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 On their mind (Virgil & Nelly)

Nelly HorrocksPréfèteavatar
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20 Avril 2010 ; Villa des Horrocks



Un morceau de rock en fond sonore, Nelly astiquait la table de la cuisine en se déhanchant. Les enfants Horrocks avaient la maison pour eux seuls pendant quatre jours et en prévision d’une soirée entre amis, la jeune femme venait de préparer un fondant au chocolat et un gâteau au yaourt à présent dans le four. Une douce odeur sucrée se répandait dans la maison et lui donnait déjà l’eau à la bouche. Les pâtisseries, les sucreries… quelles belles inventions ! Si seulement l’organisme humain pouvait se satisfaire d’un régime alimentaire uniquement composé de gâteaux ! songea-t-elle en se postant face au four pour regarder la pâte gonflée.

« Ça sert à rien de les regarder, ils vont pas cuire plus vite... »

Mickaël, casque sur la tête et avachi dans le grand canapé à la couleur criarde, avait levé les yeux de son téléphone pour observer sa sœur avec amusement.

« - Si seulement… J’ai envie de les manger tout de suite, souffla Nelly en sortant de sa contemplation pour s’affaler à son tour dans le sofa. Du coup, t’as invité qui toi ? demanda-t-elle en faisant rouler sa tête sur le dossier pour observer Mike. … Ronge pas tes ongles !
- Hum ? L’intéressé glissa son casque sur son cou, abandonnant par la même occasion ses ongles bien trop courts. Euh… Mia, Jonathan et Ethan, de Poudlard, précisa-t-il.
- De Poudlard ? Ça ira avec… les autres ?
Les autres amis de Mickaël étaient des moldus et Nelly ne tenait pas à ce qu’il se passe quoi que ce soit.
- T’inquiète, c’est un né-moldu aussi.
- Parfait. Chloe, de ma promo, vient aussi normalement. »

La Serpentard et amie de Nelly vivait dans un univers bien sorcier mais sa famille, peu attachée aux traditions, était très ouverte aux moldus, la préfète lui faisait donc confiance quant aux précautions à adopter.

« - C’est compliqué quand même…
- De quoi ? questionna Nelly en coulant un regard curieux sur son frère.
- Avoir une vie sociale « moldue » seulement pendant les vacances… et en même temps garder contact avec ses amis de Poudlard, analysa Mike en laissant tomber son smartphone sur son ventre.
- Oui… mais c’est comme ça. Le pire c’est de mentir sur ce qu’on fait comme études et de ne pas pouvoir parler de nos cours avec nos potes d’ici. »

Nelly adhérait totalement au constat de son petit frère. Esquiver les questions de leurs amis moldus était parfois difficile… Surtout quand il s’agissait de devoir expliquer où ils étaient la majorité de l’année et pourquoi ils ne pouvaient communiquer que par courriers. Sur ce point en particulier, la préfète songeait de plus en plus à faire l’acquisition d’un Pear One – ou Two, soyons fous – pour échanger plus facilement avec ses amis moldus depuis Poudlard. Les Pears pouvaient bien contacter des téléphones moldus, non ?
Mike avait raison, concilier vie sorcière et vie moldue n’était pas une tâche aisée : elle-même avait plusieurs fois eu peur que ses amitiés s’effritent avec le temps. Perdre des amis comme Liam ou Hannah à cause de son statut de sorcière et de sa scolarité à Poudlard lui serait insupportable. D’autant plus qu’ils se connaissaient tous depuis leur plus jeune âge en habitant la même ville, voire le même quartier, en ayant été scolarisés dans la même école élémentaire, en zonant dans les mêmes lieux depuis des années… Ils avaient tous été traînés par leurs parents aux après-midi débiles réservés aux jeunes et élaborés par l’association du quartier présidée par des vieux riches à moitié séniles. Nelly n’avait jamais vraiment apprécié ces après-midi « pédagogiques » où ils ne pouvaient même pas jouer ! L’essentiel du projet se résumait à du soutien scolaire, à des « activités découvertes » et à des sensibilisations au code de la route. Elle avait juste aimé participer aux ateliers peinture et dessin mais son père les avait toujours obligés à y aller, Éline, Mike et elle, sous prétexte qu’ils n’étaient qu’à dix minutes à pied des locaux de l’association et que, selon ses propres mots : « Cela fera causer les vieux si vous n’y allez pas. Et je n’en ai clairement pas envie... »
Il était vrai qu’entre les retraités du quartier, les nouvelles et ragots circulaient vite et le fait que Robert Horrocks n’incite pas ses trois enfants à participer à la vie collective serait vite devenu le mauvais exemple à ne pas suivre…

Quoiqu’il en soit, Nelly gardait de merveilleux souvenirs des moments passés en compagnie de ses amis, moldus ou sorciers, et espérait ne jamais avoir à choisir un jour entre les uns et les autres.

Une porte s’ouvrit dans le couloir d’entrée et les derniers pas d’Éline dans les escaliers qui remontaient du garage résonnèrent entre les murs. Quelques secondes plus tard, la grande sœur de Nelly apparaissait dans l’embrasure de la porte coulissante qui ouvrait sur le salon, les bras chargés de sacs et de boîtes en carton blanc.

« Il y avait un de ces mondes chez le traiteur ! soupira la jeune femme en se dirigeant vers la cuisine. Les gens ont la flemme de se préparer leurs repas ou quoi ? C’est bon les gens, c’est pas le réveillon…
- Oui, comme nous Éline, remarqua Nelly avec un sourire amusé, la voix déformée tant elle s’était laissée glisser dans le canapé.
- Non, moi je suis une worcking-girl qui n’a non pas la flemme mais pas le temps de préparer des repas pour ses invités. J’ai travaillé ce matin, moi ! »

Après une grosse remise en question, Éline avait abandonné sa paresse légendaire pour reprendre ses études après trois années sabbatiques, pour le plus grand plaisir de Nelly. Elle suivait une formation en communication et avait réussi à décrocher une alternance dans une boîte d’événementiel à Londres, domaine qui l’intéressait et pour lequel elle avait travaillé six mois l’année dernière afin de se payer seule sa formation, sans l’aide de leur père. Nelly avait été surprise de ce retournement de situation, tout s’était décidé très vite, elle avait même cru que sa sœur allait finalement abandonner, mais elle devait admettre qu’Éline s’en sortait plutôt bien et qu’elle se sentait assez fière de la voir enfin prendre son envol et s’épanouir dans un domaine qui lui plaisait.

« J’ai prit des petits-fours, plein, des quiches et un pain-surprise, énuméra Éline en rangeant les boîtes en carton et le contenu de ses sacs dans le réfrigérateur. Hmmmm… ça sent bon ! s’extasia-t-elle en refermant le frigo pour aller coller son nez contre la vitre du four. T’as fait un fondant ? Coooool ! Et toi Mike, t’as fait quoi ? Rien ?
- Si, j’ai sorti et nettoyé le salon de jardin pour ceux qui veulent aller dehors, se défendit le Serdaigle.
- Tu m’amènes toujours à Londres ? intervint Nelly en jetant un coup d’œil à l’heure. Sinon je prends le bus.
- Je te dépose c’est bon, je vais à la Pole. »

Éline faisait de la Pole Dance depuis quelques années maintenant et, malgré les clichés et remarques concernant ce sport – ne courrez pas le risque de lui dire autre chose –, elle adorait ça et ne manquait pour rien au monde ses entraînements où elle s’était faites de très bonnes amies. De son côté, Nelly trouvait cela très bête, les stéréotypes, c’était super beau la Pole Dance et Éline avait des jambes, des épaules et des abdos de rêve… Les filles qui critiquaient étaient jalouses et les gars, seulement dégoûtés qu’elle ne soit pas célibataire.

« Laisse moi juste me changer et préparer mon sac… T’es prête toi ? demanda Éline en s’arrêtant devant le canapé où végétaient Mike et Nelly alors qu’elle s’apprêtait à monter à l’étage.
- Oui, je suis habillée, fit Nelly en baissant les yeux sur son sweat et le jean délavé qu’elle portait.
- Tu vas où déjà ? Aux Canary Wharf ? Ah non mais ma chérie tu peux pas y aller dans cet état ! T’es blanche comme un cachet d’aspirine, ton chignon ressemble à rien, je suis sûre qu’un oiseau pourrait pondre dedans, et tu peux pas rester habillée comme ça, je te l’interdis formellement ! Bouge toi, fais moi le plaisir d’aller prendre une douche… Regarde moi ça, on dirait une artiste droguée aux cheveux gras, rajouta-t-elle avec dégoût en guise de coup de grâce.
- Non mais c’est bon, je vais pas à la Fashion Week. Et puis je vois Virgil, c’est pas…
- Virgil ? Forbes ? s’étonna Mike en faisant vriller sa voix en pleine mue. Depuis quand tu fréquentes Virgil Forbes, toi ?
- Ça a pas l’air d’être une qualité…, remarqua Éline, soucieuse d’en savoir plus.
- Bhaaa, c’pas la meilleure des fréquentations de Poudlard…
- Ah tu dormais pas toi ? siffla Nelly en jetant un regard noir à son frère qui était resté silencieux jusque là. L’intéressé arqua ses sourcils avec un petit air satisfait alors que Nelly le fusillait du regard : il adorait déclencher des heurts entre ses deux sœurs.
- Comment ça ? » questionna Éline, ses yeux inquisiteurs rivés sur sa sœur.

Un instant de silence suivit durant lequel les deux sœurs se jaugèrent du regard, Éline sachant que Nelly ne dirait rien et Nelly sachant que sa grande sœur aborderait de nouveau le sujet plus tard… Elle détestait quand elle se comportait comme une mère.

« - Bon, je vais prendre une douche, trancha Nelly en se levant.
- T’as une demie-heure. Je veux pas être en retard, » ordonna Éline en s’écartant pour la laisser passer.

