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 Douze mages en colère [Ouvert à tous]

Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
Messages : 739

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12 mai 2010


"Monsieur le ministre ! Monsieur le ministre ! Quelques mots pour la Gazette du Sorcier ! Que répondez-vous aux rumeurs selon lesquelles l'accusée serait une amie de votre fils ?"

"Monsieur Marchebank, garderez-vous des séquelles de vos blessures ?"

"Qui présidera le procès ?"

D'un geste impérieux de la main, Leopold écarta les journalistes qui lui bouchaient le passage comme on éparpille une bande de moineaux. Il avait déjà dit tout ce qu'il avait à dire à la Gazette et à Multiplettes la veille au soir, pour l'édition spéciale du matin. Son visage fatigué était en première page des unes qui avaient été livrées à tous les foyers magiques ce matin, tout comme celui de Lauren McGowan, dont on avait fourni la photographie de son ancien badge du Bureau des Aurors. Sur le conseil d'Isobel, il ne comptait plus s'exprimer auprès de quiconque d'ici la fin du procès, dont l'issue restait incertaine. Mieux valait éviter de commettre un impair.

Traversant le hall du Ministère sans plus prêter attention aux flash des journalistes, il vint se planter devant l'ascenseur, encadré par trois gardes-du-corps à l'air patibulaire. Avec un grognement intérieur, il songea que sa tranquillité était terminée désormais, à moins qu'il ne trouve un remplaçant discret et efficace à Alan. Merlin, il ne pouvait pas passer sa vie à rester sagement caché, à éviter les tentatives d'assassinat ! Il avait de toute manière trop d'ennemis pour s'y résoudre. Il fallait savoir embrasser la possibilité de sa propre mort, cela faisait partie du jeu : parfois on gagnait, et d'autres... On était moins chanceux.

"Niveau -10".

Un frisson le parcourut quand la voix désincarnée annonça qu'ils étaient arrivés à leur destination. Ce niveau, creusé dans les tréfonds de le capitale, était passablement lugubre et Leopold peinait à s'y accoutumer. Ce n'était pourtant pas faute de le fréquenter, en sa qualité de président-sorcier du Magenmagot, pleins pouvoirs oblige. Aujourd'hui, pourtant, c'était en qualité de victime qu'il se présentait au procès, place qu'il n'était guère habitué à occuper...

Une rumeur se faisait déjà entendre depuis la porte ouverte de la salle 10. D'un hochement de tête, Leopold salua les deux directeurs de département qui conversaient à voix basse près de l'entrée de la salle, puis fit une entrée remarquée - il fallait avouer qu'il n'était pas très discret, entre ses trois gorilles et le large bandage blanc qui lui enveloppait le crâne. En réalité, la guérison du ministre était bien enclenchée, mais on lui avait conseillé de jouer la carte de la victime jusqu'au bout. Dans cette sombre affaire, le rôle de la milice n'était pas tout-à-fait clair et il était préférable de mettre l'accent sur l'attaque surprise dont avait été victime le ministre.

Du regard, Leopold embrassa la large pièce circulaire, entourée de bancs déjà bien remplis par le public et par une douzaine de mages. Sur leurs robes prunes, le grand M brodé d'or apparaissait nettement à la lueur des lampes à huile, qui éclairaient péniblement la salle aux murs sombres. Il avisa la silhouette familière de la sorcière qui allait présider l'audience, et elle lui rendit son regard, imperturbable. Il espérait qu'elle n'oublierait pas que leur petite conversation de la matinée.

Conscient d'être la cible des regards, Leopold arborait un visage fermé, retenant à grand peine un soupir inquiet. Tout cela ne lui disait rien qui vaille et il avait hâte que cette sale histoire soit derrière lui. La fatigue de la nuit blanche qu'il venait de passer se lisait sur son visage mangé par des cernes violettes. Sur les bancs occupés par le public, il eut la surprise de reconnaître le visage juvénile de l'une de ses filles. Sur les traits de Kessy, on ne lisait aucune trace de son enthousiasme et de sa joie de vivre habituels. L'espace de quelques secondes, il se demanda ce qu'elle fichait ici puis son cerveau se remit en état de marche. Depuis hier, il n'avait pensé qu'à Dave, mais il avait oublié que Dave n'était pas le seul de ses enfants à avoir passé la majeure partie de sa scolarité dans le même endroit que Lauren McGowan et Samantha Miller. D'ailleurs, l'audience lui paraissait particulièrement jeune et poudlardienne, songea-t-il en avisant quelques vingtenaires, et la chevelure rousse caractéristique de l'une des enseignantes de l'école.

Plutôt heureux de ce renfort familial inattendu, Leopold décida de se diriger vers Kessy. Ses gardes du corps se placèrent en haut de la salle, puisque l’ovale central était déjà encadré d'aurors armés jusqu'aux dents.

"Bonjour, ma fille", la salua-t-il d'une voix basse en se laissant tomber péniblement sur le banc en bois. Ses fins sourcils froncés avec inquiétude, Kessy ne lui répondit pas mais posa une main sur celle de son père, qu'elle pressa doucement. Il songea alors que ce n'était peut-être pas pour Lauren que Kessy était venue, mais bien pour son père, qu'elle aurait pu perdre la veille si les choses avaient mal tourné. Leopold lui adressa un maigre sourire et se pencha vers elle pour déposer un baiser sur son front.

Alors qu'il se tournait vers l'entrée de la salle pour voir si Rosaleen arrivait, il avisa deux membres de la milice qui encadraient une silhouette féminine et familière. Lauren McGowan était vêtue de ce même sweat gris informe, des mèches folles encadrant son visage pâle. Leopold sentit son rythme cardiaque s'accélérer tandis qu'on emmenait McGowan jusqu'au siège de l'accusé, au milieu de la salle, où des chaînes attendaient de s'enrouler autour de ses poignets. Envahi par la colère et l'appréhension, le ministre se leva pour venir poser ses mains sur la barre en bois qui séparait les deux rangées. Ses pupilles sombres se contractèrent lorsqu'il croisa brièvement le regard de l'accusée, et il ne détourna pas la tête, profondément absorbé par la scène. Un mélange d'émotions contradictoires se battaient en lui et il songea que l'heure à venir n'allait pas être de tout repos.

La salle continua de se remplir pendant quelques minutes, puis la présidente du jury se redressa et leva la main pour demander le silence. Leopold, lui, se laissa de nouveau tomber sur son siège, tandis que les murmures des conversations s'éteignaient peu à peu. Le flash d'un appareil photo se fit entendre, puis le calme se fit tout-à-fait. Face à lui, Leopold reconnut le visage glacial de Danielle Coleman, prête à répondre de la milice.

Tous les joueurs étaient en place, la partie pouvait commencer.

HRP:
 


Lauren McGowanPersonnage décédéavatar
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Lauren tourna lentement la tête en entendant la porte de la cellule grincer. Elle fut aussitôt aveuglée par la lumière vive qui provenait de la baguette d'un des deux miliciens qui se tenaient de l'autre côté des barreaux.

"Debout."

Elle se redressa péniblement. Elle avait passé les dernières heures assise sur un sol en pierre humide, ses jambes recroquevillées contre elle dans une vaine tentative de lutter contre le froid. Son duel de la veille et l'arrestation musclée de la milice avaient laissé tous ses muscles endoloris et elle était certaine de s'être cassé une côte. Elle n'avait pas mangé ou dormi depuis plusieurs jours et ses jambes peinaient à la soutenir. Le plus vieux des deux agents de la Milice l'attrapa alors sans ménagement et lui plaqua brusquement les deux bras dans le dos ; elle serra les dents pour contenir un grognement de douleur. Des menottes magiques apparurent autour de ses poignets et elle songea avec amertume que quelques mois plus tôt le lieutenant Meyer lui apprenait justement à les utiliser. Elle n'avait jamais eu l'occasion de s'en servir, et n'aurait jamais pensé y être confrontée un jour en tant que prisonnière.

On la poussa dans le dos et elle avança mécaniquement dans la direction indiquée pour rejoindre la zone de transfert de la prison, le seul endroit qui n'était pas protégé contre le transplanage. Elle n'arrivait plus à penser. Elle avait eu toute la nuit pour ça mais elle ne pouvait pas réfléchir. Elle avait pourtant conscience qu'on l'escortait à son procès, qu'elle serait jugée dans quelques minutes, et inévitablement condamnée, mais c'était comme si son cerveau ne savait pas comment réagir à cette information. Elle n'était pas inquiète, n'avait pas peur. Elle n'avait plus rien à craindre de toute façon. Que pouvait-il lui arriver de pire que de perdre Samantha aux mains de la Milice ?

Elle ne ressentait plus que cette colère glaciale qui coulait dans ses veines depuis des jours. Cette rage contre le monde entier, contre le gouvernement et ses mensonges, contre l'injustice de la mort de Samantha. Elle ne cesserait pas de se battre pour rétablir la vérité, même si c'était la dernière chose qu'elle devait faire. Elle se fichait de prouver son innocence, de défendre sa liberté, elle voulait que le monde sache.

Les deux miliciens l'attrapèrent chacun par un bras et transplannèrent en direction du Ministère. Ils n'arrivèrent pas dans le hall, qui devait grouiller d'employés à cette heure-ci, mais directement dans une zone réservée du département de la justice magique. Un ascenseur privé permettait de rejoindre le niveau -10 en évitant aux accusés de prendre un bain de foule. Elle ne savait pas vraiment si cette mesure visait à protéger les accusés en question ou les employés du Ministère. Elle sentit son ventre se nouer alors que les portes de l'ascenseur se refermaient sous ses yeux. Elle ne voulait pas avoir peur, mais alors qu'elle entamait sa descente vers les salles d’audience, elle ne parvint pas à lutter contre la vague d’angoisse qui monta en elle.

Un flash l'aveugla à la seconde où les portes de l'ascenseur s'ouvraient. Plusieurs journalistes se pressèrent alors dans sa direction pour la noyer sous un déluge de questions qu'elle ne distinguait même pas. Elle avait le tournis, elle se sentait oppressée, désorientée. Elle lutta contre l'envie de leur hurler de dégager et se contenta de les fusiller d'un regard sombre, souligné de cernes violacées. Les Miliciens dispersèrent la foule, baguette à la main, et la poussèrent jusqu'à l'entrée de la salle d'audience, déjà à moitié pleine.

Lauren n'avait jamais été quelqu'un de très apprécié, et elle avait appris à ne pas accorder trop d'importance au regard des autres. On s'était moqué d'elle, on l'avait jugé, on l'avait souvent regardé de travers, mais jamais elle n'avait ressenti une telle haine collective, dirigée directement contre elle. Toute l'assemblée la suivit du regard alors qu'on la faisait avancer au centre de la pièce. Elle pouvait sentir leur mépris, leur animosité, aussi surement que s'ils l'avaient martelée de coups. Le procès n'avait peut-être pas encore eu lieu mais elle était déjà coupable, à leurs yeux à tous. Et elle n'avait pas l'intention de les persuader du contraire.

Son cœur manqua un battement et elle faillit trébucher en reconnaissant ses parents et ses frères dans l'assemblée. Le milicien à sa gauche la rattrapa d'une poigne ferme et la poussa en direction de la chaise au centre de la salle. Son rythme cardiaque s'accéléra à mesure qu'elle reconnaissait des visages familiers dans l'audience. Elle aurait voulu que personne ne soit là, elle ne voulait pas affronter leurs regards. Elle refusait de penser à tous ceux qu'elle avait trahi en décidant de s'attaquer à Léopold Marchebank, et à tous ceux qu'elle avait déçu en échouant.

On lui retira ses menottes et on la fit asseoir sur la chaise en bois au centre de la salle. Elle ne s'était jamais sentie aussi seule. Tous les regards étaient braqués sur elle et pourtant elle se sentait complètement insignifiante. Elle était minuscule au milieu de cette salle austère, et complètement impuissante face au système. D'épaisse chaînes ensorcelées s'agitèrent sur les accoudoirs en bois pour venir s'enrouler fermement autour de ses bras, la privant de tout mouvement. En redressant la tête, ses yeux se posèrent sur Léopold Marchebank. Elle tressaillit mais soutint son regard sans ciller alors que le silence se faisait progressivement dans la salle.

Lauren sentit sa colère et sa détermination fondre comme neige au soleil sous le regard dur de la présidente du jury qui venait de se lever. L'adolescente ne se faisait aucune illusion, elle se savait déjà condamnée. Ce procès n'était qu'une mascarade dont le seul aléa résidait dans la peine qui lui serait infligée. Elle aurait voulu rester forte, se battre jusqu'au bout pour rétablir la vérité, sans penser aux conséquences, mais elle sentit son cœur s'affoler et sa gorge se nouer à l'idée que son sort serait fixé dans les heures qui suivaient. Comment pouvait-elle trouver le courage de continuer à luter alors qu'elle sentait qu'elle avait déjà perdu ? Elle devait le faire pour Sam, se répéta-t-elle en refoulant ses larmes. Samantha méritait que la vérité soit faite.



Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des Mystèresavatar
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L'air charrie quelque chose de profondément délétère, depuis quelques mois, comme une promesse de changement qui arriverait beaucoup trop tôt. Je renifle le sens du vent avec la certitude qu'un évènement se prépare, ou du moins l'espoir tenace que les récents " accidents " engendreront une réaction. La disparition de Daliathus - Merlin merci,- l'attentat franchement réussis de la Marche Bank, sont autant d'éléments qui font peser sur notre petite catégorie ministérielle privilégiée un genre de mise en garde, certes prévisible, mais franchement désagréable. Et si la tension palpable du paysage politique promettait tôt ou tard à Leopold une tentative de représailles un peu moins chevaleresque que la pulvérisation d'un symbole architecturale - même si on doit convenir que son nom était en soi un appel à l'affront, - je crois que personne ne s'attendait à ce que l'acte soit perpétré par une gamine, au sein même du ministère.

