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 Don't let me down [Théo & Juliet]

Juliet E. BakerPoursuiveuse pour Flaquemareavatar
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27 mai 2010

Juliet, assise sur le sable, profitait du calme qui régnait sur la plage d’Aberystwyth, uniquement troublé par les éclats de rire de sa fille, qui jouait avec Théo juste à côté d’elle. Le bruit des vagues et l’air marin avait don de l’apaiser, et elle ferma brièvement les yeux pour profiter du moment.

Cela faisait bientôt un mois qu’elle s’était retrouvée inconsciente sur les quais de Bristol. Elle était restée une semaine à l’hôpital, et avait finalement été autorisée par les médicomages à rentrer chez elle. Lors de sa dernière visite de contrôle, on lui avait annoncé que son corps s’était complètement rétabli, et que, par chance, elle n’avait pas de séquelles physiques suite à cet accident. Seule une longue cicatrice blanchâtre sur son ventre était témoin de ce qu’il s’était passé ce jour-là. Ca, et le fait qu’elle ne pourrait probablement plus avoir d’enfant. Sur ce point, les médecins n’étaient pas clairs, aucun ne désirant lui affirmer cela ou son contraire. « C’est une possibilité » lui avait-on dit. « La médicomagie fait des progrès chaque jour, il n’est pas dit que votre état reste le même. » Juliet, agacée, avait fini par interroger le médicomage qui l’avait suivi aux urgences. Ce dernier avait planté son regard dans le sien, et lui avait expliqué que la probabilité qu’elle retombe enceinte par des moyens naturels était basse, voire inexistence. « Et médicalement ? » avait-elle demandé, en fronçant les sourcils. Basse également, mais l’espoir résidait dans la réaction que pouvait avoir son corps suite à une injection d’hormones de synthèse. « Mais je préfère que vous n’ayez pas de faux-espoir. » avait-il cependant ajouté d’une voix douce.

Son état émotionnel avait également beaucoup inquiété l’équipe soignante de St Mangouste, d’autant plus que sa mère avait expérimenté des phases maniaco-dépressives dans ses plus jeunes années. Sage, Juliet avait suivi les conseils qu’on lui donnait et était allée consultée une psychomage, et avait fait les deux séances obligatoires. Finalement, elle s’était décidée à refermer cet évènement dans un coin de son cœur et d’avancer elle-même. C’était comme si un voile de tristesse s’était déposé sur son regard et sur son sourire. Elle ne pleurait plus, mais ne dormait pas  beaucoup non plus, hantée par des cauchemars. Elle vivait « comme avant », mais avait ce poids dans le cœur qui, parfois, lui donnait envie de s’écrouler au sol et d’abandonner. Son ventre était devenu sensible, douloureux – une douleur psychosomatique, lui avait expliqué de Dr Hudgson – et elle ne supportait pas le contact dessus.

Heureusement, elle était entourée, par sa famille et par ses amis, qui s’étaient relayés sans relâche auprès d’elle pour ne pas la laisser seule. Olivia avait dormi une nuit avec elle à l’hôpital, permettant à Jeremy de rentrer à Cosmos. Samaël, Théo, ses parents, Irving et Nora, tous l’avaient soutenu du mieux qu’ils le pouvaient. Jeremy, lui, ne l’avait jamais quitté – sauf pour aller s’occuper de Gabrielle. Il était resté auprès d’elle, avait supporté ses crises de larme et de silence, jusqu’à ce qu’elle émerge enfin de sa tristesse, effrayée mais lessivée. Puis, ils étaient rentrés chez eux et, du jour au lendemain, s’étaient retrouvés seuls, « comme avant » avec leur vie de famille qu’il fallait continuer à mener, même s’ils avaient la sensation que tout s’écroulait autour d’eux. Paradoxalement, si Jeremy était aux petits soins avec elle, elle le sentait aussi distant dans ses paroles, bouillonnant d’une colère qu’il ne pouvait pas décharger. Il était moins enthousiasme, et ruminait beaucoup. Juliet avait elle-même conscience d’être bien plus distante avec lui qu’à l’accoutumée. Leurs discussions – autrefois longues et profondes – ne tournaient plus qu’autour de sujet du quotidien. Inconsciemment ou non, elle désirait le tenir éloigné de ses sentiments les plus intimes, de sa souffrance qu’elle ne parvenait pas à maîtriser. Elle savait pertinemment que ni lui, ni elle, n’étaient coupables de l’incident qui les avaient ravagé – que c’était un coup du sort, un énième coup du destin. Mais les « Et si » ne cessaient de lui revenir en tête, à la rendre folle. Et si la nouvelle les avait réjoui, au moment où Juliet avait appris qu’elle était enceinte ? Et s’ils avaient décidé de poursuivre cette grossesse ? Ces questions, insidieuses, la tourmentaient plus que de raison. Elle se sentait tantôt triste, tantôt en colère, et la distance qu’elle et Jeremy avaient instauré entre eux n’arrangeaient rien. Hier, elle avait tressailli, lorsque, dans la nuit, il avait posé une main sur son ventre. Elle avait senti une douleur lancinante la traverser, et elle avait dû se lever pour aller se calmer, seule, dans leur salle de bain.

Au milieu de tout ça, Gabrielle était son rayon de soleil. Inconsciente des problèmes que ses parents traversaient, elle jouait, gambadait, souriait et riait avec tant d’insouciance qu’elle parvenait à lui faire momentanément oublier sa peine. Aujourd’hui, sur la suggestion de Théo, ils étaient venus se promener tous les trois sur la plage d’Aberystwyth. Gabrielle avait voulu tremper ses pieds dans l’eau, et avait cherché à fuir les vaguelettes de son pas mal assuré, sous l’œil attentif de sa mère, prête à la rattraper dès qu’elle vacillait.

Tournant la tête vers sa fille et Théo, Juliet entrevit la petite lancer des petites poignées de sable sur son parrain.

« Gaby, on ne lance pas le sable. » intervint-elle sans pouvoir s’empêcher de sourire devant la scène. Elle saisit une bouclette brune de Théo, où une montagne de sable s’accumulait. Elle la secoua, sans succès. « Il va falloir lui raser la tête, maintenant. » déclara-t-elle d’un ton très sérieux.



Théo NottBibliothécaireavatar
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La grande main de Théo se referma sur une poignée de sable sec, et la posa en douceur sur les minuscules petons de Gabrielle. Ses yeux grands écarquillés, l'enfant laissa échapper un rire surpris, mais elle ne bougea pas tandis que Théo entreprenait de lui enterrer méticuleusement les pieds.

Jouer avec Gabrielle constituait l'une de ses activités favorites sur terre. Vive, éveillée et joyeuse, elle se prêtait la plupart du temps avec grand plaisir à leurs chamailleries, même s'il pouvait lui arriver de se montrer soupe-au-lait, auquel cas la ressemblance avec son géniteur se montrait frappante. Le reste du temps, malgré sa blondeur, elle lui évoquait grandement sa maman, avec cette joie de vivre et cette innocence qui la caractérisait.

Impossible pourtant de manquer la tristesse indicible qui se lisait dans le regard de Juliet depuis plusieurs semaines. Son amie était comme déchirée depuis l'intérieur, torturée par une blessure béante qui ne se refermait jamais, et il lui était presque douloureux de la regarder. Voir souffrir Juliet, si fort, la voir affronter si courageusement cette épreuve sans ne rien pouvoir faire pour l'aider à surmonter cet obstacle, le rendait fou par moments. La colère et l'amertume grandissaient en lui, quand il était seul, chaque fois qu'il pensait à ce qui était arrivé. Mais, en présence de Juliet, il laissait avant tout parler son empathie et sa compassion, s'efforçant de constituer une présence solide dans sa vie, d'être quelqu'un sur qui elle pouvait s'appuyer et en qui elle pouvait se confier. Car il pouvait presque sentir les vagues de solitude et de détresse qui émanaient de Juliet, et cela lui serrait le cœur.

Alors il lui avait proposé cette journée, loin de tout, dans ce bel endroit qui représentait une époque plus heureuse de leur existence. Théo avait toujours aimé le calme et la beauté d'Aberystwyth, qui avait constitué un refuge pour lui, loin du cercle dur et exigeant des sangs-purs et loin de sa famille. Comme toujours, le temps venteux venait agiter ses bouclettes et il inspira profondément pour humer l'odeur des embruns. Soudain, Gabrielle, lassée de son petit jeu, libéra prestement ses petits pieds et entreprit de lui jeter des poignées de sable, un large sourire aux lèvres.

Il rit doucement à la remarque de Juliet, avant de secouer sa tête en signe de dénégation, l'air faussement indigné :

"Personne ne rasera mes bouclettes, vous m'entendez !"

Se penchant vers Gabrielle, il l'emporta dans ses bras sans effort et entreprit de la chatouiller impitoyablement, sourd aux protestations de l'enfant. Il la tortura quelques instants sans vergogne, ses éclats de rire se mêlant à ceux de Gabrielle.

