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 Look what you made me do [Isabel]

Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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22 janvier au soir, chez Abel

Abel ferma à clé la porte de son bureau, salua l’un de ses collaborateurs encore dans l’open space en sortant, avant de s’engouffrer dans l’ascenseur. Une fois à l’intérieur, il sortit son Pear One, regarda fixement l’écran comme si quelque chose allait en jaillir, mais sans succès. Isobel n’avait pas répondu à son message. Il replaça l’objet dans sa poche, avec un soupir. Il était bien parti pour se faire une soirée film en solitaire sur son canapé. C’était étrange qu’elle ne lui ait toujours pas répondu, il était presque vingt heures, elle ne quittait pas le travail si tard, habituellement… Etaient t-ils à ce point surchargés au Ministère ? Elle avait déjà décliné sa proposition de se voir la veille et l’avant-veille, avançant qu’elle était trop occupée et qu’ils se verraient plus tard. Il prenait son mal en patience. Ils ne s’étaient pas vus depuis lundi, ils étaient vendredi, ce n’était peut-être que quatre pauvres jours, mais elle lui manquait.

En même temps, la semaine précédente, ils avaient réussi à se réserver un temps presque tous les jours, alors Abel sentait la différence. Il avait l’impression qu’elle était plus distante avec lui, il ne comprenait pas pourquoi et cela le frustrait. Le soupir qui s’échappa de ses lèvres quand il sortit sous le froid glaçant se transforma en nuage de vapeur. Il marcha lentement, les yeux fixés sur un sol qu’il ne voyait pas vraiment, car devant lui défilaient les souvenirs de ce week-end magique qu’il avait passé avec Isobel. Leur première fois, qui s’était suivie de multiples autres, car ils étaient restés tout le samedi chez elle, à se découvrir, à se faire des confidences, à se câliner devant la télévision, ils n’avaient eu besoin de rien d’autre que la présence de l’autre ce jour-là et c’était parfait ainsi. Puis ce dimanche qu’ils avaient passé aux Cornouailles… Cela lui avait fait un bien fou de partager ça avec elle, comme des petites vacances volées. Ils avaient passé un agréable lundi soir également, et depuis, plus rien. Ils avaient simplement communiqué par messages interposés.

Le transplanage le secoua et lui remit les idées en place. Il se faisait sans doute du souci pour rien. Elle l’avait prévenu qu’elle avait beaucoup de dossiers différents à gérer en ce moment. Il savait ce que c’était d’avoir du travail jusqu’au cou, alors il ne lui en voulait pas de ne pas pouvoir se libérer. Il avait simplement un pressentiment qui ne voulait pas le lâcher, une peur accrochée à son estomac qu’il y ait autre chose derrière. Il ne pouvait pas s’empêcher d’y penser.

Bon, finalement, songea t-il en pénétrant dans son appartement vide, il allait plutôt voir si Isaac était partant pour passer dans un bar, cela allait lui changer les idées. Il sortit donc son Pear One dans l’idée de lui envoyer un message et ce fut le moment où celui-ci vibra dans sa main. Avec précipitation, il l’ouvrit. Son coeur eut un petit sursaut.

« Je peux passer chez toi ce soir ? Il faut qu’on parle. »

Ses doigts pianotèrent sur l’écran, rapidement.

« J’y suis, je t’attends. »

Il garda l’objet dans ses mains en le refermant. Lui qui espérait être soulagé en recevant la réponse d’Isobel… Il se sentait plutôt fébrile. Le ton de son message lui semblait trop sérieux, « il faut qu’on parle » n’était jamais le genre de phrase qui prédisait un moment léger. De quoi voulait t-elle parler ? L’imagination d’Abel était un peu trop débordante pour son propre bien. En trois minutes, il avait envisagé toutes les options, jusqu’au pire : elle voulait arrêter. Ils étaient dans une espèce de période de test, il le savait, ils s’étaient mis d’accord là-dessus, il n’y avait rien d’officiel entre eux. Elle pouvait se retirer à tout moment et c’était ce qu’elle venait lui dire. C’était pour ça qu’elle n’avait pas voulu le voir cette semaine : pour le préparer à ce qu’elle allait lui dire, parce qu’elle n’avait plus envie.

Cette pensée appuyait tellement fort sur l’estomac d’Abel qu’il se força à respirer profondément pour l’évacuer. Sois plus rationnel, s’intima t-il, construis un raisonnement logique. Objectivement, qu’avait t-elle laissé transparaître le plus : des signaux en faveur de leur relation, ou en leur défaveur ? En faveur, il lui semblait, il en était certain même. Elle n’avait pas pu feindre toute la semaine passée, encore moins leur week-end. Dans ses gestes, dans ses mots, il avait senti une véritable tendresse, cela ne pouvait pas être un mensonge. Pour autant, avait t-elle des raisons de le repousser malgré ça, malgré ce qu’ils avaient partagé ? Et s’il avait fait quelque chose de travers avec elle, sans s’en rendre compte ?

Abel ne parvenait pas à ôter de sa tête de cette hypothèse défaitiste, il la tourna dans tous les sens, si bien qu’il sentit son coeur s’accélérer d’angoisse quand la sonnette retentit. A nouveau, il prit une inspiration. C’était inutile de tergiverser, le seul moyen d’avoir une réponse claire était d’aller ouvrir cette porte. Machinalement il replaça les coussins sur son canapé, puis revint faire tourner les clés dans sa porte d’entrée. La silhouette et le visage d’Isobel apparurent, face au sourire un peu faible d’Abel.

« Salut. »

Il resta dans sa position, contre l’encadrement, à un pas d’elle. Il se protégeait. Il ne voulait pas se pencher pour lui voler un baiser et prendre le risque de la voir ne pas y répondre, ou pire, se reculer. Si elle voulait l’embrasser pour le saluer, elle le ferait. C’était déjà un premier moyen de prendre la température…


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Isobel avait passé un week-end parfait avec Abel. Elle n’était pourtant pas très partisane de ce genre de vocabulaire un peu niais, elle aimait se targuer d’une certaine distance. Elle ne faisait pas dans les relations de couple, comme elle disait souvent. Et pourtant, ils avaient passé un week-end de couple, il n’y avait pas d’autre mot. Leur soirée au restaurant, romantique malgré eux, la nuit passée ensemble, le samedi tous les deux à paresser chez elle et leur dimanche au bord de la mer… Ils s’étaient quittés le lundi matin avec le sourire, Isy avait refermé sa porte sur Abel après un dernier baiser. Cette sensation d’euphorie avait duré jusqu’au soir, au moment où elle était rentrée chez elle. Puis l’angoisse l’avait frappée.

