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 Tell the World [Eliott]

Samantha MillerPersonnage décédéavatar
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Dernière édition par Samantha Miller le Dim 22 Juil 2018 - 11:55, édité 1 fois
7 mai 2010


Bip. Bip. Bip. Bip.

Le grognement d'une créature endormie émana de la montagne de couvertures et d'oreillers. La sonnerie stridente retentissait dans la pièce silencieuse, sans répit, et sans provoquer la moindre réaction de la part de Samantha.  

Bip. Bip. Bip. Bip.

Un coup de coude irrité vint troubler le sommeil profond de la jeune femme. Avec un soupir déchirant, elle extirpa son bras de sous la couette confortable et chercha à tâtons le réveil sur sa table de nuit. Après quelques instants de recherche infructueuse, elle parvint à éteindre l'objet du diable, plongeant la chambre dans un silence délicieux. Hélas, Sam le savait, elle n'avait pas le loisir de se rendormir. Lauren avait instauré une règle très stricte de "no switch" qui lui interdisait de repousser le réveil à l'infini lorsque Sam commençait ses gardes à des heures indues - c'est-à-dire plusieurs fois dans la semaine - aussi le risque de se rendormir et de rater le travail était particulièrement élevé si elle ne sortait pas d'ici très vite. Il lui fallut toute la force de son courage pour émerger, ouvrir ses paupières alourdies par le sommeil et parvint à s'extraire du lit.

Lauren n'avait pas bougé d'un poil, déjà rendormie à en juger par l'expression paisible de son visage. Un petit sourire attendri apparut sur celui de Sam, qui se baissa pour déposer un baiser léger sur le front de Lauren - c'est-à-dire le seul endroit qu'elle parvenait à atteindre tant Lauren était dissimulée sous la couette. Ces derniers jours, leurs deux emplois du temps se téléscopaient en permanence et elle avait l'impression de ne la voir qu'ainsi, par des instants volés. Heureusement, le week-end était presque là et elles allaient pouvoir se retrouver, peut-être même commencer à regarder des annonces de maison en vente.

En quelques pas chancelants, elle quitta la pièce et regagna sa salle de bain, afin de s'échouer sous la douche, où l'eau chaude vint lui délasser les membres, et achever de la réveiller progressivement. Merlin, que ce vendredi allait être dur ! Un début de migraine lui martelait les tempes, et elle n'avait le temps ni pour un petit-déjeuner, pour une potion anti-gueule de bois. Bah, elle en prendrait une à l'hôpital : à en juger par l'état dans lequel la soirée des ambulanciers de la veille s'était terminée, elle ne serait pas la seule en souffrance ce matin... Ils en avaient, des vendredi matin difficiles, mais celui-ci battait tous les records.

Un quart d'heure plus tard, elle se trouvait à Sainte Mangouste dans sa blouse, une pâtisserie dans la main et un café dans l'autre. Sur le parking des ambulances, il n'y avait déjà plus grand monde, et son collègue Jeff lui apprit qu'ils avaient déjà eu plusieurs appels de bon matin. Sam accueillit la nouvelle avec une grimace. Ils savaient tous ce que cela signifiait, quand les gardes s'amorçaient mal, elles avaient tendance à durer toute la journée. Alors qu'elle se dirigeait vers son ambulance, en quête d'Eliott, elle croisa une tête connue, aux traits froissés.

"Hey, salut James ! Pas trop dur le réveil ?", lança-t-elle d'un ton taquin, auquel son ami lui répondit d'un grognement. Décidément, c'était le thème du jour, songea-t-elle avec amusement, un peu rassérénée à l'idée qu'elle ne soit pas la seule en difficulté aujourd'hui. Il fallait dire qu'ils avaient bien rigolé la veille, initiant un concours de Quidditch Pong qui avait vu s'affronter une finale féroce entre James et Samantha. Quel en avait été le vainqueur ? James selon James, Sam selon Sam, chacun rivalisant de mauvaise foi. Ils avaient donc convenu d'une revanche lors de la prochaine soirée.

"Si, et j'ai déjà un appel", lui répondit le jeune homme d'un air de martyr, tout en courant à moitié en direction de son ambulance. Sam lui cria bon courage au loin et, avisant la silhouette de son tuteur à quelques mètres de là, se dirigea vers lui.

"Coucou Eliott, comment ça va ?", le salua-t-elle avec un maigre sourire. Sa migraine s'intensifiait et, sans attendre de réponse, grimpa à l'arrière de l'ambulance pour fouiller dans la réserve de médicaments. Rapidement, elle identifia une petite fiole vert bouteille au contenu violacé, qu'elle versa dans son café. C'était une cure contre la gueule de bois radicalement efficace, qu'il était toujours bon d'avoir à l'arrière de l'ambulance quand on les appelait pour transporter un ivrogne un peu trop agité. Il n'était pas bon d'en prendre régulièrement car les effets secondaires pouvaient s'avérer pires que le mal, mais aux grands maux, les grands remèdes, elle devait bien assurer sa garde...

Sous l'oeil d'Eliott, elle porta sa tasse à sa bouche et, mal coordonnée, en versa la moitié à côté. Une grimace étira son visage tandis qu'elle tentait d'éviter le regard goguenard de son collègue.

"Ce n'est pas ma journée", soupira-t-elle en épongeant tant bien que mal sa blouse. Oui il n'était que sept heures du matin, et alors ? C'était un de ces jours où tout allait de travers, elle le sentait. Avec sa chance, ce n'était qu'une question de temps pour qu'on l'appelle pour récupérer une petite mémé à l'autre bout du pays qui lui parlerait de ses chats ou de ses petits-enfants pendant la totalité du trajet...



   
Eliott WarlockAmbulancier magiqueavatar
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Eliott avait l'impression qu'il venait à peine de poser sa tête sur l'oreiller quand son réveil l'arracha des bras de Morphée. Il s'était levé une heure plus tôt pour calmer Bianca et avait mis du temps avant de retrouver le sommeil, malgré une fatigue écrasante. Leur fille faisait techniquement ses nuits depuis plusieurs mois, et Charlotte et lui s'étaient cru enfin libérés des réveils toutes les deux heures, mais elle commençait à faire ses dents et il ne se rappelait plus la dernière fois où il avait dormi plus de quatre heures d'affilé. Il n'avait jamais été aussi fatigué. Quelques années plus tôt il aurait même douté qu'il soit possible de survivre avec si peu de sommeil. Mais visiblement le corps humain était capable d'enchainer une soirée arrosée et une nuit entrecoupée de pleurs.

Il remonta la couverture sur l'épaule de Charlotte qui avait à peine bougé quand le réveil avait sonné -mais qui devrait très certainement se lever dans moins d'une heure pour la prochaine crise de Bianca- et se décida finalement à quitter son lit pour aller se noyer sous une douche tiède dans une tentative désespérée de se réveiller pour de bon. Dix minutes sous l'eau et un demi-litre de café plus tard il avait les idées un peu plus claires, mais toujours la tête d'un mort-vivant. Il traversa l'appartement sur la pointe des pieds pour ne réveiller personne, et transplant pour Sainte-Mangouste. Il fut aussitôt agressé par l'agitation qui régnait sur le parking des ambulanciers. L'équipe de nuit terminait juste son service et renseignait les binômes du matin sur les interventions de la nuit.

Eliott fut accueilli par des éclats de rire alors qu'il rejoignait Jeff et Karen qui étaient de garde cette nuit.

"C'est la soirée d'hier ou ta fille qui te font des cernes pareils ?
- Les deux, grommella-t-il en s'étirant.
- Bon courage pour les huit prochaines heures alors, le railla Jeff en lui donnant une grande claque sur l'épaule. La nuit a été calme..."

Ce qui voulait dire que la journée serait agitée. Cela se vérifiait presque à chaque fois. Eliott étouffa un bâillement et se dirigea vers son ambulance, après avoir jeté un oeil au planning, qui lui indiqua que lui et Sam partageaient leur garde avec James et Ethan, qui étaient tous les deux présents à la soirée de la veille. Voilà qui était inquiétant pour la sécurité des blessés. Il commençait à croire que Samantha n'avait pas survécu à sa gueule de bois quand la jeune fille le rejoignit justement, à peu près aussi fraiche que lui.

"Je dois pas être loin de devenir un zombie, mais ça va ! Et toi, pas trop mal au crâne après cette superbe victoire ?"

Ethan soutenait que c'était James, son apprenti, qui avait remporté la partie de Quidditch Pong, mais c'était du pur favoritisme. Samantha avait marqué beaucoup plus de points, Eliott avait compté !

"C'est plus d'mon âge ces soirées..." soupira-t-il alors que Samantha partait en quête d'une potion anti-gueule de bois.

Heureusement qu'il n'assistait pas à toutes les soirées organisées par l'équipe, il lui fallait à chaque fois deux jours pour s'en remettre. Ce n'était pas toujours facile de jongler entre vie de famille et vie sociale mais il s'arrangeait pour participer aux soirées des ambulanciers de temps en temps -en tant qu'ancien champion de Quidditch Pong il avait une réputation à tenir, même si la relève était bien assurée. Quoique, la relève ne semblait pas beaucoup plus en forme que lui ce matin. Il éclata de rire en voyant son apprentie verser son café à côté de sa bouche et lui tendit un mouchoir avec un regard moqueur.

"L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, Miss Miller !"

Ils le répétaient à longueur de temps aux jeunes désartibulés qu'ils récupéraient en sortie de soirée après un transplanage en état d'ivresse, mais ils n'étaient pas vraiment des modèles en la matière. Les deux ambulanciers furent interrompus par Gowan, qui gérait les appels ce matin et qui arrivait à leur hauteur d'un pas rapide.

"On a un homme blessé à Bristol. Rien de très grave apparemment, mais il a une plaie ouverte, les agents n’ont pas voulu prendre de risques, ils lui ont déjà donné les premiers soins, récita-t-il en consultant ses notes. Et un accident de transplanage dans le sud de Londres, plutôt moche. Va falloir faire vite, la victime perd pas mal de sang. Vous pouvez vous séparer ?"

Eliott consulta rapidement Samantha du regard avant de hocher la tête. Son apprentie avait bientôt terminé sa formation et elle partait de plus en plus souvent seule en intervention. Elle n'était peut-être pas au mieux de sa forme ce matin mais il lui faisait confiance et la savait parfaitement capable de gérer la situation.

"Tu t’occupes du gars à Bristol ? » s'enquit-il en ouvrant la portière de l'ambulance pour laisser monter l’infirmier qui venait de les rejoindre sur le parking pour intervenir sur l’accident de transplanage. Si Gowan avait appelé un médicomage en renfort, le blessé ne devait pas être beau à voir.

Tant qu’elle n’avait pas terminé sa formation, il préférait ne pas laisser les plus grosses urgences à Samantha, qui en avait déjà bien assez vu avec Léopoldgrad.

« Je t'attendrai avec le café, ajouta-t-il en prenant place derrière le volant. Son trajet était beaucoup plus court et il serait certainement revenu avant elle -surtout s'il transportait un blessé grave. Ça va aller ? Sinon tu peux remplacer Gowan au centre d'appel, et il partira sur Bristol."


Samantha MillerPersonnage décédéavatar
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Riant doucement à la taquinerie d'Eliott, Samantha plongea un instant dans son regard enjoué, songeant avec affection à la chance qu'elle avait d'avoir un tuteur tel que lui. Plus les mois passaient et plus elle se sentait proche de celui qui l'avait accueillie dans la famille des ambulanciers et lui avait montré toutes les ficelles de son futur métier. Au volant de l'ambulance, échangeant plaisanteries, fervents débats sur le Championnat de Quidditch,réflexions sur la résistance et anecdotes sur leurs vies respectives, ils avaient vu naître une réelle complicité qui facilitait les rapports de travail en intervention. Savoir que l'on pouvait compter sur son partenaire lors de situations tendues et difficiles était inestimable. Bientôt, l'apprentissage de Samantha toucherait à sa fin et toute notion de hiérarchie disparaîtrait alors. Elle espérait qu'ils auraient toujours l'occasion de partir ensemble en intervention, même si elle appréciait prendre son envol, comme c'était le cas aujourd'hui.

Sam esquissa une grimace à la mention de l'accident de transplanage. Ce n'était jamais beau à voir, et c'était si courant ! Certains trouvaient vraiment leur permis de transplaner dans un paquet de chocogrenouille... Même si elle sentait sa nuque se raidir de fatigue, Sam approuva d'un hochement de tête la proposition muette d'Eliott de se séparer. Même si la mention de cette ville avait tendance à la hérisser, le cas à Bristol n'avait vraiment pas l'air difficile, une simple balade de santé, et un peu de temps au volant en écoutant sa radio ne lui ferait pas de mal. De plus ce n'était pas comme s'ils avaient réellement le choix, tous leurs collègues présents étant déjà partis... Sam allait donc devoir prendre sur elle.

"Aucun problème pour Bristol", répondit-elle en souriant à Eliott, "courage pour le désartibulé."

Elle était réellement soulagée de ne pas devoir monter avec un médicomage pour ce matin, peu d'humeur à voir des membres déchiquetés ou autre joyeuseté alors que l'état de son estomac était stationnaire.

"Prévois quelques litres", plaisanta-t-elle tandis qu'Eliott s'installait au volant de son ambulance. S'avançant vers la fenêtre pour achever leur conversation, elle lui glissa avec gratitude, reconnaissante de sa sollicitude : "Ne t'en fais pas pour moi, ça ira."

Ils n'avaient de toute façon pas le temps de tergiverser. Le temps que Samantha ne franchisse les quelques mètres qui la séparaient de l'ambulance voisine, le véhicule d'Eliott s'était déjà volatilisé en direction de la capitale. Rapidement, Sam grimpa sur le siège conducteur et fit tourner les clefs dans la serrure, avant d'appuyer le pied sur la pédale. Elle aimait la sensation de la conduite, cette plénitude qui l'envahissait lorsqu'elle enclenchait l'accélérateur ensorcelé et fonçait à travers villes et champs, au son de la RITM. Cette activité, qui lui donnait le temps de penser et de se déconnecter, lui semblait reconstituer le lien entre ses deux origines, ses deux mondes : le magique et le moldu. Ce matin en particulier, elle n'avait pas envie qu'il se termine : les paysages verdoyants défilaient sous son regard fatigué, éclairés par la lueur de l'aube, et c'était un spectacle qu'elle appréciait tout particulièrement.

