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 Keep Holdin' on [Jeremy & Juliet]

Juliet E. BakerSans emploiavatar
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29 avril 2010

Juliet descendit une flopée de marches d’un pas énergique et s’engagea dans une rue de Bristol qui menait vers les docks. Elle jeta un coup d’œil à sa montre et grimaça tout en pressant le pas lorsqu’elle se rendit compte qu’elle avait déjà dix minutes de retard. Jeremy avait terminé les cours à 16h, et ils étaient supposés se retrouver sur les quais. Cela faisait maintenant trois jours depuis leur dernière discussion et la jeune femme mourrait d’envie de retrouver son mari. Son séjour chez Irving et Nora lui avait vraiment fait du bien, mais Jeremy lui manquait – à Gabrielle également, qui avait passé les trois derniers jours à réclamer son père à coup de grands cris mécontents.

La situation qui les avait poussée à prendre un peu de distance l’un envers l’autre ne s’était bien évidemment pas évaporée pendant la nuit – comprenez que Juliet était toujours enceinte (de 13 semaines aménorrhée exactement ; elle pouvait avorter jusqu’à la 24ème semaine). Ils avaient décidé de laisser passer une semaine entière avant de prendre la moindre décision. Finalement, après une semaine de réflexion, Juliet n’était pas plus avancée dans son dilemme, qui tournait autour des mêmes indécisions. Ils s’étaient alors revus une fois, pour en parler plus calmement et plus longuement que le jour où elle l’avait mise au courant de sa grossesse. Plus sereins, les deux époux avaient pu mettre des mots sur leurs sentiments respectifs et sur leurs envies. Juliet avait avoué à Jeremy que l’avortement lui semblait en effet être un choix plus raisonnable compte tenu de leurs situations personnelles et professionnelles respectives. Mais elle ne lui avait pas non plus caché qu’elle s’était inexplicablement attachée à cette grossesse et à ce tas de cellules qui grandissait de jour en jour. Jeremy, quant à lui, lui avait expliqué que, si elle tenait réellement à avoir cet enfant, alors il l’élèverait avec elle. Cette promesse lui avait mis du baume au cœur, elle qui n’avait pu s’empêcher de craindre pour leur couple et pour leur futur durant la semaine passée.

Cependant, Jeremy et elle avaient convenu de se laisser un peu plus de temps pour réfléchir à tout cela, avec toutes ses nouvelles informations en tête. Trois jours, s’étaient-ils dit. Le quatrième jour, c’était aujourd’hui. Mais, pour commencer une énième conversation sur ce sujet, Juliet avait décidé d’amener un gage de paix et d’amour : des éclairs au chocolat du Paradis d’Eden et incontestablement les meilleurs de Bristol. Elle avait craqué devant la vitrine du magasin – déjà parce qu’elle mourrait de faim, et ensuite parce qu’elle savait que Jeremy les adorait.

Apercevant son mari, la jeune femme pressa le pas vers lui, et lui adressa un sourire lorsqu’elle arriva à sa hauteur.

« Salut. » lança-t-elle en passant son bras libre autour de son cou pour lui voler un long baiser.

« Je sais, je sais, je suis en retard. » lança-t-elle lorsqu’elle se fut détachée de lui. « Mais j’ai une excellente raison pour ça ! » elle lui tendit le paquet avec un sourire. « Je me suis dit que tu aurais faim, après tes cours. » expliqua-t-elle. « Et ça me paraissait être une bonne excuse pour manger du chocolat. » finit-elle avec un air taquin. « Comment s'est passée ta journée ? » s’enquit-elle ensuite, après l’avoir embrassé une nouvelle fois.



Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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Flanqué de Bianca à sa droite, et de John à sa gauche, Jeremy traversait les pelouses verdoyantes de l'académie Lycaon. A peine leurs cours achevés, et comme à leur habitude, les trois amis s'étaient aussitôt lancé dans une conversation animée qui prit vite des allures de débat. L'objet de leur chamaillade du jour n'était pas nouveau, car le sujet revenait régulièrement sur le tapis : quel était le meilleur sport magique ? Les Bavboules, selon Bianca, qui ne jurait que par cela. John, fier représentant de sa patrie américaine, défendait le Skyball et expliquait avec sa supériorité feinte habituelle que le Quidditch était un sport ridicule. Le Skyball, voilà le seul et unique art du balai magique qui vaille la peine d'être mentionné, c'était un sport de rapidité, de contacts, un sport d'hommes, des vrais ! Le Quidditch, a contrario, ce sport d'européens d'un autre âge, ne présentait pas le moindre intérêt, qui avait idée d'inventer autant de fautes possibles et imaginables ?

C'était justement dans les nuances, la complexité des règles et la diversité des figures que le Quidditch présentait tout son intérêt, contrait à l'inverse Jeremy. C'était un sport de gentlemen, donc ce n'était pas étonnant que John ne puisse pas comprendre, et puis, l'on pouvait difficilement affirmer que les batteurs n'étaient pas de vrais hommes - ou femmes. De toute façon, sa chérie était joueuse professionnelle de Quidditch et c'était bien la preuve que c'était le meilleur des sports, affirma-t-il en guise de conclusion, avant de traverser le portail de l'école, sous les taquineries et sifflets de ses deux amis.  

Et sa femme, d'ailleurs, il s'apprêtait à la rejoindre. Après quelques dernières plaisanterie, Jeremy prit congé de ses deux amis et commença à se diriger vers les quais. Un sourire flottait sur son visage, atténuant quelque peu l'effet causé par la fatigue sur son visage. En bons amis, Bianca et John avaient prétendus ne rien voir quant à spn état visiblement préoccupé ces derniers jours, puisqu'il n'avait visiblement pas envie de parler - et en effet, qu'aurait-il pu dire ? La situation était limpide, tant dans sa cruauté que dans son caractère inéluctable. Alors plutôt que de ressasser, pour arriver encore à la même conclusion, à savoir qu'ils étaient face à un dilemme que seule Juliet pouvait réellement dénouer, Jeremy avait préféré prendre le large. Quelques jours en compagnie de son mentor Samuel Nolan en pleine nature lui avaient fait le plus grand bien, et c'est avec une sérénité retrouvée qu'il avait abordé sa dernière rencontre avec son épouse. Cette dernière s'était bien déroulée, et même s'ils n'étaient pas parvenus à une décision, Jeremy était désormais confiant quant au fait qu'ils finiraient par résoudre cette situation ensemble.

Quoi qu'il arrive, et cette période de séparation avait rendu ce sentiment très clair, il voulait aborder la suite avec elle, main dans la main, comme ils l'avaient toujours fait.

Les quais étaient baignés d'une lumière paisible quand il y parvint, c'était une belle journée. Attendre son épouse quelques minutes ne le dérangea pas, occupé à observer un pêcheur qui observait lui-même l'eau calme de la rivière. Finalement il avisa un peu plus loin la silhouette familière de Juliet et accéléra le pas pour la rejoindre, l'accueillant en l'enlaçant contre lui. Une main glissée dans ses cheveux lâchés, il approfondit le baiser, qui se voulait plus marqué qu'un simple bonjour.

"Salut, ne t'en fais pas, je viens d'arriver aussi, et puis pour une surprise pareille, tu es déjà pardonnée."

Il se lécha les babines en posant un regard gourmand sur le paquet de pâtisseries que transportait la jeune femme.

"Super ! J'ai enfin rendu mon horrible travail de groupe du cours de transfo', tu peux pas savoir comme je suis content d'être débarrassé de ce groupe démoniaque. Je ne comprends toujours pas ce prof qui ne me laisse pas bosser avec Bianca, j'aurais perdu trois fois moins de temps", ronchonna-t-il, temps qu'il aurait pu mettre à bon escient, comme passer du temps avec sa fille. Cela étant, il râlait plus pour la forme que par réel agacement. En réalité, toutes ces histoires de cours, à Lycaon, à Poudlard, qui lui occupaient tant l'esprit avant l'annonce de Juliet et qui avaient très certainement aussi causé sa réaction, lui semblaient désormais bien futiles au regard de ce qui les attendait peut-être. Il y avait des choses plus importantes que sa carrière dans la vie, comme sa famille, mais c'était si vite oublié dans le stress des exams et de la vie d'apprenti prof et jeune père de famille...

Jeremy glissa sa main dans celle de Juliet tandis qu'ils continuaient de marcher, d'un pas lent et sans but réel, le long des quais.

"Et toi, ta journée ?", s'enquit-il doucement, en l'observant pour discerner son état d'esprit. Il espérait que leur dernière conversation et les quelques jours de réflexion qui avaient suivi lui avaient fait autant de bien qu'à lui.
Juliet E. BakerSans emploiavatar
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"Depuis le temps, je sais me faire pardonner mes retards !" lança la jeune femme en riant, tout en donnant à Jeremy son éclair au chocolat. Elle mordit dans le sien avec enthousiasme, savourant la mousse légère aux arômes bien prononcés. Lorsqu'elle était enceinte de Gabrielle, Juliet n'avait rien pu avaler pendant les trois premiers mois de sa grossesse, tant les nausées qui la prenaient étaient fortes et irrépressibles. Cette fois-ci, c'était tout le contraire : elle avait l'impression de mourir de faim en permanence, et se sentait capable d'assassiner quelqu'un pour du chocolat - et pour la tarte à la mélasse d'Irving.