J'aimerai vraiment savoir quel genre d'enseignement reçoivent ces mômes pour être capable, à 18 ans, de balancer des gens comme Alan par les fenêtres.

Je repasse en silence les déclarations de Leopold, adressées aux journaux parus ce matin, avec la certitude qu'aucune des phrases prononcés ne reflètent un dixième de la réalité. En traversant le hall sombre du Département des Mystères, je m'interroge sur les nouveaux intérêts qui pourraient le pousser à dissimuler des éléments, sans bien comprendre comment une amie de Dave a pu parvenir à de telles extrémités. Avec un pincement de lèvres impatient, je m'immobilise devant l'ascenseur qui conclut le couloir. La pierre noire me renvoi un reflet que je n'aime pas du tout : tendu, fatigué, préoccupé. Cette histoire me dépasse et je n'apprécie pas la sensation d'incertitude qu'elle déclenche. Je sais que mon impatience est décuplée par l'inconfort qui m'étreint chaque fois que je quitte le Département des Mystères. Ce lieu indépendant, secret, que je considère depuis longtemps comme ma véritable demeure, à plus forte raison depuis que j'en ai obtenu le pleins pouvoirs, me donne un sentiment d'impunité et de protection qui cessera dès que j'aurai mis un pieds dehors.

Seulement… Et je m'accroche à cette idée alors que je soupire en sentant les étages défiler sous mes pieds, il me semble difficile d'échapper à ce procès qui devrait promettre quelques informations intéressantes. Je me sens par ailleurs dans une obligation un peu dérangeante de considérer l'état de Leopold par moi-même. Une obligation que je m'explique doctement et avec un froid pragmatisme par le fait que, si Leopold devait mourir maintenant, beaucoup des efforts mis en place ces derniers mois s'envoleraient dans le néant - je n'aurai plus qu'à m'asseoir et pleurer le temps perdu.- Je sais, en réalité, qu'il y a autre chose, mais avec une hypocrisie digne, je choisis d'ignorer le propos.

J'espère aussi croiser Dave. Sa situation me rappelle une époque de ma vie pas si lointaine où, par un hasard de faits, les pires situations semblaient s'être concertés pour m'ensevelir sous un un franc tas de merde. On dirait bien que c'est la tournure que prend tranquillement sa vie, récemment, et je crois que la solitude ne lui est pas forcément nécessaire.

Me rapprocher de lui, par contre, me semble l'être beaucoup plus et il serait peut-être dommage de ne pas profiter d'une si belle occasion.

Lorsque je pénètre dans la salle 10, une foule de sorciers se tassent déjà sur les bancs, curieux, et je n'ai qu'à suivre leurs regards pour distinguer nettement, digne comme une statue franchement amochée au milieu de la foule, la carrure de Leopold Marchebank. " Quelle sale gueule " est ma première pensée à son égard alors que je cherche à capter son regard : la petite McGowan s'est appliquée, bien comme il faut, pour ajouter un peu de maquillage sur son masque brisé de fatigue. Et pourtant, je suis subjugué par ce qu'il dégage. Sa présence me plonge dans un mélange de sentiment crispants, comme le besoins irrépressible de me faire remarquer de lui, et l'envie pressante de lui mettre mon poing dans la figure. L'emprise qu'il possède sans efforts me rend profondément méfiant, mais je ne lutte plus contre les sentiments positifs et paradoxaux qu'elle génère à son égard. Lentement, je me glisse sur un banc, et jauge tour à tour les groupes qui se sont soudés, comme une quantité de petits troupeaux impressionnables venus assister à l'exécution de leurs chefs. Beaucoup de visages jeunes se découpent au-dessus de cols blancs bien repassés : des étudiants, probablement des amis de Miss McGowan, venus la soutenir ou la huer. Aux côtés de Leopold, Kessy, un peu blême, assez vaguement l'ombre de ce que je connais d'elle, et dans l'attitude guindée de Leopold, quelque chose qui ressemble à de l'incertitude et qui me glace jusqu'au fond du cœur. Un bref coup d'œil vers la juge me laisse profondément pensif. Avec un réflexe nerveux dû à l'habitude, je glisse une main dans la poche de ma robe et sert entre mes doigts le rappel-tout inutile qui ne me quitte jamais. Imperceptiblement, je fronce les sourcils, et fixe Leopold pour essayer de décrypter son regard. Impossible qu'il n'ait pas eu la bienséance de truquer les dés, et pourtant quelque chose me souffle que dans le genre de partie qui se joue là, certains critères risquent de nous échapper.

Les variables inconnues me rendent fou. Je réalise que je ne dispose pas du quart de l'histoire qui se joue ici, aujourd'hui, et je ressens la frustration que doivent ressentir les membres du ministère lorsqu'ils tentent de comprendre ce qu'on passe exactement nos journée à faire, au Département des Mystères.

Mon attention est attiré par un mouvement de foule et une rumeur qui me fait tourner la tête. Escortée, Lauren McGowan pénètre dans la salle. Je me retient pour ne pas l'applaudir : elle s'est fait de nombreux ennemis aujourd'hui, et doit probablement prendre doucement conscience de l'irréversibilité de la direction que prend sa vie, mais sa prestation, illustrée par la tête de Leopold, mérite franchement d'être saluée. Cette fille est indéniablement dotée d'une volonté qui force le respect.

J'espère seulement que celle de Leopold a suffisamment préparé le terrain pour nous préserver des mauvaises surprises. En détaillant la petite McGowan, ma méfiance est ébranlée, et pourtant quelque chose d'indicible me reste en travers de la gorge. C'est une gamine. Une gamine qui n'a plus exactement l'air de comprendre ce qu'elle fait là, mais dont se dégage une force mêlée de faiblesse, comme quelqu'un qui a eu, à un moment donné, un courage inhumain, mais qui désormais ne trouve plus en elle l'énergie nécessaire pour tout autre chose que la résignation. Les émotions troubles qui se lisent sur son visage alors qu'elle reconnaît probablement dans la salle des proches à elle, sont très loin d'inspirer de la pitié. Elle me fait l'effet d'un beau gâchis et pourtant, je ne peux m'empêcher de me méfier. Alors je scrute la juge, et j'attends de comprendre.
MétamorphomageMolduavatar
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Muphride Mosbery, 73 ans, juge du Magenmagot, présidente du jury

Le juge Mosbery détestait les affaires qui impliquaient des adolescents ou de très jeunes adultes. La justice, au sens où elle l’entendait, se trouvait dans ces cas-là plus difficile à rendre correctement. Face à une jeune victime, la compassion était plus grande. Face à un jeune accusé, la tentation de se montrer clément et de chercher des excuses, plus forte. Par ailleurs, il s’agissait bien souvent de procès plus médiatisés que les autres, et s’il y avait une chose que Muphride détestait, c’était bien que des journalistes totalement ignares du droit mettent leur nez dans des jugements mûrement soupesés et se pensent légitimes pour en émettre un autre : un jugement qui ne serait rien d’autre qu’une opinion, en vérité. Or, les opinions n’avaient rien à faire dans une cour de justice, ce qui était une subtilité que peu de personnes voulaient bien admettre.

Lauren McGowan était majeure et par conséquent responsable de la totalité de ses actes devant la loi. C’était la seule lunette sous laquelle la présidente du jury comptait analyser l’accusée du jour. Si les faits dont elle se trouvait accusée se révélaient avérés, alors la condamnation serait à la hauteur de leur gravité, c’était aussi simple que cela.

Evidemment, Muphride avait parfaitement conscience que c’était loin d’être un procès simple, un procès comme les autres, alors même que le dossier lui, était relativement simple. Bien que les faits dont étaient accusés McGowan soient très lourds -homicide, tentative d’homicide, coups et blessures, acte de terrorisme- les preuves et les témoins à charge étaient nombreux. Quant à la tactique de la défense, elle était assez éloquente quant à la véracité des faits : les avocats comptaient plaider la démence.
C’était le tapage médiatique et la situation d’exception de la victime qui rendraient ce jugement difficile. C’était le Ministre lui-même qui avait été la cible d’un assassinat politique, en pleine rencontre diplomatique. Le fait que l’accusée soit extrêmement jeune et de surcroit, une amie du fils du Ministre comme l’avaient vaillamment clamé toutes les unes du jour, donnait encore davantage de grain à moudre. Muphride prédisait sans mal que la salle d’audience serait pleine à craquer, car le procès était rendu public : une décision qui visait sans nul doute à conforter l’image de puissance du gouvernement. Un Ministre qui survivait à un attentat, c’était déjà un bel exploit. Un Ministre qui survivait quelques mois plus tard à une tentative d’assassinat frontal, c’était un véritable élu des dieux.

Et l’on ne pouvait que compatir pour un homme qui après avoir perdu des membres de sa famille dans un terrible attentat se voyait directement attaqué par une folle à lier dans le meilleur des cas, une terroriste dans le pire. Muphride était bien consciente que l’issue de ce procès était un nouveau point de basculement dans la trajectoire que prenait l’Histoire, tout comme l’attentat à Leopoldgrad avait pu en être un, ou les émeutes du Chemin de Traverse qu’on avait sinistrement surnommées le Bloody Sunday. Ce jour allait inévitablement faire naître de nouvelles orientations, pas seulement à l’échelle du gouvernement, mais dans le cœur de tous les citoyens qui s’intéresseraient à l’affaire. Il n’y avait rien de tel qu’une affaire de justice pour lancer des débats brûlants. C’était sous cet angle que Muphride préférait envisager cette journée, plutôt que de penser à la débauche journalistique qui s’ensuivrait inévitablement. Aujourd’hui, le Magenmagot allait marquer l’Histoire.

Il fallait quelqu’un d’expérimenté, à l’esprit vif et acéré, et à la main de fer pour supporter une telle pression. C’était les raisons qui plaçaient aujourd’hui Muphride Mosbery à la présidence du jury. Lorsqu’elle pénétra dans la salle, vêtue de la robe d’un violet sombre qui signalait à tous sa position, les chuchotis se firent moins forts. Un regard sur l’estrade lui suffit à faire le compte. Le collège des douze juges qui allaient examiner l’affaire était bel et bien réuni dans sa totalité, assis sur leurs sièges, dans leurs robes rouges.

La voix grave de Muphride retentit avec force dans la salle d’audience circulaire, suivie de trois coups de marteaux.

« Je demande le silence dans la salle. »

Et le silence fut. Le juge Mosbery s’installa sur son siège, plus élevé que les autres, puis attrapa d’une main les lunettes rectangulaires, suspendues autour de son cou, qui donnaient à son visage dur une expression plus sévère encore.

« La séance est ouverte. »
Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Si l'insatiable Mildred Magpie disposait depuis la veille d'un communiqué exclusif du Ministère, elle comptait bien faire les choux gras de cette sordide tentative de meurtre dans les plus hautes sphères du pouvoir. Après tout ce n'était pas tout les jours que l'on déjouait un aussi incroyable et vil attentat contre la personne même du Ministre. Malgré son statut de victime, Leopold Marchebank était propulsé une énième fois au rang de héros national, et ce procès allait sans l'ombre d'un doute lever les multiples ombres qui obscurcissaient encore le tableau d'ensemble. Jouant des coudes parmi ses "confrères" journalistes entassés derrière un cordon de sécurité, Mildred cherchait un moyen de se faufiler aux premières loges, afin d'avoir le bon cliché du Ministre, celui qui transpirait le suspense d'un procès sur le point de débuter, et dont l'issue demeurait encore incertaine. Visage grave et démarche altière, Leopold Marchebank pénétra enfin dans le hall d'entrée où s'agglutinait la horde de journalistes. Tel un banc de sardines, la presse fondit sur lui et son service de sécurité. Tandis que les flash crépitaient de toute part, Mildred Magpie se lança avec panache et bestialité dans la bataille pour obtenir les premiers rangs et une déclaration du Ministre. Le carnage et la sacro-sainte loi journalistique du chacun pour soi pouvaient débuter. Plantant ses ongles tranchant dans le flanc d'un vulgaire pigiste afin de l'écarter de son chemin, Mildred fusilla du regard la "pétasse" de la Gazette qui cherchait à lui voler la vedette et son exclusivité.

"Monsieur le ministre ! Monsieur le ministre ! Quelques mots pour la Gazette du Sorcier ! Que répondez-vous aux rumeurs selon lesquelles l'accusée serait une amie de votre fils ?" s'enquit de demander l'intransigeant reine de l'objectivité journalistique, Amanda Brown.

Telle une hyène luttant pour un os, Mildred Magpie n'hésita pas à tirer violemment sur la queue de cheval de la journaliste de la Gazette, pour la contraindre à reculer et lui dérober sa place de luxe. Sans trop comprendre ce qui lui arrivait, Amanda Brown poussa un glapissement de surprise, en voyant la vicieuse rédactrice en chef de Multiplettes se glisser telle une anguille devant elle. Visage outrée, elle chercha à agripper la manche de tailleur en satin de son affreuse rivale journalistique.

"Magpie! Vieille pie de malheur! Laisses donc travailler les vrais journalistes d'information! Toi et ton torchon racoleur, vous n'avez rien à faire ici! "

Sans même lui adresser un regard, Mildred Magpie se contenta de plaquer sa paume de main sur la bouche de l'irrévérencieuse reporter de la Gazette.

"Toi et ton périodique, vous appartenez à une époque révolue! Que cela te plaise ou non, Multiplettes dispose également de l'exclusivité dans cette affaire! Alors bouges de là, et contentes toi des miettes d'information que je daignerai t'accorder! "

"Salope! "

Mildred ignora l'insulte étouffée entre ses doigts, ainsi que le petit coup de pied qui vint sournoisement percuter son mollet ; C'était de bonne guerre après tout dans la bataille pour l'information. Ignorant la déferlante de questions qui s'abattaient sur le Ministre, la reine des vautours préféra immortaliser un cliché de l'entrée en scène de l'héroïque victime. Plantant son coude dans les flancs de William Scavo de Gringotts Time,  la voix de l'insidieuse sorcière finit par croasser au-dessus de la masse journalistique.