"J'ai dit personne !", ajouta-t-il d'une voix de géant, avant de déposer Gabrielle pour lancer une attaque surprise sur Juliet. Il lui chatouilla les côtes un moment, prenant garde néanmoins à ses réactions, désireux de ne pas se montrer envahissant. Puis il se laissa tomber sur le sable, essoufflé par ces chamailleries, et laissa son regard se perdre sur le ciel nuageux. Un sentiment d'apaisement l'envahit progressivement. Il se sentait bien en compagnie de Juliet et de Gabrielle. Il aimait l'enfant tendrement, et chaque instant passé auprès d'elle lui rappelait à quel point il avait envie d'un bébé à lui. La question avait été évoquée entre Samaël et lui, bien sûr, plusieurs fois, avant d'être progressivement abandonnée. Mais les choses étant ce qu'elles étaient...

Théo soupira intérieurement et évacua le sujet de son mariage de ses pensées. Se redressant sur ses coudes, il observa Juliet un moment. L'air marin semblait lui faire du bien, à elle aussi.

"Alors, je n'avais pas dit que c'était une bonne idée de venir ici ? Le bon air frais, la mer et le sable, et surtout l'absence totale d'êtres humains... Je crois que je vais revenir vivre à Aberystwyth", plaisanta-t-il en considérant l'horizon qui s'étendait, infini, devant eux. Loin de Londres et de ses manigances, loin du Lexit et de ses réunions qui, toutes, soulignaient à quel point le fossé entre les moyens de la dictature et ceux de la résistance étaient grands. La tentation de partir et de tout reprendre à zéro, seul sur une plage au fin fond du pays de Galles, était grande et pourtant il savait pertinemment qu'il ne le ferait pas. Il lui suffisait de regarder Juliet pour savoir pouvoir.

Juliet E. BakerPoursuiveuse pour Flaquemareavatar
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En observant Théo chatouiller sa fille qui riait aux éclats, Juliet sentit son cœur se gonfler de tendresse. L’amour que son ami portait pour Gabrielle était indescriptible. Evidemment, tout le monde aimait la petite fille – comment résister à son grand sourire innocent et à ses beaux yeux gris, et à ses cheveux blonds bouclés ? Lorsque Juliet et Jeremy arrivaient chez leurs amis, leur petite dans les bras, bien sûr que l’attention était tournée vers cette dernière – d’autant plus qu’il s’agissait d’un des premiers bébés de leur génération. Mais avec Théo, c’était différent. Il pouvait jouer dix fois au même jeu avec Gabrielle, tant que cela la faisait rire, et ne rechignait jamais à la garder chez lui lorsque Juliet lui demandait. Selon la jeune maman, Théo s’émerveillait autant de Gabrielle que cette dernière s’émerveillait du monde qui l’entourait.

Elle bascula en arrière sous le poids de son ami qui se jetait sur elle pour la chatouiller, et tressaillit un bref instant à la sensation de ses mains proche de sa blessure. Mais son hilarité reprit le dessus, et elle s’efforça de le repousser en riant.

« Gaby, au secours ! » s’exclama-t-elle en lançant un regard désespéré à sa fille qui battait des mains, ravie de cette animation.

Finalement, Théo cessa son attaque, la laissant essoufflée, mais aussi aux prises d’un sentiment qu’elle expérimentait aujourd’hui difficilement : la joie. Force était de constater que depuis son accident, elle ne savait plus comment être heureuse – cela avait été un changement radicale, pour la jeune femme qui s’était toujours laissée porter par la joie de vivre. Aujourd’hui, la joie qu’elle pouvait ressentir était vite ternie par un sentiment de culpabilité et de détresse qu’elle ne pouvait pas s’empêcher de ressentir – elle avait la douloureuse impression qu’en étant heureuse, elle niait sa douleur, elle niait son accident, et, par-dessus tout, qu’elle niait le deuil de son enfant.

Saisissant Gabrielle, Juliet la posa sur ses genoux et ajusta son petit chapeau rouge au bandeau or – un cadeau d’Olivia, qui, comme tous ses amis Gryffondor, militait avec ardeur pour la voir rejoindre les bancs de la maison à son entrée à l’école. La jeune femme sourit tendrement en écoutant les paroles de Théo, perdue dans ses souvenirs. Son année à l’université avait été, finalement, si douce, si agréable. Elle se revoyait encore, à danser avec ferveur sur la plage, faire de longue balade au bord de l’eau en compagnie de Théo, vanner Aaron qui ronchonnait, retrouver Danny, Irving et Donald pour discuter du futur des Dark Boursouf, se serrer avec Jeremy dans son petit lit d’étudiant. Après le Bloody Sunday, tout avait changé, comme si une part de son innocence avait disparu, envolée en même temps que Danny Sneals avait rejoint les cieux – et son crapaud Duke, du moins l’espérait-elle. Il y avait eu aussi Kelsey, Swann, puis Aaron, qui s’était donné la mort en sautant d’une falaise. Elle avait été bouleversée par cette histoire, et Jeremy encore plus qu’elle, d’autant plus qu’aucune lettre ne lui avait été laissé pour expliquer ce geste désespéré.

Juliet songea alors qu’à présent, même les plus beaux moments de sa vie étaient ternis par des souvenirs lugubres. Elle ne pouvait pas penser à ses années à Poudlard sans pleurer Danny, ni à sa colocation avec Samaël et Aaron sans sentir le gouffre qu’avait laissé ce dernier. Parallèlement, ces épreuves lui avaient aussi appris à se battre, et à chérir chaque moment qu’elle pouvait passer avec ses proches. Elle collectait les petits bonheur avec ferveur, trop consciente que, du jour au lendemain, tout pouvait lui être arraché – ce qu’il s’était passé un mois plus tôt lui avait cruellement rappelé ce fait.

« Tu ne voudrais pas élever des moutons, pendant que tu y es ? » le taquina-t-elle, alors qu’elle se plaisait à imaginer son ami guider ses animaux à travers les prairie. « Béééééé » la coupa Gabrielle, qui avait tout récemment acquis un livre imitant le bruit des animaux, qu’elle ne quittait bien évidemment plus – au plus grand plaisir de ses parents, assurément. « C’est ça chérie, c’est le bruit du mouton ! » approuva Juliet en lui déposant un baiser sur le haut du crâne.

« Tu te souviens du jour où tu as emménagé à Aber ? » poursuivit-elle, les yeux perdus dans l’infinité de la mer « Je t’avais aidé à t’installer, parce que tu paraissais complètement perdu avec tout le mobilier moldu. » elle eut un sourire en reportant son regard sur Théo. « On ne se connaissait pas encore bien, à l’époque. Force est de constater que j’ai dû de te sauver la vie ce jour-là, car depuis, tu ne m’as plus quitté. » plaisanta-t-elle en lui lançant un clin d’œil.

Sous cette blague, son commentaire se voulait beaucoup plus sérieux. Leur amitié durait depuis des années maintenant, Théo avait toujours été là pour elle et inversement, et elle ne comptait plus le nombre de fois où ils endormis tous les deux sur le canapé des Baker, lorsque Jeremy passait la nuit à Poudlard et lorsque Samaël était de garde à l’hôpital. Elle avait trouvé en Théo un homme solide, qui était bien souvent sa lumière douce dans les ténèbres qui l’entourait.

« Si tu veux mon avis, s’exiler ne serait pas une si mauvaise idée que ça. Et si tu portes un kilt, je te suis jusqu’au bout du monde. » lança-t-elle en riant, en faisant référence aux tenues traditionnelles des bergers écossais, pays d’origine de son ami – elle avait toujours tanné Théo pour qu’il enfile une de ces tenues – à son sens, il ne fallait pas perdre une occasion de bien rigoler – chose qu’il avait catégoriquement refusé à maintes reprises.

« Tu y as déjà pensé sérieusement ? » reprit-elle d’une voix plus grave. « Je veux dire, à partir ? »



Théo NottBibliothécaireavatar
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Théo éclata d'un rire joyeux en écoutant Gabrielle qui imitait le bêlement du mouton, et secoua sa tête bouclée en tous sens avant de se joindre à elle : "Bééééé ! Pourquoi pas, il y a pire animal que le mouton. Je suis persuadé que les bergers écossais vivent très heureux !"

Les années qui passent et son exclusion de la haute-société sang-pur avaient eu tendance à le transformer en solitaire, voire en ours. Pour autant, Théo était encore trop attachée à la société sorcière et persuadée qu'une place était là pour lui quelque part. Aujourd'hui, il travaillait à se créer cette place, entre son travail à la bibliothèque magique de Londres et son investissement au sein de la résistance, désireux de travailler pour un monde idéal où l'on pourrait se débarrasser de ses étiquettes. Fils de mangemort, sang-pur, Nott, Poufsouffle, bisexuel, rien de cela ne constituait son identité ni ne le définissait. Pourtant, c'était toujours à travers de ces mots là qu'on faisait référence à lui.