Hélas, le trajet jusqu'à Bristol passa en un éclair -  il faut dire qu'elle avait transplané quelques centaines de km. Avec une certaine appréhension, elle appuya sur le décélérateur en apercevant les contours de l'agglomération qui se dessinaient à l'horizon. Tout en continuant à guider son véhicule d'une main, évitant les voitures moldues qui commençaient à se multiplier, Sam fouilla dans la poche de sa blouse et en tira son badge, qu'elle accrocha bien en évidence sur sa poitrine.

Bientôt, elle pénétra dans l'agglomération, slalomant dans les rues moldues avec la protection de son sort d'invisibilité, en direction du quartier magique. Pour les ambulances, le check-point se passait généralement sans la moindre difficulté. Contrairement aux sorciers piétons, qui formaient d'ailleurs à cette heure-ci une file impressionnante, elle pouvait directement se diriger vers l'entrée de secours, où deux miliciens l'attendaient d'ailleurs déjà. Ils étaient toujours prévenus en même temps que l’hôpital pour éviter des délais supplémentaires, qui pouvaient s'avérer fatals pour les victimes.

Sam s'arrêta devant le portail et abaissa la vitre, pour se pencher vers une sorcière d'un certain âge, portant l'uniforme de la milice :

"Bonjour, Samantha Miller, j'ai été appelée en intervention."

"Contrôle de la baguette.", lança sèchement la milicienne, son long nez semblant retroussé de suspicion. Sam tenta de ne pas s'en formaliser, malgré la boule d'angoisse née automatiquement dans son estomac, comme à chaque contrôle d'identité. Elle savait parfaitement qu'elle avait l'air d'avoir à peine dix-huit ans, et pour cause, ce qui dénotait toujours au volant d'un engin aussi imposant, mais jeune ou pas, elle était légitime à se trouver là. Son interlocutrice sembla en juger de même, puisqu'elle finit par lui rendre sa baguette et par donner l'ordre à son collègue d'ouvrir le portail.

"Le blessé se trouve dans l'Artère Venimeuse, dans le secteur des Marins", indiqua-t-elle avant de s'écarter.

*Eh bien ça promet*, songea Sam avant de s'engager dans la ville-dôme, où le transplanage était banni depuis plusieurs mois maintenant. Pressée par son intervention, elle n'eut guère le temps d'apprécier la quiétude qui régnait de bon matin dans cette ville sur le point de s'animer, seuls quelques travailleurs arpentant les rues pavées. Qui aurait pu dire que ces lieux avaient connus tant de drames... et pourtant, elle ne parvenait jamais à se défaire totalement de l'image sulfureuse qu'avait désormais Bristol lorsqu'elle s'y rendait. Heureusement, elle ne comptait pas s'éterniser.

Poussant sur l'accélérateur, elle s'engagea rapidement sur la Promenade des Marins, fronçant le nez à la vue des quelques soûlots qui traînaient encore devant les pubs, et repéra sans problème la petite Artère. Son ambulance pourrait s'y engager, mais de justesse, estima-t-elle avant de prendre le virage. Elle n'eut que quelques mètres à faire, avant de repérer un homme à terre. Allongé à même le pavé humide, il se tenait la tête d'une main, d'où semblait écouler un peu de sang. Le reste de son corps était dissimulé par une cape émeraude de bonne facture, à moitié recouverte de boue. Autour de lui, non pas un, ni deux, mais bien quatre membres de la milice, vue qui glaça aussitôt Samantha, bien plus encore que la vue du sang.

Quatre miliciens ne se mobilisaient pas pour arrêter un simple soulard. Les hypothèses commencèrent à poindre dans son esprit fatigué, tandis que son pouls s'accélérait, mais elle n'avait guère le loisir de réfléchir ni d'hésiter. Elle était là pour faire son boulot, et son boulot impliquait parfois de collaborer avec les forces de l'ordre, c'était ainsi. Descendant prestement du véhicule, elle ouvrit la porte arrière de l'ambulance et secoua sa baguette pour faire léviter le brancard.

"Bonjour", lança-t-elle d'une voix qu'elle aurait aimé plus assurée. "Quel est le bilan de situation ?"

S'agenouillant auprès du patient, elle commença immédiatement les premiers soins, constatant rapidement que les jours de cet homme n'étaient pas en danger. Un séjour à l’hôpital suffirait à le remettre d'aplomb. Pour autant, sa nervosité ne faiblit pas, car il présentait clairement des marques de combat. Avec l'aide d'un milicien, elle le hissa sur le brancard, qu'elle dirigea de la baguette jusqu'à l'arrière de l'hôpital. Puis elle se tourna vers les forces de l'ordre, s'adressant à celle qui semblait être la chef :

"Bien, ses jours ne sont effectivement pas en danger, je vais le ramener à l'hôpital. Il va rester inconscient, avec la potion sédative que je lui ai injecté, je n'aurai pas besoin d'appui sécurité."

La dernière chose dont elle avait envie, c'était de la compagnie de la milice pour son trajet du retour... Pas aujourd'hui, pas ce matin, elle n'avait pas la force de prétendre que leur vue lui inspirait autre chose que peur et dégoût. Heureusement, aucun des hommes ne fit mine de s'aventurer du côté de son véhicule. La chef, en revanche, avait son regard braqué sur elle...


   
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Amely Weaver - 23 ans - Milicienne

Sa cape sombre, brodée d’une accromentule, semblait peser une tonne. Amely avait parfaitement conscience que c’était le poids des responsabilités qui l’écrasait ainsi et qu'il ne faisait que se matérialiser au travers de cet uniforme soudainement trop grand pour elle. Elle sentait le regard de ses collègues brulant dans sa nuque alors qu’elle regardait l'ambulance approcher. Elle faisait équipe avec trois anciens de la PM qui avaient rejoint la Milice au cours des derniers mois. En tant qu'ancienne du BDA et plus ancienne Milicienne elle était théoriquement leur supérieure hiérarchique. Ils avaient pourtant tous beaucoup plus d'expérience qu'elle et considéraient certainement que n'importe lequel d'entre eux aurait fait un bien meilleur chef. Évidement ils se gardaient bien de formuler ce genre de remarque à voix mais tout, dans leur attitude, trahissait la méfiance et le mépris qu'ils avaient pour cette jeune milicienne qui aurait pu être leur fille.

Elle se sentait jugée en permanence et savait qu'elle n'avait pas le droit à l'erreur. Elle se retrouvait comme une débutante, la boule au ventre et les mains moites, à s'interdire la moindre faiblesse et prête à tout pour prouver ce qu'elle valait. Elle en aurait presque voulu à Nasreen de l'avoir mise dans une telle situation, c'était à se demander si elle n'avait pas oublié comme c'était dure de s'imposer face à trois dinosaures du métier quand on était une jeune fille de vingt-trois ans. Elle savait que c'était bon pour sa carrière, que c'était une expérience qui la forgerait, mais cela ne rendait pas le moment plus agréable.

Elle ne put s'empêcher de se sentir soulagée en voyant une adolescente descendre du véhicule. Le rire étouffé dans son dos ne lui échappa pas et elle se retint de jeter un regard noir à son collègue qui devait penser qu'il y avait décidément trop de jeunes filles à des postes à responsabilités. Il allait devoir s'y faire !

"Bonjour, Amely Weaver, répondit-elle à le jeune blonde avec un sourire poli. Elle pouvait voir que son interlocutrice était mal à l'aise. La pauvre ne devait même pas avoir vingt-ans, elle devait avoir à peu près l'âge de Nora. L'individu s'est rebellé lors d'une interpellation, il a reçu un Diffindo et plusieurs Stupéfix. Nous n'avons pas eu de mal à le ranimer. Il avait suffi d'un Enervatum pour réveiller l'homme, un peu sonné et abattu par sa défaite. Sa blessure n'a pas l'air profonde, mais nous avons préféré ne pas prendre de risques." Décision qui avait été vivement critiquée par certains de ses charmants coéquipiers, mais elle était certaine d'avoir fait le bon choix en ayant recours aux ambulanciers.

Amely resta en retrait tandis que la jeune ambulancière administrait les premiers soins à leur opposant et lui injectait une dose de tranquillisant. L'homme avait tenté de ruser et de contourner un contrôle de sécurité en créant une diversion à proximité d'un check-point. Il avait été licencié de son poste au Ministère après des fuites suspectes d'informations et se savait recherché par la Milice. Il avait demandé à un complice de créer une diversion près d'un point de contrôle pour tenter de rejoindre sa famille qui habitait Bristol. Il s'était fait prendre alors qu'il entrait dans la ville et l'interpellation avait mal tourné. Le temps qu'ils arrivent son complice avait déjà filé, mais ils le retrouveraient.

Une fois le blessé installé sur un brancard à l'arrière de l'ambulance, la jeune fille blonde revint vers eux pour leur expliquer qu'elle n'aurait pas besoin d'appui sécurité pour le trajet retour jusqu'à l'hôpital. Sauf qu'elle n'allait pas à l'hôpital. N'était-elle pas au courant ? Amely s'était attendue à ce que les secours soient déjà informés.

"Vous n'allez pas à Sainte-Mangouste, corrigea-t-elle. Le blessé est attendu à Skye, il sera soigné là-bas."

La milicienne scruta la réaction de son interlocutrice, cherchant attentivement la moindre marque de désapprobation, prête à étouffer toute protestation. C'était les ordres. Cet homme était soupçonné de faire partie d'un mouvement rebelle. Il avait attaqué des représentants des forces de l'ordre. Il allait à Skye. L'institut ne faisait pas l'unanimité auprès de la population, et Amely voulait bien croire qu'il ait ses travers, mais elle n'était pas maitresse de ce qui s'y passait. On lui avait dit que cet homme serait soigné à Skye, et elle se contentait de cette information. Mais la jeune ambulancière en ferait-elle autant ?

Le trajet jusqu'à Skye était long, et Amely ne voulait pas mobiliser un milicien plusieurs heures durant pour surveiller un homme inconscient. L'homme était sous sédatif, aucun risque qu'il ne prenne la fuite. Le moment le plus risqué serait celui du transfert, mais avant son arrivée à Skye il n'avait aucune chance de s'échapper.

"Bien, concéda-t-elle. Vous pouvez partir. Nous vous attendrons là-bas. Elle posa le plat de la main sur la porte ouverte du véhicule, comme pour inviter la jeune femme à monter. Faites-vite."

Du regard, elle lui adressa un dernier avertissement. Elle lui faisait confiance, alors l'ambulancière avait tout intérêt à filer droit et à ne pas prendre de décisions idiotes. Il n'y avait aucune raison pour que les choses soient compliquées et Amely espérait sincèrement que tout se passerait bien. Elle n'avait pas envie de créer des problèmes à une gamine. Elle jaugea une dernière fois l'adolescente et cela la conforta dans son idée. Elle avait l'air terrifiée et se contenterait certainement de faire ce qu'on lui demandait sans broncher.

De toutes les façons, dans le cas contraire, Amely en serait rapidement informée. La milicienne referma la porte de l'ambulance derrière l'adolescente et s'éloigna du véhicule, après avoir vérifié que le mouchard était bien collé à la portière. Presque invisible, mais là. La jeune ambulancière avait tout intérêt à ne pas faire de détours.
Samantha MillerPersonnage décédéavatar
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Skye. Le nom sonna comme le glas aux oreilles de Samantha, qui sentit quelque chose de lourd tomber dans sa poitrine. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement, sans pour autant lâcher le visage déterminé de la milicienne, qui semblait l'observer avec attention. Skye, il fallait qu'elle emmène à Skye, et surtout, qu'elle ne montre pas le moindre signe de désobéissance.

"Skye", répéta-t-elle d'une voix aussi blanche que la couleur de son visage. Elle se maudit en entendant le son étranglé qu'elle avait produit, et s'efforça de reprendre une inspiration discrète avant de répondre d'un ton plus neutre : "C'est compris, je change la destination de mon MPS*", souffla-t-elle en pianotant sur le petit instrument qui était accroché à son poignet, comme une montre.

Le temps de trajet s'afficha et elle sentit son coeur s'emballer à la vue de la poignée de chiffres, qui s'affichait comme un compte-à-rebours : Ile de Skye, 2 heures 10. Une voiture moldue aurait mis près de douze heures pour réaliser le même trajet, et encore, sans compter les pauses, mais l'accélérateur d'une ambulance permettait de réduire de cinq à six fois le temps nécessaire. En réalité, en cas d'urgence vitale, ils pouvaient même réduire encore ce temps et opérer la traversée du pays en 1h30, mais les risques d'accidents de conduite augmentaient en proportion. Aussi, cette possibilité était réservée aux cas les plus extrêmes, lorsque la vie du patient était en danger et que l'on se trouvait dans les recoins les plus éloignés du Royaume-Uni. Dans le cas présent, Sam savait pertinemment qu'elle allait prendre tout son temps...

Dans un état second, elle écouta avec attention les dernières paroles de la milicienne tout en s'installant au volant de son ambulance. Elle acquiesça automatiquement, attacha sa ceinture de sécurité, démarra l'engin, le tout, mécaniquement. Chacun de ses gestes tandis qu'elle réalisait sa manœuvre et faisait évoluer son véhicule dans Bristol relevait de l'habitude, tandis que son cerveau, lui, tournait à plein régime. Toutes les trois secondes environ, son regard se portait sur le rétroviseur central pour observer l'homme endormi à l'arrière. Il était jeune, la trentaine bien tassée, brun et bien bâti. Une barbe de quelques jours recouvrait son visage aux traits harmonieux. C'était un homme comme il y en avait mille, rien de remarquable dans l'apparence. A part cette alliance qui brillait autour de son annulaire, rien ne permettait d'indiquer quoi que ce soit sur sa vie et son identité.

