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 Elastic heart [Noah/Maeva/Peter]

Maeva HellsoftPréfèteavatar
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18 avril 2010

Le visage noir, Maeva buta dans un caillou qui roula et se cogna contre un mur. Plongée dans ses pensées, la jeune fille marchait dans les couloirs du château, alors que la nuit tombait doucement sur Poudlard. Son statut de préfète lui donnait heureusement le droit de déambuler dans le château - après tout, elle était simplement en train de faire sa ronde quotidienne. De toute façon, elle n'aurait pu rester dans la salle commune, saturée en bruits et en rires, et le fait de marcher avait au moins le mérite de calmer ses nerfs.

Cela faisait maintenant deux mois que sa mère était partie, du jour au lendemain, sans explication. Sans même lui dire au-revoir, à elle.. Deux mois qu'elle guettait les hiboux, tous les matins, deux mois qu'elle était déçue, quand les volatiles distribuaient lettres et journaux à tous les élèves, sauf à elle. Elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas ce qui avait pu pousser sa mère à quitter brusquement sa famille, sans même prendre le temps de leur dire qu'elle partait. Elle l'avait laissé elle, elle avait laissé Lou, elle avait même laissé Peter. Les premières semaines, quand elle avait compris que sa mère ne lui écrirait pas, Maeva avait été inquiète, et inconsolable. Puis, la tristesse avait laissé place à une colère sourde, dense, qui ravageait tout sur son passage.

Un bruit de pas la tira de ses pensées et elle releva la tête alors qu'elle s'apprêtait à tourner à l'angle d'un couloir.

"Hé, le couvre-feu est passé, c'est..." commença-t-elle d'une voix ferme, avant de découvrir le visage de la personne à qui elle s'adressait. "Oh, c'est toi." reprit-elle d'une voix plus douce en s'approchant de son petit-ami à qui elle déposa un baiser sur les lèvres. "Tu faisais une ronde, ou tu me cherchais ?" interrogea la jeune fille en tripotant machinalement une mèches de ses longs cheveux bruns.


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Noah ForesterPréfetavatar
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« Oh, tu fais une ronde toi aussi ? »

L’interpellation de la préfète des Serdaigle interrompit Noah dans sa longue -et ennuyeuse- marche dans l’école. C’était son jour de ronde ce soir et Merlin savait qu’il aurait préféré être ailleurs : dans son dortoir, au calme, à terminer ce fichu dossier en Etude des runes qu’il était sensé rendre dans deux jours et qu’il n’avait pas le temps de boucler. Ce n’était pas de la mauvaise volonté, pourtant, Noah était travailleur, mais objectivement, Virtanen les assommait de boulot, en ce moment. Il était d’une humeur massacrante, tout le monde avait senti une différence d’ambiance dans ses cours, ces derniers temps. Autre personne de son entourage qu’il ne fallait pas embêter, à peu près pour les mêmes raisons ? Maeva. Noah n’avait donc pas osé lui demander de le remplacer ce soir, il savait qu’elle avait des soucis bien plus grands que les siens en ce moment et il n’avait pas envie de l’embêter.

Tant pis, il s’était dit qu’il se coucherait tard ce soir après sa ronde, pour avoir le temps d’avancer ce devoir et éventuellement espérer pouvoir commencer sa dissertation de métamorphose le lendemain, enfin, ça c’était seulement si Corrigan acceptait de reporter de quelques jours leur compte-rendu de cas pratique, sinon, eh bien… Eh bien, il n’allait pas dormir demain non plus.  

Il était donc en train de se faire son emploi du temps mental de l’impossible, tout en suivant machinalement son trajet habituel de ronde, quand sa collègue croisa sa route. Noah s’arrêta à sa hauteur, perplexe.

« Moi aussi ? releva t-il.
-Ouais, j’ai aperçu Maeva dans un couloir tout à l’heure. Je pensais que c’était elle qui tournait, ce soir, du coup.
-Ah… C’était où ? demanda t-il, surpris.
-Euh, du côté de l’infirmerie, je crois. »

Sans s’étendre davantage, Noah la salua d’un signe de tête et fit demi-tour. C’était vague comme indication, mais il n’avait pas besoin de plus. Maeva avait été sa meilleure amie avant de devenir sa petite amie, alors Noah avait eu le temps en six ans d’apprendre à bien la connaître et il était capable maintenant de localiser tous ses coins préférés de l’école. « Près de l’infirmerie » signifiait probablement un de ces couloirs plutôt calmes pas très empruntés du dernier étage qui longeaient la façade, avec une belle vue sur le parc.

Noah se dépêcha de remonter les escaliers pour avoir une chance de la croiser. Dans sa précipitation, ses bruits de pas résonnaient et ce fut ce qui signala sa présence à Maeva. Content de l’avoir trouvée, il répondit à son baiser, puis à sa question :

« Les deux. Je te cherchais pour qu’on fasse notre ronde ensemble. Enfin… Que tu m’accompagnes faire la mienne, corrigea t-il avec un sourire moqueur, en glissant sa main dans la sienne. Tu serais pas en train de profiter de ton statut de préfète pour te balader un soir où tu n’es pas chargée de ronde, par hasard ? »


Maeva HellsoftPréfèteavatar
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"Moi ? Je ne ferais jamais ça !" protesta Maeva en éclatant de rire lorsque Noah l'accusa d'utiliser son statut de préfète pour pouvoir se balader le soir dans les couloirs. "Bon, j'avoue, peut-être un peu. En même temps, ce n'est qu'un juste retour des choses. On passe des heures à faire des rondes, alors il faut bien qu'on s'accorde quelques privilèges."

Si être préfète l'avait amusé au début - surtout parce que cela lui permettait de passer plus de temps avec Noah - Maeva s'était vite rendue compte que la tâche était souvent ardue et ennuyeuse. Ils devaient se débrouiller pour être disponibles pour les élèves les plus jeunes, répondre à leurs questions, les guider. Et puis ces rondes ! Ces rondes interminables, obligatoires, où leur seule mission consistait à réprimander les élèves qui n'étaient pas encore couchés.

"Mais je t'accompagne avec plaisir." répondit finalement Maeva en pressant la main de son petit-ami dans la sienne. "J'ai fait toute cette partie du château," expliqua-t-elle en désignant du pouce l'endroit d'où elle venait, "et il n'y avait personne. Je pense qu'on va être plutôt tranquilles, ce soir." glissa-t-elle avec un sourire faussement innocent en lui déposant un baiser sur la joue.

De bien meilleure humeur que lorsqu'elle était seule, Maeva s'aventura dans les couloirs. Noah avait - elle le reconnaissait seulement lorsqu'elle était bien disposée - une excellente influence sur elle. A vrai dire, il n'avait pas besoin de faire grand chose : ils se connaissaient maintenant si bien que leurs habitudes et leurs humeurs respectives étaient comprises et respectées par l'autre. Même si Maeva ne pouvait toujours pas s'empêcher de taquiner son petit-ami lorsqu'il râlait - ce qui devait arriver environ dix fois par jour.

"Excuse-moi, j'aurais dû te prévenir que je pouvais faire une ronde ce soir. T'as pas mal de boulot en plus non ? Peter a l'air horrible avec ses élèves en ce moment." grimaça Maeva, alors que son visage se voilait un instant. Bien sûr, que Peter était horrible avec ses élèves - tout comme Maeva était exécrable avec une majorité de ses camarades - : sa femme était partie, et sa fille passait son temps à réclamer sa "maman" à grand renfort de cris et de pleurs. Elle cligna des yeux pour chasser ces pensées de son esprit et reporta son attention sur Noah : "J'avais besoin de prendre un peu l'air et d'être un peu seule." expliqua-t-elle en haussant les épaules. "Mais je suis contente que tu m'aies trouvé." corrigea-t-elle toutefois avec un petit sourire. "Ca a été ta journée ?"


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Noah ForesterPréfetavatar
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« Humm, je connais des gens qui crieraient à l’abus de pouvoir, mais je veux bien fermer les yeux pour toi. »

Noah ne faisait que la taquiner, il était content de pouvoir terminer sa ronde avec elle. Il ne passait pas autant de temps qu’il l’aurait voulu avec sa petite amie, en ce moment. Ils étaient surchargés de travail tous les deux -les joies de la sixième année-, leur poste de préfet les empêchait parfois d’avoir des créneaux libres pour se voir et puis, il sentait que Maeva avait de temps en temps besoin d’un peu de solitude, chose qu’il respectait. Noah étant lui-même quelqu’un de plutôt solitaire à la base, il comprenait totalement la nécessité de se retrouver avec soi-même pour faire le point. Et puisque Maeva avait plusieurs sujets d’inquiétude, en ce moment, il veillait à lui laisser de l’espace, tout en se montrant présent si elle voulait se confier.

Dans ce contexte un peu compliqué, c’était agréable de pouvoir passer un moment imprévu avec elle. Elle avait bien raison, autant profiter de leurs heures perdues dans des rondes à faire ce qu’ils n’avaient pas le temps de faire.

« Parfait, tu me fais gagner du temps, apprécia t-il, on a juste à terminer l’autre partie de l’aile et ça sera bon. »

Et ils seraient tranquilles, effectivement. Il répondit à son sourire équivoque qu’il connaissait assez bien, maintenant, parce qu’ils avaient déjà passé quelques fins de ronde à explorer leur « tranquillité » tous les deux. ll y avait ce côté assez pratique aussi dans le fait d’être préfets, en fin de soirée, on pouvait presque dire qu’ils avaient le château pour eux tous seuls… Avec leurs mains entrelacées, ils reprirent lentement leur marche et Maeva fut la première à reprendre la parole. Noah hocha la tête quand elle évoqua Peter. Il s’en était plaint en long en large et en travers auprès de ses amis plus tôt dans la journée, avec toute l’application qu’il pouvait mettre dans l’activité de râler, mais face à Maeva, il se montra plutôt sobre :

« Oui, il nous surcharge beaucoup… Dommage, c’est pas comme ça qu’il va attirer de nouveaux étudiants dans son cours » ajouta t-il, comme pour alléger l’atmosphère.

C’était plutôt indélicat de se plaindre auprès d’elle de son beau-père qui était simplement affecté par le départ brusque de sa femme. Il savait pourquoi Peter était de si mauvaise humeur et Maeva savait aussi, bien sûr, mais il ne voulait pas la forcer à en parler si elle n’en avait pas envie. Pourtant, elle évoqua le sujet à demi-mot, en expliquant qu’elle avait eu envie d’un moment de calme.

« Je comprends, t’en fais pas, assura Noah en pressant sa main. Je voulais pas t’embêter avec ma ronde, je sais que t’as besoin d’air en ce moment. »

Maeva parut préférer détourner le sujet de conversation vers leurs journées, et il se laissa entraîner, haussant les épaules à sa question.

