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 Tell the World [Eliott]

Samantha MillerAmbulancière magiqueavatar
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7 mai 2010


Bip. Bip. Bip. Bip.

Le grognement d'une créature endormie émana de la montagne de couvertures et d'oreillers. La sonnerie stridente retentissait dans la pièce silencieuse, sans répit, et sans provoquer la moindre réaction de la part de Samantha.

Bip. Bip. Bip. Bip.

Un coup de coude irrité vint troubler le sommeil profond de la jeune femme. Avec un soupir déchirant, elle extirpa son bras de sous la couette confortable et chercha à tâtons le réveil sur sa table de nuit. Après quelques instants de recherche infructueuse, elle parvint à éteindre l'objet du diable, plongeant la chambre dans un silence délicieux. Hélas, Sam le savait, elle n'avait pas le loisir de se rendormir. Lauren avait instauré une règle très stricte de "no switch" qui lui interdisait de repousser le réveil à l'infini lorsque Sam commençait ses gardes à des heures indues - c'est-à-dire plusieurs fois dans la semaine - aussi le risque de se rendormir et de rater le travail était particulièrement élevé si elle ne sortait pas d'ici très vite. Il lui fallut toute la force de son courage pour émerger, ouvrir ses paupières alourdies par le sommeil et parvint à s'extraire du lit.

Lauren n'avait pas bougé d'un poil, déjà rendormie à en juger par l'expression paisible de son visage. Un petit sourire attendri apparut sur celui de Sam, qui se baissa pour déposer un baiser léger sur le front de Lauren - c'est-à-dire le seul endroit qu'elle parvenait à atteindre tant Lauren était dissimulée sous la couette. Ces derniers jours, leurs deux emplois du temps se téléscopaient en permanence et elle avait l'impression de ne la voir qu'ainsi, par des instants volés. Heureusement, le week-end était presque là et elles allaient pouvoir se retrouver, peut-être même commencer à regarder des annonces de maison en vente.

En quelques pas chancelants, elle quitta la pièce et regagna sa salle de bain, afin de s'échouer sous la douche, où l'eau chaude vint lui délasser les membres, et achever de la réveiller progressivement. Merlin, que ce vendredi allait être dur ! Un début de migraine lui martelait les tempes, et elle n'avait le temps ni pour un petit-déjeuner, pour une potion anti-gueule de bois. Bah, elle en prendrait une à l'hôpital : à en juger par l'état dans lequel la soirée des ambulanciers de la veille s'était terminée, elle ne serait pas la seule en souffrance ce matin... Ils en avaient, des vendredi matin difficiles, mais celui-ci battait tous les records.

Un quart d'heure plus tard, elle se trouvait à Sainte Mangouste dans sa blouse, une pâtisserie dans la main et un café dans l'autre. Sur le parking des ambulances, il n'y avait déjà plus grand monde, et son collègue Jeff lui apprit qu'ils avaient déjà eu plusieurs appels de bon matin. Sam accueillit la nouvelle avec une grimace. Ils savaient tous ce que cela signifiait, quand les gardes s'amorçaient mal, elles avaient tendance à durer toute la journée. Alors qu'elle se dirigeait vers son ambulance, en quête d'Eliott, elle croisa une tête connue, aux traits froissés.

"Hey, salut James ! Pas trop dur le réveil ?", lança-t-elle d'un ton taquin, auquel son ami lui répondit d'un grognement. Décidément, c'était le thème du jour, songea-t-elle avec amusement, un peu rassérénée à l'idée qu'elle ne soit pas la seule en difficulté aujourd'hui. Il fallait dire qu'ils avaient bien rigolé la veille, initiant un concours de Quidditch Pong qui avait vu s'affronter une finale féroce entre James et Samantha. Quel en avait été le vainqueur ? James selon James, Sam selon Sam, chacun rivalisant de mauvaise foi. Ils avaient donc convenu d'une revanche lors de la prochaine soirée.

"Si, et j'ai déjà un appel", lui répondit le jeune homme d'un air de martyr, tout en courant à moitié en direction de son ambulance. Sam lui cria bon courage au loin et, avisant la silhouette de son tuteur à quelques mètres de là, se dirigea vers lui.

"Coucou Eliott, comment ça va ?", le salua-t-elle avec un maigre sourire. Sa migraine s'intensifiait et, sans attendre de réponse, grimpa à l'arrière de l'ambulance pour fouiller dans la réserve de médicaments. Rapidement, elle identifia une petite fiole vert bouteille au contenu violacé, qu'elle versa dans son café. C'était une cure contre la gueule de bois radicalement efficace, qu'il était toujours bon d'avoir à l'arrière de l'ambulance quand on les appelait pour transporter un ivrogne un peu trop agité. Il n'était pas bon d'en prendre régulièrement car les effets secondaires pouvaient s'avérer pires que le mal, mais aux grands maux, les grands remèdes, elle devait bien assurer sa garde...

Sous l'oeil d'Eliott, elle porta sa tasse à sa bouche et, mal coordonnée, en versa la moitié à côté. Une grimace étira son visage tandis qu'elle tentait d'éviter le regard goguenard de son collègue.

"Ce n'est pas ma journée", soupira-t-elle en épongeant tant bien que mal sa blouse. Oui il n'était que sept heures du matin, et alors ? C'était un de ces jours où tout allait de travers, elle le sentait. Avec sa chance, ce n'était qu'une question de temps pour qu'on l'appelle pour récupérer une petite mémé à l'autre bout du pays qui lui parlerait de ses chats ou de ses petits-enfants pendant la totalité du trajet...



   
Eliott WarlockAmbulancier magiqueavatar
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Eliott avait l'impression qu'il venait à peine de poser sa tête sur l'oreiller quand son réveil l'arracha des bras de Morphée. Il s'était levé une heure plus tôt pour calmer Bianca et avait mis du temps avant de retrouver le sommeil, malgré une fatigue écrasante. Leur fille faisait techniquement ses nuits depuis plusieurs mois, et Charlotte et lui s'étaient cru enfin libérés des réveils toutes les deux heures, mais elle commençait à faire ses dents et il ne se rappelait plus la dernière fois où il avait dormi plus de quatre heures d'affilé. Il n'avait jamais été aussi fatigué. Quelques années plus tôt il aurait même douté qu'il soit possible de survivre avec si peu de sommeil. Mais visiblement le corps humain était capable d'enchainer une soirée arrosée et une nuit entrecoupée de pleurs.

Il remonta la couverture sur l'épaule de Charlotte qui avait à peine bougé quand le réveil avait sonné -mais qui devrait très certainement se lever dans moins d'une heure pour la prochaine crise de Bianca- et se décida finalement à quitter son lit pour aller se noyer sous une douche tiède dans une tentative désespérée de se réveiller pour de bon. Dix minutes sous l'eau et un demi-litre de café plus tard il avait les idées un peu plus claires, mais toujours la tête d'un mort-vivant. Il traversa l'appartement sur la pointe des pieds pour ne réveiller personne, et transplant pour Sainte-Mangouste. Il fut aussitôt agressé par l'agitation qui régnait sur le parking des ambulanciers. L'équipe de nuit terminait juste son service et renseignait les binômes du matin sur les interventions de la nuit.

Eliott fut accueilli par des éclats de rire alors qu'il rejoignait Jeff et Karen qui étaient de garde cette nuit.

"C'est la soirée d'hier ou ta fille qui te font des cernes pareils ?
- Les deux, grommella-t-il en s'étirant.
- Bon courage pour les huit prochaines heures alors, le railla Jeff en lui donnant une grande claque sur l'épaule. La nuit a été calme..."