"Monsieur Marchebank? Est-ce vrai que vous avez sauver la vie du secrétaire d'état slovaque? Est-ce un acte isolé d'une déséquilibrée ou un le fait d'une conspiration terroriste? Lauren mcGowan est-elle le cerveau machiavélique de cette opération ? Quelles sont les réactions de vos proches? "

Reconnue pour sa capacité à vous inonder de questions, l'impétueuse journaliste à ragot ne tarda pas à prendre les devants et marquer son territoire. Même si Leopold Marchebank n'adressa aucun commentaire à la meute de journaliste, Midred se réjouissait d'avance que Multiplettes puisse disposer d'un accès à ce procès légendaire. Nichée dans le public, elle serait aux premières loges pour approcher le monstre McGowan, et voir le Ministre plaider son sort avec sa verve actuelle. Au vue des faits reprochés à l'ignoble accusée, l'issue de ce procès ne pouvait que déboucher sur une victoire du camp de la justice sur la barbarie. Surtout quand vous connaissiez l'intransigeance de la juge du Magenmagot, qui n'était autre que la vertueuse et admirable Muphride Mosbery. Que de spectacle et de réjouissance en perspective ; Mildred regrettant presque d'avoir oublié de succulente mignardises pour accompagner sa suivie du débat judiciaire.  

Mildred Magpie attendit quelques instants, et de voir la cohorte ministérielle disparaitre derrière la porte de l'ascenseur conduisant dans les ténèbres du jugement, pour enjamber avec la grâce d'une panthère le cordon de sécurité et rejoindre le Milicien qui controlait les accès. Sans perdre une seconde, elle désigna sa carte de presse épinglée sur sa veste de tailleur, à l'endroit même où gisait l'un de ses deux lourds obus. Rejetant sa chevelure en arrière, elle prononça avec une satisfaction non dissimulée le sésame qui lui ouvrait les portes du procès.

"Mildred Magpie, Multiplettes! "

Le milicien se contenta d'un bref hochement de la tête, avant de saisir l'appareil photographique magique de la journaliste, aucun cliché n'étant admit à l'intérieur de l’enceinte du magenmagot. De la pointe de sa baguette, il fouilla le sac à main en peau de crocodile de luxe de la sorcière, et sembla tiquer sur bon nombre d'objets qui en polluaient l'espace. Les pommettes de la sorcière s'empourprèrent légèrement, alors qu'elle avoua d'une voix un brin confuse.

"Monsieur le Milicien, vous devez savoir que le sac à main d'une femme est emplit de petits secrets inavouables... "

Le milicien secoua la tête avec dégout.

"Oui, et bien, il y a certain de vos petits secrets que je ne souhaite pas effleurer! Maintenant, je vous prie de circuler! "

La romancière se glissa à son tour dans l'ascenseur la conduisant vers un scoop aussi ardent que la lave d'un volcan en éruption. Une multitude de questions se bousculaient dans sa cervelle, et qui n'étaient en vérité rien d'autres que de bouillant et savoureux espoirs. L'accusée allait-elle montrer son vrai visage? Allait-elle pleurer à l'énoncer du verdict? Leopold allait-il la défier du regard? Est-ce que les proches du ministre seraient présent dans la salle d’audience? Bref, est-ce que ce procès allait lui offrir suffisamment de divertissement pour rédiger son brillant article du lendemain?

La descente dans les ténèbres de la vérité s'acheva, et Mildred s'avança avec son déhanché légendaire vers les places destinées au public. Elle fit mine d'épousseter sa chaise avant d'y poser son noble et large fessier. Elle pouvait discernée la silhouette de Leopold Marchebank qui était assis sur l'un des bancs de l'hémicycle, au coté de sa ravissante et sculpturale fille Kessy. Nul doute que des larmes et des regards empreint d'émotion allaient être échangé. Mildred se tortillait sur son banc pour voir si la Miss Monde magique tenait bien la main de son père, quand l'horrible accusée pénétra à son tour dans l’Arène. Le visage de la romancière blêmit alors qu'elle découvrait le visage fermé de la redoutable Lauren McGowan. Posant une main sur sa poitrine haletante, Mildred ne put s'empêcher de glisser son appréhension à ses voisins de siège :

"Mon dieu! C'est abominable! C'est le visage du diable incarné! " Avant qu'un profond mépris ne finisse par déformer les traits haineux de son visage. "Quelle monstre! J'espère qu'elle sera condamnée à mort, et qu'elle brulera en Enfer pour ses péchés! "

Et en cela la journaliste comptait sur la présidente du Jury qui réclamait le silence, signe de l'ouverture du procès. Le regard écarquillé pour ne rien manquer au scoop judiciaire qui se déroulait devant elle, la journaliste était aussi excitée et à l'affut qu'une hyène flairant l'odeur du sang.


Pull me into your arms, Say I'm the one you own
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Victoria Jones, avocate de la partie civile.

Victoria marchait d’un pas énergique dans les couloirs du ministère de la magie, un épais dossier sous le bras. S’arrêtant devant les portes de l’ascenseur qu’elle appela d’un mouvement de baguette, l’avocate lissa de sa main libre les plis de sa robe de sorcière. Seule dans la cabine, elle se laissa aller à un bref bâillement, qui témoignait de la nuit bien courte qu’elle avait passée. Mais, bien vite, elle se composa à nouveau une expression sérieuse, tandis qu’elle était entraînée dans les tréfonds du ministère.

Hier, alors qu’elle finissait sa tasse de café – approximativement sa douzième de la journée – le directeur de la Justice Magique était venu la trouver, l’air affolé. En quelques mots, il lui avait expliqué que Leopold Marchebank avait été attaqué par une « folle furieuse de terroriste » mais qu’il s’en était sorti de justesse. Alan Sheppard, son garde du corps/homme à tout faire, lui, n’avait pas eu la chance de connaître le même sort. Victoria avait haussé un sourcil, à la fois intéressée par l’affaire et intriguée. Lauren McGowan – puisque c’était le nom de celle qui avait prémédité cette attaque – avait été envoyée à Azkaban ; son procès aurait lieu au petit matin. Et c’était elle, Victoria Jones, qui avait été choisie comme avocate de le partie civile. La jeune femme avait hoché la tête, ne se laissant même pas l’occasion de se sentir flattée d’avoir obtenu ce poste – elle garderait cette petite danse de la victoire pour plus tard. Elle avait passé la nuit avec l’équipe juridique du ministre, à étudier avec application le dossier, à noter chaque détail, chaque élément qui pourrait lui venir en aide lors de ce procès.

Pourtant, aux yeux de Victoria, l’affaire n’était pas bien compliquée. Lauren McGowan était assimilée à un mouvement terroriste depuis plusieurs mois, avait déjà cherché à atteindre le ministre en fouillant dans ses papiers personnels, avait prémédité une attaque où elle avait blessé grièvement le ministre et où elle avait tué Sheppard. Si on pouvait lui trouver certaines circonstances atténuantes – comme la mort de sa compagne dans un regrettable accident d’ambulance alors qu’elle était en route pour l’ile de Skye – il n’en restait pas moins que Lauren McGowan faisait une coupable idéale. Le procès à venir restait une étape délicate, songea Victoria alors que l’ascenseur annonçait qu’elle était arrivée au niveau -10. Elle avait passé des heures à mettre au point une stratégie infaillible et se sentait parfaitement confiante pour gérer la situation avec le même talent dont elle avait fait preuve tout au long de ses plaidoiries passées.

Entrant dans la salle numéro 10, Victoria accorda un bref regard à l’assemblée avant d’aller prendre place. Son assistant – William – était déjà là, le nez plongé dans une feuille remplie de son écriture manuscrite. Elle déposa son dossier devant elle et l’ouvrit à la première page, jetant un dernier coup d’œil à son plan d’attaque et à toutes les preuves qu’elle avait pu rassembler pour incriminer McGowan.


Oscar O'Neill, avocat de la défense

Oscar s’épongea une nouvelle fois le front avec le dos de sa main, puis il tira sur le col de sa robe de sorcier. Il avait l’impression de suffoquer dans la petite cabine d’ascenseur ; mais ce n’était pas cet espace réduit qui lui causait un tel excès de panique. Le dossier qu’il tenait à la main semblait peser une tonne et il y jeta un dernier regard apeuré, avant de sortir dans les couloirs du ministère pour rejoindre la dixième salle.

En tant qu’avocat commis d’office, travaillant au département de la justice magique depuis plusieurs années maintenant, Oscar était habitué à recevoir des messages urgents de son service, lui demandant de descendre au plus vite dans une salle d’accusation pour plaider lors d’un procès. L’avocat avait pris l’habitude de prendre connaissance des éléments du dossier dans l’ascenseur, d’établir sa stratégie en revêtant sa robe de plaidoirie. Ce rythme de vie, bien qu’instable, lui plaisait véritablement, et il n’aurait échangé ce métier pour rien au monde. Sauf aujourd’hui, où Oscar aurait tout donné pour être un simple greffier.

Hier, alors qu’il dînait à Londres avec ses collègues, la nouvelle de l’agression envers Leopold Marchebank leur était parvenue par une sorcière visiblement au courant de chaque potin du monde magique. Un procès aurait lieu demain, disait-elle en avalant une gorgée d’hydromel, alors que chaque personne présente dans la pièce buvait littéralement ses paroles. Oscar avait trinqué avec ses collègues en riant à la pensée de ce pauvre pigeon qui serait payé pour être l’avocat de la jeune femme qui avait prémédité cette attaque. Son sourire avait vite disparu, lorsque, quelques minutes plus tard, une missive du ministère lui parvenait pour l’informer, en mettant les formes, qu’il avait été désigné pour être ce pauvre pigeon. Son cœur avait raté un battement, et il s’était précipité dehors pour transplaner directement au ministère. Autant dire que la nuit n’avait pas été bien longue.

Il n’avait même pas pu rencontrer l’accusée – en avait-il vraiment envie ? – puisqu’elle était enfermée à Azkaban et qu’elle ne pourrait sortir que pour son procès prévu le lendemain. Il avait donc travaillé avec les éléments qu’il avait pu obtenir depuis son bureau, redoutant terriblement le moment où il devrait se lever pour défendre devant toutes les plus grandes personnalités du monde magique, celle qui avait voulu tuer leur ministre. Il avait recueilli plusieurs photographies de la jeune femme et son cœur s’était douloureusement serré lorsqu’il avait avisé son jeune âge. Elle était à pleine plus vieille que sa propre fille. Et il y avait quelque chose, dans ses yeux, dans la manière dont elle posait son regard sur le monde, qui lui rappelait Margareth.

Son service lui avait expressément demandé de plaider la démence. « C’est la meilleure solution, Oscar. » Lui avait-on dit. « Tu peux pas faire autrement, là. » Oscar avait hoché la tête, les yeux toujours perdus dans le vague, fixant sans vraiment le voir le visage de Lauren McGowan. Il s’était replongé dans son épais dossier, cherchant à s’en arracher les cheveux un angle d’attaque.

Dans une toute autre situation, cela ne lui aurait pas posé le moindre souci. Mais la situation n’était pas simple, puisque la victime était le ministre de la magie en personne – et que Oscar n’avait que moyennement envie de défendre celle qui avait eu le profond désir de le tuer – il s’agissait là d’un simple instinct de survie.

L’avocat arriva dans la salle, leva les yeux vers l’assemblée et marqua un temps d’arrêt. Les juges étaient déjà assis sur leurs sièges attitrés, sauf la présidente qui ne devrait pas tarder à arriver. Mais c’était le public présent qui impressionna le plus Oscar, tant il était nombreux et majoritairement jeune. Il alla s’asseoir à sa place, saluant au passage sa collègue – Victoria Jones – d’un hochement de tête poli auquel elle répondit du même mouvement. Il pivota lorsque Lauren McGowan fut amenée dans la salle, encadrée par des miliciens à l’air pincé. En croisant son regard, Oscar sentit son cœur s’emballer et son estomac se tordre. Face à cette adolescente qui avait l’âge d’être sa fille, il eut envie de lui adresser quelques mots réconfortant, mais se contenta d’un sourire qu’il voulait rassurant.

Se levant lorsque la Haute Juge fit son apparition, Oscar sentit une pointe d’appréhension couler dans ses veines. Il se força à prendre une longue inspiration et darda sur la juge un regard sérieux. Les trois petits mots qu’elle prononça eurent don de faire accélérer les battements de son cœur – Merlin, il risquait la crise cardiaque avant la fin de la séance. Immédiatement, Victoria Jones se leva pour rejoindre le centre de salle, face aux juges.

« Mesdames et messieurs les juges, » commença-t-elle d’une voix forte, mais posée, calme. « Nous appelons Leopold Marchebank, ministre de la magie, à venir témoigner. »

Un long silence suivit ses paroles, pendant lequel le ministre se dirigea vers la tribune, où il prit place sur un siège.

« Monsieur Marchebank, pouvez-vous nous relater les évènements de la soirée du 11 mai 2010 ? » demanda-t-elle en posant sur le ministre un regard intense.
Irving WhitakerAubergisteEn ligneavatar
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Irving n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Il était avec plusieurs clients de l’Auberge, la veille, lorsque la RITM avait annoncé que Leopold Marchebank venait d’être victime d’une tentative de meurtre. Moins d’une heure plus tard, l’identité de l’agresseur, malheureusement neutralisé par la Milice était tombée : Il s’agissait de l’actuelle batteuse réserviste du club de Flaquemare : Lauren McGowan.

Un coup de masse.