« Comme d’hab. McWilde est toujours incapable de domestiquer son crapaud après six ans, quand on s’est réveillés ce matin avec Nils, il avait déféqué dans nos affaires. Il a aussi fait perdre vingt points à Gryffondor tout à l’heure en cours de potions parce qu’il a réussi -je ne sais pas comment, ne me demande pas- à faire exploser l’armoire d’ingrédients alors qu’on était en train de préparer un bête Elixir d’Euphorie. » Bon, finalement, il ne pouvait pas s’empêcher de râler quand même auprès de sa petite amie, mais sur d’autres sujets. « Moi je soupçonne que c’était fait exprès, dans l’espoir de faire annuler les prochains cours de potions de la semaine parce qu’il est hyper à la bourre sur notre prochain devoir à rendre. Mais dommage pour lui, ça n’a pas marché. »

Et Noah ressentait face à cette mésaventure un mélange bizarre de déception, de compassion -parce qu’il était débordé lui aussi- et de profonde exaspération parce que quand même, c’était Donald McWilde et que ce garçon était exaspérant. En secouant la tête d’exaspération, donc, il soupira puis tourna la tête vers Maeva, pour la contempler.

« Et toi, ça a été, ta journée ? s’enquit t-il. Ca t’a fait du bien, ton petit tour ? »


Maeva HellsoftPréfèteavatar
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Maeva avait en effet besoin d'air en ce moment : pour se calmer, pour éviter de massacrer le pauvre première année qui faisait un peu trop de bruit dans leur salle commune, et surtout pour faire le point sur sa situation. Mais surtout, elle avait besoin de réponses. Elle avait besoin de savoir pourquoi sa mère était partie. Où était-elle partie ? Était-elle en sécurité ? Pourquoi, par Morgane, ne lui avait-elle pas écrit une lettre, rien que quelques mots pour la mettre au courant ? Était-elle seulement encore en vie ? Devait-elle prévenir les Aurors de sa disparition ? Lorsqu'elle avait abordé ce sujet avec son père dans une de ses lettres, ce dernier lui avait rit au nez en lui expliquant seulement que sa mère avait toujours eu tendance à disparaître de la circulation sans aucune explication et que, de toute façon, elle n'était "pas très stable." Maeva avait froissé la missive, murmuré un "Cognard" qui s'était perdu dans la nature, et n'avait pas repris contact avec son père depuis.

Elle voulait savoir. Elle voulait juste que cette sensation d'incertitude disparaisse. Que cette envie d'hurler sa rage cesse. Elle voulait retrouver sa vie d'avant, celle où elle n'avait pas à s'inquiéter pour sa mère, mais seulement pour ses ASPIC (qui, comme ils n'arrivaient que dans un an, n'étaient pas une véritable source d'inquiétude).

Le récit de Noah sur ses mésaventures journalières eut le don de la faire rire. Elle avait beau se moquer de lui, ses petites râleries quotidiennes lui manqueraient si jamais il se décidait du jour au lendemain - elle n'y croyait pas le moins du monde - à faire preuve d'un optimisme sans faille. A la mention de l'énième tentative de Donald McWild pour éviter de se rendre en cours, Maeva soupira. Elle aimait bien Donald, vraiment - bon, elle était heureuse de ne pas devoir partager sa chambre avec lui - mais ce qu'il pouvait être épuisant, au fil des années. Tous s'étaient dit - professeurs comme camarades - que cette facette de sa personnalité finirait par passer, lorsqu'il mûrirait. De toute évidence, ils s'étaient trompés. Donald resterait toujours Donald.

"Puis pour le crapaud, t'es pas tiré d'affaire, ça doit vivre pendant une dizaine ou une quinzaine d'années ces trucs-là." commenta Maeva avec une grimace. "A moins que quelqu'un décide de le lancer de la tour d'Astronomie avant ça." lança-t-elle, malicieuse. Le crapaud de Donald était un sujet de plaisanterie dans leur promotion : il n'était pas rare de retrouver l'animal à vagabonder dans la salle commune ou dans les autres dortoirs, se nourrissant des restes de nourriture qu'il trouvait sur les tables ou dans les malles, et déféquant sur les lits, les canapés, ou dans les armoires. Un véritable bonheur.

"Rien de particulièrement nouveau non plus." répondit Maeva en haussant les épaules. "Lisa a passé la matinée à m'expliquer que Nils et elle ne pouvaient décemment pas être en couple." lança-t-elle en riant. Lisa et Nils était le nouveau couple phare de Poudlard. Après avoir passé plusieurs mois à se moquer de Maeva et Noah qui s'étaient tournés autour plusieurs mois avant de finalement se mettre ensemble, les deux amis avaient eux aussi succombé à la tentation et s'étaient mis en couple. Couple qui avait plus ou moins bien tenu. Leur relation était aujourd'hui plutôt floue - ils n'étaient pas ensemble, lui maintenait Lisa avec véhémence, mais se comportaient tout comme. Il n'était pas rare que Maeva et Noah les croisent en faisant leur ronde, et les deux amoureux prenaient un malin plaisir à les renvoyer dans la salle commune. Cela faisait plusieurs mois que Maeva avait arrêté de chercher à comprendre les tenants et aboutissants de la relation de ses deux amis. Elle se contentait des récits de Lisa et la laissait suivre son propre raisonnant, bien heureuse que les choses avec Noah soient bien établies.

"Le discours habituel quoi. Ils m'épuisent." commenta-t-elle avec un petit rire. "Ca se voit comme le nez au milieu de figure qu'ils se plaisent mutuellement, et ils passent leur temps à se voiler la face. Je pense qu'ils aiment juste se tourner autour indéfiniment." déclara-t-elle en fronçant les sourcils. Elle haussa les épaules. "Sinon, ça a été. Oh, non, j'ai cru que j'allais étrangler Bethany. Elle a été insupportable pendant le cours de métamorphose. Vraiment. Je ne sais pas ce qu'elle a contre moi, mais elle passe son temps à me chercher des noises. "Maeva, franchement, tu ne sais pas exécuter ce sort alors que tes parents sont profs ? Sérieux, ça craint..."" imita-t-elle en prenant la voix nasillarde de Bethany. "J'ai vraiment cru que j'allais lui lancer un sortilège de Chauve-Furie. Je me suis retenue, évidemment, parce que je suis une personne responsable et mature, moi." Et parce qu'elles étaient en cours, aussi. "Du coup oui, ma petite balade m'a fait du bien, c'était agréable, ce silence... On ne peut pas dire qu'avec la batterie que McWild a ramené dans la tour de Gryffondor, on y est vraiment au calme. Au moins, ça m'a permis d'évacuer tout... ça." expliqua-t-elle en faisant un geste de la main. Ca, cette imbécile de Bethany qui passait son temps à la rabaisser, et ça, sa mère qui était portée disparue. "La lettre que je lui avais écris, il y a deux semaines... Elle m'est revenue, aujourd'hui. Non-ouverte. Ice ne l'a pas trouvé." déclara-t-elle en gardant les yeux fixés devant elle.


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Noah ForesterPréfetavatar
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« Quinze ans ! Donc vivre sept ans avec cette chose, cela ne représente que la moitié du calvaire total ? Heureusement qu’on arrête Poudlard à dix-sept ans, décréta Noah, avec son fidèle air renfrogné. Son regard s’illumina à la petite suggestion quelque peu morbide de Maeva. Oh, quel plan machiavélique. Je suis sûr qu’on aurait à peu près quatre-vingt signataires si on lançait une pétition secrète. »

Soit la quasi-totalité du dortoir des Gryffondor. Evidemment, personne n’allait sérieusement planifier la mort d’un pauvre petit animal. Mais faire semblant de le faire avait quelque chose de cathartique, pour évacuer toute cette frustration liées aux déconvenues que chaque Gryffondor avait connues au moins une fois dans sa vie, grâce à ce charmant crapaud. De toute manière, Donald aimait bien trop son animal de compagnie pour laisser qui que ce soit lui faire du mal et Noah avait beau trouver ce garçon pénible et irritant, il ne prendrait pas le risque de s’attirer une vengeance de sa part. Il avait beaucoup trop d’imagination et d’expérience dans ce domaine.

Ses exploits quotidiens le prouvaient en tout cas, et cela fit rire Maeva de l’entendre raconter les derniers. Noah fut content de la voir d’assez bonne humeur pour rire à ses histoires banales et lui raconter sa journée. Il se faisait du souci pour elle, ces derniers temps. Mais sa petite amie avait cette fantastique qualité, qu’il admirait sincèrement, de parvenir à faire preuve d’une énergie positive, même dans la tempête. Même si cela s’accompagnait, il en était conscient, de quelques crises de nerfs et lynchage de deux ou trois première année qui passaient par là. Sa façon à elle d’évacuer un peu la pression.

En tout cas, il était content de voir qu’elle était toujours prête à évoquer l’un de leurs sujets de spéculation préférés. Leurs deux amis et colocataires de dortoir respectifs qui se tournaient autour depuis la troisième année -littéralement- ne semblaient pas vouloir se décider à former le couple qu’ils étaient de tout évidence destinés à être. Avec le temps, Noah et Maeva étaient devenus leurs entremetteurs de choix, ils recueillaient les confidences de leur colocataire, ils essayaient de les aider à se réconcilier quand ça n’allait pas, ils les conseillaient, les encourageaient ou les grondaient. Aussi, ils faisaient régulièrement des paris -secrets, bien sûr- entre eux pour savoir qui de Lisa ou de Nils allait faire le premier pas vers l’autre après leur énième prise de bec.

Maeva lui révéla qu’elle était épuisée par cette situation de flou dans laquelle ils étaient retombée après une période de couple officiel et Noah hocha la tête, très compréhensif. Il avait beaucoup moins de patience et de tact qu’elle quand il s’agissait d’écouter les jérémiades de son ami indécis.

« Mais tellement ! Tu sais quoi, j’ai dit exactement la même chose à Nils avant-hier, que c’était évident qu’ils se plaisaient toujours et qu’il n’y avait qu’eux pour ne pas le voir. Il m’a rétorqué que je pouvais compatir puisque je devais en savoir quelque chose » répéta t-il en levant les yeux au ciel. « Il est vraiment à court d’arguments pour me sortir ça, je veux bien concéder qu’on a mis du temps à se mettre ensemble toi et moi mais pas trois ans non plus, quoi. »

Et maintenant, ils étaient un couple qui tenait bien dans la durée, un vieux couple, à l’échelle d’une vie d’adolescents à Poudlard, même. Alors, même s’ils s’étaient tournés autour un certain temps aussi, qu’ils avaient beaucoup hésité, qu’on les avait longtemps taquinés à l’époque, au moins, ils s’étaient mis en couple et ils n’embêtaient plus personne !

Et ils passaient de très agréables moments de ronchonnage à deux. Maeva raconta son incident du jour avec Bethany, une fille que Noah trouvait largement insupportable, et donc, il était de tout coeur avec sa copine.

« C’est elle qui craint totalement, répliqua t-il en levant les yeux au ciel. Elle est nulle en cours, alors elle cherche des excuses au fait que les autres réussissent mieux qu’elle, c’est tout. »

Maeva, la fille de profs, était donc l’une de ces cibles favorites et elle guettait ses faux pas pour la pointer du doigt. De l’avis de Noah, il ne fallait même pas prêter attention à ce genre d’idiotes. Il s’apprêtait d’ailleurs à le lui dire -ou plutôt le lui répéter, car il lui avait déjà souvent donné ce conseil- mais Maeva le devança en affirmant qu’elle s’était retenue de répliquer. Cette déclaration tira un sourire en coin au Gryffondor.