Tout en marchant lentement le long des quais ensoleillés, Juliet écouta son mari se plaindre de ses travaux de groupe, un petit sourire aux lèvres. Lorsqu'elle était encore à Poudlard, elle se souvenait avoir maudit plus d'un travail de groupe, notamment ceux où leurs professeurs se faisaient un plaisir de composer les groupes de la façon la moins bien assortie possible. La palme d'or revenait à Adamson - paix à son âme - qui lui avait imposé de travailler avec Darren O'Connor, Anton Smith, et Kelsey Lorgan - paix à son âme également. La seule et unique réunion de groupe avait été explosive, et finalement, ils avaient rendu de mauvaise grâce un parchemin bien plus court que demandé, rédigé à la va-vite le matin même.

"C'est pour t'apprendre à travailler en équipe." rétorqua-t-elle d'un ton savant, toutefois trahie par ses yeux brillants de malice. "Tu sais, te préparer à devoir travailler en collaboration avec des Dérébusor, des Sorden et compagnie." elle retint un éclat de rire à la vision de son mari coincé en salle des professeurs entre Crispin et Ana. "Et puis ils ne peuvent pas mettre les meilleurs élèves de Lycaon ensemble, ce n'est pas juste pour les autres." acheva-t-elle d'un ton badin en lui adressant un clin d'oeil.

A discuter ainsi avec Jeremy, Juliet sentit peu à peu toute la tension accumulée ces derniers jours quitter doucement ses épaules. Bien sûr, aucune décision n'avait été prise et bien sûr, elle était toujours tiraillée en deux dans ce dilemme sans fin, ne sachant pas à qui se fier, entre son coeur et sa raison. Mais en tenant la main de l'homme à qui elle avait dit "oui" - "oui" pour la vie, "oui" dans toutes les situations - elle se sentait invincible. Elle sentait son couple invincible. Rien ni personne ne pourrait désormais les briser.

Le ton doux employé par Jeremy la tira de ses pensées, et elle tourna la tête vers lui pour lui offrir un doux sourire. Prendre la décision de réfléchir à toute cette situation séparément leur avait permis de prendre conscience de beaucoup de choses - probablement des choses qu'ils avaient perdu de vue, pris comme ils l'étaient dans la routine de la vie quotidienne. Les tensions, parfois même les rancoeurs accumulées pendant des mois, tout était ressorti ces derniers jours. Et c'était, songea Juliet, peut-être pour le mieux.

"Plutôt pas mal." acquiesça la jeune femme. "J'ai accompagné Gabrielle chez Sam et Théo ce matin - tu te rends compte, cela faisait dix jours que Théo ne l'avait pas vu, il était sur le point de dépérir, au moins." Elle étouffa un petit rire. "Elle a surtout hâte de te voir, en réalité. Oh, tu la verrais avec Looping... Comme elle est habituée à ce qu'un chien se transforme en toi, elle n'arrête pas de lui taper sur la tête en disant "papa". la jeune maman eut un sourire attendri. "A part ça je suis passée voir mon père et Annabelle, qui vont très bien."

Les repas de famille "Wilson-Baker-Flint" étaient toujours un peu embarrassants puisque George Wilson avait trompé sa femme avec Julia Baker, mais que ces deux derniers avaient décidé d'interrompre leur relation lorsqu'ils avaient appris que leurs deux enfants sortaient ensemble - Merlin merci. Le repas de noël était toujours formidable. Juliet, pour supporter tout cela, avait créé un petit bingo : sourire gêné : check / allusion au couple Wilson-Baker senior ? : check / sa mère qui regarde son père en levant les yeux au ciel ? Toujours check.

"Et j'ai dû faire une échographie aussi. Un échographie de datation, pour déterminer l'âge de la grossesse et sa position. Tu sais, pour savoir si ce n'est pas une grossesse pathologique, et savoir si on est toujours dans les temps pour n'importe quelle option qu'on choisira... Bref, tout va bien, et je suis à treize semaines." lâcha-t-elle finalement un peu rapidement, comme gênée d'aborder un tel sujet, par crainte de gâcher la si bonne atmosphère qui régnait entre eux.



Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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Jeremy mordit dans son éclair au chocolat avec délectation, engloutissant un tiers de la pâtisserie d'un coup. Trop occupé à mâcher, il ne put donc réagir autrement qu'en fronçant les sourcils quand Juliet mentionna les collègues horribles qu'il serait peut-être obligé de côtoyer s'il se destinait à une carrière dans l'enseignement. Godric lui en soit témoin, il était déjà bien assez difficile de ne pas trop montrer sa nervosité lorsqu'il se retrouvait seul avec Virtanen en salle des profs ! N'ayant jamais suivi son option, il n'avait jamais vraiment connu le mystérieux professeur de runes, mais contrairement aux adolescentes qui le trouvaient toutes "trop ca-non", lui l'avait toujours trouvé franchement flippant. Et que dire des fois où il tombait nez-à-nez avec cette horrible Mildred Magpie ! Prédatrice ambulante, cette sorcière n'avait rien à faire dans une école et il ne pouvait pas être le seul à le penser...

"C'est vrai que nous sommes les meilleurs", rebondit Jeremy en bombant fièrement le torse, la malice lisible au fond de son regard. En réalité, Jeremy savait qu'il avait le potentiel de devenir meilleur encore, dans un autre univers, une réalité parallèle dans laquelle il aurait le temps de se consacrer uniquement à son art. Il lui restait tant à apprendre, tant à rechercher ! Mais il savait aussi qu'il avait la vie devant lui pour approfondir ses connaissances dans le domaine de la métamorphose, qu'il était déjà très rare d'être animagus à son âge et qu'il avait eu la chance de pouvoir intégrer la meilleure école qui soit. Alors il acceptait de prendre son mal en patience, quand bien même il pouvait s'avérer frustrant de réaliser des travaux de groupe avec de parfaits incapables - ou plus exactement, de parfaits capables avec un gigantesque poil dans la main.

L'anecdote de son épouse au sujet de Gabrielle et de Looping lui serra inexplicablement le coeur, et il serra un peu plus fort la main de Juliet dans la sienne. Cela faisait dix jours qu'il n'avait pas passé de temps avec sa fille, dix jours qui lui avaient permis de se recentrer et de faire le tri de ses priorités, mais Merlin, ce qu'elle lui manquait ! Si son amour pour Juliet n'était pas suffisant - et il l'était - cela aurait constitué une raison supplémentaire pour ne pas exploser leur cellule familiale. Il refusait d'être ce père qui ne voyait son bébé qu'un week-end sur deux et pendant les vacances, non pas par principe ou jugement, mais simplement parce que sa petite fille était encore si jeune, si fragile ! Il voulait la voir, partager avec elle ces moments de sa petite enfance, la voir grandir et s'épanouir et, surtout, savoir qu'il était suffisamment près pour être en mesure de la protéger.

Son regard balaya un instant les docks de Bristol, avant de revenir se poser sur Juliet qui lui parlait de son échographie. Treize semaines... Il leur restait un peu de temps pour se décider, mais tout-de-même, treize semaines, ce n'était pas rien, c'était trois mois. Peut-être bien que cette troisième conversation serait la dernière, celle qui déciderait du sens dans lequel leur destin basculerait.

"Oh, j'aurais pu venir avec toi, tu sais", souffla-t-il en s'arrêtant un instant pour caresser furtivement sa joue du doigt. "Tant mieux si tout se passe bien, c'est une bonne nouvelle."

Reprenant la marche, tout en engloutissant la fin de son éclair, il hésita un instant à poser la question qu'il se posait, puis finit par se décider :

"Du coup est-ce que tu as vu... tu sais ? Les images ?"

Il se souvenait de Gabrielle. L'échographie, c'était le moment où tout cela se concrétisait, où cette idée folle qu'ils allaient devenir parents se matérialisait sous leurs yeux, sous la forme d'une petite chose qui allait grandir jusqu'à devenir un enfant... leur enfant. Ce souvenir acheva de lui serrer le coeur, et il guetta la réponse de Juliet.
Juliet E. BakerSans emploiavatar
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Juliet leva les yeux au ciel en souriant devant la vanité feinte de Jeremy. Si elle le taquinait régulièrement sur son absence de modestie, elle savait pertinemment que son mari était capable d'accomplir de grandes choses et qu'il excellait dans son art. Sa condition d'Animagus n'était que l'esquisse de l'étendue de ses talents. Elle savait aussi qu'il ne pouvait pas consacrer autant de temps qu'il le souhaiterait à l'étude de la métamorphose. Car Jeremy n'était pas un étudiant comme les autres : il était père, et cela passerait toujours avant tout. Avant les études, avant ses ambitions personnelles. Il en allait de même pour Juliet, qui serait prête à abandonner n'importe quel travail si cela pouvait assurer bonheur, confort et sécurité à sa fille. Désormais, Gabrielle était moins dépendante de ses parents que lorsqu'elle n'avait pas encore atteint son premier anniversaire. Il leur était plus facile de s'absenter, de la confier en toute sérénité à Théo et Samaël, ou à leurs parents. C'était d'ailleurs pour cela que Juliet avait décidé de saisir l'opportunité de relancer sa carrière de joueuse de Quidditch professionnelle. Or, si elle se décidait à mener cette grossesse à terme, elle pouvait dire adieu à ses chances de percer dans son sport favori. Cela empêcherait Jeremy - pour un temps du moins - de s'épanouir totalement dans ses études et dans son métier. Un nouveau-né demandait tellement d'attention, tellement de soins... La jeune femme le savait : avoir un nouvel enfant maintenant n'était pas raisonnable.