                     

                                                     
******



La rutilante Mini Cooper d’Éline circulait à présent dans les rues chargées de Londres. A un feu, la jeune femme observa Nelly. Depuis sa douche, elle avait meilleure mine, était mieux habillée, mieux coiffée… elle était mieux en général, en fait. Elle s’était même un peu maquillée et parfumée. Comme quoi, la traiter d’artiste droguée la faisait réagir…

« Tu me le dirais si ce Virgil était vraiment une mauvaise fréquentation ? »

Elle détestait prendre le rôle d’une mère. Mais en tant qu’aînée, elle se sentait un peu obligée de prendre soin de sa fratrie et de donner le bon exemple. Enfin... pour ce qui était du bon exemple, elle avait le sentiment de ne pas l’avoir été pendant trois ans. Parfois, elle avait l’impression d’avoir raté trois années de sa vie… Elle s’était certes consacrée pleinement à la Pole Dance mais n’avait rien fait de vraiment admirable et n’avait pas non plus profité de Mike ou de Nelly, tout le temps à Poudlard. Alors elle avait désormais à cœur de faire plus attention à eux, de reprendre sa vie en main, de courir partout, de faire sortir la femme d’affaire en elle, de marquer les esprits, de vivre… Même si elle avait conscience d’être un peu maladroite et intrusive en s’intéressant à la vie de sa petite sœur.

« - Oui, t’inquiète. Tu me connais ? Fais moi confiance, je ne traîne pas avec n’importe qui, soupira Nelly. Mike a exagéré, il est juste connu pour ses écarts au règlement, expliqua la préfète en réajustant le col de sa veste en jean.
- Et vous vous voyez pourquoi là ?
Elle avait vraiment besoin de poser toutes ces questions ?
- Pour un travail sur la Legilimancie, révéla-t-elle sans filtre en sachant pertinemment que cela n’évoquerait rien à sa sœur mais en prenant garde à ne pas révéler la vérité quand à leur « travail ».
- C’est quoi ? l’interrogea Éline en fronçant les sourcils.
- Une magie de l’esprit qui permet de lire dans l’esprit des gens, tout ça…
- … Ça existe vraiment la télépathie ? C’est coool ! … Attends, on vous apprend ça à Poudlard ? T’es pas dans ma tête là ?
- Mais non ! ricana Nelly. C’est pas comme dans les films de supers-héros et c’est juste un exposé, on ne nous apprend pas ça en cours, c’est trop compliqué. »

Sans parler des éventuels problèmes éthiques que cela poserait mais ça, Éline n’avait pas besoin de le savoir. En bonne moldue, elle trouvait surtout le concept super cool et Nelly n’allait pas chercher à la faire changer d’avis…

Après un court silence seulement troublé par le bruit du moteur et la radio, Éline, les yeux sur la route, prit un ton innocent :

« - Et il est comment ton Virgil ? Elle était sûre que cela allait l’énerver...
- Euh déjà c’est pas mon Virgil, d’une, corrigea sèchement la Serpentard. Bingo. Et il est… bah, normal, ajouta-t-elle en haussant les épaules.

Le haussement d’épaules, très caractéristique chez Nelly, nota Éline.

- C’est tout ?
- T’es lourde, soupira Nelly. … Un peu bad boy, grand, brun aux yeux bleus… De beaux yeux bleus, » admit-elle d’une voix à peine audible en portant son regard sur le paysage qui défilait à sa gauche.

Éline n’ajouta rien d’autre mais affichait un petit sourire amusé. Elle connaissait assez bien sa sœur pour savoir que Nelly était du genre à critiquer les gens qu’elle n’aimait pas, à râler pendant des heures sur les sujets qui l’exaspéraient… Elles y allaient de bon train toutes les deux. Mais quand il était question de domaines ou de personnes qu’elle affectionnait, la jeune femme se montrait étrangement moins bavarde et éludait le sujet d’un vague haussement d’épaules. La peinture, par exemple, lorsqu’on lui demandait pourquoi elle s’épanouissait tant devant une toile, elle répondait en haussant les épaules qu’elle ne savait pas, que cela lui plaisait, point.

Éline ne connaissait pas ce Virgil, mais, d’une manière ou d’une autre, il plaisait à sa sœur.
Il lui suffisait de la voir regarder innocemment par la vitre de la voiture afin d’esquiver ses questions pour en être convaincue.



                                                 
******



Après quelques minutes qui lui semblèrent être une éternité, Nelly posa enfin un pied hors de la voiture, garée en double-file, à proximité de l’adresse que lui avait indiqué Virgil.

« Tu me tiens au courant, si je suis pas rentrée je te récupérerai, » lui lança sa sœur depuis l’intérieur de l’habitacle.

La préfète referma la portière et adressa un signe de la main à Éline qui repartit rapidement avant de provoquer l’agacement des autres automobilistes, adeptes du klaxon.
En faisant quelques pas sur le trottoir, Nelly leva les yeux vers les immeubles et les hautes tours de verre du quartier d’affaire qui fendaient le ciel londonien, un peu plus loin. Virgil était la première personne qu’elle rencontrait à habiter dans ce quartier. Elle se trompait peut-être mais, d’après les immeubles qui l’entouraient, la mère du Gryffondor devait vivre dans un bel appartement.
Encore quelques pas et elle serait au bon numéro… Ah, voilà ! La jeune femme s’arrêta devant une lourde porte sécurisée par un interphone, suivit du doigt les nombreux noms affichés et, quand elle l’eut trouvé, appuya sur le bon bouton.
Elle était un peu en retard mais c’était la faute d’Éline – une artiste droguée n’importe quoi – et Virgil devait savoir que la circulation n’était pas des plus fluides dans le coin…


Nora-mode ~ Collection printemps 2018
Virgil ForbesSixième annéeavatar
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*Pop* Le doux bruit d’une notification ! Trois looongs mois sans entendre cette divine mélodie qui lui avait tant manqué. Virgil lâcha d’une main la manette de sa  PS3 et attrapa son tout nouveau Pear One posé sur l’accoudoir du canapé du salon. Les pieds sur la table basse, il était avachi à côté de Gabriel et partageait avec lui une partie de Call of Duty. Un peu plus loin, Casey lisait en silence un gros bouquin d’Heroic Fantaisy, lové dans un fauteuil, tandis que Dean et Agathe s’affairaient à fleurir la terrasse ensoleillée de l’appartement, les beaux jours étant enfin arrivés.

« Mais Allezzzz ! s’énerva Gaby, fatigué de voir la  partie interrompue pour la énième fois, tu joues avec moi où tu joues pas avec moi ? »
« Je joue avec toi mais je réponds à Damon. » lâcha son ainé en ouvrant le message de son ami. Virgil esquissa un sourire en coin devant le cliché du Gryffondor  posant tel un aventurier au milieu des plants de Mandragore qu’il cultivait en toute impunité dans le sous-sol de ses parents. Virgil retourna l’objectif pour immortaliser à son tour sa journée : Ses pieds nus, au premier plan, l’écran de la TV sur pause et en arrière plan sa mère et son frère autour d’un sac de terreau, visibles à travers la baie vitrée ouverte sur le balcon.

« Activité jardinage chez moi aussi : Ça se fume les géraniums ? » pianota-t-il rapidement en guise de commentaire avant d’envoyer le cliché. Il vérifia l’heure pour la troisième fois depuis dix minutes, referma son Pear  et  essuya les traces de doigts sur la coque noire.

Virgil avait fêté sa majorité quelques jours plus tôt et il avait  reçu pas mal d’argent de poche à cette occasion. Il faut dire qu’il avait briefé tous les membres de sa famille -de ses grands-parents à ses frères- pour avoir une enveloppe de leurs parts plutôt qu’un cadeau. Tante Geneviève était la seule à ne pas avoir joué le jeu –elle lui avait acheté une plume, un encrier et du papier à lettres –du papier à lettres !- que Virgil comptait bien utiliser comme mouchoirs l’hiver prochain. Fort heureusement, il avait obtenu, au final, la somme nécessaire pour s’acheter un tout  nouveau Pear One - Le Two étant largement au dessus de ses moyens. Il avait tout de même opté pour une édition limitée aux teintes sombres et à la  finition mat qu’il était allé choisir la veille, avec Dean, dans le VargasStore de  Leopoldgrad. Depuis, Virgil ne lâchait plus son nouveau jouet retrouvant rapidement ses mauvaises habitudes.

« Pose un peu ce téléphone Virgil. Tu as toujours le nez dessus. » intervint Agathe en se redressant. Elle était habillée avec ses « habits du dimanche » , un jogging et un tee-shirt large, bien loin du traditionnel tailleur pantalon qu’elle portait habituellement, hiver comme été, pour aller travailler. Agathe avait pris une semaine de congés afin de profiter un peu mieux de ses garçons.
« Techniquement c’est pas un téléphone, c’est un Pear. » répondit Virgil avec son petit air supérieur.
« C’est pareil, souffla-t-elle en se frottant les mains pour faire tomber la terre collée sur ses doigts, sois gentil, vas me chercher un verre d’eau, dit-elle en se plaçant dans l’embrasure de la baie vitrée. Elle ne voulait pas trainer du terreau partout dans le bel appartement de standing qu’elle avait acheté à Canary Warf.  Le duplex n’était pas très grand et lorsque les enfants Forbes venaient pour les vacances,  Gaby et Casey devaient partager leur chambre à l’étage, tout comme Dean et Virgil mais il offrait un pied à terre idéal pour Agathe. Elle se rendait au travail à pieds et elle appréciait l’ambiance du quartier. De plus il offrait une magnifique vue sur les docks et sur les buildings du centre d’affaires, ce qui ne gâchait rien
« Un coca pour moi ! » ajouta Dean en posant un lourd pot de fleur juste devant la barrière du balcon. Il aurait suffit d’un simple sortilège pour installer tous les arbustes et les pots à leurs places mais Agathe s’évertuait à agir comme une moldue. Ses fils adoptaient donc à son mode de vie lorsqu’ils étaient en visite chez elle. Ils n’utilisaient pas leurs baguettes, ni aucune forme de magie, du moins, pas devant elle.