« Responsable et mature ? Oh, je déteins sur toi chaque jour un peu plus, on dirait… »

Il lui donna un petit coup d’épaule tout en marchant, amusé. Il aimait bien taquiner Maeva sur le sujet, mais à sa décharge, elle le tannait encore plus souvent. Et puis, c’était agréable de plaisanter avec elle, il essayait de lui changer les idées, car il se doutait qu’elle avait l’esprit très occupé par tout… « ça », comme elle le dit justement. La disparition soudaine de sa mère, très déroutante, à laquelle Noah n’avait malheureusement aucune réponse à lui apporter. Elle avait simplement laissé un mot pour signaler son départ, mais personne ne savait où, pourquoi, comment, pour combien de temps. Ils avaient passé de longs moments à en parler tous les deux, à tenter de décortiquer leur seul indice, ce mot. Cette situation était un véritable mystère, que Noah ne parvenait pas à percer. Mais il tentait de soutenir Maeva, de la conseiller, d’essayer de comprendre avec elle. Il savait qu’elle lui avait écrit une lettre quelques semaines plus tôt, elle lui en avait parlé et il avait approuvé l’idée : les hiboux sorciers trouvaient toujours leur destinataire. Cela pouvait prendre des mois, mais ils finissaient par trouver. En tout cas, c’était ce qu’on avait toujours dit à Noah.

Finalement, était-ce une légende urbaine ? songea t-il quand Maeva lui révéla que son hibou était revenu bredouille. Ou… était-ce une raison supplémentaire de s’inquiéter sérieusement ? Les sourcils froncés, il ralentit instinctivement leurs pas, les yeux rivés sur Maeva.

« Eh bien… Ta mère n’a vraiment pas envie qu’on la trouve, on dirait. Elle a du faire en sorte qu’aucun moyen de communication ne puisse lui parvenir… »

Ou alors, elle était coincée quelque part, sans possibilité d’accès à l’extérieur. Ou pire, encore… Noah ne formula aucune de ces hypothèses à haute voix. Maeva devait suffisamment s’inquiéter comme cela. Le souci, c’était que cela faisait deux mois, maintenant, et personne ne semblait savoir où Chloé Hellsoft était partie, pas même son mari. Une femme qui abandonnait époux et enfants pendant des semaines, sans donner de nouvelles, sans expliquer les raisons de son départ, c’était très inquiétant.

« Je suis désolé que ça n’ait pas marché… Vous devriez peut-être en parler aux Aurors. » Il l’avait déjà suggéré, quelques semaines plus tôt. « Ou au moins engager un détective privé pour la retrouver, si vous voulez pas mêler la police à ça. »


Maeva HellsoftPréfèteavatar
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"Nous ?" s'offusqua Maeva, lorsque Noah lui rapporta les propos de Nils. "Déjà, on n'a pas mis trois ans, et ensuite, je n'allais pas raconter à Lisa tous les moments où tu m'effleurais la main en cours pour essayer de déterminer si c'était un geste volontaire et ce qu'il pouvait bien vouloir dire !" déclara-t-elle en soupirant théâtralement, avant de rajouter avec un air malicieux : "Surtout parce que, à l'époque, c'était moi qui prenait les initiatives..."

Lorsqu'ils s'étaient mis ensemble, Noah était beaucoup plus réservé qu'aujourd'hui, et Maeva bien plus - bien trop ? - extravertie. Leur couple avait beaucoup joué sur leur caractère respectif, songea la jeune fille. Elle était plus posée qu'avant, plus calme et, au plus grand bonheur de ses professeurs, plus assidue aussi. Quant à Noah, Maeva croyait fermement qu'elle lui apportait une bonne dose d'insouciance dont il avait - selon elle - complètement besoin. S'ils étaient différents sur beaucoup de points, la Gryffondor avait cependant l'intuition qu'elle avait trouvé la personne qui la complétait parfaitement. C'était sûrement pour ça que leur couple était aussi solide, malgré les années - bientôt deux ans, tout de même !

"Même le crapaud de Donald serait plus brillant qu'elle en cours." commenta Maeva en toute bonne foi.

Il était déjà assez délicat d'être une "fille de prof", mais si en plus on devait lui faire remarquer à chaque cours qu'elle ne correspondait pas suffisamment aux attentes, il était certain qu'elle ne tiendrait pas très longtemps avant de coller la tête de Bethany à sa table.

"J'ai toujours été responsable et mature..." reprit-elle en haussant les sourcils, faussement vexée par la remarque de son petit-ami. "Je le cachais seulement très bien."

Pour sa défense, Maeva n'avait pas vraiment eu l'occasion de prendre conscience qu'il fallait qu'elle devienne responsable et mature avant de se mettre en couple avec Noah. Elle avait une vague idée des notions abordées, mais sans plus. Elle était fille unique, gâtée par sa mère qui voulait compenser l'absence de son père, puis par son père, qui voulait se faire pardonner son absence. Cette immaturité s'était vite manifestée par des caprices. Par la suite, elle avait toujours agi comme bon lui semblait : Poudlard était son terrain de jeux - sa mère était souvent trop occupée par son travail pour la réprimander. Et, comme elle vivait pratiquement avec ses professeurs, ces derniers avaient tendance à être un peu plus indulgents avec elle. Finalement, c'était la stabilité que lui avait apporté Noah qui lui avait permis de grandir, de mûrir et de se construire. Stabilité qui était majoritairement appuyée par la certitude qu'elle avait que Noah ne l'abandonnerait pas comme un vieux chaudron - ce que, songea-t-elle avec amertume - la majeure partie des personnes présentes dans sa vie avait l'habitude de faire.

"En effet, elle n'a pas envie d'être trouvée..." lâcha Maeva, en écho avec ses précédentes pensées. Qu'elle n'ait pas envie d'être trouvée par Peter, par le gouvernement, c'était une chose ! Mais par elle, sa fille ? Qu'avait pu-t-elle faire pour que sa mère n'ait plus envie de lui parler ? "Je me doutais que ma chouette ne la trouverait pas mais... Je n'ai pas pu m'empêcher d'espérer qu'elle reviendrait avec une réponse." avoua Maeva à voix basse.

Elle avait passé des heures à écrire la lettre qu'elle avait envoyé à sa mère. Elle l'avait reformulé dix fois, avait rayé des paragraphes entiers, oscillait entre les supplications et la colère. Finalement, elle avait trouvé les mots pour exprimer à sa mère son désarroi face à cette situation, sa tristesse de ne pas avoir pu la voir avant qu'elle se décide de partir, son inquiétude face à ce silence si étrange pour Chloé Hellsoft, sa colère quant à sa décision de déchirer leur famille, de les abandonner.

"Je n'arrive toujours pas à comprendre." soupira Maeva. "J'ai retourné cette situation dans ma tête, au moins mille fois. Je ne comprends pas pourquoi elle est partie. Tu as peut-être raison, il faut peut-être qu'on aille voir les Aurors... Je sais qu'elle nous a demandé de ne pas la chercher, et de ne pas prévenir le ministère mais là..."

Mais là, ce n'était plus possible. Et ce n'était pas une demande raisonnable à faire à sa famille, d'accepter sa disparition sans poser de question et sans chercher à la contacter par la suite. A quoi s'attendait-elle ? A ce qu'ils tournent la page ? Maeva poussa un soupir amer.

"Pour ce que l'on sait, elle pourrait être à Londres, au Zimbabwe, chez mes grands-parents, ou bien six pieds sous terre." lâcha-t-elle d'une voix grave en se mordant la joue, les yeux rivés sur un point fixe, en face d'elle. Sa lèvre inférieure trembla, et elle releva le menton, bien décidée à ne pas se laisser aller aux larmes. "Elle a passé toute mon enfance à accuser mon père de m'avoir abandonné quand j'étais petite. Elle a dû se dire que finalement, ce n'était pas une si mauvaise idée." La jeune fille serra les poings et laissa passer quelques secondes, alors que son cœur battait la chamade. "Pardon." se reprit-elle. "Tu dois en avoir marre de parler de ça tout le temps." lança-t-elle d'une petite voix en portant le regard sur Noah, s'arrêtant complètement au milieu d'un couloir qui lui paraissait calme, sombre, et peu fréquenté.


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Noah ForesterPréfetavatar
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« Sérieux, elle te raconte des trucs comme ça ? rigola t-il. Mais bon sang, ils ont seize ans, pas treize. »

Et pour qu’un garçon pudique et maladroit comme Noah puisse se moquer sur le sujet, il fallait être un cas. Il était bien content que son couple ait traversé les années et lui ait donné un peu plus de confiance à ce niveau-là. Ce qui n’empêcha pas Maeva de le charrier sur leurs débuts, car elle se fit un plaisir de lui rappeler qu’elle était plus entreprenante que lui à l’époque. Il leva les yeux au ciel, tenta de s’en sortir avec une pirouette plutôt pleine de mauvaise foi :

« Eh bien oui, madame, je ne vois pas pourquoi ce serait toujours au garçon de prendre les initiatives. J’avais le droit de me faire désirer aussi. Tu es un exemple de féminisme à suivre, voilà tout. »

Clairement, ce n’était pas du tout des sujets qui effleuraient leurs esprits de pré-adolescents de quatorze ans, mais Noah n’avait pas envie de reconnaître qu’il était un petit garçon effrayé par les sentiments qu’il éprouvait soudainement pour sa meilleure amie. Il n’avait pas besoin de le dire, de toute manière, elle le savait déjà. Il avait évolué depuis, heureusement. Il se sentait bien avec Maeva, ils avaient une bonne complicité, ils s’apportaient mutuellement des bonnes choses. Tous ses proches le disaient, elle avait une bonne influence sur lui. Elle le sortait de sa coquille, il était plus ouvert aux autres, depuis qu’il était avec elle, moins méfiant, moins anxieux. Mieux dans sa peau, tout simplement. Et s’il pouvait exercer son influence de garçon posé et raisonnable sur elle de temps en temps, c’était tant mieux, même si elle refusait de reconnaître. Noah lui jeta un regard en coin, pas dupé par son ton de contrariété feinte.

« Très très bien, même, un véritable talent insoupçonné. »

Autre terrain sur lequel elle avait exercé son influence sur lui, c’était la bataille verbale. Elle avait la langue bien pendue et bien acérée quand il le fallait, alors il fallait bien qu’il sache lui renvoyer la balle de temps en temps. C’était aussi ce qui les rendait complices. Ça, et les longs moments passés ensemble à se raconter leurs secrets, leurs attentes, leurs doutes. Il y avait un sujet en particulier qui les avait réunis très tôt, avant même qu’ils ne se mettent en couple, c’était celui de leurs familles respectives. Tous les deux enfants de parents divorcés, ils s’étaient toujours mutuellement compris et avaient rapidement pris l’habitude de se confier l’un à l’autre. Maeva l’avait soutenu quand sa mère s’était mise en couple pour la première fois avec un autre homme, deux ans plus tôt, un homme que Noah ne voulait pas accueillir dans son quotidien. A présent, c’était elle qui rencontrait des problèmes avec ses parents, entre son père démissionnaire et maintenant sa mère qui disparaissait sans prévenir, on ne savait où…

Peiné par la déception qui perçait dans sa voix, Noah serra un peu plus fort la main de sa petite amie dans la sienne. Il savait qu’elle avait fondé beaucoup d’espoirs dans cette lettre. Et il avait espéré avec elle, que sa mère serait suffisamment touchée par ce mot pour revenir, ou au moins, donner des nouvelles. C’était cela, le plus dur, ne pas savoir où elle était, ce qu’elle faisait, pourquoi elle était partie. Il imaginait combien cela devait être une lente torture pour Maeva. Il sentait, même quand elle ne lui en parlait pas, qu’elle était constamment en train d’y penser. Il le voyait, dans ses regards dans le vide pendant les cours, dans ses éclats de colère plus fréquents, dans ses sourires parfois forcés. Il avait envie de faire quelque chose pour elle mais à part l’écouter et chercher des réponses avec elle, il était bien impuissant.

