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 La mémoire, ce passé au présent [Nelly & Virgil]

Virgil ForbesSixième annéeavatar
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1 Mars 2010

Virgil posa son sac en bandoulière sur son épaule en quittant de la bibliothèque. Merci Merlin ! O’Brien avait accepté qu’il sorte plus tôt de son heure d’étude obligatoire imposée par son très cher paternel. Habituellement il était obligé d’étudier à la bibliothèque jusqu’au couvre feu mais la documentaliste avait fait une exception aujourd’hui. En effet, Virgil avait déjà passé quatre longues heures à travailler –son professeur de potions étant grippé il n’avait pas pu assurer son cours de la fin de journée- si bien que le Gryffondor avait eu l’opportunité de terminer en avance ses devoirs supplémentaires. Il était toujours sous le coup de la punition parentale suite à l’affaire de la St-Valentin, punition qui lui imposait un travail assidu à la bibliothèque dès qu’il avait une heure de libre mais, ce soir, un vent de liberté soufflait enfin !

Il avait plus d’une heure devant lui avant le couvre-feu et il comptait bien optimiser sa soirée (et non pas aller se coucher tôt comme il l’avait dit à Abigail O’Brien.). Le Gryffondor rejoignit donc l’extrémité de l’aile ouest et s’arrêta devant une fenêtre qui donnait sur le parc plongé dans l’obscurité. Il se hissa sur le rebord à l’aide de ses bras et plaqua son front contre les carreaux froids pour observer les serres directement en contrebas de l’ouverture. Il ne voyait que l’extrémité de la serre cinq mais il savait que depuis son perchoir l’espace bouture était visible. Damon, Kasya et les autres étaient-ils sortis fumer ?
Virgil resta quelques instants dans cette position, attendant de voir une faible lueur dût à l’incandescence d’une cigarette entre les vitres de la serre, mais rien ne se produisit. La petite bande avaient dû rentrer. Il fallait dire que les températures négatives de ces derniers jours n’incitaient pas à une balade dans le parc à cette heure tardive. Le lac était gelé depuis plus de deux semaines et la zone nord du  parc ne parvenait pas à se débarrasser  d’une fine couche de givre, même aux heures les plus « chaudes » de la journée. En cette saison, les élèves préféraient le confort douillet de leur salle commune mais Virgil, lui, serait bien sorti s’en griller une.

Avec un peu de chance, il allait tomber sur ses camarades dans la salle des quatre maisons et réussir à en convaincre quelques uns de descendre avec lui… S’ils étaient tous remontés dans la salle des Gryffondor, c’était mort : cette grande bande de feignant ne voudrait jamais redescendre les étages pour aller se geler dehors ! En tout cas, lui, il ne le faisait pas. Il préférait entrouvrir la fenêtre de son dortoir et tirer quelques bouffées en catimini.

Virgil prit toutefois la direction de la Salle des quatre Maisons, priant intérieurement pour y trouver Damon et les autres. Pour une fois qu’il avait du temps libre, il espérait bien pouvoir profiter un peu de sa soirée après cette journée bien trop studieuse à son goût. Il commençait à connaitre par cœur les rayonnages du petit espace où il avait pris l’habitude de s’asseoir à la bibliothèque, signe qu’il y passait beaucoup, beaucoup, trop de temps.

Pourtant aujourd’hui, sa punition lui avait permis de récupérer quelques brochures … intéressantes. En effet, une flopée de hiboux avait livrer à la documentaliste tout un tas de flyers animés sur les différents métiers du Ministère de la Magie :

Sur toutes les brochures, une même phrase d’accroche « Envisagez une carrière au Ministère ! » Les plaquettes étaient ensuite déclinées en différentes couleurs suivant les départements : Orange pour les jeux et sports magiques, violet foncé pour la justice, vert pour la coopération internationale…et bleu pour le nouveau département de la Santé Magique :

« Médicomage, ambulancier, infirmier, psychomage… » Virgil les avait toutes passées en revue avant de tomber sur les deux fiches métiers qui l’intéressaient : « Traqueur de Conscience » et « Tisseur de Mémoire » dans le centre de réhabilitation de Skye.

Meredith lui avait parlé de ces deux nouveaux métiers lors de la soirée de St Valentin et Virgil comptait bien en savoir plus…et surtout être le seul à pouvoir s’informer sur ces éventuels débouchés. Il avait attendu qu’O’Brien ait le dos tourné pour embarquer tous les fascicules concernant ces deux emplois puis il les avait fourré en vrac dans son sac avec la ferme intention de tout brûler. Hors de question de prendre le risque qu’un septième année postule pour un stage à Skye. Nelly était déjà plus ou moins en concurrence avec son dossier alors il ne comptait pas se faire devancer par un élève plus âgé.

Le Gryffondor sortit d’ailleurs les deux fiches de son sac pour en relire le contenu. « Traqueur de mémoire. » lui plaisait bien à vrai dire mais malheureusement, il ne suivait plus l’enseignement de Sortilèges depuis la rentrée. Si seulement il avait bossé un peu plus ses BUSEs songea-t-il avec une pointe d’amertume. Certes il était inscrit au club de duel mais était-ce suffisant ?
L’autre point qui avaient retenu son attention figurait parmi la liste des  compétences requises : Il y avait la légilimancie –son point fort, estimait-il- et… l’occlumancie.

