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 Quelqu'un comme moi [PNJ mystérieux]

Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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2 mars 2010


"Ce n'est pas possible..."

Les sourcils poivre et sel du ministre se froncèrent, tandis qu'il penchait sa maigre carcasse sur son bureau. Il relut une troisième fois, puis une quatrième, le contenu du long parchemin qu'il tenait entre ses doigts tremblants. C'était écrit là, en noir sur blanc, d'une belle écriture régulière. L'emblème situé au sommet du document était parfaitement officiel, quant à l'écriture griffonnée tout en bas, il l'aurait reconnu entre mille. Ce papier était parfaitement juste, légal et authentique - un sort très puissant avait d'ailleurs rempli certains de ces termes magiquement. Dont le nom qui le préoccupait, sur lequel il usait son regard noir depuis maintenant vingt bonnes minutes.

Poussant un lourd soupir de lassitude, Leopold se laissa aller dans son fauteuil, dont le cuir crissa. Il replia soigneusement le parchemin et le glissa dans la poche de son costume moldu, puis émit un grognement lorsqu'une vague de douleur parcourut le côté gauche de son visage. Attrapant le pot de crème qui se trouvait rangé sur son bureau, Leopold enduisit sa cicatrice de cette lotion qu'il s'était procuré il y a peu. Aussitôt, une sensation de soulagement l'envahit et il réalisa à regret que le pot était quasiment vide. Pourtant, la crème était très peu efficace contre la douleur provoquée par une cicatrice magique, mais l'effet placebo était appréciable. Il se la procurait aux prix fort sur l'Allée des Embrumes, qu'il lui faudrait donc visiter très prochainement...

Puisqu'il devait le faire, autant en profiter pour faire un détour par le Chemin de Traverse, songea-t-il tandis que le parchemin continuait de lui trotter en tête. Pourquoi ce nom lui était-il familier ? Il ne parvenait pas à le replacer, il ne croyait pas avoir déjà visité cette boutique ni rencontré sa propriétaire, alors pourquoi ? Sans doute devrait-il envoyer Alan faire une petite enquête avant de faire quoi que ce soit, pour savoir où il allait mettre les pieds. Pourtant, cette perspective l'agaçait, et il savait qu'il ne parviendrait pas à se concentrer sur quoi ce que soit d'autres tant que cette histoire n'était pas élucidée. De plus, Alan avait pris un jour de congé - ce que Leopold lui accordait, une fois tous les cinq ou six mois - et il ne voyait personne d'autre que lui pour se charger d'une telle mission : tant qu'il ne savait pas de quoi il retournait, Leopold devait faire preuve de la plus grande discrétion...

*On n'est jamais mieux servi que par soi-même*, songea le ministre en se levant brusquement de son fauteuil, achevant de se convaincre lui-même. Dès l'instant où il avait lu le document, il avait su que quelque chose ne tournait pas rond. Quelque chose au fond de son esprit s'était éveillé, une sensation qu'il ne parvenait pas totalement à saisir, mais qui le tiraillait, le narguait : cette impression, il ne pourrait pas l'ignorer. Leopold avait appris depuis longtemps à faire confiance à son instinct.

Leopold enfila une longue veste sombre par-dessus son costume et un chapeau à bords larges pour dissimuler son visage torturé. Il quitta son bureau, quitta le Manoir Marchebank et traversa les jardins jusqu'aux larges grilles, où l'attendait son escorte. D'un hochement de tête, il salua les deux hommes qui faisaient le pied de grue, sous un ciel d'orage.

"Au Chemin de Traverse", ordonna-t-il en tendant son bras vers l'un d'entre eux. L'homme le saisit et le transplanage d'escorte débuta. Quelques instants plus tard, Leopold descendait la célèbre ruelle tortueuse, en balayant les différents commerces du regard. Cela faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas rendu sur le Chemin, qui lui évoquait désormais des souvenirs bien particuliers. Il baissait les yeux sur ce pavé et pouvait presque imaginer le sang qui ruisselait dans les rainures. Cette petite place lui rappelait l'estrade où il s'était tenu, et tant d'autres hommes politiques avec lui. Cet enfant qui pleurait parce que sa boule de glace était tombée lui rappelait un autre enfant, qu'il avait héroïquement sauvé de la bousculade...