En l'espace de quelques minutes, elle avait traversé la vile, rejoint le check-point, effectué les mêmes formalités à la sortie qu'à l'entrée. Calmement, la vue rivée sur la route, elle accéléra sur les routes de campagne, suivant les consignes de son MPS jusqu'à rejoindre les voies rapides. Là, enfin, elle se permit de respirer, tandis que son pied appuyait fermement sur l'accélérateur. Le luxe de lambiner ne lui était pas permis. Si d'ici deux heures trente elle n'était pas arrivée à Skye, alors on se mettrait à sa recherche.

Lentement, elle se mit à dérouler la suite du voyage dans sa tête. Très vite, elle allait se retrouver à Birmingham, puis Warrington - sa dernière opportunité de filer vers une grosse ville, Manchester ou Liverpool - ensuite ce serait le grand voyage vers le nord et les Highlands. Preston, Lancaster, Carlisle, Glasgow. Le Lexit était-il bien implanté à Glasgow ? Elle ne le savait pas, elle ne s'en souvenait pas. Merlin, elle n'avait plus assisté à une réunion du mouvement depuis plusieurs semaines maintenant, alors tout ce qu'elle savait, c'était ce qu'elle avait entendu lors de ses dernières séances, il y a plus longtemps : c'était ce qui arriverait après. Elle allait traverser les Highlands, rejoindre l'île de Skye via le pont moldu, se diriger vers la face ouest de ce caillou désolé, jusqu'au tristement célèbre Phare de Neist Point. Là, elle déchargerait sa précieuse cargaison, l'homme qui se trouvait à l'arrière de son ambulance. Il serait jeté en cellule et, d'après les témoignages, interrogé, très certainement torturé pour obtenir toutes les informations possibles au sujet de la résistance. Puis il serait jeté en pâture aux savants fous de Skye, médicomages et psychomages tarés qui se servaient de la main d'oeuvre disponible pour tester leurs inventions ou réhabiliter leurs prisonniers.

Les dernières rumeurs que Sam avait entendu parlaient même d'une nouvelle expérience, d'un genre nouveau...

Un frisson lui parcourut l'échine et, sans détourner son regard de la route, elle se pencha sur le côté pour fouiller tant bien que mal dans la boîte à baguette située devant le siège passager. Après quelques instants à farfouiller d'une main, tout en évitant les voitures moldues de l'autre, Sam finit par mettre la main sur ce qu'elle cherchait, la radio de l'ambulance. D'un geste tremblant, elle l'accrocha au panneau de bord et entreprit de trifouiller les boutons jusqu'à trouver la bonne fréquence.

"Bonjour", lâcha-t-elle d'une voix peu assurée, qui se perdit dans l'habitacle.

"Centre d'appel, j'écoute."

La voix familière de Gowan la réconforta instantanément, lui donnant suffisamment de courage pour délivrer son message :

"Gowan c'est Sam, écoute il y a un changement dans ma mission, on n'a pas été prévenus. Mon patient a été blessé sans gravité lors d'une interpellation à Bristol. Je ne l'emmène pas à Sainte Mangouste, mais à Skye. Ordre de la milice."

Un silence éloquent suivit ses propos, qui s'éternisa plusieurs secondes, tant et si bien qu'elle finit par se demander si son collègue l'avait entendue.

"Gowan ? Je serai de retour d'ici deux heures trente, trois heures max."

"C'est bien noté, Sam. Bon courage pour la route. On te garde le café au chaud."

Une seconde, deux secondes, puis elle osa poser sa question, de son ton le plus neutre :

"Merci... Eliott est bien rentré avec son désartibulé ?"

"Non, pas encore... Ecoute, Sam, je sais que la route des Highlands est difficile. Sois prudente."

Il y avait ce quelque chose, dans le ton de son collègue, qui lui fit comprendre que ce conseil n'avait rien d'anodin. De toute évidence, Sam n'était pas la première ambulancière confrontée à cette situation, et Gowan tenait à l'avertir. Soit prudente. Ne fais rien d'irréfléchi. Fais ce qu'on te dit.

"Merci, c'est promis."

Un grésillement émana de la radio, signe que la communication avait été coupée. Sam se laissa quelques secondes pour reprendre ses esprits, apaiser son rythme cardiaque, mais elle sentait déjà la fatigue lui picoter les yeux et lui embrouiller l'esprit. Devant elle, la route dévalait à toute vitesse, l'ambulance fusant tandis qu'elle avait le pied au plancher. A l'arrière, l'homme était toujours inconscient.

*Merlin, Salazar, Dumbledore, venez-moi en aide*, songea-t-elle tandis que ses pensées prenaient mille pensées différentes.

Finalement, elle plongea la main dans la poche de sa blouse et en tira sa baguette magique. Sam pointa l'extrémité contre la radio, et maudit la migraine qui l'empêchait de réfléchir clairement. Quelle était la combinaison, déjà ? Merlin, ils avaient trafiqué toutes les radios de toutes les ambulances, il y a de cela plusieurs mois, et c'était la première fois qu'elle s'en servait. Après plusieurs tentatives infructueuses, un éclair de génie la frappa et elle murmura avec espoir :

"4. 7. 7. 31."

Grésillement au bout de la ligne, et une voix masculine qui émanait faiblement de la radio.

"Eliott. Tu m'entends ? Eliott, j'ai un problème. La milice m'attendait à Bristol. Ils ont blessé un homme lors d'une interpellation. Ils veulent que je l'emmène à Skye. Je suis en chemin."

De nouveau ce silence, terrible, oppressant, au bout de la ligne.

"Eliott, qu'est-ce que je fais ?", souffla-t-elle de nouveau, sa voix perdant cette fois toute neutralité, pour se faire implorante, affolée. Eperdue, elle quitta la route du regard pour fixer la radio, comme si Eliott allait en surgir physiquement pour prendre la situation en main.

Il était encore son tuteur, après tout.

*MPS : Magical Positioning System


   
Eliott WarlockAmbulancier magiqueavatar
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Eliott avait le coeur bien accroché et commençait à avoir l'habitude des vilaines blessures et autres accidents difficiles, pourtant il dût retenir un haut le coeur quand il descendit de l'ambulance pour découvrir un jeune sorcier d'une vingtaine d'années, qui avait laissé une de ses jambes derrière lui en transplanant. Les désartibulages n'étaient jamais beaux à voir mais certains étaient plus impressionnants que d'autres. Le médicomage qui était monté à bord avec lui commença aussitôt les premiers soins et Eliott l'assista comme il pouvait, en s'efforçant surtout de maintenir la victime consciente. Une fois l'hémorragie stoppée, ils installèrent précautionneusement le malheureux sur un brancard et reprirent la route vers Sainte-Mangouste, où le blessé aurait besoin d'une intervention chirurgicale au plus vite.

Eliott ne leva pas le pied de l'accélérateur de tout le trajet du retour, en essayant vainement d'ignorer les gémissements de douleur de son passager. Le médicomage à côté de lui était livide et jetait un œil à sa montre toutes les trente secondes, comme pour rappeler à l'ambulancier que chaque minute perdue aggravait la situation du blessé. Sous pression, les mains crispées sur son volant et le cœur battant à toute vitesse, Eliott parcourut la distance qui les séparait de Sainte-Mangouste en six minutes. Rapide. Mais peut-être pas assez.

A peine le véhicule s'était-il immobilisé que le médicomage se rua au dehors et fit léviter le brancard à l'intérieur du bâtiment. Eliott s'autorisa finalement à souffler. Sa mission s'arrêtait là. Il aurait peut-être des nouvelles de son passager dans la journée, ou demain. Il les attendait toujours avec un mélange d'impatience et d'inquiétude. Il détendit ses doigts et essaya de calmer un peu les tremblements qui agitaient ses mains. Son rythme cardiaque retrouvait lentement sa régularité alors qu'il faisait le tour de l'ambulance pour jeter un oeil à l'arrière du véhicule. Il jeta mécaniquement quelques sorts de nettoyage pour laver les traces de sang, et se traina jusqu'au local des ambulanciers. Tout autour de lui lui paraissait se dérouler trop lentement, comme au ralenti. C'était le cas après chaque trajet sous pression, il fallait toujours un peu de temps pour que son esprit se remette à fonctionner à un rythme normal.

Le métier d'ambulancier était une alternance entre périodes d'attente et piques d'adrénaline et c'était ce qui le rendait si prenant et intéressant, mais c'était un rythme éreintant, qu'il n'était pas toujours facile de tenir. Alors qu'il n'aspirait qu'à pouvoir retrouver tranquillement ses esprits avant le prochain appel, Eliott vit Gowan fondre sur lui dès qu'il passait la porte du local.

"Sam a appelé, l'informa son collègue d'une voix forte avant même d'être arrivé à sa hauteur.
- Tout va bien ?
- Elle est en route pour Skye, lui répondit Gowan, qui l'avait finalement rejoint, à voix basse. Tu devrais essayer de la rappeler. C'est pas facile comme trajet."

Ils savaient tous les deux qu'ils ne parlaient pas de l'état de la chaussée mais ils ne pouvaient pas se permettre de laisser transparaitre leurs inquiétudes ou leurs jugements. Eliott s'éloigna sans même avoir remercié son collègue alors qu'il sentait l'adrénaline à peine retomber affluer à nouveau dans ses veines. Ça devait forcément arriver un jour. Plusieurs membres de l'équipe avait rencontré la même situation, cela devenait fréquent. Mais il aurait voulu être Samantha quand leur tour viendrait. Il aurait dû être avec elle. Il se maudit intérieurement et remonta dans son ambulance où il attrapa la radio qu'il mit quelques secondes à régler sur la fréquence de son apprentie. Ils avaient trafiqué les radios des ambulances pour pouvoir se parler directement, sans passer par la centrale de Sainte-Mangouste qui filtrait et redistribuait les appels.

"Sam ? C'est bon je t'entends."

La voix blanche de Samantha ne tarda pas à remplir l'habitacle. Elle était en chemin pour Skye. Eliott ne répondit rien. Ils savaient tous les deux ce qui attendait un homme arrêté par la Milice quand il était envoyé à Skye. C'était des histoires qui faisaient froid dans le dos, et qui paraissaient soudain bien plus réelles que lorsqu'elle était racontées en chuchotant dans les réunions du Lexit.

"Eliott, qu'est-ce que je fais ?"

Eliott posa les coudes sur le volant et attrapa sa tête entre ses mains après avoir jeté un regard désolé en direction de la radio. Il ne savait pas. Il était complètement désemparé face à la situation. Une part de lui avait envie de lui dire de sauver cet homme, de ne pas le conduire directement en enfer, de prendre la fuite. Mais il ne pouvait pas lui demander ça. Il n'avait pas le droit de lui demander de se mettre en danger de la sorte, et de toute façon il ne voulait pas qu'elle prenne ce risque. Il devait la protéger, avant de penser à la résistance, avant de penser à cet homme qu'il ne connaissait pas. Il devait penser à Samantha d'abord. Et elle devait en faire de même.

"OK. Reste calme, souffla-t-il autant pour lui-même que pour son apprentie. Sam, poursuivit-il, le ton grave. Il n'y a aucun mal à faire ce qu'on te demande, ce sont les ordres et tu n'en es pas responsable. Il faut que tu penses à toi, et à ta sécurité. Tu n'as rien à prouver, d'accord ? Personne ici n'y trouvera rien à redire."

Nombreux étaient ceux qui avaient déjà déposé des blessés à Skye, la conscience plus ou moins légère. Lui-même ne savait pas ce qu'il ferait s'il était à la place de Samantha. Le choix le plus raisonnable était évidément d'obéir, mais il n'était pas certain d'en être capable dans une telle situation, pas quand une vie humaine était en jeu. Et il connaissait assez bien Samantha pour deviner qu'elle se trouvait dans le même état d'esprit. Il aurait voulu qu'elle se montre plus sage que lui et accepte de se plier aux ordres, mais il comprenait qu'elle ne puisse pas s'y résoudre et il ne pouvait pas la blâmer pour ça.

"Quoique tu décides, je suis avec toi, assura-t-il. Je t'aiderai."

Il ferait n'importe quoi pour lui faciliter la tâche. Pour alléger sa culpabilité si elle obéissait à la Milice, ou pour l'aider à s'en sortir dans le cas contraire. Il aurait voulu pouvoir simplement prendre sa place mais cela éveillerait trop de soupçsons. Ils ne pouvaient pas prendre ce risque. C'était elle qu'ils attendaient à Skye. Il ne se pardonnerait pas de l'avoir laissé partir seule tant qu'elle ne serait pas rentrée et qu'ils n'auraient pas partagé un café tiède et une longue conversation.

"Maintenant qu'est-ce que tu veux faire ?"


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Les pupilles claires de Samantha s'étrécirent quand elle entendit les mots d'Eliott qui grésillaient depuis la radio. Eberluée, elle détourna un instant le regard de la route pour foudroyer l'objet du regard, comme s'il était la cause de sa situation, mais elle garda le silence en continuant d'attendre et d'espérer une solution magique, qui pourtant ne venait pas. Son coeur s'accélérait douloureusement dans sa poitrine, sa jambe se contractait sur l'accélérateur, et elle finit par se pencher pour enclencher le régulateur de vitesse. Elle était partie pour rouler à fonds de caisse pendant deux heures maintenant, donc autant se mettre à l'aise, d'autant que ses pensées étaient partout sauf sur la route qui perforait l'Angleterre. Deux heures, c'était une longue période, suffisante pour oublier ce que venait de lui dire Eliott, trouver une solution acceptable et la mettre en application.

"Non non non, je ne VEUX rien faire du tout", explosa-t-elle dans l'habitacle, quand son tuteur lui posa cette ultime question. "Eliott ! La seule question, là, c'est qu'est-ce que je PEUX faire."