Ce qui voulait dire que la journée serait agitée. Cela se vérifiait presque à chaque fois. Eliott étouffa un bâillement et se dirigea vers son ambulance, après avoir jeté un oeil au planning, qui lui indiqua que lui et Sam partageaient leur garde avec James et Ethan, qui étaient tous les deux présents à la soirée de la veille. Voilà qui était inquiétant pour la sécurité des blessés. Il commençait à croire que Samantha n'avait pas survécu à sa gueule de bois quand la jeune fille le rejoignit justement, à peu près aussi fraiche que lui.

"Je dois pas être loin de devenir un zombie, mais ça va ! Et toi, pas trop mal au crâne après cette superbe victoire ?"

Ethan soutenait que c'était James, son apprenti, qui avait remporté la partie de Quidditch Pong, mais c'était du pur favoritisme. Samantha avait marqué beaucoup plus de points, Eliott avait compté !

"C'est plus d'mon âge ces soirées..." soupira-t-il alors que Samantha partait en quête d'une potion anti-gueule de bois.

Heureusement qu'il n'assistait pas à toutes les soirées organisées par l'équipe, il lui fallait à chaque fois deux jours pour s'en remettre. Ce n'était pas toujours facile de jongler entre vie de famille et vie sociale mais il s'arrangeait pour participer aux soirées des ambulanciers de temps en temps -en tant qu'ancien champion de Quidditch Pong il avait une réputation à tenir, même si la relève était bien assurée. Quoique, la relève ne semblait pas beaucoup plus en forme que lui ce matin. Il éclata de rire en voyant son apprentie verser son café à côté de sa bouche et lui tendit un mouchoir avec un regard moqueur.

"L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, Miss Miller !"

Ils le répétaient à longueur de temps aux jeunes désartibulés qu'ils récupéraient en sortie de soirée après un transplanage en état d'ivresse, mais ils n'étaient pas vraiment des modèles en la matière. Les deux ambulanciers furent interrompus par Gowan, qui gérait les appels ce matin et qui arrivait à leur hauteur d'un pas rapide.

"On a un homme blessé à Bristol. Rien de très grave apparemment, mais il a une plaie ouverte, les agents n’ont pas voulu prendre de risques, ils lui ont déjà donné les premiers soins, récita-t-il en consultant ses notes. Et un accident de transplanage dans le sud de Londres, plutôt moche. Va falloir faire vite, la victime perd pas mal de sang. Vous pouvez vous séparer ?"

Eliott consulta rapidement Samantha du regard avant de hocher la tête. Son apprentie avait bientôt terminé sa formation et elle partait de plus en plus souvent seule en intervention. Elle n'était peut-être pas au mieux de sa forme ce matin mais il lui faisait confiance et la savait parfaitement capable de gérer la situation.

"Tu t’occupes du gars à Bristol ? » s'enquit-il en ouvrant la portière de l'ambulance pour laisser monter l’infirmier qui venait de les rejoindre sur le parking pour intervenir sur l’accident de transplanage. Si Gowan avait appelé un médicomage en renfort, le blessé ne devait pas être beau à voir.

Tant qu’elle n’avait pas terminé sa formation, il préférait ne pas laisser les plus grosses urgences à Samantha, qui en avait déjà bien assez vu avec Léopoldgrad.

« Je t'attendrai avec le café, ajouta-t-il en prenant place derrière le volant. Son trajet était beaucoup plus court et il serait certainement revenu avant elle -surtout s'il transportait un blessé grave. Ça va aller ? Sinon tu peux remplacer Gowan au centre d'appel, et il partira sur Bristol."


Samantha MillerAmbulancière magiqueavatar
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Riant doucement à la taquinerie d'Eliott, Samantha plongea un instant dans son regard enjoué, songeant avec affection à la chance qu'elle avait d'avoir un tuteur tel que lui. Plus les mois passaient et plus elle se sentait proche de celui qui l'avait accueillie dans la famille des ambulanciers et lui avait montré toutes les ficelles de son futur métier. Au volant de l'ambulance, échangeant plaisanteries, fervents débats sur le Championnat de Quidditch,réflexions sur la résistance et anecdotes sur leurs vies respectives, ils avaient vu naître une réelle complicité qui facilitait les rapports de travail en intervention. Savoir que l'on pouvait compter sur son partenaire lors de situations tendues et difficiles était inestimable. Bientôt, l'apprentissage de Samantha toucherait à sa fin et toute notion de hiérarchie disparaîtrait alors. Elle espérait qu'ils auraient toujours l'occasion de partir ensemble en intervention, même si elle appréciait prendre son envol, comme c'était le cas aujourd'hui.

Sam esquissa une grimace à la mention de l'accident de transplanage. Ce n'était jamais beau à voir, et c'était si courant ! Certains trouvaient vraiment leur permis de transplaner dans un paquet de chocogrenouille... Même si elle sentait sa nuque se raidir de fatigue, Sam approuva d'un hochement de tête la proposition muette d'Eliott de se séparer. Même si la mention de cette ville avait tendance à la hérisser, le cas à Bristol n'avait vraiment pas l'air difficile, une simple balade de santé, et un peu de temps au volant en écoutant sa radio ne lui ferait pas de mal. De plus ce n'était pas comme s'ils avaient réellement le choix, tous leurs collègues présents étant déjà partis... Sam allait donc devoir prendre sur elle.

"Aucun problème pour Bristol", répondit-elle en souriant à Eliott, "courage pour le désartibulé."

Elle était réellement soulagée de ne pas devoir monter avec un médicomage pour ce matin, peu d'humeur à voir des membres déchiquetés ou autre joyeuseté alors que l'état de son estomac était stationnaire.

"Prévois quelques litres", plaisanta-t-elle tandis qu'Eliott s'installait au volant de son ambulance. S'avançant vers la fenêtre pour achever leur conversation, elle lui glissa avec gratitude, reconnaissante de sa sollicitude : "Ne t'en fais pas pour moi, ça ira."

Ils n'avaient de toute façon pas le temps de tergiverser. Le temps que Samantha ne franchisse les quelques mètres qui la séparaient de l'ambulance voisine, le véhicule d'Eliott s'était déjà volatilisé en direction de la capitale. Rapidement, Sam grimpa sur le siège conducteur et fit tourner les clefs dans la serrure, avant d'appuyer le pied sur la pédale. Elle aimait la sensation de la conduite, cette plénitude qui l'envahissait lorsqu'elle enclenchait l'accélérateur ensorcelé et fonçait à travers villes et champs, au son de la RITM. Cette activité, qui lui donnait le temps de penser et de se déconnecter, lui semblait reconstituer le lien entre ses deux origines, ses deux mondes : le magique et le moldu. Ce matin en particulier, elle n'avait pas envie qu'il se termine : les paysages verdoyants défilaient sous son regard fatigué, éclairés par la lueur de l'aube, et c'était un spectacle qu'elle appréciait tout particulièrement.

Hélas, le trajet jusqu'à Bristol passa en un éclair -  il faut dire qu'elle avait transplané quelques centaines de km. Avec une certaine appréhension, elle appuya sur le décélérateur en apercevant les contours de l'agglomération qui se dessinaient à l'horizon. Tout en continuant à guider son véhicule d'une main, évitant les voitures moldues qui commençaient à se multiplier, Sam fouilla dans la poche de sa blouse et en tira son badge, qu'elle accrocha bien en évidence sur sa poitrine.

Bientôt, elle pénétra dans l'agglomération, slalomant dans les rues moldues avec la protection de son sort d'invisibilité, en direction du quartier magique. Pour les ambulances, le check-point se passait généralement sans la moindre difficulté. Contrairement aux sorciers piétons, qui formaient d'ailleurs à cette heure-ci une file impressionnante, elle pouvait directement se diriger vers l'entrée de secours, où deux miliciens l'attendaient d'ailleurs déjà. Ils étaient toujours prévenus en même temps que l’hôpital pour éviter des délais supplémentaires, qui pouvaient s'avérer fatals pour les victimes.