Voila une compétence qu’il n’avait pas particulièrement travaillée jusqu’à aujourd’hui. Il s’était appliqué à exercer son esprit à l’intrusion mentale mais pas à la protection et il était clair maintenant qu’il devait être en mesure de maitriser cet art en vue d’un éventuel test, lors d’un hypothétique entretien à Skye… Cela faisait beaucoup d’incertitude dans l’équation mais Virgil tenait à être prêt si l’occasion se présentait. Peut-être demanderait-il quelques conseils de lecture à Nelly. Il savait qu’elle avait trouvé des listes d’exercices pour fermer son esprit dans plusieurs manuels, elle serait surement en mesure de lui communiquer les plus efficaces ...

Arrivant à proximité de l’entrée de la salle des quatre Maisons, le jeune homme fourra ses deux brochures dans son sac. Il poussa la porte et sut immédiatement que ses amis n’y étaient pas. C’était bien trop calme pour que Damon et Kasya soient dans les parages… Son intuition se vérifia lorsqu’il découvrit seulement un groupe de première année installé sur les fauteuils autour du poêle. La meilleure place de la salle, généralement occupée par les élèves les plus âgés. Virgil s’enfonça dans la pièce entre les canapés et les poufs aux différentes couleurs des maisons et s’arrêta au pied de l’escalier en colimaçon qui desservait la salle d’études à l’étage. Pas la peine de monter, il y avait peu de chance pour la petite bande soit là-haut ! Virgil poussa un léger soupir et balaya d’un œil morne la pièce du regard. Bon. Il allait devoir se résoudre à monter dans la tour des rouge et or et différer sa pause cigarette !

En  revenant sur ses pas, il remarqua alors une silhouette familière assise à l’autre bout de la pièce, loin des première année. Il reconnaissait cette nuque – il était assit derrière Nelly en cours de Métamorphoses et il avait  eu tout le loisir de la contempler pendant des heures- aussi se dirigea-t-il vers la jeune femme qu’il n’avait pas vraiment eu l’occasion de recroiser depuis la Saint-Valentin si ce n’est lors de leurs rendez-vous avec Corrigan.


« Tu es pas avec Chloé ? » s’enquit-il en guise de salutation et en s’arrêtant à sa hauteur. Il était étonné de voir Nelly seule mais peut-être que Chloe était juste partie quelques instants aux toilettes . Manifestement ce n’était pas le cas. Virgil hésita un instant : il reporta son attention sur la pièce quasiment vide à cette heure tardive, jeta un coup d’œil en direction de la porte de la salle, sembla réfléchir encore quelques secondes avant de jeter son sac sur le canapé face à Nelly et de s’y allongé de tout son long, à plat ventre. La moitié de son visage écrasé contre les coussins de l’assise, il observa la jeune femme en silence, son bras pendant mollement jusqu’au sol.

« Faut que je te file un truc. » dit-il alors sans prendre la peine d’esquisser le moindre  mouvement pour donner quoique ce soit à la préfète. Finalement, il était peut-être bien un peu fatigué de sa journée de travail, songea-t-il. Il resta immobile encore un moment avant  de consentir à un ultime effort : basculer sur le dos, arranger les coussins sous sa nuque et creuser légèrement le canapé pour s’assurer une place confortable. De la pointe de ses pieds il ôta ses chaussures, libérant des chaussettes sombres à motifs discrets de boursoufs  puis il attrapa finalement son sac qu’il posa sur son ventre.  Il sortit alors les deux brochures du département de la Santé Magique , vérifia qu’elles n’étaient pas identiques –il avait encore tout le tas de flyers dans son sac-  et les tendit à Nelly en guettant sa réaction...


Nelly HorrocksPréfèteavatar
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« Tu viens pas ? » s’enquit Nelly en enfilant un pull.

La Serpentard venait de rejoindre son dortoir après une bonne douche et proposait à Chloe de l’accompagner à la Salle des Quatre Maisons comme elles avaient l’habitude de le faire une fois par semaine pour s’accorder un soir de tranquillité. Mais aujourd’hui, sa camarade s’affairait avec ses parchemins de cours et ne semblait pas prompte à s’autoriser une pause.

« Non, faut vraiment que je bosse… J’ai rien fait aujourd’hui, » soupira la jeune femme en écarquillant les yeux devant ses cours qu’elle tenait entre ses mains.

Déçue, Nelly parcourut le dortoir des yeux : Chloe ne voulait pas venir, Suzie végétait dans son lit en proie à un gros rhume et quant à Lætitia, elle ne savait même pas où elle était. La préfète poussa un profond soupir et reporta son attention sur Chloe qui, elle en était sûre, allait passer une partie de ses « révisions » sur son Pear One pour, notamment, envoyer des Snapes à Damon Drop.

« Comme tu veux. »

Elle enroula autour de ses épaules une écharpe trois fois trop longue qui pouvait tout aussi bien lui servir de châle et s’empara de son sac avant de quitter le dortoir.

Le menton enfoncé dans son écharpe, Nelly remonta dans les étages du château en croisant quelques chats ravis de pouvoir déambuler dans les couloirs déserts de ce début de soirée. Dans les escaliers, elle crut même entendre au loin les rires désincarnés de Peeves. La préfète appréciait le silence de l’école seulement troublé par les grondements des escaliers mouvants et les discussions que tenaient certains portraits entre eux. Cette ambiance lui faisait penser à ses rondes qui, bien qu’elle soit rarement toute seule, s’effectuaient souvent en silence. Mais ce soir, elle n’était pas de corvée et comptait bien profiter de sa soirée pour ne rien faire. Ne pas penser aux révisions, à ses devoirs de préfète, à son avenir… Juste se détendre.