Sam garda le silence quelques instants le temps de doubler une file de camions et de retrouver un semblant de calme. S'énerver contre son tuteur ne lui serait d'aucun secours. En soit, elle lui était déjà reconnaissante d'être là et d'avoir répondu à sa radio pour ne pas la laisser seule dans cette horrible situation. Même s'il lui parlait comme si ce qui lui arrivait était normal et attendu, comme si elle pouvait se résoudre à faire ce qui était attendu d'elle, Eliott était son seul secours possible, son rocher dans la tempête, et elle avait besoin de tout sauf de se l'aliéner à cet instant. Sam se raccrochait à lui comme à une bouée de secours, pourtant Eliott réagissait comme si c'était à elle de faire un choix, un choix terrible entre deux options qui ne semblaient mener qu'à la mort, celle d'un homme, ou celle de sa conscience.

"Je m'en fiche de ne rien avoir à prouver, ce n'est pas la question, la question c'est que je ne peux pas laisser un homme se faire kidnapper, torturer, laver le cerveau et peut-être assassiner", souffla-t-elle finalement d'une voix basse et rapide, tandis que son esprit envisageait à toute allure tout ce qui attendait cet homme si elle allait au bout de sa mission. Elle se sentait nauséeuse. "C'est peut-être les ordres mais j'ai une conscience et une responsabilité et si je l'emmène là-bas alors je suis complice, tu comprends ça, je suis complice et je cautionne tout ce qu'ils vont lui faire et, Merlin Eliott, tu sais aussi bien que moi tout ce qu'ils peuvent lui faire."

Son ton se faisait plus pressant et s'emballait, à mesure que la panique enflait en elle et se répandait dans ses veines : "Eliott, on en a parlé, tu sais tout ce que Lauren m'a raconté après sa dernière réunion, je ne peux pas laisser faire ça, c'est beaucoup trop horrible."

Des expériences d'un nouveau genre, un programme qui, murmurait-on, avait été commandé par le ministre lui-même : des recherches sur l'origine même de la magie, pour répondre à cette question fondamentale : d'où venait-elle, comment se répandait-elle, pourquoi certains hommes en étaient-ils dotés et d'autres privés ? Pourquoi certains disposaient-ils d'une puissance et d'une aisance naturelle quand d'autres peinaient à jeter le moindre sort ? Pourquoi certains blocages pouvaient-ils se produire ? Pourquoi les cracmols, pourquoi les maladies magiques ? Pourquoi les voyants, les prophéties, quelles étaient les clefs du futur ? C'était pour répondre à toutes ces questions que ces expériences avaient lieu, sur cobayes vivants, pour parvenir à identifier et isoler l'origine de la magie chez un être humain, dans ses gênes, dans ses cellules, et pour, ultimement, tenter de l'extraire. Car prendre leurs souvenirs, leurs mémoires, ne suffisait pas aux tortionnaires de Skye, ces tordus s'en prenaient désormais à l'identité même de ces personnes : les premiers résultats avaient révélé que l'on ne pouvait ôter la magie d'un homme sans le priver d'une partie très intime de lui, comme si la magie était totalement intriquée avec ce qui constituait son âme. Cela faisait des sortes d'amputés psychologiques, des sorciers qui n'en étaient plus et qui sortaient de là comme des ombres d'eux-même, tous juste bons à errer aux frontières d'un univers qui leur était désormais inaccessible.

Un nouveau frisson lui parcourut l'échine.

"Je ne peux pas le faire Eliott, je ne peux pas l'emmener là-bas, parce que si je le fais, c'est très simple, lui va mourir d'une façon ou d'une autre et moi, je ne pourrai plus jamais me regarder dans un miroir."

Le silence qui régnait dans l'habitacle se faisait assourdissant, ne faisant que souligner sa solitude insupportable face à cette situation sans issue. Cette conversation ne s'emmanchait pas du tout comme elle l'avait espéré, elle voulait s'en remettre à Eliott et qu'il lui trouve une solution, pas qu'il la renvoie à cette situation dont elle ne pouvait ressortir gagnante. Avant qu'il ne répète qu'il était prêt à l'aider, quoi qu'elle décide, elle se décida à enchaîner :

"Mais on sait très bien tous les deux que je suis obligée d'arriver là bas et de livrer un blessé, je ne peux pas faire autrement Eliott, j'ai beaucoup trop à perdre. S'il n'y avait que moi, je... je pourrais me cacher mais il y a Lauren, il y a mon père, mes amis, je connais trop de monde impliqué dans la résistance de près ou de loin, on ne parviendrait jamais à prévenir tout le monde à temps et même si c'était le cas, je peux pas leur demander de sacrifier leur vie pour moi, mon père refuserait de quitter sa maison à Nimbus et de se cacher, c'est certain, je ne peux pas le perdre, mais Eliott, on sait très bien ce qui va arriver si je désobéis, on le sait tous les deux, ils le tueraient !"

Ses mains s'étaient crispées douloureusement sur le volant et sa voix était montée dans les aigus au fil de son discours désordonné. La gorge serrée, elle jeta un nouveau coup d'oeil dans le rétroviseur et observa l'homme à l'arrière, toujours baigné dans une inconscience bienheureuse, ignorant l'enfer vers lequel elle le conduisait en trombe.

"Alors, dis-moi, qu'est-ce que je peux faire ? Je ne peux pas l'emmener, je ne peux pas ne pas l'emmener, OK, alors il n'y a pas le choix, il faut qu'on trouve une autre solution", lâcha-t-elle, d'un ton autoritaire qu'elle n'avait jamais employé auparavant avec son tuteur ni, d'ailleurs, avec grand monde. "Il faut que tu m'aides, je t'en supplie."



   
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Eliott laissa échapper un soupir en entendant Sam s'emporter, à l'autre bout de la radio. Il n'était pourtant pas surpris par sa réaction. Son apprentie était fidèle à elle-même : juste, investie, emphatique, et prête à penser aux autres avant de penser à elle. Une part de lui était même fière de la jeune femme, dont il partageait les convictions. Dans d'autres circonstances, il n'aurait pas accepté d'autres réponses que celle qu'elle venait de lui donner, tant sa conscience lui hurlait que c'était la seule solution valable.

Bien sûr que non, elle ne pouvait pas emmener cet homme à Skye. Il savait comme elle à quel point la mort était préférable à un séjour sur cette île. Ils n’avaient pourtant que quelques bribes d'informations, ramenées par des résistants bien infiltrés qui avaient pu mettre un pied sur l'île sous couvert de leur métier de médicomage ou d'oubliator, mais il y avait encore beaucoup de zones d'ombres et c'était peut-être ça le plus inquiétant. Bien sûr qu'elle devait sauver cet homme. Et pourtant il ne pouvait pas la laisser faire ça, c'était beaucoup trop dangereux. Il ne pouvait pas la mettre en danger, il était censé la protéger, veiller sur elle. S'il arrivait quelque chose il ne se le pardonnerait jamais. Mais ce n'était pas à lui de prendre cette décision, ce n'était pas lui au volant de l'ambulance. Il avait tenu à ce qu'elle fasse librement son choix et elle l'avait fait. Maintenant il devait le respecter.

Il laissa le silence remplir l'habitacle après les dernières paroles de son apprentie, trop occupé à prendre la mesure de tout ce que cela impliquait. Ils allaient sauver cet homme, et désobéir à la Milice. Ils n'avaient pas le droit à l'erreur. Ils jouaient leurs vies sur ce coup-là, et celles de tous ceux qu'ils aimaient. Alors que Samantha évoquait son père, il ne pouvait penser qu'à Bianca et Charlotte. Il s'en voulait terriblement de les mettre en danger, pourtant il ne pouvait pas renoncer. Quel genre de père serait-il s'il était capable de laisser des innocents se faire torturer ? Tiraillé entre trop de volontés contradictoires, il fut ramené à la réalité par le ton autoritaire de Samantha, qui lui fit l'effet d'une gifle. Il devait trouver une solution. Et il devait la trouver vite.

"Je vais t'aider, affirma-t-il en se redressant. On va trouver cette solution Sam, je te le promets."

Il n'avait pas la moindre idée de comment il allait s'y prendre, mais il allait y arriver. Il n'avait pas le choix de toute façon, il y avait beaucoup trop en jeu. Maintenant c'était gagner ou mourir.

"Combien il te reste de temps de trajet ?"

Il attendit la réponse de son apprentie et régla le chronomètre de sa montre pour avoir constamment le compte à rebours sous les yeux. Il avait l'impression que les secondes défilaient trop vite, et qu'elles le précipitaient sur un chemin sans issue.

"Sam, je dois te laisser, annonça-t-il finalement avec un regard d'excuses en direction de la radio. Je vais trouver de l’aide. Mais je reviens vite, promit-il. Continue comme si tu allais à Skye, je vais trouver un moyen de te tirer de là. Et sois prudente."

Il ne se laissa pas le temps d’hésiter et descendit de l'ambulance, toujours garée sur le parking de l'hôpital. Il dépassa Gowan d'un pas rapide, prétextant devoir aller chercher de quoi remplir les trousses de premiers secours, et s'engouffra dans le bâtiment. Il se rua à l'accueil aussi rapidement que s'il avait eu un blessé sur les bras.

"Je cherche le docteur Whitaker, lança-t-il au jeune standardiste. Bonjour, se rattrapa-t-il un peu tard. S'il-vous-plait. C'est urgent."

Le jeune homme lui décrocha un regard noir et laissa échapper un soupir, mais avisa la blouse et le badge accroché à sa poitrine et consentit à lui répondre d'un ton laconique.

"Elle vient d'arriver. Elle doit être en train de finir le tour des chambres de ses patients..."

Il n'avait pas fini sa phrase qu'Eliot s'était précipita dans les escaliers, après un regard angoissé en direction de sa montre. Il n'avait pas une minute à perdre. Il traversa plusieurs couloirs sans succès avant de finalement apercevoir la médicomage, en pleine conversation avec ce qui devait être la famille d'un patient.

"Tara ! la héla-t-il en s'approcha d'un pas vif. Bonjour Madame, ajouta-t-il à l'intention de la veille dame qu'il avait coupé dans son récit. Je suis désolé de vous interrompre, c'est une urgence."

Il attira la médicomage dans une chambre vide et prit soin d'insonoriser la pièce d’un coup de baguette, fébrile, avant de se retourner pour faire face à la surprise de la jeune femme.

"Qu’est-ce qui se passe ?
- Est-ce qu'on a quelqu'un à Skye en ce moment ?"

Comprenant qu'il était venu la trouver en tant que membre du Lexit et non pour ses capacités de médicomage, Tara ne posa pas davantage de questions et parut réfléchir un moment.

"Non, je crois pas. Derek y a été appelé il y a deux jours, pour une opération en urgence, mais il n'a rien vu. Il était surveillé en permanence. Pourquoi ?"

Eliott sentit le faible espoir qu'il avait ressenti en apercevant Tara tomber brutalement au creux de son estomac. Avoir un allié sur place aurait pu leur permettre d'organiser une fuite au moment du transfert, ou plus tard. Ils auraient été moins pressés par le temps. Il jeta un nouveau regard en direction de sa montre et déglutit difficilement. Sans aide là-bas, il était hors de question que le blessé passe la porte de l’établissement. Il n’en ressortirait pas. Ou pas dans un état qui vaille la peine de continuer à vivre.

"Je te dirai plus tard. Il ne pouvait pas se permettre d'en parler pour le moment, pas tant que Samantha n'était pas sortie d'affaire. Merci quand même, et désolé pour le dérangement.
- T'inquiète. Et bon courage."

Il avait déjà quitté la pièce et rejoignait le parking au pas de course, le cerveau en ébullition. Ils allaient devoir se débrouiller sans aide extérieure. Ils étaient seuls. Et il ne trouvait pas de solution. Il s'en serait tapé la tête contre les murs tant il se sentait inutile, à courir après un miracle qui n'arriverait pas. La milice attendait un blessé, ils allaient devoir lui en donner un. Une idée germa dans un coin de sa tête, qu'il se refusait à envisager pour le moment.

"Sam, tu es toujours là ? s'inquiéta-t-il alors qu'il reprenait place dans son véhicule. On n'a personne du Lexit à Skye. Il faut qu'on trouve une solution avant que tu arrives là-bas. Il baissa une énième fois les yeux sur sa montre. Parle moi du gars, il est dans quel état ?"

Il n'avait pas beaucoup d'options, et il ne pouvait pas se permettre de faire le difficile. Il se devait d'envisager toutes les possibilités, même si elles le répugnaient. Ils ne pouvaient pas livrer le blessé à la Milice, mais ils pouvaient lui trouver un remplaçant. Il suffisait de trouver un sosie de leur homme et de prétendre qu’il avait succombé à ses blessures. Et la morgue n'était pas loin. Réalisant ce qu'il était en train de planifier, il fut partagé entre l'envie de hurler et celle d'éclater de rire, et se contenta de renverser sa tête en arrière sur l'appuie-tête de l'ambulance et de prier Merlin pour qu'ils s'en sortent.


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L'étau qui étreignait la poitrine de Samantha depuis le début de son intervention se desserra un peu lorsque son tuteur lui promit son aide. Il lui sembla aussitôt qu'elle respirait mieux, que les filets d'air frais s'infiltraient dans ses poumons en même temps que le soulagement l'envahissait. La confiance qu'elle accordait à Eliott était totale, et aveugle, car il en avait toujours été ainsi, et surtout car elle n'avait absolument pas le choix. Il était sa seule issue, son unique espoir de se tirer de cette situation sans représailles fatales de la milice et en gardant la tête haute.

1h49.