Sam s'arrêta devant le portail et abaissa la vitre, pour se pencher vers une sorcière d'un certain âge, portant l'uniforme de la milice :

"Bonjour, Samantha Miller, j'ai été appelée en intervention."

"Contrôle de la baguette.", lança sèchement la milicienne, son long nez semblant retroussé de suspicion. Sam tenta de ne pas s'en formaliser, malgré la boule d'angoisse née automatiquement dans son estomac, comme à chaque contrôle d'identité. Elle savait parfaitement qu'elle avait l'air d'avoir à peine dix-huit ans, et pour cause, ce qui dénotait toujours au volant d'un engin aussi imposant, mais jeune ou pas, elle était légitime à se trouver là. Son interlocutrice sembla en juger de même, puisqu'elle finit par lui rendre sa baguette et par donner l'ordre à son collègue d'ouvrir le portail.

"Le blessé se trouve dans l'Artère Venimeuse, dans le secteur des Marins", indiqua-t-elle avant de s'écarter.

*Eh bien ça promet*, songea Sam avant de s'engager dans la ville-dôme, où le transplanage était banni depuis plusieurs mois maintenant. Pressée par son intervention, elle n'eut guère le temps d'apprécier la quiétude qui régnait de bon matin dans cette ville sur le point de s'animer, seuls quelques travailleurs arpentant les rues pavées. Qui aurait pu dire que ces lieux avaient connus tant de drames... et pourtant, elle ne parvenait jamais à se défaire totalement de l'image sulfureuse qu'avait désormais Bristol lorsqu'elle s'y rendait. Heureusement, elle ne comptait pas s'éterniser.

Poussant sur l'accélérateur, elle s'engagea rapidement sur la Promenade des Marins, fronçant le nez à la vue des quelques soûlots qui traînaient encore devant les pubs, et repéra sans problème la petite Artère. Son ambulance pourrait s'y engager, mais de justesse, estima-t-elle avant de prendre le virage. Elle n'eut que quelques mètres à faire, avant de repérer un homme à terre. Allongé à même le pavé humide, il se tenait la tête d'une main, d'où semblait écouler un peu de sang. Le reste de son corps était dissimulé par une cape émeraude de bonne facture, à moitié recouverte de boue. Autour de lui, non pas un, ni deux, mais bien quatre membres de la milice, vue qui glaça aussitôt Samantha, bien plus encore que la vue du sang.

Quatre miliciens ne se mobilisaient pas pour arrêter un simple soulard. Les hypothèses commencèrent à poindre dans son esprit fatigué, tandis que son pouls s'accélérait, mais elle n'avait guère le loisir de réfléchir ni d'hésiter. Elle était là pour faire son boulot, et son boulot impliquait parfois de collaborer avec les forces de l'ordre, c'était ainsi. Descendant prestement du véhicule, elle ouvrit la porte arrière de l'ambulance et secoua sa baguette pour faire léviter le brancard.

"Bonjour", lança-t-elle d'une voix qu'elle aurait aimé plus assurée. "Quel est le bilan de situation ?"

S'agenouillant auprès du patient, elle commença immédiatement les premiers soins, constatant rapidement que les jours de cet homme n'étaient pas en danger. Un séjour à l’hôpital suffirait à le remettre d'aplomb. Pour autant, sa nervosité ne faiblit pas, car il présentait clairement des marques de combat. Avec l'aide d'un milicien, elle le hissa sur le brancard, qu'elle dirigea de la baguette jusqu'à l'arrière de l'hôpital. Puis elle se tourna vers les forces de l'ordre, s'adressant à celle qui semblait être la chef :

"Bien, ses jours ne sont effectivement pas en danger, je vais le ramener à l'hôpital. Il va rester inconscient, avec la potion sédative que je lui ai injecté, je n'aurai pas besoin d'appui sécurité."

La dernière chose dont elle avait envie, c'était de la compagnie de la milice pour son trajet du retour... Pas aujourd'hui, pas ce matin, elle n'avait pas la force de prétendre que leur vue lui inspirait autre chose que peur et dégoût. Heureusement, aucun des hommes ne fit mine de s'aventurer du côté de son véhicule. La chef, en revanche, avait son regard braqué sur elle...


   
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Amely Weaver - 23 ans - Milicienne

Sa cape sombre, brodée d’une accromentule, semblait peser une tonne. Amely avait parfaitement conscience que c’était le poids des responsabilités qui l’écrasait ainsi et qu'il ne faisait que se matérialiser au travers de cet uniforme soudainement trop grand pour elle. Elle sentait le regard de ses collègues brulant dans sa nuque alors qu’elle regardait l'ambulance approcher. Elle faisait équipe avec trois anciens de la PM qui avaient rejoint la Milice au cours des derniers mois. En tant qu'ancienne du BDA et plus ancienne Milicienne elle était théoriquement leur supérieure hiérarchique. Ils avaient pourtant tous beaucoup plus d'expérience qu'elle et considéraient certainement que n'importe lequel d'entre eux aurait fait un bien meilleur chef. Évidement ils se gardaient bien de formuler ce genre de remarque à voix mais tout, dans leur attitude, trahissait la méfiance et le mépris qu'ils avaient pour cette jeune milicienne qui aurait pu être leur fille.

Elle se sentait jugée en permanence et savait qu'elle n'avait pas le droit à l'erreur. Elle se retrouvait comme une débutante, la boule au ventre et les mains moites, à s'interdire la moindre faiblesse et prête à tout pour prouver ce qu'elle valait. Elle en aurait presque voulu à Nasreen de l'avoir mise dans une telle situation, c'était à se demander si elle n'avait pas oublié comme c'était dure de s'imposer face à trois dinosaures du métier quand on était une jeune fille de vingt-trois ans. Elle savait que c'était bon pour sa carrière, que c'était une expérience qui la forgerait, mais cela ne rendait pas le moment plus agréable.

Elle ne put s'empêcher de se sentir soulagée en voyant une adolescente descendre du véhicule. Le rire étouffé dans son dos ne lui échappa pas et elle se retint de jeter un regard noir à son collègue qui devait penser qu'il y avait décidément trop de jeunes filles à des postes à responsabilités. Il allait devoir s'y faire !

"Bonjour, Amely Weaver, répondit-elle à le jeune blonde avec un sourire poli. Elle pouvait voir que son interlocutrice était mal à l'aise. La pauvre ne devait même pas avoir vingt-ans, elle devait avoir à peu près l'âge de Nora. L'individu s'est rebellé lors d'une interpellation, il a reçu un Diffindo et plusieurs Stupéfix. Nous n'avons pas eu de mal à le ranimer. Il avait suffi d'un Enervatum pour réveiller l'homme, un peu sonné et abattu par sa défaite. Sa blessure n'a pas l'air profonde, mais nous avons préféré ne pas prendre de risques." Décision qui avait été vivement critiquée par certains de ses charmants coéquipiers, mais elle était certaine d'avoir fait le bon choix en ayant recours aux ambulanciers.

Amely resta en retrait tandis que la jeune ambulancière administrait les premiers soins à leur opposant et lui injectait une dose de tranquillisant. L'homme avait tenté de ruser et de contourner un contrôle de sécurité en créant une diversion à proximité d'un check-point. Il avait été licencié de son poste au Ministère après des fuites suspectes d'informations et se savait recherché par la Milice. Il avait demandé à un complice de créer une diversion près d'un point de contrôle pour tenter de rejoindre sa famille qui habitait Bristol. Il s'était fait prendre alors qu'il entrait dans la ville et l'interpellation avait mal tourné. Le temps qu'ils arrivent son complice avait déjà filé, mais ils le retrouveraient.

Une fois le blessé installé sur un brancard à l'arrière de l'ambulance, la jeune fille blonde revint vers eux pour leur expliquer qu'elle n'aurait pas besoin d'appui sécurité pour le trajet retour jusqu'à l'hôpital. Sauf qu'elle n'allait pas à l'hôpital. N'était-elle pas au courant ? Amely s'était attendue à ce que les secours soient déjà informés.