Elle ne faisait pas dans ce genre de relation. Et ce genre de relations, c’était le couple. Or, ils avaient passé un week-end de couple, comme dans les magasines ou les romans stupides. Ils s’étaient promis le non-engagement, la liberté, « juste eux deux », pas de comptes à rendre et pourtant, ils allaient manger des toasts au saumon au bord de la mer un dimanche… Elle était en couple. Elle ne savait pas à quel moment ça avait basculé mais ils étaient un couple. Et l’idée était tout à fait terrifiante. Parce qu’un couple, c’était des obligations, des engagements, dépendre de quelqu’un et, clairement, elle ne dépendait pas d’Abel, non ? Non. Elle était libre. Elle n’était pas en couple. Elle ne voulait pas être en couple. C’était trop compliqué, trop de problèmes qui pouvaient arriver… Alors voilà, ils n’étaient pas en couple et ils allaient devoir arrêter les petits week-end mignons au bord de la mer parce que ce n’était clairement pas possible. Elle avait déjà eu des relations sans engagement, avec Roy par exemple et Roy et elles n’allaient pas bruncher sur la plage, clairement pas. À partir de maintenant, Roy serait sa référence, voilà.

Elle avait eu cette idée en tête tout le mardi alors qu’elle se sentait encore stressée par rapport à cette histoire. Ils n’étaient pas en couple, ils avaient dit. Elle le savait. Elle se le répétait. Mais est-ce que Abel le savait, lui ? Après tout, au début, il avait voulu qu’ils entretiennent une relation amoureuse… Il avait été très doux avec elle ce week-end, très présent, très… petit-copain. Elle fut presque soulagée de répondre qu’elle ne pouvait pas le voir le soir, parce qu’elle avait son cours de danse. Immédiatement après, elle ressentit une grande culpabilité. Ils avaient passé un bon week-end, elle aimait ce que leur relation était devenue, est-ce qu’elle n’était pas en train de tout gâcher en paniquant bêtement dans son coin ? Peut-être qu’elle se faisait des idées. Peut-être que Abel et elle étaient tout à fait sur la même longueur d’ondes. Elle ne voulait pas qu’ils gâchent ce qu’ils étaient en train d’avoir, elle ne voulait pas pénaliser leur relation-sans-engagement.

Elle fut assez distraite, tout au long de son cours de danse, au point qu’elle en manqua des mouvements. Sa professeure, Mai, dû la reprendre plusieurs fois. Au final, elle sortit de là plus stressée que détendue, contrairement à d’habitude. Elle était vraiment douée pour se faire des nœuds au cerveau... Elle qui avait réussi à profiter simplement tout le week-end était en train de se prendre la tête toute seule dans son coin. C’était dommage. Elle allait rentrer et écrire à Abel, voilà tout.

Elle était en train de ranger ses affaires dans son sac de sport lorsque Piers, l’un de ses partenaires de danse, vint s’épauler au mur à côté d’elle. « Tu as l’air préoccupée » dit-il. Isobel secoua la tête, répondit avec un sourire. Tout allait bien. Il insista un peu. « Tu t’es trompée deux fois dans tes positions. » Il souriait, lui aussi. Elle était un peu fatiguée, concéda-t-elle. Elle passait de longues journées au travail. Il rit, ajouta qu’il comprenait et compatissait. Tu viens au spectacle ? ajouta-t-il. Oui, elle venait, normalement. Ils sortirent tous les deux de la salle en bavardant, se retrouvant dans les escaliers de béton brut. Isobel ne pouvait pas transplaner devant lui et il avait l’air décidé à la suivre, or elle ne reprenait pas le métro, comme lui. Elle s’appuya contre la rambarde métallique. Piers aussi. Ils avaient beaucoup de commandes, à son travail. Elle hocha la tête, pas follement intéressée. Il sembla le remarquer, s’interrompit, eut l’air gêné, sourit. Dévoila deux fossettes.

« Ça fait plaisir de te voir, ça fait longtemps » reprit-il comme pour dissiper la gêne. Oui, ça faisait longtemps concéda Isy, elle avait eu les fêtes de Noël, le Nouvel An puis quelques petits soucis de santé à l’automne. Elle ne parla pas d’attentat. Il n’y en avait pas eu, chez les moldus. « Oh » souffla Piers. « J’espère que ça va mieux ». Ça allait vraiment mieux. Cool, dit-il en souriant. Il s’était rapproché d’un pas. Il la dominait d’une tête. « Ça me fait plaisir ». Son aura avait changé. Isy recula un peu plus contre la rambarde. Je devrais rentrer, annonça-t-elle. « Vraiment ? » Il souriait. Sûrement, oui. Son sourire à elle était plus timide. « Mais non ». Il se pencha vers elle.

Quelque chose se jouait là, autre chose qu’un baiser. Il était plutôt beau, Piers, avec ses fossettes, ses yeux malicieux. Mais quelque chose la retenait. Elle avait l’impression que c’était mal. Elle n’avait jamais eu cette impression, avant. Elle suivait ses envies, ses impulsions. Mais ils avaient eu ce week-end, avec Abel. Ses baisers à lui, ses doigts sur sa peau et son sourire. C’était pour ça, que c’était mal. Mais ils n’étaient pas un couple, non ? Ils ne s’étaient rien promis. Elle avait peur de promettre. Elle avait peur de s’abandonner à cette relation et de s’y noyer complètement, comme avant. Piers, devant elle, lui offrait l’idée que rien n’avait changé, qu’elle était encore indépendante. Qu’elle n’était pas déjà accrochée. Piers effacerait son cœur battant devant les sourires d’Abel et cette sensation de bien-être. Elle le laissa se pencher un peu plus. Elle ferma les yeux.

Il l’embrassa. Elle l’embrassa. Quelques secondes, elle ferma les yeux et se convainquit que ce baiser avait un goût de liberté. Mais c’était amer. Alors elle le repoussa, des paumes, secouant la tête. « Je vais rentrer ». Il balbutia, s’étonna, s’excusa, essaya de la retenir mais Isy lui adressa un signe de la main avant de dévaler les escaliers. C’était un goût de culpabilité sur ses lèvres. Rien ne s’effaça sous la douche brûlante et elle se coucha en éteignant son PearO, comme pour ne pas croiser l’objet de ses pensées honteuses.

Le mercredi, elle lui dit qu’elle avait du travail.