La porte de la Salle des Quatre Maisons se dressait enfin devant la Serpentard qui pénétra dans la grande pièce plongée dans le silence. Un groupe d’élèves la croisèrent alors qu’elle slalomait entre les poufs et les canapés confortables, certains bâillaient à s’en décrocher la mâchoire, endormis par l’ambiance environnante et visiblement prêt à se glisser dans leurs lits. Des premières années occupaient les meilleures places autour du poêle à bois qui diffusait une douce chaleur. Contrariée par leur présence autour de son endroit préféré et désirant être tranquille, la préfète se dirigea vers un coin isolé et se laissa tomber lourdement dans un pouf en soupirant. Après avoir fait glisser son sac de son dos pour le poser au sol, la jeune femme s’autorisa à quitter ses chaussures et ramena son pied droit sous sa cuisse gauche. Elle était merveilleusement bien, installée de la sorte, des heures pourraient s’écouler sans qu’elle ne s’en rende compte, les yeux perdus dans le vague… Elle risquait de s’endormir si elle ne faisait rien, la sixième année quitta donc son pull pour rester en T-shirt, réarrangea son écharpe autour de ses épaules et se pencha sur le côté pour sortir de son sac son carnet de dessin, une boîte de crayons et un livre.

La Serpentard chaussa ses lunettes et commença par dessiner pendant plusieurs minutes, les yeux rivés sur son carnet que son crayon de papier griffonnait.

Une tête de chat commençait à se former sur le papier quand la plupart des élèves furent partis. Seules les premières années persistaient, remarqua-t-elle avec une pointe d’amertume en relevant les yeux de son entreprise. Qu’à cela ne tienne ! Elle était bien ici, même loin du poêle.
La préfète s’étira en bâillant, laissa tomber son carnet à côté du pouf et prit le livre moldu qu’elle avait amené. Nelly examina un instant la couverture abîmée par le temps et les multiples aventures qu’avaient connues ce livre. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee était son livre préféré et elle l’emportait partout pour le relire dès que l’envie lui prenait. Et elle l’avait déjà lu plusieurs fois ! Redécouvrant l’histoire différemment à chaque nouvelle lecture… Autour de ses dix ans, ce roman avait été son premier livre de « grande » et elle n’avait pas vraiment compris toute l’histoire, s’identifiant surtout au personnage de Scout Finch par qui l’histoire était racontée. Plus tard, elle avait réussi à saisir un peu plus de choses et au fur et à mesure de ses lectures, elle découvrait et comprenait de nouvelles subtilités. Aujourd’hui encore !

La préfète ouvrit le livre à la page où elle en était et lisait depuis quelques instants lorsqu’une voix familière la fit légèrement sursauter : Virgil s’était approché sans qu’elle ne le voit arriver.

« Je suis toute seule, si c’est ta question, répondit-elle sans prendre elle non plus la peine de le saluer. Et toi, tu es pas avec Drop ? Ou puni ? » demanda ensuite la jeune femme avec malice.

Elle se demandait bien ce que faisait le Gryffondor ici alors qu’il était coincé à la bibliothèque la plupart du temps… Et que lui voulait-il ? songea la Serpentard en le voyant s’affaler dans le canapé en face d’elle après avoir manifestement hésité pendant un instant.

« On est fatigués on dirait, » lui fit-elle remarquer, un brin moqueuse.

Un sourire narquois se dessina sur ses lèvres alors qu’elle replongeait dans sa lecture juste avant que son camarade lui apprenne qu’il avait quelque chose pour elle. Nelly l’observa par dessus ses lunettes avec curiosité tandis qu’il se mettait à son aise dans le canapé. Les chaussettes du jeune homme lui tirèrent un second sourire goguenard : elle n’était pas sûre, mais elles semblaient ridicules… Après, avec ses habits moldus et ses propres chaussettes turquoises aux motifs d’ananas, elle était mal placée pour se moquer.

La préfète ferma son livre qu’elle posa sur un renflement du pouf et se pencha en avant pour prendre les flyers que lui tendait Virgil. Après les avoir soigneusement étudiés, elle haussa un sourcil interrogateur à l’intention du jeune homme.

« C’est ce que tu veux faire ? Les prospectus venaient tout droit du Ministère et prônaient les métiers de Tisseur et Traqueur de mémoire qui devaient sûrement l’intéresser. Leurs descriptions sont un peu vagues mais ça l’air intéressant, concéda l’adolescente. C’est marrant, Tisseur de mémoire me correspond, ajouta-t-elle en reportant son attention sur le flyer concerné. Enfin, je crois… »

Elle collait plutôt bien aux caractéristiques et compétences attendues pour ce métier, lui semblait-il, mais elle restait dubitative quant aux missions exactes d’un Tisseur de mémoire… Il fallait espérer obtenir un stage à Skye pour se renseigner un peu plus. Elle qui pensait passer un moment sans penser à son avenir, c’était raté.
La jeune femme remonta ses lunettes dans ses cheveux et scruta du regard les yeux bleus de Virgil.

« T’as eu ça où ? J’ai jamais vu ça dans l’école. Elle se tut un instant puis ses lèvres s’étirèrent en un sourire malicieux. Et tu viens me voir rien que pour ça ? Je te manquais tant que ça pour que tu te décides à rester ? »

Pour être honnête, c’était surtout son cas : leurs discussions et découvertes passionnantes lui manquaient parfois… Mais peut-être que ces prospectus allaient leur donner l’occasion de s’engager sur une conversation similaire.