"Vous n'allez pas à Sainte-Mangouste, corrigea-t-elle. Le blessé est attendu à Skye, il sera soigné là-bas."

La milicienne scruta la réaction de son interlocutrice, cherchant attentivement la moindre marque de désapprobation, prête à étouffer toute protestation. C'était les ordres. Cet homme était soupçonné de faire partie d'un mouvement rebelle. Il avait attaqué des représentants des forces de l'ordre. Il allait à Skye. L'institut ne faisait pas l'unanimité auprès de la population, et Amely voulait bien croire qu'il ait ses travers, mais elle n'était pas maitresse de ce qui s'y passait. On lui avait dit que cet homme serait soigné à Skye, et elle se contentait de cette information. Mais la jeune ambulancière en ferait-elle autant ?

Le trajet jusqu'à Skye était long, et Amely ne voulait pas mobiliser un milicien plusieurs heures durant pour surveiller un homme inconscient. L'homme était sous sédatif, aucun risque qu'il ne prenne la fuite. Le moment le plus risqué serait celui du transfert, mais avant son arrivée à Skye il n'avait aucune chance de s'échapper.

"Bien, concéda-t-elle. Vous pouvez partir. Nous vous attendrons là-bas. Elle posa le plat de la main sur la porte ouverte du véhicule, comme pour inviter la jeune femme à monter. Faites-vite."

Du regard, elle lui adressa un dernier avertissement. Elle lui faisait confiance, alors l'ambulancière avait tout intérêt à filer droit et à ne pas prendre de décisions idiotes. Il n'y avait aucune raison pour que les choses soient compliquées et Amely espérait sincèrement que tout se passerait bien. Elle n'avait pas envie de créer des problèmes à une gamine. Elle jaugea une dernière fois l'adolescente et cela la conforta dans son idée. Elle avait l'air terrifiée et se contenterait certainement de faire ce qu'on lui demandait sans broncher.

De toutes les façons, dans le cas contraire, Amely en serait rapidement informée. La milicienne referma la porte de l'ambulance derrière l'adolescente et s'éloigna du véhicule, après avoir vérifié que le mouchard était bien collé à la portière. Presque invisible, mais là. La jeune ambulancière avait tout intérêt à ne pas faire de détours.
Samantha MillerAmbulancière magiqueavatar
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Skye. Le nom sonna comme le glas aux oreilles de Samantha, qui sentit quelque chose de lourd tomber dans sa poitrine. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement, sans pour autant lâcher le visage déterminé de la milicienne, qui semblait l'observer avec attention. Skye, il fallait qu'elle emmène à Skye, et surtout, qu'elle ne montre pas le moindre signe de désobéissance.

"Skye", répéta-t-elle d'une voix aussi blanche que la couleur de son visage. Elle se maudit en entendant le son étranglé qu'elle avait produit, et s'efforça de reprendre une inspiration discrète avant de répondre d'un ton plus neutre : "C'est compris, je change la destination de mon MPS*", souffla-t-elle en pianotant sur le petit instrument qui était accroché à son poignet, comme une montre.

Le temps de trajet s'afficha et elle sentit son coeur s'emballer à la vue de la poignée de chiffres, qui s'affichait comme un compte-à-rebours : Ile de Skye, 2 heures 10. Une voiture moldue aurait mis près de douze heures pour réaliser le même trajet, et encore, sans compter les pauses, mais l'accélérateur d'une ambulance permettait de réduire de cinq à six fois le temps nécessaire. En réalité, en cas d'urgence vitale, ils pouvaient même réduire encore ce temps et opérer la traversée du pays en 1h30, mais les risques d'accidents de conduite augmentaient en proportion. Aussi, cette possibilité était réservée aux cas les plus extrêmes, lorsque la vie du patient était en danger et que l'on se trouvait dans les recoins les plus éloignés du Royaume-Uni. Dans le cas présent, Sam savait pertinemment qu'elle allait prendre tout son temps...

Dans un état second, elle écouta avec attention les dernières paroles de la milicienne tout en s'installant au volant de son ambulance. Elle acquiesça automatiquement, attacha sa ceinture de sécurité, démarra l'engin, le tout, mécaniquement. Chacun de ses gestes tandis qu'elle réalisait sa manœuvre et faisait évoluer son véhicule dans Bristol relevait de l'habitude, tandis que son cerveau, lui, tournait à plein régime. Toutes les trois secondes environ, son regard se portait sur le rétroviseur central pour observer l'homme endormi à l'arrière. Il était jeune, la trentaine bien tassée, brun et bien bâti. Une barbe de quelques jours recouvrait son visage aux traits harmonieux. C'était un homme comme il y en avait mille, rien de remarquable dans l'apparence. A part cette alliance qui brillait autour de son annulaire, rien ne permettait d'indiquer quoi que ce soit sur sa vie et son identité.

En l'espace de quelques minutes, elle avait traversé la vile, rejoint le check-point, effectué les mêmes formalités à la sortie qu'à l'entrée. Calmement, la vue rivée sur la route, elle accéléra sur les routes de campagne, suivant les consignes de son MPS jusqu'à rejoindre les voies rapides. Là, enfin, elle se permit de respirer, tandis que son pied appuyait fermement sur l'accélérateur. Le luxe de lambiner ne lui était pas permis. Si d'ici deux heures trente elle n'était pas arrivée à Skye, alors on se mettrait à sa recherche.

Lentement, elle se mit à dérouler la suite du voyage dans sa tête. Très vite, elle allait se retrouver à Birmingham, puis Warrington - sa dernière opportunité de filer vers une grosse ville, Manchester ou Liverpool - ensuite ce serait le grand voyage vers le nord et les Highlands. Preston, Lancaster, Carlisle, Glasgow. Le Lexit était-il bien implanté à Glasgow ? Elle ne le savait pas, elle ne s'en souvenait pas. Merlin, elle n'avait plus assisté à une réunion du mouvement depuis plusieurs semaines maintenant, alors tout ce qu'elle savait, c'était ce qu'elle avait entendu lors de ses dernières séances, il y a plus longtemps : c'était ce qui arriverait après. Elle allait traverser les Highlands, rejoindre l'île de Skye via le pont moldu, se diriger vers la face ouest de ce caillou désolé, jusqu'au tristement célèbre Phare de Neist Point. Là, elle déchargerait sa précieuse cargaison, l'homme qui se trouvait à l'arrière de son ambulance. Il serait jeté en cellule et, d'après les témoignages, interrogé, très certainement torturé pour obtenir toutes les informations possibles au sujet de la résistance. Puis il serait jeté en pâture aux savants fous de Skye, médicomages et psychomages tarés qui se servaient de la main d'oeuvre disponible pour tester leurs inventions ou réhabiliter leurs prisonniers.

Les dernières rumeurs que Sam avait entendu parlaient même d'une nouvelle expérience, d'un genre nouveau...

Un frisson lui parcourut l'échine et, sans détourner son regard de la route, elle se pencha sur le côté pour fouiller tant bien que mal dans la boîte à baguette située devant le siège passager. Après quelques instants à farfouiller d'une main, tout en évitant les voitures moldues de l'autre, Sam finit par mettre la main sur ce qu'elle cherchait, la radio de l'ambulance. D'un geste tremblant, elle l'accrocha au panneau de bord et entreprit de trifouiller les boutons jusqu'à trouver la bonne fréquence.

"Bonjour", lâcha-t-elle d'une voix peu assurée, qui se perdit dans l'habitacle.

"Centre d'appel, j'écoute."