Un petit sourire satisfait étira ses lèvres. Voilà qu'il marchait en son royaume.

Soudain, la boutique qu'il recherchait se dressa devant lui. Un instant, il observa la devanture chaleureuse et accueillante, et sa perplexité augmenta d'un cran. Il y avait là un lien qui lui échappait, et qu'il avait hâte de découvrir.

"Attendez ici."

Cette conversation ne pouvait pas avoir de témoins. Laissant derrière lui son escorte, il fit quelques pas vers la vitrine et jeta un coup d'oeil à l'intérieur. Personne, si ce n'est une femme d'un certain âge, certainement la propriétaire. C'était parfait, songea-t-il en s'avançant vers l'entrée. D'une main ferme, il poussa la porte des "Belles plantes de Clara Lorgan"...



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Clara Lorgan - 48 ans - Fleuriste

"Je peux vous aider ?"

Clara s'approcha du jeune trentenaire qui se tenait bêtement devant les orchidées vénéneuses depuis plusieurs minutes. Il avait fait trois fois le tour de la boutique, attrapé un bouquet de roses pour le reposer dix secondes plus tard, et semblait désormais attendre un miracle. Miracle qui se présenta sous les traits d'une charmante fleuriste perchée sur une paire de talons hauts.

« Je cherche des fleurs… lui répondit bêtement ce dernier, arrachant un sourire d’habituée à son interlocutrice.
- Et vous êtes au bon endroit pour ça ! »

C’était en général pour cette raison que les clients poussaient la porte de sa boutique. A première vue on ne trouvait que des fleurs aux Belles Plantes de Clara Lorgan. Des seaux colorés débordaient des variétés les plus exotiques, du lierre dégringolait de pots suspendus au plafond et des plantes plus ou moins carnivores grimpaient le long des murs. La croqueuse d’homme la plus dangereuse du magasin n’était toutefois pas la tentacula vénéneuse qui dormait dans un coin mais bien la maitresse des lieux. Ils venaient tous chercher des fleurs mais ils avaient été nombreux à repartir avec un peu plus que cela. Ce ne serait toutefois pas le cas du jeune homme indécis qui se tenait devant les orchidées par cette sombre journée de mars. Le pauvre était trop petit et trop et trop maigrelet pour intéresser la fleuriste. Et puis, c’était fini tout ça, ça ne l’amusait plus vraiment. Son client ne repartit qu’avec un bouquet de tulipes, et fit tinter la clochette suspendue au-dessus de la porte alors qu’il rejoignait l’artère animée du Chemin de Traverse.

L’échoppe resta silencieuse pendant quelques minutes, que la commerçante mit à profit pour s’occuper de ses géraniums dentus qui n’étaient pas au mieux de leur forme. Clara avait la main verte, depuis toute petite. Elle avait toujours aimé s’occuper des plantes. Elles les trouvaient belles, élégantes, mais les savait aussi fortes et résistantes, parfois dangereuses pour certaines. Elle n’avait aucune difficulté à s’identifier à une tentacula vénéneuse, avec qui elle partageait un amour des espaces lumineux, et des hommes.

La clochette de la porte retentit à nouveau et Clara s’avança au centre de la boutique pour y trouver un homme dont la vue la ramena aussitôt des années en arrière. C’était un autre temps, alors qu’elle n’avait pas encore vingt-cinq ans, une époque à laquelle elle n’avait plus songé depuis longtemps. C’était des souvenirs agréables pourtant. Un été particulièrement chaud, quelques années avant l’ouverture de sa boutique. Elle travaillait comme vendeuse chez Florian Fortarôme. Il avait été un client particulièrement régulier cet été là. Elle en avait fait des erreurs, cet été là…

« Léopold Marchebank…» souffla-t-elle avec un sourire mi-nostalgique, mi-amusé. Elle aurait probablement dû lui donner du « Monsieur le Ministre », songea-t-elle trop tard. Ils avaient été bien trop proches pour qu’elle ne puisse se plier à la bienséance.

