surement deviné toute l’étendue de la fracture entre les deux ex-époux Forbes. Pourtant, cette posture d’évitement était loin de rassurer Jonah.

Virgil allait prendre la rouste de sa vie ! S’il se payait réellement la tête de Mildred dans ce courrier, il allait réveillé le courroux de son père et il n’était clairement pas prompt à lui accorder des circonstances atténuantes ! La partition de l’enfant traumatisé par la séparation et les disputes de ses parents ne marcherait pas ! Dean, Casey et Gabriel vivaient exactement la même situation que Virgil et pourtant ils se conduisaient comme des jeunes gens responsables, digne de confiance ! Pourquoi Virgil dysfonctionnait-il de la sorte ? Certes, il avait toujours eu cette légère propension à la méchanceté,  et ce depuis tout petit, mais ce trait de caractère aurait dû considérablement s’atténuer avec l’éducation qu’il avait reçue.  Agathe et Jonah avaient beau être en désaccord aujourd’hui, ils avaient toujours mis un point d’honneur à inculquer des valeurs saines à leurs enfants  comme le respect ou encore l’empathie.
Force était de constater, aujourd’hui, qu’ils avaient peut-être échoué dans cette tentative auprès de leur cadet.

Toutefois, la suite de la conversation ne prit pas du tout la tournure que Jonah avait envisagé. Au contraire ! Alors qu’il imaginait, non sans mal, les mesquineries dont Virgil avait pu truffer sa lettre, Mildred se leva et affirma tout de go que sa vision de Virgil était littéralement bouleversée. Elle semblait même le prendre en pitié puisqu’elle le qualifia de « bête meurtrie » ou encore de « petit ange venant de perdre ses ailes en plein vol ». La ride du lion de Jonah se creusa davantage en entendant ses propos. Virgil, un petit ange ? Le terme incorrigible diablotin lui seyait assurément mieux !  Pourtant, Mildred affirmait que cette missive n’était rien d’autre qu’un appel de détresse, une bouteille jetée à la mer, le témoignage d’un mal-être incommensurable.

C’était à ne rien y comprendre ! Virgil n’était pas du genre à s’épancher et encore moins auprès de Mildred Magpie ! Il avait toujours été un petit garçon dur qui ne se laissait émouvoir que par peu de choses. Allergique à la sensiblerie, mal à l’aise face aux démonstrations d’amour de sa famille, très secret quand à ce qu’il pouvait réellement ressentir, Virgil était, de loin, le fils qui s’était le moins confié à ses parents. Alors pourquoi irait-il parler de ces soi-disant problèmes à Mildred, la femme qu’il haïssait le plus au monde ?

Pour se venger d’eux suite à leur dispute ? C’était possible, Virgil pouvait se montrer à la fois assez égoïste et rancunier pour agir de la sorte. Pour tenter de se mettre Mildred dans la poche ? Envisageable également tant il pouvait parfois se montrer machiavélique… A dire vrai, Jonah ne croyait pas une seconde en la sincérité d’un appel de détresse émanant de  son fils à destination de Mildred : Il avait forcément manigancé quelque chose.

Pourtant Agathe ne semblait pas partager son avis sur la question. Elle semblait réellement croire aux tourments de Virgil puisqu’elle posa sa main froide sur la sienne en signe de profonde inquiétude. Ce simple contact ramena Jonah des années en arrière, du temps où ils étaient encore mari et femme et où ils pouvaient partager leurs angoisses vis-à-vis de leurs enfants sans crainte d’être jugés par l’autre.

« Virgil va très bien d’accord ? assura-t-il d’une voix ferme pour enjoindre Agathe à se ressaisir. Il pressa de sa main libre celle de son ex-femme et ajouta , Je l’ai vu juste avant de partir, il était égal à lui-même et n’avait absolument pas l’air déprimé, je peux te l’assurer. Sûr de lui, un brin arrogant, oui, mais certainement pas abattu ou triste, On a même parlé de ses efforts de comportement et de ses résultats en progrès en histoire de la magie. »
Présenté comme cela, l’échange qu’ils avaient eu  semblait presque cordial et sympathique alors que Jonah savait très bien que c’était loin d’être vrai. Ses propos ne restituaient en rien la tension qui avait régné entre le père et son fils mais ça, Agathe n’avait pas besoin de le savoir.

Afin d’éclaircir la situation,  Jonah reporta son attention sur Mildred qui s’était approchée de la cheminée et il tendit la main dans sa direction:

« Même s’il te demande de ne rien nous dire, nous devons pouvoir lire cette lett… Mildred ! » s’offusqua-t-il en voyant la directrice de Multiplettes jeter la missive au feu. A l’instar d’Agathe, il se leva d’un bond.  « Mais enfin ! Où as-tu donc la tête ! » ajouta-t-il tandis que son ex-femme tentait vainement de récupérer la lettre déjà en proie aux flammes.

Pourquoi diable avait-elle fait ça ? Si elle disait vrai, elle aurait dû savoir que le meilleur moyen d’aider Virgil était qu’il soit soutenu par ses deux parents et que ceux-ci soient au courant du mal qui semblait le ronger… Encore que cela restait à prouver, se dit Jonah en posant un regard méfiant sur Mildred. L’enseignant doutait de son propre fils, certes, mais il se méfiait encore plus de la romancière qui venait de les propulser dans l’incertitude la plus complète.

La lettre brûlée, Jonah et Agathe  ne pouvaient plus se fier qu’aux paroles de l’un ou de l’autre. Malheureusement, Virgil n’était pas connu pour être le plus droit de ses fils, quant à Mildred, sa réputation n’était plus à faire ! Ils devaient se rendre à l’évidence, ils ne seraient jamais pleinement assurés du contenu de cette missive et cet état de fait semblait plonger Agathe dans une sourde angoisse.