La voix familière de Gowan la réconforta instantanément, lui donnant suffisamment de courage pour délivrer son message :

"Gowan c'est Sam, écoute il y a un changement dans ma mission, on n'a pas été prévenus. Mon patient a été blessé sans gravité lors d'une interpellation à Bristol. Je ne l'emmène pas à Sainte Mangouste, mais à Skye. Ordre de la milice."

Un silence éloquent suivit ses propos, qui s'éternisa plusieurs secondes, tant et si bien qu'elle finit par se demander si son collègue l'avait entendue.

"Gowan ? Je serai de retour d'ici deux heures trente, trois heures max."

"C'est bien noté, Sam. Bon courage pour la route. On te garde le café au chaud."

Une seconde, deux secondes, puis elle osa poser sa question, de son ton le plus neutre :

"Merci... Eliott est bien rentré avec son désartibulé ?"

"Non, pas encore... Ecoute, Sam, je sais que la route des Highlands est difficile. Sois prudente."

Il y avait ce quelque chose, dans le ton de son collègue, qui lui fit comprendre que ce conseil n'avait rien d'anodin. De toute évidence, Sam n'était pas la première ambulancière confrontée à cette situation, et Gowan tenait à l'avertir. Soit prudente. Ne fais rien d'irréfléchi. Fais ce qu'on te dit.

"Merci, c'est promis."

Un grésillement émana de la radio, signe que la communication avait été coupée. Sam se laissa quelques secondes pour reprendre ses esprits, apaiser son rythme cardiaque, mais elle sentait déjà la fatigue lui picoter les yeux et lui embrouiller l'esprit. Devant elle, la route dévalait à toute vitesse, l'ambulance fusant tandis qu'elle avait le pied au plancher. A l'arrière, l'homme était toujours inconscient.

*Merlin, Salazar, Dumbledore, venez-moi en aide*, songea-t-elle tandis que ses pensées prenaient mille pensées différentes.

Finalement, elle plongea la main dans la poche de sa blouse et en tira sa baguette magique. Sam pointa l'extrémité contre la radio, et maudit la migraine qui l'empêchait de réfléchir clairement. Quelle était la combinaison, déjà ? Merlin, ils avaient trafiqué toutes les radios de toutes les ambulances, il y a de cela plusieurs mois, et c'était la première fois qu'elle s'en servait. Après plusieurs tentatives infructueuses, un éclair de génie la frappa et elle murmura avec espoir :

"4. 7. 7. 31."

Grésillement au bout de la ligne, et une voix masculine qui émanait faiblement de la radio.

"Eliott. Tu m'entends ? Eliott, j'ai un problème. La milice m'attendait à Bristol. Ils ont blessé un homme lors d'une interpellation. Ils veulent que je l'emmène à Skye. Je suis en chemin."

De nouveau ce silence, terrible, oppressant, au bout de la ligne.

"Eliott, qu'est-ce que je fais ?", souffla-t-elle de nouveau, sa voix perdant cette fois toute neutralité, pour se faire implorante, affolée. Eperdue, elle quitta la route du regard pour fixer la radio, comme si Eliott allait en surgir physiquement pour prendre la situation en main.

Il était encore son tuteur, après tout.

*MPS : Magical Positioning System


   
Eliott WarlockAmbulancier magiqueavatar
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Eliott avait le coeur bien accroché et commençait à avoir l'habitude des vilaines blessures et autres accidents difficiles, pourtant il dût retenir un haut le coeur quand il descendit de l'ambulance pour découvrir un jeune sorcier d'une vingtaine d'années, qui avait laissé une de ses jambes derrière lui en transplanant. Les désartibulages n'étaient jamais beaux à voir mais certains étaient plus impressionnants que d'autres. Le médicomage qui était monté à bord avec lui commença aussitôt les premiers soins et Eliott l'assista comme il pouvait, en s'efforçant surtout de maintenir la victime consciente. Une fois l'hémorragie stoppée, ils installèrent précautionneusement le malheureux sur un brancard et reprirent la route vers Sainte-Mangouste, où le blessé aurait besoin d'une intervention chirurgicale au plus vite.

Eliott ne leva pas le pied de l'accélérateur de tout le trajet du retour, en essayant vainement d'ignorer les gémissements de douleur de son passager. Le médicomage à côté de lui était livide et jetait un œil à sa montre toutes les trente secondes, comme pour rappeler à l'ambulancier que chaque minute perdue aggravait la situation du blessé. Sous pression, les mains crispées sur son volant et le cœur battant à toute vitesse, Eliott parcourut la distance qui les séparait de Sainte-Mangouste en six minutes. Rapide. Mais peut-être pas assez.

A peine le véhicule s'était-il immobilisé que le médicomage se rua au dehors et fit léviter le brancard à l'intérieur du bâtiment. Eliott s'autorisa finalement à souffler. Sa mission s'arrêtait là. Il aurait peut-être des nouvelles de son passager dans la journée, ou demain. Il les attendait toujours avec un mélange d'impatience et d'inquiétude. Il détendit ses doigts et essaya de calmer un peu les tremblements qui agitaient ses mains. Son rythme cardiaque retrouvait lentement sa régularité alors qu'il faisait le tour de l'ambulance pour jeter un oeil à l'arrière du véhicule. Il jeta mécaniquement quelques sorts de nettoyage pour laver les traces de sang, et se traina jusqu'au local des ambulanciers. Tout autour de lui lui paraissait se dérouler trop lentement, comme au ralenti. C'était le cas après chaque trajet sous pression, il fallait toujours un peu de temps pour que son esprit se remette à fonctionner à un rythme normal.

Le métier d'ambulancier était une alternance entre périodes d'attente et piques d'adrénaline et c'était ce qui le rendait si prenant et intéressant, mais c'était un rythme éreintant, qu'il n'était pas toujours facile de tenir. Alors qu'il n'aspirait qu'à pouvoir retrouver tranquillement ses esprits avant le prochain appel, Eliott vit Gowan fondre sur lui dès qu'il passait la porte du local.

"Sam a appelé, l'informa son collègue d'une voix forte avant même d'être arrivé à sa hauteur.
- Tout va bien ?
- Elle est en route pour Skye, lui répondit Gowan, qui l'avait finalement rejoint, à voix basse. Tu devrais essayer de la rappeler. C'est pas facile comme trajet."

Ils savaient tous les deux qu'ils ne parlaient pas de l'état de la chaussée mais ils ne pouvaient pas se permettre de laisser transparaitre leurs inquiétudes ou leurs jugements. Eliott s'éloigna sans même avoir remercié son collègue alors qu'il sentait l'adrénaline à peine retomber affluer à nouveau dans ses veines. Ça devait forcément arriver un jour. Plusieurs membres de l'équipe avait rencontré la même situation, cela devenait fréquent. Mais il aurait voulu être Samantha quand leur tour viendrait. Il aurait dû être avec elle. Il se maudit intérieurement et remonta dans son ambulance où il attrapa la radio qu'il mit quelques secondes à régler sur la fréquence de son apprentie. Ils avaient trafiqué les radios des ambulances pour pouvoir se parler directement, sans passer par la centrale de Sainte-Mangouste qui filtrait et redistribuait les appels.

"Sam ? C'est bon je t'entends."

La voix blanche de Samantha ne tarda pas à remplir l'habitacle. Elle était en chemin pour Skye. Eliott ne répondit rien. Ils savaient tous les deux ce qui attendait un homme arrêté par la Milice quand il était envoyé à Skye. C'était des histoires qui faisaient froid dans le dos, et qui paraissaient soudain bien plus réelles que lorsqu'elle était racontées en chuchotant dans les réunions du Lexit.

"Eliott, qu'est-ce que je fais ?"