Virgil, qui était resté immobile à observer son ainé se casser le dos sur le balcon, donna finalement un léger coup de coude à Gabriel.
« Gaby, maman t'a parlé. »
« Non, c’est à toi qu’elle a demandé de l’eau, d’abord ! » répliqua le benjamin.
Agathe poussa un long soupir sonore (qui voulait dire : « vous ne perdez rien pour attendre tous les deux ») et commença à ôter sa paire de crocs  qu’elle laissait systématiquement sur la terrasse. (Si ça n’avait été que de lui, Virgil les aurait jeté par-dessus le balcon mais, bref,…)

« C’est bon, j’y vais… abdiqua-t-il en se levant. Vu le programme qu’il avait planifié pour cet après-midi, ce n’était clairement pas le moment de mettre sa mère en rogne, Maman, j’espère que tu t’en souviendras quant tu rédigeras ton testament, dit-il en ouvrant le frigo de la cuisine ouverte sur le salon, le 20 avril 2010, mon fils préféré, Virgil, m’a empêché de mourir déshydratée sur mon balcon. L’adolescent attrapa une canette de soda sur un étage et s’empara d’une bouteille d’eau minérale avant de fermer la porte du frigidaire d’un coup d’épaule,  Je lui lègue la totalité de ma fortune et déshérite, par conséquent mes trois autres fils ingrats. » Il servit un grand verre d’eau non sans jeter un léger coup d’œil en direction de l’horloge pour guetter l’heure de son rendez-vous approchant, puis il rejoignit Agathe toujours postée dans l’embrasure de la large baie donnant sur les docks de Canary Wharf.
« J'uis pas ingrats d'abord et t’es pas son fils préféré. Maman n'a pas de préféré. »
Contrairement à papa, songea Virgil sans toutefois le verbaliser à voix haute. Il tendit les boissons à sa mère et afficha un large sourire forcé qui lui donnait l’air très benêt.
« Arrête avec cette tête …» souffla Agathe avec un léger sourire toutefois, signe qu’en vérité, l’expression de Virgil l’amusait un peu, Merci, ajouta-t-elle en attrapant les deux rafraichissements.

La relation entre Virgil et sa mère était un poil plus apaisée que celle avec son père. Ils arrivaient à avoir quelques moments complices, où ils se parlaient normalement. Il faut dire que Virgil essayait d’être relativement agréable, au moins pendant une semaine. Il faisait des efforts, vraiment, pour répondre aux questions d’Agathe par autre chose que des monosyllabes ou des provocations... Il se savait sur la sellette depuis l’épisode « Lettre d’Excuse à Magpie » qui avait profondément inquiété sa mère et qui l’avait plongé dans un état de suspicion constant. Elle lui avait posé tout un tas de questions sur sa consommation de drogue –Virgil avait assuré qu’il ne touchait plus à ça, bien évidemment- et elle lui avait même demandé s’il n’avait pas des pensées suicidaires. Le Gryffondor ne savait pas ce qui s’était dit entre ses parents et cette vieille pie de Magpie dans l’intimité de son bureau mais visiblement la romancière avait réussi à faire naitre  un profond sentiment d’angoisse chez sa mère. L’adolescent s’évertuait donc à rassurer Agathe en se pliant à ses exigences. Il n’était pas allé à la soirée organisée par Philip où toute la bande était invitée –il avait bien essayé mais devant le refus de sa génitrice, il n’avait pas insisté- et il avait passé le plus clair de ses vacances en famille ici, chez ses grands-parents et même chez Tante Geneviève ! Pour Virgil, c’était vraiment des efforts de tous les instants et il était impatient de se soustraire enfin à la vigilance constante de sa mère. Pour y parvenir, il comptait très clairement sur Nelly qui avait maintenant dix bonnes minutes de retard. Habituellement l’adolescent n’était pas très à cheval sur la ponctualité mais  il n’avait pas fumé depuis ce matin ( il était gentiment allé acheter le pain et il en avait profité pour s’en griller une) . Sept heures sans clope, il commençait sérieusement s’impatienter.

A vrai dire, son manque de nicotine n’était pas l’unique raison de son impatience. Il était pressé de tester ses capacités de légilimens sous mandragore et de voir si sa théorie se vérifiait. Avait-on l’esprit plus ouvert et plus sensible après avoir consommé de la drogue ?  Damon lui avait donné quelques belles feuilles « pour tenir le coup chez sa mère » et Virgil les avait soigneusement rangé dans son portefeuille en vue de cet après-midi planifié avec Nelly. Les deux camarades avaient convenu du jour et de l’heure de leur rendez-vous avant les vacances et ils n’avaient pas échangé depuis. Virgil espérait que Nelly n’avait pas oublié. Non seulement, il en serait très vexé – l’oublier, lui ? Impossible- mais aussi un peu déçu car il devait avouer qu’il avait hâte  de retrouver sa camarade après quasiment deux semaines de congés.

En écho à ses pensées, la sonnerie de l’interphone résonna dans la pièce. Virgil, qui avait retrouvé sa posture préférée, avachi dans le canapé, n’esquissa pas le moindre geste pour aller ouvrir et s’efforça de masquer son petit air soulagé.  Il n’avait pas à se précipiter, il savait que Gaby- cette petite fouine- allait littéralement bondir pour découvrir l’intrus qui venait troubler la quiétude des Forbes.

« J’vais voir ! » s’exclama Gabriel en sautant par-dessus le dossier du sofa.
Tellement prévisible.
« Je n’attends personne pourtant… Vous avez commandez quelque chose ? » s’enquit Agathe en regardant tour à tour ses fils.
Ils n’eurent toutefois pas le temps de répondre puisque Gabriel s’empressa de révéler l’identité du visiteur qu’il venait de découvrir sur l’écran de l’interphone.

« C’est Nelly Horrocks. »
_ Nelly qui ?
_Horrocks, la préfète de ma maison.

Casey se redressa littéralement dans son fauteuil et sembla tout à coup paniqué à l’idée d’être vu dans un cadre privé. Il faut dire que son tee-shirt et son short -bien trop court mais dans lequel il se sentait très bien- n’étaient pas particulièrement à la mode et qu’il dévoilait ses longues cannes blanches.

_Mais qu’est-ce qu’elle fait là ? souffla-t-il en serrant son livre contre son torse.
_C’est la Préfète de Serpentard ? demanda Agathe en retirant ses souliers. Elle pénétra pieds nus dans le salon, passa devant Virgil qui la suivit du regard en silence et s’immobilisa devant l’écran qui renvoyait l’image de Nelly patientant au rez de chaussée, Tu as peut-être oublié quelque chose à l’école Gabriel non ? Tu avais des devoirs à faire ? Un travail en particulier, un livre, que tu aurais laissé dans la salle commune ? demanda Agathe en observant Gaby.
« Non j’ai rien oublié ! se défendit-il.
La mère de famille fit claquer sa langue contre son palais et ajouta :
«  Pourquoi votre père m’envoie-il sa préfète ! Il ne peut pas venir lui-même. Monsieur doit encore être over-booké ! »

Bien  qu’ils soient tous les deux dans la même année, personne ne semblait avoir fait le lien entre Virgil et Nelly. L’hypothèse que la  jeune préfète puisse venir le voir, lui, le cancre, était bien improbable aux yeux de tous. Le Gryffondor aurait bien laissé mariné ses frères et sa mère encore un peu de temps  mais c’était sans compter avec Dean qui prit la parole.

« Virgil, tu m’as pas dit que tu travaillais avec la préfète de ton année sur un devoir ? »

L’adolescent reporta son attention sur son frère, dont la silhouette harmonieuse se détachait à contre jour dans l’entrebâillement de la baie vitrée.

« Tu m’as envoyé un patronus avant les vacances. » ajouta son frère, la mine fermée, visiblement parfaitement conscient que Virgil était la clef de l’énigme et qu’il retardait le moment des aveux pour le plaisir d’entendre leur mère pester sur Jonah.

Virgil laissa passer un moment de silence durant lequel il jaugea son frère. C’est vrai qu’il lui avait envoyé un message pour connaitre le mot de passe de la salle sur demande, Dean avait bonne mémoire. L’adolescent fit mine d’être surpris puis il se redressa légèrement pour observa sa mère par-dessus le dossier du sofa.
« Ah oui…c’est vrai. Je dois bosser un truc avec Horrocks. Je lui avais dit de passer ici à l’occasion mais je ne pensais pas qu’elle le ferait. »
Virgil haussa les épaules.
« Tu aurais pu m’en parler quand même ! On devait aller faire des courses cet après-midi…»
« Je savais pas qu’elle viendrait aujourd’hui ! » répondit Virgil en faisant mine de s’agacer  « Et puis, si ça te saoule, tu n’as qu’à lui dire que je ne suis pas là. C'est pas si grave que ça » ajouta-t-il avant de s’allonger sur le canapé pour se soustraire au regard de sa mère. S’il faisait mine d’accorder trop d’intérêt à ce rendez-vous ses frères et Agathe n’allaient pas le lâcher. Il entendit les pas de cette dernière sur le plancher et son visage se matérialisa juste au dessus de lui par-dessus le dossier.
« C’est quoi comme devoir ? »
« Un truc pour Corrigan. »
« Ah. » les lèvres d’Agathe se pincèrent légèrement. C’est à faire pour quand ? »
- Lundi ou mardi, Je sais plus.
-Et vous n’auriez pas pu le finir avant les vacances !?
-On l’a commencé, se défendit Virgil, mais il reste deux, trois choses à finaliser. On aura le temps de le faire à la rentrée, c’est bon… »
-Non c’est pas bon ! Cette jeune fille a fait l’effort de se déplacer jusqu’ici alors tu vas me faire le plaisir de te mettre au travail, persiffla Agathe,  Gaby, ouvre-lui. »

Gabriel obtempéra à l’ordre de sa mère qui continuait à fulminer.