« Voyons, calme-toi … » souffla-t-il tandis que son ex-femme arrachait la brochure jointe à la lettre des mains de la tenancière des Folies. Insensible à sa recommandation, Agathe vilipenda Mildred avant de poser les yeux sur le contenu du prospectus.

Jonah se pencha au dessus de l’épaule de son ex-femme pour découvrir un tract louant le programme MémoRise :

« Pourquoi subir quand tout peut s’oublier… » lut-il à haute voix.

Il croisa le regard plein d’incompréhension d’Agathe et releva les yeux vers Mildred, refusant d’émettre  la moindre hypothèse.
Virgil avait-il écrit qu’il souhaitait adhérer au programme Mémorise pour oublier ses problèmes ? –Cela ne lui ressemblait pas-  Pour oublier la vision d’horreur de la lourde poitrine de la romancière s’écrasant sur le torse du Ministre ? –Cela lui ressemblait déjà davantage- Pour enjoindre Mildred à oublier son existence pathétique ?-Du Virgil tout craché, malheureusement…

Jonah secoua légèrement la tête et reporta son attention sur Agathe :

« Écoute, je suis à peu près certain que Virgil ne souhaite pas avoir recours à ce type de magie. Tu connais notre fils…ajouta-t-il en cherchant son regard, Tu imagines sincèrement Virgil vouloir se faire effacer la mémoire ? »

Il laissa planer quelques secondes de silence, le temps qu’Agathe envisage réellement cette situation tout à fait improbable pour quiconque connaissait un tant soit peu leur fils.

« Je pense plutôt qu’il a voulu faire une blague de mauvais goût ou quelque chose du genre… Quoiqu’-il en soit on va  tirer les choses au clair en discutant avec lui, tranquillement, tous les trois.» insista-t-il.

Mildred n’était pas l’interlocuteur privilégié pour évoquer les problèmes de Virgil. Autant voir ça avec le principal concerné, estimait Jonah.

Il se tourna alors vers la romancière à succès et posa sur elle un regard énigmatique. Il était bien incapable de savoir à quel jeu elle jouait. Était-elle sincère ? Ce scénario semblait tellement inconcevable que Jonah peinait à le croire. Si elle disait vrai, la seule raison plausible pour que Virgil écrive de telles atrocités avait pour but  d’attrister ses parents. Jonah n’envisageait pas d’autres pistes dans ce premier cas de figure.

Si Mildred mentait…et bien…il y avait une multitudes de raison pour qu’elle le fasse !

« Mildred, je ne voudrais pas paraitre désobligeant mais es-tu sûre d’avoir bien saisi le sens de cette lettre, commença-t-il, Tu ne l’as lue qu’une fois après tout, il y avait peut-être une double lecture envisageable ? »  Des sous-entendus ? De l’ironie ? Le genre de truc dont Virgil raffolait et dont il usait pour se montrer horriblement mesquin. Jonah repensa à la mine déconfite de la romancière en découvrant la lettre, à ses ongles crispés sur sa tasse à l’évocation de Virgil, à la vitesse à laquelle elle s’était débarrassée de cette missive de manière irréversible, Tu sais, s’il t’a offensé, d’une quelconque manière dans cette missive, il faut que tu nous le dises… » finit-il par dire en se remémorant sa première intuition.


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La main tremblante d'Agathe vint mettre un terme à la course de cette maudite larme dévalant de sa joue, et qui trahissait honteusement son trop plein d'émotion. Même ébranlée par ce qu'elle venait d'apprendre, elle n'avait nullement envie d'apparaitre comme l'élément faible du couple. Pour son fils, elle se devait d'être forte, et de reprendre les reines de son éducation ! Plus que jamais auparavant, son instinct de mère lui dictait de s'affirmer en face d'un Jonah certes flamboyant dans la parole, mais qui dans les actes paraissait complètement dépassé. Combien d'écart de conduite faudrait-il à Jonah pour réaliser de l'urgence d’agir ? Entre éclat de colère contre-productif et minimisation totale des signaux de détresse lancés par Virgil, son ex-époux n'arrivait plus à trouver de juste milieu, ni de solution salvatrice aux problèmes. Dépassé dans son rôle de père, il ne faisait que nier une évidence qui crevait les yeux : Leur fils partait en vrille complète, et son avenir dans ce fichu Monde Magique n'était clairement plus assuré ! L'important maintenant était de rétablir le dialogue et d'écouter véritablement le mal-être qu'il cherchait maladroitement à exprimer, plutôt que de le vilipender avec violence et de fracasser inutilement son Pear One contre un mur. Que ce soit en matière d'empathie ou pour appréhender la fragilité dissimulée de leur fils, Agathe était la seule à pouvoir tenir la corde. Mais pour cela, elle devait se montrer forte et persuasive, et non larmoyante et abattue. Sans ménagement, elle retira à nouveau sa main emprisonnée par l'étreinte de pitié de Jonah.

"Non! Je ne me calmerai pas ! Et je ne suis pas prête de le faire tant que je n'aurai pas démêlé le vrai du faux ! Franchement Jonah, comment peux-tu oser me dire que notre fils va bien... ? Il te faut quoi pour réagir ? Une dépression, un suicide ? "

Cette phrase lancée à l'emporte-pièce signa le début de la révolte, et la preuve manifeste que l'émotion prenait lentement mais surement le pas sur la raison. Agathe était plus que tendue. Et étrangement, la défiance et l'aversion qu'elle éprouvait à l'égard de la romancière qui venait injustement de bruler les mots de son fils, se reporta sur son ex-époux qui cherchait vainement à la rassurer tout en l'incitant à se calmer. En effet... Comment être calme !? Comment nier la cruelle vérité ! Jonah était-il aveugle ou inconscient ? Qui cherchait-il à convaincre ou à hypnotiser avec de tels propos ? C'était à Agathe de lever le voile de brouillard qui obscurcissait la vérité sur les véritables intentions de son Virgil. Peu encline à respecter la méthode Coué, Agathe figea un index menaçant sur la perfide romancière, qui dans un excès de douilletterie faisait mine de masser un poignet devenu faussement douloureux sous l’étreinte de la mère furibarde.