A sa demande, elle jeta un coup d'oeil à son bracelet MPS et sentit son anxiété revenir au galop. Ils avaient déjà gâché de précieuses minutes à échanger, sans que l'ombre d'une solution ne soit trouvée. Devant elle, la route était aussi dégagée que le ciel sans nuages. S'efforçant de ne pas paniquer trop vite - après tout, ils avaient quasiment deux heures pour réfléchir à quelque chose - elle répondit à son collègue et écouta ses directives en se mordillant la lèvre, nerveuse.

"Ok, fais vite", souffla-t-elle d'une voix blanche en direction de la radio, consciente que cette invective était superflue, mais incapable de dire quoi que ce soit d'autre.

Le silence se fit dans l'habitacle. Laissée seule avec ses pensées, Sam se mit à s'agiter sans parvenir à garder un semblant de calme, pianotant des doigts sur le volant, cherchant à tâtons une paire de lunettes de soleil pour protéger ses yeux fatigués de la luminosité, attrapant un bonbon au citron, comptant les troupeaux de vaches qui broutaient paisiblement l'herbe des prairies qu'elle voyait dévaler à toute allure. Malgré ces gestes nerveux et mécaniques, elle restait habitée par une unique pensée, trouver un échappatoire à son dilemme.

1h44.

Et s'ils ne trouvaient pas ? La petite voix désagréable de sa conscience ne cessait de poser cette question, qui parasitait sa réflexion. Et si le temps dévalait comme il avait la terrible habitude de le faire, et si elle arrivait devant les portes de cette prison, alors que ferait-elle ? Le moment venu, serait-elle capable de faire ce choix, le bon choix, celui de se sacrifier ou de sacrifier ses proches, plutôt que de livrer un être humain à un sort pire que la mort ? Chaque minute qui passait semblait la rapprocher de l'inéluctable.

1h39.

Non. Eliott allait la sortir d'ici.

La voix salvatrice du jeune homme se fit enfin entendre et elle se pencha en avant vers la radio, survoltée.

"J'suis là, j'suis toujours là !", cria-t-elle plus qu'elle ne parla, son coeur accélérant dans sa poitrine. L'espoir qu'elle ressentait fut de courte durée, puisqu'il lui annonça qu'ils n'avaient aucun allié au sein de la prison actuellement. Sam ne se faisait guère d'illusions à ce sujet, les travailleurs de Skye étaient triés sur le volet, mais il est vrai que cela leur aurait été d'une grande aide... Heureusement, Eliott semblait loin d'être abattu. Ce n'était certainement que la première d'une longue liste d'idées.

"Bon, on va trouver une autre solution..."

Quelque peu décontenancée par sa question, elle jeta un énième coup d'oeil dans le rétroviseur et entreprit de décrire son mystérieux passager :

"C'est un homme assez jeune, trente, trente-cinq ans peut-être, plutôt grand, bien bâti, des cheveux bruns, une barbe de trois jours... Pas vraiment de signe distinctif..."

Comment décrire un obscur inconnu ? D'ici, elle voyait mal son visage, ne pouvait percevoir la couleur de ses yeux ou ses traits marquants. Difficile de l'identifier ou d'en faire une description plus précise.

"Il a une plaie à la tête, un peu de sang sur le visage, rien de sérieux. Il a une belle cape émeraude, et... et une alliance, il a une alliance."


Ce détail avait son importance. Cet homme, il y avait quelqu'un qui l'aimait, quelqu'un qui l'attendait et le cherchait probablement de partout à l'heure qu'il était. Si cet homme disparaissait à Skye pour toujours, ou s'il en sortait changé, métarmophosé à jamais, quelqu'un s'en apercevrait. Par Salazar, cet homme avait quelqu'un à oublier, que l'on pouvait effacer. Et si c'était elle ? Et si on l'envoyait à Skye, et si on effaçait Lauren de sa mémoire ?

A cette pensée, elle sentit son regard s'embuer, de tristesse, d'empathie, de peur mêlée, et elle secoua la tête comme pour s'en débarrasser. Elle ne pouvait pas laisser son état de nerf et de fatigue prendre le dessus, il lui fallait absolument rester lucide... Plus facile à dire qu'à faire, mais Eliott avait une idée derrière la tête, sinon il ne lui aurait pas parlé du patient. Quelle pouvait être cette idée ? En quoi savoir en quel état était son patient allait-il pouvoir l'aider ?

Une idée fulgurante lui traversa alors l'esprit, et elle faillit en piler au beau milieu de la route. Cette idée était horrible, trop pour qu'Eliott y ait pensé, pas vrai ? Remplacer son passager, par un anonyme, un pauvre ère échoué à la morgue... Récupérer un cadavre et le jeter en pâture à la milice, tant pis pour sa famille, pour ses proches, car il fallait sauver un autre homme, bien vivant quant à lui ? Non, il y avait forcément une meilleure option.

"Peut-être que je pourrais faire comme si on avait un accident", dit-elle précipitamment, sans chercher à interroger son tuteur pour confirmer sa théorie. Avant qu'il ne puisse l'interrompre, elle se mit à déblatérer d'une voix saccadée : "C'est vrai, je pourrais facilement dévier l'ambulance de la route en arrivant dans les hybrides, tout le monde sait que la route est dangereuse, bien sûr, il faudrait qu'on me trouve inconsciente, et, et blessée, lui se serait échappé, il y aurait sûrement des réprimandes mais ça irait, je suis jeune conductrice, ils seraient peut-être indulgents, bon, le problème c'est que la milice m'a vu lui injecter une dose de dragon de potion sédative donc c'est juste impossible qu'li se réveille mais qu'est-ce que j'étais censée faire ?! Je ne voulais pas qu'ils m'accompagnent dans l'ambulance et... mais je sais pas, peut-être que ça peut marcher, peut-être..."

Paniquée, elle jeta un nouveau coup d'oeil à sa montre.

1h33

Non, elle n'avait pas le temps de paniquer, de déblatérer, de trouver des idées foireuses qui risqueraient de mettre tout le monde en danger. Si l'idée d'Eliott était la moins pire de toutes, alors ils n'avaient plus une minute à perdre.

"Excuse-moi, je raconte n'importe quoi... qu'est-ce que t'as en tête, toi ?"


   
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Eliott hocha lentement de la tête en écoutant la description du blessé que Sam lui livrait. Une trentaine d'années, des cheveux bruns, grand, et avec une barbe de trois jours. Ironie du sort, l'homme en question avait l'air de lui ressembler. Lui qui songeait justement à lui trouver un sosie pour le remplacer, se trouvait être le candidat idéal. Sauf qu'il était bien vivant, et qu'il n'avait aucune intention de faire un séjour à Skye. Il pouvait bien prendre sa place dans l'ambulance, mais après quoi ? Il ne pouvait pas espérer s'échapper de Skye, s'il y entrait il n'en sortirait plus. C'était beaucoup trop risqué.

L'homme avait une alliance. Il avait une femme, quelque part, qui l'attendait. Une femme qui n'avait probablement aucune idée de la situation dans laquelle son mari se trouvait. Tout comme Charlotte ignorait tout des risques qu'il était en train de prendre. Eliott baissa les yeux vers l'anneau doré à sa main gauche et le fit tourner autour de son doigt alors que la culpabilité lui enserrait la poitrine. Samantha et lui avaient pris de gros risques, pour eux et pour leurs familles. Ils devaient s'en sortir. Il y avait des gens qui comptaient sur eux, des êtres chers qui les attendaient à la maison. Ils allaient ramener cet homme à sa femme, et ils allaient rentrer retrouver les leurs. Tout ce qui leur manquait c'était un plan.

1h36

Il écouta avec attention la suggestion de Samantha, réfléchissant à ce qui pouvait fonctionner ou non, mais la jeune fille énonça elle-même les failles de son plan. Si le blessé était sous tranquilisants, ils ne pouvaient pas simuler une fuite. Ils devraient livrer quelqu'un à la milice. Découragé, il croisa les bras sur le volant de son ambulance et posa sa tête sur ses poignets pour s'obliger à réfléchir. Sa dernière idée tournait toujours dans son esprit. Il se refusait à la considérer sérieusement, pourtant il commençait à réaliser que c'était peut-être leur seule option. C'était loin d'être le plan idéal, et tout ce que ça impliquait lui donnait déjà la nausée, mais ça pouvait les sauver.

Leurs deux solutions pouvaient fonctionner ensembles. L'idée de l'accident était bonne, et crédible. Cela pourrait justifier que l'homme ait succombé à ses blessures. Cela leur permettrait d'amocher un peu le cadavre, pour le rendre moins reconnaissable. Ça pouvait fonctionner.

"Non, il ne peut pas s'enfuir, confirma-t-il. Et puis, ils le traqueraient et poseraient trop de questions. C'est trop risqué. Mais il pourrait mourrir, dans cet accident. S'il est blessé il est fragile, le moindre choc pourrait être fatal..." réfléchit-il à voix haute.

Inconsciemment il tournait autour du pot, comme si expliquer son plan à voix haute rendrait la chose encore plus terrible. Des coups frappés à la fenêtre de la portière passager le firent bondir sur son siège et il se retourna brusquement pour reconnaitre Gowan. Eliott se dépêcha de couper le son de la radio et se pencha pour ouvrir la fenêtre du véhicule.

"On vient d'avoir un appel pour une intervention dans les Hébrides, une éleveuse a eu un accrochage avec une de ses bestioles, il grimaça. C'est la folie ce matin ! Tu peux t'en occuper ?
- Je peux pas, répondit-il, trop vite. Désolé, je... Sam a des soucis avec son MPS, je la guide à distance, jusqu'à Skye.
- Merde, bon courage ! C'est vraiment de la merde ces équipements... Bon, j'envoie Ethan et James. Ce qui veut dire qu'Eliott serait le seul ambulancier disponible. La prochaine intervention était pour lui. J'espère que ce sera calme, lui assura Gowan, qui avait visiblement suivi son raisonnement.
- J'espère aussi..."

Son collègue était déjà reparti au pas de course pour transmettre ses consignes à Ethan et son apprenti, qui quittèrent le parking à peine une minute plus tard. Eliott ralluma aussitôt sa radio.

1h27

"Sam ? appela-t-il. J'suis désolé, Gowan à débarqué, j'voulais pas qu'il t'entende, j'ai dû couper le son. Il avait suffisamment confiance en Gowan pour savoir qu'il ne les dénoncerait pas mais ils ne pouvaient pas impliquer d'autres personnes, c'était trop risqué. Donc, on simule un accident, et on dit que le gars y est passé, résuma-t-il. Bien sûr on ne le tue pas vraiment, il faut juste qu'on mette un cadavre à sa place..."

Et un cadavre ça pouvait se trouver. Il jeta un regard en direction du bâtiment de l'hôpital. L'agitation régnait au rez-de-chaussée mais il suffisait de descendre au rez-de-chaussée pour se trouver dans le calme angoissant de la morgue.

"Qu'est-ce que tu en dis ? Tu continues le trajet comme prévu, et je te rejoindrai sur la route dès que j'ai trouvé un...remplaçant."


Samantha MillerPersonnage décédéavatar
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Les mains crispées sur le volant, Samantha écoutait Eliott qui lui confirmait que son idée n'était pas viable. En revanche, son tuteur ne semblait pas à court de solutions, puisqu'il commençait à énoncer à haute voix la possibilité que la milice tombe directement sur un cadavre... Un cadavre, oui, mais lequel ?

"Oui, mais on ne peut pas le tuer vraiment", répliqua-t-elle vivement, avec une agressivité qui ne lui ressemblait guère. "Et on ne peut quand même pas mettre quelqu'un à sa place, si ?"

Seul le silence lui répondit. Elle laissa passer quelques courtes secondes, avant de risquer un : "Eliott ?", qui resta de nouveau sans réponse. Aussitôt, son rythme cardiaque s'accéléra, tandis qu'elle quittait la route des yeux pour trifouiller les boutons de la radio. Elle priait intérieurement pour qu'elle n'ait pas perdu le contact définitivement. Peut-être était-ce un problème technique ou, pire, peut-être qu'Eliott avait été découvert, ou appelé en intervention, et qu'elle devrait débrouiller cette situation seule finalement.

Heureusement, son inquiétude s'estompa très vite lorsque la voix rassurante d'Eliott parvint de nouveau à ses oreilles.

"Ouf, j'ai eu peur", avoua-t-elle avec un rire nerveux. "Alors, qu'est-ce que tu disais ?"

Cette minute interminable, au cours de laquelle elle avait cru l'avoir perdu, avait suffit à la rendre plus réceptive aux propositions de son tuteur. Si jamais il disparaissait, pour une raison ou pour une autre, Sam, laissée sans alternative, regretterait alors de ne pas avoir accepté sa proposition... Plus calme, elle recentra son attention sur la route, heureusement peu encombrée de véhicules moldus. Un tic nerveux agita sa paupière quand il affirma qu'il leur faudrait "juste" trouver un cadavre pour remplacer leur patient. Juste. Bien sûr, ce n'est qu'un détail, voler un cadavre, songea-t-elle avec sarcasme. Mais elle n'en dit rien, consciente que leurs options s'amenuisaient à mesure du temps qui s'écoulait.

Ce fut son tour de conserver le silence quand Eliott lui demanda son avis. Si elle acceptait, elle cautionnait, mais avait-elle réellement le choix, au fond ? C'était la moins abjecte des solutions, celle qui mettait le moins de monde en danger. Bien sûr, elle risquait d'être interrogée par la milice, et ils pourraient remettre sa bonne foi en doute, Sam savait qu'elle se mettait en danger. Mais la seule façon d'assurer sa propre sécurité consistait à conduire sagement et tranquillement cet homme à Skye, et elle ne pouvait s'y résoudre.

"C'est d'accord", lâcha-t-elle finalement. Puis, jetant un dernier coup d'oeil à l'heure, elle souffla : "fait vite."