Mais l'enfant en question - le potentiel enfant en question - était déjà à moitié présent et grandissait de jour en jour dans son ventre. Et c'était là que le bât blessait, que la question se posait réellement. Car Juliet, en dépit de toute raison et de toute logique, s'était attachée à cette grossesse. Elle s'était projetée avec ce potentiel enfant à naître, elle avait envisagé sérieusement de mener cette grossesse à terme. Alors oui, songer à y mettre fin lui serrait le coeur. Surtout après cette échographie qui avait permis de donner une date à cette grossesse : trois mois. Trois mois, ce n'était pas rien, et à ce stade l'échographie ne montrait plus seulement un sac embryonnaire, un tas cellules informes. Non, à trois mois, on devinait la forme du bébé ; et un mois après, on pouvait déjà connaître le sexe.

"Non." répondit-elle d'une voix nouée à la question de Jeremy. "Je ne voulais pas regarder tant que... Tu sais."

Elle était déjà maman : elle savait très bien ce qu'elle verrait sur ces images tant attendues par les parents. Il était déjà assez difficile pour elle de se détacher de cette grossesse, et elle savait pertinemment que si elle regardait l'écran à ce moment, elle n'aurait jamais pu prendre la décision d'avorter. Elle avait donc détourné les yeux, se sentant d'un coup très seule.

"Tu te souviens, pour Gabrielle ? On était si heureux..." lâcha-t-elle serrant la main de son mari dans la sienne. C'était tant d'émotions, tant d'amour qui les avait submergé, Jeremy et elle, alors qu'ils avaient les yeux fixés sur un écran en noir et blanc. Juliet avait conservé ces premiers clichés, qui figuraient maintenant dans l'album photo de Gabrielle qu'ils alimentaient régulièrement. "Et tu sais, si j'avais regardé les images... Je n'aurai pas pu prendre une décision." souffla-t-elle en caressant du pouce le dos de la main de Jeremy. La décision se serait imposée à elle.

Le couple était encore que les quais ensoleillés par la lumière du jour, qui déclinait doucement. Un petit vent s'était levé, faisant frissonner la jeune femme qui avait les épaules découvertes par son débardeur blanc. Les bruits de la ville leur parvenaient, mais étaient couverts par les clapotis de l'eau qui venait lécher les remparts du port. Ils étaient bien, là. A discuter, à envisager l'avenir sereinement, à faire face à leurs doutes, à leurs incertitudes. Ils étaient bien.

"J'ai réfléchi, tu sais, pendant ces quelques jours." débuta-t-elle d'une voix douce. Elle allait poursuivre, lorsqu'un bruit reconnaissable entre tous attira son attention : celui d'un sort qui fusait. Elle chercha du regard sa provenance, et, inquiète, porta la main à sa poche et fit glisser sa baguette entre ses doigts. Après un court instant de silence durant lequel il ne se passa rien, Juliet reporta son attention sur Jeremy. "Je pense toujours ce que je t'ai dit la dernière fois. Je me suis attachée à cette grossesse, et l'échographie m'a beaucoup touché. Mais... Mais je n'ai pas envie qu'on accueille cet enfant par obligation non plus. Je veux qu'il se sente désiré et..."

Cette fois-ci, un bruit de pas précipités troubla son attention ; le son venait de sa gauche. Elle resserra sa prise sur sa baguette magique.

"Tu as entendu ?" chuchota-t-elle à l'attention de Jeremy, comme pour s'assurer qu'elle n'était pas folle.

Elle garda le silence, le coeur battant à la chamade ; elle avait un mauvais pressentiment. Elle compta les secondes pendant lesquelles, une nouvelle fois, le silence était revenu, uniquement troublé par le bruit des vagues. Puis, brusquement, une femme déboula d'une ruelle exiguë, courant à en perdre haleine, les yeux affolés, ses cheveux noirs flottant derrière elle. Sans se retourner, elle lança un sort à ses assaillants, qui la suivaient de près. Deux miliciens - leur cape était reconnaissable entre mille - la poursuivaient, le visage fermé et les baguettes pointées en avant.

Juliet resta figée devant la scène. Une voix lui souffla d'agir, de se décaler, de partir en courant, mais la sidération l'empêcha de bouger. Un sort atteint la jeune femme qui fuyait et lui entailla profondément la cuisse. Elle grimaça de douleur mais ne ralentit pas sa course pour autant, et riposta d'un "Stupéfix."

Un mur de brique apparut alors devant elle - création d'un milicien. Elle pila juste devant et le contourna aisément. Mais ce mouvement lui fit perdre beaucoup de temps, et ses assaillants avaient gagné du terrain. Un nouveau milicien apparut ensuite - il avait sûrement transplané sur place, alerté par ses collègues. Il repéra la jeune femme et s'élança vers elle au pas de course, baguette brandie. La résistante, elle, filait droit vers le port, sans un regard en arrière. Elle leva sa baguette et la pointa vers sa tête. D'un sortilège informulé, elle fit apparaître une bulle d'air autour de sa tête, et se jeta dans l'océan. Poussant un cri rageur, les trois miliciens lancèrent un sort en même temps ; l'un se perdit au loin, l'autre toucha la coque d'un bateau qui explosa sous l'impact. Le dernier ricocha contre l'ultime bouclier que la résistante avait formé avant de plonger, et atteint Juliet en plein estomac.

Elle fut projetée en arrière sous l'impact et en eut le souffle coupé. Sa tête cogna contre les pavés, et une douleur vive irradia dans tout son corps. Elle voulu hurler, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Bien vite, l'air lui manqua, et elle eut l'impression de suffoquer alors qu'une intense souffrance lui enserrait la poitrine. Elle perdit connaissance juste après qu'un liquide poisseux lui sembla couler entre ses jambes, tâchant son jean d'une couleur sombre.



Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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Jeremy hocha douloureusement la tête lorsque Juliet mentionna l'échographie. Bien sûr, qu'il savait. Mettre une image sur ce qui n'était alors que des mots rendrait leur situation bien plus réelle et leur dilemme, impossible. Alors il comprenait parfaitement que Juliet ait fait ce choix tant qu'ils n'avaient pas pris de décision, même s'il continuait de regretter qu'elle ne l'ait pas informé. Jeremy aurait aimé être avec elle pour ce moment qui avait dû être si difficile, à ses côtés pour affronter ce qui allait suivre. Ce sentiment était finalement un signe fort de ce qu'il ressentait, des choix qu'il était prêt à faire aussi, alors il écouta avec un esprit ouvert ce qu'elle commençait à lui dire.

"Je comprends", souffla-t-il, rassurant, tout en caressant sa main avec son pouce. Du regard, il l'encouragea à poursuivre, conscient que "la" conversation était sur le point d'avoir lieu, et prêt à entendre ce qu'elle ressentait vraiment. Que ces dix jours de séparation aient conduit Juliet à infléchir sa position ou non, Jeremy serait avec elle pour la suite, telle était la conclusion à laquelle il était parvenu de son côté. Nerveux, toute son attention se focalisa sur Juliet, si bien qu'il ignora le bruit d'un sort jeté, son si commun dans leur mode. Malgré son appréhension, il s'efforça de conserver le silence, tandis qu'elle lui expliquait qu'elle s'était attachée à cette grossesse. Comment en serait-il autrement ? Juliet était une femme généreuse, aimante, une mère attentive, et c'était pour ces qualités-là qu'il était tombé amoureux. C'était pour cela aussi qu'elle voulait, comme lui, accueillir un enfant parce qu'il était désiré et non par obligation.

Cette dernière affirmation provoqua un soulagement de courte durée chez le jeune homme. Comme son épouse, il entendit cette fois les pas rapides sur leur gauche, et tourna immédiatement la tête, en alerte. Lorsque la sorcière pourchassée parvint dans leur champ de vision, il attrapa sa baguette et la brandit devant elle, avant de reconnaître les capes familières de la milice.

"Godric", laissa-t-il échapper entre ses dents, tandis qu'un sort atteignait la jeune femme dans la cuisse, provoquant une giclée de sang. Aussitôt, il raffermit sa prise sur la main de Juliet : "Viens, il faut qu'on se tire d'ici !"

Mais son épouse semblait comme pétrifiée, son regard écarquillé ne lâchant pas la scène des yeux. Jeremy jeta un oeil rapide à la résistante, dont la progression vers le port avait été ralentie par un mur magique, et sentit la peur l'envahir. Aussitôt, son instinct de survie se mit en route et il n'eut plus qu'une seule pensée, celle de fuir et surtout d'emmener sa femme et son enfant loin d'ici. A cet instant, il se fichait éperdument de la résistance, seule une chose comptait : il devait protéger sa famille. Son premier instinct fut de vouloir transplaner, puis il se rappela à retard que c'était impossible dans l'enceinte de la ville, alors il n'y avait qu'une chose à faire : courir.

Ces pensées traversèrent son esprit en l'espace de deux secondes, suffisantes pour que la résistante ne contourne le mur et qu'un autre milicien n'apparaisse à sa suite.