« En plus, je ne suis pas du tout présentable ! Qu’est-ce qu’elle va penser cette gamine… »
« Tu es très bien maman, la rassura Dean.
« On peut aller bosser au Starbucks si tu veux, souffla Virgil en se levant du canapé. Il s’étira longuement et ajouta, Je sais que je suis privé de sortie mais c'est pas comme si je retrouvais Kasya ou Damon. Je vais travailler avec la préfète. insista-t-il pour démontrer l'incongruité de la situation, En plus si on reste ici, Gaby va faire sa fouine et il va nous saouler en moins de deux. »
« Non c’est pas vrai ! »
« Au Starbucks ? C’est pas trop dangereux avec le secret magique ? » souffla Agathe d’un air préoccupé après quelques instants de réflexion.
« C’est bon, on va pas sortir nos parchemins,  nos plumes et nos baguettes au milieu du café, on est pas débiles. » dit-il en roulant des yeux.
« Sur un autre ton avec moi Virgil ! » tonna Agathe visiblement peu encline à laisser passer le moindre écart de langage. Elle réfléchit un instant, sembla peser le pour et le contre, jeta un coup d’œil à Gabriel et finit par dire « Vous êtes prudents et tu es de retour ici avant dix-huit heures, c’est bien compris ? »

Virgil s’efforça de contenir son sourire victorieux et hocha lentement la tête, l’air blasé.

Sur ses mots, trois coups retentirent à la porte. Gabriel qui était le plus proche de l’entrée ouvrit à Nelly qu’il accueillit d’un bref « Salut. » Visiblement, il n’avait pas apprécié le fait de se faire traiter de fouine et surtout qu’Agathe donne raison à Virgil.
« Entrez donc mademoiselle, s’empressa d’ajouter la mère de famille soucieuse de ne pas laisser entrevoir le climat de tension qui régnait dans la pièce avant l’arrivée de Nelly, excusez ma tenue et ma saleté, j’étais en train de jardiner ! » ajouta-t-elle en invitant la préfète à pénétrer dans l’appartement.
Casey encore pétrifié dans son fauteuil balbutia un quasi inaudible : « Bonjour » -il avait tout de même prit le temps de cacher ses cuisses sous un coussin- et Dean, avec son sens de l’hospitalité légendaire, salua joyeusement Nelly en la gratifiant d’un sourire qui aurait fait fondre n’importe quelle personne normalement constituée.

Tous les regards convergèrent alors vers Virgil qui se tenait debout au milieu de la pièce, pieds nus, les mains dans les poches en bermuda crème et polo rose clair. Il observait Nelly de son regard vide lorsqu’il poussa un profond soupir las.

« J’arrive. »

Sans un mot de plus, il prit la direction de l’escalier et monta à l’étage, abandonnant la préfète à sa famille. Une fois seul, il se félicita mentalement de la tournure des événements. Tout se déroulait comme prévu ! Il pénétra dans la chambre qu’il partageait avec Dean, ouvrit sa penderie et attrapa un pantalon sombre qu’il enfila à la hâte. Il faisait beau mais pas au point de sortir en short. Il passa des chaussettes, prit un pull, attrapa son sac qui était déjà prêt et descendit de nouveau dans la pièce principale où Agathe faisait la conversation à Nelly :

« Et donc vous êtes préfète ? Vous arrivez à gérer la charge de travail supplémentaire ? J’imagine que ça ne doit pas être simple… »

Sa camarade était plutôt mignonne habillée en moldu mais Virgil ne s’attarda pas à la contempler –après tout, il aurait tout le loisir de le faire cet après-midi. Au lieu de ça, il enfila ses chaussures, attrapa son Pear sur l’accoudoir du canapé, ses clefs et ses lunettes de soleil dans le vide-poche et se dirigea prestement vers la porte d’entrée qu’il ouvrit à la volée.

« Je rentre pas tard. »

Il jeta un regard à Nelly comme pour l’inviter à le suivre et sortit dans le couloir pour appeler l’ascenseur qui était encore à l’étage.

« Et bien, ce fut bref mais j’ai été ravie de vous rencontrer mademoiselle. » dit Agathe en raccompagnant Nelly à l’entrée. Virgil était déjà dans la cabine et maintenait le bouton de l’ouverture des portes enfoncées. « A bientôt peut-être » souffla la mère de famille à l’attention de Nelly, puis elle ajouta pour son fils « 18h. »

Virgil observa sa mère d’un air morne et renversa sa tête contre le miroir de l’ascenseur.

« 18h. » répéta-t-il au moment ou les portes coulissantes se refermaient derrière la préfète.

L’ascenseur se mit en mouvement, provoquant une brève sensation de vertige. Virgil observa quelques instants les deux parois derrière lesquelles sa mère venait de disparaitre puis il reporta son regard clair sur Nelly, sans mots dires. Après une poignée de secondes, il esquissa enfin  un  léger sourire en coin.

« Je t’avais dit que le coup de la préfète  marcherait. » souffla-t-il d'un ton victorieux.



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Nelly attendait devant l’entrée de l’immeuble, ne sachant pas trop si elle devait regarder la petite caméra de l’interphone ou pas. Elle se trouvait toujours très bête dans ce genre de situation… Pour en avoir une au portail de sa maison, elle savait que ces caméras n’avaient pas un angle de vue des plus flatteurs : les couleurs étaient assez ternes, la qualité d’image n’était pas toujours au rendez-vous et, sur l’écran, la tête des visiteurs apparaissait souvent plus grosse que la normal. La jeune femme fit donc mine d’inspecter ses ongles le temps que quelqu’un daigne lui ouvrir cette fichue porte.
Mais qu’est-ce qu’ils fabriquaient ? Ils avaient 200 m² à traverser et quatre étages à descendre ou quoi ? Elle avait bien l’air stupide, là, devant cette porte, la main posée sur la poignée à attendre comme une potiche. Peut-être qu’il n’y avait personne… Virgil avait peut-être oublié leur rendez-vous. Dans ce cas précis, elle en serait très vexée, dégoûtée même d’être venue jusqu’ici pour se cogner le nez sur la porte. Elle n’osait pas non plus sonner une deuxième fois pour être sûre.
Bon… Certains étaient morts comme ça… Encore trente secondes et elle repartait. Un homme passa derrière elle, le nez dans son téléphone et enfin, alors qu’elle songeait à repartir, il y eut un « Bip » suivi d’un déclic et la porte s’ouvrit. Et bah dis donc ! Elle avait presque attendu !

Nelly pénétra dans le couloir rempli d’air frais, dont les lumières s’allumèrent à son entrée, vérifia l’étage sur la boîte aux lettres et s’avança jusqu’à l’ascenseur au fond du couloir.
Arrivée sur le pallier, elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille avant de frapper à la porte. Ce fut Gabriel, le petit frère Serpentard de Virgil, qui l’accueillit. Malgré le « Salut. » quelque peu sec et froid du jeune garçon, un sourire illumina le visage de Nelly.

« Salut Gabriel ! »

Elle aimait beaucoup ce petit. Il était de sa maison, déjà, et rayonnait toujours d’énergie et d’innocence. S’il pouvait éviter de grandir et rester aussi jovial toute sa vie, la préfète l’adopterait volontiers. Gabriel s’écarta et elle pénétra dans l’appartement à l’invitation de la mère de Virgil : une très belle femme blonde aux yeux bleus. Nelly savait désormais de qui son camarade avait hérité ses beaux yeux.

« Oh, pas de soucis, » la rassura la Serpentard avec un sourire poli lorsqu’elle lui présenta ses excuses pour sa tenue maculée de terreau.

Son regard glissa de Casey, cloué dans un fauteuil, au balcon ouvert sur la salon où Dean et la mère de famille étaient visiblement en train de jardiner, en saluant tour à tour les enfants Forbes. Il y avait beaucoup trop de monde et d’informations d’un coup dans la même pièce et elle avait l’impression de débarquer comme un cheveu sur la soupe, brisant leur quotidien tranquille. Nelly n’était jamais vraiment à l’aise chez des inconnus, du moins pas tout de suite, mais alors là, avec ces dix yeux rivés sur elle, la jeune femme avait clairement l’impression d’arriver à l’improviste et de les déranger. Elle se trompait peut-être mais personne ne semblait prêt à sa visite… pas même Virgil, debout pieds nus au milieu du salon, vers qui les regards convergèrent. La préfète l’observa en silence, un léger sourire aux lèvres. Le jeune homme la toisait d’un regard vide, faisant visiblement mine de ne pas lui accorder d’intérêt. Enfin, elle l’espérait, qu’il fasse semblant…

Le Gryffondor s’éclipsa à l’étage, la laissant seule avec le reste de la famille. Fuyant comme la peste les silences gênants, Nelly porta son regard sur la baie vitrée et le balcon.

« Vous avez une jolie vue, remarqua-t-elle en souriant à la mère de Virgil. En réalité, elle n’en savait rien. De là où elle se tenait, elle apercevait seulement le ciel et un sommet de building, et encore. Et l’appartement est très bien exposé, on dirait, vous devez être bien en des jours comme aujourd’hui. »

Par Merlin, ce qu’elle pouvait détester les sujets bateaux comme celui-ci ! Mais elle devait reconnaître qu’ils étaient utiles dans certaines situations : la mère de famille ne se fit pas prier pour embrayer sur ses activités jardinages.

« Oui, ça c’est sûr ! Je n’ai pas à me plaindre, répondit-elle joyeusement. C’est pour cela qu’on égaye un peu la rambarde avec des fleurs… d’où mon état ! »

Nelly était persuadée que Miss Branson était une sorcière. Pourtant, d’après les différents outils et sacs de terreau sur le balcon, elle et son fils se salissaient littéralement les mains en plantant leurs géraniums tels des moldus. Elle habitait certes un quartier moldu mais c’était quand même étrange de s’évertuer à perdre du temps de la sorte. Bon, avec ses mains terreuses et son visage d’ange, Dean était sacrément canon et aurait sans problème pu auditionner pour le rôle d’un jardinier sexy d’une série romantique.