"C'est à moi de décider ce que je suis libre d'entendre ou non sur mon fils! Je suis sa mère, et la seule à même de pouvoir l’aider ! Et je ne quitterai pas cette pièce, tant que vous ne m'aurez pas révélé chacun des mots qui émaillait cette lettre carbonisée par votre faute ! Est-ce bien clair, MISS Magpie? "

Clairement, Agathe était au bord de la crise de nerf, alors que Jonah semblait chercher une solution dans la brochure ayant survécue aux flammes. MémoRise... Par le biais de son amie Meredith, et abonnée à de très nombreuses revues magiques et scientifiques, la mère moldue savait clairement de quoi il s'agissait. Un programme de réhabilitation mémoriel qui dans un premier temps était exclusivement réservé aux détenus criminels, mais qui grâce à de nombreuses expérimentation concluantes, venait de s'ouvrir aux restes des citoyens du Monde Magique. Agathe se souvenait encore d'une discussion avec son amie Meredith dans laquelle celle-ci disait avoir trouvé les bases d'un remède au malheur et à la dépression. Virgil cherchait-il à se débarrasser d'une souffrance intérieure ? S’intéressait-il vraiment aux vertus de ce programme, ou n'était-ce encore qu'une lubie passagère ? Comme à son habitude, Jonah pensait pouvoir détenir toutes les clefs de la vérité, et n'émettait pas le moindre doute sur les motivations de leur fils. Elle répondit alors du tac-au-tac.

"Oui, je connais suffisamment notre fils, pour savoir qu'il est justement imprévisible... "

Bien que sa volonté première fût de s'affirmer et de reprendre les devants dans l'éducation de Virgil ; Agathe devait bien admettre que certaines choses demeuraient incompréhensibles. Virgil n'était pas le genre de bonhomme à vouloir fuir les problèmes, au contraire il fonçait dedans comme un petit bélier écervelé. Alors pourquoi vouloir éradiquer sa mémoire ? Ses souvenirs ? Il jubilait chaque fois qu'il racontait comment il avait fait tourner en bourrique son petit frère. Ou le souvenir de ses vacances d'été, ou tel un castor construisant un barrage, il avait réussi à détourner le cours d'une rivière, héritant du sobriquet de "Virgilou des Sources". Pourquoi voudrait-il tout oublier ? Quelque chose ne tournait pas rond, mais quoi... Un traumatisme caché ? Que voulait dire Mildred Magpie par un appel de détresse ? Même si la vulgarité de la romancière pouvait en choquer certains, ce n'était pas ce scandale qui pouvait déstabiliser leur fils, et le pousser à vouloir effacer sa mémoire.

"Vouloir s'effacer la mémoire... Non, il faut admettre que cela ne ressemble pas à notre Virgil. Mais... Il y a de ça quelques mois en arrière, je n'aurai jamais imaginé que notre fils puisse toucher à de la Mandragore. Inutile de le nier : Il nous cache des choses, et ton dernier excès de colère ne va pas l'encourager à communiquer... "

Doucement mais surement Jonah reprenait les commandes du couple en imposant de simples hypothèses comme des vérités absolus. Quand allait-il tenir compte de ses opinions, et admettre l'éventualité que Virgil puisse être bel et bien en danger ? Il était idiot de vouloir se donner en spectacle devant une vieille pie curieuse comme Mildred Magpie, mais l'attitude pédagogique et infantilisante de son ex-époux commençait sérieusement à l'agacer. Jonah pouvait bien la taxer de laxisme alors qu'il minimisait la responsabilité de Virgil et voyait toute cette affaire comme une farce de mauvais goût.

"Une blague? Tu plaisantes j'espère! Avec Virgil, il y a longtemps que nous avons dépassé le stade de la simple blague foireuse! " Signe d'un profond désaccord avec son ex-époux, Agathe lui jeta un regard consterné. "Personnellement, je trouve encore bien plus drôle et déplacé le fait que tu réclames un dialogue familial et constructif, alors que tu m'as privé injustement de tout contact avec Virgil. De plus, nous savons exactement comment cela va se terminer : Il n'y aura aucune concertation ! Tu finiras par décider de tout et tout seul! "

Que ce soit dans leur vie de couple et même après leur divorce, les Forbes avaient toujours mis un point d'honneur à régler leur différend dans l'intimité et la dignité. Une saine manière de préserver leurs enfants et de ne pas rompre les ponts du dialogue. Mais il fallait bien avouer que depuis leur dernière et violente scène de ménage, dans laquelle le Pear One de Virgil s'était crashé sur le mur, quelque chose s'était brisée en eux. Toutefois, Agathe comprit qu'elle allait trop loin, en exprimant son ressentiment devant un témoin aussi gênant que la racoleuse journaliste à scandale. Sans même la regarder, la mère de famille pouvait sentir l'immonde Magpie étendre son cou pour ne manquer aucune miette de cette dispute. Agathe serra les dents, pour réprimer une violente pulsion meurtrière à l'encontre de l'ignoble pie qui la privait d'une discussion sincère et constructive avec son ex-époux.

"Je te demande pardon, Jonah. Pour le bien de tous, je dois me calmer... "

A vrai dire, sa profonde amertume résidait dans le fait de ne pas pouvoir lire la prose de Virgil, qui n'était plus que cendre dans la cheminée. Et l'unique responsable de sa frustration se trouvait dans la pièce, et ne daignait pas en révéler le précieux contenu. Si le regard d'Agathe trahissait une violente envie de tordre le cou à la romancière pour lui arracher la vérité, ses propos demeurèrent plus mesurés.