Tout en jouant avec le sable, laissant ses doigts filer à travers les grains et rencontrer divers obstacles - bout de bois, petit coquillage, crabe en guoguette - Théo écoutait Juliet qui évoquait le souvenir de son installation dans la ville. Un sourire attendri étira ses lèvres alors qu'il lui jetait un regard en biais. Bien sûr qu'il ne l'avait plus quittée ; trop rares étaient les personnes dans sa vie qui lui apportaient à la fois autant de joie, d'amour et un soutien à toute épreuve. La loyauté, voilà certainement la valeur qui comptait le plus pour lui et Juliet était une femme loyale et courageuse. Elle avait eu le courage de le garder dans sa vie quand tous se détournaient de lui, et c'était quelque chose qu'il n'oublierait jamais. Avec les années, une véritable complicité était née entre eux deux, et il chérissait beaucoup cette amitié.

"Je me souviens, comment oublier", répliqua-t-il en fronçant le nez, "Tous ces artefacts moldus étranges ! Déjà, grâce à toi, j'ai découvert l'existence du passage piétons. Sinon, je me serais certainement fait écraser par une voiture en moins d'une semaine... Donc, oui, quelque part, tu m'as sauvé la vie."

Son ton s'était fait plus doux alors qu'il reportait l'attention sur la ligne d'horizon. Comment aurait-il survécu cette période difficile de sa vie sans son très maigre entourage ? L'époque de son coming out, quand toute sa famille, y compris Artémis, s'était retournée contre lui, peut-être n'y aurait-il pas survécu sans Juliet, sans Samaël aussi mais il n'avait pu trouver toutes les réponses chez son époux car leur relation était justement au coeur de ses problèmes. Théo retint un soupir en songeant avec amertume à l'ironie de la situation : c'était au moment où il avait fait tout ce travail sur lui pour réussir à vivre paisiblement en accord avec ce qu'il était, au moment où le monde semblait laisser son couple en paix pour se tourner vers des problèmes autrement plus importants, que son mariage semblait sur le point d'imploser. Mais, se corrigea-t-il intérieurement, il n'avait pas fait tout ce travail pour Sam, ni pour leur relation, au fond, même si c'était ce qu'il avait cru faire : en réalité, c'était pour lui et pour lui seul qu'il avait fait tout cela. Aujourd'hui, avec ou sans Samaël, Théo Nott était un homme libre de faire ses propres choix et d'être qui il était. Et c'était cela qui comptait le plus.

Plongé dans ses réflexions, il réagit à peine quand Juliet évoqua - une fois encore - la question du kilt : "Jamais !"

Puis il songea en silence à la question qu'elle lui avait posé, avant de répondre doucement : "Parfois, oui. Parfois, quand il se passe un nouveau drame, après la March Bank par exemple... quand tout me paraît trop absurde, que notre société me semble irrécupérable."

Gabrielle se mit alors à gazouiller et il tendit la main pour ébouriffer ses bouclettes blondes, lui tirant des petits cris de protestation.

"Mais ensuite, je retrouve espoir et je me dis que pour agir, il vaut mieux être au coeur des événements. Cela dit...", souffla-t-il en hésitant, tandis que son estomac se nouait : "Il n'est pas dit que je ne déménage pas, pourquoi pas changer de ville..."

Evitant le regard de Juliet, il se concentra sur le tas de sable qu'il était en train de constituer méticuleusement : "Les choses sont un peu compliquées avec Samaël, ces temps-ci."

Doux euphémisme, mais il ne voulait pas accabler son amie avec ses soucis, alors qu'elle avait plus que son lot de problèmes à gérer. Voilà pourquoi il ne lui avait pas dit que son époux et lui faisaient chambre à part depuis plusieurs semaines, qu'ils ne se parlaient pas. Parfois, Théo ne rentrait même pas, préférant éviter la pesanteur de l'atmosphère, mais il n'avait jamais cherché refuge chez les Baker : des lits d'appoints étaient toujours disponibles au QG du Lexit et cela lui permettait de se tenir informé, au coeur de l'action. Bien sûr, ces fuites ne faisaient qu'accentuer le problème avec Samaël, il en avait conscience mais ne changeait pas de comportement pour autant.

"Enfin, on verra !", lâcha-t-il avec un petit sourire gêné, haussant les épaules comme pour diminuer la gravité de la situation.
Juliet E. BakerPoursuiveuse pour Flaquemareavatar
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« Quelle idée aussi de mettre des signes au sol pour indiquer l’endroit où traverser. C’est vraiment peu intuitif. » ironisa-t-elle avec un sourire en coin, taquinant gentiment son ami sur ses connaissances sur le monde moldu.

En réalité, Théo s’était vite adapté à cette nouvelle vie et bien plus que n’importe quel jeune homme de sa condition ne l’aurait fait. Juliet était peut-être une Baker aujourd’hui, mais pendant longtemps le nom de famille « Flint » avait été inscrit sur son front. Le monde des Sang-Purs ne lui était pas inconnu, mais elle était ravie que son statut de sang-mêlée l’ait plus ou moins préservé de tous ces codes. Bien sûr, elle avait eu droit aux longs discours sur la pureté de sang, sur les valeurs traditionnelles. Bien sûr, elle avait lu dans les yeux de sa grand-mère des reproches sur son comportement, sur son choix de carrière. Mais à chaque fois qu’elle se sentait prise au piège dans cette atmosphère étouffante, elle trouvait une échappatoire au sein de sa famille moldue, si éloignée de telles considérations. Théo, lui, n’avait pas eu cette chance. Il avait vécu parmi les sangs-purs pendant si longtemps, il s’était construit en leur sein. Faire son coming-out, rompre ses fiançailles avec Rosaleen, tout quitter et vivre dans le monde moldu – monde alors inconnu et troublant… Pour cela, il fallait avoir en soi un courage incroyable et une volonté de fer. La jeune femme posa sur son ami un regard tendre, au fur et à mesure que les épreuves qu’il avait traversé durant les dernières années lui revenaient en mémoire. Ils avaient vécu tant de chose, tous les deux…

Et l’univers ne semblait pas décider à les laisser tranquille, songea Juliet en tournant ses yeux vers la mer, tandis que Théo évoquait l’état actuel de leur société. Elle avait été membre de la Salamandre à ses premières heures, animant notamment des émissions radio lorsqu’elle le pouvait. Elle était présente lorsqu’ils avait piraté la RITM pour diffuser un message visant à dénoncer la propagande du gouvernement, quelques mois plus tôt. Puis, elle avait accouché, avait été prise dans le tourbillon des premiers mois. Elle avait laissé sa porte ouverte à la Salamandre, mais avec un bébé, il était compliqué de réellement s’investir dans le mouvement. Puis, il y avait eu l’explosion à la Marchebank, lorsqu’elle avait cru pendant de brèves secondes qu’elle avait perdu Gabrielle. Son cœur se serra une nouvelle fois alors que ce moment de terreur lui revenait en mémoire. La réunification de la résistance l’avait réconcilié partiellement avec le mouvement. Et puis, il y avait eu l’accident. Souvent, la nuit, Juliet revivait la scène dont elle avait été témoin sur les quais de Bristol. Elle revoyait la femme aux cheveux foncés courir à en perdre haleine, se jeter la tête la première dans l’eau glacée. Elle se souvenait de la peur qui l’avait paralysé, des sorts qui fusaient vers elle, de l’impact de son corps contre les dalles…

Aujourd’hui, elle se sentait en colère. En colère contre ce gouvernement dont les injustices étaient criantes, contre ce ministre qui était dépeint comme l’homme providentiel mais qui faisait des victimes de l’ombre – des victimes dont, bien évidemment, on ne parlait pas. Elle en voulait à ces miliciens qui lui avaient ôté son droit de choisir et l’avait condamné à souffrir et culpabiliser pour cela. La jeune femme sursauta lorsque Gabrielle s’agita pour se défaire de l’étreinte de sa mère. Surprise, celle-ci desserra ses bras, qu’elle avait instinctivement resserré autour de sa fille. Elle s’excusa d’un baiser sur le haut de son crâne.

« Tu as raison, » approuva-t-elle. « Et si nous fuyons, qui se battra pour eux ? Qui se battra pour elle ? » demanda-t-elle en désignant Gabrielle du menton. Bercée par les voix des adultes, cette dernière commençait à avoir les paupières lourdes.

Fronçant les sourcils lorsque Théo mentionna un probable déménagement, Juliet l’interrogea du regard tandis qu’il détournait la tête.

« Oh. » souffla-t-elle lorsqu’il lui avoua que son couple rencontrait quelques problèmes. Centrée sur ses propres soucis pendant les dernières semaines, Juliet n’avait rien vu et la nouvelle l’étonnait. Elle avait bien remarqué, avant son accident, que Théo passait de plus en plus de temps chez elle, mais elle avait mis cela sur le compte de l’emploi du temps particulièrement chargé de son époux. « Qu’est-ce qu’il se passe ? » demanda-t-elle, ignorant volontairement la tentative du jeune homme pour changer de sujet.