A la façon dont il était entré, elle avait su qu’il ne venait pas pour la voir. Il avait presque l’air perdu. Elle avait beau ne pas être surprise, elle en aurait presque été vexée.

«Je ne devrais même pas m’étonner que tu ne me reconnaisses pas, soupira-t-elle. Mais ce silence, c’est tout de même un peu insultant… »

Pour sa défense, elle devait avoir bien changé, depuis ce fameux été. Lui-même ne ressemblait plus en rien au jeune homme fougueux qu’elle avait connu. Le choc était simplement moins violent pour elle. Léopold était vite devenu quelqu’un d’important, elle avait vu des photos de lui dans la presse, suivi son ascension politique. Lui ne devait se souvenir que de la jeune vendeuse de glace qu’il avait connue il y a vingt ans. Il ignorait tout d’elle, et de ce qu’était devenu sa vie. Et il y avait bien d’autres secrets qu’il ignorait également…

Le cœur de Clara se pinça douloureusement à la pensée de sa fille. De sa petite-fille, qu’elle avait perdue pour toujours. Elle ne s’habituait pas à la douleur. Elle ne se faisait pas à son absence. Elle pensait à elle chaque jour, chaque heure, en permanence. Elle ne pensait qu’à ça. On ne cessait jamais d’être une mère, même quand on n’avait plus d’enfant. Même quand on avait été une mauvaise mère.
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Une fragrance de fleurs vint chatouiller les narines du ministre dès l'instant où il posa un orteil dans la boutique. Un éternuement aigu et un peu ridicule le secoua. Lui qui n'était habitué qu'au parfum doucereux des roses de son manoir se sentit aussitôt agressé par ces odeurs lourdes et entêtantes. Comment cette femme faisait-elle pour tenir toute la journée dans un tel environnement ?, s'enquit-il en posant son regard sur l'objet de sa visite. Avec un naturel désarmant, il caressa son corps des yeux, s'attardant par habitude sur certains coins et recoins de sa silhouette avant de daigner s'accrocher à son visage.

Un froncement de sourcils répondit aux salutations de la fleuriste. Ce n'était pas tant le fait qu'elle connaisse son nom - tout le monde connaissait son nom. C'était surtout la charge émotionnelle qu'elle avait ajouté à ces deux mots, comme s'il existait entre eux quelque relation intime. Comme s'ils se connaissaient de longue date. Impression que vinrent confirmer les paroles de Clara Lorgan, pour le plus grand déplaisir de Leopold. Salazar lui en soit témoin, il n'avait pas le moindre souvenir de cette femme ! Et pourtant, elle-même semblait parfaitement se rappeler de lui... Il était un homme mémorable, certes, mais enfin !

Les rides de son front se creusèrent d'avantage tandis qu'il l'observait fixement, tentant en vain de convoquer quelques souvenirs. Hélas, sa cervelle était trop pleine, et sa mémoire complètement saturée, de gens, d'époques et de périodes entremêlées. Si le nom lui était familier, le visage ne lui évoquait rien, combien de femmes telles que celle-ci avait-il connu dans sa vie ? Clara Lorgan était parfaitement commune. Pourtant, elle avait dû représenter quelque chose de particulier, pour lui ou pour sa famille, sinon il ne serait pas présent aujourd'hui.

Confus, et légèrement inquiet, Leopold se rapprocha du comptoir sur lequel il posa ses deux mains.

"Pouvez-vous fermer boutique quelques instants ?", s'enquit-il sans daigner lui répondre. Inutile de prétendre qu'il avait la moindre idée de ce que Clara Lorgan avait à faire avec lui. "Nous avons à parler, en privé."