"Avant de nous entretenir avec notre fils, j'aimerai connaitre la version de... *cette vieille garce* ... Miss Magpie. Au diable le temps que cela prendra, mais je ne partirai sans savoir, mot pour mot, ce qu'il y avait d'écrit dans cette lettre. "

Un sacré challenge mais que Agathe savait à la portée de Jonah. Leur couple s'était peut-être brisé sur le long et sinueux chemin de la vie, mais il en subsistait encore une forme de complicité, et surtout de complémentarité. Encore échaudée et sous le choc de l'émotion, Agathe plongea son regard dans celui qui resterait à jamais l'homme de sa vie. De manière invisible, elle chercha alors à lui faire comprendre qu'elle comptait sur son sang-froid naturel pour rétablir une vérité partie en fumée et délier la langue de cette vieille grognasse de Miss Magpie ; Car pour l'heure, des deux parents de Virgil, il était le seul qui puisse y parvenir sans avoir à recourir à l'exercice de la torture.


Aussi perfide soit-elle, la Diva romancière commença à ressentir un certain malaise à l'égard du malheureux Jonah qui se retrouvait à l'épicentre même du séisme familial qu'elle venait insidieusement de générer. En matière de machiavélisme, Mildred Magpie était peut-être plus sournoise que cruelle, plus instinctive que stratège, mais le résultat se révélait effroyablement destructeur. Si sa cible n'était au départ que cette vilaine petite racaille de Virgil, son stratagème mensonger venait malencontreusement d'exploser à la figure de toute la famille Forbes. Même si elle se défendait d'avoir tiré la première, l'escalade vengeresse de ce scandale atteignait aujourd'hui par sa faute des sommets d'ignominie. Un drame familial dont il était impossible de connaitre l’issu, mais qui allait faucher bon nombre de victimes innocentes dans sa course destructrice. Mildred se refusait catégoriquement d'en assumer la primauté, ni même la responsabilité ; L'unique coupable n'était autre que Virgil qui avait osé balancer son humiliante déconvenue sur la toile magique. Sans cela, rien ne serait arrivé...  

Mais n'était-ce pas que des fausses excuses ? Mildred Magpie ne cherchait-elle pas simplement à soulager une conscience déjà bien entachée par ses viles actions du passé ? N'écoutant que son désir de vendetta, Mildred ne s'était pas encombrée de détail, dévoilant ainsi la pire facette de sa personnalité : Celle d'une horrible manipulatrice qui osait encore se cacher derrière des tonnes de faux-semblant. Naturellement envieuse et jalouse du bonheur des autres, elle éprouvait même une certaine joie sadique de voir une honnête famille se déchirer. En effet, aigrie par une vie superficielle et sans amour, elle en devenait méchante au point de se réjouir du malheur des autres. Une manière comme une autre d'oublier les affres de sa solitude. Mildred détestait voir des couples se bécoter langoureusement sur les bancs publics ; Elle exécrait entendre ses femmes enceintes et nauséeuses faire mine de se réjouir d'avoir un alien dans le tiroir, alors que leurs corps se déformaient et se recouvraient d'immondes vergetures ! Décidément, il fallait n'avoir aucune forme d'amour propre pour s'infliger pareille torture, et jamais Mildred Magpie ne s'y ferait prendre ! Ah non ! À la vue de la débâcle actuelle de la famille Forbes, il valait mieux se pendre que d'avoir à enfanter d'un rejeton maudit tel que le diabolique et ingrat Virgil...

Mildred Magpie étira son cou, alors que la tension montait d'un cran au sein de l'ex-couple. Des deux parents, Agathe Forbes était clairement celle qui était tombée tête première dans le piège de l'émotion : En effet, elle n'hésitait point à ressortir de vieux dossiers, et étaler au grand jour de vilaines rancœurs personnelles. Du pain béni pour une femme aussi perfide que la journaliste à scandale, qui prit le plus grand soin à graver chacune des remontrances dans son esprit. Jonah, quant à lui, était égal à lui-même, cherchant à trouver une solution plutôt que de semer la discorde. Clairement, à l'écoute de ses propos qui se voulaient rassurants, ses doutes n'allaient pas à l'encontre de son fils mais plutôt sur la véracité des dires de la romancière. Mildred Magpie ressentit une certaine frayeur à l'idée de se faire démasquer. Sa langue pointue de vipère titillait son palet, alors qu'elle recherchait la formule hypocrite la plus adaptée à sauver la situation : L'important était de gratter insidieusement là où cela faisait mal, tout en sachant rentrer les ongles au moment opportun, de manière à ne point éveiller les soupçons sur sa personne.  

"Je vous en prie. Aucune famille ne devrait se déchirer de la sorte, et cela me fend le cœur de vous voir ainsi. Même si je ne faisais qu'obéir aux ordres de votre garçon, je n'aurai point dû brûler ce courrier, et je vous présente mes plus sincères excuses. " Mildred secoua tragiquement la tête, avant d'ajouter :  "Écoutez... Si cela peut vous aider et sauver Virgil de sa détresse actuelle, je suis prête à jouer la carte de la transparence et vous révéler mot pour mot le contenu de cette lettre... "