Kit par Irving Choupi
Virgil ForbesSixième annéeavatar
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Virgil ne répondit pas lorsque Nelly s’étonna de le voir sans Damon et surtout, libre de toute sanction. Il observa la préfète, les yeux mi-clos, et se contenta de glisser ses mains derrière sa tête en toute décontraction. Il est vrai que le Gryffondor avait rarement l’occasion de déambuler seul dans le château ces derniers temps mais il ne comptait pas bouder son plaisir ce soir. Certes, il était fatigué –même Nelly l’avait remarqué- mais il n’irait pas mettre un pied dans son dortoir avant le couvre-feu ! Et puis, cela faisait longtemps qu’il n’avait eu l’occasion de discuter avec sa camarade, en tête et tête, et parler de leur projet commun lui manquait. Il n’avait pas encore abordé le sujet avec Damon ou Kasya -il préférait attendre d’être sûr de décrocher le stage à Skye avant d’ébruiter ses potentiels projets professionnels- si bien qu’il était plutôt satisfait d’avoir l’opportunité de le faire ce soir avec Nelly, même si rien dans son comportement ne trahissait ce contentement. Bien au contraire.

Enfoncé dans son canapé, Virgil semblait prêt à entamer une longue sieste mais  seul son regard vif brillait d’intérêt pour la préfète en train d’étudier soigneusement les brochures du Ministère. Il l’observait du coin de l‘œil tandis qu’elle parcourait longuement les flyers des yeux. Au bout d’un moment, il reporta son attention sur le livre de Nelly à la couverture usée qu’elle avait posé sur son pouf - Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, jamais lu- puis sur son carnet à dessin remisé au sol. Virgil arqua un sourcil plutôt surpris –il ne savait pas que Nelly aimait dessiner- et il se pencha légèrement pour attraper le carnet de croquis et évaluer le dessin du regard. Il n’était pas expert en la matière mais il le trouvait plutôt réaliste et bien exécuté même si le sujet laissait à désirer : Un chat. Il était sûr que s’il tournait les pages du carnet il allait tomber sur les esquisses d’un boursouf, d'une rose, d'un cœur entouré de lierre, d'un couple enlacé et les croquis d’un personnage de fiction –ressemblant trait pour trait à Nelly- mais en plus jolie, plus talentueuse, aux cheveux violets et aux yeux bicolores. C’était en tout cas ce qu’il avait trouvé dans le carnet de Kristen White qu’il avait volé en quatrième année ! Comme pour vérifier son intuition, Virgil tourna quelques pages du bloc avant de reporter son attention sur Nelly qui venait de lui demander s’il souhaitait s’orienter vers les métiers présentés dans les brochures.

« Je n’en sais rien. Avoua-t-il en haussant vaguement les épaules. Il posa le carnet à plat sur son torse et reprit, mais ça pique ma curiosité, Meredith –enfin le Dr. Kane –corrigea-t-il en levant les yeux au ciel- m’a parlé de ces deux métiers lorsque je l’ai rencontré à la soirée de commémoration. Elle m’a dit qu’il fallait avoir une force mentale à toutes épreuves et de nombreuses compétences pour réussir dans ces fonctions – Si elle avait voulu le décourager en le noyant sous l’ampleur de la tache et sous la responsabilité, c’était raté. Virgil brûlait d’envie de découvrir les activités réelles des chercheurs de Skye, mais j’avoue que Traqueur de Conscience ça pourrait me tenter, dit-il avant que Nelly ne se reconnaisse davantage dans le profil des Tisseur de Mémoire. Virgil leva le carnet et récita un extrait de la brochure, Une pratique artistique serait un plus. Effectivement.» puis il lâcha le carnet au sol, là où il l’avait pris.

Il l’aurait bien récupéré pour sa petite collection personnelle d’objets dérobés, mais l’occasion ne s’y prêtait pas trop si bien qu’il remisa cette éventualité dans un coin de son esprit et se tourna  légèrement sur le flanc pour faire face à la jeune femme et répondre, plus ou moins, à sa question.

« Peu importe où je les ai trouvées – commença-t-il, énigmatique ( Cela faisait mieux que de dire « A la bibliothèque » il fallait l’avouer)- ce qui compte c’est que tu es en possession des seuls exemplaires de l’école. Je compte sur toi pour être discrète et ne pas en parler à tout le monde, souffla-t-il en appuyant sa tête sur sa main.

Il n’avait pas envie que Cassandre Harper ou la surdouée Sasha Benson prennent soudainement l’envie de postuler à Skye. Avec de tels profils studieux, le dossier de Virgil ne serait même pas examiné.

Sa petite mise en garde fut toutefois de courte durée puisque Nelly s’empressa de lancer les hostilités entre eux, pour le plus grand plaisir du Gryffondor. En effet, avec un brin de malice dans le regard, elle sous-entendit que Virgil s’était langui d’elle tout ce temps et que les brochures n’étaient qu’un prétexte pour passer un moment en sa compagnie.

Jusqu’à maintenant, Virgil s’était efforcé de rester sympathique du moins l’estimait-il. Il n’avait fait aucun commentaire désobligeant sur la tête de chat dessinée, ni sur le livre moldu abimé, ni sur les chaussettes ananas (bon il était mal placé pour juger) ni sur le fait que Nelly s’était fait déloger de la meilleure place de la salle des Quatre Maison par des vulgaires première année ! Elle, la préfète ! A quoi servait ce titre soi-disant honorifique si ce n’était pas pour vous assurer les meilleures places près des poêles ? Il ne s’était pas montré ironique, ni moqueur, ni méchant mais visiblement, Nelly n’était pas complètement opposée à l’idée de pimenter un peu leur échange.
Parfait !


« Ooh, elle est mignonne, souffla-t-il d’un ton faussement attendri, Elle pense qu’elle me manque, ajouta-t-il sur le même ton en esquissant un geste en direction de Nelly pour lui pincer affectueusement la joue comme on l’aurait fait avec un enfant en bas âge. Tante Geneviève le faisait souvent et Virgil détestait cette infantilisation. Nulle doute que Nelly n’apprécierait pas non plus, se dit-il avant d’ajouter d’un air désolé , l’espoir fait vivre. »

Il contint son sourire et  se tut quelques instants. Admettre ouvertement que Nelly lui avait un peu manqué ? Jamais de la vie !