Deux jours plus tôt, Irving sonnait chez elle pour essayer de lui apporter un peu de réconfort après la mort de Sam et aujourd’hui, il s’apprêtait à se rendre à son procès. C’était inconcevable. L’aubergiste secoua la tête en repliant sur ses genoux l’édition spéciale de la Gazette du Sorcier puis il reporta son attention sur Finn qui jouait en contre bas de l’Auberge dans le sol tourbeux près de la mare. Un peu plus loin, Sybille lisait, allongée sur une couverture dans les herbes hautes.

« Depuis la mort de Sam, c’est l’effet boule de neige...» souffla-t-il en tournant la tête vers  Nora assise à côté de lui sur le petit banc en pierre qui jouxtait la maison. En effet, le réseau résistant s’était particulièrement animé après l’annonce de l’accident d’ambulance. Ce jour là, le LEXIT avait perdu deux recrues, Sam, bien sûr, mais également le passager du convoi, un membre actif de Bristol, enfermé à Skye depuis. Cette terrible sortie de route à 100 m du Centre de réhabilitation mémoriel ne pouvait pas être une coïncidence -  Irving en avait toujours eu l’intime conviction- et cette intuition était partagée par bon nombre de résistants.

Les Miliciens s’étaient débarrassés de Samantha -Ni plus ni moins- et Lauren ne l’avait pas supporté. Comment la blâmer ? Comment lui en vouloir de souhaiter si ardemment que justice soit rendue pour Sam ?
Irving ressentait une impérieuse empathie pour l’ancienne batteuse de Serpentard. Il ne perdait pas de vue qu’il aurait pu être à sa place, sur le banc des accusés, inculpé pour le meurtre de Jacob Dalhiatus.  Lui aussi il avait disjoncté, une fois. Il n’avait pas supporté l’idée que quelqu’un s’en prenne à celle qu’il aimait et il avait réagit avec une violence excessive, aveugle, destructrice. La plus grosse erreur de toute sa vie, assurément, mais dans son malheur il avait eu beaucoup de chance :  La chance de ne pas être confondu par les Aurors ou la PM, contrairement à Lauren, dont les jours étaient comptés. Irving ne se faisait pas d’illusion quant à l’issue du procès. Tout était joué d’avance et pourtant il n’envisageait pas, une seule seconde, l'idée de se défausser. Ils en avaient discuté une grande partie de la nuit avec Nora et ils comptaient bel et bien se rendre à l’audience, quelque soient les risques encourus. Ils n’attendaient plus que Tara qui devait venir garder les enfants après son service à Sainte Mangouste. La sœur d’Irving finit d’ailleurs par arriver. Elle transplana au bout du terrain et finit à pieds jusqu’à l’entrée de l’Auberge. Lorsqu’elle arriva près d’eux, Irving constata qu’elle avait les traits tirés et l’air soucieux.

-Tu étais de nuit ?
-Oui. C’était la pire garde de toute ma vie, souffla-t-elle en se laissant tomber sur une chaise en fer forgé, devinez qui a du s’occuper du Secrétaire d’Etat Slovaque ? Et bien c’est bibi. Elle poussa un profond soupir, Saint Mangouste grouillait de Miliciens, partout, la protection civile slovaque était là aussi, les élus, les journalistes… Impossible de faire son travail convenablement sans avoir un contrôle de sécurité tous les dix mètres. Tout le monde était sur les dents, à cran.
Et visiblement elle aussi.
-Tu veux qu’on s'débrouille autrement avec les p'tits ?
-Non, ça va le faire. Et puis ça me fera du bien de passer une journée ici, souffla-t-elle en reportant son regard sur Finn qui ramassait des têtards. La mort de Samantha l’avait marquée, elle aussi. Les résistants de Sainte Mangouste étaient une petite communauté soudée. Leur présence était essentielle au sein du LEXIT. Tara observa la campagne environnante puis elle reporta ses yeux cernés sur le jeune couple d’aubergistes, Vous êtes sûrs de vouloir y aller ? Le public va être passé au crible par la Milice… » souffla-t-elle pour les mettre en garde.
-On est légitime, répondit Irving,  Nora a passé toute sa scolarité avec Lauren quand à moi j’étais lié à elle lors d'la soirée d'commémoration des attentats. Notre présence n’étonnera personne.
-Huum… Si vous le dites, répondit Tara, visiblement peu convaincue, Il y aura surement ta sœur Nora, non ? s’enquit-elle alors, D'ailleurs, j’ai entendu dire qu’elle était la responsable en poste le jour de l’accident de Samantha.

Irving attrapa la main de sa petite-amie et la pressa doucement.

« Et bien si Amely est présente, on ira lui dire bonjour, voilà tout. » souffla l’aubergiste en se levant. Merlin, Tara avait le chic pour les mettre mal à l’aise, On y va ? demanda-t-il à Nora,  j'voudrais pas qu’on soit en retard. »

Ils dirent au revoir à Sybille et Finn et transplanèrent directement non loin du Ministère de la Magie.
Alors qu’ils arpentaient les rues de Londres, main dans la main, comme deux jeunes tourtereaux, Irving reporta son regard sur sa petite-amie :

« Tu penses que Tara a raison ? Au sujet d’Amely, j’veux dire. Elle a eu une promotion récemment, non ? »

Irving espérait sincèrement que sa belle-sœur n’était pas la milicienne qui avait donné l’ordre d’exécution de Samantha sans quoi ils seraient au cœur d’un sac de  nœuds inextricables –partagés entre leurs convictions personnelles et les liens du sang.

Le jeune couple poursuivit toutefois son chemin jusqu’à l’entrée visiteur du Ministère. Ils traversèrent le hall, se soumirent à de multiples contrôles de sécurité avant d’arriver dans la salle d’audience du niveau -10. Il y avait déjà beaucoup de monde dans les gradins. Irving découvrit plusieurs visages connus de Poudlard, quelques membres du Lexit mêlé à la foule et son regard se posa sur Juliet et Jeremy, assis au fond de la salle, dans les derniers rangs. Ils grimpèrent les marches pour rejoindre leur rangée et s’arrêtèrent à leur hauteur pour les saluer. Irving attrapa Juliet dans ses bras et la serra un peu plus longuement que d’ordinaire. Son amie traversait des moments difficiles depuis la perte de son bébé causé par le sort perdu d’un milicien –encore eux.

« Comment vas-tu ? » demanda-t-il sincèrement en lui pressant l’épaule. Il se pencha ensuite vers Jeremy, le gratifia d’une brève accolade et échangea avec lui un regard lourd de sens qui se passait de tout commentaire. La résistance était une nouvelle fois mise à mal par le régime. Quand la tendance allait-elle s’inverser ? Quand le LEXIT allait-il enfin pouvoir reprendre pied ? Si la tentative d’assassinat de Lauren était requalifiée en acte terroriste, l’organisation allait subir un nouveau coup dur, assurément, songea Irving en s’asseyant  en bout de fil, à côté de Nora.

« Les avocats ont eu peu de temps pour s'préparer, fit-il remarquer en posant les yeux sur les douze membres du Magenmagot vêtus de leurs robes prunes, vous pensez qu’il va y avoir un renvoi ? »

Sur ses mots, Leopold Marchebank pénétra dans la salle d’Audience, la mine grave, le visage fermé, un large bandage médical enserrant son crane. Quelques murmures saluèrent son entrée et tous les regards se posèrent sur lui lorsqu’il esquissa un geste affectueux en direction de sa fille, Kessy. Irving s’efforça de rester impassible face à ce spectacle qui s’apparentait, selon lui, à de la communication bien huilée. Légèrement anxieux, il attrapa la main de Nora et riva son regard sur l’entrée réservée aux accusés redoutant l’arrivée de Lauren. Il ne put retenir un tressaillement lorsqu’elle apparut dans la pièce circulaire, vêtue d’un vieux pull à lui qu’il avait perdu depuis des années et flanquée de deux gorilles. Menotée, acculée de toute part par une horde de journalistes avides d’obtenir le cliché du « Monstre McGowan ». Écœurant.

Lauren manqua de trébucher en découvrant ses parents dans l’assistance et le cœur d’Irving se serra douloureusement à cette vision. Il pressa un peu plus fort la main de Nora tandis que la petite-amie de Sam s’asseyait sur le siège des accusés.
Elle n’avait rien à faire ici ! Elle n’était qu’une victime de plus de la politique du gouvernement, bordel.

La gorge serrée par l’émotion et la colère, Irving écouta la juge demander le silence et vit l’avocate de la partie civile s’approcher du centre de la pièce pour appeler Léopold Marchebank à la barre…


Every day of your life is a leaf of your story which you write
Juliet E. BakerPoursuiveuse pour FlaquemareEn ligneavatar
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« Va oùùù ? » questionna Gabrielle de sa voix fluette en agitant ses jambes.

« Tu vas aller passer la journée chez mamie ! C’est chouette non ? » s’exclama Juliet de sa voix la plus enthousiaste, alors qu’elle finissait de nouer les chaussures de Gabrielle. Elle se releva pour faire face à sa fille, assise sur le comptoir de la cuisine. Cette dernière adoptait une moue renfrognée – habitude qu’elle avait prise à chaque fois que quelque chose la contrariait. Juliet l’observa en souriant, et passa ses doigts dans les petites boucles de sa fille pour les ordonner. « Papa et maman sont occupés aujourd’hui, d’accord ? Mais, » ajouta-t-elle rapidement, « on va amener ton balai chez mamie, et tu pourras voler dans le graaand jardin ! » assura-t-elle, alors que le visage de Gabrielle s’éclairait d’un grand sourire.

Juliet la souleva pour la prendre dans ses bras et attrapa son sac à main de l’autre. Jeremy et elle avaient convenu de se retrouver à l’entrée du ministère de la magie, juste après qu’elle ait déposé Gabrielle chez sa mère. Bavardant avec l’enfant qui s’amusait à recréer les bruits d’animaux qu’elle avait récemment appris, Juliet rassemblait ses affaires, s’efforçant d’ignorer le nœud qu’elle avait à l’estomac.

« Papaaaaaaa ! » s’exclama Gabrielle en tendant ses petits bras vers son père. Juliet lui mis la petite fille dans les bras, échangeant avec lui un bref regard tendu. La vision du père et de la fille enlacée lui arracha toutefois un sourire tendre, qu’elle veilla à conserver lorsqu’elle récupéra Gabrielle. « A tout de suite. » lança-t-elle à Jeremy avant de quitter la maison pour transplaner.

Elle se retrouva en quelques secondes face à l’immense maison d’Adriana Flint, toujours parfaitement entretenue. Sa mère ouvrit la porte au moment où elle grimpait l’escalier qui menait à la porte d’entrée ; elle paraissait anxieuse. Elle accueillit cependant sa petite-fille avec un immense sourire et la couvrit de baisers, alors que Gabrielle éclatait de rire. Juliet embrassa sa fille avant que sa mère ne la prenne dans ses bras. « On passe te chercher ce soir, d’accord ? Amuse-toi bien ma puce, je t’aime fort. » souffla-t-elle en lui déposant un dernier baiser sur le front. « Et pas de bêtises, hein ? » Pour toute réponse, Gabrielle lui renvoya un regard angélique. La jeune femme s’apprêtait à partir, lorsque sa mère la retint par le bras.

« Hayly ? » appela Adriana. Un crac retentit, et une elfe de maison aux grands yeux globuleux apparut juste à côté de la sorcière. Sa baguette magique, tout juste récemment acquise, pendait sur le côté gauche.

« Oui, Mrs Flint ? » demanda l’elfe en s’inclinant. « Oh, miss Juliet ! Bonjour ! »

« Bonjour Hayly. Comment vas-tu ? » demanda poliment Juliet en lui adressant un sourire.

« Bien, bien, Hayly va toujours bien, merci miss ! »

« Hayly, peux-tu amener Gaby dans la cuisine, s’il-te-plait ? Je vous y rejoins dans une minute. »

« Oui, oui, venez Miss Gaby ! Hayly vous a fait votre gâteau au chocolat préféré ! »

L’elfe partit avec la petite fille dans les bras, visiblement ravie d’être au centre de l’attention. Seule avec sa mère, Juliet l’enlaça brièvement.

« Ca va, Juliet ? » s’enquit sa mère avec un regard soucieux.

Juliet hocha la tête, sans rien dire. Sa mère fronça les sourcils, paru hésiter, mais poursuivit.

« Ecoute, chérie, j’ai bien réfléchi… Est-ce vraiment une bonne idée que vous alliez au ministère aujourd’hui ? Avec tout ce qu’il s’est passé… Ca pourrait envoyer le mauvais message au gouvernement, tu ne crois pas ? Je veux dire, » ajouta-t-elle rapidement en avisant le regard furieux de sa fille « Ils pourraient très bien voir cela comme du soutien envers McGowan et ça pourrait vous mettre en danger… »

« Lauren a été ma coéquipière pendant des mois à Flaquemare. Il est hors de question que je n’y aille pas. » affirma Juliet en croisant les bras.

Sa mère haussa les épaules, puis décida d’abandonner la partie. Les deux femmes se mirent d’accord sur l’heure à laquelle elle reviendrait chercher Gabrielle, et Juliet quitta rapidement la propriété pour transplaner. A présent seule, un lourd poids sembla tomber dans sa poitrine alors qu’elle songeait à sa prochaine destination. La nouvelle leur était parvenue hier soir, dans la soirée, alors que la RITM tournait en fond sonore dans leur salon. A la mention de l’agression du ministre de la magie, Juliet avait vivement relevé la tête et son regard avait croisé celui de Jeremy. Une heure plus tard, ils apprenaient le nom de l’agresseur. C’était Lauren.