Le jeudi, une réunion.

Le vendredi, elle ne lui répondit rien.

Isobel savait qu’elle n’allait pas pouvoir éviter Abel éternellement et pourtant, elle n’osait pas lui faire face après avoir embrassé quelqu’un d’autre. Ils n’étaient pas ensemble officiellement. Mais ce n’était pas bien pour autant. C’était même mal. Elle avait mal agi. Elle ne voulait pas lui cacher parce qu’elle ne voulait pas lui mentir. Elle avait peur de ruiner leur toute nouvelle relation, qui l’avait rendue si heureuse le week-end dernier. Elle regrettait sincèrement ce qui s’était passé. Elle avait cherché à se mentir à elle-même, à se convaincre qu’elle ne ressentait rien pour lui. Mais si cela avait vraiment été le cas, alors elle ne se serait pas sentie aussi coupable, aussi effrayée de ruiner leur lien. Elle détruisait vraiment tout…

Alors, le vendredi soir, elle avait pris sur elle. Elle ne pouvait pas le fuir éternellement et de toute manière, elle ne voulait pas le faire. Il lui manquait. Il faut qu’on parle, avait-elle sobrement répondu à son message. Nerveuse, elle avait transplané jusque chez lui et elle avait frappé. Il lui avait ouvert, appuyé contre le chambranle de la porte. Ses mains à elle tremblaient un peu. Il ne l’avait pas embrassée. Elle venait de lui imposer une semaine de distance, elle l’avait bien mérité.

- Salut, avait-elle soufflé en réponse.

Elle avait envie de l’embrasser mais elle n’osait pas. Elle ne se sentait plus légitime. Elle se contenta de glisser ses bras autour de son torse pour lui faire un câlin, posant sa joue contre son cœur quelques secondes.

- Je peux entrer ? finit-elle par demander en se détachant de lui.



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Abel ne savait pas comment interpréter l’expression sur la figure d’Isobel, puis la façon dont elle se logea tout contre lui sans un mot. A la fois perturbé et inquiet, il l’entoura de ses deux bras et posa son menton sur le sommet de sa tête, comme pour la réconforter. Il la sentait toute nerveuse, troublée. Elle ne le repoussait pas, au contraire, elle venait chercher son contact, alors il commençait à se formuler d’autres hypothèses face à son attitude. Et si elle avait appris une mauvaise nouvelle ? Un malheur concernant un proche, par exemple ? Cela expliquerait son silence -il savait qu’elle pouvait se montrer pudique- et ce câlin qu’elle venait chercher auprès de lui.

« Bien sûr, viens. »

Ses bras retombèrent le long de son dos, il lui attrapa une main pour l’attirer à l’intérieur, tandis qu’il s’écartait du passage. Elle savait où poser son manteau, maintenant, il la laissa se débarrasser de ses affaires avant de l’inviter à s’avancer jusqu’au salon. Il avait un peu débarrassé l’endroit pour ne pas l’accueillir dans trop de bazar. Voyant qu’elle ne s’asseyait pas, Abel s’approcha d’elle, puis glissa doucement sa main entre son cou et sa mâchoire.

«  Tu voulais qu'on parle ? Qu’est-ce qui se passe ? » murmura t-il en caressant du pouce sa joue.

Elle l’inquiétait. Elle n’avait laissé aucun indice dans ses messages, Abel était dans le flou total. Il l’avait sentie distance par messages, mais maintenant qu’elle était avec lui, il la sentait plus agitée qu’autre chose. Pourtant, il voulait qu’elle lui fasse confiance et sache qu’elle n’avait rien à lui cacher. Qu’elle soit attristée ou préoccupée par quelque chose, il pouvait essayer de l’en décharger. Si elle avait des ennuis, il voulait l’aider. De son regard, il l’encouragea.


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Abel était trop gentil avec elle, songea Isy avec un pincement au cœur. Alors qu’elle ne le méritait pas, qu’elle avait fait des choses blessantes pour lui. Il lui avait rendu son étreinte avec douceur, il avait caressé son dos et l’avait invitée à entrer chez lui sans hésiter alors qu’elle s’était montrée distante suite à leur week-end parfait. S’il lui avait fait la même chose, elle lui en aurait voulu alors que lui, il ne disait rien. Il lui prit la main pour l’entraîner à l’intérieur et elle glissa ses doigts dans les siens. Quand il la lâcha pour qu’elle puisse retirer son manteau, elle le posa à l’endroit habituel. Ils avaient déjà pris leurs habitudes l’un chez l’autre. Encore une chose qu’elle ne voulait pas perdre. Pourquoi est-ce qu’elle avait fait ça, bordel ? Elle se détestait, des fois.

Abel se rapprocha d’elle et glissa sa main entre son cou et sa mâchoire, dans un geste tendre. Elle eut un nouveau coup au cœur. Il lui caressait la joue, la regardait avec douceur et elle se sentait de plus en plus mal. Elle ne voulait pas lui cacher la vérité plus longtemps, elle espérait que cela ne ruinerait pas tout, juste parce qu’elle avait eu peur…

- Il faut que je t’avoue quelque chose, murmura-t-elle en fixant ses yeux dans les siens.

Elle se détacha légèrement de lui et l’entraîna vers le canapé, où ils s’assirent tous les deux, Isy sur l’une de ses jambes. Elle le fixa quelques secondes avant d’entourer son cou de ses bras, fermant les yeux quelques secondes pour profiter de l’étreinte. Elle déposa un baiser sur sa joue et dans son cou avant de se retirer, en prenant une grande inspiration.

- Avant tout chose, je voulais te dire que je regrette vraiment beaucoup ce qui est arrivé… C’était une bêtise. Je… J’ai paniqué parce que j’ai eu peur du tournant qu’on a pris ce week-end, c’était intense et ça m’a fait peur, alors… Bêtement, pour me prouver que… Que je n’étais pas trop accrochée, déjà, trop tôt.

Il ne servait à rien de tourner autour du pot.

- Mardi soir, j’ai embrassé un type de mon cours de danse.



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Elle devait lui avouer quelque chose. Pas lui dire, pas lui annoncer. Lui « avouer ». Abel était attentif aux mots, Abel réfléchissait vite, Abel était de nature à se poser beaucoup de questions. Elle avait dit « avouer » : il y avait donc plus de chances qu’il s’agisse de révéler une faute ou de rétablir la vérité sur un mensonge.

« D’accord. » dit t-il, la voix un peu rauque, en la suivant sur le canapé.