Samaël et Théo, comme Jeremy et elle, s’étaient rencontrés tôt et mariés jeunes. Elle était bien placée pour comprendre la situation de son ami, pour savoir comme parfois ces relations si intenses pouvaient créer des doutes et des craintes. Jeremy avait été pour elle une évidence ; il était l’homme de sa vie. Il était présent à ses côtés depuis si longtemps, ils avaient grandi ensemble, s’étaient construits ensemble. Ils s’étaient dit « oui », avaient promis de s’aimer pendant l’intégralité de leur vie, et avaient même pris un engagement encore plus solennel en accueillant Gabrielle dans leur foyer. Aujourd’hui, elle ne remettait pas en question son amour lui, mais elle sentait qu’une distance, une part d’ombre, s’était instaurée entre eux, que quelque chose s’était fissuré. Son accident avait fait remonter en elle des sentiments qu’elle s’était entêtée à enfouir au plus profond d’elle-même depuis des mois voire des années. A présent confrontée au tumulte de ses émotions, elle envisageait sa vie d’une manière différente. Elle avait longtemps cru que Jeremy était la seule personne vers qui elle pouvait se tourner, à qui elle pouvait confier toutes ses craintes et toutes ses peines. Aujourd’hui, elle n’y parvenait plus. Elle voulait lui parler, mais les mots ne franchissaient plus ses lèvres, et la vue de son époux la plongeait dans une détresse qu’elle ne pouvait décrire et qu’elle ne parvenait pas encore à gérer.

C’était pour cela, songea-t-elle, qu’elle était aussi heureuse d’avoir des amis aussi proches d’elle que l’était Théo. Elle adressa à ce dernier un sourire tendre, posa une main réconfortante sur son épaule pour l’inciter à parler.



Théo NottBibliothécaireavatar
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Si Théo hésita un instant à se confier, le contact réconfortant de la main de Juliet sur son épaule et le soutien qu'il pouvait lire sur ses traits achevèrent de le convaincre. Bien sûr, il ne voulait pas en rajouter à sa peine mais Juliet lui semblait être dans un bon jour, et lui aussi avait réellement besoin de son amie, à cet instant. Il avait, en fait, besoin de parler à quelqu'un et Théo était resté au fil des années quelqu'un de très solitaire. Alors les oreilles attentives ne se faisaient pas si nombreuses que cela, surtout lorsqu'il ne pouvait se tourner vers Samaël.

Une grosse boule d'angoisse et de nervosité semblait s'être logée dans sa poitrine depuis plusieurs semaines, et n'attendait qu'à se dénouer. Tout en jouant machinalement avec le sable, qu'il faisait glisser entre ses doigts pour former des tas épars, Théo entreprit d'exprimer ce qu'il avait sur le cœur.

"Il ne se passe rien, et en même temps, tellement de choses", souffla-t-il avec découragement, sans savoir par quel bout prendre son récit. "Notre quotidien est identique à celui que nous avons depuis notre mariage, et pourtant, j'ai l'impression que quelque chose a basculé, depuis... depuis que je me suis engagé réellement dans la résistance."

Tournant la tête vers Juliet, il échangea un regard avec elle. Désormais, ils n'avaient plus besoin de se cacher, et savaient qu'ils avaient tous deux fait partie de la Salamandre, avant que le Lexit ne leur permette de révéler leurs identités. C'était un changement positif aux yeux du jeune homme, qui lui avait beaucoup apporté, lui permettant de participer pleinement aux activités du mouvement. Depuis l'attentat de Leopoldgrad, la résistance s'était unifiée, et son couple, lui, avait commencé à se désunir.

"Tu sais que Sam n'a jamais vraiment souhaité s'engager pour la résistance, pour des raisons qui lui appartiennent, mais de mon côté mon implication n'a fait que s'approfondir. Ce que je fais pour le Lexit... je ne crois pas qu'il est en mesure de le comprendre."

Ses lèvres minces se pincèrent tandis qu'il fixait la ligne d'horizon, l'eau sombre se reflétant dans le bleu de ses pupilles.

"C'est un sujet sans fin de discordes et d'incompréhensions mutuelles. C'est comme si on vivait deux vies en parallèle, lui plongé dans sa carrière, dans son train-train quotidien, comme si rien d'autre n'avait d'importance. Et moi, qui ai du mal à avancer et à prétendre que je ne vois pas qu'on est en train, encore une fois, de perdre notre liberté..."

Reportant son attention sur Juliet, il l'engloba d'un regard protecteur, presque possessif, plongeant dans ses souvenirs sans les lui offrir. Il ne pouvait pas lui raconter la plus grosse crise, le moment où il avait cru devenir fou en apprenant ce qui lui était arrivé, à elle, ce jour terrible sur les docks de Bristol. Comment il en avait perdu l'appétit et la lucidité, menaçant d'aller attaquer la milice, seul, baguette au poing, devenu fou au point de déclencher une nouvelle dispute avec Samaël, plus terrible que les autres. Parce que s'il perdait Juliet, alors que le maigre équilibre qu'il avait difficilement peiné à construire menaçait de s'écrouler, alors...

Mais ce n'était pas un poids qu'il pouvait poser sur ses frêles épaules, en plus de tout le reste.

"Plus les mois passent et plus nos moments de tendresse disparaissent, sans que je comprenne comment une telle distance a pu s'instaurer entre nous en si peu de temps. Parfois, je le regarde et je vois le même homme que je fréquente depuis toujours, et pourtant, je ne le reconnais plus. C'est comme si j'étais face à un inconnu... et je ne comprends pas pourquoi, comment j'en suis arrivé à ressentir ça, après tout ce qu'on a vécu. Ça me paraît impossible, et pourtant, voilà où on en est."

Baissant le regard sur son tas de sable, il sentit sa gorge se nouer, et son regard perdit de sa dureté. Loin d'être insensible au tournant que prenait son mariage, et même s'il ne voulait pas trop se dévoiler, Théo était en réalité peiné, confus et désorienté.

"Et je crois qu'il lui arrive un peu la même chose aussi, on s'exaspère l'un l'autre parfois, alors voilà, je fais chambre à part, on s'évite souvent, et je me pose beaucoup de questions", finit-t-il en souffle. Il n'ajouta pas que ce n'était peut-être qu'une mauvaise passe, comme tous les mariages en connaissaient, et ne chercha pas à se montrer rassurant. Car avec Juliet, il n'avait pas besoin de faire semblant. Inutile de prétendre que la situation n'était pas grave, qu'il craignait de perdre le pilier le plus important de sa vie, car elle avait toujours su lire entre les lignes...

Il avisa Gabrielle, désormais endormie dans les bras de sa maman, et sa gorge se noua d'avantage.



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Juliet E. BakerPoursuiveuse pour Flaquemareavatar
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Silencieuse, Juliet écouta Théo lui confier ses doutes, ses craintes et ses incertitudes sur son couple. Elle garda les yeux posés sur le mouvement des vagues pendant le discours de son ami, berçant Gabrielle contre son cœur, qui dormait désormais à poings fermés.

Théo semblait si triste, si désolé, mais à la fois si résigné sur la situation de son couple que la jeune femme sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Elle comprenait son tourment sûrement comme personne d’autre n’aurait pu le comprendre, parce que le récit de son ami faisait étrangement et douloureusement écho en elle.

« Théo… » souffla-t-elle en faisant glisser sa main posée sur son épaule jusqu’à ses doigts qu’elle serra dans les siens.

Pour toute personne qui avait été à Poudlard en même temps que Samaël et Théo, la situation était inimaginable. Le couple de Poufsouffle s’était aimé d’un amour passionnel, fusionnel – peut-être trop ? – et surtout d’un amour vrai, qui ne laissait aucun doute sur leurs intentions. Ils avaient connu des moments de joie intense, dont Juliet avait été l’heureuse témoin – elle avait encore, trônant dans son salon, une magnifique photo de leur mariage. Un an plus tôt, si on avait demandé son avis à Juliet quant à l’avenir du couple de ses amis, elle aurait répondu aussitôt qu’elle ne voyait aucune – mais alors aucune raison qu’ils se séparent.

Mais Juliet avait grandi et, avec cette maturité nouvellement acquise, sa vision de l’amour et du couple avait changé. Depuis son accident, le fossé entre la réalité et l’amour idéalisé s’était encore accentué, la plongeant dans un tourment sans précédent.

« Ce sont des choses qui arrivent, malheureusement. » débuta-t-elle d’une voix douce. Elle ne prit pas la peine de lui servir le refrain sur la « mauvaise-passe », persuadée que si Théo ne l’avait pas mentionné lui-même, c’était qu’il n’y croyait pas. « Ce que Sam et toi avaient vécu, c’était incroyable. Incroyable et très beau. » affirma la jeune femme en hochant doucement la tête. « Et je sais à quel point ça peut être terrifiant, de se rendre compte que finalement, la personne avec qui on pensait passer notre vie n’est pas – ou plutôt n’est plus – la bonne. »

C’était terriblement angoissant d’assister à la désunion de son couple, de voir petit à petit les sentiments se déconstruire. Dire au-revoir à son compagnon, c’était dire au-revoir à son amant, mais aussi à son colocataire et surtout à son meilleur-ami, celui qui était là, tous les jours, depuis des années. La jeune femme sentit sa gorge se nouer à cette pensée et elle releva les yeux vers Théo.