"Ju', vite, il faut partir !", s'exclama-il d'un ton pressant, en tirant sans douceur la jeune femme vers lui. Le son des trois sorts qui fusaient le fit aussitôt réagir et il agita prestement le poignet pour faire apparaître un bouclier - trop tard. Un souffle puissant emporta Juliet à l'arrière, embarquant au passage le bras de Jeremy qui n'eut d'autre choix que de lâcher sa main. Déséquilibré, il trébucha en arrière et mit quelques instants à reprendre ses esprits. Alors, son regard trouva son épouse, étendue sur les pavés des quais, une mare pourpre s'agrandissant rapidement sous son ventre. Jeremy sentit quelque chose de lourd tomber en lui, et il resta une demi-seconde à l'observer, sonné. Cette vision était irréelle : le visage inconscient de Juliet qui pâlissait à mesure que le sang s'échappait de son corps, alors qu'elle était pleine de vie tout juste une minute plus tôt. Cela ne pouvait arriver.

Jeremy pouvait entendre son propre sang pulser, à toute vitesse, mais c'était tout ce qu'il entendait : autour de lui, le silence était assourdissant.

Un flash de lumière l'éblouit brusquement et le ramena brutalement à la réalité. La menace d'un autre sort le submergea d'une vague de terreur, et il se jeta à genoux aux côtés de Juliet. Il devait la protéger, mais c'était déjà trop tard, réalisa-t-il en constatant à quel point son souffle était court, à quel point son visage était blafard. Il devait la sauver.

"Non non non non non non", murmura-t-il en posant des mains tremblantes autour de son visage, sur son coeur, sur son ventre. D'une voix blanche, implorante, il se mit à l'appeler : "Tu m'entends ? Mon amour, tu es là ? Juliet ?"

Mais elle ne lui répondait pas et, le regard paniqué, il put constater qu'elle avait perdu beaucoup de sang. Redressant la tête, il tourna un visage affolé autour de lui en quête d'aide. Il n'y avait personne autour d'eux, personne si ce n'est un jeune milicien à l'air incertain, qui s'approchait d'eux. Toute la peur que Jeremy ressentait alors se transforma en immense colère à la vue de cet homme, probablement à l'origine de ce sortilège. Ses collègues s'étaient déjà enfuis à la poursuite de la résistante, sans un regard en arrière.

"VOUS !", cria-t-il en tendant un doigt ensanglanté vers le milicien, "Appelez une ambulance ! Allez, qu'est-ce que vous attendez, appelez une ambulance tout de suite ! ASSASSIN !"

A cet instant, il n'avait plus aucune conscience du danger, que pouvait représenter la milice pour lui, la milice devait se transformer en secours, et vite. L'homme resta un instant interloqué devant la scène qui se déroulait devant lui, puis sembla reprendre ses esprits et hocha la tête :

"Oui. Oui."

Constatant qu'il s'exécutait, Jeremy reporta aussitôt son attention sur son épouse, considérant la baguette inutile qu'il serrait entre ses doigts. Prenant une profonde inspiration, il s'efforça de repousser la panique qui menaçait de lui faire perdre complètement ses moyens, tenta d'ignorer l'odeur métallique qui lui chatouillait les narines, se força à ne pas penser à ce qui se trouvait au sein du ventre de la jeune femme, à l'endroit précis où le sort l'avait frappé. Tout ce qui comptait, c'était la vie qui s'échappait de Juliet, une vie qu'il devait à tout prix maintenir, car si elle mourrait... Si elle mourrait, alors...

Mais elle semblait si faible, comme si à chaque seconde, ce petit filet d'air allait se tarir, cette infime respiration s'arrêter et sa poitrine s'immobiliser... Et l'ambulance qui allait mettre dix, peut-être quinze minutes à arriver... Et si elle partait, là, maintenant, entre ses bras ?

Secouant la tête, comme pour se débarrasser de cette hypothèse impensable, Jeremy pointa l'extrémité de sa baguette vers le bas de son ventre, là où ses vêtements avaient été imprégnés d'une substance poisseuse. Tentant de maîtriser sa respiration erratique, il invoqua toute sa puissance magique, tous les souvenirs des sortilèges qu'il avait appris en cours et finit par murmurer une incantation. Une lueur dorée émana de sa baguette et vint envelopper Juliet d'un cocon protecteur, pour empêcher le sang de couler. Bientôt, il lui sembla que la flaque cessait de s'agrandir et il détourna le regard, incapable de soutenir cette vue plus longtemps. La nausée l'envahissait mais il ne se détourna pas, et lança un second sort sur son épouse, pour la maintenir réchauffée, et c'était bien tout ce qu'il était en mesure de faire.

Mais c'était peut-être suffisant. Il fallait bien que tout ce temps consacré à ses études, à devenir un sorcier instruit, puissant, ait servi à quelque chose, n'est-ce pas ? Car si cela ne servait pas à sauver Juliet, la seule personne au monde qu'il ne pouvait pas perdre, alors à quoi bon ? Complètement terrifié, pleinement conscient qu'il était peut-être en train de la perdre pour de bon, Jeremy se pencha sur la jeune femme pour la serrer doucement contre lui, et embrasser son visage, tout en lui laissant la place de respirer. Pendant d'interminables instants, il resta prostré à côté d'elle, à respirer l'odeur de ses cheveux, envahis par la poussière, à observer son visage, blanc comme un linge, et à prier, prier de toutes ses forces pour qu'elle reste avec lui.

Ce furent les minutes les plus longues de toute sa vie. Quand, enfin, le bruit assourdissant de la sirène se fit entendre, Jeremy redressa le visage pour constater que les miliciens étaient de retour et l'observaient, la mine sombre. Ils savaient qu'il n'y avait rien de plus à faire, tant que Juliet n'était pas entre les mains d'un médicomage, ou peut-être savaient-ils qu'il était déjà trop tard. Enfin, deux hommes descendirent en courant du véhicule. L'un était ambulancier, et il constata avec déception que ce n'était pas l'un de ses amis - Eliott, Samantha, James - mais un obscur inconnu, qui transportait un brancard. L'autre portait la blouse des médicomages, et courut aussitôt avec lui.

D'un ton qui se voulait rassurant, mais ferme, il lui commanda de s'écarter pour qu'il puisse s'occuper de la blessée. Jeremy s'exécuta et s'écarta lentement, avant de se mettre debout sur ses jambes tremblantes, qui peinaient à le porter. C'était comme s'il n'avait plus la moindre force en lui, et pourtant, il ne s'éloigna pas plus de quelques centimètres et suivit le brancard qui transportait sa chérie jusqu'à l'ambulance, grimpa avec elle à l'arrière du véhicule, s'installa près de sa tête tandis que le médicomage s'affairait et que l'ambulance démarrait. Il observa l'homme qui utilisait différents instruments de mesure pour évaluer son état, qui lui injectait des médicaments et lui lançait un sort. A l'extérieur, l'ambulance avançait lentement, trop lentement, et finit même par ralentir pour s'immobiliser.

"Plus vite, pourquoi est-ce que vous n'allez pas plus vite ?", aboya-t-il tandis que son regard fou se portait vers la cabine à l'avant.

"Check-point", répondit l'ambulancier, lapidaire, tout en continuant de s'affairer. "Restez calme, monsieur. Je vous promets que nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour venir au secours de votre petite-amie."

"Mon épouse", corrigea-t-il machinalement avant de reporter son attention sur Juliet, les épaules basses. Tout le long du trajet, qui lui sembla durer des heures, il continua de prier, pour qu'elle survive, pour que leur enfant survive, et s'il survivait, alors ils l'élèveraient ensemble, car il était hors de question de faire tout autre choix après ça. Ils célébreraient la vie, la vie si fragile, qu'elle pouvait s'envoler à tout instant. Il l'avait vu si souvent, Merlin, trop souvent, la mort de Danny, au Bloody Sunday, et celle de Swann, la perte de Kelsey, dans d'obscures circonstances, la disparition d'Aaron, ils ne les comptaient plus. Ils étaient une génération maudite, tous autant qu'ils soient, aujourd'hui le prouvait une fois de plus. Mais il y avait des survivants, Irving, Nora, Samaël, Théo, Juliet et lui.

Juliet était une survivante. Elle avait survécu à tant d'épreuves, elle survivrait à celle-là aussi.

"Tiens bon, mon amour, tiens bon", souffla-t-il en serrant ses mains gelées entre ses doigts. Son pouls se faisait filant, erratique, la mine du médicomage se fermait un peu plus à chaque minute qui passait et il sentait la peur grandir en lui, une peur immense qui menaçait de l'engloutir. Après une éternité, l'ambulance s'arrêta de nouveau et des bras puissants ouvrirent la porte du véhicule à la volée. Aussitôt, le brancard fut sortit et son épouse fut emmenée d'un pas de charge vers l'hôpital. Jeremy tenta de la suivre mais fut immédiatement intercepté par l'ambulancier, dont le visage exprimait sa compassion. Il l'incita à le suivre et Jeremy fut tenté de résister, de courir après Juliet mais il savait bien qu'on ne le laisserait pas entrer dans le bloc avec elle. L'espace d'un instant, il resta figé à observer le brancard qui s'éloignait et la silhouette fluette de sa chérie qui disparaissait au loin. Une pensée horrible s'insinua en lui, une pensée qu'il ne parvint pas à repousser cette fois : c'était peut-être la dernière fois qu'il la voyait.

Dans un état second, il laissa l'ambulancier l'accompagner à l'intérieur de Sainte Mangouste et l'installer sur une chaise en plastique, dans un couloir.