Il s'entend que la romancière aurait préféré poursuivre la discussion avec le maillon le plus faible, émotionnellement parlant, du couple ; Mais ce fut le regard inquisiteur de Jonah qui se braqua sur sa personne. Nul doute que Mildred Magpie allait devoir jouer sa meilleure partition, si elle comptait voir son odieux mensonge contourner le mur de vigilance du père de famille. Carré et droit, Jonah n'était pas le genre d'homme à se laisser berner aisément. Soucieux du détail et du respect des règles, il faisait preuve d'une logique cartésienne implacable quand il s'agissait de régler un conflit. Mildred l'avait d'ailleurs appris à ses dépens lorsque trainant Virgil par le lobe d'oreille, elle s'était faîte âprement vilipender par le Directeur de la Maison verte et argent. Un passif qui ne plaidait pas complétement en faveur de sa volonté mensongère de vouloir aider le petit Gryffondor à se sortir de la mouise. Jonah allait sans doute lui rappeler ce contentieux, et ignorer son numéro de grande tragédienne. S'il suffisait souvent de minauder pour duper la plupart des hommes, le professeur de Vol était ce genre d'homme insensible et déroutant qui suivait toujours sa raison plutôt que ses bas instincts. Bref, il paraissait illusoire de pouvoir le convaincre sans preuve matérielle, et une lettre partie en fumée ; Mais cela n'empêcha pas Mildred de croire en ses chances.

Les yeux offusqués de la romancière jaillir de leurs orbites, quand Jonah osa avancer l'hypothèse qu'elle n'avait peut-être pas bien lue ou même comprit le sens de la lettre de son fils. Même si toute cette histoire n'était qu'un vaste mensonge ou tout n'était que pure invention, elle détestait l'idée que l'on puisse remettre en cause ses facultés intellectuelles.

"Pardon ? Tu plaisantes, j’espère ! Au cas où tu en douterais, je suis la plus grande romancière du Monde Magique, et de ce fait, je suis plutôt bien placée pour ce qui est de l’exercice de la lecture! " Sa petite bouche se tordit de consternation avant d'ajouter : " Dès lors, si je suis capable d'écrire une saga littéraire aussi complexe et détaillée que les Hauts de Hurlelune, je pense être en mesure de pouvoir interpréter la prose d’un adolescent à la dérive ; Non ? Pour preuve, je peux d'ailleurs te réciter chaque ligne de cette lettre comme si je l'avais écrite moi-même! "

Mais pour qui la prenait-elle ? Jonah allait-il la prendre de haut comme cette meute de pseudos intellectuels qui ne voulaient voir en elle qu'une potiche dénuée de talent ? Au milieu de son froid dédain pétrit d'orgueil, le regard de Mildred se teinta d'une légère lueur de déception.


La romancière poussa un long soupir dépité, avant de se décider enfin à se lancer dans un long récital. Mais plutôt que de dévoiler immédiatement les dessous de sa vérité mensongère, la perfide journaliste à scandale chercha dans un premier temps à attiser les braises de la tension parentale.

"Jonah, saches qu'il est très compliqué pour moi de me retrouver plongée au cœur d'une affaire familiale dont je suis étrangère... Mais il me plait aussi de penser que nous sommes bien plus que de simples collègues de travail. Je ne peux oublier le soutien que tu m'as apporté lors de la soirée de Gala littéraire, et je te remercie d'avoir été cette épaule réconfortante sur laquelle j'ai pu me reposer quand je voyais tout en noir. Voilà pourquoi, je fais le choix de m’impliquer, et que je décide à mon tour à t'aider... "

La sorcière sans scrupule jouait sa divine comédie, joignant ses mains dans une attitude de prière. Peut-être qu'elle ne duperait pas Jonah, mais il lui suffisait de ramener un seul des deux parents à son vil mensonge. Bien que silencieuse, Agathe semblait ressentir un profond malaise alors qu'elle se tordait les mains d'anxiété. Sur un ton solennel et sans pitié, Mildred fit le choix éhonté de propager la peur dans le cœur des parents.

"Jonah... Que tu veuilles l'accepter ou non, il va falloir te faire une raison : Virgil va mal, très mal ! Je ne vais pas tourner autour du chaudron magique, et tenter d'adoucir ce que je viens de lire. Même si Virgil me défendait de le faire, et que je jugeais bon de vous préserver de cette infâme découverte. Je crains qu'il ne soit de ma responsabilité de vous dévoiler l'odieux contenu de cette lettre... "

Mildred Magpie plongea son regard dans les yeux de la mère inquiète, qui devenait peu à peu la cible privilégiée de ses mensonges. Puis elle se lança dans un monologue dont elle avait le secret :

"Que ce soit du pipeau ou non, préparez-vous à entendre des propos sans concession et cruel à votre encontre. Pour résumé, il est vrai que dans un premier temps, Virgil s'excuse d’avoir participé à diffuser des images de moi-même, sans mon consentement, et qu'il juge cet acte fort regrettable. Mais ses excuses ne durent que le temps d'une ligne, puisqu'il enchaine directement avec le profond mal-être qui le ronge, ainsi que sur la haine viscérale qu'il éprouve à l'égard du monde magique. En effet, il dit s'être rendu coupable de cela dans le seul but d'attirer l'attention sur lui, car il ne supporte plus l'idée de devoir vivre sur les bancs de cette "foutue" école de Poudlard ; En s'attaquant à une femme d'une aussi grande notoriété que moi, il pensait pouvoir accélérer son processus d'exclusion, tout en se vengeant de celle qui l'avait dénoncé pour consommation illicite de Mandragore. Il dit n'être heureux qu'en étant "défoncé", ou lorsqu’il gerbe sur les pavés de ce maudit monde magique. Car il avoue être accrocs aux drogues dures, seules armes trouvées contre sa dépression. Virgil est en colère ! Il se sent seul face à lui-même et ses problèmes ! Il se permet de raconter que si son père passait moins de temps auprès de Thelma Korrigan et de son maudit projet australien, il comprendrait un peu mieux toute l'étendue de sa souffrance. Car rien ne va plus! Virgil pense être une bombe à retardement et le mal incarné, au point d'oser se comparer à Tom Jedusor en personne. Il admet que sa mère lui manque terriblement. Pour lui la seule solution à son mal-être serait d'effacer toute sa vie, et de s'en reconstruire une autre dans le Monde Moldu. Voilà pourquoi, il s’intéresse de près au programme de réhabilitation mémorielle de Skye. Malheureusement sans le consentement d'un adulte, il est dans l'obligation d'attendre sa majorité. Il craint de n'avoir pas la patience d’attendre et de commettre le pire durant ce laps de temps. Car Virgil pense souffrir d'un dédoublement de personnalité, d'une schizophrénie dangereuse dans laquelle son autre moi le pousse à commettre les pires atrocités. Cet horrible Mr Hyde qui lui chuchote les soirs de se travestir en Ana Sorden, et de tuer un à un, ses camarades de dortoir. Sous l'effet des drogues, il avoue avoir éprouvé du plaisir dans la torture d'innocentes bestioles. Le plus effrayant étant qu’il veut passer à du plus gros gibier... Il dit se confier à moi, pour la simple et bonne raison qu’il pense que je suis la seule à avoir démasqué son double démoniaque au travers de mon Atelier Théâtre. Virgil veut en finir avec toute cette folie. Désormais, il est déterminé par l'idée de repartir à zéro, sans avoir à révéler l'horrible vérité de sa seconde nature à ses proches. Pour cela, il aimerait que je puisse vous convaincre de l'interner à Skye, sans avoir pour autant à révéler le contenu de cette lettre... Après, le bas de la lettre était griffonné comme sous l'emprise de la démence, et il était écrit mot pour mot une sombre injonction : "Bruler la lettre, ou je vous crame !". J'avoue avoir quelque peu paniquée... "