« C’est difficile de se voir renoncer à tout ça, de tourner le dos à toutes ces années de bonheur, de faire une croix sur un avenir ensemble. Mais… » elle hésita un instant. « Mais le plus important, c’est surtout de penser à soi, même si ça paraît égoïste à première vue. Alors… Qu’est-ce qui te permettrait de moins souffrir ?» Bien évidemment, l’égoïsme n’avait pas d’emblée sa place dans un mariage – mais Merlin, on ne pouvait pas non plus s’oublier totalement dans son couple.

Soutenant Gabrielle de son bras libre, Juliet vint passer le deuxième dans le dos de Théo, et posa sa tête sur son épaule.

« Et surtout, j’espère que tu ne penses pas que tu es seul dans cette situation. » lança-t-elle d’un ton pseudo menaçant. « Parce que tu es bien loin d’être prêt à te débarrasser de moi. »

Elle conserva leur étreinte quelques instants, un doux sourire aux lèvres. Puis, poussée par cette proximité, elle leva les yeux pour observer son ami. Son cœur se mit à battre un peu plus vite, alors que les mots qu’elle avait au bord du cœur depuis bien trop longtemps franchissaient enfin ses lèvres :

« Surtout que… Que ça ne va pas fort avec Jeremy non plus. »

C’était la première fois qu’elle formulait à voix haute cette pensée – et même la première fois qu’elle posait de véritables mots sur ce mal-être, qui durait maintenant depuis plusieurs semaines. Un mal-être qui la prenait chaque jour, dès le réveil, qui s’intensifiait inexplicablement à la vue de son époux. Ils continuaient à vivre ensemble, à faire « comme si de rien n’était » mais Juliet sentait que cette part d’ombre, qui la suivait depuis son accident à Bristol, avait des répercussions sur son couple.

Alors, grande Gryffondor qu’elle était, elle fuyait. Elle partait parfois tôt et rentrait souvent tard, ne supportant plus rester enfermée chez eux – Jeremy étant de toute façon très pris par ses études et son travail, elle n’avait que peu de chance de le croiser en journée. Elle passait parfois des heures et des heures à Flaquemare, à s’entraîner jusqu’à ce que ses muscles soient si fatigués qu’ils ne pouvaient plus la porter. Elle rentrait, l’esprit aussi vidé que son énergie, pour aller s’écrouler dans son lit. Elle fuyait parce que, finalement, voir Gabrielle avec Jeremy la ramenait douloureusement à ce qu’elle avait perdu, à cette colère qu’elle avait en elle qu’elle ne parvenait pas à extérioriser, et à cette détresse qu’elle ressentait au creux du ventre. Et parce qu’alors, fuir lui paraissait bien plus surmontable que d’affronter ses propres sentiments.



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Théo adressa un maigre sourire de gratitude à Juliet lorsqu'elle saisit sa main dans la sienne. Ce geste simple de soutien et d'affection lui réchauffa quelque peu le coeur, et il réalisa à quel point il avait pu se sentir terriblement seul avec sa situation, au cours des dernières semaines.

Pourtant, si ce contact lui fit du bien, les paroles de Juliet furent autant de coups portés à son coeur. Elle formulait à voix haute ce qu'il commençait tout juste à appréhender en son for intérieur, parlant de son couple au passé, évoquant la possibilité d'une séparation comme une fatalité. Une vague de tristesse le submergea et il détourna rapidement le regard pour fixer son regard dur sur la voile d'un bateau. Oui, il avait eu besoin de s'épancher, de soumettre ses réflexions à un avis extérieur, mais était-il réellement prêt à entendre ce que Juliet était en train de suggérer ? Etait-il prêt à entrevoir la possibilité de "tirer une croix sur un avenir ensemble" ? Son premier instinct était de crier que non, que la séparation n'était pas dans sa nature, qu'il ne pouvait décemment pas avoir vécu tout ce qu'il avait vécu pour ensuite quitter Samaël dès leurs premières années ensemble. Cela paraissait absurde.

Mais il y avait cette voix, insistante, dans sa tête, ce malaise persistant qui se confirmait jour après jour et qu'il ne parvenait plus à ignorer. Théo avait la conviction que Sam et lui s'engageaient sur des chemins profondément différents, que leur vision de la vie et leurs projets d'avenir n'étaient plus en synergie. Ces différentes intuitions étaient contradictoires. Alors quand Juliet lui demanda ce qui permettrait de moins le faire souffrir, il fut bien en peine de répondre.

"Je ne sais pas...", souffla-t-il en réponse, l'air malheureux. "Je n'en ai pas la moindre idée, par Holga."

Se séparer de son mari lui paraissait être extrêmement douloureux. Il s'imaginait désespérément seul, coupé de tout amour, de toute famille, à pleurer le souvenir de cette relation qui avait été si belle... Mais ne souffriraient-ils pas d'avantage, tous les deux, en maintenant une situation délétère pour les années à venir, qui s'empirerait peut-être, jusqu'à ce qu'ils ne finissent par se détester ? Cette équation lui semblait impossible à résoudre.

Un sourire doux illumina furtivement son visage quand Juliet vint se caler contre lui, ses mèches châtain venant lui chatouiller la barbe et l'odeur fruitée de son shampoing lui emplissant les narines. Il exerça une pression sur ses doigts en guise de remerciement quand elle lui affirma qu'il n'était pas seul.

"Merci", répondit-il d'un ton sincère. Le sorcier voyait mal comment il pouvait traverser cette mauvaise passe seul, et si Juliet n'avait pas eu son accident, il se serait probablement tourné plus tôt vers elle. Au fil des années, son entourage s'était considérablement restreint, et ce n'était pas avec l'hypothèse d'un divorce qu'il pouvait espérer compter sur le soutien des Nott... Heureusement, il lui restait cette amitié qui lui était si précieuse.

Il s'apprêtait à répondre à Juliet lorsqu'elle lui fit à son tour une révélation qui le réduisit au silence. Théo ne savait pas pourquoi cette nouvelle le surprenait autant. Jeremy et Juliet était peut-être fusionnels, mais Sam et lui, et cela ne les empêchait pas d'avoir des problèmes. A bien des égards, leurs deux couples avaient connus des trajectoires similaires, avec des obstacles au démarrage et un mariage très tôt - peut-être trop... Mais Juliet avait toujours eu l'air si amoureuse de son Jeremy qu'il n'avait jamais envisagé l'hypothèse d'une séparation, surtout depuis que le petit bout de chou avait rejoint leurs vies.

"Oh...", souffla-t-il en penchant la tête pour mieux pouvoir lire son regard. Un mélange d'émotions pouvait se deviner dans le sien, entre inquiétude, compassion et tendresse... mais aussi autre chose, qu'il ne parvint pas réellement à identifier. "C'est à cause de ce qui est arrivé ?"

Inutile de préciser de quoi il parlait, et à vrai dire, il ne voyait pas ce que cela pouvait être d'autre. A bien y réfléchir, c'était logique, quel couple pouvait donc se remettre d'une telle horreur sans prendre un peu de plomb dans l'aile ? Le choc de ce qui s'était passé commençait à peine à s'atténuer, et chacun devait probablement gérer les retombées à sa manière. Les paroles prononcées par Juliet une minute auparavant prirent alors un autre relief.

Conservant sa main dans la sienne, il attendit en silence qu'elle se confie à son tour.




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Juliet E. BakerPoursuiveuse pour Flaquemareavatar
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Juliet ne prit pas la peine de répondre verbalement à la question de Théo et hocha seulement la tête, les yeux rivés sur l’horizon. Elle jouait en même temps délicatement avec les petites boucles blondes de sa fille, s’entêtant à ignorer la boule qu’elle avait au creux du ventre.

C’était atroce, de contempler le fossé qui s’était creusé entre Jeremy et elle, d’écouter les silences qui s’installaient entre eux. Et pourtant, cela lui semblait inévitable ; elle ne pouvait pas se résoudre à changer son attitude ou sa manière de faire, c’était tout simplement au-dessus de ses forces.

« Jeremy est adorable, depuis mon accident. » souffla-t-elle, le cœur lourd. « Vraiment, il est présent, attentionné, tout ce dont n’importe quelle personne pourrait rêver. »

Elle ne savait pas comment il faisait. Elle, elle se sentait en colère en permanence, comme si une haine pure et intense coulait inlassablement dans ses veines. Dans certains moments, elle se sentait apaisée – souvent, lorsqu’elle était avec Gabrielle, là, en compagnie de Théo, ou le soir, après ses dix heures d’entraînements journaliers. Sinon, la plupart du temps, elle se sentait tout simplement hors d’elle.