Nelly détourna les yeux des pots de géraniums – si si, des géraniums – pour faire face à Miss Branson qui l’interrogeait sur son rôle de préfète.

« Oui, je suis la préfète des sixième années de Serpentard, confirma-t-elle fièrement. Et ça demande… un minimum d’organisation mais je m’en sors, enfin… je crois, rajouta-t-elle avec un sourire amusé. On a une super équipe préfectorale donc il y a très peu de soucis. »

Elle enjolivait un peu – beaucoup – mais c’était uniquement pour clore la conversation alors que Virgil était enfin redescendu de l’étage et se préparait à sortir, s’armant d’un Pear One flambant neuf et d’une paire de lunettes de soleil.

Le jeune homme ouvrit la porte d’entrée et sortit dans le couloir en l’invitant à le suivre d’un regard. Nelly attendit tout de même que la maîtresse des lieux la raccompagne à la porte pour saluer les trois frères de Virgil d’un geste de la main et regagner à son tour le pallier.
Elle pénétra dans l’ascenseur, où patientait déjà Virgil, en écoutant les salutations de la mère du jeune homme.

« Le plaisir était partagé, répondit la préfète avec un sourire courtois. Par Salazar, sa bienséance l’étonnait. Au revoir, » termina-t-elle avant que la mère ne s’adresse à son fils.

Les portes de l’ascenseur se refermèrent enfin et la cabine amorça sa descente dans un léger tremblement. Répondant à un vieux réflexe face au miroir, la Serpentard redonna du volume à ses cheveux qu’elle avait laissés détachés pour une fois.
Virgil finit par briser le silence en soufflant, victorieux, que le coup de la préfète avait marché.

« Ouais, c’est cool ! s’enthousiasma Nelly avec un sourire en lâchant son reflet des yeux pour regarder le Gryffondor. Ce serait mentir de dire qu’il ne lui avait pas un peu manqué. J’ai cru que tu m’avais oublié et qu’il n’y avait personne mais… tu viens que de prévenir ta mère, non ? » souffla-t-elle avec un petit sourire de connivence.

Cela ne l’étonnerait pas de sa part et prévenir sa mère de sa visite au dernier moment faisait peut-être partie de son plan pour obtenir l’autorisation de sortir. Son statut de préfète y avait grandement participé, c’était certain. En tout cas, Miss Branson avait semblé être rassurée par son auréole de préfète et tous les stéréotypes associés.
L’ascenseur arriva au rez de chaussée et les deux adolescents sortirent dans la rue nettement plus bruyante.

« T’as un nouveau Pear au fait ? s’enquit alors Nelly en vérifiant qu’ils n’étaient pas suivis de trop près. J’ignorais que tu n’avais plus l’autre. »

Elle avait remarqué le petit appareil magique que le jeune homme avait récupéré sur l’accoudoir de son canapé et pensait que l’ancien Pear de Virgil lui avait seulement été confisqué après les événements de la St Valentin… Il fallait croire que non. Il avait finalement dû vivre seulement deux mois sans technologie, Nelly estimait qu’il s’en sortait plutôt bien.

« On va où du coup ? » demanda-t-elle, en haussant la voix pour couvrir les bruits de la ville, alors qu’ils marchaient.

La préfète le suivait docilement et n’avait aucune idée quant au lieu que Virgil pouvait avoir en tête.


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Virgil répondit au sourire de connivence de Nelly en lui renvoyant la pareille.
« Si j’avais prévenu ma mère plus tôt, elle aurait suggéré que tu restes à la maison, puis elle aurait préparé un délicieux gâteau et elle t’aurait assaillie de questions tout l’après-midi. Crois moi, Gaby a de qui tenir. » ajouta-t-il en faisait référence à la curiosité maladive de son petit frère. Bon, Virgil noircissait un peu le tableau mais Agathe était tout de même plutôt curieuse. Du moins, elle se souciait des fréquentations de ses fils et elle aimait connaitre les personnes de leurs entourages. Visiblement, elle avait été conquise par Nelly qui avait parfaitement joué son rôle de jeune fille bien sous tout rapport . « Courtoise, polie, élégante, jolie comme un cœur… »Virgil pressentait  déjà les propos flatteurs de sa mère à l’égard de la préfète.

L’ascenseur s’immobilisa au rez de chaussée libérant les deux adolescents qui débouchèrent dans le hall frais de l’immeuble de standing. Ils  rejoignirent en quelques enjambées  la rue bruyante du quartier d’affaires baignée d’une douce lumière printanière. A peine furent-ils à l’extérieur que Virgil enfila ses lunettes de soleil –ses yeux clairs craignaient la luminosité- et jeta un coup d’œil  aux étages supérieurs, pour s’assurer que sa mère ,ou Gaby,  ne soit pas en train de les pister depuis le balcon. Visiblement non (Ou alors, ils étaient très discrets). Le jeune homme s’empressa toutefois de se soustraire au champs de vision offert depuis la terrasse de l’appartement. Il entraina Nelly sur la gauche et bifurqua au coin de la rue, sur un boulevard ombragé  tandis que la jeune femme le questionnait sur son tout nouveau Pear One. Virgil arqua un sourcil derrière ses lunettes, étonné qu’elle ait remarqué ce détail.

« Ouai, j’avais cassé le vieux, mentit-il, donc j’en ai racheté un avec l’argent de mon anniversaire. »

Une fois n’est pas coutume, Virgil semblait plutôt prompt à la discussion aujourd’hui. Du moins dans la mesure du raisonnable. Il faut dire qu’il se sentait particulièrement satisfait à l’idée de pouvoir se soustraire, ne serait-ce qu’un après-midi, à sa famille. Il avait besoin d’air et Nelly lui offrait cette petite parenthèse sur un plateau : Il faisait beau, il avait un nouveau Pear, il allait pouvoir fumer un pétard d’ici quelques heures et s’exercer à la légilimancie avec sa camarade …que demander de plus ? L’adolescent esquissa un léger sourire à ce constat. Fait assez rare pour que cela soit souligné : Il était de bonne humeur.

Une moto vrombit sur le boulevard juste au moment où Nelly le questionnait sur le programme de l’après midi le faisant quelque peu froncer les sourcils et tendre l’oreille en direction de la préfète. Il avait bien une petite idée sur le déroulé de leur « séance de travail » mais il avait d’abord un petit détail à régler.

« Deux minutes. » dit-il alors en levant un index entre elle et lui. Il tourna subitement sur le côté et pénétra dans un bureau de tabac qui donnait sur l’avenue. Il s’arrêtait rarement chez ce buraliste. Le commerce était trop près de l’appartement de sa mère pour qu’il y ait ses habitudes et qu’il prenne le risque d’y être un jour reconnu en présence d’Agathe mais il avait  terminé son paquet le matin même aussi décida-t-il, pour une fois, de faire une entorse à ses bonnes résolutions. Tout en s’approchant des présentoirs réfrigérés, le jeune homme fit glisser ses lunettes sur le sommet de son crâne. Il attrapa une canette de soda multi fruit dans un frigo et rejoignit la caisse pour régler son achat.

« Mettez moi un paquet de Marlboro avec . »  Il se tourna alors vers Nelly pour lui demander, tu veux quelque chose ? »

Une boisson, des confiseries, un paquet de gâteau ? Virgil ne comptait pas inviter la jeune femme dans un café –cela faisait un peu trop rendez-vous galant à son goût- mais il voulait bien lui offrir une petite douceur, du moins si elle le souhaitait. Il était dans un bon jour, Nelly aurait tord de ne pas profiter de sa générosité.

L’adolescent finit par régler ses achats, non sans avoir prit le temps de trier son argent moldu et sa monnaie sorcière quasiment sous le nez du buraliste. Il rangea sa canette dans son sac pour la boire plus tard et quitta le commerce  en enlevant le film plastique de son paquet qu’il jeta nonchalamment dans une poubelle située sur le trottoir de la grande artère. Il ne se sentait pas d’attendre plus longtemps pour s’en griller une aussi alluma-t-il rapidement une cigarette qui lui tira un long soupir de contentement. Enfin ! Il fit encore quelques pas et s’immobilisa devant une entrée de métro.

« Alors, il y a un parc pas loin d’ici où on peut se poser tranquille, expliqua-t-il en remettant ses lunettes sur son nez,  On peut y aller en métro, c’est à trois arrêts,  ou à pieds, en longeant les docks, faut compter vingt à trente minutes de marche à peu près. Virgil glissa sa cigarette au coin des lèvres et montra de la pointe de son index le canal ensoleillé à un pâté de maison de l’avenue. C’est un peu plus tranquille qu’ici. » ajouta-t-il tandis qu’un camion de pompiers, toutes sirènes hurlantes passait à leur hauteur, On fait comme tu veux. » finit-il par dire en tirant une bouffée sur sa cigarette, observant le carrefour le temps que Nelly prenne une décision.

Il avait une carte de transport et marcher ne le dérangeait pas : il s’adapterait.  Il attendit donc que la jeune femme décide entre les deux moyens de locomotion  pour se remettre en mouvement et, après quelques instants, il demanda :

« Alors ? Comment se passent tes vacances ? Tu as bossé un peu ton occlumancie ? »



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« Alors dans ce cas, c’est bien que tu ne l’aies pas mise au courant, » ricana Nelly.

Passer l’après midi chez les Forbes assaillie de questions l’aurait plongée dans un certain malaise. Elle aurait supporté, bien sûr, mais il était toujours gênant d’être questionné sans cesse. Mais bon, n’était-ce pas le rôle des parents de prêter attention aux fréquentations de leurs enfants ? Même si cela l’exaspérait peut-être, Virgil pouvait s’estimer heureux d’avoir une mère poule comme Miss Branson. Sa propre mère l’avait été, au début, mais aujourd’hui elle n’avait plus qu’Éline pour veiller sur ses fréquentations, son père considérant ses enfants tels des adultes responsables.
Le plus souvent, Nelly se sentait libre, maîtresse de sa vie et elle aimait ça mais elle se sentait parfois perdue et se demandait si sa mère aurait pu l’aider. Que serait sa vie si elle avait toujours sa mère à ses côtés ? Si son passé était complètement différent ? Qui sait… Peut-être qu’elle ne serait pas en train d’apprendre l’Occlumancie. Peut-être que ses entraînements avec Virgil n’auraient jamais eu lieu.