« Non, en vérité si je squatte ici et que je fais semblant d’être subjugué par tes horribles dessins de chat c’est uniquement par intérêt, tu t’en doutes, souffla-t-il d’un air sérieux bien qu’il jubila intérieurement.

Il y avait une part de vérité dans cette phrase. Virgil avait bien une petite idée derrière la tête en venant trouver Nelly ce soir mais il aurait très bien pu récupérer les informations qu’il souhaitait et repartir rapidement. Au lieu de ça, il s’était installé face à elle pour discuter un peu plus longuement.

« D’abord, je voulais savoir si tu pouvais réemprunter Manipulation Mentales Magiques pour moi ? » demanda-t-il tout naturellement dans le seul et unique but de la taquiner.

En effet, il était déjà en possession du fameux bouquin, emprunté mi-février sur le compte de Damon. Il ne trouva pas utile de rétablir la vérité et poursuivit en lui révélant sa véritable requête cette fois :

« Et ensuite, j’aurais besoin de quelques conseils, dirons-nous, il désigna d’un geste du menton les brochures entre les mains de Nelly, tu as vu ? Il faut maitriser la légilimancie et l’occlumancie pour postuler au poste de Traqueur de Conscience. Tu m’as dit que tu faisais des exercices pour fermer ton esprit et j’aurais voulu connaitre ceux qui fonctionnent le mieux pour m’entrainer également… Il l’observa quelques instants et ne résista pas à l’appel d’une ultime provocation,  tu me dois bien ça. Sans mon intrusion tu n’aurais jamais pu développer ce don d’occlumens et vu que tu ne peux clairement pas t’appuyer sur tes capacités en dessin –il désigna du regard le carnet de croquis au sol et grimaça- je pense que tu m’es particulièrement redevable. »


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Nelly n’écouta que d’une oreille les révélations de Virgil. Pendant qu’elle étudiait les prospectus du Ministère, le Gryffondor s’était emparé de son carnet à dessin et le feuilletait à sa guise. Il n’y avait rien de vraiment personnel dans ses croquis qui représentaient surtout des animaux comme des loups, des chats ou sa chouette, surtout. On pouvait également y trouver les différents blasons des quatre maisons ou encore quelques représentations de la Salle commune des Serpentard… En soit, la préfète dessinait ce qu’elle aimait, pour se détendre, et d’habitude, cela ne la dérangeait pas que l’on jette un œil à ses créations qui restaient, somme toute, banales. Mais le fait était que Virgil risquait de tomber sur un dessin qu’elle n’avait pas du tout envie qu’il voit : celui de la fleur qu’il lui avait offert la dernière fois qu’il s’était vu. Romantique ? Non ! Elle l’avait juste trouvée jolie et avait donc tenté de la reproduire avant qu’elle ne fane… Mais la jeune femme en avait un peu honte et il était hors de question que son camarade voit ce dessin.

La Serpentard retint un soupir de soulagement lorsque le Gryffondor reposa son carnet là où il l’avait pris après s’être arrêté de le feuilleter à quelques pages de l’esquisse de sa fleur. Par pure précaution, Nelly rangea en silence le carnet et ses crayons dans son sac alors que Virgil lui apprenait qu’elle était en possession des seuls flyers de Poudlard et qu’elle devait donc rester discrète.

« On se croirait dans un film d’espionnage, remarqua-t-elle avec amusement. Compte sur moi. Si ça peut nous éviter qu’il y ait d’autres candidatures pour des stages à Skye... »

La préfète se doutait bien que de telles publicités donneraient probablement envie à certains élèves d’en savoir plus et donc de postuler pour un stage à Skye… C’était égoïste de sa part mais si elle voulait avoir le plus de chances possibles de décrocher un stage, il fallait qu’un minimum de dossiers soit en concurrence avec le sien. Déjà qu’il y avait celui de Virgil… Bien que son dossier scolaire soit loin d’être glorieux, le Gryffondor avait quelques compétences en Legilimancie qui lui seraient certainement utiles et qui risqueraient de faire de l’ombre à ses propres points forts. Mais Nelly maîtrisait les bases de l’Occlumancie, du moins le pensait-elle, ce qui pourrait à coup sûr être un atout…

Tout compte fait, Virgil et elle étaient les exacts opposés, songea la préfète en reportant son attention sur les flyers qui conseillaient de maîtriser aussi bien la Legilimancie que l’Occlumancie. Le jeune homme voulait peut-être lui parler de ça…

Son intuition se confirma bien vite. Après lui avoir pincé la joue comme on le faisait à une enfant – ce qui la fit se reculer, elle détestait ça –, son camarade révéla qu’il était ici, face à elle, uniquement par intérêt. La préfète arqua un sourcil surpris et évalua Virgil du regard. Il était difficile de dire s’il était sérieux ou s’il disait cela pour l’agacer. Dans le premier cas, il n’avait qu’à demander et repartir, elle n’avait pas besoin de sa compagnie pour terminer son « horrible » dessin de chat. La Serpentard allait le lui faire remarquer avant qu’il ne lui demande simplement si elle pouvait emprunter une nouvelle fois Manipulations Mentales Magiques pour lui.