« Je pense aussi que vous devriez prévenir les autorités… souffla t-il. Ca fait trop longtemps qu’elle a disparu. Et puis, si elle voit un avis de recherche sur elle dans les journaux, peut-être que ça la poussera à se manifester à vous ? »

Noah ne comprenait pas non plus pourquoi le professeur Hellsoft tenait à ce point à ne pas être tracée, mais elle les laissait sans aucun indice et avec des instructions très difficiles à suivre pour ses proches. Elle n’aurait qu’à leur reprocher d’avoir prévenu les autorités mais au moins, ce serait un signe qu’elle était toujours en vie quelque part et ce serait l’occasion pour Maeva de rétablir un contact avec sa mère… C’était ce qu’il pensait, en tout cas. Il avait envie qu’elle puisse avoir des réponses de sa mère, parce que sans explication de sa part, elle les inventait seule de son côté et malheureusement, c’était toujours des conclusions très sombres et tristes. Très peiné de l’entendre insinuer qu’elle méritait d’être abandonnée par ses deux parents, Noah s’arrêta au milieu du couloir avec elle et un murmure lui échappa :

« Oh, Maeva… »

En quelques pas, il fut assez proche d’elle pour l’attirer contre lui et la serrer dans ses bras. Il la sentait toute émue, il était désolé pour elle. Voilà le résultat, c’était l’affreuse conclusion qu’elle tirait de toute cette situation : si sa mère était partie, alors cela devait être de sa faute. Mais c’était faux, Noah en était persuadé.

« Ne dis pas des choses comme ça, ce n’est pas toi le problème… »

Maeva était une fille adorable, personne ne pouvait objectivement dire le contraire. Puis, s’il y avait une leçon que Noah avait fini par tirer, maintenant qu’il avait mûri, qu’il assimilait mieux le divorce de ses parents avec les années, c’était que ce n’était pas la faute des enfants si leurs parents se séparaient. Si le père de Maeva était parti, ce n’était pas pour abandonner sa petite fille, c’était parce que cela ne collait plus avec sa compagne. Et si sa mère était partie… Eh bien, Noah était incapable de dire pourquoi exactement, mais il pouvait affirmer que ce n’était pas à cause de Maeva. Les circonstances ne collaient pas.

« Si elle partait pour fuir sa famille, elle ne vous aurait pas laissé un mot, en vous disant de ne pas prévenir les autorités, expliqua t-il doucement, à son oreille. Elle serait juste partie, sans rien laisser derrière elle. Cette instruction qu’elle vous a donnée, c’est important, c’est un indice… C’est plus probable qu’elle soit partie parce qu’elle avait des ennuis, par exemple. Et si elle ne vous en a pas parlé, c’est pour que vous ne soyez pas embarqués dedans. Si c’est ça, je suis sûr qu’elle va revenir, quand elle aura réglé ses soucis. » 

C’était la seule hypothèse à peu près rationnelle que l’esprit logique de Noah parvenait à construire avec le peu d’éléments dont ils disposaient. En deux mois, lui aussi il avait eu le temps d’y réfléchir et il ne voyait pas d’autre réponse plus convaincante. Après, il était incapable d’en dire davantage, sur la nature de ces hypothétiques problèmes qui forçaient le professeur Hellsoft à une prise de distance aussi radicale.

Doucement, Noah recula, les mains autour du visage de sa petite amie. Lui, il avait tendance à se rabattre sur des arguments rationnels quand il avait besoin d’éloigner ses peurs, c’est pourquoi il en donnait à Maeva. Mais il pouvait aussi lui offrir de la tendresse pour la réconforter, comme un petit ami pouvait le faire. Lui, il ne l’abandonnait pas.

« Ça va aller, ok ? » souffla t-il.

Dans la pénombre du couloir, il se pencha pour l’embrasser longuement, certain qu’ils seraient tranquilles ici.


Maeva HellsoftPréfèteavatar
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"Peut-être..." souffla Maeva en haussant les épaules. Elle n'était pas certaine que sa mère se manifeste, même si tous les journaux du pays se mettaient à parler d'elle et de sa fuite. Chloé Hellsoft était une sorcière émérite, et si elle avait décidé de se dissimuler auprès de toute la communauté sorcière d'Angleterre, alors la jeune fille était quasiment certaine que personne ne pourrait la retrouver - pas même sa famille.

La gorge serrée, Maeva se laissa entraîner contre Noah, et posa sa tête contre son épaule. Elle savait que ce n'était pas elle, le problème, que si Chloé avait fui, ce n'était pas de sa faute. Elle savait qu'elle ne faisait pas preuve de rationalité lorsqu'elle pensait ça, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle avait passé tellement d'heures à tourner et à retourner la situation dans sa tête, à élaborer toutes les hypothèses possibles, à essayer de comprendre les agissements de sa mère. Mais cette idée ne quittait pas son esprit, et cela l'obsédait. Maeva savait - elle avait mis du temps à le comprendre, pourtant - qu'elle avait une peur ancrée de l'abandon. Que le départ de son père, pendant son enfance, l'avait longtemps fait souffrir, et que l'indifférence dont il faisait maintenant preuve à son égard la tourmentait tout autant. Lorsqu'elle lui rendait visite, seule Eden semblait se soucier de sa présence, et manifestait envers elle de l'intérêt qui ne semblait pas feint. Maeva était même persuadée que c'était elle qui incitait son père à lui écrire.

Pendant la majeure partie de son enfance, puis de son adolescence, Maeva avait eu une relation conflictuelle avec ses deux parents. Elle en avait voulu à son père de lui avoir menti quant aux raisons de son divorce avec sa mère, elle avait voulu à sa mère de chercher à discréditer son père à ses yeux. Les choses s'étaient apaisées au fur et à mesure : après la naissance de Lou, qui avait soudé la petite famille Hellsoft-Virtanen, après le mariage de James et Eden, que Maeva avait finalement appris à aimer. Tout n'était pas parfait, bien évidemment, mais elle n'était plus en guerre ouverte avec ses deux parents. Et puis, elle était devenue plus proche de Chloé, plus complice avec elle : lorsqu'elle avait arrêté de travailler pour le ministère, mère et fille avaient eu le temps de passer des moments privilégiés ensemble. C'était pour ça que ce départ ressemblait à une trahison pour Maeva.

"J'espère." commenta-t-elle lorsque Noah déclara que sa mère rentrerait sûrement une fois ses soucis réglés. "J'espère aussi." répéta-t-elle lorsqu'il lui affirma que tout irait bien.

Elle se laissa entraîner à nouveau contre lui, et répondit à son baiser, cette étreinte lui réchauffant agréablement le cœur. Elle s'écarta doucement de lui après quelques secondes.

"Excuse-moi, je sais que c'était stupide de dire ça. Ma mère n'est pas partie à cause de moi, c'est juste... Je n'arrive pas à être très rationnelle en ce moment." grimaça-t-elle avant de soupirer. "J'ai juste envie de comprendre pourquoi elle a fait ça, et de savoir où elle est. Toutes ces questions... Elles sont en train de me rendre folle." avoua-t-elle avec un rire jaune. "Mais merci. Tu es le seul à qui je peux en parler..." souffla-t-elle en posant ses coudes sur les épaules du jeune homme pour glisser ses doigts dans ses cheveux.

Elle n'arrivait pas à aborder le sujet librement avec quelqu'un d'autre, pas même avec Peter, avec qui elle ne savait plus trop comment se comporter.

"Hm, je pense que ça, c'est la meilleure des thérapies qu'on pourrait m'offrir..." lança-t-elle avec un sourire taquin en caressant du pouce la joue de Noah. Elle se rapprocha de lui pour poser ses lèvres sur les siennes, les yeux clos, rassérénée par les paroles de son petit-ami, et par la certitude qu'elle pourrait toujours compter sur lui. Elle fit glisser ses mains dans le dos de Noah, approfondissant le baiser par la même occasion. Les mains se faisant plus baladeuses qu'à l'accoutumé, Maeva s'écarta de son petit-ami, essoufflée, et jeta un coup d’œil à sa montre. "Il est largement temps de finir notre ronde... Et, tu sais quoi ? La salle de bain des préfets est juste à côté... Ça te tente, un petit bain ?" lança-t-elle avec un regard qui inspirait tout sauf de l’innocence. 


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Peter VirtanenProfesseur d'Etudes des Runesavatar
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Peter s'apprêtait rejoindre l'infirmerie pour récupérer Lou après avoir arpenté longuement les couloirs déserts du château. Il avait confié sa fille aux bons soins de Rachelle le temps de sa garde et était soulagé que celle-ci se termine sans encombre. Il n'était pas d'humeur à sermonner des adolescents peu respectueux du couvre-feu. Il avait beau s'efforcer de ne pas passer sa mauvaise humeur sur ses élèves -qui n'y étaient pour rien si Chloé s'était volatilisée du jour au lendemain- il avait parfois du mal à faire la part des choses.

Des éclats de voix lui parvinrent d'une intersection un peu plus bas dans le couloir et il laissa échapper un profond soupir de lassitude. Il hésita un instant à poursuivre sa route comme s'il n'avait rien entendu mais fut rattrapé par sa conscience professionnelle et rejoignit l'intersection en quelques enjambés. Qui que soient ces deux rebelles, ils avaient intérêt à filer rapidement dans leurs dortoirs car le directeur de Serdaigle n'avait aucune envie de perdre son temps.

Alors qu'il arrivait au croisement des deux couloirs, Peter marqua un temp d'arrêt en reconnaissant la voix de Maeva, et manqua de s'étouffer à l'entente de ses dernières paroles. Il regretta aussitôt de ne pas avoir écouté son premier instinct et passé son chemin. Son statut de beau-père aurait pourtant voulu qu'il s'empresse de séparer l'adolescente de son petit-ami -et qu'il colle ce dernier en retenue jusqu'à la fin de sa scolarité, pour faire bonne mesure- mais Peter n'était pas pressée de s'opposer à la jeune fille, avec qui il ne savait plus comment agir depuis le départ de Chloé.