Hors de question qu'il soit dérangé par un client, ni que quiconque surprenne un mot de cette conversation. Pendant que la fleuriste s'affairait, Leopold fit quelques pas dans la boutique, et s'arrêta devant une grosse plante carnivore pourpre. La plante, enroulée sur elle-même, se mouvait lentement comme un large serpent somnolent, ouvrant et fermant ses pétales à la recherche d'une proie invisible. Prudemment, le ministre tendit un doigt replié vers la plante, qu'il caressa doucement. Elle tressaillit, puis finit par émettre une sorte de gargouillement satisfait. La plante carnivore lui en rappela une autre, en d'autres circonstances, et par association d'idées, une autre sorcière blonde et meurtrière se rappela à lui. L'impression confuse de danger qu'il ressentait s'intensifia d'un cran, et il se détourna pour suivre Clara Lorgan qui avait fermé boutique, pressé d'achever cette rencontre.

Planté face à elle, Leopold s'emmura un moment dans le silence avant de se résoudre à sortir le parchemin de sa poche. Il le garda plié entre ses doigts crispés. Les questions se bousculaient en lui, et il finit par lâcher, d'un ton presque brutal :

"Comment est-ce que vous avez connu mon arrière grand-mère, Griselda Marchebank ? Quelle relation entreteniez-vous avec elle ?"

Car c'était bien tout ce qui importait de savoir. Il se fichait bien de savoir si Clara et lui s'étaient fréquentés dans leur jeunesse, à un quelconque événement organisé par leurs familles peut-être, voire même à Poudlard. Elle lui semblait plus jeune, mais qui sait, la cosmégique faisait des progrès chaque jour. Leopold n'était pas venu reprendre contact avec une femme de son passé, il était venu résoudre un mystère, un mystère particulièrement irritant. Qu'est-ce qui reliait Griselda à une fleuriste minable du Chemin de Traverse ? Pourquoi elle ?



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Clara Lorgan - 48 ans - Fleuriste

Clara ne s'était pas attendue à de chaleureuses retrouvailles -ils n'avaient même pas fait semblant de rester en contact après leur brève relation estivale- mais elle était un peu étonnée de l'attitude froide et presque agressive de Léopold. Elle aurait même pu être vexée de constater qu'il ne gardait pas le moindre souvenir d'elle, si seulement elle n'avait pas exactement le même comportement avec ses propres conquêtes. Elle aussi, elle oubliait les visages de ses amants sitôt qu'ils quittaient son lit, en général. Il en avait été tout autrement pour Léopold, mais elle ne pouvait pas lui en vouloir de ne pas avoir attaché à leur relation autant d'importance qu'elle l'avait fait. Il ne savait pas. Leur flirt d'été n'avait pas changé sa vie, à lui.

La fleuriste hocha silencieusement la tête et agita sa baguette pour faire pivoter le petit écriteau accroché dans la vitrine de la boutique, qui indiquait désormais " fermé ". Elle avait d'abord cru que c'était le hasard qui avait amené Léopold dans sa boutique. Il était évident qu'il ignorait qu'elle en était la propriétaire, et qu'il ne se souvenait même pas d'elle, aussi fut-elle surprise quand il affirma qu'ils devaient parler en privé.

"Il n'y a personne d'autre, je travaille seule."

Elle fronça les sourcils en le voyant sortir un parchemin de sa poche et le garder fermement emprisonné dans son poing serré. Elle n'avait pas la moindre idée de ce dont il s'agissait mais sentit une pointe d'inquiétude naitre en elle. Se pourrait-il qu'il ait découvert la vérité ? Elle avait caché le secret si longtemps qu'il lui semblait impossible qu'il resurgisse aujourd'hui. Et puis, à quoi bon ? C'était un secret qui ne protégeait plus personne. Clara ferma les yeux une seconde en entendant le nom de Griselda Marchebank. Elle était là, la faille. Le maillon faible d'une supercherie qui avait duré plus de vingt ans. Elle avait appris sa mort dans la Gazette et bien qu'elle en ait été attristée, cela avait aussi été une forme de soulagement. La veille dame avait emporté son secret dans la tombe. Du moins c'était ce que Clara espérait.

"Je n'entretenais aucune relation avec votre arrière-grand-mère, répondit-elle honnêtement, d'un ton plus sec. Nous nous sommes parlé une fois, il y a plus de vingt ans."