Toute à ses pensées, Nelly se laissa guider par le Gryffondor jusqu’à un boulevard ombragé et nettement plus bruyant que la rue qu’ils quittèrent. La jeune femme interrogea alors son camarade sur son tout nouveau Pear One. Ce dernier lui apprit qu’il avait cassé l’ancien – ah bah bravo, songea la Serpentard – et qu’il avait donc fait l’acquisition d’un neuf avec l’argent obtenu à son anniversaire. Nelly eu un air surpris.

« Oh, c’était ton anniversaire ? Bon anniversaire en retard alors ! lui souhaita-t-elle avec un coup de coude complice. A toi la majorité ! » ajouta la préfète en lui adressant son plus beau sourire.

Il avait bien de la chance, elle attendait sa propre majorité avec impatience et se demandait ce que cela faisait de pouvoir utiliser la magie en dehors de Poudlard. Adieu le temps perdu à faire le ménage ou les repas ! Tout irait beaucoup plus vite – comme les déplacements grâce au transplanage – et les objets pourraient venir à elle sans avoir à sortir de son lit – vive les petits-déjeuners au lit ! – ou à s’extirper du canapé ! Au final, devenir majeur était peut-être dangereux pour la santé des adolescents les plus sédentaires…

Une moto fit un bruit de tous les diables au moment où Nelly questionnait son camarade sur le programme de l’après-midi, ce à quoi le Gryffondor ne répondit pas tout de suite et pénétra dans un bureau de tabac. La préfète le suivit à l’intérieur et s’attarda devant les présentoirs des magasines people le temps qu’il fasse ses achats. La proposition du jeune homme la tira de sa recherche de potins et elle se tourna vers lui, surprise.

« Heu… Sérieusement ? » demanda-t-elle avec un petit rire.

Il tenait vraiment à lui payer quelque chose ? C’était surprenant… Son petit doigt lui disait que cela n’arrivait pas tous les jours et qu’elle ferait mieux d’en profiter alors elle s’approcha de la caisse et attrapa un petit paquet de bonbons acidulés sur un présentoir qu’elle tendit au buraliste.

Les achats réglés, les deux adolescents regagnèrent le boulevard ensoleillé en ouvrant respectivement paquet de cigarettes et paquet de bonbons. Ils n’avaient visiblement pas les mêmes envies dans l’immédiat…

« Hmmm merci beaucoup, s’extasia Nelly en reniflant l’intérieur du sachet. T’en veux un ? Ah… après, se corrigea-t-elle en constatant que Virgil allumait déjà une clope. Tu sais, ce serait plutôt à moi de t’offrir un truc pour ton anniversaire, dit-elle avec malice. Ou plutôt pour ton non-anniversaire maintenant…
Vous n’avez qu’un anniversaire par an.
Un anniversaire seulement par an.
Ah, mais il y a 364 non-anniversaires.
Aujourd’hui nous fêtons un de ceux-là.
Un joyeux non-anniversaire
A moi ? A vous !
Un joyeux non-anniversaire
A moi. A vous.
Soufflez très fort sur la bougie.
Et le vœu s’accomplit.
Un joyeux non-anniversaire mon cher !
entonna la jeune femme en secouant la tête sur le rythme de la célèbre chanson d’Alice au Pays des Merveilles. Ok j’arrête ! » s’esclaffa la préfète.

C’était plus fort qu’elle. Lorsqu’elle se sentait bien, il fallait que ça sorte. Le beau temps, les vacances, être en ville, avoir des bonbons offerts par Virgil alors qu’elle ne s’y attendait pas du tout, tout ceci contribuait à sa bonne humeur.

L’esprit serein, Nelly écouta les propositions de Virgil en léchant le sucre collé à ses doigts. Aller s’entasser dans une rame de métro bondée ? Non merci.

« Je préfère marcher si ça ne te dérange pas. J’ai pas envie de me coller contre des gens et de poser mes mains sur des barres qui ont connu celles d’autres personnes. On ne sait jamais où les gens ont mis leurs mains juste avant, argumenta l’adolescente en frissonnant de dégoût. Et puis tu as l’air d’être dans des conditions optimales pour profiter du beau temps, » le taquina-t-elle en reprenant sa marche en direction des docks du quartier d’affaire.

Le Gryffondor était plutôt pas mal avec ses lunettes de soleil qui avait l’avantage de masquer ses profondes cernes tout en ayant l’inconvénient de cacher ses beaux yeux, malheureusement.

La préfète détourna son attention du visage de son camarade pour la reporter sur ses délicieux bonbons. Elle venait d’en fourrer un dans sa bouche quand Virgil s’enquit du déroulé de ses vacances. Il semblait enclin à la conversation aujourd’hui, il ne l’avait pas habituée à ça : cela en était presque déroutant.

« Hum. Elle avala le bonbon qui lui piqua la gorge. Ça va. J’ai passé toute la semaine dernière chez ma grand-mère avec mon frère, à la campagne. C’était super, j’ai pu tout bosser et travailler mon Occlumancie, au calme. J’ai essayé de remonter le plus loin possible dans ma mémoire et de reconstruire les scènes dans ma tête le plus fidèlement possible, ou de les modifier. Je me suis aussi amusée à imaginer des images et des scènes fictives vraisemblables, cohérentes… C’est ce que font les Tisseurs de Mémoire non ? demanda-t-elle en s’approchant de son camarade pour parler moins fort. Ils reconstruisent et implantent un passé fictif dans la mémoire d’amnésiques ? La jeune femme avait une bonne imagination, ce type d’exercice était comme un amusement pour elle, c’était donc un bon point.
Enfin voilà, j’en ai même parlé à ma grand-mère et elle trouve ça super. En tant que moldue, Susan Williams n’avait pas tout saisi mais s’était souvenu que son mari sorcier lui avait vaguement parlé de Legilimancie et d’Occlumancie. Et maintenant, j’ai retrouvé mon père et ma sœur et il fait beau donc c’est cool ! » s’enthousiasma la Serpentard en piochant un bonbon tandis qu’ils approchaient du pont qui enjambait les docks. Juste avant, un grand escalier descendait du trottoir de la grande artère aux quais.

« Et toi ? Quoi de beau ? »


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Virgil haussa vaguement les épaules quand Nelly suggéra que c’était plutôt à elle de lui offrir un présent  pour son anniversaire.  Elle ne le savait pas mais cette sortie, loin de ses frères et de sa mère,  s’apparentait à un véritable cadeau pour l’adolescent qui avait passé les deux dernières semaines en famille. Il ne l’avouerait pour rien au monde mais cette petite parenthèse dans son quotidien était surement le plus beau présent qu’elle pouvait lui faire ! Il l’observa d’ailleurs du coin de l’œil tandis qu’elle piochait avidement dans le paquet de bonbons et esquissa un léger rictus devant son enthousiasme.

Rictus qui se mua rapidement en grimace quant elle se mit à chanter le célèbre air d’Alice au Pays des Merveilles.
Trop de joie, trop de bonheur, trop d’entrain pour Virgil, l’éternel taciturne.

« Tu veux m’achever  là? Arrêtes-ça tout de suite, mes oreilles saignent. » commenta-t-il sérieusement sans toutefois usé du ton dur qui le caractérisait si souvent. Il râlait surtout pour la forme parce que personne ne devait chanter du Disney en sa présence. Il avait beau avoir eu sa période dessin-animé, comme tout bon moldu qui se respecte, il était passé à autre chose depuis et il entendait bien le faire savoir.

« Trop de sucre ça te réussit pas… »
ajouta-t-il en désignant d’un mouvement du menton les confiseries que Nelly tenait entre ses mains. En vérité, ce n’était pas tout à fait vrai : Il ne l’avais jamais vu d’humeur si enjouée à l’école (ou alors il n’y avait pas prêté attention)  et il la trouvait  plutôt mignonne ainsi.

Les deux adolescents  s’arrêtèrent au niveau du carrefour devant l’entrée de métro d’où sortaient quelques voyageurs pressés de rejoindre leurs bureaux. Quelque soit le mode de transport que choisissait Nelly, Virgil voulait juste qu’elle se décide rapidement. Cette artère était vraiment trop bruyante pour lui ! Il du se pencher un peu vers son interlocutrice pour écouter sa préférence à savoir, la ballade à pieds. Soit. La justification de ce choix lui tira toutefois un vague sourire narquois. Il prit quelques secondes pour tirer une bouffée sur sa cigarette avant de commenter  ses propos.

« Tout ce que tu touches a déjà été en contact avec d’autres personnes, dit-il en secouant la tête, Si ça se trouve tes bonbons ont été roulé sous les aisselles du confiseur… »

Il accompagna sa dernière remarque d’un large sourire mauvais - C’était tout Virgil : Il aimait beaucoup trop gâcher les petits plaisir des autres – puis il reposa sa clope au coin de ses lèvres et se mit en marche en direction des docks du quartier d’affaires en écoutant Nelly qui lui racontait ses vacances.

La jeune femme avait passé du temps chez sa grand-mère ce qui lui avait permis de s’exercer à l’occlumancie, en toute tranquillité. Elle avait même commencé à anticiper un peu le stage à Skye en travaillant sa créativité mentale.  Visiblement, elle semblait sûre et certaine d’obtenir le précieux sésame lui permettant de découvrir le Centre de Réhabilitation Magique et notamment le travail des Tisseurs de Mémoire.