Son sentiment d’angoisse au creux de l’estomac, qu’il avait évacué tout à l’heure en respirant fort, commençait à revenir le tourmenter. Il essaya de le faire se rétracter mais il n’y réussit pas. La seule chose qui parvint à l’apaiser fut l’étreinte caressante d’Isobel et son baiser dans son cou. Il ferma les yeux, enserra sa taille de son bras. Elle n’allait pas partir comme il le craignait tout à l’heure, elle était là, juste dans ses bras, toute douce avec lui. Elle le détendit, un peu. Du moins, avant le petit préambule qu’elle formula.

Ses phrases étaient décousues, mais il sut attraper tout ce qui lui permettait de comprendre la situation. Une bêtise, disait-elle. C’était ce qu’il avait supposé tout seul. Elle regrettait, elle avait paniqué. Jusque là, cela ne l’engageait pas forcément lui. Mais dès lors qu’elle évoqua leur week-end à deux, Abel sut qu’il n’y avait pas d’illusion à se faire. Elle venait lui parler de leur couple. Enfin, leur « couple »… Ils n’en étaient pas un à proprement parler, il n’y avait rien d’officiel entre eux. Mais ils avaient tout de même un lien fort, un lien à deux, qu’Abel ne savait pas comment qualifier autrement. Leur week-end, comme elle le disait, avait marqué un tournant, et cela l’avait rendu réellement heureux. Mais elle, elle avait eu peur, avouait t-elle. Ce premier aveu donna la sensation à Abel qu’on lui lançait une pierre. Mais ce n’était rien comparé à ce qu’elle finit par lui révéler, brusquement.

Il eut la sensation que c’était son coeur qui se changeait en pierre, une lourde pierre en chute libre jusqu’au fond de son estomac. Il fut incapable de dire quoi que ce soit, sur le coup. Son regard vacillait dans celui d’Isobel, comme pour y chercher le mensonge. Mais ce n’était que pure vérité, un fait dur, réel, qu’il voyait se dresser comme une barrière entre eux. Elle avait embrassé un homme, un autre homme. Pendant une semaine entière, c’était lui, cet homme qui l’embrassait. Pendant tout un week-end, il l’avait étreinte, il l’avait aimée. Et elle, elle avait laissé quelqu’un d’autre avoir cette proximité, ce privilège avec elle, juste après lui… Comme elle lui était familière, cette lame qui s’enfonçait dans sa poitrine, glaçant les choses les plus chaudes contenues dans son coeur. Trahison.

Il détourna le regard, retira son bras autour d’Isobel. Il ne la poussa pas de sa jambe où elle s’était assise mais il recula le buste contre le dossier de son canapé. Comme assommé. Sa tête bourdonnait. Il remettait mentalement les phrases d’Isobel dans l’ordre, pour y retrouver cette logique qu’elle avait inversée en lui présentant d’abord des excuses. Elle n’aurait pas dû, il avait oublié sa toute première phrase, le regret qu’elle avait formulé. Seules ses dernières phrases étaient restées imprimées dans son cerveau. Elle avait embrassé ce type… pour « se prouver qu’elle n’était pas trop accrochée ». « Parce qu’elle avait peur ». Même dans ces explications, Abel ne trouvait absolument rien de réjouissant, ou même, de rassurant.

« Tu as… »

C’était inutile de le répéter, il avait bien entendu. Oui, elle avait embrassé quelqu’un. Il n’arrivait même pas à le dire, de toute manière. Ni à la regarder. Sa déception était trop forte et il ne voulait pas le lui montrer. Poussé par un sursaut d’orgueil, il fit en sorte qu’Isobel s’écarte pour pouvoir se lever du canapé. Il se sentait trop vulnérable en étant aussi proche d’elle, sous son regard, à portée de ses mains. Ses bras se croisèrent contre son torse, il avait à moitié tourné son buste par rapport à elle pour ne pas qu’elle voie complètement son visage.

« On ne s’était rien promis, de toute manière. » murmura t-il, en s’efforçant de donner à son ton le plus de neutralité possible.

Sûrement pas la fidélité. Elle avait fait un choix, qui le décevait, qui lui faisait mal, mais elle ne lui devait rien, ils s’étaient mis d’accord là-dessus. Abel s’en tenait toujours à ses décisions, même les plus difficiles. Il se rappelait l’enchaînement logique qui l’y avait conduit, et cela l’aidait à se tenir à sa résolution. Mais cette fois, bizarrement, il n’y arrivait pas. Il ne voyait plus pourquoi ils avaient noué cet espèce de pacte sans engagement. Ce qu’ils avaient vécu ces derniers jours avait tellement raffermi leur lien qu’il avait oublié.

Pourtant, il devait se rappeler à leur décision. Elle, elle l’avait très bien intégrée.


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Abel s’éloigna tout de suite d’elle. Son bras la lâcha et il recula, même s’il ne la poussa pas de ses genoux. Isobel se sentit tout de suite encore plus mal. Elle n'était pas soulagée de l’avoir dit, juste de plus en plus coupable. Elle venait de le blesser, elle le sentait dans son aura. Elle en eut beaucoup de peine : être honnête était ce qu’il fallait faire, elle ne s’imaginait pas lui cacher mais elle se sentait mal de l’avoir blessé, encore. Ils avaient décidé de cette relation sans attache justement pour ne pas souffrir et elle était arrivée à tout gâcher quand même. Coupable, elle se tut. Il avait besoin de digérer ce qu’elle venait de lui dire, elle comprenait, elle était prête à lui laisser de l’espace. Il ne la regardait plus et même si elle mourait d’envie de reprendre la parole, de le prendre dans ses bras pour le rassurer, pour lui assurer que tout allait bien, que cela ne changeait rien entre eux pour elle, que ça ne voulait rien dire, elle ne faisait rien, ses mains crispées sur ses genoux. Il tenta de reprendre la parole, avant de se taire. Elle lui avait fait vraiment du mal. Isobel sentit sa gorge se nouer. Elle était désolée, tellement désolée.