Ils s'entendaient plutôt bien pourtant, la naissance de Lou avait réussi à les rapprocher et il leur arrivait de plaisanter ensembles, souvent aux dépends de Chloé d'ailleurs. Il avait découvert une jeune fille curieuse, pleine de vie, au caractère bien trempé et à l'humour décapant. Il avait beaucoup d'affection pour Maeva et se plaisait bien dans son rôle de beau-père qui lui permettait de la voir grandir sans avoir les mêmes responsabilités envers elle qu'un parent. Le départ -l'abandon- de sa mère avait tout chamboulé et il ne savait plus comment se comporter avec Maeva. Il ne pouvait qu'imaginer les questions et les doutes qu'elle traversait mais il n'arrivait pas à lui parler. Il ne pouvait pas se résoudre à lui dire que non, il ne savait pas non plus. Il avait été abandonné comme elle, sans indice, sans explication, sans rien.

Pour autant, il ne pouvait pas ignorer qu'il venait de la trouver dans un couloir après le couvre-feu, enroulée autour de son Gryffondor de petit-ami. Noah Forester était un bon élève, que Peter avait en cours depuis quelques années. L'enseignant ne s'était jamais inquiété que le jeune homme puisse avoir une mauvaise influence sur sa belle-fille. C'était plutôt l'inverse qui était à craindre. Mais il fallait croire que le Gryffondor n'était pas aussi timide et sérieux qu'il le paraissait.

"Je suis passé devant la salle de bain des préfets et elle était déserte, aucun élève à réprimander, si c'était votre intention, lança Peter d'une voix forte alors qu'il arrivait à la hauteur des deux adolescents. Maeva, je ne crois pas me souvenir que tu sois en charge des rondes ce soir. Le planning des rondes des préfets et préfets-en-chef était affiché dans la salle des professeurs. Mr. Forester, pour votre part, je suis certain que vous seriez plus efficace dans vos rondes si vous retiriez votre langue de la bouche de votre petite-amie."

Son regard glacial fusilla le visage mortifié de l'adolescent avant de se poser sur Maeva.

"Je suis obligé de retirer dix points à Gryffondor pour non-respect du couvre feu, annonça-t-il à la jeune fille. Il aurait aimé pouvoir en retirer au moins le double à son acolyte, mais ce dernier avait techniquement le droit d'être dans les couloirs à cette heure-ci. Et votre directeur de maison sera bien évidement informé de la façon dont vous occupez vos gardes, ajouta-t-il à l'intention du jeune homme, résistant à l'envie de lui donner une retenue pour atteinte aux bonnes moeurs. Maintenant rejoignez vos dortoirs."

Peter avait plutôt envie d'en rester là, mais il avait conscience qu'il repoussait depuis trop longtemps une conversation avec Maeva. Ce n'était probablement pas le moment d'aborder le sujet, pas après l'humiliation qu'il venait de lui infliger, mais il ne pouvait pas planter l'adolescente ainsi. Ils avaient à peine échangé plus de quelques mots ces dernières semaines, ils ne pouvaient pas laisser cette remontrance les éloigner davantage.

"J'allais chercher ta soeur à l'infirmerie, se reprit-il à l'intention de Maeva. Elle serait contente que tu passes lui dire bonne nuit."


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« Je suis là si t’as besoin » assura t-il, quand Maeva déclara qu’elle pouvait n’en parler qu’à lui.

C’était bien la seule chose qu’il pouvait faire pour l’aider, l’écouter quand elle avait besoin de parler, et c’était assez frustrant de ne pas pouvoir faire plus. Mais Noah n’était pas Auror et il ne pouvait pas sortir de Poudlard, pas plus que Maeva, ce qui restreignait beaucoup leur marge de manoeuvre. Maeva ne pouvait pas faire grand chose de plus qu’envoyer des lettres à sa mère en espérant qu’elle réponde et surtout, mettre au courant les Aurors pour qu’ils puissent lancer des recherches. Est-ce que le professeur Virtanen s’activait à retrouver sa femme ? s’enquit intérieurement Noah. Lui, il pouvait se déplacer plus librement, faire les démarches qu’il fallait et il avait peut-être même quelques idées sur les endroits où le professeur Hellsoft avait des chances d’être. Mais Noah avait l’impression que Maeva ne lui en parlait pas beaucoup, en tout cas, cela ressortait peu dans les conversations qu’ils avaient.

Pour l’heure, elle semblait avoir besoin de se changer les idées. C’était une deuxième chose que Noah pouvait faire pour l’aider à aller mieux et il le faisait avec grand plaisir. Savourant leur long baiser, il la sentit plus audacieuse dans leur étreinte et put deviner dans son regard mutin ce qu’elle allait dire avant même qu’elle ne le fasse. Ils passaient pour le couple sage et mignon dans leur cercle d’amis, Noah n’étant pas le plus démonstratif des petits amis en public, mais s’ils savaient… Ils avaient assez vite compris l’intérêt qu’il pouvait y avoir à être préfets et en couple, tous les deux et ils en profitaient quand ils pouvaient. Avec un sourire, Noah répondit sur le même ton :

« Si elle est juste à côté, ça serait dommage de ne pas en pro… »

Mais la fin de sa phrase se perdit, brutalement coupée par une voix claquante qu’ils connaissaient très bien tous les deux. A juger le timbre de voix et le ton autoritaire, c’était forcément un professeur qui se tenait derrière eux. Pas n’importe lequel, malheureusement. Aussitôt, Noah recula, lâchant la taille de sa petite amie, profondément embarrassé. C’était très gênant. Franchement, il aurait encore préféré tomber sur Dérébusor, plutôt que lui. Cela ne leur aurait pas épargné un moment très gênant -surtout que Dérébusor savait y faire, en matière d’humiliation d’élèves- mais au moins, ce n’était pas le beau-père de sa copine qui venait les surprendre en train de se rouler des pelles dans un couloir sombre.

C’était dommage, jusque là, Noah ne s’était jamais fait remarquer par Virtanen, en tout cas, jamais négativement. Il lui semblait même qu’il avait l’estime de son professeur de runes : il était bon dans cette matière et travailleur. Eh bien, voilà une réputation qui allait changer… Noah sentit ses joues chauffer à la remarque bien claquante de Virtanen, tout à fait bien taillée pour l’enfoncer un peu plus dans la gêne. Il échangea un bref regard avec Maeva, sans rien oser dire. Que pouvait t-il dire ? C’est vrai qu’ils n’étaient pas sensés être là et Noah concevait assez bien pourquoi Virtanen n’avait pas très envie de retrouver sa belle fille en train de se faire bécoter par un garçon passé le couvre-feu. Même si cela avait un côté un peu injuste, ils étaient grands, consentants tous les deux et en couple depuis longtemps… Mais l’instinct de conservation de Noah -qui avait, rappelons-le, un très bon instinct de conservation pour un Gryffondor- lui soufflait que c’était une très mauvaise idée de répliquer cela. Alors il se tut. Puis, une autre pensée surgit dans son esprit. Peut-être que le professeur avait même entendu sa proposition sur la salle de bains des préfets ? Ah non, ça serait affreusement gênant !

« Je suis désolé, professeur… »


Mais cela n’empêcha pas Virtanen de promettre d’en référer à Londubat et retirer dix points à leur maison. Super. Noah avait officiellement envie de s’enterrer quelque part. Son dortoir, c’était bien, son dortoir. Il crut un moment que Maeva allait le suivre, mais son beau-père avait l’air de vouloir la retenir. Poussé tel un invité à la fois indésirable et peu désireux de rester, Noah se détourna, avec un dernier murmure pour sa copine :

« A plus tard. »


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La soirée s'annonçait finalement bien plus intéressante que prévue, songea Maeva en observant malicieusement son petit-ami. Elle chérissait encore plus en ces temps troublés les moments qu'elle pouvait passer seule avec Noah, et trouvait dans ses bras le réconfort dont elle avait besoin. Et même, ils n'étaient pas un couple démonstratif et n'appréciaient pas les effusions d'amour en public - alors, quand ils se retrouvaient seuls, ils en profitaient.

Ils auraient pu en profiter. Une voix bien trop reconnaissable résonna dans le couloir, obligeant Maeva à se séparer de Noah. Elle darda son regard sur le nouvel arrivant en haussant légèrement les sourcils. Evidemment, sur tous les professeurs qui peuplaient ce château, il fallait que ce soit son beau-père qui la trouve enlacée contre son petit-ami. Peter connaissait Noah - il avait déjà été invité à déjeuner par Chloé dans l'appartement qu'ils occupaient à Poudlard - mais pour autant, il n'avait pas l'air d'apprécier cette étreinte. Encore moins, songea-t-elle, s'il avait entendu leurs propos sur la salle de bain des préfets. Elle se sentit rougir à cette pensée, mais soutint le regard de Peter.

"Oh, Peter, ça va..." protesta Maeva en levant les yeux au ciel. Ce n'était pas non plus comme s'il les avait surpris dans une position vraiment compromettante. Maeva était bientôt majeure, elle était en couple avec Noah depuis presque deux ans, elle n'allait pas non plus prétendre qu'ils ne faisaient que se tenir la main et jouer à la bataille explosive.

Maeva claqua la langue, agacée, lorsque Peter retira dix points à Gryffondor. En ce moment, ses sentiment envers son beau-père oscillaient entre la compassion et la colère. La situation présente faisait largement pencher la balance vers la deuxième alternative.

"Tu veux envoyer une lettre à maman pour la prévenir aussi ?" interrogea-t-elle en croisant les bras, une lueur de défi dans les yeux. Dans cette position-là, elle ressemblait étrangement à sa mère. "Merlin, on ne faisait rien de mal."

Elle allait quitter les lieux avec Noah lorsque la dernière phrase de Peter la retint sur place. Sa colère perdit un peu d'ampleur à la mention de sa petite sœur. Elle hésita quelques secondes, et finit par hocher la tête. Elle ne pouvait pas s'empêcher de se sentir humiliée par la réaction de son beau-père mais refusait de se laisser abattre par ça. Elle ne faisait qu'embrasser son petit-ami et n'avait pas à se laisser embarrasser par cet acte - surtout pas par Peter. Mais la perspective de se retrouver enfin seule avec lui l'intriguait. Ils s'évitaient depuis des semaines, comme si le fait de parler de la disparition de Chloé Hellsoft la rendrait bien réelle.

Noah finit par s'éloigner après un dernier murmure, auquel Maeva répondit d'un petit sourire. Face à son beau-père et dans ce couloir mal-éclairé, la jeune fille se sentit très seule. Elle laissa passer quelques secondes de silence.

"Je sais que je n'avais pas de rondes à faire ce soir, mais tu n'avais pas non plus besoin de passer ta mauvaise humeur sur nous." accusa-t-elle en observant Peter.

Mais dans un sens, elle comprenait ; elle faisait la même chose.


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Les réactions des deux adolescents furent exactement celles auxquelles l'enseignant s'était attendu. Le jeune Forester devint à peu près aussi rouge que le blason de sa maison et semblait avoir très envie de disparaitre -ce qui tombait bien car Peter avait très envie qu'il disparaisse- et Maeva se rebella, fidèle à elle même, contre la soit-disant injustice dont il faisait preuve. Il retint un soupir de lassitude quand elle leva les yeux au ciel et fit claquer sa langue d'agacement. Il n'y avait pas grand-chose qu'il trouvait plus irritant que le comportement d'une adolescente de seize ans en pleine crise. Ce qui était plutôt embêtant, étant donné son métier.