« Mais moi… »

Elle hésita un instant. Elle n’avait jamais posé de mots sur sa situation – elle n’avait fait qu’une seule séance – parce qu’elle était obligatoire – avec un psychomage, et elle n’en parlait jamais avec ses proches, se contentant d’étouffer les interrogations éventuelles par de l’humour ou un sourire.

« Moi, j’ai l’impression que je vais exploser, en permanence. Je suis tellement en colère, tellement triste, mais oh, par Godric, tellement tellement furieuse. » Son poing se serra dans le dos de Théo, à la simple pensée de son accident. « Et j’arrive pas à gérer tout ça… Enfin, je n’y arrive pas avec Jeremy. »

Elle baissa les yeux, honteuse.

« Je n’arrive pas à lui parler, parce que je ressens des choses que… » Elle poussa un profond soupir ; ce qu’elle disait n’avait aucun sens.

Elle se redressa alors, pivotant son buste pour se retrouver face à son ami. Pour la première fois depuis qu’elle avait quitté Saint Mangouste, elle prit la décision de se livrer complètement. Et tant pis s’il la trouvait abominable, tant pis s’il la trouvait égoïste.

« Quand je me suis réveillée à l’hôpital, quand les médecins m’ont appris ce qu’il s’était passé… J’ai eu envie de mourir, Théo, tellement ça m’a fait mal. Je n’avais jamais ressenti avant. C’était une douleur presque vivante, si forte que… Que je me suis dit que les choses auraient été plus simples, si j’étais morte là-bas. Qu’au moins, je n’aurais pas eu besoin de ressentir tout ça. »

Une boule se forma dans sa gorge et la jeune femme s’interrompit un instant pour reprendre son souffle.

« C’était atroce, de penser ça. De penser que, pendant un instant, j’avais envisagé qu’il était préférable que je quitte Gabrielle et Jeremy…  Mais en même temps, je ne pouvais pas m’empêcher d’y songer, ça me hantait. Parce que… Pour moi, c’est comme si j’avais perdu un bébé. » Et ça, c’était la première fois qu’elle le disait à voix haute. « C’est  vrai, avec Jeremy, on envisageait l’avortement, mais on n’avait pas encore pris une décision… J’étais même allée faire mon échographie quelques heures avant, et j’étais enceinte de plus de trois mois. »

Maintenant qu’elle avait commencé à parler, elle avait l’impression de ne plus pouvoir s’apprêter.

« Du coup… Du coup, oui, j’ai eu l’impression de perdre mon bébé. En me réveillant, j’apprends que j’ai fait deux arrêts cardiaques, que mon poumon a été transpercé par une de mes côtes, que j’ai perdu je ne sais combien de litres de sang, que mon enfant n’a pas survécu à l’attaque, et que je ne pourrais peut-être plus jamais avoir d’enfants. » débita-t-elle en soutenant le regard de son ami. « J’étais… Je ne crois même pas que le mot « dévastée » soit assez fort pour te faire comprendre ce que j’ai ressenti. Je me sentais tellement coupable d’avoir envisagé d’avorter. Comme si on me faisait comprendre que, comme je n’avais pas su mettre mes ambitions personnelles de côté pour le bien de l’enfant… » Elle n’eut même pas besoin de terminer sa phrase, son regard était sans équivoque.

Elle poussa un profond soupir, cachant le tremblement de ses mains en berçant Gabrielle, toujours profondément endormie.

« Et je n’arrive pas à parler de ça à Jeremy. C’est comme si, dès que je me retrouvais en face de lui, j’étais incapable de m’exprimer sur ça. Parfois, j’ai même l’impression que je lui en veux. » avoua-t-elle à mi-voix. « Et je ne sais même pas pourquoi je lui en veux, c’est complètement stupide. Parfois, je me sens simplement triste… » Elle finit par fermer les yeux pour se soustraire au regard de Théo. « Et je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas comment gérer ça, et je n’y arrive pas. Alors je ne suis presque jamais à la maison. » confia-t-elle en grimaçant. « Je passe des heures et des heures à Flaquemare. »

Elle n’ajouta pas qu’elle se sentait encore plus misérable lorsqu’elle se regardait dans le miroir et qu’elle voyait cette longue cicatrice blanche irrégulière, seul signe visible de son accident. Elle tut également qu’elle ne supportait plus qu’on la touche à cet endroit, que chaque effleurement la faisait frémir de peur.

Tout ce qu’elle venait de dire, c’était déjà trop.  



Théo NottBibliothécaireavatar
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"Juliet...", souffla Théo en la voyant fermer ses paupières, comme par crainte de son jugement. Levant la main, il caressa doucement sa joue du bout du doigt, geste tendre destiné à obtenir son attention. Il avait besoin qu'elle le regarde, qu'elle comprenne qu'elle n'était pas seule, qu'elle n'avait pas à se sentir coupable. Théo l'avait accompagné depuis son accident, en se montrant présent, sans jamais la presser pour qu'elle se confesse. Il avait attendu patiemment qu'elle s'ouvre à lui, si elle en éprouvait le besoin. Elle avait fini par le faire, et c'était comme une immense vague de tristesse qui le balayait. Pour la première fois, il prenait la pleine mesure de l'immensité de sa douleur, et c'était terrifiant.

Après quelques instants, il s'écarta, à peine, comme si leur conversation risquait d'être surprise. Pourtant, qui allait les surprendre ici, à part les mouettes qui se chamaillaient sur la plage ? Théo ne leur prêtait pas la moindre attention, tout entier absorbé par la jeune femme qui lui faisait face, et par sa peine déchirante, qu'il aurait voulu faire sienne.

"Ce que tu as vécu", murmura-t-il sans lâcher la jeune femme du regard, "c'est traumatisant. C'est un deuil à accomplir et, ma Juliet, un deuil, ça prend du temps, énormément de temps. Alors ne soit pas trop dure avec toi-même..."

Il la devinait, sa culpabilité, lorsqu'elle évoquait Jeremy. A quel point il était merveilleux, tandis qu'elle ne parvenait pas à s'ouvrir à lui, qu'elle développait de la colère et instaurait une distance qui semblait infranchissable. Mais que Juliet puisse se sentir coupable après tout ce qui lui était arrivé, voilà qui lui était insupportable.

"C'est normal de ressentir tout ça, c'est normal de t'en vouloir et d'en vouloir à Jeremy, il faut te laisser le temps d'éprouver toutes ces choses, d'accuser le choc et de te remettre doucement, même si ça veut dire le faire loin de lui. Je sais que vous êtes... fusionnels, que vous n'avez pas l'habitude, mais ce qui vous est arrivé, c'est peut-être trop dur pour le vivre ensemble cette fois. Peut-être que vous devez prendre le temps de l'assimiler, chacun à votre façon, chacun de votre côté."

Parfois, la vie pouvait séparer les plus liés des amants, songea-t-il avec un brin d'amertume. Finalement, si le couple pouvait donner l'illusion d'être deux, face à certaines épreuves, on se retrouvait confronté au poids écrasant de sa propre solitude...

"Ce n'est peut-être pas ce dont Jeremy a besoin, mais tu dois te préoccuper de ce dont tu as besoin, toi", ajouta Théo en lui adressant un sourire empreint de tendresse. "Passe des heures à Flaquemare, pleure, crie, soit en colère, parle à d'autres personnes comme tu le fais là, si c'est ce que tu as besoin de faire alors fais-le. C'est trop important, Juliet, que tu te remettes... pour toi, et puis aussi pour elle."

De la tête, il désigna la petite qui dormait à poings fermés, bercée contre le corps chaud de sa maman. Gabrielle, qui ignorait tout de la tornade qui avait balayé sa famille, dont il fallait préserver l'innocence.

"Et moi, je suis là pour toi", ajouta-t-il d'un ton grave, le regard troublé. "Je serai toujours là pour toi."

Cette fois, il ne parvint pas tout à fait à masquer la colère qui tourbillonnait en lui, ni l'inquiétude qui sommeillait en son for intérieur. Il avait besoin qu'elle se remette, lui aussi, car il se sentait sombrer à la simple pensée qu'il pourrait la perdre.



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Juliet E. BakerPoursuiveuse pour Flaquemareavatar
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Le contact des doigts de Théo sur sa joue la fit frissonner et elle finit par ouvrir les yeux, évitant un temps le regard de son ami. Elle se sentait si coupable, si minable d’avoir de telles pensées, et encore plus lorsqu’elle tenait sa fille dans les bras. Bien évidemment, dans cette position, jamais elle n’aurait pu imaginer une seule seconde se séparer de Gabrielle, alors que son souffle chaud lui chatouillait le cou. Mais lorsqu’elle était seule, laissée face à ses pensées, elle avait l’impression que plus rien n’était suffisant, entièrement submergée par sa tristesse.

Ce fut finalement les mots de Théo qui l’incitèrent à trouver son regard et elle s’y plongea avec désespoir, ressentant le besoin irrépressible d’être rassurée. C’était la première fois qu’elle s’ouvrait ainsi à quelqu’un depuis son accident, mais c’était surtout la première fois qu’elle posait des mots sur ce qu’elle ressentait. Alors, elle se sentait vulnérable comme elle ne l’avait jamais été auparavant, une sensation à la fois terrifiante mais ô combien délicieuse – elle avait, enfin, partagé ce poids qu’elle portait sur le cœur.