Il la repoussa pour se lever et elle en eut un coup au coeur. Elle le suivit du regard mais il ne la regardait pas. Il était presque de dos, bras croisés, fermé. Elle sentait dans son aura à quel point elle lui avait fait de la peine et surtout, elle le voyait. Elle n’avait pas l’habitude de le voir ainsi. Ils s’étaient tellement rapprochés la semaine dernière et le week-end dernier que le contraste n’en n’était que plus flagrant. Isy essayait de ne pas céder à l’inquiétude, de prendre sur elle pour ne pas l’accabler d’excuses, pour ne pas l’envahir le temps qu’il digère cette information. Pour autant, elle était déterminée à sauver leur relation. Elle regrettait ce dérapage mais cela lui avait fait réalisé des choses importantes, notamment à quel point elle tenait à cette histoire. Qu’il murmure qu’ils ne s’étaient promis lui porta un nouveau coup au coeur. Cédant à son impulsion première, elle se leva, se rapprocha de lui de quelques pas. Elle se retint de le toucher, pour ne pas le brusquer.

- Non, on ne s’était rien promis, mais ce n’était pas une raison. Abel, j’ai fais une erreur, je n’aurai pas dû. Je suis désolée, je suis sincèrement désolée, promit-elle.

Son premier réflexe fut de croiser les bras sur sa poitrine pour se donner une contenance mais elle se retint car ce n’était pas le langage du corps adéquat à avoir face à lui. Isobel savait que dans ce genre de discussions tendues, tous les détails étaient précieux.

- Ce week-end m’a rendue très heureuse. Mais quand je me suis retrouvée seule chez moi lundi soir, j’ai commencé à paniquer parce que… Parce que ça m’a fait ressentir beaucoup de choses, d’être avec toi. Et j’ai pris peur, souffla-t-elle. J’ai pris peur parce que… Parce que j’ai pris l’habitude d’être très indépendante et j’ai peur de souffrir dans une telle relation. Alors j’ai fais ça pour essayer de lutter contre ce sentiment.

Elle se rapprocha de lui, d’un pas.

- Mais c’était une erreur. Et je ne veux pas lutter contre tout ça, je veux en profiter, au contraire.



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Abel l’entendit s’approcher de lui. Il ne se recula pas, mais il se tendit légèrement. Il ne voulait pas qu’elle soit trop proche, il avait besoin d’encaisser d’abord. Il avait vraiment mal, c’était presque physique. Son coeur s’était serré, il sentait un poids dans son estomac. Elle lui avait imposé cette distance pendant une semaine, en se cachant derrière de fausses excuses. Et lui pendant ce temps-là, il n’avait fait que penser à elle, à leurs moments, à ses sourires. Comme un idiot.

La seule chose qui le retenait d’exprimer sa profonde déception et son sentiment de trahison c’était cette fameuse discussion qu’ils avaient eu tous les deux. Celle où ils s’étaient mis d’accord pour ne rien se promettre. Dans ce contexte, ce serait une réaction injuste et hypocrite de lui faire des reproches sur ce baiser et Abel avait des valeurs de droiture trop ancrées en lui pour ne pas s’y rappeler. Mais pourquoi, alors qu’il était capable de comprendre ce raisonnement intellectuellement, pourquoi avait t-il cette impression au creux du coeur que c’était elle l’hypocrite ?

Parce qu’il s’était investi, il s’était totalement laissé aller en l’espace de quelques jours avec elle, il s’était laissé prendre au piège de ses sentiments, sans se protéger suffisamment. Parce qu’il avait cru qu’elle ressentait la même chose, qu’elle acceptait de s’ouvrir à lui elle aussi, qu’elle avait confiance en eux. Tout dans son attitude le lui faisait croire, mais ce n’était pas le cas visiblement. Elle avait eu peur, suffisamment pour avoir envie de faire ce pas de côté. Abel se sentait floué quelque part. Ils avaient beau n’avoir rien promis, il se sentait trompé.

Au fond, c’était sûrement sa faute. Il aurait mieux fait d’avancer plus prudemment. A quoi s’attendait t-il ? Elle ne voulait pas de lui, au départ. Elle préférait rester son amie, rien de plus. Elle avait accepté de se lancer dans cette espèce de relation ambigüe parce qu’il avait insisté, parce qu’elle s’était laissée persuadée. Mais à la base, elle était convaincue qu’il valait mieux pour eux qu’ils n’aillent pas plus loin. Etait-ce si étonnant qu’elle revienne sur ses pas ? Non, c’était à prévoir. Il se sentait bête. Il avait l’impression de s’être trop emballé, trop vite, et c’était une désagréable piqûre à son ego.

Pourtant, elle lui affirmait qu’elle était très heureuse avec lui. Cela apaisa un peu ce mélange de déception, d'accablement et cette pointe d'irritation au fond de lui. Parallèlement, elle lui fit comprendre qu'elle craignait qu’ils soient proches. Oui, elle était peut-être heureuse, elle appréciait leurs moments, Abel voulait bien la croire là-dessus, parce que c’était trop difficile de croire qu’elle avait feint tout ce temps-là : elle était sincère dans ses gestes de tendresse pour lui, il le sentait. Mais voilà, elle avait cette petite voix en elle qui la retenait de trop se laisser aller. Il avait compris, elle n’avait pas complètement confiance, elle voulait se préserver. Là où Abel avait du mal à la croire, c’était quand elle lui affirmait qu’elle ne voulait plus écouter cette petite voix, finalement, alors qu’elle l’avait écoutée jusqu’à en arriver à embrasser un autre homme pour se convaincre qu’elle pouvait toujours le faire. Et de fait, elle avait pu. Elle l’avait fait.

Il se tourna vers elle, les bras toujours serrés contre son torse. Il la regardait cette fois, pour juger de sa sincérité.

« Tu n’es pas obligée de me dire ça, si tu n’es pas sûre. »

Il ne fut pas brutal ou accusateur dans son ton, mais pas forcément doux non plus. Il n’avait pas envie qu’elle lui dise tout cela juste pour lui faire plaisir ou le rassurer. Elle lui avouait ce qu’elle avait fait et ce qu’elle ressentait, et c’était une preuve de son honnêteté, mais il préférait qu’elle aille jusqu’au bout. Si elle avait des doutes encore, il voulait qu’elle les affirme, pas qu’elle les masque sous le tapis de sa culpabilité.

« J’ai compris, on est allés trop vite pour toi. C’est… C’est pas grave » souffla t-il. C’était un peu dur à avaler tout de suite, mais il s’en remettrait. « Si tu as besoin de plus de temps pour te sentir plus sereine et certaine de ce que tu attends de notre relation… Eh bien, on prendra le temps. Je te laisserai de l’espace. »

Elle n’avait pas l’air de vouloir arrêter leur relation, d’après ce qu’elle disait, et c’était déjà ça. Abel était prêt à réfréner ses élans et lui laisser plus d’espace, si c’était ce dont elle avait besoin. Le regard qu’il gardait sur Isobel se fit plus hésitant. Il y avait une autre question qui ne voulait pas sortir de sa tête, malgré lui. Il finit par la poser, d’un ton tout bas :

« Il n’y a eu que ça ? Ce… baiser ? »


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- J’en suis sûre, Abel, souffla-t-elle en le regardant droit dans les yeux.