Peut-être s'était-elle un peu trop laissée glisser sur les pentes de son imagination foisonnante? Mais Mildred venait d'en finir avec son effroyable et fastidieux compte-rendu mensonger, et elle releva son menton pour constater des dégâts que ses dires avaient engendré auprès des parents Forbes.  

"C'est digne d'un roman noir, non? Vous comprenez mieux maintenant pourquoi je ne voulais pas vous en dévoiler le contenu? "

Alors qu'elle éprouvait un certain respect pour la personne de Jonah, elle se demanda subitement si ses divagations de romancière n'était pas allées un peu trop loin dans la calomnie...



               
“Ce qu'il y a de scandaleux dans le scandale, c'est qu'on s'y habitue.”
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La situation échappait totalement à Jonah. Sa tentative d’apaisement n’avait fait  que réveiller la colère d’Agathe qui s’emportait de plus belle. Dépression, suicide,… Elle verbalisait tout haut les peurs les plus viscérales de chaque parent. Elle avait toutefois raison sur un point : Jonah n’était pas sûr que Virgil aille vraiment bien, mais c’était également le cas pour ses trois autres garçons. En grandissant, ils devenaient des individus à part entière, avec leurs vies, leurs amis, leurs secrets, leurs coups de cœur et leurs peines. Les parents étaient maintenus à bonne distance de ces tourments et ils devaient se rendre à l’évidence : Ils n’étaient plus les interlocuteurs privilégiés lorsque leurs rejetons rencontraient des problèmes dans leurs vies personnelles. Ce n’était pas tout à fait le cas de Gaby, qui agissait encore comme un enfant, mais cela se vérifiait avec les trois autres. Jonah accueillait les rares confidences de ces fils du mieux qu’il le pouvait et, lorsqu’il percevait un trouble chez l’un de ces garçons, il tentait toujours d’en savoir plus avec plus ou moins de réussite… Virgil était incontestablement celui qui se confiait le moins, avec Casey, mais Jonah n’avait jamais envisagé que son cadet puisse avoir des idées suicidaires. Etre un peu perturbé, certes, mais pas à ce point. Quand au fait de vouloir s’effacer la mémoire…Non, cela ne collait pas au personnage. Agathe avait beau assurer que leur fils était imprévisible, Virgil était bien trop fier de ces bêtises pour vouloir les oublier !

Toutefois la conversation prit une toute autre tournure lorsqu’Agathe préféra tomber dans les reproches à son égard, évoquant devant Mildred, le dernier excès de colère qu’il avait eu. L’enseignant se raidit suite à la réprimande de son ex-femme. Il ne s’était pas du tout attendu à cela. Agathe avait toujours su, par le passé, faire la part des choses que ce soit dans leur vie commune ou lors de leur rupture. Leurs sujets de désaccords et de disputes devaient rester privés et Jonah exécrait l’idée de se donner en spectacle.

« Ce n’est ni l’endroit, ni le moment pour parler de ça » répondit-il la mâchoire serrée, toute trace de bienveillance ayant quitter son visage. L’attaque d’Agathe lui faisait l’effet d’un sortilège dans le dos et il se sentait trahi au moment même où il estimait qu’ils auraient du faire front, ensemble. Ils ne devaient pas perdre de vue qu’ils devaient agir dans l’intérêt de leur fils et non pas profiter de ce moment pour régler leurs problèmes conjugaux. Mais c’était sans compter sur la colère sourde d’Agathe qui poursuivit sur sa folle lancée. Elle déversa son lot d’ignominie, critiquant sa soi-disant ingérence dans les relations qu’elle entretenait avec leur fils. Il l’avait privé injustement de tout contact avec Virgil. Il décidait tout, tout seul. Agathe déversait un flot de rancœurs accumulées que Jonah était certes prêt à écouter  mais certainement pas dans ces conditions.

« J’en ai assez entendu, la coupa-t-il en refermant le bouton de sa veste, visiblement prêt à partir, si tu veux poursuivre cette conversation, faisons le en privé » cingla-t-il en désignant d’un geste de la main la porte du bureau de Mildred.