Et Théo, même s’il n’en avait probablement pas conscience, venait de dire exactement les mots qu’elle avait besoin d’entendre. Elle sentit une douce sensation parcourir ses veines ; celle du soulagement. « Pense à toi » lui disait-il. Mais de quoi avait-elle besoin ? s’interrogea-t-elle le regard troublé, ses doigts pianotant distraitement sur sa serviette de plage. Elle avait besoin de ne plus rien ressentir, ou de ressentir autre chose. Elle voulait oublier sa souffrance, ne plus y penser, la laisser derrière elle. C’était pour ça qu’elle s’entraînait sans relâche à Flaquemare, jusqu’à tomber de fatigue le soir. Lorsqu’elle volait, lorsqu’elle se soumettait aux exercices de l’équipe, elle se concentrait sur une unique tâche ; pendant un bref moment, elle ne pensait plus à rien. Pendant un bref moment elle se retrouvait telle qu’elle s’était toujours connue.

Elle capta l’intonation furieuse de son ami, qui concorda parfaitement avec son propre désir de vengeance qui sommeillait dans sa poitrine. Ses yeux quittèrent les siens pour observer son expression faciale, avant qu’elle ne baisse le regard vers Gabrielle. Elle la contempla un instant et un habituel sourire vint s’étirer sur ses lèvres, celui qu’elle avait toujours lorsqu’elle l’observait dormir, et qu’elle était alors si paisible.

Le pire, peut-être, - si on pouvait définir un « pire » dans cette situation – était ces deux émotions entre lesquelles elle était bloquée. Parfois, elle se sentait si triste, si dévastée, qu’elle aurait voulu que la douleur l’emporte. Parfois – surtout lorsqu’elle observait sa fille – elle se sentait si furieuse, si haineuse, qu’elle se sentait capable de détruire Leopoldgrad avec la seule force de ses mains.

« Tu sais, » commença-t-elle en observant attentivement son ami, « Parfois, j’ai envie de transplaner au ministère et de les tuer. » elle murmura le dernier mot, comme si ce ton enlevait l’horreur de cette déclaration. « C’est quelque chose que je ressens au plus profond de moi. J’ai cette… Cette haine présente, et c’est tellement fort. » Ses doigts vinrent d’eux-mêmes triturer un bracelet qu’elle portait au poignet gauche, habitude qu’elle avait dès qu’elle se sentait gênée. « Ma baguette lance des étincelles toute seule, elle devient brûlante… Parfois, j’ai même peur de ne plus pouvoir me contrôler. » avoua-t-elle avec un demi-sourire embarrassé. « Surtout quand je repense à tout ce qu’ils m’ont pris, et à tout ce qu’ils continuent à me prendre. »

Elle secoua la tête, geste inutile car elle savait bien que Théo ne serait pas trompé par cette prétendue nonchalance.

« Et quand je pense à tout ce que j’aurai pu laisser. » ajouta-t-elle dans un ton grave, ses doigts effleurant la joue de sa fille, tandis que ses yeux trouvaient ceux de Théo.

Elle soupira. Elle se sentait vidée de toute son énergie, mais, étrangement, elle se sentait apaisée, sensation qu’elle n’avait pas connu depuis plusieurs semaines. Les battements de son cœur s’étaient enfin calmés, ses épaules s’étaient légèrement dénouées, et le nœud qu’elle avait dans la gorge s’était presque défait.

« Merci. » souffla-t-elle, profondément sincère. « Tu ne sais pas ce que ça représente, pour moi, de pouvoir te parler de ça. Et c’est bête mais… Mais c’est la première fois depuis ce jour que je me sens aussi bien. »

« Aussi bien »  n’était pas un indicateur très précis – mais elle se sentait mieux qu’hier, mieux même qu’avant-hier, et mieux encore que la semaine dernière.

Et ça, c’était déjà quelque chose.



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Un sourire illumina le visage de Théo lorsque Juliet le remercia. Il se sentait heureux qu'elle puisse s'ouvrir à lui, et d'être en mesure de pouvoir alléger ce poids immense qu'elle avait sur les épaules. Car c'était ce qu'elle faisait pour lui, aussi. Chaque fois que cela n'allait pas, chaque fois qu'il s'était senti seul, perdu, en colère, elle avait été là pour lui et avait su ramener un peu de légèreté et de lumière dans ses émotions chargées. Comme le rayon de soleil qui venait éclaircir le ciel trop ombrageux qu'était bien souvent l'esprit de Théo...

"Je sais très bien ce que ça se représente", répliqua-t-il, "parce que c'est aussi à toi que je peux parler de tout ce que j'ai sur le coeur, en général. Mes pires pensées... je peux les partager avec toi, car je sais que tu ne me jugeras pas."

Car il en avait eu, des mauvaises pensées, Théo. De la colère, froide et implacable, couplée de mépris, pour sa famille et tous les membres de son ancienne communauté, qui l'avaient rejeté. Pour tous ces gens qui continuaient de le mettre au ban de la société, malgré les mois et les années qui passent. Les ministres et directeurs avaient beau se succéder, la dictature se renforcer et les sangs-purs perdre de leur superbe, certaines choses ne changeaient pas. Les bonnes moeurs restaient très ancrés dans les esprits moralisateurs de cette société sclérosée. Parfois, il avait envie de les voir tous crever. Parfois, il avait envie d'applaudir en voyant Marchebank réquisitionner leurs manoirs, lever des taxes, et puis il voyait l'argent public dépensé pour les salaires de miliciens plus bêtes et méchants les uns que les autres, et il avait envie de pleurer. Pendant ce temps-là, à la Bibliothèque, on licenciait les employés, on diminuait les horaires d'ouverture, et on enlevait certains ouvrages des étalages... Censure oblige.

Ses idées et ses pensées, même les plus horribles, Théo avait pu les partager avec Juliet lorsqu'elles devenaient trop étouffantes. Avec elle, avec elle seulement, il pouvait révéler l'entièreté de la noirceur qui l'habitait. Sans jugement, elle savait toujours lui accorder une oreille attentive et lui redonner un peu d'espoir. Alors il était heureux de pouvoir faire la même chose pour elle.

Machinalement, il se mit à jouer avec son alliance, ce contact froid et métallique sur sa peau.

"Tu sais... Je te comprends, quand tu parles de cette haine qui t'habites. Moi aussi, ça me démange, parfois. J'ai l'impression d'avoir du pouvoir qui crépite au bout des doigts, je pourrais transplaner au Ministère et aller les tuer, tous, les miliciens, Marchebank en personne, Merlin ! Je suis assez fort pour ça, je connais des sorts et... quand je pense à ce qu'ils t'ont fait, je suis à deux doigts de..."

Il s'interrompit brusquement, détournant son visage aux traits déformés par la colère, pour fixer les falaises qui tranchaient sur le ciel gris. Son ton était plus doux lorsqu'il reprit.

"C'est humain, après tout, on en connaît une qui a essayé.

Théo savait que Juliet était présente le jour de la condamnation à mort de Lauren McGowan, et il ne doutait pas que cet épisode alimentait fortement ce sentiment de haine et d'injustice qu'elle nourrissait depuis.

"Et un jour quelqu'un va y arriver. Un jour, on le fera tomber, et on retrouvera notre liberté, il faut garder confiance en ça", affirma-t-il avec force, en reportant son attention sur son amie. "Mais ce n'est pas à toi de le faire, Juliet, je suis convaincu que ce n'est pas ton rôle dans cette histoire. Cette colère, cette haine, tu peux la mettre au service de la résistance, comme je le fais. La haine, elle alimente les potions que je prépare, les sorts que je lance..."

Depuis quelques temps, Théo avait annexé une petite pièce du QG du Lexit pour l'alimenter en vieux livres récupérés à son travail, en fioles, en chaudrons, en ingrédients. La milice et la résistance ne se battaient pas à armes égales, et il était temps de rétablir l'équilibre. Ils étaient des sorciers, par Holga, des mages capables de mobiliser des armes puissantes eux aussi, des armes oubliées dans les pages poussiéreuses de vieux manuels.

"Mais c'est surtout d'espoir, dont nous avons besoin, alors ne laisse pas la haine prendre le dessus, et te consumer. Nous avons besoin de ton enthousiasme, de ta générosité et de ta capacité à insuffler de l'espoir aux autres... Je ne connais personne qui sache mieux redonner le sourire à son entourage que toi", souffla-t-il en lui adressant un demi-sourire. "Et nous avons besoin de ça, des personnes capables d'inspirer des émotions et des valeurs positives à leur opposer. Toute cette colère que nous ressentons, il ne faut pas que ça nous détruise, non, il faut que nous trouvions un moyen de la mobiliser de manière constructive, contre eux, contre lui."