« T’es sérieux ? répliqua la jeune femme en portant sur lui un regard blasé. Si tu crois que je ferai ça une deuxième fois, tu te mets le doigt dans l’œil. »

On apprenait de ses erreurs ! Elle n’empruntera plus de livres pour le Gryffondor, jamais ! Finalement, le but de Virgil était sûrement de l’agacer. Peut-être l’avait-elle déstabilisé et qu’il répondait en attaquant ? Ou peut-être pas…

Au moment où elle croisait les bras sur son ventre comme pour se fermer à toute discussion, le Gryffondor retrouva un semblant de sérieux pour lui révéler la véritable raison de sa venue. A l’entendre, il voulait obtenir des conseils sur l’Occlumancie car cette pratique était nécessaire pour être un bon Traqueur de Conscience. La préfète avait donc vu juste : ils se devaient de maîtriser tout deux la Legilimancie et l’Occlumancie…

« Redevable ? répéta-t-elle en plantant ses yeux dans ceux de Virgil lorsqu’il termina sa tirade par une provocation. Je ne suis redevable de personne ! Sauf du Choixpeau peut-être qui nous a opposés lors des duels, corrigea la Serpentard avec fierté. Tu veux des conseils ? Soit ! Mais l’Occlumancie est, par définition, l’inverse de la Legilimancie. Tu peux être doué comme Legilimens mais être une vraie merde en tant qu’Occlumens, déclara la préfète avec un ton professoral. Qui te dit que tu arriveras à maîtriser l’Occlumancie ?
Un sourire faussement mauvais assombrit son visage. Mais bon, ce sera tout bénef’ pour moi… Elle se mit à compter sur ses doigts. Un bon dossier, je crois, une lettre de recommandation du prof de Divination, l’Occlumancie, une pratique artistique… Et toi ? Legilimancie et… et c’est tout en fait.
La serpentard afficha une mine attristée. Oh… quelle tristesse… Le rêve du petit Forbes brisé en milles morceaux alors qu’un semblant d’avenir se profilait devant lui. »

Elle était peut-être un peu trop mesquine mais c’était marrant. Nelly avait l’habitude de ce genre d’échanges avec Chloe et encore plus avec sa sœur, alors puisque son amie n’avait finalement pas pu venir ce soir, autant profiter de Virgil.
La préfète fit mine de réfléchir un instant avant de reprendre d’un ton détaché.

« Oui, je ne vois pas pourquoi je te donnerais des conseils, il y a des livres pour ça… Et nos dossiers sont en concurrence je te rappelle. Il faut malheureusement être égoïste dans la vie, surtout dans le monde du travail, c’est une évidence. »

Et ne jamais baisser les bras.
Nelly n’avait pas clairement dit « non » et, honnêtement, elle espérait bien que le jeune homme insiste un peu. Elle savait bien qu’il n’irait pas jusqu’à la supplier, mais elle avait bien envie de le faire mariner un peu.



Kit par Irving Choupi
Virgil ForbesSixième annéeavatar
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Il y avait des signes qui ne trompaient pas : Nelly croisa ses bras sur sa poitrine dans une posture défensive. N’avait-elle pas compris qu’il disait cela uniquement pour l’embêter ? Il ne comptait pas lui demander d’emprunter de nouveau Manipulations Mentales Magiques pour lui tant il savait que c’était peine perdue. Pourtant Nelly ne semblait pas comprendre le second degré, constata-t-il en la voyant se fermer comme une huitre. Virgil reporta son attention sur le plafond, retenant un soupir, avant de tourner la tête pour l’observer de nouveau tandis qu’elle expliquait la différence entre la légilimancie et l’occlumancie.

« Merci pour tes lumières… » souffla-t-il tandis qu’elle affirmait que ces deux disciplines était diamétralement opposées, je sais pas ce que je ferai sans toi. Vraiment. » ironisa-t-il d’un ton moqueur devant la banalité de ses propos.
Le jeune femme lui demanda alors ce qui lui permettait de penser qu’il puisse être un bon occulmens.

« Rien. Justement. » Il marqua une pause. «  C’est bien pour cela que je veux m’entrainer… » ajouta-t-il d’un ton las en lissant ses cernes. C’était logique, non ? Il reporta de nouveau son attention sur une tache au plafond et lâcha un profond soupir, dépité par cette conversation plutôt ennuyeuse.

Il fut toutefois  étonné de voir Nelly le challenger sur le terrain des sarcasmes quelques instants plus tard. Voila qui devenait intéressant, se dit-il tandis qu’elle énumérait ses nombreux points forts comparés à ceux –quasi inexistants- de Virgil. Il tourna la tête pour l’observer d’un œil nouveau.  Elle faisait mine d’être attristée à l’idée qu’il n’obtienne pas le stage mais son ton était teinté de mesquinerie, signe qu’elle prenait un malin plaisir à le tourmenter…
Virgil ne pouvait que se réjouir de ce changement de ton dans leurs échanges, signe qu’ils commençaient quelque peu à s’apprivoiser l’un l’autre. Ils n’étaient plus dans des échanges au premier degré et cela n’était pas pour lui déplaire. Ce type de conversation  lui rappelait les discussions qu’il pouvait avoir avec Damon ou Kasya ou chacun cherchait à moucher l’autre, constamment. Comme pour souligner ce regain d’intérêt pour Nelly, Virgil bascula sur son canapé pour s’asseoir face à elle, les deux pieds plantés au sol.