« Je crois. Oui. » répondit-il lorsqu’elle lui demanda si la mission des fameux Tisseurs était bien d’inventer et d’implanter des nouveaux souvenirs. A vrai dire, il n’en savait trop rien :  la brochure était restée évasive sur le sujet mais cette supposition lui semblait logique. Nelly paraissait prédestinée à cette tache en tout cas et, aux vues de ses efforts et de son excellent dossier scolaire, il y avait de forte chance pour qu’elle obtienne son stage dans les services de Meredith Kane.

Virgil était nettement moins sûr de lui pour le coup. Il avait certes reçu une lettre de recommandation des plus inattendue, mais il savait aussi qu’il était dans le viseur de Londubat, son directeur de Maison, depuis l’affaire de la Volubilis. Toutefois, cela ne l’avait pas empêcher de s’entrainer lui aussi. Il s’était même imposé une discipline de fer en mettant son réveil tous les jours pour faire deux heures de gymnastique mentale avant de se lever. C’était le seul moyen qu’il avait trouvé pour que Gaby ne l’interrompe pas toutes les cinq minutes. Il prétextait de longues grasses matinées qui n’étonnaient personne tant il était coutumier du fait habituellement.
Il avait mi ces deux heures journalières à profit pour gagner en maitrise mentale. Il était clair pour lui maintenant qu’un bon légilimens devait être en mesure de maitriser son propre psychisme avant de s’aventurer dans les esprits des autres. Il avait convoqué des souvenirs malaisants afin d’apprendre à dompter l’inconfort lié à leur réminiscence et il s’était entrainé à bloquer son esprit de diverses manières et même à le piéger en vue d’intrusion éventuelle.  Il avait passé le reste de ses journées enfermé dans sa chambre à bouquiner des ouvrages sur la Magie de l’Esprit ou affalé sur le canapé du salon à regarder la Tv, jouer à la console ou zoner sur internet depuis le Macbook familiale. Bref, rien de bien réjouissant contrairement à Nelly.

La préfète semblait particulièrement satisfaite de ses congés. Sa grand-mère encourageait ses choix professionnels et les vacances lui avait permis de retrouver son père et sa sœur.

Cette dernière n’était jamais apparue clairement dans les souvenirs de Nelly et elle n’était pas élève à Poudlard non plus, contrairement à Mickaël. Sans doute était-elle encore trop jeune pour être scolarisée, songea l’adolescent en traversant la rue en direction des escaliers qui desservaient enfin les quais nettement plus calmes que l’artère principale. Virgil dévala les marches, tira une dernière latte sur son mégot et l’éjecta d’une pichenette dans le canal. Il s’arrêta quelques instants en bas pour observer le paysage –Les gratte-ciels de verre et d’acier, les vieilles grues témoignant du passé industriel du lieu et les eaux calmes du chenal- puis il reporta son attention sur la préfète pour répondre à sa question.

« Pas grand-chose. » Il se mit en marche en regardant droit devant lui.
« J’étais chez mon père la semaine dernière et là je suis chez ma mère jusqu’à dimanche », expliqua-t-il sans entrain. Il y avait bien eu son anniversaire mais  fêter sa majorité sans ses copains lui avait laissé un gout amer. Désireux de changer de sujet, il poursuivit : « Par contre j’ai bossé mon occlumancie et je suis sûr que je vais finir par te dépasser dans ton propre domaine. Il jeta un regard en biais à sa voisine et poursuivit, et tu devineras jamais qui m’a fait une lettre de recommandation pour le stage à Skye, Virgil laissa placer quelques instants de silence et finit par lâcher l’information, Mason. Il eut un bref éclat de rire dubitatif avant de citer un extrait du courrier,  « C'est un élève qui, certes, a eu quelques ennuis mais qui a fait beaucoup d'efforts pour prouver sa motivation. Ses professeurs rapportent de nets progrès. » Il haussa les sourcils derrière ses lunettes de soleil, Je sais pas ce qu’elle fume mais je veux bien la même drogue qu’elle : Les hallucinations ont l’air puissantes. »

Il voulait bien admettre qu’il s’était mi au travail plus sérieusement ces derniers mois mais de là à recevoir des encouragements de la directrice il y avait un sacré pas !En toute sincérité, il ne pensait pas mériter de tels éloges mais si Mason se laissait berner, tant mieux pour lui, il ne comptait pas bouder son plaisir.

« Et toi ? Elle t’a mi quoi dans ta lettre ?" s’enquit-il alors en passant sous l’ombre d’ une passerelle piétonne qui rejoignait les deux rives du canal. S’il avait reçu une recommandation de la directrice de l’école, Nelly avait forcément eut droit à la sienne également.



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Virgil n’apprécia pas particulièrement sa petite chanson. Elle était bien pourtant, cette petite ballade entêtante, et Disney aussi c’était génial ! Regarder un Disney lui faisait toujours du bien en tout cas, même si elle avait passé l’âge pour les dessins animés.
Pour Nelly, c’était important de garder une âme d’enfant. Bon, bien sûr, il y avait quelques limites à avoir pour mener une vie d’adulte et instaurer des relations sociales mais dans des circonstances particulières, la jeune femme estimait qu’elle pouvait se laisser aller. Le printemps arrivait à grands pas, elle avait des bonbons et était heureuse alors pourquoi le garder pour elle-même ?
A Poudlard, ils s’étaient vus pour des sujets plus sérieux, Virgil et elle, que ce soit lors de leurs entraînements aux manipulations mentales magiques ou suite à l’histoire de la Volubilis. Alors maintenant qu’ils étaient en vacances, loin de l’école, pourquoi ne pas adopter un comportement plus détendu, plus serein, et profiter de cette virée en ville ?

Virgil, lui, restait égal à lui-même. La clope au coin du bec, il fit redescendre d’un cran l’intérêt que portait la préfète sur ses bonbons en remarquant qu’ils avaient peut-être été roulés sous les aisselles du confiseur. Nelly exagéra sa grimace de dégoût en feignant un haut le cœur tout en se tournant vers son camarade comme pour cracher son bonbon sur lui.

« Bhaaa, arrête c’est dégoûtant ! Je te préviens, je te vomis dessus si jamais je tombe sur un poil dégueu, » menaça-t-elle pour la forme.

En marchant en direction des Docks, Nelly se lança dans le récit de ses vacances. Etait-ce nécessaire de préciser que les vacances étaient ce qu’elle préférait dans l’année ? Comme toute adolescente qui se respectent, la préfète trépignait d’impatience chaque dernière semaine de cours avant les congés tant attendus et, une fois de retour à Poudlard, elle songeait déjà aux prochaines vacances. « Vivement les vacances ! » disait-elle à peine montée dans le Poudlard Express. Bien qu’elle appréciait énormément sa scolarité à Poudlard, ne pas avoir cours et pouvoir faire des grasses matinées était bien plus agréable.
Alors que la Serpentard terminait le compte rendu de ses vacances, les deux adolescents traversèrent la rue pour s’engager dans les escaliers menant aux quais.

En bas, ils s’arrêtèrent et observèrent un instant le paysage. Nelly laissa son regard se perdre dans les eaux du chenal où Virgil venait de jeter sa cigarette. Le mégot fut doucement emporté par le faible courant, rejoignant sans doute de nombreux autres déchets…
Le Gryffondor reprit sa marche et elle s’éloigna du canal à son tour en l’écoutant. A l’entendre, il n’avait pas passé des vacances des plus réjouissantes, s’étant contenté d’une semaine chez son père puis chez sa mère. Il n’avait pas fêté son anniversaire ? Avec ses amis ou au moins avec sa famille ? Le jeune homme n’aborda pas le sujet en tout cas et enchaîna rapidement avec l’Occlumancie en affirmant qu’il la dépasserait désormais dans son propre domaine.

« Ah oui ? s’étonna la préfète, une lueur de défi dans les yeux. Qu’est ce qui te fait dire ça ? J’ai peut-être aussi progressé de mon côté, » fanfaronna-t-elle en redressant la tête fièrement, un sourire malicieux aux lèvres.

Il ne lui restait plus qu’à progresser en Legilimancie si elle voulait garder son niveau face à Virgil. Après tout, ils étaient en concurrence pour un stage à Skye et il ne fallait pas prendre les choses pour acquis d’autant plus que son camarade avait reçu une lettre de recommandation de… Daisy Mason ?! La directrice de Poudlard elle-même le recommandait auprès de la directrice de Skye ? Elle avait rien reçu elle ! C’était un sacré coup de pouce, pour ne pas dire de piston. Nelly tourna un regard curieux vers son camarade qui citait la lettre. Avec de tels propos flatteurs à l’égard du Gryffondor, elle avait du soucis à se faire. C’était bête, mais sa confiance en fut un instant ébranlée, une boule d’anxiété ou de jalousie, elle ne saurait dire, lui serrant la gorge. Malgré tout, la jeune femme garda son sang-froid et s’efforça d’être un minimum heureuse pour lui.

« C’est super ! Ça prouve que tes efforts ont été remarqués et que malgré tout ce que t’as pu faire, rien n’est perdu. Pour que la directrice écrive ça, c’est bien qu’il doit y avoir un fond de vérité, fit-elle remarquer avec un petit sourire. Il y avait un soupçon d’hypocrisie dans ce sourire mais au fond, elle était vraiment contente pour lui. Certes un peu jalouse mais elle se mettait à sa place : rien n’était moins satisfaisant que de voir ses efforts porter leurs fruits. Mais bon… ça me met un peu la pression quand même, » avoua-t-elle en toute sincérité.

Pression qui s’amplifia légèrement lorsque le Gryffondor poursuivit en l’interrogeant sur le contenu  de sa propre lettre de recommandation de Daisy Mason. Lettre qu’elle n’avait pas reçu, elle. Un courrier était bien arrivé chez elle quelques jours plus tôt mais d’un tout autre expéditeur. En effet, nul autre que Jonah Forbes, son directeur de maison, avait écrit une lettre chargée de louanges la concernant. Si le professeur Forbes n’avait été que son directeur de maison, elle n’aurait eu aucun sentiment à se vanter dudit courrier devant Virgil mais ce dernier étant le fils de Jonah, elle ne savait pas s’il était préférable de ne rien dire ou pas. Comment réagirait-il en apprenant que son père avait écrit une lettre de recommandation pour la fille dont le dossier était en concurrence avec le sien ? Trouverait-il cela injuste ? Serait-il en colère contre son père ? A sa place, elle se sentirait trahie.