De nouveau, elle se retrouva seule, seule dans la campagne anglaise, seule avec ses pensées. Conduisant en mode automatique, elle observait les cumulus menaçants qui emplissaient le ciel à mesure qu'elle montait vers le nord. Ces nuages, c'était autant de dangers qui planaient au-dessus de sa tête, et elle fonçait à toute vitesse dans leur direction, en toute connaissance de cause, malgré la peur qui s'infiltrait en elle, et la nausée qui faisait chavirer son estomac. La seule chose qui la faisait tenir, c'était l'espoir qu'elle plaçait dans la quête d'Eliott. Elle n'était pas seule, abandonnée face à son destin, et cette unique certitude lui permettait de lutter contre sa peur et son malaise.

Il y avait mille raisons pour que leur plan échoue, mais elle accordait une confiance aveugle à Eliott. Son tuteur saurait les protéger, elle et son passager, il saurait trouver une solution d'amener tout le monde à bon port et de préserver leur conscience morale au passage. Alors, malgré son inquiétude, elle attendit patiemment son retour, malgré les minutes qui s'écoulaient les unes après les autres, trop courtes, trop silencieuses. Elle s'efforça de ne pas s'abandonner au désespoir qui menaçait de l'engloutir, tandis que l'ironie de la situation lui apparaissait clairement : au moment où elle décidait de quitter la résistance, celle-ci s'imposait cruellement à elle. Avait-elle autre choix, au fond, que de résister dans une situation pareille ? Sam avait été bien stupide, bien naïve de penser qu'elle pouvait se retrancher derrière les autres, derrière le Lexit, derrière Lauren. C'était se voiler la face que de croire pouvoir rester neutre et poursuivre sa vie dans l'Angleterre magique d'aujourd'hui.

Lorsque son MPS lui indiqua un changement de direction, Sam n'avait toujours eu aucune nouvelle d'Eliott. Tout en invoquant mille divinités et personnalités légendaires à son secours, elle désactiva l'accélérateur magique, fit tourner le volant et quitta la voie rapide pour s'engager sur une petite route de campagne. Une première goutte de pluie s'écrasa sur son pare-brise, puis une seconde, et se fut finalement sous une pluie diluvienne que Sam commença à s'enfoncer sur les routes vertigineuses de l'Ecosse. Les paysages rudes et mystiques défilaient sous ses yeux las, qui cherchaient leur chemin sous le déluge. Au moins, la thèse de l'accident serait crédible...



   
Eliott WarlockAmbulancier magiqueavatar
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Le silence de Samantha fit vaciller le peu d'espoir qu'Eliott avait placé dans la solution qu'il lui proposait. Elle hésitait, et ses doutes étaient légitimes, mais il avait beau réfléchir il n'avait rien d'autre à lui proposer. La jeune femme finit par accepter et il acquiesça en silence, repoussant le moment de passer à l'action alors même que chaque minute était cruciale. C'était donc leur plan. Voler un cadavre, simuler un accident, et abimer suffisamment le corps pour qu'il soit méconnaissable. Il avait conscience que c'était complètement fou, et beaucoup trop dangereux. Il n'avait pas assez de ses dix doigts pour compter toutes les failles de ce plan. Il aurait voulu pouvoir réfléchir calmement, demander l'aide de la résistance, activer son réseau, et envisager toutes les options, mails ils n'avaient pas le temps.

1h23

Son apprentie avait raison, il devait faire vite. Tergiverser sur l'aspect moral des actes qu'ils s'apprêtaient à commettre était un luxe qu'il ne pouvait pas s'offrir. Ils auraient le temps d'y penser plus tard, autour d'une tasse de café, quand tout serait fini. Ils pourraient en discuter autant qu'ils le voudraient, partager leurs doutes, et se rassurer mutuellement. Pour le moment il était temps d'agir.

"Je me dépêche, promit-il. Ne change pas de cap, continues comme si tu allais à Skye."

Il était important que l'accident ait lieu sur son itinéraire pour se rendre sur l'île s'ils voulaient qu'il soit crédible. Ils trouveraient bien une route escarpée et mal goudronnée, ce n'était pas ce qui manquait en Ecosse.

"A tout de suite, sois prudente."

Il mit un instant à se convaincre d'éteindre la radio. En partie parce qu'il n'aimait pas l'idée de perdre le contact avec Samantha dans une situation si difficile mais également parce qu'il n'avait aucune envie de passer à l'étape suivante. C'est avec un soupir résigné qu'il ouvrit finalement la portière de son ambulance pour traverser le parking d'un pas rapide, en direction de l'hôpital. Par chance le hall d'accueil était bondé et personne ne prêta attention au jeune ambulancier qui s'empara d'un brancard vite qu'il poussa en direction des ascenseurs où il appuya sur le bouton -1. Seuls les cinq étages ouverts au public étaient indiqués sur le plan de l'hôpital mais il existait également un sous-sol, dont l'accès était réservé au personnel médical. Un sous-sol où se trouvait la lingerie, les archives, des réserves de potions, et la morgue.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur un long couloir blanc qui sentait fort la potion désinfectante. Il n'y avait aucune fenêtre et personne n'avait pris la peine d'utiliser la magie pour en créer l'illusion. Les murs étaient nus et les néons blafards donnaient au lieu un aspect inquiétant. Eliott poussa son brancard dans le couloir et passa devant les portes de plusieurs réserves avant d'arriver devant celle de la morte. Il déglutit difficilement, posa la main sur la poignée et la fit tourner avec appréhension mais la porte lui résista et refusa de s'ouvrir. Elle était verrouillée. Évidement. Il s'agissait d'une morgue, pas d'un supermarché ! Il était déjà en proie à la panique quand il avisa le lecteur de badges accroché non loin de la porte. Il sortit le sien et tenta sa chance, sans vraiment y croire. Une lumière verte accompagnée d'un "bip" sonore lui indiquèrent pourtant que la porte était maintenant ouverte.

Eliott pénétra dans la pièce en s'efforçant de bloquer toutes les pensées plus ou moins rationnelles qui l'assaillaient. Ne pas réfléchir, agir le plus vite possible. Un frisson qui n'avait rien à voir avec la température ambiante, pourtant très basse, lui parcourut le dos alors qu'il s'approchait d'un premier tiroir métallique. Il jeta nerveusement un regard à sa montre.

1h16

Il ne se laissa pas le temps d'hésiter et tira sur la poignée du tiroir qui révéla une longue forme humanoïde enveloppée dans une housse en plastique noir. Il sentit son pouls s'accélérer alors qu'il luttait contre lui-même pour ne pas tout abandonner. Il n'avait pas le choix. C'était le seul moyen d'aider Samantha à s'en tirer. Il attrapa la fermeture éclair et ouvrit le sac en plastique en fermant à moitié les yeux, comme si cela pouvait rendre la vision qui l'attendait moins terrible. Il posa à peine le regard sur la vieille dame au visage ridé et blanc comme de la cire et referma aussitôt la housse, puis le tiroir. Étonnement, il parvint à se détacher de l'aspect morbide de la chose et à se concentrer sur ce qui l'intéressait, à savoir la ressemblance entre un de ces cadavres et le blessé transporté par Samantha. Il n'avait pas besoin d'un sosie parfait, ils n’auraient qu’à faire exploser le moteur de l'ambulance pour que le corps soit le moins reconnaissable possible. Cela pouvait arriver après un accident. Il fallait seulement que le sexe, l'âge et la corpulence correspondent. Il arrêta finalement son choix sur un malheureux anonyme, dont l'étiquette indiquait "Homme 25-29 ans/Overdose". Si la victime n'avait pas de nom c'était certainement que personne ne l'avait réclamée, sa disparition passerait peut-être inaperçue.

Il eut toutes les peines du monde à se concentrer sur l'aspect technique de la manipulation quand il lui fallut sortir le corps de la housse et l'allonger sur le brancard. Il ne s'autorisa à reprendre son souffle qu'une fois le cadavre entièrement recouvert d'un drap et s'empressa de quitter les lieux, sans parvenir à se débarrasser d'une terrible envie de vomir. Il jeta un regard inquiet à sa montre alors que la porte de la morgue se refermait dans un bruit métallique.

1h02

Il avait à peine fait quelques pas dans le couloir qu'une jeune femme sortit d'une des réserves, les bras chargés de compresses. Elle sursauta en l'apercevant et braqua sur lui un regard étonné.

"Vous cherchez quelque chose ?" s'enquit-elle avec une politesse qui ne masquait pas complètement une pointe de méfiance.

Elle avait l'air jeune, elle devait avoir à peu près l'âge de Samantha. Certainement une infirmière, ou une étudiante. Avec un peu de chances elle ne connaissait pas bien les procédures habituelles de l’hôpital.

"Non, merci, s'empressa-t-il de répondre. Est-ce que vous pouvez...?" Il lui fit signe de se décaler sur le côté pour pouvoir accéder à l'ascenseur avec son brancard.

L'adolescente le laissa passer et, à son grand malheur, entra à sa suite dans l'ascenseur.

"Vous êtes médicomage ?" s'enquit-elle en fronçant les sourcils.

Elle connaissait déjà la réponse à sa question puisqu'elle avait évidemment remarqué qu'il ne portait pas la blouse des médicomages. C'était certainement la façon la plus polie qu'elle ait trouvé de lui demander ce qu'il faisait là.

"Brancardier."

Si l'on venait un jour à enquêter sur la disparition d'un cadavre à la morgue, autant brouiller un minimum les pistes. Et les tenues des brancardiers et des ambulanciers étaient identiques. Il aurait aimé que la jeune femme se contente de cette information, mais elle semblait déterminée à faire la conversation. Et il n'avait pas vraiment le temps pour ça.

"Et qu'est-ce que vous … ?"

Sentant qu'elle allait poser beaucoup trop de questions auxquelles il ne pourrait pas répondre, il n'eut pas trop d'efforts à faire pour avoir l'air agacé par son comportement.

"Je transporte un type mort sur un brancard, qu'est-ce que ça veut dire à ton avis ? rétorqua-t-il brusquement. A en croire son regard terrifié elle n'en avait aucune idée. Ce qui tombait bien car lui non plus. On le sort pas pour lui faire prendre l'air, si tu vois c'que j'veux dire..."

Sa réponse et son ton cinglant eurent au moins le mérite de clouer le bec à la jeune fille qui resta silencieuse les quelques instants que dura leur voyage en ascenseur jusqu'au rez-de-chaussée. Elle ne le salua même pas en sortant. Il était trop préoccupé pour se sentir coupable de l’avoir agressé et il se précipita aussitôt vers le parking. Il réalisa juste à temps qu'il était garé trop loin de l'entrée, et qu'il ne pouvait pas traverser tout le parking avec un brancard sans éveiller les soupçons de Gowan. Il ne préférait pas prendre le risque de croiser son collègue, qui serait capable de poser des questions et qui ne se laisserait pas envoyer balader aussi facilement que la jeune infirmière. Il abandonna le brancard derrière une vieille ambulance hors-service qui restait stationnée en permanence près des portes, et se dirigea vers la sienne d'un pas pressé.

Il ne lui restait plus qu'à prévenir Gowan qu'il partait rejoindre Sam, monter dans son ambulance, récupérer le brancard, et rejoindre son apprentie. D'autres difficultés les attendraient ensuite mais il savait qu'il serait plus serein dès lors qu'il serait en compagnie de la jeune femme. Il n'aimait pas la savoir toute seule à s'angoisser sur les routes sinueuses d'Ecosse. Alors qu'il remontait le parking d'un pas rapide, il avisa justement Gowan qui arrivait vers lui en courant. Ce qui n'était pas bon signe.

"T'étais où ? Ça fait cinq minutes que j'te cherche ! Il enchaina sans laisser le temps à Eliott d'inventer une excuse. On a eu un autre appel, un empoisonnement avec une potion ratée. "

Quatre appels en moins de deux heures, c'était exceptionnel. Il se passait parfois de longues heures sans la moindre intervention, pourquoi fallait-il que toutes les urgences tombent en même temps ?

"C'est une gamine qui a jamais transplané. Ses parents ont pas voulu prendre de risques, surtout que son état n'est pas trop grave, mais faut pas trainer non plus ! Ethan et James sont pas encore rentrés, je t'envoie les coordonnées MPS.
- Je peux pas, il faut que je rejoigne Samantha, rétorqua Eliott, catégorique.

Il fut immédiatement assailli par une vague de culpabilité ; il ne pouvait pas refuser de secourir une enfant malade pour sauver un résistant. Mais il ne pouvait pas non plus abandonner Sam. Il devait trouver une autre solution.

"Vas-y toi, s'il-te-plait, implora-t-il. Je m'occupe du centre d'appel en attendant Ethan et je file rejoindre Sam ensuite. Tu sais comme sont les routes là-bas...
- Ok, on fait comme ça. Sans hésiter une seconde, Gowan lui fourra sa liste d'appels dans les bras, et se dirigea vers une des ambulances. Tu me revaudras ça Warlock ! lança-t-il en s'éloignant.
- Compte sur moi..." lui répondit Eliott sans joie. Son collègue n'avait absolument pas idée d'à quel point il lui était réellement redevable.

Il avait réussi à se débarrasser de l'intervention mais il était coincé ici jusqu'à ce qu'Ethan et James reviennent. Il ne pouvait pas abandonner son poste, s'il manquait un appel il ne se le pardonnerait jamais. Il aurait fait à peu près n'importe quoi pour venir en aide à Samantha mais il ne pouvait pas risquer la vie d'innocents pour sauver un résistant qu'il ne connaissait pas. Il espérait toutefois ne pas avoir à choisir entre deux vies. Il lui restait presque une heure, Ethan et James serait certainement revenus bien avant. Il n'avait plus qu'à prendre son mal en patience et à rassurer Samantha.

Il s'installa au poste d'appel avec un soupir de frustration et régla aussitôt la radio sur la fréquence de l'ambulance de la jeune femme.

"Sam, tu m'entends ? J'ai notre gars, l'informa-t-il. Mais je suis coincé au centre d'appel d'urgence, Gowan est parti en intervention. Il avait beau s'efforcer de paraitre aussi calme que possible, on entendait le stress dans sa voix. J'attends le retour d'Ethan, il ne devrait plus tarder...Tout va bien ?"