« Je te trouve bien sûre de toi, souffla-t-il avec un sourire en coin en la scrutant de ses petites pupilles bleues, On ne peut pas dire que tu maitrises l’occlumancie puisque j’ai réussi –deux fois- à pénétrer ton esprit, commença-t-il, et pour ce qui est de la pratique artistique, si tu fais référence à tes dessins de loups, je ne suis pas convaincu qu’ils jouent en ta faveur, dit-il d’un air désolé, quant à ton « bon » dossier…. Il est vrai que tu as un profil studieux, de petite fille bien sage qui respecte les règles, consentit-il, mais tu oublies qu’ ils ont parlé d’imagination, d’inventivité dans la brochure. Ils cherchent quelqu’un de réellement créatif et je doute que recopier parfaitement le plumage d’un volatile soit une activité créative… Ça ressemble plus à un trouble autistique, si tu veux mon avis. » souffla-t-il en contenant son sourire, particulièrement fier de sa remarque.

Il ne cherchait qu’à la faire douter, à vrai dire, comme elle avait cherché à le déstabiliser un peu plus tôt. Toutefois,  Nelly ne semblait pas prompte à se laisser malmener, ni à l’aider dans son entreprise d’ailleurs. En effet, elle refusa de lui offrir son aide arguant que leurs dossiers étaient en concurrence et qu’elle devait se montrer égoïste pour espérer réussir dans le milieu professionnel.

« T’as raison, affirma-t-il en hochant lentement la tête, j’aurai dû me dire ça quand j’ai glissé ton nom à Meredith Kane lors de la soirée de commémoration, ajouta-t-il uniquement pour la faire culpabiliser.

Pourtant Virgil était bien incapable de savoir si Nelly était sérieuse ou si elle le faisait mariner. Il ne la connaissait pas encore assez pour deviner ce qui se cachait réellement derrière ce ton détaché. Certes, ils ne s’étaient pas quittés en mauvais termes lors de leur dernière séance d’entrainement –Merci le pouvoir des fleurs !-mais Virgil n’oubliait pas qu’il s’était montré particulièrement odieux à son égard. Peut-être souhaitait-elle garder ses distances dorénavant ? A moins, bien-sûr, qu’elle ne veuille juste qu’il insiste, histoire de se faire désirer. Scénario envisageable également.

« Je me disais juste qu’on aurait pu s’entraider : Donnant-donnant, tout le monde ressort gagnant, Il l’aidait en légilimancie et elle, en occlumancie, mais si tu préfères la jouer perso, libre à toi. Je ne vais pas t’obliger, dit-il en se levant. Il s’étira -son pull trop court, remonta légèrement sur son ventre- puis il se dirigea vers ses chaussures pour les enfiler après avoir remis son pull en place, A vrai dire, je ne suis pas vraiment pressé à l’idée que quelqu’un tente de pénétrer mon esprit. » ajouta-t-il, l’air de rien.

Il avait abattu cette dernière carte après un moment de réflexion. S’il voulait être sûr que ses exercices d’Occlumancie fonctionnent, il devrait, tôt ou tard, se confronter à un légilimens. Plutôt que de vivre cette expérience auprès d’un expert de Skye qui testerait ses compétences, il préférait, de loin, se confronter à Nelly même s’il n’était pas très à l’aise avec le fait qu’elle puisse apprendre des choses sur lui qu’il préférait garder secrètes… Quoiqu’il en soit le souaffle était dans son camp.  Il avait insisté –un peu- mais il n’allait pas se plier en quatre pour qu’elle se ravise.
Le Gryffondor attrapa donc son sac alourdi  par les dizaines de prospectus qu’il posa sur son épaule. Il reporta son attention sur la préfète et glissa ses mains dans les poches de son pantalon.

« Si tu changes d’avis tu sais où me trouver. »
lâcha-t-il bien décidé à descendre dans la serre pour se griller, enfin,  une petite cigarette…


Nelly HorrocksPréfèteavatar
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Nelly n’avait jamais vraiment été mesquine avec Virgil et guettait la réaction du jeune homme alors qu’elle mettait en exergue les points forts de son dossier.  Elle ne cherchait qu’à le taquiner et à le faire mariner pour tester un peu sa motivation à découvrir l’Occlumancie : la préfète ne comptait pas donner ses conseils si rudement acquis comme ça ! La réaction du Gryffondor ne se fit pas attendre, il bascula dans son canapé pour s’asseoir face à elle et l’observa de ses yeux cernés. Nelly soutint son regard, la mine fermée, pendant qu’il surenchérissait dans les sarcasmes qui, à son grand étonnement, ne la blessèrent pas plus que ça. Elle s’était désormais un peu habituée à la personnalité  de son camarade et ses remarques l’auraient un temps plus irritée que maintenant… Surtout que les provocations de Virgil étaient, pour la plupart, infondées et très peu recherchées. Il avait certes réussi à pénétrer son esprit à deux reprises mais elle était quand même parvenu à l’en faire sortir. Quant aux remarques sur ses dessins et sur sa « créativité », elles se heurtèrent à son indifférence la plus totale. Quoi qu’en dise le Gryffondor, Nelly savait qu’elle pouvait faire preuve d’imagination et de créativité, on ne pouvait lui retirer ce ressenti. Il suffisait de voir ses peintures, plus habitées et personnelles que ses dessins qui se résumaient à du simple recopiage, pour en être convaincu.

D’ailleurs, Virgil la charria sur ses croquis en suggérant qu’ils étaient signe d’un trouble autistique, remarque qui arracha un petit sourire moqueur à la préfète.

« C’est vrai que tu dois t’y connaître en autisme… Tu as été diagnostiqué à quel âge ? » l’interrogea la Serpentard avec un intérêt feint.

Cette conversation était décidément très divertissante ! Il ne manquait plus que Chloe pour former le trio infernal. Bien décidée à ne pas laisser leur échange s’épuiser, la préfète plaça un dernier pion en se montrant réticente à la demande de Virgil avant de rouvrir son livre, de remettre ses lunettes sur son nez et de plonger à nouveau dans sa lecture.