Toutefois, celle qu'il avait en face de lui n'était pas n'importe quelle adolescente en crise. Il s'agissait de sa belle-fille, dont la mère avait disparu sans explication depuis plusieurs semaines. Il ne pouvait pas la planter là simplement parce qu'elle lui tapait sur le système. Et si à cet instant précis il avait plutôt envie de l'envoyer dans son dortoir sans discuter, au cours des jours précédents il avait eu plusieurs fois envie d'aller lui parler, pour savoir comment elle tenait le coup. Maintenant que l'occasion se présentait il aurait été idiot de ne pas en profiter.

Il s'abstint de réagir à la pique de l'adolescente, qui lui demandait avec sarcasme s'il comptait la dénoncer à sa mère dans une lettre. Il lui aurait bien répondu qu'il recevrait peut-être une réponse - contrairement à elle, mais cela n'aurait certainement pas apaiser la situation. Il estimait s'être montré suffisamment incisif comme ça, et n'avait aucune envie de se lancer dans ce genre de joute verbale.

Peter répondit vaguement aux salutations de Noah, qui ne se fit pas prier pour déguerpir, et se retrouva rapidement seul avec Maeva. Bien, par où commencer maintenant ? La jeune fille ne lui laissa de toute façon pas le temps de trouver une amorce et l'accusa aussitôt d'avoir passé sa mauvaise humeur sur eux. Premièrement, il n'était pas particulièrement de mauvaise humeur ce soir. A moins que la mauvaise humeur puisse être un état constant, auquel cas il était de mauvaise humeur depuis des mois. Et deuxièmement, il ne s'était absolument pas montré injuste dans sa punition.

"J'aurais enlevé dix points à n'importe quel élève dehors après le couvre-feu, répondit-il d'un ton égal. Peut-être même plus."

Au fond il savait que ce n'était pas tant la sanction que les remarques qui l'avaient accompagnée qui dérangeaient l'adolescente, ce qu'il pouvait comprendre. Il y avait peut-être été un peu fort, mais il fallait dire que ce n'était pas très agréable de retrouver l'adolescente qu'il élevait depuis quelques années en train d'embrasser langoureusement son petit-ami. Petit-ami tout à fait charmant au demeurant, quand il se tenait convenablement.

Au fond il était soulagé de voir que les choses semblaient bien se passer entre les deux Gryffondors. C'était certainement une bonne chose que Maeva puisse compter sur Noah en ce moment. Il y avait d'ailleurs fort à parier que la jeune fille préférerait parler de ses problèmes à son petit-ami plutôt qu'à son beau-père, et cela convenait très bien à Peter. Il voulait juste s'assurer qu'elle soit bien entourée, et qu'elle sache qu'il était là pour l'écouter si jamais elle se trouvait à court d'autres personnes auprès de qui se confier.

"Est-ce que tu en as parlé à Noah ? s'enquit-il maladroitement. De tout ce qui se passe..." ajouta-t-il inutilement. "De tout ce qui ne se passe pas", aurait certainement été une tournure plus appropriée.

Il prit mécaniquement le chemin de l'infirmerie, sans se presser. Son visage s'était radouci et il observa la réaction de la jeune fille avec inquiétude, espérant qu'elle ne se refermerait pas comme une huitre à l'évocation de ce sujet -bien que ce soit habituellement sa stratégie à lui.


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Maeva haussa les sourcils suite à l’affirmation de Peter, mais décida sagement de ne rien répondre. Elle comprenait pourquoi son beau-père avait retiré dix points à sa maison, toutefois ses paroles avaient été un peu trop sèches pour être parfaitement objectives. Maeva, à force, avait bien fini par comprendre que, malgré tout ses efforts, il y avait toujours deux poids deux mesures, lorsqu’on était la fille (ou la belle-fille) d’un professeur de Poudlard. Ce soir était, à son sens, l’un des exemples les plus parfaits.

Elle resta silencieuse, marchant à côté de Peter en direction de l’infirmerie, où Lou passait une grande partie de ses journées en compagnie de Rachelle Bloomwood. Quand Maeva le pouvait, elle essayait de s’occuper de sa petite-sœur, l’emmenait parfois faire une balade autour du lac, lui racontait milles histoires et prenait une voix terrifiante pour imiter l’ogre. Lou riait aux éclats, et le cœur de la grande sœur se réchauffait et s’emplissait d’un amour tendre. Ces dernières semaines, tout le monde avait pu remarquer que Lou était devenue capricieuse, colérique. En réalité, une immense tristesse l’habitait. Elle cherchait sa mère dans les moindres recoins de leur appartement, l’appelait la nuit et dès qu’elle se réveillait, la demandait à Peter, à Maeva, à Rachelle. A chaque fois qu’elle l’interrogeait d’un « Elle est où, maman ? », Maeva sentait son estomac se tordre, et elle devait se faire violence pour ne pas fondre en larmes. « Elle est partie pour le travail » avait-elle prétendu un jour, en se rappelant douloureusement qu’il s’agissait de la même excuse que celle que Chloé lui avait si souvent servi à propos de son père.

« Oui. » répondit immédiatement Maeva à la question de son beau-père. « Enfin, il ne se passe pas grand-chose… » souffla-t-elle. « Je lui fais confiance, et il m’aide à réfléchir à cette situation. » Il l’aidait surtout à se calmer, à se sortir toutes ces idées noires de la tête et à relativiser.

Maeva garda le silence quelques instants, plongée dans ses pensées. Depuis que Chloé était partie – non, depuis que Chloé avait disparu – elle ne s’était presque pas retrouvée en tête à tête avec Peter. A chaque fois, une tierce personne – souvent, Lou – était présente, l’empêchant d’évoquer avec lui certaines hypothèses. Elle savait aussi qu’elle avait volontairement repoussé ce moment, trop effrayée des informations qu’il pourrait éventuellement lui apporter sur la situation.

« Peter… » débuta-t-elle, hésitante. « J’ai l’impression que je deviens folle. Je ne comprends pas dans quel monde maman aurait pu partir comme ça, sans nous tenir au courant de quoique ce soit. Me laisser, laisser Lou, te laisser toi… » elle secoua la tête et essaya de faire du tri dans ses idées. « Est-ce que tu as une idée de ce qu’il s’est passé ? Est-ce que c’était vraiment sa décision de partir ? Elle voulait quoi ? Changer de vie ? Elle en a eu marre ? » la voix de l’adolescente monta les aigus, et elle s’interrompit aussitôt, pour reprendre, plus bas. « Elle ne répond à aucune de mes lettres, n’a montré aucun signe de vie depuis le fichu bout de papier qu’elle nous a laissé… »

Maeva médita quelques instants. Une autre pensée – plus noire, plus insidieuse – fit son chemin dans son esprit. Une pensée qu’elle avait déjà eu, mais qu’elle s’efforçait de repousser, préférant bouillonner de colère à l’égard de sa mère, plutôt que d’envisager une telle vérité. Elle tritura un instant la manche de son pull, joua avec un de ses bracelets, replaça une mèche de cheveux, ouvrit la bouche et la referma aussitôt. Maeva n’avait jamais été très à l’aise avec le fait d’exprimer ses sentiments, surtout à propos de sa famille. Avec Peter, c’était d’autant plus compliqué car elle ne savait pas toujours se positionner vis-à-vis de lui.

« Tu penses… » commença Maeva, après s’être raclée la gorge. « Tu penses que, si on n’a pas de nouvelles d’elle, c’est parce qu’elle est… » une légère hésitation se fit entendre dans sa voix, avant qu’elle ne lâche le mot fatidique : « morte ? ». Un long frisson la traversa des pieds à la tête, alors qu’elle posait sur Peter un regard aussi perdu qu’effrayé.


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Peter se contenta de hocher silencieusement la tête quand Maeva lui répondit que Noah l’aidait beaucoup à réfléchir à la situation. C’était une bonne chose. Il fut pris d’un élan d’empathie à l’égard du jeune homme et en vint presque à regretter ses paroles un peu sèches. Il se promit de se rattraper un autre jour.

Il était important que Maeva ait quelqu’un pour qui s’appuyer dans cette épreuve, et pour être tout à fait honnête, Peter était plutôt soulagé de ne pas avoir à être cette personne. Il aurait voulu pouvoir jouer ce rôle, être capable de récupérer le statut de parent et d'être celui qui aiderait la jeune fille à garder la tête hors de l’eau. Mais il ne saurait pas comment s’y prendre. Comment était-il censé l’aider alors que lui-même avait l’impression de sombrer ? Il préférait ne pas trop s’étendre sur le sujet avec elle, pour ne pas l’entrainer dans sa chute. Elle semblait gérer la situation du mieux qu’elle pouvait, et c’était tout ce qui comptait pour lui.

Il était tenté de profiter de cet instant de silence pour changer de sujet, évoquer quelque chose de plus léger et de moins difficile, mais il pouvait voir que l’adolescente réfléchissait, comme si elle hésitait à se lancer dans une véritable discussion. Il n’avait pas envie d’avoir cette conversation, mais il n’avait pas le droit de la priver de ça. Il s’était promis d’être là pour elle si jamais elle avait besoin de parler et, même s’il avait espéré que ce ne serait jamais cas, il tiendrait cette promesse.

Elle ne comprenait pas le départ si soudain de sa mère, disait-elle. Peter aurait voulu lui expliquer, vraiment, mais lui non plus n’y comprenait rien. Il avait quelques soupçons, bien sûr. Il connaissait suffisamment bien Chloé pour avoir une idée de ce qui avait pu la motiver à disparaitre sans laisser de traces, mais devait-il partager ses théories avec Maeva ? Accepterait-elle mieux la situation si elle avait une vague idée des réelles motivations de sa mère ? Il en doutait. Il ne voulait pas embrouiller encore davantage l’adolescente en lui parlant des supposés engagements politiques de sa mère. Ce serait prendre le risque qu’elle érige sa mère en héro et ne suivre ses traces, ou au contraire qu’elle soit encore plus en colère contre elle. Finalement peut-être mieux valait-il laisser Maeva dans le flou. Se douter de la vérité serait peut-être pire que de ne rien savoir.

« Je ne sais pas, répondit-il simplement, sans regarder sa belle-fille dans les yeux. Je n’y comprends rien, moi non plus… »

Il jeta un coup d’œil rapide en direction de la jeune fille et fronça les sourcils en la voyant s’agiter nerveusement. Elle se comportait exactement comme si elle était sur le point de lui avouer une grosse bêtise, il l’avait déjà vu agir ainsi avec Chloé. Elle ouvrit la bouche une première fois, sans rien dire, avant de finalement se lancer. Il comprit ce qu’elle voulait dire un instant avant qu’elle ne prononce le mot fatidique, pourtant il fut malgré tout frappé par sa question. L’entendre le dire à voix haute lui fit l’effet d’une gifle.

Il s’arrêta de marcher et contempla un instant sa belle-fille, peiné par la peur et la douleur dans son regard. Il ne pouvait pas la laisser comme ça. Il s’était trompé : ne pas savoir était pire que tout. Il devait lui faire part de ses doutes, et de ses théories. Peut-être qu’il se trompait, mais cela lui donnerait au moins une explication autre que la mort de sa mère.