Il ne comptait pas se laisser malmener par son ex-femme plus longtemps. Quand comprendrait-elle qu’il n’avait pas cherché à la priver de contact avec Virgil !? Il ne l’empêchait pas de lui envoyer du courrier, ni des patronus, ni d’utiliser la Poudre de cheminette, par Merlin ! Elle était une sorcière tout à fait apte à employer les principaux moyens de communication qu’utilisaient déjà tous les parents d’élèves de Poudlard !
Il regrettait d’avoir cassé le Pear One de Virgil, sincèrement, et si Agathe lui en avait laissé l’occasion lorsqu’ils étaient tous les deux dans la salle d’attente, il s’en serait excuser mais elle devait se rendre à l’évidence : Ce genre d’outil numérique et magique  n’était pas adapté pour Virgil qui l’utilisait à mauvais escient ! La preuve ! Ils étaient tous les deux ici à cause de cette foutue vidéo holographique !

Agathe sembla enfin prendre conscience que sa colère desservait leur cause puisqu’elle s’excusa platement. Honnêtement, Jonah se fichait de ces regrets et il comptait bien remettre ce sujet sur le tapis dès qu’ils seraient seuls mais pour l’heure, il se contenta de se rasseoir dans son fauteuil, la mine fermée. Chaque chose en son temps. Ils étaient là pour Virgil et Jonah comptait régler un problème l’un après l’autre. Agathe insista auprès de Mildred pour connaitre le contenu exact de la lettre avant de couler dans sa direction un regard qui se voulait complice, cherchant à s’appuyer sur la soit disant force de persuasion de son ex-mari. Elle venait de lui reprocher de prendre trop les devants, de ne pas la tenir en considération,  et voila qu’elle le propulsait, d’un simple regard, Homme de la situation ! C’était à ne rien y comprendre !

Jonah refusait d’endosser le rôle du sauveur providentiel après ce qu’il venait d’entendre. Agathe ne pouvait pas souffler le chaud et le froid sur leur relation. L’enseignant fit mine de ne pas saisir le sens caché de ce regard insistant et il préféra détourner les yeux pour reporter son attention sur Mildred Magpie qui ne perdait pas une miette de l’échange polaire entre les deux ex-époux.

Le discours moralisateur de la romancière ne fit qu’accroitre la mauvaise humeur de Jonah. Il ne supportait pas l’idée que l’on juge ses relations familiales, surtout pas venant d’une femme qui avait pour seule famille un boursouf de compagnie. Mildred Magpie était mal placée pour leur donner des leçons ! Certes la famille Forbes était loin d’être parfaite mais, aux yeux de Jonah,  elle était la principale et la plus belle réussite de sa vie. Ses fils étaient sa fierté, même si parfois quelques recadrages étaient nécessaires notamment avec Virgil, et il ne laisserait pas Mildred résumer leur vie de famille à ce désaccord qui l’opposait à Agathe. Ce qu’ils avaient construit, tous les deux, était bien plus fort, plus immuable que cette dispute.  Même si Jonah en voulait particulièrement à son ex-femme aujourd’hui, il était intimement convaincu  qu’ils arriveraient, au final, à se tirer de ce mauvais pas, simplement parce qu’ils partageaient le même amour pour leurs enfants.

Pourtant, Mildred semblait prompte à souffler sur les braises de la tension parentale, comme si elle se délectait du désaccord qui opposait Jonah et Agathe. Que cherchait-elle au juste avec ces allusions ? Bien sûr qu’ils n’étaient rien de plus que des collègues de travail, voyons ! Les yeux de l’enseignant s’arrondirent légèrement lorsqu’elle évoqua le Gala littéraire lors duquel Mildred s’était fait malmenée par l’intelligentsia sorcière. Sur le coup Jonah n’avait pas apprécié que tous les écrivains et éditeurs se liguent contre la romancière pour la ridiculiser et il avait été un des seuls à venir lui témoigner une forme de soutien. Toutefois, aujourd’hui, il avait la fâcheuse et désagréable impression que Mildred utilisait cet événement pour creuser le fossé entre lui et son ex-femme.

« Pouvons-nous nous en tenir aux faits, Mildred, intervint-il en s’accoudant sur les bras de son fauteuil, Nous sommes là pour parler de Virgil. Tu nous as dit que la lettre qu’il a rédigé est  inquiétante et que tu es en mesure d’en  réciter chaque mot. Soit. Vas-y. » *et arrête ton baratin !* songea-t-il en tentant de contenir son agacement.


La romancière à succès commença enfin son rapport en rivant ses pupilles dans celles d’Agathe. Jonah s’était préparé à tout entendre –que cette lettre soit une vaste blague ou un réel appel de détresse- mais il dût avouer que la première partie du récit de Mildred l’ébranla plus qu’il ne l’aurait voulu. Les mots choisis de la romancière créaient une forme de résonance avec ce que Virgil semblait vivre dans son quotidien. L’envie d’attirer l’attention sur lui, chercher constamment à se faire punir, avoir recours à la drogue pour oublier ses soi-disant problèmes. .. Il était cet adolescent en colère contre tout et tout le monde. C’était vrai. La description collait. Elle collait même plutôt bien… Virgil n’était-il heureux qu’en étant défoncé ? Consommait-il réellement des drogues plus dures que la Mandragore ? La mention de Thelma plongea Jonah dans un océan de perplexité et il dut lutter pour ne pas esquisser le moindre geste qui trahirait son trouble. Virgil se sentait-il seul au point de s’épancher auprès d’une illustre inconnue ? Le fait qu’il s’ouvre si facilement à Mildred, celle qui l’avait dénoncé, paraissait toutefois bien improbable et Jonah se raccrochait à cette idée fixe.