Eliott posa les coudes sur le volant et attrapa sa tête entre ses mains après avoir jeté un regard désolé en direction de la radio. Il ne savait pas. Il était complètement désemparé face à la situation. Une part de lui avait envie de lui dire de sauver cet homme, de ne pas le conduire directement en enfer, de prendre la fuite. Mais il ne pouvait pas lui demander ça. Il n'avait pas le droit de lui demander de se mettre en danger de la sorte, et de toute façon il ne voulait pas qu'elle prenne ce risque. Il devait la protéger, avant de penser à la résistance, avant de penser à cet homme qu'il ne connaissait pas. Il devait penser à Samantha d'abord. Et elle devait en faire de même.

"OK. Reste calme, souffla-t-il autant pour lui-même que pour son apprentie. Sam, poursuivit-il, le ton grave. Il n'y a aucun mal à faire ce qu'on te demande, ce sont les ordres et tu n'en es pas responsable. Il faut que tu penses à toi, et à ta sécurité. Tu n'as rien à prouver, d'accord ? Personne ici n'y trouvera rien à redire."

Nombreux étaient ceux qui avaient déjà déposé des blessés à Skye, la conscience plus ou moins légère. Lui-même ne savait pas ce qu'il ferait s'il était à la place de Samantha. Le choix le plus raisonnable était évidément d'obéir, mais il n'était pas certain d'en être capable dans une telle situation, pas quand une vie humaine était en jeu. Et il connaissait assez bien Samantha pour deviner qu'elle se trouvait dans le même état d'esprit. Il aurait voulu qu'elle se montre plus sage que lui et accepte de se plier aux ordres, mais il comprenait qu'elle ne puisse pas s'y résoudre et il ne pouvait pas la blâmer pour ça.

"Quoique tu décides, je suis avec toi, assura-t-il. Je t'aiderai."

Il ferait n'importe quoi pour lui faciliter la tâche. Pour alléger sa culpabilité si elle obéissait à la Milice, ou pour l'aider à s'en sortir dans le cas contraire. Il aurait voulu pouvoir simplement prendre sa place mais cela éveillerait trop de soupçsons. Ils ne pouvaient pas prendre ce risque. C'était elle qu'ils attendaient à Skye. Il ne se pardonnerait pas de l'avoir laissé partir seule tant qu'elle ne serait pas rentrée et qu'ils n'auraient pas partagé un café tiède et une longue conversation.

"Maintenant qu'est-ce que tu veux faire ?"


Samantha MillerAmbulancière magiqueavatar
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Les pupilles claires de Samantha s'étrécirent quand elle entendit les mots d'Eliott qui grésillaient depuis la radio. Eberluée, elle détourna un instant le regard de la route pour foudroyer l'objet du regard, comme s'il était la cause de sa situation, mais elle garda le silence en continuant d'attendre et d'espérer une solution magique, qui pourtant ne venait pas. Son coeur s'accélérait douloureusement dans sa poitrine, sa jambe se contractait sur l'accélérateur, et elle finit par se pencher pour enclencher le régulateur de vitesse. Elle était partie pour rouler à fonds de caisse pendant deux heures maintenant, donc autant se mettre à l'aise, d'autant que ses pensées étaient partout sauf sur la route qui perforait l'Angleterre. Deux heures, c'était une longue période, suffisante pour oublier ce que venait de lui dire Eliott, trouver une solution acceptable et la mettre en application.

"Non non non, je ne VEUX rien faire du tout", explosa-t-elle dans l'habitacle, quand son tuteur lui posa cette ultime question. "Eliott ! La seule question, là, c'est qu'est-ce que je PEUX faire."

Sam garda le silence quelques instants le temps de doubler une file de camions et de retrouver un semblant de calme. S'énerver contre son tuteur ne lui serait d'aucun secours. En soit, elle lui était déjà reconnaissante d'être là et d'avoir répondu à sa radio pour ne pas la laisser seule dans cette horrible situation. Même s'il lui parlait comme si ce qui lui arrivait était normal et attendu, comme si elle pouvait se résoudre à faire ce qui était attendu d'elle, Eliott était son seul secours possible, son rocher dans la tempête, et elle avait besoin de tout sauf de se l'aliéner à cet instant. Sam se raccrochait à lui comme à une bouée de secours, pourtant Eliott réagissait comme si c'était à elle de faire un choix, un choix terrible entre deux options qui ne semblaient mener qu'à la mort, celle d'un homme, ou celle de sa conscience.

"Je m'en fiche de ne rien avoir à prouver, ce n'est pas la question, la question c'est que je ne peux pas laisser un homme se faire kidnapper, torturer, laver le cerveau et peut-être assassiner", souffla-t-elle finalement d'une voix basse et rapide, tandis que son esprit envisageait à toute allure tout ce qui attendait cet homme si elle allait au bout de sa mission. Elle se sentait nauséeuse. "C'est peut-être les ordres mais j'ai une conscience et une responsabilité et si je l'emmène là-bas alors je suis complice, tu comprends ça, je suis complice et je cautionne tout ce qu'ils vont lui faire et, Merlin Eliott, tu sais aussi bien que moi tout ce qu'ils peuvent lui faire."

Son ton se faisait plus pressant et s'emballait, à mesure que la panique enflait en elle et se répandait dans ses veines : "Eliott, on en a parlé, tu sais tout ce que Lauren m'a raconté après sa dernière réunion, je ne peux pas laisser faire ça, c'est beaucoup trop horrible."

Des expériences d'un nouveau genre, un programme qui, murmurait-on, avait été commandé par le ministre lui-même : des recherches sur l'origine même de la magie, pour répondre à cette question fondamentale : d'où venait-elle, comment se répandait-elle, pourquoi certains hommes en étaient-ils dotés et d'autres privés ? Pourquoi certains disposaient-ils d'une puissance et d'une aisance naturelle quand d'autres peinaient à jeter le moindre sort ? Pourquoi certains blocages pouvaient-ils se produire ? Pourquoi les cracmols, pourquoi les maladies magiques ? Pourquoi les voyants, les prophéties, quelles étaient les clefs du futur ? C'était pour répondre à toutes ces questions que ces expériences avaient lieu, sur cobayes vivants, pour parvenir à identifier et isoler l'origine de la magie chez un être humain, dans ses gênes, dans ses cellules, et pour, ultimement, tenter de l'extraire. Car prendre leurs souvenirs, leurs mémoires, ne suffisait pas aux tortionnaires de Skye, ces tordus s'en prenaient désormais à l'identité même de ces personnes : les premiers résultats avaient révélé que l'on ne pouvait ôter la magie d'un homme sans le priver d'une partie très intime de lui, comme si la magie était totalement intriquée avec ce qui constituait son âme. Cela faisait des sortes d'amputés psychologiques, des sorciers qui n'en étaient plus et qui sortaient de là comme des ombres d'eux-même, tous juste bons à errer aux frontières d'un univers qui leur était désormais inaccessible.

Un nouveau frisson lui parcourut l'échine.

"Je ne peux pas le faire Eliott, je ne peux pas l'emmener là-bas, parce que si je le fais, c'est très simple, lui va mourir d'une façon ou d'une autre et moi, je ne pourrai plus jamais me regarder dans un miroir."

Le silence qui régnait dans l'habitacle se faisait assourdissant, ne faisant que souligner sa solitude insupportable face à cette situation sans issue. Cette conversation ne s'emmanchait pas du tout comme elle l'avait espéré, elle voulait s'en remettre à Eliott et qu'il lui trouve une solution, pas qu'il la renvoie à cette situation dont elle ne pouvait ressortir gagnante. Avant qu'il ne répète qu'il était prêt à l'aider, quoi qu'elle décide, elle se décida à enchaîner :

"Mais on sait très bien tous les deux que je suis obligée d'arriver là bas et de livrer un blessé, je ne peux pas faire autrement Eliott, j'ai beaucoup trop à perdre. S'il n'y avait que moi, je... je pourrais me cacher mais il y a Lauren, il y a mon père, mes amis, je connais trop de monde impliqué dans la résistance de près ou de loin, on ne parviendrait jamais à prévenir tout le monde à temps et même si c'était le cas, je peux pas leur demander de sacrifier leur vie pour moi, mon père refuserait de quitter sa maison à Nimbus et de se cacher, c'est certain, je ne peux pas le perdre, mais Eliott, on sait très bien ce qui va arriver si je désobéis, on le sait tous les deux, ils le tueraient !"