00h51


Samantha MillerPersonnage décédéavatar
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Une demi-heure. Pendant une interminable demi-heure, Samantha continua de rouler d'une conduite prudente, mais ferme, sous la pluie glaciale que le ciel d'Ecosse envoyait sur son ambulance. Elle avait beau sursauter à chaque bruit sortant de l'ordinaire, la radio restait obstinément muette, et son impatience ne faisait que grandir, se muant peu à peu en inquiétude. Intérieurement, elle imaginait mille scénarios expliquant les difficultés d'Eliott : peut-être qu'il avait été appelé en intervention. Peut-être qu'il avait été à la morgue, mais qu'il n'était pas parvenu à entrer, car y était-il seulement habilité ? Ou alors, il n'avait trouvé aucun corps correspondant à la description. Ou bien on l'avait surpris, en train de transporter un cadavre, et il avait été dénoncé à la milice. Peut-être qu'il attendait en ce moment-même, menottes au poing, qu'on l'embarque pour le Magenmagot en comparution immédiate pour être inculpé de trahison. Peut-être encore qu'il attendait au chevet d'une pauvre âme qu'elle rende son dernier souffle, pour pouvoir l'embarquer.

Peut-être qu'il ne parviendrait pas l'aider, qu'elle devrait se débrouiller, peut-être même qu'elle l'avait mis en danger et qu'elle allait causer sa perte. Cette idée lui provoqua une bouffée d'angoisse et elle tendit la main pour allumer à tâtons une radio moldue. Aussitôt, la musique emplit l'habitable et elle poussa le son à fond, comme pour mieux recouvrir le son de la pluie et le vacarme de ses propres pensées.

Seule avec son angoisse, elle n'avait que son encombrant passager anonyme pour lui tenir une bien piètre compagnie - toujours inconscient, assommé par son médicament. Par deux fois, surprise par une route boueuse et sinueuse, distraite par ses pensées inquiètes, elle faillit atterrir dans un ravin. Sam dut même s'arrêter un instant pour se reprendre, faire quelques pas sous la pluie battante et respirer quelques grandes inspirations pour tenter de domestiquer sa sensation de nausée, persistante. Hélas, elle n'avait pas le loisir de s'arrêter plus d'une minute.

Remontant en voiture, elle reprit sa conduite rapide, et jeta un énième coup d'oeil à l'heure quand, enfin, la voix d'Eliott lui parvint. Enfin ! Et il avait trouvé quelqu'un ! Un sursaut de soulagement la secoua, provoquant un nouvel écart de l'ambulance, et elle reporta son attention sur la route. Le juron qui s'échappa de ses lèvres quand Eliott lui apprit qu'il était coincé au poste de commande l'aurait fait rougir d'embarras en temps normal, mais elle se sentait dans un état second.

"Bordel on n'a vraiment pas de chance !", pesta-t-elle en guise de réponse. "D'habitude on se fait chier à jouer aux cartes pendant trois heures sans interventions et là, comme par hasard tout le monde est appelé de partout. Bon... Au moins tu as trouvé quelqu'un."

Cinquante minutes, c'était largement suffisant pour qu'Eliott soit libéré de son poste et puisse voler à sa rescousse.

"Merci", souffla-t-elle avec gratitude, consciente que sa réaction première n'avait pas été des plus agréables. "Du coup, on attend qu'Ethan te remplace et tu viens me l'apporter, et on met en scène l'accident, ça te va ?"

Comme Eliott lui répondait, anticipant les détails de leur plan, elle se sentit retrouver un calme relatif. Finalement, ce n'était pas si fou que ça, peut-être bien qu'ils allaient réussir à s'en sortir sans que personne ne s’aperçoive de rien. Dans trois quart d'heure, maximum, cette histoire serait derrière elle - moyennant bien sûr un interrogatoire par la milice, mais elle devrait réussir à ruser et à faire bonne figure. Elle était issue de Serpentard, après tout !

Oui, la conversation avec Eliott faisait du bien à ses nerfs. Hélas, tout aussi brusquement qu'il était revenu, son tuteur disparut de nouveau et ses tentatives pour le joindre au centre de contrôle restèrent vaines. S'efforçant de discipliner les battements erratiques de son coeur, elle remit la musique et songea qu'il avait dû être interrompu par un collègue. Peut-être Ethan, de retour, prêt à le remplacer. Sans doute Eliott s'apprêtait-il à la rejoindre, cadavre à l'appui, et il ne lui restait plus qu'à attendre.

00h42

...et attendre...

00h23

...et attendre.

00h10

L'ambulance prit un virage et se trouva sur une route fine sur le bord d'une falaise escarpée. Jetant un coup d'oeil par la fenêtre, Sam aperçut la mer noire et déchaînée, dont les vagues venaient se briser, inlassablement, sur les rochers de l'île de Skye. Ralentissant instinctivement, elle s'abandonna un instant à la contemplation de ce lieu de légendes, envahie par un sentiment de fascination et d'effroi mêlés. Alors enfin, ils y étaient. Quelques minutes de route plus loin et elle atteindrait le pont magique, où des officiers de la milice la contrôleraient, prêts à l'orienter vers la prison, après avoir constaté quel encombrant passager elle accompagnait. Alors on l'embarquerait, toujours inconscient, vers sa future geôle d'où il ne sortirait statistiquement jamais - ou en un drôle d'état. Elle repartirait, sauve mais portant le poids d'une culpabilité immense, et retournerait à Saine Mangouste pour une nouvelle affectation.

Comme si de rien n'était.

Son regard affolé accrocha l'heure qui s'affichait à sa montre. Si elle avait une décision à prendre, c'était maintenant. Elle avait exactement une minute, peut-être deux, pour faire demi-tour et fuir - ensuite il serait trop tard. Une main tremblante posée le volant, l'autre sur le levier de vitesse, elle sentit ses pensées des deux dernières heures repasser à toute allure dans son esprit. Presque paralysée par son dilemme, elle avançait tout doucement, mais avançait encore, tandis que sa jambe passait lentement sur la pédale de frein, s'apprêtant à appuyer.

C'est alors que sa radio se remit à crépiter.



   
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Eliott sentit son propre niveau de stress augmenter d'un cran face à la réaction de Samantha quand il lui annonça être coincé au centre d'appel. Il ne pouvait qu'imaginer l'angoisse de son apprentie, qui se trouvait en première ligne face au danger, mais il fallait absolument qu'ils se calment, tous les deux. Il avait encore presque une heure devant eux. Ils allaient y arriver, ils allaient s'en sortir. Il avait beau savoir que le plus dur restait à venir, il se sentait plus serein maintenant qu'ils avaient un plan, et de quoi le mettre à exécution.

"C'est ça, approuva-t-il quand Samantha résuma le plan en question. Ils sont partis il y a un moment, ils ne devraient plus tarder."

Ce n'était plus qu'une question de minutes. D'ici une demi-heure, tout serait peut-être terminé. Il avait hâte que cette histoire soit derrière eux.

"Tu es où exactement ?" Il avait besoin de connaitre plus ou moins sa position pour pouvoir la retrouver le plus rapidement possible.

Il n'eut toutefois pas le temps d'entendre la réponse de la jeune femme, puisque la sonnerie strident des appels d'urgence se mit à résonner dans le local. Il dut éteindre précipitement la radio et décrocher le Pear One de service. Les ambulanciers étaient équipés avec tous les moyens de communication, du téléphone moldu à la cheminée magique, pour être joignables le plus facilement possible.

Eliott déroula mécaniquement la procédure, comme il l'avait fait des dizaines de fois. Il posa les questions habituelles, d'une voix qui se voulait calme et rassurante, mais son coeur battait à toute vitesse et son ventre se tordait d'angoisse. La femme du sorcier qui appelait était blessée suite à un accident de cheminette, mais était consciente et semblait être en état de survivre à un transplanage. Son mari ne savait pas s'il devait prendre le risque de l'emmener lui-même à l'hôpital. Les ambulanciers ne se déplaçaient pas nécessairement à chaque appel, une partie de leur métier consistait à évaluer la gravité de chaque situation et à proposer une solution adaptée. Eliott était d'ordinaire plutôt bon pour juger de ce qu'il convenait de faire, mais à cet instant précis il se trouvait bien incapable de prendre la moindre décision.

Sa première intuition aurait été de leur dire de transplaner directement aux urgences de Sainte-Mangouste, où ils seraient pris en charge immédiatement, mais il doutait de son objectivité. Etait-ce une conclusion rationnelle, ou le choix de la facilité ? Il savait qu'il ne pouvait pas partir en intervention, au risque de compromettre leur plan de sauvetage. Il ne voulait pas faire attendre Samantha plus longtemps.  Essayait-il inconsciemment de se tirer d'un situation délicate ? Ou la femme était-elle réellement en état de transplaner ? Il n'était pas certain de pouvoir se fier à son jugement, malheureusement il était seul à pouvoir prendre cette décision.

"Vous êtes toujours là ? s'inquiéta le sorcier, à l'autre bout du fil.
- Oui, pardon je... Il hésita plusieurs secondes. Vous devriez emmener votre femme aux urgences. Il ne se laissa pas le temps de regretter sa décision, et enchaina aussitôt. Elle a l'habitude du transplanage d'escorte ?
- Euh oui...ça arrive que je la ramène à la maison, quand on sort. Elle aime beaucoup le vin des elfes, vous savez,  alors c'est toujours moi qui m'occupe de nous ramener en un seul morceau... L'homme parlait vite, et son discours était un peu décousu. On pouvait sentir qu'il était en proie à la panique.
- C'est bien. Vous pouvez transplaner ou vous voulez qu'on vous envoie une escorte ?
- Non, non, moi ça va.
- Les urgences seront prévenues de votre arrivée, annoncez simplement votre nom, ils vous attendront.
- Merci beaucoup Monsieur. Eliott sentit sa gorge se serrer, étranglée par la culpabilité. Au revoir.
- Soyez prudents."

A peine la communication était-elle terminée qu'il se brancha sur la fréquence des urgences pour les prévenir de l'arrivée de la patiente. Il passa les deux minutes suivantes à fixer désespérément sa radio, dans l'attente d'un message qui lui confirmerait l'arrivée du couple à l'hôpital. S'il leur arrivait quelque chose il ne se le pardonnerait pas. Et s'il avait mis en péril la sécurité de cette femme juste pour pouvoir mener son plan à bien et venir en aide à Samantha ? Quel genre de monstre cela ferait-il de lui ?

00h27

Il laissa échapper un soupir de soulagement quand une voix féminine lui annonça enfin que la patiente venait d'être prise en charge. Il attrapa sa tête entre ses mains et prit plusieurs grandes inspirations pour se forcer à retrouver son calme. Il ralluma la radio mais n'eut pas le temps de retrouver la fréquence de l'ambulance de Samantha. Ethan fut plus rapide à établir une communication et sa voix grave résonna aussitôt dans le local.

"Gowan ? C'est Ethan, annonça-t-il. Il pleut des cordes c'est l'enfer, on avance à vitesse réduite, on sera pas là avant quinze minutes. Eliott retint un juron. Merlin était contre eux ! Pourquoi est-ce qu'absolument rien ne se déroulait comme prévu ? C'était désespérant. Tu peux demander à ce qu'on prépare un bloc ? Pour une chirurgie du thorax, en urgence.
- C'est Eliott, Gowan est parti en intervention, répondit-il d'une voix neutre qui ne masquait pas tout à fait son inquiétude. Je demande un bloc. Faites vite." C'était plus une supplication qu'un conseil. Le temps leur était compté, encore plus qu'ils ne l'imaginaient.

00h23

Il résista à l'envie de contacter Samantha et s'occupa d'appeler les urgences de nouveau, pour demander à ce qu'on prépare un bloc. Ils devaient être particulièrement sollicités eux aussi, puisqu'on le laissa patienter plusieurs minutes au téléphone. On traitait les appels et les demandes par ordre de gravité et il n'était visiblement pas prioritaire. Incapable de rester immobile, il se mit à faire les cent pas dans le local des ambulanciers, en jetant des coups d'oeil frénétique à sa montre toutes les trente secondes.

00h20

Il dut expliquer la situation à trois interlocuteurs différents, tous des étudiants complètement dépassés, et faillit perdre patience à plusieurs reprises, mais obtint finalement que l'on réveille un chirurgien et que l'on prépare un bloc pour accueillir la patiente d'Ethan. Ses mains tremblaient et il se sentait presque en transe quand il put finalement raccrocher. Il n'en pouvait plus d'attendre. Chaque minute supplémentaire faisait grandir son inquiétude et réduisait leur chances de s'en sortir. Il devait aider Sam, elle comptait sur lui. Il ne supportait plus de rester là alors qu'elle l'attendait, dans un état de stress certainement pire que le sien. Il ralluma la radio, fébrile.

00h12

"Ethan, vous en êtes où ?
- On arrive, lui répondit la voix de James. Une minute."

La sirène de l'ambulance ne tarda pas à se faire entendre au loin, et tout s'enchaina très vite. Ethan s'arrêta dans un crissement de roues aigu, et se précipita à l'arrière du véhicule pour décharger le brancard de la blessée, livide, qui fut aussitôt prise en charge par une équipe médicale et conduite au bloc opératoire. L'ambulance était maculée de bout et James et Ethan étaient trempés jusqu'aux os.

"Ethan, il faut que tu me remplace au centre d'appel.
- Maintenant ? soupira l'ambulancier, qui n'avait même pas pris le temps de boire une gorgée d'eau.
- Il faut que je rejoigne Sam, elle est partie toute seule. C'est urgent.
- Vas-y, vas-y, j'prends le relai...
-Merci !"

00h08

Le minutes semblaient passer de plus en plus vite, comme si elles voulaient à tout prix faire échouer leur plan. Mais ils allaient s'en sortir. Il leur restait encore un peu de temps. Ils n'en avaient pas besoin de plus. Eliott s'installa au volant de son ambulance et s'empressa d'allumer sa radio pour rassurer Samantha, qui devait être morte d'angoisse.