Toutefois, rien ne lui disait que Jonah n’avait pas aidé son fils dans son entreprise. L’enseignant lui avait adressé ce courrier en tant que professeur et directeur de maison, il pouvait très bien apporter son aide à son fils d’une autre manière en tant que père. Songeant que Virgil était assez intelligent et mature pour ne pas piquer une crise de jalousie, Nelly préféra jouer la carte de la sincérité.

« Oh, j’ai rien reçu de la part de Mason. Donc sur ce point là, t’as une avance sur moi, commença la préfète pour tâter le terrain. Par contre, j’en ai reçu une de ton père, lâcha-t-elle d’une traite. Il était au courant pour mon projet, bien sûr, je lui en avais parlé – la jeune femme avait profité de la fin d’un cours d’Étude des Moldus pour aller parler au professeur Forbes une fois les autres élèves partis – mais je ne pensais pas qu’il me ferait une lettre. Donc j’ai eu une bonne surprise. »

Certainement moins bonne que recevoir un courrier de la directrice de Poudlard mais les compliments écrits du professeur Forbes valaient la peine d’être lus.
Soucieuse de passer à autre chose et de ne pas saper leur bonne humeur, Nelly piocha un bonbon dans le sachet qu’elle tenait toujours dans sa main.

« Bon, assez parlé des cours et de tout ce qui nous rappelle Poudlard. Elle tendit le bonbon à Virgil. T’en veux un maintenant ? Je t’ai réservé le moins bon, celui au bon goût d’aisselles ! déclama la Serpentard tout en approchant le bonbon rouge et jaune des lèvres du Gryffondor. Fais aaaaaaaah ! »


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Lorsque Virgil avoua que Daisy Mason soutenait sa candidature, il guetta du coin de l’œil la réaction de Nelly. Cela ne servait à rien de se voiler la face,  il savait parfaitement que leurs dossiers étaient en concurrence et que le contenu de la lettre de la directrice risquait de faire pencher sérieusement la balance d’un côté ou de l’autre. Meredith ne lui avait pas communiqué le nombre de stagiaires qu’elle comptait prendre dans ses services mais Virgil se doutait que les cadres de Skye n’allaient pas s’encombrer d’une ribambelle de gamins à former… Nelly avait clairement une longueur d’avance sur lui, mais le Gryffondor ne comptait pas s’avouer vaincu pour autant.

Visiblement, elle semblait vraiment heureuse qu’il ait reçu cette  lettre, lui aussi, affirmant que Daisy Mason avait du percevoir ses efforts des derniers mois. Suite à cette réaction  pour le moins inattendue, Virgil lui jeta un léger regard en biais et s’immobilisa sur le quai.

« T’es sérieuse là ? Où trouvait-elle les ressources pour être si fair-play ? Il était bien incapable de s’enthousiasmer de la sorte pour un camarade qui risquait de lui piquer sa place, lui. Ou alors, Nelly mentait très bien, scénario envisageable également. Après tout, elle était scolarisée chez Serpentard, la maison des fourbes qui n’hésitaient pas à prêcher le faux pour savoir le vrai, C’est bon tu peux me dire que tu commences à penser que je suis un sérieux challenger. » railla –t-il avec un sourire moqueur.
Nelly finit par avouer que cette lettre de recommandation lui mettait quand même un peu la pression. Parfait. Il avait bien remarqué que Nelly était d’une nature un peu plus anxieuse et stressée que lui. Elle était douée, indéniablement, mais elle doutait parfois de ses compétences . Pourtant, elle n’avait très clairement pas de soucis à se faire avec son dossier scolaire : Daisy Mason avait surement dû être élogieuse dans sa lettre à son égard, songeait Virgil.

Quelle ne fut pas sa surprise donc lorsqu’il appris que la directrice de Poudlard ne s’était pas donnée la peine de rédiger un courrier de recommandation pour sa préfète.

« Tu te fous de moi ? »
demanda-t-il le plus sérieusement du monde, toujours immobile sur les abords du canal. Il laissa passer quelques instants de silence –pensant que Nelly allait démentir ses propos- mais il n’en fut rien. Le Gryffondor l’observa encore quelques secondes, comme pour évaluer son degré de sincérité puis il finit par éclater de rire. Littéralement.

« Mais comme tu dois être dééégoutéééée ! s’exclama-t-il en reprenant sa marche, la mine particulièrement réjouie, Tu te casses la tête pour être l’élève parfaite, irréprochable. Tu acceptes le job le plus ingrat de la terre –préfet- et au final, tu n’as absolument rien en retour. Même pas une petite lettre de recommandation de la directrice , nouvel éclat de rire moqueur,  alors que moi je glande rien pendant six ans, j’emmerde tout le monde, j’ai une ribambelle de punitions longue comme le bras mais comme j’ai décidé de rendre mes devoirs dans les temps depuis deux mois, Mason estime qu’il faut m’encourager et me donner un coup de pouce. So Poufsouffle. »

Virgil afficha un sourire narquois.  « Tu as misé sur la mauvaise stratégie, Nelly. Allez, souris, c’est pas si grave ! dit-il en esquissant un geste pour lui pincer la joue de manière infantilisante.

Faire preuve de retenue et de fair-play ne semblait pas être la priorité de Virgil, loin de là. Taquiner Nelly était une activité nettement plus réjouissante que de se sentir faussement concerné par ses déconvenues. Il avait l’impression qu’il pouvait la charrier gentiment à ce sujet sans qu’elle ne se braque pour autant. A force de passer du temps avec elle, il avait une idée plus nette de son seuil de tolérance et des limites à ne pas franchir. Même si Virgil flirtait souvent avec la ligne rouge, il essayait de ne pas aller trop loin.

« Tu dois être mauvaise…Moi, à ta place, je le serais… »
la tourmenta-t-il encore, comme il l’aurait fait avec son petit frère Gabriel.

Au fond, ce comportement était  plutôt flatteur pour Nelly. Il se conduisait avec elle comme avec n’importe lequel de ses proches, signe qu’elle était entrée dans le cercle restreint de ses amis. Toutefois, la préfète fit une annonce qui calma quelque peu l’enthousiasme de Virgil. En effet, elle lui révéla que son père avait rédigé une lettre de recommandation à son encontre afin qu’elle puisse intégrer le Centre de Réhabilitation de Skye en tant que stagiaire.

Quoi de plus normal ? Jonah était le directeur de Maison de Nelly qui officiait en tant que préfète au sein des Serpentard. Son père était tout habilité à couvrir de louanges la jeune femme et pourtant Virgil y voyait clairement un affront personnel. Jonah savait, depuis peu, que son fils nourrissait les mêmes projets que Nelly et il avait visiblement œuvré pour que son élève ait un meilleur dossier que sa propre progéniture…

« Laisse moi deviner,
reprit Virgil la mine légèrement assombrie et le regard fixé droit devant lui, il a du dire que tu étais sérieuse, obéissante et digne de confiance, j’imagine ? »

Tout ce qu’il n’était pas aux yeux de son père.

Les deux Forbes avaient eu une conversation houleuse, quelques jours plus tôt, au sujet du parcours  professionnel de Virgil, Jonah n’approuvant pas le choix de Skye. Au final, cet échange n’avait fait que renforcer la détermination du Gryffondor à réussir dans cette entreprise.
Virgil était tout à ses pensées, occupé à ressasser les propos que son père avait tenus lors de cette soirée de mise au point  lorsque Nelly chercha visiblement à détendre l’atmosphère en lui collant un bonbon devant la bouche.

Virgil appréciait qu’elle fasse des efforts pour changer de sujet de conversation, vraiment, mais il eut toutefois un léger mouvement de recul -pour ne pas dire une grimace de dégoût- quand la jeune femme lui demanda d’ouvrir la bouche.

« Tu crois quand même pas que tu vas me gaver comme un nourrisson ou un vieillard sénile ? » s’offusqua-t-il en attrapant le bonbon entre ses doigts. Il acceptait l’offrande mais selon ses propres conditions. Virgil examina un instant la confiserie d’un œil suspicieux et finit par la glisser dans son gosier.

« C’est pas mal le gout aisselle… » commenta-t-il après avoir fait tourner la confiserie dans sa bouche de longues secondes. Il se rapprocha alors de Nelly pour observer l’intérieur du paquet de toute sa hauteur, mais je préfère le noir, là, il désigna le bonbon au réglisse de son index,  tu le sauras pour la prochaine fois. »

Si tant est qu’il y en ait une ! songea-t-il en esquissant un imperceptible sourire.
Les arbres du  parc étaient dorénavant visibles, tout au bout du canal, derrière une série de ponts et de passerelles. Les deux camarades de classes durent d’ailleurs emprunter un escalier pour rejoindre momentanément la chaussée puis il redescendirent de l’autre côté du pont où des péniches et de vieux gréements étaient amarrés.

« Par contre, tu es consciente que si tu interdis notre principal sujet de conversation -à savoir tout ce qui se rapporte à Poudlard- on risque de ne pas avoir grand-chose à se dire et trouver le temps très long » fit-il remarquer en avançant, les mains dans les poches, « honnêtement, si tu te tais tout l’aprem’, ça m’ira très bien mais je t’avoue que j’ai un peu peur que tu te remettes à chanter du Disney. » dit-il d’un air faussement sérieux, « Tu as l’air de trop bonne humeur aujourd’hui. C’est les vacances qui te mettent dans cet état où la perspective de passer une après-midi entière avec moi ? » la taquina -t-il d’un air effronté.



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On their mind (Virgil & Nelly)

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