A la lumière des évènements récents, cet acte prenait tout son sens. Lorsqu’elle avait appris la mort de Samantha Miller, Juliet était dans les vestiaires de Flaquemare et bavardait avec Olivier Dubois en attendant les derniers retardataires pour commencer l’entraînement. Elle avait été bouleversée par cette nouvelle – elle connaissait Samantha de Poudlard, où elles s’étaient affrontées plusieurs fois lors des matchs Gryffondor/Serpentard. Sa proximité avec Joy l’avait également poussé à fréquenter les Verts & Argents plus que d’ordinaire. Et aujourd’hui, Samantha, 18 ans, était morte. Décédée dans un « accident d’ambulance » alors qu’elle se rendait à Skye. L’exemplaire du LiberAvon, sortit juste après, donnait une toute autre version de ce qu’il s’était passé – une version bien plus lugubre, mais bien plus cohérente également. Ce jour-là, Lauren n’était pas venue à l’entraînement. Ni celui d’après.

Tout était allé très vite, lorsqu’ils avaient appris qu’un procès aurait lieu en urgence demain matin. Ils ne pouvaient pas ne pas s’y rendre, bien que les motivations de la jeune femme lui étaient encore un peu floues. Elle voulait à la fois témoigner son soutien à la batteuse, mais également assister à ce prétendu procès, à cette prétendue justice qu’on voulait rendre pour le ministre. Dans tout cela, qui rendait justice à Samantha ? Juliet jura tout bas. Après son accident sur les quais de Bristol, le ministère lui avait offert une belle somme d’argent pour payer ses soins médicaux et pour les dédommager. On lui avait cependant fait comprendre à demi-mots qu’elle avait tout intérêt à ne pas porter plainte contre la milice.

Juliet retrouva Jeremy devant l’entrée des visiteurs du ministère de la magie. Elle lui saisit la main et pressa ses doigts contre les siens avant de se laisser entraîner dans les profondeurs du ministère. Se pliant à tous les contrôles d’identité qu’on leur faisait passer, le couple se dirigea enfin vers le niveau -10 pour rejoindre la salle d’audience. Elle était encore presque vide lorsqu’ils arrivèrent et ils décidèrent d’un commun accord de s’installer au fond de la salle. Alors qu’ils montaient les escaliers qui menaient aux dernières rangées, Juliet avisa les miliciens qui, visages fermés, étaient postés dans les quatre coins de la salle. Elle pâlit à cette vision et sa main se crispa sur celle de Jeremy. Elle était toujours partagée entre cette rage folle et cet infini désespoir qui la saisissait violemment à tout moment de la journée – lorsqu’elle se réveillait en sueur d’un cauchemar, lorsqu’elle passait à Bristol, lorsqu’elle essayait de s’endormir le soir…

« Tu penses qu’elle a une chance de s’en sortir ? » souffla-t-elle à son mari, même si elle avait déjà une idée de sa réponse.

Alors que le public commençait à arriver, le couple fut rejoint par Irving et Nora. Juliet se laissa aller contre son ami lorsqu’il la prit dans ses bras et passa une main dans son dos pour lui rendre son étreinte.

« Comme ça peut. » éluda-t-elle en jetant un coup d’œil angoissé aux avocats qui entraient dans la salle d’audience. « Et toi ? » s’enquit-elle, connaissant les liens qui unissaient Irving et Samantha.

Leur génération avait été détruite par les récents évènements. Kelsey, Swann, Aaron, Danny, Samantha, et maintenant Lauren… Juliet sentit son cœur se serrer.

« Un renvoi ? Je ne pense pas… » déclara-t-elle en secouant la tête. Elle allait rajouter quelque chose sur le fait que la justice au sein du gouvernement de Marchebank était loin d’être un modèle, mais se retint à la dernière minute lorsqu’elle croisa le regard d’un milicien. Elle avala difficilement sa salive, et fixa résolument un point devant elle.

Leopold Marchebank fit son entrée dans la salle, s’attirant des murmures compatissants. Lauren, quant à elle, était la cible des journalistes, qui la criblaient de flashs aveuglants. Juliet baissa pudiquement les yeux en attrapant la main de Jeremy. Elle releva la tête lorsqu’une petite femme blonde à la robe brodée aux insignes des Oubliators prit place derrière eux. Il ne lui fallu qu’un seul regard pour reconnaître Lilly Callaghan, qui, la mine grave et défaite, observait Lauren McGowan d’un regard intense. Puisant dans cette détermination, Juliet osa un regard vers son ancienne coéquipière. Le spectacle qu’elle offrait lui fit mal au cœur, sensation qui s’accentua lorsque l’avocate appela Leopold Marchebank à la barre.

Juliet l’observa faire le trajet jusqu’à la tribune, masquant une expression de dégoût sur son visage, alors qu’elle sentait sa baguette chauffer doucement contre sa cuisse.



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Le ministre de la magie retint un soupir lorsque l'avocate de la défense, Victoria Jones, l'appela pour témoigner. En tant que victime et principal témoin des événements, il se doutait qu'il n'y couperait pas mais aurait aimé ne pas avoir à le faire devant une salle comble. Enfin, il avait suivi, comme souvent, les conseils de son service de communication : mieux valait prendre les devants et maîtriser la façon dont cette histoire serait racontée, car il y avait là tout le potentiel d'un scandale. Si l'on apprenait ce qui était réellement arrivé à Samantha Miller, s'entend, mais cela n'arriverait pas dans cette cour de justice... Son regard accrocha brièvement celui de Danielle Coleman alors qu'il descendait les gradins et se dirigeait vers la tribune.

Victoria Jones darda sur lui son regard sans concession. Les mains croisés devant lui, le dos droit, Leopold entreprit de raconter ce qui s'était passé :

"Je recevais hier soir, en visite diplomatique, le secrétaire d'Etat slovaque pour un repas informel dans les salons privés du restaurant, l'Hippogriffe Cendrée. La presse s'était fait le relais de cette information, du moins le lieu n'était-il pas précisé, aussi j'avais autour de moi un service de sécurité minimal. La discrétion est appréciée dans ce type de rencontre, aussi nous avions un garde chacun."

"Qui était le votre ?", l'interrompit l'avocate.

"Alan Sheppard, ancien baguette d'élite, et à mon service depuis si longtemps que je pouvais lui confier ma vie les yeux fermés."

Il sentit sa mâchoire se contracter tandis que son regard se déportait vers l'accusée. La perte d'Alan lui semblait encore irréelle, et il se sentait presque vulnérable sans cette ombre rassurante et entièrement dévouée à son service. Oui, Leopold avait l'impression d'avoir perdu un précieux allié - et un ami, mais il ne s'autorisa pas à aller sur ce terrain-là. L'enjeu de ce procès était trop important pour se montrer sentimental.

"Donc l'entretien venait de commencer, nous étions installés mon homologue et moi dans un petit salon privé lorsque la porte s'est ouverte et qu'une épaisse fumée a envahi rapidement la pièce. J'ai entendu des sorts fuser, des corps tomber au sol - c'était les deux slovaques, le garde du corps et le diplomate. Très vite, la fumée s'est dissipée et j'ai pu constater que cette jeune femme, Lauren McGowan, et Alan Sheppard étaient en plein duel."

"A ce moment-là, avez-vous reconnu Miss McGowan ?"

Sans laisser paraître son hésitation, Leopold répondit de son ton sobre, une expression insondable sur le visage : "Oui, c'est une ancienne camarade de Poudlard et amie de mon fils, Dave."

Un murmure parcourut l'assemblée, mais il reprit son récit après une courte pause : "J'étais désarmé, alors j'ai entreprit de traverser la pièce pendant que le combat se poursuivait. Alors que j'allais atteindre mon sac, resté près de la porte, j'ai entendu un grand bruit de verre brisé et, lorsque je me suis retourné, Alan ne se trouvait plus dans la pièce. La chute l'a tué sur le coup. J'étais donc seul face à elle, mais j'avais heureusement réussi à mettre la main sur mon arme : un pistolet, une arme-à-feu moldue. Comme la pratique de la magie m'est difficile, j'en porte régulièrement un sur moi, ce qui s'est avéré bien avisé... Malgré tout, je n'ai pas tiré, je souhaitais simplement la tenir en respect."

Il croisa le regard de McGowan, sentant l'amertume l'envahir. C'était un tel gâchis.

"Mais nous avons entendu des pas dans l'escalier, probablement la milice, alors elle s'est jetée sur moi pour m'agresser physiquement", et il désigna le bandeau qui lui entourait le crâne, "avant que la milice n'intervienne pour la maîtriser. Voilà ce qu'il s'est passé, ça n'a duré qu'une minute, deux tout au plus."

Un silence ponctué du bruissement des paroles échangées à voix basse par le public suivit son récit, qu'il avait tenté de garder le plus neutre possible. Bien sûr, il aurait pu aisément sortir les violons mais Lauren McGowan avait-elle réellement besoin qu'il l'accable d'avantage ? Il estimait que non, un seul regard à cette jeune femme vous faisait comprendre toute l'étendue de son désespoir. Son fils n'était heureusement pas là pour le voir. L'avocate de la défense hocha brièvement la tête avant d'amorcer son interrogatoire, l'entraînant naturellement où Leopold n'avait pas cherché à aller : vers l'accusation sans concession de McGowan.

"Selon les propos de Miss McGowan tenus lors de cette attaque, elle vous accuserait de la mort de sa compagne, Samantha Miller. Que répondez-vous à cette accusation ?"

Son rythme cardiaque augmenta sensiblement et il songea qu'il n'aurait pas fallut longtemps pour que le nom de Samantha Miller ne se fasse entendre dans cette cour de justice.

"C'est faux, j'étais en déplacement diplomatique à l'étranger au moment de l'accident infortuné de cette jeune femme. Je peux fournir n'importe quelle preuve si besoin. Cela étant, j'imagine qu'elle me juge responsable au nom de mon gouvernement et de mes agents, mais là encore, elle fait erreur. L'ambulance de Miss Miller a déraillé sur une route particulièrement escarpée et dangereuse d'Ecosse, par une forte tempête. C'est un accident, particulièrement tragique, j'en conviens, mais un accident. Le rapport de la milice à ce sujet ne laisse aucun doute."

Sans laisser le temps à Victoria Jones d'enchaîner avec une autre question, Leopold rouvrit la bouche et affirma : "Je pense que Miss McGowan était sincère en formulant cette accusation, elle était visiblement bouleversée par la mort de sa compagne. Je comprends et je pardonne ce besoin de chercher quelqu'un sur qui rejeter la faute. Malheureusement, elle a été mal informée."

Nouveaux murmures dans la salle, un peu plus forts cette fois, et la juge leva les deux mains comme pour appeler le public au calme.

"Monsieur le ministre, il est noté ici" Victoria agita la copie du casier judiciaire de Lauren. "que Miss McGowan s'est introduite dans votre bureau le 30 septembre 2009 alors qu'elle était dans votre domicile familial. C'est exact ? Que pensiez-vous de cet agissement ? La pensiez-vous assimilé à un mouvement terroriste à l'époque ?"

"C'est exact, oui", soupira-t-il en décroisant les mains pour se masser brièvement la nuque. "Mais je n'y ai pas prêté grande attention à l'époque, non. Comme je l'ai dit, c'était une amie de mon fils. J'ai pensé qu'il s'agissait d'une adolescente trop curieuse pour son bien, mais qu'il n'y avait pas grande malice derrière. J'ai tout de même écrit à la chef du Bureau des Aurors et cela lui a coûté sa place d'apprentie - il s'agit d'un corps d'élite et nous avons besoin de personnes irréprochables, et puis, j'ai pens que cela la ferait réfléchir. Mais de là à penser qu'elle était affiliée à un mouvement terroriste... Non, non, comment imaginer cela d'une jeune femme de dix-sept ans. Peut-être n'ai-je pas été suffisamment attentif aux signes, car il est vrai que l'on est aisément manipulé à ce jeune âge."

De nouveau, il darda ses prunelles sombres sur le visage haineux de McGowan. Manipulée, il ne pensait pas un instant qu'elle l'ait été. Au contraire, Lauren McGowan avait été lucide, trop lucide pour son propre bien.

"Il est donc légitime de penser que Miss McGowan a toujours fait partie d'un mouvement terroriste, que la mort tragique mais accidentelle de Samantha Miller l'a poussé à agir et à préméditer un assassinat." sa voix n'appelait aucune question. Elle enchaîna : "Monsieur le ministre. Vous avez été élu par une grande majorité de la population lorsque l'Angleterre avait besoin d'un homme pour la protéger. Vous êtes toujours cet homme. Notre société magique a connu grâce à votre gouvernement des progrès sans précédents - je n'en ferai pas la liste, mais comment ne pas mentionner les avancées incroyables quant aux droits des femmes ? Aux droits des Créatures Magiques ? Monsieur Marchebank, je ne pense pas me tromper lorsque je dis ici, face à toute cette assemblée, que les intérêts des anglais vous tiennent particulièrement à coeur ?" Elle lui laissa le temps de répondre, puis reprit : "Et pourtant, vous avez été victime, quelques mois plus tôt, d'un terrible attentat, qui a marqué le monde magique. Votre jeune fils, Nicholas, aurait pu grandir sans père... Et cela aurait pu se reproduire hier soir." Sa voix était plus douce, et elle ménagea un temps de silence, le temps que l'Assemblée de remémore l'attaque effroyable qui avait eu lieu à Leopoldgrad. "Je n'ai pas d'autres questions, votre honneur."

Leopold se redressa péniblement sur son siège et jeta un coup d'oeil dans les tribunes pour y chercher son épouse, dans l'attente de l'interrogatoire de l'avocat de la défense. Non sans une certaine inquiétude, il attendit la suite du procès avec le sentiment d'avoir fait ce qu'il pouvait. Restait maintenant à Oscar O'Neill de jouer sa partition...