"Attendez ici, monsieur, des médicomages viendront vous chercher lorsqu'ils en sauront plus."

Puis après une pression sur son épaule, il s'éloigna rapidement en direction de la sortie, en direction d'autres patients, d'autres Juliet ensanglantées à sauver, d'autres Jeremy éperdus à récupérer.

Alors Jeremy resta là, sur sa chaise en plastique, sous la lumière blafarde du couloir, devant le ballet des infirmières et des guérisseurs. Entre ses doigts fourmillants, il reconnut sa baguette magique, dont le bois clair du noisetier avait prit une couleur plus sombre. Il devrait se laver les mains, songea-t-il en constatant qu'il était recouvert de sang. Pourtant, il ne parvint pas à s'y résoudre, incapable de se lever, comme si le poids écrasant de ce qui venait d'arriver le maintenait cloué sur cette chaise. A cet instant, il se sentait comme un petit enfant, comme un chiot qu'on aurait abandonné, sous l'orage, sur le rebord de la route. Pourtant, il n'était pas un enfant, il était un père de famille, avec des responsabilités.

Le visage souriant de Gaby apparut dans son esprit et provoqua un ras de marée d'émotions en lui, et il sentit un sanglot le secouer. Juliet ne pouvait pas partir, elle ne pouvait pas le laisser avec Gaby, elle ne pouvait pas les laisser. Gaby ne pouvait pas devenir orpheline. Bientôt, sa fille était tout ce à quoi il pouvait penser, mais Jeremy était incapable de quitter cet hôpital pour aller la chercher. Merlin, elle ne pouvait pas le voir comme ça, il ne lui infligerait pas le souvenir de cet hôpital, le jour de la mort de sa mère.

Ce fut cette pensée qui força finalement Jeremy à bouger. Pour Gaby, il était obligé de faire face à ce qui s'était passé, et à ce qui allait peut-être arriver. Quoi qu'il arrive, il ne pouvait pas s'effondrer, il avait des responsabilités. Agitant doucement sa baguette, il s'efforça de se concentrer sur le visage de son enfant, de son bébé, la dernière fois qu'ils s'étaient amusés ensemble. Jeremy était sous sa forme de chien et ils avaient passé une demi-heure à chahuter, sous le regard attendri de Juliet - c'était leur dernier moment véritablement heureux, en famille.

"Spero Patronum."

Un grand golden retriever argenté surgit de sa baguette et bondit dans le couloir, prêt à entendre son message.

"Maman", dicta-t-il d'une voix qu'il ne reconnut pas, "il est arrivé quelque chose à Juliet, nous sommes à Sainte Mangouste, les médicomages l'ont emmenée, je ne sais pas ce qui va arriver... Va récupérer Gaby chez Théo, occupe-toi d'elle, s'il te plait. Ne lui dis rien pour le moment, je ne veux pas qu'elle s'inquiète. Je te donnerai des infos dès que possible. Dis lui que je l'aime."

Aussitôt, son messager s'enfuit, le laissant de nouveau seul. Après quelques instants de réflexion, Jeremy agita de nouveau sa baguette, et envoya un autre patronus, chez Théo et Sam, un troisième, chez Irving et Nora, et enfin un dernier pour son père. Soudain, il avait envie qu'ils soient là, tous là, avec lui, car les minutes passaient et personne ne venait, personne ne lui parlait, il restait seul dans cet immense hôpital, avec toutes les pensées de la terre et tout le poids du monde sur ses épaules.

Enfin, une silhouette imposante vint s'immobiliser devant lui. Jeremy redressa le regard sur un sorcier à la blouse froissée, dont le regard grave était fixé sur lui.

"Monsieur Baker ?"

Lentement, il déglutit et confirma son identité d'un hochement de tête.

Juliet E. BakerSans emploiavatar
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Alan Hodgson était en train de terminer son café – qu’il avait avalé en trois gorgées – lorsqu’un « bip » caractéristique vint lui chatouiller les oreilles. Il attrapa l’appareil accroché à sa ceinture pour y jeter un coup d’œil, et jura devant le chiffre qu’il affichait : « 999 ». Il lança son gobelet dans une poubelle et quitta précipitamment la salle de repos pour rejoindre les urgences, à quelques mètres de là. « 999 » était le numéro de l’urgence vitale – l’urgence qui ne vous attendait pas, l’urgence qui, à chaque seconde qui passait, prenait déjà de l’avance sur vous.

Alan travaillait au service des urgences de St Mangouste depuis dix ans maintenant et avait connu des périodes très sombres – récemment, le Bloody Sunday et l’effondrement de la Marchebank. Mais, depuis quelques semaines et en dehors de ces évènements majeurs, de plus en plus de blessés étaient amenés par les ambulanciers, souffrants de plaies profondes aux origines inconnues et de coups parfois fatals. L’homme poussa les portes de son service et se mit à courir en direction des ambulanciers qui poussaient un brancard où gisait une jeune femme pâle et ensanglantée.

« Parle-moi Williams, on a quoi ? » lança-t-il en saisissant la rambarde du brancard pour le tirer dans une salle d’examen.

« Femme de 22 ans, enceinte de 13 semaines, a reçu un sortilège indéterminé au niveau de la région abdominale basse, probable commotion cérébrale, probable hémorragie interne, Glasgow à 6, fréquence cardiaque à 120, pouls filant, tension à 75/52, saturation correcte, pupilles réactives. » récita l’interne qui avait accueilli la patiente à l’hôpital tout en enfilant des gants. « On lui a passé du NaCl 0,9 dans l’ambulance pour la remplir, sa TA est remontée à 7/5 mais… Alan, elle a perdu beaucoup de sang. » déclara-t-il d’une voix grave.

Alan hocha la tête en avisant le pantalon maculé de sang de la patiente. Le regard qu’il échangea avec son collègue ne prêtait pas à confusion.

« Bipez l’obstétrique. J’ai aussi besoin d’un bilan complet de son état neurologique. » ordonna-t-il à une élève qui s’empressa de quitter le box. « Prélevez un groupe sanguin et envoyez-le en urgence au laboratoire. Et amenez-moi du O neg, elle a besoin d’une transfusion immédiatement ! ».

Autour de la jeune femme inconsciente, le personnel soignant de St Mangouste s’affairait. Un litre de solution saline venait de lui être posé à nouveau par une infirmière, tandis que plusieurs électrodes étaient disposées sur sa poitrine pour connaître son état cardiaque. On lui fit également glisser un brassard autour du bras, qui mesurait sa pression artérielle minute par minute. Alan, lui, n’avait d’yeux que pour sa patiente, faisant pleinement confiance aux médecins et infirmiers avec qui il travaillait depuis une dizaine d’années. Il avait soulevé son t-shirt, découvrant une plaie béante – qui, si elle avait miraculeusement arrêté de saigner, ne laissait rien présager de bon. Une infirmière utilisa un sortilège de découpe pour lui retirer son pantalon, tandis que la médicomage spécialisée en gynécologie-obstétrique faisait son entrée dans la salle d’examen. La vue du sang entre les cuisses de la jeune femme lui fit froncer les sourcils, et elle agita sa baguette pour faire entrer un échographe portable.

« Hodgson ! Fibrillation ventriculaire ! » s’exclama Damian Williams, les yeux rivés sur le monitor qui montrait des contractions cardiaques désordonnées et anarchiques.

Alan jura et plaça ses mains sur le thorax de la patiente pour effectuer un massage cardiaque. A chaque compression, il avait l’impression que la vie s’échappait un peu plus du corps de la jeune femme. Le code bleu fut déclenché par Damian et immédiatement un chariot de réanimation fut amené dans le box. Un long son retentit du monitor – son qu’Alan ne connaissait que trop bien et qui énonçait une perspective qu’il n’était pas prêt à accepter. Un son qui retentissait comme le glas.

« Passe un milligramme d’adrénaline. » ordonna-t-il d’une voix saccadée à une infirmière, qui avait déjà la seringue dans la main et qui s’empressa de s’exécuter. Damian se chargea du défibrillateur, apposant sur le torse de la jeune femme deux baguettes qui ressemblaient à s’y méprendre à celles qu’ils utilisaient quotidiennement.

« Dégagez. » annonça-t-il d’une voix grave. Chaque soignant se recula, alors qu’une décharge électrique traversait le corps de la jeune femme, qui fut soulevée comme une poupée de chiffon et retomba lourdement sur le brancard.

Une infirmière relaya Alan et reprit immédiatement les compressions, tandis que chacun dans la salle retenait son souffle. Enfin, un « bip » vint couper le son mortuaire du monitor, et tira un soupir de soulagement au médicomage, qui essuya son front perlant de sueur d’un revers de veste.

« L’hémorragie est trop importante, elle va continuer à faire des arrêts si on la laisse comme ça. On l’emmène au bloc tout de suite. » annonça-t-il sur un ton qui n’attendait aucune contradiction. « Fais descendre l’équipe de radio et de neuro. » indiqua-t-il à un infirmier, alors que le reste de l’équipe tirait le brancard en dehors du box. « Damian, va prévenir sa famille et rejoins nous. »

« Alan, j’ai le temps de l’examiner ? » interrogea Margaret, la chef du service de gynécologie-obstétrique.

« Non. » affirma-t-il, implacable. « On ne peut pas risquer de perdre plus de temps. »

« Et le bébé ? » argumenta-t-elle en suivant le brancard.