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Juliet E. BakerPoursuiveuse pour Flaquemareavatar
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Juliet esquissa un léger sourire lorsque Théo affirma qu’elle savait insuffler l’espoir aux autres. C’était vrai. Ce fut vrai, songea-t-elle en fronçant les sourcils. Longtemps, elle avait ressenti le besoin de faire sourire les autres et longtemps elle avait choisi d’être cette amie sur laquelle on pouvait se reposer, l’épaule sur laquelle on pleurait, l’oreille attentive qui écoutait, la copine qui conseillait. Elle avait adopté ce rôle très jeune, finalement, quand sa petite sœur avait été diagnostiquée avec un trouble autistique. Juliet avait été le ciment de sa famille ; de Leah lorsqu’elle avait été rejetée par la haute société sorcière, de sa mère lorsqu’elle été tombée en dépression et que son père l’avait quitté pour une autre femme. On se reposait sur elle parce qu’elle était forte, parce qu’elle ne flanchait pas.

Et longtemps, elle n’avait pas flanché. Pas quand Leah avait présenté les signes de son trouble. Pas quand sa mère avait été admise à Sainte-Mangouste. Pas quand son père avait quitté sa mère. Pas quand elle avait appris que la femme qu’il fréquentait était la mère de son meilleur ami. Pas quand il avait eu son accident et qu’il était resté dans le coma. Pas quand on s’était moqués d’elle et qu’on l’avait insulté parce qu’elle des mœurs prétendument légères. Pas quand elle était tombée enceinte, à dix-huit ans. Pas quand elle avait été prise dans les émeutes du terrible Bloody Sunday. Pas quand elle avait dormi moins de deux heures et que Gabrielle hurlait, encore et toujours, dans son berceau. Pas quand elle avait cru l’avoir perdu le jour de l’effondrement de la Marchebank. Jamais.

Aujourd’hui, elle ne se sentait pas capable de rajouter plus de poids sur ses épaules que celui qu’elle portait déjà seule. C’était pour ça, aussi, qu’elle n’osait pas se confier à Jeremy ; elle craignait que, s’il lui ouvrait son cœur, elle ne soit pas capable de recevoir sa peine. Elle pouvait déjà à peine supporter la sienne.

Son rôle n’était peut-être pas d’attaquer les miliciens, seule, baguette brandie. Elle avait encore en tête les images du procès de Lauren auquel elle avait assisté jusqu’à la fin – parfois, elle en rêvait même la nuit et se réveillait en sueur, paniquée, avant de se rendre compte qu’il ne s’agissait pas simplement d’un cauchemar. Et pourtant, Merlin seul savait à quel point elle en avait envie, à quel point elle voulait les voir souffrir.

Mais Théo avait raison. Sa colère n’était que destruction, et ce n’était pas comme ça qu’elle s’en sortirait et qu’elle parviendrait à se reconstruire sainement. La jeune femme poussa un profond soupir.

« Tu as raison. » admit-elle avec un sourire en coin. Elle avait toujours détesté admettre qu’elle avait tort – fierté de Gryffondor oblige.

Elle conserva un instant le silence, l’esprit bercé par le bruit des vagues qui venaient s’échouer sur le sable. Elle aurait aimé pouvoir transformer la haine qui l’habitait et l’investir dans un acte productif. C’était déjà un peu ce qu’elle faisait à Flaquemare, même si elle avait bien vite compris que cela avait ses limites – elle avait toutefois battu le record en vitesse du club.

« J’ai pas beaucoup de valeurs positives à insuffler à quiconque, pour le moment. » avoua-t-elle en grimaçant. « Je ne serai pas une cheerleader très efficace. » lança-t-elle dans une tentative d’humour.

Songer à sa propre colère la fit repenser à celle qu’elle avait vu apparaître le visage de Théo, quelques minutes plus tôt et aux paroles qu’il avait prononcées. Elle savait que son ami pratiquait une forme de magie noire, illégale en Angleterre depuis des années. Juliet venait d’une famille de Mangemorts reconnus – qui avait surtout marqué les esprits lors de la première guerre des sorciers, puis qui avait pris la décision de rester discrète lors de la seconde, même s’ils étaient ouvertement des sympathisants de Lord Voldemort. La magie noire planait dans sa famille – parfois, il lui semblait même qu’elle pouvait la sentir lorsqu’elle se trouvait dans le manoir familial. Apprendre qu’un de ses plus proches amis la pratiquait, cela l’avait tout d’abord plongé dans une confusion perturbante – elle qui avait toujours tout fait pour se distinguer de sa famille maternelle, notamment en faisant une sérieuse distinction entre ce qu’elle pensait « bien » et ce qu’elle pensait « mal ». Mais Juliet avait grandi et Juliet avait rencontré Théo, qui lui avait appris que parfois, le « mal » n’était pas complètement noir et que le « bien » avait aussi son lot de méchants. Elle savait que son ami était un homme profondément bon et ça lui suffisait amplement.

« Tu m’emmènerais ? » demanda-t-elle soudainement en levant les yeux vers Théo pour l’interroger du regard. « Au QG, je veux dire. Je sais que Jeremy y va souvent, mais… » elle grimaça et ne prit pas la peine de terminer sa phrase. « J’aimerai bien m’entraîner un peu. J’étais pas mauvaise en duel, à Poudlard, mais ça fait si longtemps… » lança-t-elle avec un petit sourire – le temps de l’école lui paraissait si loin.

Un instant de silence passa, juste assez longtemps pour qu’une idée ne germe dans son esprit. Ses yeux se mirent à pétiller, alors qu’elle s’adressait de nouveau à Théo :

« Tu pourrais m’aider à m’entraîner, là-bas ? » Elle eut un sourire en coin. « Je comprendrai que tu aies trop peur pour accepter… »



Théo NottBibliothécaireavatar
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Derrière le ton humoristique de Juliet se trouvait une amère vérité : la jeune femme était loin d'être rétablie de son attaque. Sans doute ne se rétablirait-elle jamais vraiment, tant physiquement que psychologiquement, et en conserverait toujours des traces. Mais Juliet étant Juliet, il était persuadé qu'elle saurait aller de l'avant, et pourrait s'accrocher à ce qu'il y avait de beau et de positif dans sa vie, plutôt que de s'écrouler sous le poids de cette haine. Il lui adressa un sourire en guise de soutien, et laissa un silence agréable s'installer entre eux, tout juste rompu par le bruit du vent et des vagues.

L'interrogation soudaine de Juliet le surprit, et il tourna un visage interrogateur vers elle. L'emmener, bien sûr, mais où ?

"Oh", souffla-t-il en hochant la tête lorsqu'elle évoqua le QG. Ainsi, son amie semblait décidée à s'investir d'avantage dans la résistance, comme son mari le faisait depuis déjà plusieurs semaines. Un sentiment de fierté l'envahit tandis qu'il dévisageait ce petit bout de femme qui, mère protectrice et talentueuse joueuse de Quidditch, décidait d'ajouter à son emploi du temps de ministre un engagement politique.

"Oui, bien sûr, je t'emmène quand tu veux", répondit-il tranquillement, en songeant que tout le monde serait ravi de voir une nouvelle tête là-bas. Le Lexit comptait un nombre respectable de membres - pas assez pour s'opposer efficacement au régime, certes - mais c'était toujours le même petit groupe que l'on voyait régulièrement squatter le QG. Théo en faisait partie, présence discrète qui se mêlait rarement aux autres. Juliet, il n'en doutait pas, s'insérerait très bien dans les conversations et, il est vrai, se remémorer les bases du duel ne pourrait pas lui faire de mal.

Sa dernière bravade lui tira un éclat de rire et il souleva ses sourcils roux d'un air hautain.

"Moi, peur ?", lâcha-t-il en se penchant pour elle pour la chatouiller brièvement du bout des doigts. "Peur de t'écraser, c'est vrai, il va falloir que je maîtrise ma puissance mais, pour toi, je veux bien faire un effort."

Comme il commençait à avoir froid, et les jambes ankylosées, Théo se leva et s'étira un moment, englobant des bras l'immensité de la plage déserte.

"Allez, levons-nous", intima-t-il à Juliet en soulevant Gabrielle comme si elle n'était qu'une plume. Lovant la petite contre lui, il tendit sa main libre à Juliet pour l'aider à se redresser. "Il faut être en forme, pour pratiquer le duel."

Les deux amis reprirent leur balade sur le bord de mer, plaisantant et échangeant sur des sujets plus légers, pour s'aérer l'esprit. Puis, quand Gabrielle se réveilla, visiblement affamée, ils décidèrent de prendre le chemin du retour. Lorsqu'il regagna son appartement ce soir-là, Théo se sentait plus apaisé. Ses problèmes de couple étaient loin d'être réglés, quant à la guerre, il ne pouvait s'ôter les confessions de Juliet de la tête. Mais il avait la conviction qu'elle et lui seraient capables de tout affronter, tant qu'ils avaient l'autre sur qui compter.

RP terminé



Merci à Juliet
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Don't let me down [Théo & Juliet]

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