Contrairement à ce qu'elle faisait croire, elle voulait bien lui donner quelques conseils sur l’Occlumancie et le premier d’entre eux était de ne pas baisser les bras : être un bon Occlumens nécessitait d’avoir une mentalité de battant. Le sujet était abordé dans beaucoup de livres et Nelly cherchait d’abord à le faire comprendre à son camarade en s’opposant à sa proposition. Ce n’était probablement pas la bonne démarche mais l’idée d’un genre de test destiné à évaluer la volonté de Virgil lui plaisait et l’amusait beaucoup. Il ne lui restait plus qu’à insister !

La jeune femme ne releva pas les yeux mais s’arrêta néanmoins dans sa lecture lorsque le Gryffondor lui apprit qu’il avait parlé d’elle à Meredith Kane. Jusqu’ici, la préfète croyait qu’il avait seulement récupéré les modalités de candidature pour un stage à Skye auprès de la psychomage mais, apparemment, le jeune homme pouvait faire preuve de solidarité… Elle culpabilisait presque de se montrer si réticente à côté… Son camarade poursuivit en avançant l’idée de l’entraide entre eux, sous-entendant qu’il l’aiderait en échange pour la Legilimancie et glissa même qu’il n’était pas pressé de se confronter à une tentative d’intrusion mémorielle.

Cette fois-ci, la préfète leva les yeux de son bouquin et inspecta le Gryffondor avec méfiance tandis qu’il se préparait à quitter la Salle. Elle avait mal compris ou il venait de suggérer une inversion des rôles ? Il comptait lui donner l’opportunité d’essayer la Legilimancie sur lui ? Mais que lui arrivait-il ? Nelly resta parfaitement silencieuse et n’accorda, en guise de salutations, qu’un bref hochement de tête au jeune homme qui s’éloigna vers la sortie.

La Serpentard le suivit discrètement des yeux en réfléchissant. Il faut dire que Virgil avait piqué sa curiosité – s’entraîner à la Legilimancie était très tentant – de plus, cela serait dommage que leur discussion s’arrête si prématurément. Elle avait bien sa petite idée quant au lieu où il se rendait mais n’avait aucune envie de mettre le nez dehors… Et puis elle ne voulait surtout pas le rejoindre au risque de lui laisser croire qu’il l’avait convaincue, elle avait une fierté à tenir !

Soucieuse de ne pas montrer qu’il avait attisé son intérêt, elle adopta un ton énigmatique pour le rappeler alors qu’il atteignait la porte.

«  Règle numéro une : ne jamais abandonné, lança-t-elle assez fort pour qu’il puisse l’entendre. Se retournant dans son pouf pour le regarder, elle ajouta avec malice : Tu as échoué au test. »

Nelly s’extirpa du confortable pouf et rejoignit, en chaussettes, son camarade et se posta face à lui afin que les premières années, qui avaient levé leurs têtes en l’entendant hausser la voix, ne puissent plus suivre le reste de leur échange.

« Tu as peut-être réussi à pénétrer mon esprit deux fois mais à chaque fois j’ai réussi à te virer et tu sais pourquoi ? Parce qu’il était hors de question que tu en voies plus et je me serais épuisée à te contrer s’il l’avait fallu. L’Occlumancie c’est avant tout un état d’esprit : il faut partir battant et ne jamais baisser les bras même si le Legilimens est parvenu à entrer. Crois moi, plus que les livres, c’est surtout ça qui m’a aidé. »

Elle se retourna pour s’assurer que les autres élèves ne les écoutaient pas et reprit :

« Quand t’es là-dedans. Elle plaqua son index contre le front de son camarade. Les mots sont inefficaces pour convaincre. Tu te retrouves seul avec ta volonté comme unique alliée, si tu flanches, c’est foutu… C’était mon premier conseil. »

Virgil donnait l’impression d’être têtu, borné et se comportait souvent comme une vraie tête à claques… Un Gryffondor quoi ! Mais à l’intérieur, dans des souvenirs, en proie à un Legilimens, tout était différent selon la préfète. Il était temps qu’il sache comment cela se passait. D’ailleurs, le jeune homme en avait apparemment pris conscience.

« Le mieux pour t’entraîner serait que tu subisses une intrusion, souffla la jeune femme. Comme moi la dernière fois pour voir si mes exercices fonctionnaient ou pas, » rusa-t-elle.

Elle n’était pas vraiment sûre des réelles intentions de Virgil, il lui semblait que le sixième année avait suggéré qu’elle prenne le rôle du Legilimens – ce qu’elle adorerait –, mais ne voulait pas lui forcer la main et préférait rester prudente dans ses propos.

« D’ailleurs, les exercices se résument essentiellement à des genres de méditations en pleine conscience et de visualisations mentales, du fameux mur de briques notamment… Ta sortie peut pas attendre ? s’enquit-elle avec une moue contrariée en regardant le ciel nocturne par les fenêtres de la pièce. Il fait froid dehors et si tu veux commencer à t’entraîner à visualiser un mur, tu seras mieux couché dans le canapé. »

C’était comme ça qu’elle y arrivait le mieux en tout cas. Allongée et détendue, elle pouvait focaliser toute son attention à ses exercices. Nul doute que cela soit également bénéfique pour Virgil.
Alors qu’elle entreprenait de retourner s’affaler dans son pouf, Nelly s’arrêta au bout de quelques pas.

« Oui, j’ai changé d’avis, admit la préfète à contre cœur. En même temps, je n’étais pas non plus entièrement contre dès le début. »



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La mémoire, ce passé au présent [Nelly & Virgil]

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