Ses mains s'étaient crispées douloureusement sur le volant et sa voix était montée dans les aigus au fil de son discours désordonné. La gorge serrée, elle jeta un nouveau coup d'oeil dans le rétroviseur et observa l'homme à l'arrière, toujours baigné dans une inconscience bienheureuse, ignorant l'enfer vers lequel elle le conduisait en trombe.

"Alors, dis-moi, qu'est-ce que je peux faire ? Je ne peux pas l'emmener, je ne peux pas ne pas l'emmener, OK, alors il n'y a pas le choix, il faut qu'on trouve une autre solution", lâcha-t-elle, d'un ton autoritaire qu'elle n'avait jamais employé auparavant avec son tuteur ni, d'ailleurs, avec grand monde. "Il faut que tu m'aides, je t'en supplie."



   
Eliott WarlockAmbulancier magiqueavatar
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Eliott laissa échapper un soupir en entendant Sam s'emporter, à l'autre bout de la radio. Il n'était pourtant pas surpris par sa réaction. Son apprentie était fidèle à elle-même : juste, investie, emphatique, et prête à penser aux autres avant de penser à elle. Une part de lui était même fière de la jeune femme, dont il partageait les convictions. Dans d'autres circonstances, il n'aurait pas accepté d'autres réponses que celle qu'elle venait de lui donner, tant sa conscience lui hurlait que c'était la seule solution valable.

Bien sûr que non, elle ne pouvait pas emmener cet homme à Skye. Il savait comme elle à quel point la mort était préférable à un séjour sur cette île. Ils n’avaient pourtant que quelques bribes d'informations, ramenées par des résistants bien infiltrés qui avaient pu mettre un pied sur l'île sous couvert de leur métier de médicomage ou d'oubliator, mais il y avait encore beaucoup de zones d'ombres et c'était peut-être ça le plus inquiétant. Bien sûr qu'elle devait sauver cet homme. Et pourtant il ne pouvait pas la laisser faire ça, c'était beaucoup trop dangereux. Il ne pouvait pas la mettre en danger, il était censé la protéger, veiller sur elle. S'il arrivait quelque chose il ne se le pardonnerait jamais. Mais ce n'était pas à lui de prendre cette décision, ce n'était pas lui au volant de l'ambulance. Il avait tenu à ce qu'elle fasse librement son choix et elle l'avait fait. Maintenant il devait le respecter.

Il laissa le silence remplir l'habitacle après les dernières paroles de son apprentie, trop occupé à prendre la mesure de tout ce que cela impliquait. Ils allaient sauver cet homme, et désobéir à la Milice. Ils n'avaient pas le droit à l'erreur. Ils jouaient leurs vies sur ce coup-là, et celles de tous ceux qu'ils aimaient. Alors que Samantha évoquait son père, il ne pouvait penser qu'à Bianca et Charlotte. Il s'en voulait terriblement de les mettre en danger, pourtant il ne pouvait pas renoncer. Quel genre de père serait-il s'il était capable de laisser des innocents se faire torturer ? Tiraillé entre trop de volontés contradictoires, il fut ramené à la réalité par le ton autoritaire de Samantha, qui lui fit l'effet d'une gifle. Il devait trouver une solution. Et il devait la trouver vite.

"Je vais t'aider, affirma-t-il en se redressant. On va trouver cette solution Sam, je te le promets."

Il n'avait pas la moindre idée de comment il allait s'y prendre, mais il allait y arriver. Il n'avait pas le choix de toute façon, il y avait beaucoup trop en jeu. Maintenant c'était gagner ou mourir.

"Combien il te reste de temps de trajet ?"

Il attendit la réponse de son apprentie et régla le chronomètre de sa montre pour avoir constamment le compte à rebours sous les yeux. Il avait l'impression que les secondes défilaient trop vite, et qu'elles le précipitaient sur un chemin sans issue.

"Sam, je dois te laisser, annonça-t-il finalement avec un regard d'excuses en direction de la radio. Je vais trouver de l’aide. Mais je reviens vite, promit-il. Continue comme si tu allais à Skye, je vais trouver un moyen de te tirer de là. Et sois prudente."

Il ne se laissa pas le temps d’hésiter et descendit de l'ambulance, toujours garée sur le parking de l'hôpital. Il dépassa Gowan d'un pas rapide, prétextant devoir aller chercher de quoi remplir les trousses de premiers secours, et s'engouffra dans le bâtiment. Il se rua à l'accueil aussi rapidement que s'il avait eu un blessé sur les bras.

"Je cherche le docteur Whitaker, lança-t-il au jeune standardiste. Bonjour, se rattrapa-t-il un peu tard. S'il-vous-plait. C'est urgent."

Le jeune homme lui décrocha un regard noir et laissa échapper un soupir, mais avisa la blouse et le badge accroché à sa poitrine et consentit à lui répondre d'un ton laconique.

"Elle vient d'arriver. Elle doit être en train de finir le tour des chambres de ses patients..."

Il n'avait pas fini sa phrase qu'Eliot s'était précipita dans les escaliers, après un regard angoissé en direction de sa montre. Il n'avait pas une minute à perdre. Il traversa plusieurs couloirs sans succès avant de finalement apercevoir la médicomage, en pleine conversation avec ce qui devait être la famille d'un patient.

"Tara ! la héla-t-il en s'approcha d'un pas vif. Bonjour Madame, ajouta-t-il à l'intention de la veille dame qu'il avait coupé dans son récit. Je suis désolé de vous interrompre, c'est une urgence."

Il attira la médicomage dans une chambre vide et prit soin d'insonoriser la pièce d’un coup de baguette, fébrile, avant de se retourner pour faire face à la surprise de la jeune femme.

"Qu’est-ce qui se passe ?
- Est-ce qu'on a quelqu'un à Skye en ce moment ?"

Comprenant qu'il était venu la trouver en tant que membre du Lexit et non pour ses capacités de médicomage, Tara ne posa pas davantage de questions et parut réfléchir un moment.

"Non, je crois pas. Derek y a été appelé il y a deux jours, pour une opération en urgence, mais il n'a rien vu. Il était surveillé en permanence. Pourquoi ?"

Eliott sentit le faible espoir qu'il avait ressenti en apercevant Tara tomber brutalement au creux de son estomac. Avoir un allié sur place aurait pu leur permettre d'organiser une fuite au moment du transfert, ou plus tard. Ils auraient été moins pressés par le temps. Il jeta un nouveau regard en direction de sa montre et déglutit difficilement. Sans aide là-bas, il était hors de question que le blessé passe la porte de l’établissement. Il n’en ressortirait pas. Ou pas dans un état qui vaille la peine de continuer à vivre.

"Je te dirai plus tard. Il ne pouvait pas se permettre d'en parler pour le moment, pas tant que Samantha n'était pas sortie d'affaire. Merci quand même, et désolé pour le dérangement.
- T'inquiète. Et bon courage."

Il avait déjà quitté la pièce et rejoignait le parking au pas de course, le cerveau en ébullition. Ils allaient devoir se débrouiller sans aide extérieure. Ils étaient seuls. Et il ne trouvait pas de solution. Il s'en serait tapé la tête contre les murs tant il se sentait inutile, à courir après un miracle qui n'arriverait pas. La milice attendait un blessé, ils allaient devoir lui en donner un. Une idée germa dans un coin de sa tête, qu'il se refusait à envisager pour le moment.