« Pas ma priorité. » répliqua l’urgentiste. « Et honnêtement, Maggy… Tu as vu où elle a été frappée… ? » le médicomage n’eut même pas besoin de terminer sa phrase et avisa le hochement de tête douloureux de sa collègue.

« Je viens avec vous. » décida Margaret, dont le regard inquiet en disait long sur les conséquences. Les deux médicomages se précipitèrent vers les escaliers, qu’ils dévalèrent jusqu’au bloc opératoire.

Bien vite, le silence retomba sur la salle d’examen. Deux aides-soignants y entrèrent, et d’un mouvement de baguette commencèrent à faire de l’ordre. Le box devait être prêt à accueillir de nouveaux patients, de nouvelles urgences.

Damian s’adossa au mur de l’hôpital, le cœur battant si fort qu’il avait l’impression de pouvoir l’entendre. Il prit une profonde inspiration et se dirigea d’un pas lourd vers l’espace réservé aux familles. Sur l’indication d’une infirmière, il s’avança vers un jeune homme blond.

« Monsieur Baker ? »

Ce dernier releva les yeux et hocha lentement la tête. Damian pouvait sentir sa terreur et sa confusion. Son cœur se serra au fur et à mesure qu’il prononçait les mots suivants :

« Votre épouse vient de descendre au bloc. Elle a fait un arrêt cardiaque, mais les médecins ont pu la réanimer. Elle a une hémorragie interne massive et elle a perdu beaucoup de sang… Ils vont faire tout ce qu’ils peuvent pour la sauver. » affirma-t-il. « On vous tiendra informé, d’accord ? » Il allait s’éloigner, mais se ravisa au dernier moment. « Monsieur Baker ? Votre sortilège, c’est probablement ce qui lui a permis d’arriver ici vivante. » Il voulut lui témoigner sa sympathie, le rassurer et lui dire de ne pas perdre espoir, mais les mots restèrent bloqués au fond de sa gorge. Il préféra quitter la pièce et prit le chemin du bloc opératoire, le visage tiré par la concentration.

***


Le ciel n’était plus bleu. Le ciel était blanc. Pas le blanc des nuages, mais un blanc immaculé, trop irréel pour appartenir aux couleurs naturelles. Ce blanc, estima Juliet, ne venait pas du ciel, mais d’un plafond.

Juliet Ellen Baker avait ouvert les yeux le 3 juin 2010 – exactement quatre jours après les avoir fermés en perdant connaissance sur les quais de Bristol. Immédiatement, une machine se mit à sonner, alors qu’une douleur sans précédant la traversait et la ravageait. Elle eut l’impression d’étouffer – la moindre inspiration la faisant souffrir. Elle roula des yeux, affolée, tournant la tête à droite puis à gauche pour chercher une présence.

« Mrs Baker ? » intervint une jeune femme à la voix douce. « Respirez. Respirez doucement, tout va bien. Vous êtes en sécurité. » l’infirmière réajusta les lunettes à oxygène et augmenta le volume qui y passait.

Peu à peu, la panique de la jeune femme céda, et elle se concentra pour prendre de brèves et rapides inspirations. Sa tête lui paraissait énorme, tous ses mouvements semblaient lents et désordonnés. Elle tenta de se redresser mais fut repoussée contre ses oreillers par l’infirmière qui s’adressait à nouveau à elle. Elle parlait, songea Juliet, puisque sa bouche formait des mots. Elle parlait, mais Juliet ne l’entendait plus. Sa vision se brouilla, et elle sombra à nouveau dans un sommeil profond.

***


Quelques heures plus tard, la jeune mère ouvrit les yeux une seconde fois, cette fois-ci pour découvrir un médicomage au visage familier penché sur elle. Il lui offrit un sourire franc, auquel elle tenta de répondre mais qui fut bien vite remplacé par une grimace en réponse à la douleur qu’elle ressentait dans chaque parcelle de son corps.

« Comment vous vous sentez ? » l’interrogea-t-il en se reculant.

« Mal. » répondit-elle d’une voix enrouée. Elle se rendit compte que sa gorge était sèche et sa langue pâteuse. Elle porta une main à son cou. L’urgentiste lui tendit un gobelet d’eau qu’elle accepta avec un sourire reconnaissant. Elle but trois longues gorgées, et dû lutter pour les avaler tant son œsophage lui paraissait comprimé.

« C’est bien que vous soyez réveillée. Reposez-vous un peu, et je repasserai vous voir plus tard, d’accord ? » elle hocha la tête . « Charlie, augmente sa morphine de deux unités et réévalue la douleur dans une heure. » l’infirmier acquiesça à son tour.

Les heures suivantes furent consacrées à une série d’examens, qui firent entrer dans sa chambre un ballet de médicomages de d’infirmiers. Silencieuse, Juliet subissait tous les prélèvements, les injections, les tests neurologiques et cardiologiques. Elle répondait aux questions par des réponses de plus en plus longues, alors qu’elle retrouvait l’usage de la parole. Ses doigts trouvèrent un épais bandage qui lui enserrait l’abdomen. Elle questionna tour à tour le personnel soignant qui se relayait autour de son lit, mais sans pouvoir obtenir des éléments de réponse. Finalement, elle patienta, trop fatiguée pour protester, trop anxieuse pour imaginer les explications qu’on lui donnerait. Elle s’assoupit une troisième fois, mais fut réveillée par l’entrée du médicomage qu’elle avait vu plus tôt dans la journée – ou était-ce la nuit ? Elle n’avait aucune notion du temps qui venait de s’écouler.

« Mrs Baker, bonjour. Comment vous sentez-vous ? » la questionna-t-il une nouvelle fois.

« J’ai vécu mieux. » répondit-elle laconiquement.

Elle avait déjà détaillé ses souffrances à un infirmier, plus tôt dans la journée. Sa tête la meurtrissait. A chaque respiration, elle avait l’impression qu’un poignard acéré lui perforait le poumon. Elle sentait tous ses muscles meurtris, comme s’ils avaient été écrasés par de la fonte. Mais le pire, c’était cette douleur au ventre, lancinante, qui l’enserrait et la ravageait.

« Vous vous souvenez de ce qu’il s’est passé ? »

« Pas vraiment… J’étais à Bristol, avec mon mari. » affirma-t-elle. « Mais je me souviens seulement de l’impact contre le sol. »

« Vous avez reçu un sortilège au niveau de l’abdomen. Le choc vous a en effet propulsé contre le sol. » débuta précautionneusement le médecin.

« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » demanda la jeune femme en soutenant le regard du médicomage.

« On ne sait pas quel sortilège vous avez reçu, mais il a créé une plaie sur la partie inférieure de votre abdomen. Vous avez perdu beaucoup de sang. Heureusement, votre mari a réussi à stopper le saignement, et les ambulanciers vous ont conduit rapidement ici. Vous aviez une hémorragie interne, et on a dû vous emmener au bloc pour la stopper. Vous avez fait deux arrêts cardio-respiratoires : un aux urgences, et un au bloc. » Les grands yeux gris de Juliet s’écarquillèrent sous le coup de la surprise. « Vous n’avez pas séquelles de ces arrêts ; heureusement, ils ont été pris en charge à temps. » L’étau qui lui enserrait la poitrine sembla diminuer légèrement. « Dans votre chute, vous vous êtes cassée une côté, qui a perforé votre poumon droit – d’où la douleur que vous éprouvez quand vous respirez. Tout est rentré dans l’ordre, mais la douleur peut persister pendant quelques jours. » La jeune femme hocha la tête.

« Je… Je suis enceinte. Est-ce que ? » elle n’osa pas poser la question qui lui brûlait les lèvres.

Le médicomage secoua doucement la tête.

« Non. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à sauver le fœtus. » il évita consciemment le terme « bébé ». « Votre état était trop critique, et nous pensons qu’il n’a pas survécu au choc causé par le sort… »

Les yeux de Juliet s’emplirent de larmes, et ses mains furent saisies de tremblements. Elle ferma les paupières, laissant ses larmes couler le long de ses joues pour venir finalement se loger dans les creux de son cou. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, le médicomage était toujours en face d’elle, l’air désolé.

« Mrs Baker, ce n’est pas tout. »

Ces mots tombèrent comme un couperet, et Juliet reporta son attention sur l’homme à la blouse froissée, alors qu’une boule se formait au fond de sa gorge.

« Le sort que vous avez reçu… Il a touché votre utérus. Au bloc, nous avons fait tout notre possible pour le sauver, mais il a été grandement endommagé par une lésion. A ce jour, nous ne pouvons pas dire s’il vous sera possible de mener une nouvelle grossesse. »

« Je… Je ne pourrais plus avoir d’enfant ? » répéta-t-elle, les yeux dans le vague.

« C’est une possibilité. Nous ne savons pas encore, il est trop tôt pour le dire.» répondit doucement le médicomage. Un « bip » retentit de l’appareil accroché à sa ceinture. « Je dois vous laisser, Mrs Baker. Je repasserai vous voir ce soir. »

Juliet hocha vaguement la tête, peu consciente des paroles qu’il venait de prononcer. Une seule phrase tournait en boucle dans son esprit : « nous ne pouvons pas dire s’il vous sera possible de mener une nouvelle grossesse. » Elle tournait et retournait encore, prenait toute la place, la narguait et semblait même s’imprimer devant ses yeux. Des tremblements plus violents la secouèrent, et la jeune femme se recroquevilla sur elle-même. Elle resta comme ça quelques secondes, qui lui paraissaient être une éternité. Finalement, de grosses larmes se mirent à couler sur ses joues tandis que des sanglots remontèrent le long de sa gorge. Des larmes qui évacuaient la tension des dernières heures, mais qui étaient surtout témoin de son désespoir. Elle se sentait vide. Vide, comme son utérus qui l’était à présent et qui le serait probablement à jamais.



Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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Le regard de Jeremy passait et repassait sur les mots, les fixant sans parvenir à en saisir le sens. Cela faisait maintenant une bonne heure qu'il s'acharnait péniblement sur son manuel de genomorphose, mais il était bien obligé de se rendre à l'évidence : son esprit était incapable de se concentrer sur quoi que ce soit depuis quatre jours, et encore moins sur le génome humain. Avec un profond soupir, il finit par refermer l'ouvrage et le fourra en vrac dans le grand sac de sport qu'il avait embarqué, avec un paquet d'affaires jetées à la va-vite.

Depuis l'accident, il n'avait fait qu'un passage rapide chez lui, et un autre chez sa mère où logeait Gabrielle. Le reste du temps, il l'avait passé exactement ici, dans cette salle d'attente sordide dont il connaissait chaque contour et chaque aspérité. L'affiche sur le vaccin contre la dragoncelle, il la connaissait par coeur, tout comme la brochure sur la prévention de la dépendance à la mandragore. Incapable de quitter cet hôpital, Jeremy avait passé des heures et des heures à arpenter la salle d'attente et les couloirs de Sainte Mangouste, au chevet de Juliet lorsque les médicomages le laissaient approcher, accompagné par ses amis lorsqu'ils pouvaient se libérer, seul le reste du temps.

Lui qui avait recherché la solitude quelques semaines auparavant, avait été servi. Jamais une demi-heure ne lui avait semblé aussi longue que celle qui s'était écoulée entre le moment où le premier médicomage lui avait parlé, et celui où son entourage était arrivé. Jeremy s'était momentanément effondré dans les bras de son père, le froid mordant qui régnait entre Gregory et lui depuis plusieurs années désormais s'était évaporé en l'espace d'un instant. Deux minutes après, la congrégation des bouclés, Irving et Théo, arrivait de concert, puis ce fut Taylor. Leurs mines semblaient plus défaites encore que la sienne, mais Jeremy était détruit de l'intérieur : tout son être était suspendu à ce qui se passait dans ce bloc, quelque part dans cet hôpital, où la vie de sa femme était en train de jouer. Car il l'avait bien compris, c'était ce qui était en train d'arriver : Juliet allait peut-être mourir.

Ils vont faire tout ce qu'ils peuvent pour la sauver. La phrase avait sonné comme une terrible sentence aux oreilles de Jeremy. Tenter de la sauver, c'était déjà entrevoir la possibilité d'un échec, et que dire même du bébé qui avait été gardé sous silence... Jeremy ne se faisait déjà plus d'illusion à son sujet, et toutes ses pensées étaient concentrées sur une seule idée : il fallait que Juliet vive.

Prostré dans un coin de couloir, sourd et aveugle aux paroles de ses amis mais malgré tout conforté par leur présence, Jeremy avait attendu ce qui lui avait semblé être une éternité qu'enfin, Juliet sorte du bloc et que des nouvelles leur soit donné : son épouse était très affaiblie, mais elle avait survécu. Le soulagement avait été à la fois intense - le pire avait été évité - mais atténué, par le fait que la jeune femme ne soit pas sortie du coma. Alors, tout le monde s'était mobilisé et la vie avait partiellement repris son cours : Jeremy avait dû s'occuper de prévenir ceux qui ne l'étaient pas, la famille de Juliet, leurs amis, son travail. Il avait été voir sa fille et l'avait serrée dans ses bras, comme jamais auparavant, et là, dans le recoin discret du cou de Gabrielle, il avait lâché quelques larmes, et puis il avait dit : "papa a des allergies".

Finalement, à l'aube du quatrième jour, Juliet s'était réveillée. Trop brièvement pour qu'il ne puisse la voir, mais elle s'était réveillée. Depuis, il lui semblait qu'un immense poids s'était enlevé de ses épaules. Le pire n'était pas arrivé, et même s'il avait intimement cru à un moment donné qu'il allait la perdre, elle était restée, vivante, avec lui. C'était difficile à appréhender, cette confusion qu'il ressentait : comment pouvait-il être à la fois si incroyablement, si intensément soulagé et heureux, tout en se sentant brisé par ce qui leur était arrivé ?

Complètement dépassé par les émotions violentes qui tempêtaient en lui, Jeremy s'efforçait de garder le contrôle extérieurement, tout en se noyant à l'intérieur. Il devait garder le contrôle, pour elle, et pour leur enfant, leur vraie fille, celle qui était née, qui grandissait, et qui s'inquiétait de son papa, et de sa maman.

"Elle est réveillée, vous pouvez la voir."

Du bout des pieds, comme s'il voulait éviter de réveiller un enfant, Jeremy fit quelques pas dans la chambre de son épouse. Ce qu'il vit alors acheva de lui briser le coeur. Recroquevillée sur elle-même, perdue sous les draps immaculés, Juliet était secouée de tremblements qui ressemblaient à des sanglots, des sanglots de deuil, de désespoir. Le coeur de Jeremy se serra douloureusement dans sa poitrine et, sans attendre, ni rien dire, il franchit la distance qui le séparait de Juliet et grimpa prestement sur le lit, à côté d'elle. S'allongeant derrière elle, il enveloppa sa taille de son bras, et la serra doucement contre lui, le nez perdu dans ses cheveux clairs, sa main libre lui caressant la joue.

"Je suis là", murmura-t-il dans le calme de la pièce. "Je suis là."

Ils restèrent ainsi, de longues minutes, Jeremy sentant sa gorge se serrer un peu plus à chaque sanglot de Juliet. Il avait passé des heures à attendre le moment où il pourrait la prendre contre lui, à attendre et surtout prier pour être encore en mesure de le faire, et pourtant. Pourtant, maintenant qu'ils étaient là, ensemble, il se sentait terriblement mal, envahi d'une tristesse terrible qui confinait au désespoir. Pourquoi est-ce que cela leur était arrivé, à tous les deux ? Pourquoi ? Pourquoi à ce moment là, précis, où ils allaient enfin résoudre leurs problèmes, trouver un accord pour vivre harmonieusement, pourquoi fallait-il qu'une telle tragédie se mette sur leur route ? Ils n'avaient rien fait pour mériter ça. Juliet méritait tellement mieux, elle méritait d'avoir tous les enfants qu'elle voulait, tous, et il regrettait tant désormais de ne pas avoir accueilli celui qu'ils auraient pu avoir.

S'il l'avait fait, Merlin, s'il l'avait fait alors... ils ne se seraient jamais retrouvés sur ce port.

"Je suis désolé, mon amour, je suis tellement désolé", souffla-t-il finalement en cachant un peu plus son visage dans sa chevelure. Il avait honte, comme jamais auparavant, honte avec laquelle il devrait vivre pour toujours. Ce qui était arrivé, jamais il ne serait en mesure de se le pardonner.


Juliet E. BakerSans emploiavatar
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Recroquevillée sur elle-même, Juliet pleurait, sanglotait, hoquetait comme une enfant, perdue dans cette chambre trop blanche à l’odeur aseptisée. Les mots du médicomage passaient et repassaient en boucle dans sa tête, lui serraient le cœur si fort qu’elle aurait préféré qu’il s’arrête pour ne plus rien ressentir. L’épée de Damoclès suspendu au-dessus de sa tête les jours précédents semblait s’être plantée dans son ventre, tant la douleur qu’elle ressentait était lancinante – elle ne savait même pas si elle était à attribuer à sa plaie, ou à sa tristesse. C’était comme si un gouffre s’était ouvert en elle, comme si le vide pouvait l’avaler toute entière.

Les joues trempées de larmes, Juliet ne sentit la présence de Jeremy que lorsqu’il se glissa derrière elle. Elle tressaillit à son contact, avant de se laisser aller contre lui, reconnaissant son étreinte, son souffle chaud et sa voix douce. Blottie contre lui, elle lui agrippa le bras et se laissa bercer, pleurant tout à son soûl. Inconsciente pendant les quatre derniers jours, elle n’avait pas mesuré la menace de mort qui avait pesé sur ses épaules. Lorsque la réalité la frappa, elle se sentit brusquement minuscule par rapport au monde qui l’entourait, comme écrasée sous le poids des choses, sous le poids de cet univers trop grand et trop sombre. Jamais elle n’avait tant pris conscience de sa condition de mortelle, du fait que sa vie ne tenait qu’à un fil, et que celui-ci avait failli se rompre.

Les yeux fixant une aspérité du mur, la jeune femme tenta de souffler, de reprendre sa respiration, mais les sanglots qui la secouaient ne semblaient pas vouloir s’arrêter. Les excuses de Jeremy les firent redoubler, et elle se mordit l’intérieur de la joue. Elle voulait lui dire que ce n’était de sa faute, que ce n’était qu’un coup du sort, que rien ni personne n’aurait pu prédire ce terrible accident. Mais les mêmes questions ne cessaient de tourner dans son esprit : et si elle avait pris sa décision plus vite ? Et si, le jour de son échographie, elle avait décidé de regarder les images ? Et s’ils avaient décidé de garder cet enfant ? Alors il n’aurait pas été leur dernier ; alors ils ne seraient pas ici.