« Non, répondit-il avec conviction. Enfin, je n’en sais rien, mais je ne pense pas…Maintenant qu’il en parlait il commençait à douter lui aussi. On l’aurait su, non ? C’était ce qu’il se disait en tout cas, que tant qu’ils n’avaient pas de nouvelles, Chloé devait se cacher quelque part. Si les choses tournaient mal pour elle, ils finiraient surement par le savoir. C’était un maigre réconfort mais c’était mieux que rien. Je pense que ta mère est juste…Partie en cavale ? Recherchée par le gouvernement ? Elle avait certaines convictions politiques, commença-t-il, maladroitement. Elle n’était pas d’accord avec le gouvernement actuel et je pense qu’elle aurait pu s’engager auprès de… Terroristes. De groupes d’opposition. Peut-être qu’elle s’est sentie en danger et qu’elle est partie pour nous protéger… Je n'ai aucune certitude, évidement. Elle ne m'a rien dit. Mais c'est ce que je crois...»

Il trouvait ça terriblement égoïste, de se mettre ainsi en danger quand on était parent, et de faire passer ses combats personnels avant la sécurité de sa famille, mais peut-être Maeva verrait-elle la situation sous un meilleur jour. Par certains aspects, elle avait un peu le tempérament de Chloé, alors peut-être parviendrait-elle à le comprendre mieux que Peter. Il se remit lentement en marche, guettant les réactions de la jeune fille et regrettant déjà d’en avoir trop dit.


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La relation entre Maeva et Peter n’avait jamais été vraiment conflictuelle, ou compliquée . La jeune fille aimait son beau-père, et appréciait les moments qu’elle passait avec lui. En comparaison avec James Smith, Peter lui paraissait être un véritable modèle masculin. Du reste, il lui semblait parfois qu’il parvenait à tempérer sa mère, ce qui n’était pas pour lui déplaire – le caractère de Chloé étant explosif. Cependant, ils n’avaient jamais eu de réelles discussions, sur des sujets autres que ceux du quotidien. Avec les années, Maeva s’était un peu renfermée sur elle-même, et elle n’était pas sûre que son beau-père soit tout à fait prompte aux confidences. Aussi, lorsqu’elle se décida à s’ouvrir à lui quant aux craintes qu’elle nourrissait à l’égard de sa mère, elle tourna vers lui un regard curieux, étudiant ses réactions.

Au fond d’elle, Maeva avait seulement envie qu’il démente ses soupçons, mais elle avait depuis longtemps passé l’âge où on croyait ses parents immortels. Cependant, face à une vérité comme celle-ci, la jeune fille ne demandait que de redevenir petite, pour pouvoir se laisser tomber au sol et réclamer sa maman. Même si sa relation avec Chloé avait été conflictuelle pendant plusieurs années, Maeva aimait profondément sa mère – c’était pour cela que son départ si brusque lui avait été si douloureux.

« Peut-être, oui. » répondit-elle, songeuse, lorsque Peter argua que si Chloé était morte, ils l’auraient forcément su.

Enfermée entre les quatre murs de Poudlard, Maeva avait dû mal à se rendre compte des évènements qui se déroulaient à l’extérieur du château. Cependant, elle n’était pas dupe – d’autant plus que lorsqu’elle se rendait chez son père, les discussions sur le régime allaient de bon train, lui permettant de combler ses lacunes sur la question. Si elle n’avait pas de certitude, Maeva était toutefois sûre que des choses anormales se passaient dehors – alors, un corps dont il fallait maquiller la mort, voilà qui ne lui paraissait pas si compliqué à imaginer.

La réponse de Peter la plongea dans une grande réflexion, au fur et à mesure qu’elle prenait conscience de l’ampleur de la situation. Sa mère faisait partie d’un groupe d’opposition au régime ? La même Chloé qui venait l’embrasser le soir avant de dormir ? Celle-là était associée aux personnes qui avaient détruit la Marchebank ? Maeva fronça les sourcils à la recherches d’indices qui auraient pu lui laisser penser une telle chose. Elle essaya de rejouer leurs conversations, de trouver dans les paroles de sa mère un double-sens ; mais cet exercice fut vain.

Maeva n’était que très peu informée sur les « groupes d’oppositions » qui étaient apparus pour contrer le régime Marchebank. A Poudlard, les seuls journaux d’informations qui circulaient étaient la Gazette et Multiplettes. Un jour, elle avait trouvé un exemplaire d’un journal nommé le Cognard Déchainé, mais elle avait à peine commencé à le feuilleter que le professeur Londubat lui avait confisqué et s’était empressé de le dissimuler sous sa robe de sorcier. Interloquée, la jeune fille n’avait pas cherché plus d’informations.

« Ah. » souffla-t-elle, encore trop choquée par les révélations qu’on venait de lui faire pour pouvoir former une phrase cohérente.

Qu’est-ce que sa mère reprochait au gouvernement ? Pourquoi avait-elle décidé de s’engager contre le régime ? Et surtout : qu’est-ce qui l’avait poussé à partir ? A la fois pleine d’interrogations, Maeva se sentait aussi particulièrement soulagée d’avoir enfin des réponses aux questions qui tournaient en  boucle dans sa tête depuis plusieurs semaines, et surtout de pouvoir faire taire ces petites voix qui lui soufflaient des horreurs.

« Qu’à fait le gouvernement, pour que maman s’oppose à lui ? » demanda-t-elle tout de même.

Chloé Hellsoft était une femme censée, ses motivations envers le régime devaient donc être légitimes – du moins l’espérait-elle.

« Et toi ? Tu… Tu penses la même chose que maman ? Enfin, je veux dire… » elle hésita un instant, puis se lança. « Tu as les mêmes convictions qu’elle ? »


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Peter VirtanenProfesseur d'Etudes des Runesavatar
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Peter s'était engagé sur une pente glissante et perdait doucement le contrôle de la situation. Il n'était toujours pas certain d'avoir fait le bon choix en révélant la vérité à Maeva. Ce n'était même pas vraiment la vérité, d'ailleurs, mais plutôt l'hypothèse qu'il trouvait la plus probable. Une part de lui voulait croire que l'adolescente était assez grande pour entendre ce genre de révélations, et serait peut-être même soulagée de ne plus être laissée dans l'ignorance, mais d'un autre côté il craignait de lui avoir apporté plus de questions que de réponses. Et des questions auxquelles il avait peur de ne pas savoir répondre.

Maeva paraissait choquée, au point de ne plus savoir quoi dire. Peter garda le silence lui aussi, lui laissant le temps de digérer cette information.  Il aurait aimé pouvoir clore la discussion ici et ne pas affronter les doutes de la jeune fille, mais il savait qu'il n'échapperait pas à un interrogatoire. Il pouvait presque l'entendre réfléchir, et devina sa question un instant avant qu'elle ne se décide à la poser.

Il savait que la relation entre Chloé et Maeva n'avait pas toujours été simple. La mère et la fille étaient souvent en conflit, pour des tas de raisons différentes qui échappaient la plupart du temps à Peter, malgré lui spectateur de leurs disputes. Mais Maeva aimait sa mère, c'était évident, et elle l'estimait assez pour accorder de l'importance à son opinion. Il s'était préparé à ce qu'elle cherche à comprendre les motivations de sa mère, mais comment pourrait-il les lui expliquer alors qu'il était loin de les partager ? Son hésitation ne passa pas inaperçu puisque Maeva enchaine aussitôt en lui demandant s'il partageait les convictions de Chloé.

Il était coincé. Que pouvait-il répondre à ça ? Il ne voulait pas s'opposer frontalement à Chloé, ou critiquer trop vivement ses prises de positions, de peur de braquer Maeva contre sa mère, mais il se refusait à lui mentir. Il ne voulait pas défendre les convictions de Chloé alors qu'il n'y croyait pas. A vrai dire, il avait peur de voir Maeva s'engager sur le même chemin. Malgré leurs différences, la mère et la fille étaient semblables sur bien des points et il avait le sentiment que s'il présentait les choix de Chloé sous un jour avantageux, il risquait d'orienter Maeva sur une voie dangereuse.

"C'est un peu compliqué à expliquer... avoua-t-il. J'imagine que tu sais qu'il se passe des choses graves en ce moment, comme l'attentat à Léopoldgrad."

Les élèves de Poudlard étaient assez protégés du monde extérieur et n'avaient pas toujours conscience du climat actuel, ce qui était une très bonne chose d'après Peter, mais ils n'avaient évidement pas pu passer à côté du drame de Léopoldgrad, dans lequel ils avaient perdu deux étudiants.

"C'est normal que les mesures prises par un gouvernement ne plaise pas à tout le monde, reprit-il avec hésitation. Il y aura toujours des forces d'opposition, des groupes de contestataires. Disons qu'actuellement certains de ces groupes sont particulièrement violents, ce qui force le gouvernement à réagir de façon parfois violente aussi -avec le couvre feu sur Bristol par exemple. Et les contestataires sont encore plus mécontents, et ainsi de suite... commenta-t-il avec un haussement d'épaules. Tous les groupes d'opposition ne sont pas des terroristes, évidement."

Il ne voulait surtout pas que Maeva pense que sa mère faisait partie des tarés qui avaient fait explosé la March'bank. Elle n'avait pas besoin de se torturer avec ce genre de pensée pour le moment. Lui-même était obsédé par cette question. Il était à peu près certain que Chloé s'était engagée dans la résistance, mais à quel point ? Qu'avait-elle fait pour se retrouver obligée de prendre la fuite ?

"Je ne sais pas exactement quelles étaient...Quelles sont, se corrigea-t-il un peu tard, les motivations de Chloé, mais je suis certain qu'elle n'a jamais supporté les terroristes qui ont organisé l'attentat, si c'est ce qui te préoccupe, assura-t-il. Et moi non plus, je ne les soutiens pas. Mais ta mère a pu malgré elle se retrouver mêlée à des personnes dangereuses, c'est surement pour ça qu'elle s'est éloignée..."

Ce n'était pas exactement ce qu'il pensait, mais il refusait de faire part de ses véritables soupçons à Maeva. Il en avait déjà trop dit de toute façon. Il était conscient que ce n'était pas des informations à mettre dans les mains d'une adolescente de seize ans, mais il estimait qu'elle avait le droit de savoir. Il espérait simplement que ces révélations ne lui monteraient pas trop à la tête et ne la pousserait pas à faire des erreurs de jugement.


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Maeva resta muette devant les révélations de Peter et elle ralentit sa marche malgré elle. Que sa mère soit investie auprès d'un groupe de contestation ne l'étonnait pas spécialement - n'avait-elle pas fait partie de la Résistance lors de la seconde guerre des sorciers ? Pour autant cet engagement lui laissait un goût amer, quelque chose qu'elle ne parvenait pas à réprimer - une crainte qu'elle avait toujours alimenté, et cela depuis l'enfance.