Elle n’avait pas pris ses distances avec lui uniquement par culpabilité : elle avait eu besoin de réfléchir à ce baiser et à ce qu’elle attendait de sa relation avec lui. Il avait fallu qu’elle analyse le pourquoi de ce sentiment de culpabilité si fort, il avait fallu qu’elle comprenne pourquoi elle avait eu besoin d’embrasser Piers - ce qui ne lui était jamais arrivé avant - alors qu’elle venait de passer un week-end très heureux avec Abel. Elle avait fait le point avec elle-même et elle s’était forcée à être honnête. Elle avait pris peur mardi soir, parce que justement, elle avait été très heureuse avec lui. Elle avait embrassé Piers pour se prouver qu’elle n’était pas déjà accrochée à Abel après seulement une semaine. Elle s’était sentie coupable parce qu’elle savait qu’elle avait mal agi. Elle s’était sentie mal parce qu’elle avait agi contre elle-même, dans le fond. Elle était déjà accrochée à Abel, elle n’avait pas envie de s’éloigner de lui, elle n’avait pas envie d’embrasser d’autres hommes ou d’être avec d’autres personnes. Elle avait envie d’être avec lui même si cela lui faisait peur. Elle en était sûre, désormais. Elle avait eu besoin de faire ce cheminement, peut-être plus tard que lui, mais elle l'avait fait. Désormais, elle était certaine, même si elle avait peur : elle avait l’habitude de faire des choses qui pouvaient lui sembler effrayantes. Et si elle avait des remords plus tard… Et bien cela serait sûrement mieux que des regrets. Cette fois-ci, elle choisissait leur relation. Elle devait rattraper la situation, réparer sa bêtise, elle était déterminée à le faire.

- Non, je n’ai pas besoin de temps ou d’espace, répondit-elle. Je sais ce que j’attends de notre relation et… Je pense que je le savais plus tôt, mais je n’osais pas me l’avouer. Je n’ai pas envie qu’on s’éloigne, Abel, je te le jure.

Son cœur battait la chamade et cette inquiétude qui la saisissait était un signe supplémentaire, encore, qu’elle tenait à lui. Elle regrettait fermement ce qui s’était passé mardi et elle ne voulait pas perdre ce qu’ils avaient débuté. Quitte à se lancer dans cette relation, autant s’y jeter complètement. Elle était déjà accrochée à lui, qu’ils soient vraiment ensemble ou pas, il ne servait à rien de prétendre le contraire et de maintenir des distances fictives entre eux. Elle avait déjà essayé et ça n'avait pas très bien tenu... Elle était déterminée, désormais. La question qu’il posa sur un ton bas, hésitant, lui serra la gorge. Elle lui avait fait du mal. Elle en était tellement désolée…

- Qu’un baiser, promit fermement Isobel. Un bref baiser. Que je regrette.

Elle commença à se tordre les mains mais cessa ce geste. Elle voulait maîtriser les informations qu’elle émettait pour maîtriser cette conversation : les choses avaient tendance à leur échapper, quand ils avaient des échanges tendus, et elle ne voulait pas que cela soit le cas.

- Écoute, Abel… C’est vrai, j’ai eu peur. J’ai essayé de poser des limites, la première fois, et j’ai été incapable de les respecter, le week-end dernier parce qu’elles étaient stupides, ces limites. J’ai envie d’être avec toi, souffla-t-elle en le regardant dans les yeux. Vraiment.

Elle ne savait pas quoi dire pour le rassurer, l’apaiser, arranger les choses.

- Je ne voulais pas l’admettre parce que… Parce que j’ai été indépendante des années et je n’ai pas l’habitude de ce…. De ce genre de choses. Je ne sais pas trop comment m’y prendre et puis… On a un passif et je pense qu’on a tous les deux cette peur que ça se passe mal. J’ai essayé de me faire croire que je pouvais rester distante, détachée.

Elle se rapprocha d’un pas.

- Ce n’est pas le cas. Je n’en n’ai même plus envie. Je veux profiter de cette relation avec toi. Si toi, tu le veux encore.



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Abel ne savait pas quoi penser. Il voulait la croire, vraiment, tout ce qu’elle lui disait sonnait comme tout ce qu’il avait envie d’entendre… Mais c’était bien le problème. Il avait peur de répéter cette erreur d’aller trop vite et aller au devant d’une autre déception. Sans le vouloir, Isobel venait de remettre à jour un vieux schéma entre eux, qu’Abel craignait parce qu’il en avait beaucoup souffert. Ils se rapprochaient tous les deux, partageaient de véritables moments complices, lui se nourrissait d’espoirs… Et elle lui échappait. Brutalement, sans qu’il ne s’y attende. Face à Isobel qui lui assurait qu’elle était sûre, qu’elle ne voulait pas qu’ils s’éloignent, qu’elle savait ce qu’elle attendait, Abel se sentait comme devant une très belle lumière qu’il hésitait à toucher, par peur qu’elle ne le brûle.

Pourtant, il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. Il se souvenait de cette hésitation qu’il avait eue quand elle lui avait demandé s’il était sûr de vouloir cette relation sans promesses avec elle. Il avait cru qu’il pouvait gérer, s’en contenter. Il aurait du prendre davantage de temps pour y réfléchir, car visiblement, il s’était leurré. Il avait projeté des attentes sur elle, forcément, sinon cet écart qu’elle avait eu ne l’aurait pas autant déçu. Il ne l’aurait même pas perçu comme un écart, en fait. Elle lui affirma qu’il n’y avait rien eu de plus avec cet homme et Abel se maudit presque de s’en sentir aussi soulagé. Mais c’était plus fort que lui, ce qu’elle avait fait l’atteignait. C’était une vision suffisamment détestable, cette image mentale qu’il se faisait d’elle, accrochée au cou d’un danseur séduisant qui l’enserrait de ses bras puissants, sans qu’il ne rajoute d’autres détails plus déplaisants encore…

Plongé dans son monde intérieur, il ne disait rien et son silence dut inquiéter Isobel, car elle se mit à donner davantage d’explications. Le regard d’Abel glissa de ses mains nouées, à son visage crispé par l’inquiétude. Il l’écoutait, sans rien manquer, malgré lui il se laissait imprégner par ses mots rassurants. Il était incapable de détourner le regard quand elle y plantait le sien en lui assurant qu’elle voulait être avec lui. Il s’accrochait à ces paroles, il le sentait, alors qu’il aurait voulu conserver la distance suffisante pour réfléchir.