Elle n'avait rencontré Griselda Marchebank qu'une seule fois. Leur entrevue avait duré à peine plus d'une heure et pourtant leur conversation était restée gravée dans la mémoire de Clara pendant toutes ses années. Encore aujourd'hui elle se souvenait bien des paroles de la vieille dame. C'était un soir de septembre, il faisait encore chaud. Clara était arrivée devant sa porte, pensant y trouver Léopold. Il ne lui avait jamais communiqué son adresse personnelle mais le Manoir Marchebank n'était pas difficile à trouver. Elle n'avait même pas eu à expliquer le motif de sa venue, Griselda avait su. Peut-être l'avait-elle deviné à son regard plein de détresse, ou à sa main posée sur son ventre encore plat. Elle avait compris tout de suite et elle avait réglée ça à sa façon, avec juste assez de compassion et ce qu'il fallait d'autorité. Elle ne voulait pas de ça dans sa famille. Léopold était jeune, il avait encore beaucoup de choses à accomplir, il ne devait pas savoir. Ce serait du gâchis. Elle comprenait que ce soit dur pour Clara, mais lui avait assuré que c'était mieux ainsi, et qu'elle lui revaudrait son silence un jour.

Clara avait gardé le secret. Elle ne l'avait jamais dit à personne. Elle était repartie sans avoir revu Léopold. Elle fréquentait déjà son mari actuel depuis quelques jours, ils s'étaient rencontrés à la fin de l'été, et elle s'était accrochée à lui. Pas parce qu'elle l'aimait particulièrement mais parce qu'il avait le mérite d'être entré dans sa vie au bon moment et d'avoir une situation plus stable que la sienne. Kelsey était née huit mois après ce fameux soir de septembre et personne n'avait imaginé qu'elle puisse être la fille d'un autre. Clara elle-même en arrivait à oublier son mensonge, quelque fois. Comme chaque fois qu'elle repensait à sa fille, elle sentit son cœur se serrer douloureusement. On disait que la souffrance s'atténuait avec le temps, c'était un mensonge. Cela faisait toujours aussi mal. C'était de ses douleurs qui ne se partagent pas, qu'on ne peut pas imaginer sans les avoir ressenties, et auxquelles on ne s'habitue jamais.

Son regard s'était troublé quand elle releva la tête pour poser les yeux sur celui qui avait, sans le savoir, perdu une fille aussi, mais également une arrière-grand-mère.

"Je vous présente toutes mes condoléances, assura-t-elle. Elle attendit quelques secondes, par correction, avant d'ajouter : En quoi puis-je vous aider ?"

Clara n'arrivait pas à se débarrasser du sentiment d'inquiétude qui s'était emparée d'elle. Il n'y avait pas trente-six raisons qui avaient pu amener le Ministre de la Magie jusque dans sa boutique, il avait forcément découvert quelque chose. Mais en savait-il déjà trop où y avait-il encore des secrets que Clara pouvait préserver ?

Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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La réaction de Clara Lorgan quand il prononça le nom de son arrière-grand-mère ne fut pas perdue pour Leopold, dont l'inquiétude augmenta d'un cran. Ainsi, il y avait bien là un lien, une connexion, suffisamment importante pour que son interlocutrice se retranche derrière des réponses minimalistes. Une conversation, une fois, mais dans quel contexte, à quel sujet ? Une conversation qui avait eu son importance, à n'en pas douter, sinon il ne se trouverait pas ici en train de se faire intoxiquer par des plantes odorantes...

Malgré son irritation, Leopold se fendit d'un "Je vous remercie." quand la fleuriste lui présenta ses condoléances. La nouvelle de la mort de Griselda Marchebank avait été largement relayée par les journaux, car tout était extraordinaire : la personnalité de la défunte, d'abord, arrière-grand-mère du ministre qui n'était nulle autre que la doyenne des sorciers anglais. Les circonstances du décès, ensuite : écrasée par l'énorme système solaire pendant l'attaque de la March Bank... Pourtant, dans le cas de Clara Lorgan, ce décès revêtait visiblement une importance particulière, qu'elle faisait mine d'ignorer. Ma foi, il allait rapidement lui remettre les idées en place.