Pendant l'année de la Terreur, Maeva avait vécu avec ses grands-parents - sa mère étant engagée dans une cause plus grande lui disait-on, lorsqu'elle l'appelait à grands cris. Quant à James Smith, il ne faisait pas réellement partie du tableau familial que l'on pouvait espérer ; ce n'était toujours pas le cas aujourd'hui. Maeva avait donc vécu sans Chloé pendant longtemps - trop longtemps pour une petite fille de son âge, qui ne comprenait pas la situation. En grandissant, elle avait nourri un véritable complexe de l'abandon, renforcé par une rancune qu'elle cultivait à l'égard de sa mère. Leur situation avait été conflictuelle pendant très - très - longtemps. Maeva avait été mesquine, jouant parfaitement la fille-à-papa, boudant lorsque sa mère venait la récupérer à la fin du weekend qu'elle passait chez James. Quand son père lui avait présenté Eden, elle s'était sentie abandonnée par la seule personne qui lui avait manifesté un réel intérêt - trop jeune pour comprendre qu'une des motivations de James lorsqu'il la couvait de cadeaux était d'embêter son ex-femme.

En mûrissant, les relations qu'elle entretenait avec sa mère s'étaient heureusement apaisées - en partie grâce à Peter et sa force calme, et à Lou qui lui gonflait le coeur de bonheur. Pour autant, la mère et la fille avaient toujours un sujet sur lequel se disputer : les fréquentations de Maeva, son attitude en classe, le temps qu'elle passait avec Noah...

Cette nouvelle disparition avait laissé Maeva emplie de tristesse, mais surtout d'une colère bouillonnante. Maeva en voulait à Chloé d'être partie comme une voleuse, en alignant seulement quelques mots sur un post-it. Elle lui en voulait, parce qu'elle avait l'impression de ne pas compter.

Les révélations que Peter lui avait fait sur la situation l'aidait à comprendre un peu les motivations de Chloé. D'un point de vue parfaitement objectif, elle arrivait à s'expliquer le départ de sa mère. Mais Maeva avait seize ans et était loin d'être tout à fait objective quant au départ précipitée de sa mère. La vérité, c'était qu'elle se sentait encore pleine d'amertume vis-à-vis de cette nouvelle cause plus importante que ses propres enfants. Il y aurait toujours important, plus utile, plus intéressant. Et, même si elle se refusait à le montrer, la jeune fille était profondément blessée.

"Elle a laissé Lou, aussi..." murmura Maeva en cherchant le regard de Peter.

Maeva se sentait égoïste de ressentir tout cela - après tout, si sa mère avait décidé de s'engager dans un mouvement de contestation, ses raisons étaient sûrement réfléchies, valables, posées. Mais après tout, qu'en savait-elle ? Songea-t-elle avec tristesse. Sa mère ne lui avait rien dit ; pas d'indices, pas de messages. Elle ne valait que quelques mots laissés sur un papier déchiré à la va-vite.

La gorge serrée par tous ces sentiments qui l'envahissaient, Maeva tritura nerveusement une mèche de cheveux. L'avenir lui apparaissait brusquement bien sombre. Sa mère se battait peut-être pour quelque chose, mais qui se battrait pour elle ? Qui se battrait pour Lou ? Certainement pas James Smith, qui ne voyait pas plus loin que son Souaffle.

Maeva se sentait redevenue petite-fille, en proie à des terreurs qu'elle ne comprenait pas. Elle secoua doucement la tête, ses cheveux lui chatouillant le creux des reins. Elle n'était plus enfant - sa vie était remplie de personnes fabuleuses sur qui elle pouvait compter. Mais personne ne pouvait remplacer l'absence d'une mère, souffla une petite voix dans sa tête qu'elle ne parvint pas à faire taire.

"Elle ne reviendra pas, hein ?" finit-elle par demander, en brisant le silence qu'elle avait laissé s'instaurer. "Le gouvernement sait quelque chose sur ses... actions ?" Maeva tritura un instant ses mains, avant de poser une question qui lui brûlaient les lèvres. "S'ils ont des soupçons sur elle... Cela nous met en danger, nous ?"


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"Oui, elle a laissé Lou aussi..." répéta-t-il d'une voix faible.

Lou qui avait à peine trois ans et était bien incapable de comprendre pourquoi sa mère avait si brusquement disparu de sa vie. Lou qui continuait d'appeler "maman" quand elle se réveillait en pleine nuit après avoir fait un cauchemar. Lou qui ne garderait peut-être aucun souvenir de Chloé en grandissant. Egoïstement, Peter espérait qu'elle l'oublierait. Il préférait que Lou ne se souvienne pas avoir connu sa mère, plutôt que de la voir grandir en trainant derrière elle des souvenirs devenus douloureux. Il suffisait de regarder Maeva pour voir les ravages que l'abandon pouvait faire chez une jeune fille.

L'adolescente triturait mécaniquement une mèche de ses cheveux, le regard dans le vide. Peter s'en voulait d'être celui qui lui apportait des réponses si difficiles à accepter, mais il n'avait pas le coeur à lui mentir. C'était un rôle nouveau pour lui. Jusqu'à aujourd'hui il n'avait été que le beau-père, et cela lui convenait très bien. Il avait appris à apprécier les moments qu'il passait avec Maeva et il s'était rapproché de la jeune femme sans jamais avoir à assumer les responsabilité d'un parent. Et voilà qu'il se retrouvait brusquement avec un rôle à jouer dans la vie de la jeune femme qu'il n'était pas sûr d'être prêt à assumer. Son coeur se serra quand l'adolescente se décida finalement à poser la question qui la torturait depuis de longues minutes. Il aurait voulu pouvoir lui dire que si, sa mère reviendrait. Qu'elle l'aimait et qu'elle ne l'abandonnerait pas comme ça. Il aurait tellement vouloir lui promettre son retour, mais il n'avait malheureusement pas cette certitude.

"J'espère que si, répondit-il sincèrement en cherchant à croiser le regard de la jeune fille. Elle rentrera peut-être, un jour."

Elle pouvait aussi ne jamais revenir. Cette possibilité planait au dessus de sa tête depuis le départ de Chloé, sans qu'il se soit jamais forcé à l'affronter. Peut-être qu'elle était partie pour de bon, qu'il ne la reverrait jamais. Peut-être qu'il ne pourrait jamais lui dire combien il s'était inquiété, combien il lui en avait voulu, combien il l'avait détesté. Il ne lui pardonnerait probablement jamais, quelles que soient les raisons de son départ. A ses yeux rien ne pouvait justifier qu'elle l'abandonne, qu'elle abandonne Maeva, et Lou. Il ne se souvenait que trop bien du jour où elle lui avait annoncé sa grossesse. Elle disait qu'elle avait toujours voulu un deuxième enfant, et qu'elle l'élèverait "avec ou sans toi". Des paroles en l'air...

Peter fut tiré de ses sombres pensées par la question hésitante de Maeva à propos des soupçons du gouvernement.

"Je ne sais pas..."

Cette fois il n'avait pas le courage d'être honnête. Il ne pouvait pas lui dire que sa mère était activement recherchée et que si, effectivement, elle rentrait un jour, ce serait pour passer le reste de sa vie en prison. Il avait suffisamment accablé la jeune fille de mauvaises nouvelles pour ce soir. Maeva semblait déjà craindre le danger que pouvaient représenter pour eux d'éventuels soupçons.

"Non, affirma-t-il. Tu n'as rien à craindre, nous ne sommes pas en danger. Il avait conscience de ne pas être tout à fait honnête, mais ce n'était pas un mensonge, c'était une promesse.  Il n'y a aucune raison que tu sois inquiétée pour ce que ta mère a fait -ou n'a pas fait. Je ne laisserai rien vous arriver, à toi et à Lou. Il posa une main sur l'épaule de Maeva et chercha à capter son regard. Je te le promets." Et il n'avait jamais été aussi sincère.

Il ferait n'importe quoi pour les protéger. Absolument n'importe quoi. Un peu hésitant, il raffermit sa prise sur l'épaule de Maeva et, lentement, l'attira contre lui pour refermer son deuxième bras autour d'elle dans une étreinte un peu rigide mais qui se voulait réconfortante. Les câlins n'avaient jamais été son fort, il n'était pas quelqu'un de particulièrement tactile et n'était pas doué pour partager ses sentiments. Mais il sentait que l'adolescente avait besoin d'être rassurée, et peut-être en avait il besoin aussi.


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« Peut-être, un jour », les paroles de Peter avaient un goût d’espoir feint, comme s’il s’efforçait d’y croire, pour elle, alors qu’il était résigné sur la situation. Maeva sentit son estomac se tordre alors qu’elle levait les yeux vers son beau-père. Elle avait envie d’espérer que sa mère reviendrait dans un mois, un an, dix ans ; elle avait envie d’y croire si fort que cela lui faisait presque physiquement mal. Une douleur qu’elle connaissait très bien, une douleur qui l’avait suivi pendant une longue partie de son enfance quand sa mère l’avait confié à ses grands-parents et l’avait laissé, pendant près de deux ans, sans qu’elle ne la revoit une seule fois – ni elle, ni son père.

Elle avait toujours eu des séquelles de cet abandon. Petite, elle hurlait à la mort dès que Chloé quittait la pièce. En grandissant, elle s’était mise à rejeter sa mère pour lui faire comprendre ce que ça faisait, d’être laissée, d’être mise de côté. Aujourd’hui, elle se sentait toujours autant terrifiée par la perspective de se retrouver seule. C’était pour cette raison qu’elle ne laissait pas grand monde entrer dans sa vie et que – si elle était plutôt sociable d’apparence – Maeva était en réalité une jeune fille qui ne se confiait que très peu, et à très peu de monde.

« D’accord. » souffla-t-elle simplement lorsque Peter lui assura qu’elle n’était pas danger, pas plus que Lou.

Elles n’étaient peut-être pas en danger, mais elles avaient été sérieusement ébranlées par le départ de leur mère. Lou – qui faisait déjà des terreurs nocturnes depuis quelques mois – était de plus en plus agitée et réclamait sa mère à grands cris.

La main que Peter posa sur son épaule la sortit de ses pensées et elle se laissa entraîner contre lui, un peu surprise d’abord, puis tellement reconnaissante qu’elle referma ses bras sur son dos et se laissa aller contre son beau-père en fermant les yeux, laissant ses émotions s’apaiser par ce contact si étranger mais pourtant si réconfortant. Blottie contre Peter, Maeva prit conscience comme jamais que sa famille lui importait énormément. Et tant pis si ce n’était pas une cellule familiale traditionnelle ; tant pis si sa mère n’était pas là pour établir le lien entre Peter et elle. Ils sauraient l’établir seuls, décida-t-elle en se détachant de lui. Ils étaient déjà une famille ; un peu dysfonctionnelle peut-être, avec des défauts et des failles, mais elle savait qu’elle pouvait se reposer sur lui ; et elle voulait que Lou puisse compter sur elle de la même façon.

« Merci. » lança-t-elle simplement avec un petit sourire, un peu gênée par la situation car ils n’avaient jamais discuté autant à cœur ouvert. « On va chercher Lou ? » proposa-t-elle alors, avant d’ajouter, un peu hésitante : « Je pourrais dîner avec vous ce soir… »

Ils repartirent ensemble en direction de l’infirmerie. Beaucoup de choses avaient été dites ce soir, mais la principale avait été sous-entendue : leur famille, ébranlée par le départ de Chloé, tiendrait bon, quoiqu’il advienne.

[RP TERMINE]


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Elastic heart [Noah/Maeva/Peter]

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