*Réfléchis, Abel, laisse-toi le temps.*

Il ferma les yeux, se répétant cette injonction comme un mantra. S’il résumait ce qu’Isobel lui confiait, elle avait agi pour se conformer aux limites qu’elle avait fixées, avant de se rendre compte qu’elle n’en voulait plus. Elle n’était pas habituée à s’engager dans une relation de couple, lui avouait t-elle pour la deuxième fois. C’était ce qu’elle lui avait dit, ce fameux soir. « Je ne donne pas dans la relation sérieuse, tu sais, je les fuis, au contraire… ».  Il n’avait pas prêté toute l’attention qu’il aurait fallu à cet aveu et à ce qu’il impliquait. Elle avait réalisé ses propres paroles, elle avait fui, en quelque sorte. Elle avait fui devant cette relation qu’ils développaient et qui lui semblait un peu trop sérieuse. Elle aussi, elle avait peur que ça se passe mal.

N’était t-il pas bien placé pour comprendre ce cheminement ? Cette pensée lui vint soudainement que ce qu’elle avait fait n’était pas si différent de lui qui s’était précipité dans les bras de Madison, après ce baiser à la Nouvelle Orléans. Il s’était senti effrayé, pas prêt du tout à être aussi proche d’Isobel. Alors lui aussi, il était parti en quête d’une preuve pour lui-même, celle qu’il n’était pas si accroché. Il pouvait comprendre. Mais la situation entre eux avait évolué entre temps, ils s'étaient mis à nu tous les deux, Abel aurait aimé qu’ils soient sur la même longueur d’onde. Le simple fait qu’Isobel ait songé à écarter ces moments magnifiques qu’ils avaient partagés lui faisait mal, c’était plus fort que tous les raisonnements logiques qu’il pouvait construire. Il ne savait pas comment le lui dire.

Abel ne recula pas quand elle s’approcha. Il voulait bien la laisser venir. Il était encore tout à ses pensées, mais il était sûr d’au moins une chose.

« Je le veux aussi. »

A présent, il regardait Isobel avec un mélange d’hésitation, de trouble et de douceur. L’idée de la rejeter n’était même pas une option. Il était déjà trop accroché à elle et il le savait. Mais cet évènement avait prouvé les failles dans la façon dont ils avaient défini leur relation. Alors ils devaient en discuter, recommencer, sans répéter les mêmes erreurs.

« Mais… Je ne veux pas qu’on s’y prenne mal ou qu’on se trompe sur ce qu’on attend de notre relation » poursuivit t-il. Il suspendit sa voix, gêné. « Je crois que je n’étais pas prêt à gérer notre accord finalement, parce que ça… Ca me blesse. »

S’il y avait bien une chose qu’Abel avait appris de ses précédentes relations de couple -à part qu’il n’était pas très doué pour garder une femme près de lui-, c’était l’importance qu’il y avait à signifier à l’autre ses limites. Il n’avait aucun intérêt à prétendre que ce baiser qu’avait donné Isobel à un autre homme ne l’atteignait pas, bien au contraire. S’il voulait pouvoir continuer avec elle, il fallait qu’elle soit consciente de ce qu’il n’était pas capable de supporter. Elle lui avouait qu’elle n’était pas bonne dans les relations de couple, qu’elle ne savait pas comment s’y prendre. C’était à son tour de lui avouer qu’il n’était pas très bon dans les relations libres non plus.

« On avait dit qu’on n’attendait rien l’un de l’autre mais…  Je ne veux pas te partager, c’est ma limite. »

Pour tout le reste, il pouvait s’adapter. Mais il avait besoin de sentir que ce qu’ils avaient partagé ce week-end et qu’il avait ressenti comme des moments forts, une relation privilégiée et unique, n’était pas un vaste nuage de fumée ou quelque chose qu’elle pouvait aller chercher ailleurs à tout moment. Maintenant, c’était à elle de lui dire si elle était prête à perdre cette indépendance dont elle lui parlait à l’instant. Elle lui avait affirmé savoir ce qu’elle attendait de leur relation mais elle ne l’avait pas encore explicité. Elle avait simplement l’air de lui dire qu’elle était prête à s’engager davantage. Mais comment ? Jusqu’à quel point ? L’était t-elle vraiment ? Abel s’approcha à son tour, d’un pas. Il souffla, son regard cherchant le sien :  

« Qu’est-ce que ça veut dire pour toi quand tu me dis que tu veux être avec moi ? »


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Isobel avait vu Abel fermer les yeux comme pour mieux assimiler ses propos et elle s’était tue l’espace d’un instant. Elle ne voulait pas qu’il se braque car elle souhaitait que cette conversation ne leur échappe pas, chose qui leur arrivait souvent. Ce n’était plus ce qu’elle voulait désormais. Elle tenait à ce lien qu’ils avaient, même si c’était effrayant pour tout plein de raisons. Elle était bien avec lui. C’était une certitude qu’elle avait et elle se raccrochait à cela pour ignorer le reste, toutes les autres choses effrayantes, les angoisses qu’elle avait sur l’avenir s’ils continuaient dans cette voie. Pour le moment, elle était bien. Ils étaient bien. Enfin, si elle n’avait pas tout gâché… Abel finit par ouvrir les yeux et souffler quelque chose qui la soulagea. Il le voulait aussi. Ils allaient continuer. Ils allaient réussir à rattraper tout cela. Un sourire lui échappa malgré elle, heureuse de voir qu’elle n’avait pas signé la fin de leur relation avec une bêtise comme celle-ci. Leurs regards s’étaient de nouveau croisés et il lui semblait qu’il la regardait avec plus de douceur. Elle avait envie de le serrer dans ses bras.

- Je suis désolée, souffla-t-elle encore une fois quand il affirma qu’il était blessé.