Dépliant la feuille de parchemin froissée, il l'étala à plat sur le comptoir et la tourna en direction de Carla pour qu'elle puisse le lire. Le sceaux du Département de la justice magique était apposé en haut à droite, en attestant son authenticité.

"Voici un extrait du testament de Griselda, dont j'ai pu prendre connaissance aujourd'hui-même", révéla-t-il en pointant du doigt les premières lignes, tracées de la belle écriture ronde du notaire. Son doigt parcourut lentement la feuille, jusqu'à atteindre une liste de noms - la liste des héritiers. On y retrouvait Madame Coraline Ernesta Marchebank, Monsieur Leopold Julius Marchebank, Madame Kessy Brooks-Marchebank, Monsieur Dave Brutus Marchebank, Madame Cassandre Eleanor Mary Harper et Monsieur Nicholas Marchebank.

Mais, quasiment en haut de cette liste...

"Madame Clara Lorgan, née le 14 janvier 1962", lut-il de sa voix grave, dans laquelle planait une menace.

"C'est un testament réalisé grâce à un sort extrêmement puissant, et qui ne peut être modifié sans la volonté de son auteur. Un sort qui fait évoluer automatiquement la liste selon l'évolution des descendants du bénéficiaire..."

Ce qui pouvait s'avérer fort pratique lorsqu'on avait vécu tellement longtemps que la liste des descendants pouvait s'avérer difficile à tracer. Heureusement, Leopold avait fait suffisamment de ménage dans sa famille au cours des décennies passées pour s'assurer de ne pas avoir de mauvaise surprise à la lecture de ce précieux document, du moins... c'était ce qu'il croyait, avant de tomber sur le nom d'une illustre inconnue, qui n'avait a priori pas le moindre lien avec la famille Marchebank.

A bien la regarder, cette Clara lui évoquait un souvenir. Ce visage lui semblait familier, mais il peinait toujours à la replacer... Ce n'était pourtant pas faute de la dévisager, et de fouiller ses souvenirs. Hélas, ses pensées se faisaient confuses depuis quelques temps. Le poids des responsabilités, et les désirs violents de vengeance qu'il entretenait venaient effacer toute autre considération. De plus en plus souvent, il noyait ses douleurs diverses dans un produit ou dans un autre, ses nuits se faisaient plus courtes, son humeur plus irritable. Même ses plus proches conseillers et ses directeurs de département avaient appris à le fuir dans les couloirs du Ministère, et il n'y avait que dans les jardins du Manoir qu'il parvenait à trouver un peu de paix - lorsque le temps le lui permettait.

Les mains posées à la plat sur le comptoir, il approcha sa tête de celle de Clara Lorgan pour pouvoir vriller sur elle ses pupilles noires. Un avertissement luisait dans son regard.

"Donc peut-être pouvez-vous m'expliquer, ce que votre nom vient faire dans cette liste ?"




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Clara Lorgan - 48 ans - Fleuriste

Clara observa avec un froncement de sourcils Léopold déplier un parchemin officiel sur le comptoir de sa boutique. Elle sentit un poids tomber lourdement sur son estomac quand il lui annonça qu'il s'agissait du testament de Griselda. Ce serait donc ça, la preuve de son secret, de son mensonge. Elle avait protégé la vérité pendant vingt ans, et voilà qu'un vulgaire morceau de papier allait tout mettre à jour. Elle en aurait ri si elle n’avait pas tant eu envie de pleurer.

C'était la fin. Elle savait déjà ce qu'elle verrait sur ce testament. La vieille dame le lui avait promis, elle lui avait assuré que si elle gardait le secret, elle le lui revaudrait. Elle lui avait promis que son enfant ne serait pas abandonné. Clara avait oublié, avec le temps, et elle n'avait jamais rien attendu de la famille Marchebank. Mais cette promesse lui revenait clairement en mémoire désormais. Griselda était véritablement une femme de parole. La vieille dame avait finalement rempli sa part du marché. Elle avait nommé Kelsey parmi ses héritiers. Elle ne l'avait pas oubliée. Avait-elle seulement su qu’elle ne toucherait jamais cet héritage ? Avait-elle appris sa mort ?