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Oscar O'Neill, avocat de la défense

Oscar assista, imperturbable, à l’interrogatoire de Leopold Marchebank par Victoria Jones. Il pouvait presque sentir les rouages de son cerveau s’activer, alors qu’il cherchait un angle pour aborder la défense de McGowan. La démence, lui souffla une petite voix intérieure. Il jeta un coup d’œil à l’accusée, avisa son teint livide, ses yeux cernés et son regard flamboyant. Puis, il reporta son attention sur Victoria qui retournait s’asseoir en dissimulant un petit sourire satisfait. Bien évidemment, le ministre de la magie avait été fabuleux dans son rôle de victime lasse d’être cible de terribles actions, mais également père protecteur, prêt à pardonner à son assaillante ce qu’il semblait appeler une erreur de jugement.

Oscar se leva avec précaution et se dirigea vers la tribune. Il n’en n’était pas à son premier procès, mais celui-ci avait un enjeu particulier. Etre l’avocat de celle qui avait voulu mettre un terme à la vie du ministre de la magie était une position délicate, qu’il n’était pas ravi d’occuper.

« Monsieur le ministre, » commença-t-il d’une voix grave, « Vous avez dit à ma consœur que, selon vous, il se pourrait que Lauren McGowan ait été manipulée. Pouvez-vous développer votre pensée, s’il-vous-plait ? »

« Eh bien, Miss McGowan a fouillé dans mon bureau, puis a tenté de m’assassiner en me tenant pour responsable de la mort de sa compagne. Cela suggère qu’elle partage les idées complotistes que certains membres de la société entretiennent depuis quelques mois. Or, je doute qu’elle ait développé ces idées seules. Peut-être qu’elle a entendu cela chez certains de ses amis. Peut-être encore que quelqu’un a voulu exploiter le lien qu’elle entretenait avec ma famille, je l’ignore. »

Oscar hocha la tête. A nouveau, il entendit ses collègues l’incitait à plaider la démence de la jeune fille. Ce n’était pas cohérent, songea-t-il en jetant un regard à son dossier, où il avait en copie son examen d’entrée au Bureau des Aurors, ses tests de recrutement pour Flaquemare, ainsi que les rapports de ses professeurs à Poudlard. Oscar déglutit, puis se décida à poursuivre.

« Je vois. Selon nos sources, Lauren McGowan et Samantha Miller entretenaient une relation amicale depuis plusieurs années, avant que cela évolue vers une relation amoureuse. La mort brusque de Miss Miller, alors âgée de 18 ans, a plongé Miss McGowan dans un deuil difficile, sinon pathologique. » Oscar jeta un bref regard à sa cliente. « Monsieur Marchebank, pensez-vous qu’il est possible de considérer, au vu du jeune âge de Miss McGowan, de l’influence qu’elle a peut-être subi au sein d’un groupe complotiste, qu’elle ait agi sous le coup d’une démence dont l’élément déclencheur fut le décès de sa compagne, quelques jours plus tôt ? »

Un instant de silence suivit sa question, durant lequel le ministre sembla considérer la jeune accusée, enchaînée à son siège au milieu du tribunal.

« Qu’elle puisse avoir subi une influence et qu’elle ait à subir un deuil difficile ne signifie pas qu’elle soit démente, non. Ses examens d’admission au Bureau des Aurors étaient bons. Qu’elle ait commis une terrible erreur, oui, mais je ne pense qu’elle soit démente. Bien entendu, je ne suis pas médicomage. » Souligna-t-il avec gravité.

Oscar médita la réponse de Leopold Marchebank quelques instants – assez longtemps pour se bénir de ne jamais écouter ses collègues.

« Je ne pense pas non plus que Lauren McGowan soit démente, » débuta-t-il, ignorant les murmures étonnés de l’assistance. « quand bien même je suis persuadé qu’un évènement aussi bouleversant que la mort de sa compagne, à l l’âge où miss McGowan est encore en train de se construire, de se chercher, a été un élément déclencheur dans cet acte. Plus tôt, vous me disiez que vous pensiez que Lauren McGowan avait été manipulée par les membres d’un groupe complotiste, et que l’idée que la mort de sa compagne relève de la responsabilité de votre gouvernement ne lui était pas venue d’elle-même. Vous avez-vous-même signalé  le lien entre votre fils et miss McGowan. L’utiliser pour vous atteindre me semble être un motif suffisant pour que les membres d’une organisation d’opposition à votre gouvernement s’intéresse particulièrement à miss McGowan. »

Oscar baissa tranquillement les yeux vers ses papiers.

« L’état de fragilité de miss McGowan rendait bien évidemment la tâche plus aisées aux complotistes pour la persuader que la mort de sa compagne relevait d’un meurtre, et que vous en étiez responsable. Insuffler de telles idées absurdes n’a sûrement pas été difficile pour des sorciers expérimentés, surtout que Miss McGowan, sortant à peine de l’école n’a probablement aucune idée des techniques qui étaient utilisées pour la manipuler. Dois-je rappeler à la Cour que les temps où l’Imperium était utilisé à très mauvais escient ne sont pas si loin ? »

Des murmures s’élevèrent une nouvelle fois de la salle d’audience.

« Je n’ai pas d’autres questions, votre Honneur. »

Oscar repartit s’asseoir, s’efforçant de ne pas regarder sa cliente qui, il en était sûr, devait lui lancer un regard meurtrier. Il s’en fichait ; tout ce qu’il voulait pour elle, c’était qu’elle vive.




Victoria Jones, avocate de la partie civile.

Victoria observa son confrère, le visage soucieux. Elle avait préparé sa plaidoirie, persuadée qu’il allait plaider la démence. Plaider la manipulation était une idée sortie de nulle part – pourtant bien meilleure à son sens. Ce petit rappel à l’Imperium avait été placé juste au bon moment ; l’Année de la Terreur n’était pas si loin, et la majorité des sorciers présents dans cette salle s’en souvenait encore. Cependant, Victoria n’avait pas dit son dernier mot ; loin de là. Oscar pouvait plaider ce qu’il voulait, poser des questions à qui il voulait… Le meilleur moyen de le discréditer restait d’interroger l'accusée.

« Nous appelons Lauren McGowan à la barre. » Annonça-t-elle tranquillement en se levant.
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Lauren suivit d'un regard sombre Léopold Marchebank alors que celui-ci était appelé à la barre. Elle aurait voulu ne pas l'entendre, ne pas avoir à assister à son récit truffé de mensonges, pouvoir échapper aux exclamations choquées et aux murmures du public. C'était n'importe quoi. Elle était persuadée que le juge avait pris sa décision avant même qu'elle ne passe la porte du tribunal. Son sort était déjà scellé et rien de ce que les avocats où les témoins pourraient dire n'y changerait quoi que ce soit. Toute cette mise en scène n'était là que pour donner une illusion de justice. C'était du spectacle, un tissu de mensonge, rien de tout ça n'était réel. Quelle justice pouvait-elle espérer quand elle avait le Ministre de la Magie dans le camp opposé ?

L'adolescente suivit l'échange entre le Ministre et son avocat, les dents serrées, luttant contre l'envie de hurler au mensonge. Son coeur manqua un battement quand elle entendit le nom de Samantha Miller et un noeud se serra dans sa gorge. Elle guetta la réponse de Léopold avec appréhension, retenant sa respiration.

"L'ambulance de Miss Miller a déraillé sur une route particulièrement escarpée et dangereuse d'Ecosse, par une forte tempête. C'est un accident, particulièrement tragique, j'en conviens, mais un accident. Le rapport de la milice à ce sujet ne laisse aucun doute.
- C'est faux !" protesta-t-elle en serrant les poings.

Elle avait voulu crier, pourtant seul un mince filet de voix enrouée s'échappa d'entre ses lèvres. Personne ne l'avait entendu. C'était tout ce qu'elle demandait, une chance d'être entendue, de rétablir la vérité, de dénoncer ce qui était vraiment arrivée à Samantha. Elle se fichait de se défendre, elle se savait déjà condamnée, elle voulait juste qu'on l'écoute. Elle soutint le regard du Ministre alors que celui-ci insinuait qu'elle avait probablement été manipulée par des terroristes, qu'elle serait une cible facile du fait de son jeune âge. Il jouait à merveille la victime magnanime. Il était rôdé à l'exercice, il savait donner le change, il excellait dans son rôle. Elle la haïssait et aurait donné n'importe quoi pour que tout le monde le voit pour ce qu'il était vraiment. Un dictateur, qui dissimulait des centres de tortures et des meurtres et qui paradait ensuite comme une pauvre victime.

L'avocate de la partie civile regagna sa place avec un sourire satisfait et Lauren observa son propre avocat se lever. Elle n'avait jamais vu cet homme de sa vie. Ils n'avaient même pas pu échanger trois mots. Et il était censé la défendre. Il n'avait vraiment pas eu de chance. Le pire, c'était qu'il semblait y croire. Elle l'avait vu dans le regard qu'il lui avait lancé en arrivant dans la salle, il voulait y arriver, il voulait gagner. Mais il avait déjà perdu. Tout le monde le savait sauf lui.

Lauren eut la sensation désagréable d'être trahie par cet inconnu, dont elle n'attendait pourtant rien, alors qu'elle l'écoutait semer le doute sur son état de santé mental. Non, elle n'était pas folle, et elle n'était pas non plus manipulée par des gens plus âgés et plus intelligents qu'elle. Le seul point sur lequel la demande et la défense semblaient s'accorder était le fait qu'elle soit incapable d'avoir réfléchi toute seule. Oscar O'Neil la discréditait complètement. Qui pourrait accorder la moindre importance à ce qu'elle avait à dire si son propre avocat la jugeait incapable de penser par elle-même ? Elle était descendue par son propre camp !

La batteuse jeta un regard noir dans le dos d'Oscar alors qu'il regagnait sa place, et blêmit quand Victoria Jones se leva pour venir l'interroger. C'était maintenant. Si elle voulait parler c'était le moment. C'était sa chance d'être entendue.

"Miss McGowan, quel âge avez-vous ? Victoria Jones s'approcha d'elle, l'obligeant à lever la tête pour la regarder dans les yeux.
- Dix-neuf ans, répondit-elle d'une voix rauque, à peine audible.
- Pardon ?
- Dix neuf ans, répéta-t-elle plus fort.
- Tout juste majeure, en effet, comme l'a si bien souligné votre avocat. J'aimerai le croire sur parole, vous savez, me dire que derrière cette apparence revêche, ne se cache qu'une jeune fille sensible, à fleur de peau... Un peu perdue, un peu trop jeune pour avoir commis un tel acte. Peut-être est-ce le cas ? Peut-être avez-vous seulement été manipulée par plus fort que vous ? Ils ont pris le contrôle de vos pensées, de vos gestes, de vos paroles ? Ils se sont servis de la pauvre petite Lauren McGowan, attristée par la mort de sa compagne ?"

C'était insupportable, de l'entendre raconter une histoire qui n'avait rien à voir avec la réalité et qui pourtant était en train de convaincre toute l'audience. Elle le voyait dans les regards entendus échangés entre les juges, elle l'entendait dans les murmures approbateurs de la foule.

"C'est n'importe quoi ! s'emporta-t-elle. Personne ne m'a manipulée, c'est vous tous qui êtes manipulés, par lui. Elle aurait voulu pointer Leopold Marchebank du doigt mais ses chaines l’empêchaient de bouger et elle ne put que jeter un regard noir dans sa direction. Ce ne sont que des mensonges !
- Ah bon ? Personne ne vous a manipulé ? Alors qu'est-ce que vous cherchiez, hier soir, en allant trouver le ministre de la magie à l'Hypogriffe Cendré ?
- A le tuer, répondit-elle, laconique, son regard toujours braqué sur le Ministre de la magie.
- A le tuer ? Vous dîtes bien, devant la Cour, que vous aviez le projet d'assassiner le ministre ? Peut-on savoir comment vous comptiez vous y prendre ?
- Mal, visiblement."

Si elle avait réussi le Ministre ne se tiendrait pas dans les tribunes à cet instant. L'avocate gardait le silence, attendant visiblement une réponse plus développée de sa part. Lauren garda les lèvres fermées, ses yeux noirs rivés dans ceux de Victoria.

"Comment vous vous y êtes prise, pour tromper la vigilance et entrer dans ce salon privé, si vous n'étiez pas aidé ? Pardonnez-moi de douter des talents d'une jeune fille de 19 ans... L'avocate ponctua sa phrase d'un haussement de sourcils sceptique.
- Le salon n'était pas gardé, répondit-elle simplement, d'un ton neutre. Pardonnez-moi de souligner l'incompétence des services de sécurité..."

Son insolence ne la mènerait nulle part, elle le savait. Et son avocat devait être en train de se cogner la tête contre les murs, mais elle ne supportait pas de laisser cette femme lui parlé avec un tel mépris, comme si elle n'était qu'une pauvre imbécile.

"Et donc vous, Lauren McGowan, vous êtes entrée dans ce salon, seule, et vous avez tué Alan Sheppard, baguette d'Elite, sans l'aide de quiconque ? Vous avez essayé d'assassiner le ministre de la magie ? Le père de votre meilleur ami ?"

Lauren n'aurait pas eu moins mal si elle lui avait planté un couteau dans le dos. Elle ne s'était pas préparée à ce que ce soit utilisé contre elle. Elle avait tenté de tuer le Ministre de la magie, et assassiner son garde du corps, ne pouvaient-ils pas se concentrer là-dessus et laisser Dave en dehors de ça ? Parce qu'en plus d'être une meurtrière, elle était le genre de personne à trahir son meilleur ami. Et c'était bien la seule chose qu'elle regrettait dans sa conduite.

"C'est ça, finit-elle par répondre, la tête baissée, les yeux rivés sur les talons hauts de l'avocate.
- Et vous réfutez le fait d'avoir été manipulée par une organisation terroriste ? Vous avez agi seule, consciente de vos actes ? Lauren ne prit pas la peine de répondre. Miss McGowan, vous avez pourtant été en contact avec un groupe terroriste, non ? Celui pour qui vous cherchiez des renseignements sur Leopold Marchebank dans son propre bureau, alors que vous étiez invitée par son fils."