"Sam, c'est bon. Je pars. Il aurait voulu que sa propre voix ne trahisse pas tant sa peur. Je dois juste récupérer le... notre remplaçant. Le brancard était toujours abandonné de l'autre côté du parking, mais il n'aurait pas trop de difficulté à le faire léviter discrètement à bord de son ambulance : Ethan s'était enfermé dans le centre d'appel, et James était occupé à préparer du café. J'ai besoin de cinq minutes."

Cinq minutes pour récupérer le cadavre, et rejoindre Samantha aux abords de Skye. Ils n'auraient ensuite que très peu de temps pour mettre en scène l'accident avant que la Milice ne rapplique. C'était risqué, mal engagé, et peut-être perdu d'avance, mais ils devaient faire en sorte que ça marche malgré tout. Il fallait que leur plan fonctionne. Ils n'avaient pas le choix. Alors ils allaient réussir.

"Attends moi, j'arrive."



Samantha MillerPersonnage décédéavatar
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Avant que la voix d'Eliott ne vienne la surprendre, Samantha avait déjà pris sa propre décision. Tout son corps s'était tendu, prêt à faire faire volte-face à l'ambulance et à l'envoyer filer à toute allure en sens inverse. Pour aller où ? Pour faire quoi ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Sam n'avait pas de plan, et était pleinement consciente du fait qu'elle s'apprêtait à commettre un crime qui pourrait lui coûter extrêmement cher, mais à cet instant, elle n'avait pas le temps d'y réfléchir : la décision s'était imposée d'elle-même. Sam ne pouvait pas lâcher cet homme à Skye, point. Qu'il soit coupable ou victime, résistant ou délinquant n'importait guère : c'était un être humain, et elle ne serait pas complice de la torture d'un être humain.

C'était aussi simple et aussi terrible que cela. Un rush d'adrénaline l'avait envahi et elle s'était redressée inconsciemment au volant, électrisée, une lucidité nouvelle lui éclaircissant l'esprit. Enfin, la décision était prise, pour le meilleur et pour le pire, et elle allait devoir agir, prendre les choses en main, en assumer les conséquences, sans attendre qu'on ne la sauve. Pourtant, son sauveur ne l'avait pas abandonné, finalement. Les paroles inattendues d'Eliott suspendirent son geste et elle cessa de respirer pendant les quelques instants où il lui exposa la situation. Sam tenta de digérer l'information, les yeux écarquillés et le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, tandis que l'ambulance continuait finalement d'avancer, lentement, vers Skye. Désormais à découvert, visible depuis l'île, approchant inexorablement du pont magique au pied duquel elle se trouverait dans une, peut-être deux minutes.

Eliott venait de casser toutes ses certitudes. Finalement, leur plan était peut-être encore jouable, ou alors était-ce déjà trop tard, impossible de le savoir. Ils pouvaient encore le tenter, mais à ses risques et périls : si elle avait été repérée, alors il lui serait impossible de fuir. D'un autre côté, il lui restait encore peut-être une chance de s'en tirer avec cette solution qui lui permettrait de sauver tout ce qu'il y avait à sauver : sa vie, son entourage, son existence pacifique au sein de l'ambulance. Avec un rictus amer, elle songea que sa vie avait basculé, d'une façon ou d'une autre, aujourd'hui. Sam ne pourrait plus continuer son petit bout de chemin anonyme comme elle avait tenté de le faire, elle était trop engagée. Au fond, elle l'avait toujours été.

Toutes ces pensées affluèrent en elle en l'espace de quelques secondes seulement. Elle n'avait guère le loisir de débattre avec elle-même, il fallait qu'elle se décide, maintenant. Retenant inconsciemment sa respiration, elle jeta un dernier coup d’œil à Skye, puis appuya brutalement sur la pédale de frein.

"OK. OK. Je fais demi-tour", dit-elle d'une voix étonnamment calme, tout en enclenchant la marche arrière. Manœuvrant tant bien que mal pour faire demi-tour, elle ne put s'empêcher de mettre la pression à son tuteur, dont elle avait perçu l'inquiétude : "Dépêche-toi, vraiment, Eliott. C'est peut-être déjà trop tard. Si je t'attends, faut vraiment que tu viennes, OK ? Sinon..."

Elle ne termina pas sa phrase, préférant rebrousser chemin en silence et reprendre sa conduite prudente le long de la falaise. Ils pouvaient tous deux imaginer ce qui pourrait se passer, sinon.



   
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Amely Weaver - 23 ans - Milicienne

Le regard gris d’Amely s’était perdu de l’autre côté de la vitre, contre laquelle venaient s’écraser de grosses gouttes de pluie. D’apparence parfaitement calme, la jeune milicienne dissimulait habilement son stress et ses doutes. Elle n’avait pas l’habitude d’avoir tant de responsabilités. C’était grisant, au début, mais ça donnait vite le tournis. Elle rejouait encore et encore la journée dans sa tête, remettant en cause chacune de ses décisions, repensant à tout ce qu’elle aurait pu mieux faire. Elle avait hâte que tout soit fini, et espérait que les choses se dérouleraient sans encombre. Un échec n’était pas envisageable. C’était la première mission dont elle était en charge, et elle comptait faire en sorte que ce ne soit pas la dernière.

« Chef ? La jeune femme mit un instant à comprendre que l’on s’adressait à elle mais se détourna finalement de la fenêtre et posa sur son subalterne un regard interrogateur. Elle s’est arrêtée. »

L’homme pointa du doigt une table en bois, au centre de la pièce, sur laquelle était étalée une carte d’aspect tout à fait ordinaire. Amely s’approcha de la carte et fronça les sourcils en réalisant que la tâche d’encre qui marquait la position de l’ambulancière était immobile. Elle avait scruté la carte avec attention après avoir laissé partir l’adolescente puis, voyant qu’elle se rendait bien sagement à Skye, avait relâché sa surveillance. Et voilà que l’ambulance était à l’arrêt, alors qu’elle était presque arrivée.

« Elle fait une pause » commenta-t-elle simplement en s’efforçant de masquer son inquiétude.

Elle n’avait pas besoin de ça. Elle n’avait aucune envie de créer des problèmes à une gamine. Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement faire son boulot, leur déposer le blessé et partir ?

Amely délaissa la carte et retourna se poster près de la fenêtre, tant pour guetter l’arrivée de l’ambulance que pour se soustraire au regard plein de jugement de son coéquipier. Il mourrait d’envie qu’elle se plante, il n’attendait que ça, elle le voyait dans ses yeux. Mais elle ne lui ferait pas ce plaisir. Elle s'enferma dans un silence glaciale et continua de guetter l'arrivée du blessé, en jetant de fréquents coups d'oeil à sa montre.

La jeune femme se détendit et retint un sourire victorieux en apercevant un faible point lumineux, de l’autre côté du pont qui menait à l’île. Les phares d’un véhicule, sans aucun doute. La pluie battante noyait le paysage sous un flou maussade et Amely dut froncer les sourcils pour essayer de deviner les contours de l'ambulance. Pourquoi avait-elle l'impression que le véhicule était arrêté. Son coeur s'accéléra et ses doigts se crispèrent sur le rebord de la fenêtre quand elle crut voir l'ambulance faire demi-tour. Comme elle l'avait redouté, la voix de son collègue s'éleva de nouveau dans son dos.

"Elle fait demi-tour, annonça-t-il, sur un ton qui signifiait clairement "je te l'avais dit"
- Je sais." trancha-t-elle sèchement.

Elle n'avait pas à hésiter sur la marche à suivre, il n'y avait qu'une seule chose à faire dans une telle situation. Et ses hommes savaient très bien ce qu'elle allait leur demander, pourtant ils attendaient. Ils voulaient qu'elle donne l'ordre, juste pour voir si elle en était capable. Et il était hors de question qu'elle leur donne raison en hésitant trop longtemps ou en cherchant l'aide de ses supérieurs.

"Rattrapez-les, ordonna-t-elle. Ramenez-moi le blessé."

Elle se surprit à espéré qu'ils se contenteraient de ça et déguerpiraient aussitôt pour se lancer à la suite de l'ambulance, mais ils ne bougeaient pas.

"Et la fille ?"

La "fille", qu'ils disaient. Ce n'était pas un choix de mot anodin. On pouvait à peine parler d'une femme. La fille était une gamine à peine majeure, certainement un peu perdue, qui n'avait pas eu assez de jugeote pour faire sagement ce qu'on lui demandait. Avait-elle seulement conscience de ce qu'elle risquait ? Amely en avait conscience, elle, et cette pensée lui donnait la nausée. Elle ne montra toutefois rien de son trouble et répondit d'un ton égal :

"Je n'ai pas besoin de la fille."

Dès que les deux hommes eurent quitter la pièce, elle se laissa tomber sur une chaise, posa ses coudes sur la table en bois, et attrapa sa tête entre ses mains. La suite des évènements ne dépendaient plus de sa volonté, maintenant. Ce ne serait pas sa décision, se répétait-elle. Quoiqu'il se passe maintenant, elle n'aurait rien à se reprocher. Elle n'avait fait que son boulot.

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00h00

Lentement, l'ambulance se frayait un chemin le long de la route caillouteuse. La lumière vive projetée par ses phares puissants était étouffée par un épais brouillard de pluie et d'obscurité, et Sam devait plisser les yeux pour apercevoir le chemin. Cet effort de concentration supplémentaire lui permettait de reprendre peu à peu son calme, malgré la situation cauchemardesque dans laquelle elle se trouvait. La radio avait retrouvé son silence, Eliott étant parti en quête de son cadavre, et elle étendit le bras pour tourner un bouton.

De nouveau, une chanson moldue emplit l'habitacle, recouvrant à grand peine le vacarme causé par la pluie battante. C'était une chanson récente et à la mode qu'elle écoutait régulièrement à la maison. Même Lauren s'était mise à écouter de la musique moldue avec elle, et elles prévoyaient même d'assister à un festival pop-rock sur la côte durant l'été. Trois jours sous une tente avec sa petite-amie en terre moldue, à écouter des chansons et oublier la magie, la dictature, le Lexit... Perspective qui lui avait semblé agréable lorsqu'elles avaient bâti ce projet, et qui lui paraissait indispensable aujourd'hui. Car, une chose était certaine, d'ici l'été, Sam comptait bien reprendre la résistance.
I'm back where I belong,
Yeah I never felt so strong

Alors qu'elle se trouvait là, le cœur battant et les yeux écarquillés d'angoisse, seule sur une route d'Ecosse en train de détourner une prise de la milice, Sam se sentait finalement à sa place. Peut-être était-ce l'adrénaline qui lui montait à la tête, l'excitation créée par le danger, mais ce sentiment d'agir enfin, et d'agir vraiment, concrètement, pour une cause juste lui procura brusquement un profond sentiment d'apaisement. C'était comme une prise de conscience soudaine du fait qu'elle était ici à sa place, qu'elle était capable de prendre sa vie et son avenir en main, pour tenter de contribuer à façonner un monde meilleur. Elle n'avait pas besoin d'attendre, que d'autres agissent à sa place ou que le pays ne sombre dans le sang et la lutte armée. Elle n'avait pas besoin de se cacher, car ils pouvaient agir ensemble, tous, eux, le Lexit, elle pouvait agir avec Lauren, avec Eliott, avec Juliet et Jeremy, avec tant d'autres encore. Oui, en s'éloignant de Skye, au volant de son ambulance, Sam avait l'impression de retrouver le droit chemin. Après quelques mois d'errance, à se terrer et ne plus savoir comment agir, elle rentrait enfin à la maison.
I'm coming home
I'm coming home
Tell the world I'm coming home
Let the rain wash away all the pain of yesterday
I know my kingdom awaits and they've forgiven my mistakes
I'm coming home, I'm coming home

Un sourire inconscient éclaira son visage alors qu'elle imaginait la réaction de Lauren, ce soir, lorsqu'elle lui annoncerait sa décision. La pensée de la jeune femme lui réchauffa le cœur, et elle se prit à rêvasser quelques instants, avant de se rappeler de jeter un œil à sa montre. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'elle réalisa que les quelques minutes demandées par Eliott étaient passées. Mieux valait ne pas trop s'éloigner, il était censé la retrouver à un kilomètre environ du pont magique.

Sam fit ralentir son véhicule, puis tourna légèrement son volant avant de le garer sur le bas-côté. Un coup d’œil dans le rétroviseur lui apprit que son mystérieux passager était toujours profondément endormi. Son teint restait pâle, mais il respirait, suffisamment pour attendre le transfert avec Eliott, qui se chargerait de l'emmener se faire soigner par la résistance. Expirant lentement, elle se laissa tomber contre son siège pendant quelques instants, fermant les paupières pour laisser le temps à son pouls effréné de ralentir. Ses mains tremblaient un peu, mais elle savait au fond d'elle qu'elle avait fait ce qu'il fallait. Rouvrant les yeux, elle se pencha en avant et esquissa un geste vers la radio, pour reprendre le contact avec Eliott. D'une voix un peu rauque, elle lui annonça sa position et s'enquit de savoir où lui-même en était.

La voix familière de son tuteur, aux intonations chaudes, rassurantes, fut couverte par les quatre coups frappés brutalement à la porte de l'ambulance. Cette dernière s'ouvrit à la volée, révélant une silhouette sombre dissimulée par une cape lourde sur laquelle elle reconnut les longues pâtes velues d'une accromantule. Des bourrasques de pluie s'infiltrèrent par l'ouverture, emmêlant les cheveux blonds de Sam qu'elle repoussa d'un geste irrité. Obéissant aux ordres qui lui étaient criés, elle détacha sa ceinture de sécurité et descendit mécaniquement du véhicule, sa baguette magique abandonnée sur le siège passager.

Derrière elle, la voix d'Eliott émanait faiblement de la radio, recouverte de façon intermittente par le fracas de la foudre.

Tell the world that I'm coming...


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Tell the World [Eliott]

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