Elle n’était pas tellement surprise qu’il lui avoue peiner à gérer leur accord finalement, elle l’avait bien vu avec son annonce… Elle aurait dû s’en douter même avant cela : il n’avait accepté cet arrangement qu’en désespoir de cause, à l’origine, il voulait être un couple avec elle, un couple traditionnel et donc monogame. Rien d’étonnant donc à ce qu’il propose de redéfinir leurs attentes. Elle s’y était attendue et surtout, elle était d’accord. Elle le voulait aussi, maintenant. Elle se sentait prête. Parce que sa liberté à elle était aussi conditionnée à celle d’Abel et il aurait été mentir que de dire qu’elle était ravie à l’idée qu’il aille fréquenter d’autres personnes. Penser à Madison lui serrait le coeur. Ils étaient trop bien tous les deux. Elle avait envie de garder leur bulle. Elle hocha la tête quand il avoua que sa limite était de la partager. En temps normal, elle aurait tiqué sur l’expression mais cette fois-ci, elle comprenait ce qu’il voulait dire. Ils avaient envie de partager quelque chose d’unique, d’intime. Elle ne voulait pas le partager non plus.

- Je suis d’accord, répondit-elle en plongeant son regard dans le sien.

Elle avait envie de lui prendre les mains mais elle n’osait plus, comme si elle avait un peu perdu ce droit. Il fit un pas vers elle, réduisant encore un peu la distance entre eux et elle lui sourit. Sa question la prit un peu de court et son premier réflexe fut de hausser les épaules, pas très à l’aise. Elle ne faisait jamais ce genre de choses, les relations sérieuses. Tout ce qui avait pu s’en rapprocher, c’est-à-dire de longues fréquentations de la même personne, n’avait jamais été formalisé.

- Euh et bien…

Elle avait balbutié, ce qui n’était pas vraiment son habitude.

- Qu’on soit tout les deux, tu sais. Avec le pack complet habituel. Habituel des couples.

Ce qui était tout à fait clair, évidemment.

- J’ai jamais vraiment fait mais… Tout ça quoi.

Elle avait eut un geste de la main comme pour englober un lot imaginaire.



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Abel ne répondit rien quand elle s’excusa mais il laissa ses paroles, qui lui semblaient sincères, le rassurer un peu. Elle avait l’air de réellement regretter ce qui s’était passé. Au moment d’accepter leur accord, deux semaines plus tôt, il n’avait en toute honnêteté pas envisagé le fait qu’ils puissent fréquenter d’autres personnes, tous les deux. Il n’en avait pas envie, c’était elle qui occupait toutes ses pensées, c’était avec elle qu’il voulait passer son temps. Abel était quelqu’un de très loyal et il savait qu’Isobel l’était aussi. Elle avait simplement eu peur du tournant que prenait leur relation, c’était ce qu’il se répétait maintenant, pour apaiser sa contrariété et sa déception. Elle avait fait ce pas en arrière, mais à présent elle en faisait deux vers lui. Il fut soulagé de la voir sourire et l’entendre dire qu’elle était d’accord avec lui, qu’elle voulait qu’ils restent exclusifs tous les deux.

Parce qu’il ne voulait plus de malentendus de ce genre, Abel lui demanda explicitement ce qu’elle attendait de leur relation et il vit son expression se transformer. Hésitante, intimidée. Mais il ne dit rien, il la laissa parler. Il ne voulait pas l’influencer de quelque façon que ce soit. Il fallait que cette réponse vienne d’elle et d’uniquement elle. Que voulait t-elle ? Il ne pouvait pas répondre à sa place. Il fallait qu’ils sachent de façon claire ce que l’autre attendait, pour ne plus faire de faux pas. Isobel finit par lui donner cette réponse, de façon… absolument pas claire. Et même plutôt déroutante. Abel avait froncé les sourcils, un peu perplexe. Le pack complet habituel ? L’expression était étrange, c’était le moins qu’on puisse dire. Il regardait Isobel en tentant de comprendre ce qui se passait dans sa tête, derrière ce regard fuyant et ces paroles floues. Habituel des couples. C'était confus mais elle avait prononcé le mot qu'il attendait. Elle voulait qu’ils forment un couple.

Son dernier aveu, et le geste qui l’accompagna, tirèrent un léger sourire à Abel. D’amusement, parce que la situation devenait assez drôle. De soulagement, un peu, parce qu’elle lui disait ce qu’il voulait entendre. Enfin… C’était ce qui lui semblait. Il s’avança encore, abolissant la distance entre eux. Il la regardait dans les yeux, surpris, déconcerté, amusé, un peu attendri. Il fut assez proche pour glisser sa main dans la sienne et entrelacer leurs doigts.

« Et qu’est-ce qu’il y a dans ce pack, pour toi ? »

Ce n’était pas pour l’embarrasser. Il voulait savoir, il voulait être sûr qu’ils voyaient les choses de la même façon tous les deux. Il l'incitait du regard à expliciter ses envies, sans réussir à faire totalement disparaître son petit sourire en coin. D’accord, c’était aussi pour l’embêter, une revanche gentillette. Et parce que c’était la première fois qu’on lui demandait une relation de cette façon, alors il était curieux de voir ce qu’elle allait sortir d’autre.


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Abel fit de nouveau un pas vers elle et l’étau dans la poitrine d’Isobel se dénoua enfin. Il venait de glisser ses doigts entre les siens et elle savoura ce contact avec soulagement parce qu’elle avait eu peur de le perdre. Il semblait vivre plutôt bien - ou du moins bien s’en remettre - son aveu de baiser avec Piers. C’était tout ce qu’elle voulait, mettre cette erreur derrière eux et passer à autre chose ou plutôt, continuer de profiter de ce qu’ils avaient, sans se laisser dicter par ses peurs. Elle entendit un peu d’amusement dans sa voix lorsqu’il lui demanda ce qu’il y avait dans le fameux pack qu'elle évoquait et elle secoua légèrement la tête, embarrassée. Elle avait les yeux baissés. C’était peut-être ridicule à son âge mais elle n’assumait pas tellement ce genre de choses, parce qu’elle ne s’y était jamais risquée. Elle n’avait pas de soucis à séduire mais par contre, parler de choses plus sérieuses… Elle était presque timide.

- Arrête, tu sais bien, souffla-t-elle en réponse.

Elle avait dit le mot couple, c’était suffisant. Abel avait déjà fait ça, sûrement, il devait bien voir ce qu’elle entendait par là. Les trucs normaux quoi. Que faisaient les couples, enfin, dans l’idée qu’elle s’en faisait. Ne résistant plus, elle dénoua sa main pour passer ses bras autour de son torse et se blottir contre lui, fermant les yeux. Elle sentait la chaleur de sa peau sous sa joue, sa respiration lente. C’était apaisant.

- Je ne vais pas te demander de sortir avec moi, on a plus douze ans, c’est bon…



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