Clara ne prit même pas la peine de lire le document, elle savait déjà. Elle détourna les yeux, refusant de poser le regard sur le prénom de sa fille.

Mais ce ne fut pas l'identité de Kelsey que le Ministre déclina d'une voix menaçante. C'était la sienne, son nom et sa date de naissance. Elle ne comprenait pas. Léopold expliqua que c'était un document magique très complexe, qui évoluait à mesure que la ligne d'héritage changeait. C'était donc bien le nom de Kelsey qui y avait été inscrit, mais le sien était venu le remplacer quand elle était décédée. Clara porta la main à son cœur, soudainement douloureux et lourd dans sa poitrine. Les choses n'étaient pas censées se passer ainsi. C'était les enfants qui héritaient de leurs parents, pas l'inverse. Les parents ne devraient pas voir leurs enfants mourir, les êtres humains n'étaient pas faits pour supporter ça.

Elle ferma les yeux un instant pour retenir les larmes qui lui montaient aux yeux. Elle avait tant pleuré qu'elle se demandait comment elle trouvait encore des larmes à verser. Elle avait le sentiment qu'elle ne s'arrêterait jamais. Les pleurs ne cessaient que le temps de faire semblant, de continuer à gérer les petits choses du quotidien. Dès qu'elle s'arrêtait, dès qu'elle se relâchait, les sanglots revenaient. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle se retrouva face au regard noir et menaçant de Léopold et elle eut un mouvement de recul.

Elle avait la gorge nouée à l'idée de devoir lui avouer la vérité. Elle aurait voulu ne pas lui dire, trouver une autre explication et se débarrasser de lui le plus rapidement possible. Cela n'avait plus aucun sens, de lui dire maintenant. A quoi bon ? Pourquoi lui apprendre aujourd'hui l'existence d'une fille qu'il avait déjà perdue. Elle lui aurait rendu service en continuant à lui cacher la vérité, mais elle savait qu'il était trop tard. Il devait avoir une armée de notaires et d'avocat prêts à creuser aussi profondément qu'ils le pourraient pour découvrir la vérité, et elle ne pouvait pas affronter ça. Elle n'avait plus la force. La partie était finie.

"Ce n'était pas mon nom qui devait être sur cette liste, commença-t-elle d'une voix étranglée en détournant le regard. Ça aurait dû être le nom de ma fille...souffla-t-elle. De notre fille".

Il lui était pénible de parler de Kelsey. C'était physiquement douloureux, elle sentait son cœur fatigué se nouer au creux de sa poitrine. Et c'était dérangeant de l'associer à Léopold pour la première fois. Elle n'avait jamais été sa fille à lui. Ce n'était pas leur fille, cela ne l'avait jamais été. Il ne la connaissait même pas. Et il ne la connaitrait jamais.

"Griselda m'avait fait promettre de ne rien te dire..." souffla-t-elle en fermant de nouveau les yeux, assaillie par les souvenirs.

Elle n'avait pas à se justifier. C'était son droit de ne lui avoir rien dit. Il ne se souvenait même pas d'elle, il n'aurait certainement pas été ravie de la voir débarquer chez lui avec un bébé, un an après leur aventure d'été. Elle avait fait le bon choix, elle le savait. C'était peut-être ce qu'elle avait fait de mieux pour Kelsey, la seule décision dans son éducation qu'elle ne remettait pas en question. Elle avait fait ce qu'il fallait.

Clara était consciente de ne pas encore lui avoir tout dit, mais elle ne pouvait pas aller plus loin. C'était trop dur. Elle n'avait jamais trouvé le courage de le dire à voix haute, c'était au-dessus de ses forces. Il comprendrait seul. Il n'y avait qu'une raison pour que le nom de sa fille ait été remplacé par le sien.
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Quelqu'un comme moi [PNJ mystérieux]

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