"Sam, tu es toujours là ? s'inquiéta-t-il alors qu'il reprenait place dans son véhicule. On n'a personne du Lexit à Skye. Il faut qu'on trouve une solution avant que tu arrives là-bas. Il baissa une énième fois les yeux sur sa montre. Parle moi du gars, il est dans quel état ?"

Il n'avait pas beaucoup d'options, et il ne pouvait pas se permettre de faire le difficile. Il se devait d'envisager toutes les possibilités, même si elles le répugnaient. Ils ne pouvaient pas livrer le blessé à la Milice, mais ils pouvaient lui trouver un remplaçant. Il suffisait de trouver un sosie de leur homme et de prétendre qu’il avait succombé à ses blessures. Et la morgue n'était pas loin. Réalisant ce qu'il était en train de planifier, il fut partagé entre l'envie de hurler et celle d'éclater de rire, et se contenta de renverser sa tête en arrière sur l'appuie-tête de l'ambulance et de prier Merlin pour qu'ils s'en sortent.


Samantha MillerAmbulancière magiqueavatar
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L'étau qui étreignait la poitrine de Samantha depuis le début de son intervention se desserra un peu lorsque son tuteur lui promit son aide. Il lui sembla aussitôt qu'elle respirait mieux, que les filets d'air frais s'infiltraient dans ses poumons en même temps que le soulagement l'envahissait. La confiance qu'elle accordait à Eliott était totale, et aveugle, car il en avait toujours été ainsi, et surtout car elle n'avait absolument pas le choix. Il était sa seule issue, son unique espoir de se tirer de cette situation sans représailles fatales de la milice et en gardant la tête haute.

1h49.

A sa demande, elle jeta un coup d'oeil à son bracelet MPS et sentit son anxiété revenir au galop. Ils avaient déjà gâché de précieuses minutes à échanger, sans que l'ombre d'une solution ne soit trouvée. Devant elle, la route était aussi dégagée que le ciel sans nuages. S'efforçant de ne pas paniquer trop vite - après tout, ils avaient quasiment deux heures pour réfléchir à quelque chose - elle répondit à son collègue et écouta ses directives en se mordillant la lèvre, nerveuse.

"Ok, fais vite", souffla-t-elle d'une voix blanche en direction de la radio, consciente que cette invective était superflue, mais incapable de dire quoi que ce soit d'autre.

Le silence se fit dans l'habitacle. Laissée seule avec ses pensées, Sam se mit à s'agiter sans parvenir à garder un semblant de calme, pianotant des doigts sur le volant, cherchant à tâtons une paire de lunettes de soleil pour protéger ses yeux fatigués de la luminosité, attrapant un bonbon au citron, comptant les troupeaux de vaches qui broutaient paisiblement l'herbe des prairies qu'elle voyait dévaler à toute allure. Malgré ces gestes nerveux et mécaniques, elle restait habitée par une unique pensée, trouver un échappatoire à son dilemme.

1h44.

Et s'ils ne trouvaient pas ? La petite voix désagréable de sa conscience ne cessait de poser cette question, qui parasitait sa réflexion. Et si le temps dévalait comme il avait la terrible habitude de le faire, et si elle arrivait devant les portes de cette prison, alors que ferait-elle ? Le moment venu, serait-elle capable de faire ce choix, le bon choix, celui de se sacrifier ou de sacrifier ses proches, plutôt que de livrer un être humain à un sort pire que la mort ? Chaque minute qui passait semblait la rapprocher de l'inéluctable.

1h39.

Non. Eliott allait la sortir d'ici.

La voix salvatrice du jeune homme se fit enfin entendre et elle se pencha en avant vers la radio, survoltée.

"J'suis là, j'suis toujours là !", cria-t-elle plus qu'elle ne parla, son coeur accélérant dans sa poitrine. L'espoir qu'elle ressentait fut de courte durée, puisqu'il lui annonça qu'ils n'avaient aucun allié au sein de la prison actuellement. Sam ne se faisait guère d'illusions à ce sujet, les travailleurs de Skye étaient triés sur le volet, mais il est vrai que cela leur aurait été d'une grande aide... Heureusement, Eliott semblait loin d'être abattu. Ce n'était certainement que la première d'une longue liste d'idées.

"Bon, on va trouver une autre solution..."

Quelque peu décontenancée par sa question, elle jeta un énième coup d'oeil dans le rétroviseur et entreprit de décrire son mystérieux passager :

"C'est un homme assez jeune, trente, trente-cinq ans peut-être, plutôt grand, bien bâti, des cheveux bruns, une barbe de trois jours... Pas vraiment de signe distinctif..."

Comment décrire un obscur inconnu ? D'ici, elle voyait mal son visage, ne pouvait percevoir la couleur de ses yeux ou ses traits marquants. Difficile de l'identifier ou d'en faire une description plus précise.

"Il a une plaie à la tête, un peu de sang sur le visage, rien de sérieux. Il a une belle cape émeraude, et... et une alliance, il a une alliance."


Ce détail avait son importance. Cet homme, il y avait quelqu'un qui l'aimait, quelqu'un qui l'attendait et le cherchait probablement de partout à l'heure qu'il était. Si cet homme disparaissait à Skye pour toujours, ou s'il en sortait changé, métarmophosé à jamais, quelqu'un s'en apercevrait. Par Salazar, cet homme avait quelqu'un à oublier, que l'on pouvait effacer. Et si c'était elle ? Et si on l'envoyait à Skye, et si on effaçait Lauren de sa mémoire ?

A cette pensée, elle sentit son regard s'embuer, de tristesse, d'empathie, de peur mêlée, et elle secoua la tête comme pour s'en débarrasser. Elle ne pouvait pas laisser son état de nerf et de fatigue prendre le dessus, il lui fallait absolument rester lucide... Plus facile à dire qu'à faire, mais Eliott avait une idée derrière la tête, sinon il ne lui aurait pas parlé du patient. Quelle pouvait être cette idée ? En quoi savoir en quel état était son patient allait-il pouvoir l'aider ?

Une idée fulgurante lui traversa alors l'esprit, et elle faillit en piler au beau milieu de la route. Cette idée était horrible, trop pour qu'Eliott y ait pensé, pas vrai ? Remplacer son passager, par un anonyme, un pauvre ère échoué à la morgue... Récupérer un cadavre et le jeter en pâture à la milice, tant pis pour sa famille, pour ses proches, car il fallait sauver un autre homme, bien vivant quant à lui ? Non, il y avait forcément une meilleure option.

"Peut-être que je pourrais faire comme si on avait un accident", dit-elle précipitamment, sans chercher à interroger son tuteur pour confirmer sa théorie. Avant qu'il ne puisse l'interrompre, elle se mit à déblatérer d'une voix saccadée : "C'est vrai, je pourrais facilement dévier l'ambulance de la route en arrivant dans les hybrides, tout le monde sait que la route est dangereuse, bien sûr, il faudrait qu'on me trouve inconsciente, et, et blessée, lui se serait échappé, il y aurait sûrement des réprimandes mais ça irait, je suis jeune conductrice, ils seraient peut-être indulgents, bon, le problème c'est que la milice m'a vu lui injecter une dose de dragon de potion sédative donc c'est juste impossible qu'li se réveille mais qu'est-ce que j'étais censée faire ?! Je ne voulais pas qu'ils m'accompagnent dans l'ambulance et... mais je sais pas, peut-être que ça peut marcher, peut-être..."

Paniquée, elle jeta un nouveau coup d'oeil à sa montre.

1h33

Non, elle n'avait pas le temps de paniquer, de déblatérer, de trouver des idées foireuses qui risqueraient de mettre tout le monde en danger. Si l'idée d'Eliott était la moins pire de toutes, alors ils n'avaient plus une minute à perdre.

"Excuse-moi, je raconte n'importe quoi... qu'est-ce que t'as en tête, toi ?"


   
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