Et Juliet voulait hurler, hurler contre ce monde, hurler contre cette injustice qui lui avait imposé un choix – le pire choix qu’elle aurait pu faire. Elle voulait hurler, mais restait étrangement silencieuse, dans les bras de son mari, en proie à des combats et des tourments intérieurs. Le silence pesait dans la chambre d’hôpital, meilleur ami du chaos ambiant qui régnait dans leurs vies. C’était comme si, paradoxalement, ses pensées fusaient mais que son esprit était anesthésié. Comme si elle ne faisait que contempler passivement sa conscience, les yeux perdus dans le blanc immaculé de la peinture que revêtait le mur de sa chambre.

Elle avait terriblement peur de la suite. Désormais, il faudrait se lever et mener une vie normale, prétendre que rien ne s’était passé. Il faudrait sourire et parler, faire comme si tout allait bien. Il faudrait sortir à nouveau, marcher encore sur ce port. Il faudrait faire tout cela, et reprendre sa vie là où elle s’était arrêtée – là où elle aurait pu s’arrêter définitivement. Redevenir la même Juliet, tout en ayant radicalement changé. Il le faudrait ; pour Jeremy et surtout pour Gabrielle. Pour sa petite fille qui avait encore besoin de sa maman, de sa maman qui souriait et de sa maman qui riait.

Peu à peu, ses sanglots s’atténuèrent et ses tremblements cessèrent, la laissant exténuée et étourdie, le visage rouge et les yeux gonflés. Elle bascula sur son dos, et leva le regard vers son mari.

« J’aurai pu mourir. » chuchota-t-elle, alors qu’un long frisson lui parcourait le corps. La vie aurait pu la quitter, là-bas, sur le port de Bristol, ou plus tard, aux urgences de St Mangouste. Son cœur s’était arrêté deux fois ; et par deux fois était reparti. Elle avait frôlé la mort deux fois ; et par deux fois on l’avait arraché à ce funeste sort. Elle se sentait à la fois reconnaissante, tout en se demandant si, finalement, partir ainsi – sans le moindre souvenir – n’aurait pas été un sort plus agréable que celui de se retrouver sous le poids de la culpabilité. Le visage de Gabrielle s’imposa alors à son esprit, et elle se maudit d’avoir de telles pensées, sans pouvoir s’empêcher pour autant d’y songer complètement.

Juliet avait toujours vu sa vie avec des enfants, elle avait toujours voulu devenir mère. Elle l’avait été un peu trop tôt, sûrement, mais Gabrielle la comblait, et jamais elle n’aurait pu trouver un tel bonheur ailleurs - ni dans une carrière professionnelle accomplie, ni avec tout l’argent du monde. Elle voulait une famille nombreuse, unie. Elle voulait transmettre à ses enfants ces valeurs si fortes et si belles que Jeremy et elle chérissaient ; elle voulait avoir ces grands repas de famille dominicaux, ces grands noëls, ces grands dîners d’anniversaire. Peut-être pas maintenant, peut-être pas tout de suite, c’était vrai. Mais elle se voyait, dans dix ans, dans vingt ans, avec trois enfants – avec une grande maison, un terrain de Quidditch attenant et des vacances à la mer. Cette éventualité d’infertilité sonnait à ses yeux comme un retour de bâton, une revanche de la vie, vis-à-vis de la décision qu’elle avait voulu prendre. Puisqu’elle ne pouvait pas aimer suffisamment cet enfant à naître pour changer ses plans pour le futur, alors elle ne pourrait plus jamais en avoir.

La jeune femme s’agita, secoua la tête et se racla la gorge. Elle grimaça lorsque la peau de son abdomen – tendue par la plaie encore à vif – fut sollicitée par son mouvement. Le silence l’assourdissait et, même temps, elle ne savait pas comment le rompre. Elle voulait parler à Jeremy, lui raconter ses peurs et ses doutes, son désespoir et le deuil qu’elle devait faire de cette grossesse. Cette terreur qu’elle ressentait à l’idée d’avoir pu mourir ; et cette frayeur qui lui tenait le ventre lorsqu’elle songeait qu’un jour – assez proche – elle devrait reprendre le cours de sa vie. Elle voulait lui dire qu’elle avait mal, si mal qu’elle avait envie d’en mourir, là, tout de suite, parce qu’elle ne savait même pas si elle pourrait le supporter plus longtemps. Elle voulait lui confier sa culpabilité, son erreur, sa honte. Aucun mot ne franchit ses lèvres, et elle se contenta de pousser un léger soupir, là, blottie contre lui.

« On m’a dit que tu m’avais sauvé la vie, là-bas. » lança-t-elle enfin, enfermant tous ces sentiments à double tour dans un recoin de son cœur. Elle lui effleura la joue du bout des doigts. "Merci." souffla la jeune femme, en faisant glisser une main sur son torse. « Est-ce que Gabrielle est là ? » interrogea-t-elle ensuite.

En voyant sa fille – cette merveille aux cheveux blonds, bouclés, au sourire éclatant et au rire enfantin – peut-être alors que ces sensations disparaitraient. Peut-être alors se sentirait-elle pleinement reconnaissante d’être en vie, auprès de sa famille, de son mari et de sa fille.



Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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Juliet ne répondit pas à ses excuses, mais son époux n'attendait de toute façon pas de réponse. A ses sanglots, qui redoublaient d'intensité, il comprit qu'elle aussi y pensait, à sa culpabilité, à la suite de mauvais choix et de mauvaises réactions qui les avaient conduit à cet endroit et à ce moment précis. Au fond de lui, Jeremy était un peu superstitieux, comme de nombreux sorciers et il croyait au destin et au karma. Chacun avait sa place à trouver dans ce monde et chacun devait répondre de ses actes. S'il y avait quelqu'un à blâmer, pour tout ceci, c'était lui.

Et la milice, souffla une petite voix à l'intérieur de lui. Mais il était trop entièrement tourné vers sa propre culpabilité pour l'écouter.

Le regard gonflé et désespéré de son épouse lorsqu'elle se tourna pour l'observer acheva de lui briser le coeur. Ce qu'il avait toujours aimé chez Juliet, c'était sa joie, intense, sincère, qui rayonnait autour d'elle pour toucher son entourage, son optimisme, son goût de la vie, tout simplement. Malgré les hasards et les peines de la vie, elle avait toujours réussi à conserver cela, et à lui transmettre cette façon de voir les choses. Mais il sentait que, cette fois, elle n'en sortirait pas indemne, que les séquelles risquaient d'être permanentes, et cette perspective le désolait terriblement. Juliet était son amour, son rayon de soleil, c'était son devoir de la protéger et il avait lamentablement échoué. Alors ses remerciements pour lui avoir "sauvé la vie" lui semblaient ironiques, il n'en voulait pas, et d'ailleurs, il secoua la tête en signe de dénégation.

"Non, elle est restée chez ma mère, ces quelques jours, et là, Théo est allé la chercher pour se promener", révéla-t-il d'une voix un peu rauque, comme s'il avait perdu l'habitude de parler. Pourtant, lui ne sortait pas du coma, mais plutôt d'une apnée, après quatre jours sans oser respirer. Baissant les yeux sur le drap immaculé, il avoua : "C'est dur pour elle, elle comprend que quelque chose d'inhabituel s'est passé, elle te réclame, mais tu comprends, je n'ai pas voulu lui imposer d'attendre à l'hôpital..."

Car Gabrielle était à cet âge où l'on était encore trop petit pour comprendre vraiment, mais déjà suffisamment éveillé pour être sensible à la douleur environnante. Jeremy n'avait pas voulu l'exposer, non seulement à la vue de sa mère entre la vie et la mort, mais aussi à sa propre peine et à ses angoisses. Suspendu à la vie de Juliet, il avait été tout simplement incapable d'être présent pour Gabrielle comme il aurait dû l'être - un regret de plus à ajouter à la liste.

"On ignorait combien de temps tu allais mettre à te réveiller", souffla-t-il enfin en resserrant doucement son étreinte sur elle. La voix étranglé, il révéla : "Je... J'ai cru que t'allais partir pour de bon, et nous laisser, je l'ai vraiment cru, tu sais."

Les images continuaient de surgir dans son esprit, le visage pâle et inconscient de Juliet se superposait à celui qu'elle lui offrait à présent, bouffi et bien vivant. S'il fermait les yeux, alors il voyait du sang, une mare de sang, c'était comme un cauchemar en continu dont il ne se réveillait jamais depuis quatre jours. Ses traits tirés, les cernes creusées sous ses yeux inquiets, son vieux t-shirt froissé et tâché de purée pour bébé, toute son apparence révélait qu'il s'était laissé submerger.

Mais plus maintenant, il avait des responsabilités.

"Je peux aller la chercher, si tu veux", proposa-t-il en se redressant pour descendre du lit. De nouveau, il se sentait déchiré. D'un côté, une peur viscérale et irrationnelle à l'idée de laisser son épouse et de ne plus la retrouver vivante à son retour. De l'autre, un besoin vif et inattendu de partir loin de cette pièce aseptisée, loin de cet horrible hôpital, pour fuir le poids des sentiments qui l'écrasait chaque fois qu'il posait le regard sur Juliet.
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