Après tout, c’était une lettre à charge contre lui. Celui qui ne comprenait pas son fils, celui qui aimait ce monde magique que Virgil disait tant détester! Quant à Agathe, si l’on se référait aux dires de Mildred, elle manquait terriblement à leur fils qui rêvait de repartir à zéro dans le monde moldu, aux côtés  de sa mère…
Nul doute qu’il était plus facile pour Agathe d’adhérer à la version de la romancière plutôt que pour Jonah qui tiquait à chaque nouvelle invraisemblance.

Virgil n’avait jamais témoigné le moindre intérêt pour le programme Mémorise –ni pour quoique ce soit d’autres d‘ailleurs, c’était bien là le problème parfois- pensa Jonah.  Même s’il ne paraissait pas toujours très bien dans sa peau, le monde magique ne semblait pas lui peser… Au contraire, Virgil avait toujours été un bon technicien de la magie –préférant la pratique à la théorie- et il semblait attendre impatiemment sa majorité pour enfin pouvoir utiliser des sortilèges en dehors de l’école et obtenir son permis de transplanage.

Pourquoi choisirait-il de se faire effacer la mémoire ?

La réponse absurde ne tarda pas à arriver de la bouche même de Mildred : Un dédoublement de personnalité ? Une schizophrénie ? Un moi démoniaque –mélange d’Ana Sorden et de Tom Jedusor- qui le pousserait à mal agir ? C’était tout bonnement ridicule ! Virgil n’avait pas besoin d’un alter-ego diabolique pour se livrer à des bêtises et sa propension à braver les interdits  n’était aucunement le fruit d’un trouble de la personnalité… Jonah en était certain : Virgil était « juste » un adolescent en crise que ses parents devaient s’appliquer à remettre dans le droit chemin.

S’il avait réellement écrit ses mots, il s’était payé la tête de Mildred, ni plus ni moins. Au regard de ce que la romancière lui avait répondu lorsque Jonah avait émit cette hypothèse un peu plus tôt, elle refusait clairement d’envisager cet état de fait. Soit. Jonah ne comptait pas insister plus que de raison. Il retint difficilement un facepalm de consternation en entendant le "Bruler la lettre, ou je vous crame !" – si son fils avait vraiment écrit ça il ne perdait rien pour attendre- puis il reporta son attention sur Mildred.

« Effectivement, répondit-il lorsqu’elle qualifia le contenu de la lettre de véritable roman noir, Merci pour ces…éclaircissements. »

Ce n’était clairement pas le terme adéquate tant Jonah naviguait en eaux troubles dans cette histoire mais il avait à cœur de clore rapidement cet entretien.

« Donc si je résume la partie qui te concerne, Virgil a présenté ses excuses et tu les acceptes, Il interrogea la romancière du regard et se leva finalement, très bien. J’estime donc que ce différent est réglé, ajouta-t-il en saluant Mildred d’un signe de tête. Il  lui tendit sa tasse encore à moitié pleine.  « Merci pour le thé » et reporta son attention sur son ex-femme. Personnellement, il ne comptait pas rester une seule seconde de plus ici. Il avait entendu ce qu’il voulait entendre et semblait bien incapable de savoir quelles étaient les parts de vérité et de mensonge que ce soit dans la lettre de Virgil où dans le récit qu’en avait fait Mildred… « Le reste nous appartient. » Il ne comptait pas aborder devant la reine du scandale la manière dont ils allaient parler de tout cela à Virgil, Si tu le souhaites, je t’attends en bas. » dit-il à l’intention d’Agathe avant de prendre congé.

On lui avait assez reproché aujourd’hui de prendre des décisions pour deux alors il ne comptait pas imposer sa présence à son ex-femme même s’il estimait qu’elle devait le rejoindre. Ils avaient des choses à régler tous les deux et il était nécessaire qu’ils le fassent  avant de se présenter devant Virgil.

Jonah quitta donc le bureau de la romancière et descendit l’escalier de marbre au pas de course, un employé des Folies sur ses talons.

« Je ne prends pas le réseau de cheminette. » lui dit-il tandis que le groom cherchait à l’escorter dans un coin du hall pour rejoindre les cheminées. Jonah passa devant plusieurs gardes de sécurité –dont un troll- et sortit finalement sur le front de mer. Le vent humide et salé fouetta son visage et il ferma les yeux quelques instants sur le perron des Folies Sorcières. Voilà ce dont il avait besoin : Respirer le bon air marin pour se remettre les idées en place. Il descendit les marches et fit quelques pas jusqu’à la promenade quasiment déserte en ce mois de février venté. Il s’accouda sur la barrière au dessus de la plage, les idées encore embrouillées par l’entretien qu’il venait d’avoir avec Mildred et Agathe…

Cette dernière ne tarda pas à le rejoindre d’ailleurs et Jonah décida de prendre les devants. Il se retourna pour s’adosser contre la balustrade et croisa les bras sur son torse en lui faisant face.


« Je crois que nous sommes d’accord sur un point, commença-t-il,  Nous voulons tous les deux connaitre le fin mot de cette histoire mais avant ça, nous avons d’autres problèmes à régler, Jonah ne souhaitait pas prendre le risque d’une nouvelle dispute devant Virgil, ils devaient crever l’abcès, ici et maintenant avant d’envisager un face à face avec leur progéniture : C’est quoi le numéro que tu m’as fait là-haut ? demanda-t-il en désignant d’un mouvement du menton le premier étage du cabaret,  je décide de tout, tout seul ? Tu as vraiment l’impression que je ne suis pas ouvert au dialogue pour ce qui est du bien-être de nos enfants ? » Maintenant que Mildred n’était plus là pour les écouter, Jonah laissait libre court à sa colère, Qui boudait dans la salle d’attente tout à l’heure ? Qui refusait de me parler ? Et je ne suis pas dans la concertation ? dit-il en pointant son index sur son torse, non mais je rêve ! »

La scène de ménage semblait inévitable…


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Fumons ensemble la Calomnie de la Paix [Mildy-Agathe-Jonah]

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