Lauren savait où elle venait en venir. Elle voulait prouver qu'elle faisait partie d'un groupement terroriste depuis des mois, qu'elle s'était laissée embrigadé et qu'ils avaient utilisé la mort de Sam pour la faire commettre un attentat contre le Ministre. C'était n'importe quoi ! Peu importait la résistance ou les terroristes, ce n'était pas la question ! Elle avait voulu tuer Léopold Marchebank pour venger le meurtre de Samantha. C'était de ça, dont il fallait parler, de la façon dont Sam avait été assassinée dans le plus grand des silences.

"Je n'ai jamais été en contact avec des terroristes, répliqua-t-elle sèchement. Des résistants, peut-être, mais pas des terroristes. J'ai agi seule, répéta-t-elle d'une voix forte. Elle laissa passer un court moment de silence avant de reprendre, d'une voix moins maitrisée. Pour venger Samantha.
-Nous ne reviendrons pas sur cette théorie nébuleuse de meurtre, miss McGowan, les rapports de la milice étant très clairs.
- Ce n'est pas une théorie ! C'est la vérité ! Victoria Jones ne prit même pas la peine de s'interrompre dans sa plaidoirie.
- Cependant, les réponses que vous nous donnez éclairent tout à fait vos intentions. Miss McGowan ici présente explique très clairement ne jamais avoir été manipulée par une quelconque association terroriste et prétend avoir agi seule - quand bien même nous la pensons associée à une organisation d'opposition au gouvernement. Elle explique avoir désiré tuer le ministre de la magie pour venger sa compagne décédée, et nous donne suffisamment de détails sur les faits pour que nous puissons croire qu'aucun sort n'ait perturbé ni ses actes, ni ses pensées. Lauren McGowan a attenté à la vie de Monsieur de la Ministre, par colère, par haine - et en ayant parfaitement conscience que lui ôter la vie ne signifierait pas seulement ôter au monde magique un ministre sérieux, protecteur de la population, et novateur, mais également ôter à son meilleur ami la vie de son père. Partant de ce principe, je pense que Miss McGowan est tout à fait capable, malgré son jeune âge, d'avoir prémédité et commis cet acte d'une terrible cruauté seule. Je n'ai pas d'autres questions."

Elle n'en revenait pas que le sujet ait été si vite balayé. Alors quoi, parce que Victoria Jones estimait que ce n'était une théorie fumeuse, ils n'allaient pas creuser la question ? Pourquoi personne n'interrogeait Danielle Coleman ? Pourquoi personne ne remettait la version du Ministère en question ? Justement parce que c'était la version du Ministère, lui souffla une petite voix cynique dans son esprit. Leur parole contre la sienne. Comment avait-elle pu penser qu'on l'écouterait ne serait-ce qu'une seconde ? Mais elle avait peut-être encore une chance de se faire entendre, songea-t-elle alors qu'Oscar se levait pour l'interroger à son tour. Il était son avocat, peut-être accepterait-il de défendre sa version des faits. Il était sa seule chance. Elle avait besoin de son aide.

"Miss McGowan, comment croyez-vous que votre compagne soit décédée ?
- Elle a été assassinée, répondit-elle d'une voix tremblante. Elle avait attendu avec impatience de pouvoir livrer sa version des évènements et maintenant qu'elle en avait l'opportunité elle ne savait plus quoi dire. Parce que c'était quelqu'un de bien, reprit-elle, les yeux brillants d'émotion. Et qu'elle a refusé de livrer un homme à Skye, où il aurait été torturé. Elle a été arrêtée par la Milice et ils l'ont tué."

Elle s'adressait directement à lui. Elle avait presque oublié le tribunal plein à craquer, elle refusait de toute façon de regarder dans les tribunes. Elle savait qu'elle ne supporterait pas d'y voir les visages de sa famille ou de ses camarades du LEXIT. Il suffirait qu'elle croise le regard de son frère, avise la mine défaite de Whitaker ou le visage blême de Juliet pour qu'elle craque. Alors elle se concentrait uniquement sur les traites de son avocat, gardant ses yeux suppliants rivés dans les siens. C'était d'abord lui qu'elle devait convaincre. S'il acceptait de défendre sa vérité à elle, elle serait peut-être entendue. Mais il n'avait visiblement aucune envie de la croire. Elle sentit une vague de rage déferler en elle alors qu'il reprenait son interrogatoire, dans le but évident de lui faire modifier son récit.

"La milice ne suivait pas l'ambulance de Miss Miller, pourtant...Pourquoi la version de l'accident vous paraît improbable ? Les routes d'Écosse, surtout au Nord, sont connus pour être verglacées et dangereuses...
- Parce que c'est un mensonge ! Elle n'avait jamais eu d'accident, même en plein hiver. Et elle a un accident à cent mètre de Skye, le jour où elle transporte un blessé qui devait y être enfermé ? Qui pouvait oser croire à une malheureusement coïncidence ? Ce n'était pas un accident ! C'était un meurtre !
- Quelqu'un a pu confirmer votre théorie, Miss ? Je ne sais pas, un collègue de Samantha, peut être un médicomage ?"

Eliott. Il aurait appuyé sa version. Il était le seul témoin qui savait vraiment ce qui s'était passé. Mais le dénoncer revenait à le condamner. S'il avouait avoir aidé Sam à détourner un blessé du centre de Skye, il serait identifié comme résistant et finirait probablement à l'endroit exact où elle se trouvait actuellement.

"Non, personne.
- Donc vous avez élaboré seule cette théorie ? Sans preuve, sans confirmation ? Vous avez pourtant été Apprentie Auror, habituée à vous fier aux faits, aux preuves ? Alors comment justifiez-vous que vous avez monté une telle théorie sur la mort de votre petite amie ?
- Parce que c'est la vérité !" s'écria-t-elle, désespérée.

Il fallait absolument qu'il la croie, qu'il porte sa voix, qu'il plaide pour elle ce qu'elle n'arrivait pas défendre. Si lui ne la croyait pas personne ne le ferait ! Et il ne la croyait pas. Oscar se détourna d'elle pour s'adresser aux juges, l'abandonnant avec un horrible sentiment de trahison. Le poids de sa solitude l'écrasait, l'empêchait de respirer. Elle aurait pu hurler la vérité aussi fort qu'elle le pouvait, elle n'aurait pas réussi à faire germer l'ombre d'un doute dans l'esprit de tous ces gens. Elle refoula des larmes de rage alors que son avocat se lançait dans la dernière phase de sa plaidoirie.

"Lauren McGowan était une femme sensée. Une jeune fille qui savait ce qu'elle voulait, certes, mais ses professeurs ne tarissaient pas d'éloges sur sa vivacité d'esprit. Une jeune femme terre-à-terre, si j'en crois ses proches et les rapports rédigés pour le Bureau des Aurors lors de sa formation. Là-bas, elle a appris à se fier aux preuves, aux faits. Comment expliquer qu'une jeune fille abandonne ce mode de penser, se mettent à élaborer des théories sur la mort de sa compagne, si elle n'a pas été poussée, voire manipulée, par des sorciers plus âgés, pour que ce soit le cas ? Miss McGowan avait besoin d'un coupable envers lequel diriger sa colère et les complotistes lui en ont donner un."

Le regard haineux et embué de larmes de Lauren passa d'Oscar à Léopold, probablement très satisfait de la tournure que prenait ce semblant de procès. Tout avait été si bien orchestré, il n'aurait pas pu en être autrement. Les deux avocats avaient plaidé, la victime et l'accusée avaient été entendues. C'était maintenant aux juges de rendre leur verdict. Lauren sentit son coeur s'affoler malgré elle. Tremblante de rage et de peur, elle leva lentement les yeux en direction de la présidente du jury.


Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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"Tu penses qu'elle a une chance de s'en sortir ?"

Jeremy serra doucement les doigts de son épouse entre les siens, retenant à grand peine un soupir qui aurait dévoilé son état d'esprit. Non, il ne pensait pas que Lauren avait la moindre chance de s'en sortir. Depuis qu'il avait saisir la Gazette pour y lire les résultats du Quidditch, comme tous les mains, et que son regard avait croisé celui de leur ancienne camarade en Une, il avait l'intime conviction qu'il voyait aujourd'hui Lauren pour la dernière fois. Et, au fond, Juliet pensait la même chose que lui, sinon ils ne se tiendraient pas, là, en train de s'installer au fond de la plus lugubre des salles du tribunal. Mais ce n'était pas ce que Juliet avait besoin d'entendre, et ce n'était pas ce qu'il avait besoin de dire non plus.

"Peut-être, on ne sait jamais ce qui peut arriver", répondit-il de son ton le plus rassurant, en s'asseyant à côté d'une vieille sorcière à l'air revêche. "Rien n'est jamais écrit. Elle aura un avocat, et puis, on ne sait pas exactement ce qui s'est passé..."

A part qu'elle avait attaqué le ministre de la magie et tué un homme. Le pire, c'est que Jeremy n'était même pas surpris. Quiconque connaissait Lauren McGowan de près ou de loin, et quiconque savait l'intensité du lien qui l'unissait à Samantha, ne pouvait être étonné. Son coeur se serra lorsque le souvenir de son ancienne camarade lui revint en mémoire, avant de se serrer d'avantage à la vue d'Irving et de Nora qui les rejoignaient. Eux aussi avaient conscience de l'importance du moment, pour avoir laissé leur auberge. C'était la première fois qu'il voyait Irving hors de sa campagne depuis plusieurs mois, et il lui semblait presque décalé, là, avec sa chemise à carreau et ses bouclettes au milieu de sorciers citadins de Londres.

Jeremy salua ses amis, l'estomac noué, et échangea un regard lourd de sens avec Irving.

"Je ne pense pas non plus pour le renvoi. Tout le monde est là."

Tout le monde était prêt pour le spectacle, songea-t-il avec dégoût en avisant la meute de journalistes. Les quatre amis allaient devoir se montrer passifs et spectateurs comme les autres, et la tâche ne serait pas aisée. Il faillit se lever d'un bond, lorsque Lauren fut emmenée à sa chaise dont les chaînes magiques s'enroulèrent autour de ses poignets, mais il sentit une petite main serrer son épaule. Surpris, il se retourna et reconnut sa collègue, Thelma Corrigan, qui s'était installée à l'arrière. Lilly Callaghan se tenait à ses côtés. Jeremy croisa son regard et hocha la tête en signe de compréhension. Il ne devait pas se faire remarquer.

Le silence s'était fait dans la salle. Jeremy glissa un bras autour des épaules de Juliet, comme pour se donner du courage, tandis que le procès commençait. Et se fut une torture, d'écouter ces témoignages, une torture d'écouter Marchebank raconter sa vision des faits qui, clairement, incriminait directement Lauren. Le pire était sans doute qu'il le faisait de manière se montrer sous son meilleur jour, victime magnanime d'une injustice. La mâchoire contractée, il s'efforçait de ne pas trop jeter d'éclairs du regard, tandis qu'une partie du public semblait clairement sympathiser pour le ministre. Peut-être que l'interrogatoire de Lauren permettrait de rétablir la vérité.

Lorsqu'elle fut interrogée à son tour, Jeremy sentit un mélange d'impatience et d'appréhension l'envahir. Il était partagé entre la peur qu'elle ne se mette en danger par ses propos, et l'envie qu'elle leur crie tous à la figure ce qui était arrivé à Samantha, et l'envie de crier avec elle. Se lever, là, dans ce tribunal, leur hurler à la figure toute l'injustice de ce qui arrivait à Lauren, à Sam, prendre sa baguette et venger leur génération toute entière. A mesure que Lauren s'exprimait, qu'elle s'incriminait, sa rage et son désespoir se faisaient plus prégnant et se communiquaient à son audience, du moins, l'audience réceptive qu'était Jeremy. Il avait relâché Juliet, serré les poings jusqu'à s'enfoncer les ongles dans la paume de ses mains, et semblait sur le point de bondir de son siège. Il n'avait jamais ressenti une telle impuissance, une indignation aussi forte, que face à ce qui arrivait à Lauren sous ses yeux. C'était tellement injuste. Son coeur n'avait pas fini de pleurer Samantha, et voilà qu'une autre de leurs camarades était en danger, tout ça parce qu'elle aimait.

Comme Jeremy aimait Juliet, lorsque la milice avait failli la lui prendre, et avait tant emporté à la place, leur bébé, leur joie de vivre, l'équilibre de leur couple. Sans même s'en rendre compte, Jeremy s'était tendu, sa main avait glissé dans sa poche pour s'enrouler autour de sa baguette magique, qui avait émis une petite étincelle rougeâtre. Une présence se fit alors sentir dans son dos, et une mèche de cheveux flamboyante apparut dans son champ de vision.

"Quoi qu'il arrive, ne bougez pas. Restez calme. Ne jouez pas les héros.", murmura la voix familière à son oreille, et à celle de Juliet, à peine perceptible. Jeremy sembla revenir à la réalité, hocha la tête et relâcha sa baguette. Il avait l'impression de sortir d'une transe. Tout en bas, Lauren avait fini son interrogatoire. Le verdict serait bientôt rendu, et il sentait un désespoir terrible l'envahir à mesure que l'espoir s'enfuyait de lui. Jeremy avait beau savoir avant de venir que l'issue du procès risquait d'être défavorable, c'était autre chose de le vivre, ce foutu procès, d'entendre le ministre, de voir cette jeune-femme au bord de la rupture, symbole de leur génération sacrifiée, sans ne pouvoir lever le petit doigt pour faire quoi que ce soit. Jamais sa propre impuissance ne lui avait à ce point brûlé les veines.

A grand peine, il retint ses larmes de rage.



Merci à Juliet Ship
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Muphride Mosbery, 73 ans, juge du Magenmagot, présidente du jury

La fosse aux journalistes était bien agitée aujourd’hui. Muphride lançait de temps à autre un regard sévère dans leur direction, vérifiant qu’ils respectaient bien les règles en vigueur dans la Cour. Il était hors de question des photographies du jugement circulent dans la presse. En revanche, ils avaient tout le loisir de prendre des notes de ce qui se disait et Muphride les voyait tous gratter avec frénésie dans leurs carnets. Elle n’avait aucun doute que les articles qui paraîtraient à la sortie de cette salle seraient brûlants à souhait.

Eux qui voulaient du spectacle allaient en avoir. Il suffisait de balayer les visages de l’assistance pour comprendre que c’était un véritable drame qui se jouait là. Le ministre, victime profondément digne et son avocate au regard de hyène. L’accusée, maigre, désorientée, farouche et son avocat qui transpirait l’anxiété. Les proches des deux partis, pour la plupart très jeunes, sous une tension palpable, qui gardaient leurs regards inquiets, rivés sur les juges. Muphride sentait toutes ces énergies traverser la salle, sans qu’aucune ne franchisse le mur qu’elle était. Elle connaissait son rôle, elle savait ce qu’elle avait à faire.

Il n’y avait aucune espèce d’équilibre entre les deux partis, c’était très clair. Leopold Marchebank avait joué une partition sans faute, dans le rôle de la victime magnanime qu’il avait tout intérêt de jouer. L’avocat de la défense, lui, ne semblait pas avoir suffisamment préparé sa jeune cliente à ce qui l’attendait. Lauren McGowan fit preuve d’une insolence qui la desservait totalement et d’un débordement de caractère qui ne parvint qu’à prouver une chose : les thèses complotistes avaient totalement gagné son esprit et l’avaient poussé à commettre un crime.

Muphride avait suffisamment d’expérience pour savoir que seul un miracle pourrait sauver l’accusée d’une lourde peine, désormais. Mais il n’y en eut aucun. Lauren McGowan accomplit le pire en s’alliant contre son propre avocat, qui tentait tant bien que mal de défendre une stratégie qui aurait pu tenir la route. Et la suite du procès n’arrangea aucunement son cas. Le rapport d'un expert légiste de la Milice fut présenté par l’accusation afin d’établir clairement la façon dont Alan Sheppard avait été tué : battu de plusieurs coups et jeté du haut d’une fenêtre, ce qui corroborait le témoignage du ministre et achevait de dresser le sombre portrait d’une meurtrière. Cette intervention jeta un froid silence sur l’assemblée, que Muphride interrompit après un bref échange avec ses collègues juges :

« La défense ou l’accusation souhaite t-elle présenter d’autres éléments à charge ou à décharge ? »

Le dossier dont elle disposait se concluait ici, mais ils n’étaient pas à l’abri d’un élément de surprise. Ce ne fut pas le cas, à la satisfaction du juge Mosbery. Le procès touchait à sa fin. La présidente du jury examina de son regard clair l’assemblée. Il ne restait plus qu’à chaque avocat de conclure par un dernier discours, dans l’espoir de plaider une dernière fois pour leur client.

« Avant la délibération des juges, j’appelle chacun des avocats à conclure. »

L’avocate de l’accusation fut la première à se lever. Le ministre avait engagé une femme extrêmement brillante, Muphride connaissait très bien cette Victoria Jones. C’était une véritable lionne et elle le prouva de nouveau en se lançant dans un discours à charge, sans concession :

« Votre honneur, l'interrogatoire de Miss Gowan nous a révélé son instabilité et sa haine envers notre gouvernement actuel. Elle ne semble montrer aucun remord à l'idée d'avoir tuer un homme - si ce n'est celui de ne pas avoir réussi à assassiner Monsieur Marchebank. Lauren McGowan est majeure et en pleine possession de ses capacités psychiques et intellectuelles - elle l'a elle-même reconnu. Nous avons vu de quoi elle était capable, et nous ne pouvons pas nous permettre de laisser une telle chose se reproduire. C'est pourquoi je recommande une peine d'emprisonnement à perpétuité sur l'île de Skye, un endroit surveillé et éloigné du monde magique, où les interactions humaines seront minimales. »

Un terrible frisson venait de parcourir l’assemblée. Muphride n’eut aucun mal à entendre les murmures qui secouaient une partie de l’assistance. Elle ne leur accorda aucun regard, lançant de sa voix claire :

« Maître O’Neill, c’est à vous. »

L’avocat, blême, se leva de son siège et fit preuve de tout son professionnalisme en ramassant son courage qui s’était éparpillé au fur et à mesure du procès pour livrer sa dernière bataille :  

« Votre honneur, Miss McGowan est, en effet, majeure. Pour autant, elle vient tout juste de sortir de Poudlard ; elle vient juste de mettre un pied dans le monde réel. Et, plus important encore, elle vient juste d'expérimenter le deuil le plus difficile et le plus traumatisant de sa vie. Si traumatisant, que des mécanismes de défense se sont mis en place dans son esprit pour la protéger de cela. Cela n'aurait pas été si simple, si Miss McGowan n'avait pas été en contact avec des membres de groupes d'opposition parfois extrêmes, prêts à tout pour nuire au monde magique et au ministre de la magie. Miss McGowan est fragile ; et c'est pour cela que je suis en désaccord avec la peine demandée par ma consoeur. Je pense que Miss McGowan devrait être admise à Saint-Mangouste, à Londres, dans le service de psychomagie, dans le secteur fermé à haute surveillance. De cette façon, Miss McGowan pourrait conserver un lien avec sa famille, et pourrait, peu à peu, reprendre pied dans la réalité. Votre Honneur, ne niez pas une seconde chance à cette jeune fille, qui, j'en suis sûre, fera tout pour la mériter. »

Muphride garda le silence. Le discours était touchant mais vide de toute substance juridique à ses yeux. L’avocat de la défense réclamait une compassion qui n’était soutenue par aucune expertise médicale sur l’état psychologique prétendument fragile de sa cliente. Elle se leva, annonçant à l’assemblée :

« Les juges vont délibérer. »


******


Quand Muphride et les douze juges qui composaient l’assemblée pénètrent dans la salle d’audience, une lourde tension pesait dans l’atmosphère. Leur absence avait duré un certain temps, laissant entendre que le jugement n’avait pas été évident à conclure. Muphride sentit l’appréhension, l’inquiétude, l’impatience sur tous les visages mais elle prit son temps pour annoncer dignement la conclusion à laquelle ils étaient parvenus, d’une voix grave qui porta dans toute la salle :  

« Dans le procès qui oppose Lauren McGowan à Leopold Marchebank, sur les chefs d’accusation suivants : coups et blessures, tentative d’homicide, homicide volontaire et acte de terrorisme, le jury déclare Lauren McGowan… coupable. »

Le dernier chef d’accusation, le plus déterminant avait été débattu entre les juges. Mais en vérité, le débat avait été court. Tous étaient tombés d’accord, parce que le Magenmagot l’avait prévu ainsi. La composition avait été soigneusement choisie, les juges les plus fragiles écartés du lot pour ne garder que des hommes et femmes conscients du tournant que devait prendre la justice dans ce pays. S’ils avaient pris leur temps, c’était pour s’entendre sur la formulation à avoir et prévenir les corps d’élite habilités à exercer la sentence votée. Muphride posa brièvement son regard sur les deux Miliciens qui s’étaient tenu dans les deux extrémités de la salle, depuis le début du procès. Puis elle contempla Lauren, et enfin, le ministre. Leopold Marchebank était un grand homme, l’homme qu’il fallait pour maîtriser ce pays, elle en était convaincue : son comportement dans cette Cour en avait fourni une preuve supplémentaire à Muphride qu’il avait les épaules de mener le Royaume Uni vers la réussite. Il était un fin politicien, déterminé, en un an seulement, il avait fait progresser le pays comme jamais aucun de ses prédécesseurs ne l'avaient fait en si peu de temps. Toutefois, il ne semblait pas encore avoir compris que l’heure n’était plus aux concessions, que le système qu’il avait enclenché devait se montrer impitoyable, s’il voulait obtenir des résultats concluants.

Alors lorsqu’il était venu la veille à son bureau pour réclamer sa clémence envers cette petite McGowan qui était une amie de son fils, Muphride avait hoché la tête, pour le tranquilliser. Mais elle savait déjà ce qu’elle avait à faire. Le dossier était terriblement limpide, sans appel. La seule marge de manoeuvre qu’elle s’était autorisée était la violence de la sanction qu’elle choisirait. Et malheureusement, Lauren McGowan avait montré le pire, elle avait montré quel danger représentait les illuminés comme elle qui pensaient pouvoir se placer à contre-courant d’une Histoire qui allait dans le bon sens et détruire l’ordre et la sécurité durement acquis en Angleterre après des années de tourmente, après la Terreur, après des émeutes sanglantes. Les petits garnements dans son genre comme elle n’avaient pas grandi dans la Terreur, la véritable Terreur. Elle ne savait pas non plus faire la différence entre une violence aveugle et cruelle, et une violence nécessaire. Elle était une anarchiste pleine d’idéaux stupides et Muphride avait la conviction que la justice, si chère à ses yeux, ne pouvait s’exercer que dans un Etat en ordre, stable et en pleine possession de son autorité. L’anarchie était son ennemie. Lauren McGowan était son ennemie. La présidente du jury saisit son marteau de ses doigts pâles et longilignes et l’abattit avec force.

« Toutefois, compte tenu des circonstances exceptionnelles que connaît notre pays, face à l’avènement d'un terrorisme dangereux et inacceptable, notre devoir est de rendre une justice exemplaire. Nous prononçons donc la condamnation à mort de Lauren McGowan, avec exécution immédiate. »
Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Humant l'odeur épicée d'un scoop, la rédactrice en chef se tenait à l'affut, tel une couguar prête à bondir de sa branche. Aucunes réactions ne devaient lui échapper! Mildred voulait des larmes, des surprises, des cris, des déchirements, un rire de démente de l'accusée, des formules choques bien senties, bref n'importe quoi qui puissent faire réagir son public et provoquer le buzz. Au petit jeu du scandale et du révoltant, Mildred était rien de moins qu'une déesse de la réaction épidermique. Bien plus que le fond de l'affaire, Mildred savait que ses lecteurs raffolaient de ce genre de détails croustillants, qui ne faisaient que renforcer l'impact émotionnel de ses articles. En hyène journalistique flairant une charogne à se mettre sous la dent, elle n'allait manquer aucune miette de ce festin judiciaire! Dans un souci avant-gardiste et de modernité, elle avait choisie insidieusement de diffuser en streaming live les meilleurs moments du procès sur les réseaux Pear Magique. Extirpant d'une main son Pear Two en or massif des profondeurs de son décolleté, elle farfouilla également son sac en main en peau de crocodile du Nil afin d'y dénicher une paire de Multiplettes montée sur support ; Nul doute la journaliste à scandale était plus que prête à saisir l'instant magique où les bouches entières de l'assemblée allaient s'arrondir d'exclamation!

Alors que Leopold Marchebank était appelé venir témoigner à la barre, Mildred s'adjugea un bref moment de liberté en utilisant ses petites jumelles magiques pour observer de plus près le public du procès. Très vite son regard lubrique se posa sur un bel inconnu à l'allure de beau gosse ténébreux  : Exactement le genre de mâle qui avait le pouvoir de la faire fondre de désir sur sa chaise ! Réglant la netteté de ses Multiplettes, elle se mordilla la lèvre inférieure en signe de frustration, alors qu'elle reluquait avec avidité le fessier musclé de l'inconnu si sagement posé sur sa chaise. * C'est qui se BG? Un aussi joli petit cul, cela devrait être formellement interdit! * se murmura intérieurement Mildred Magpie, alors qu'elle se tortillait d'envie sur sa chaise inconfortable. Fort heureusement pour la bonne tenue de ce procès, la voix charismatique de Leopold Marchebank finit par la ramener à son devoir journalistique et l'éloigner quelque peu de ses divagations lubriques.

Filmant l'intervention de Leopold Marchebank à l'aide de son Pear Two doré, Mildred laissa échapper un cri d'exclamation alors que le Ministre indiquait qu'il connaissait  l'accusée comme étant une fréquentation de son fils. Le procès prenait décidemment une tournure aussi jubilatoire que inquiétante, alors que Lauren McGowan apparaissait sous la forme d'un odieux parasite s'incrustant dans le cercle de la famille Marchebank. Tout cela était-il prémédité? Appartenait-elle déjà à un réseau de résistance? Très vite les contours de l'affaire et la traque d'un mobile crédible commencèrent à se dessiner quand il fut révéler que la dite Lauren accusait de manière éhontée le Ministre du meurtre d'une certaine Samantha Miller. Ce nom n'était pas étranger à Mildred Magpie, qui se souvenait avoir écrit un article au sujet de ce tragique et banal accident de la route qui avait coûté la vie à une pauvre jeune ambulancière. Intitulé "Le glas après le Verglas", cet article ne reposait que sur les conclusions accidentelles de la Milice ; La journaliste ne s'étant même pas donné la peine de se déplacer sur le théâtre tragique et lointain de l'accident, alors que toute son attention se focalisait exclusivement sur la bonne avancée de son épilation maillot. Entre son bikini estivale et les contrées froides de Skye, le choix était très vite effectué...

Leopold Marchebank rejoignit finalement sa chaise sous les applaudissements solitaires de Mildred Magpie. Comment ne pas saluer son courage héroïque? Encore une fois, l'insubmersible figure de la Nation jouait les modestes alors qu'il avait survécu à une énième tragédie, et tromper la mort, une fois de plus. Il y avait des signes qui ne trompait pas... Mildred se tourna vers sa voisine de chaise qui n'était autre que la glaciale et très rigide Meredith Kane, la gardienne de Skye et accessoirement sa psychomage attitrée.

"Cet homme est tout bonnement immortel! Rien ne semble pouvoir l'ébranler dans sa mission de sauveur de la Nation! Quel courage! Quelle dignité dans les épreuves! Quelle leçon de survie! Vous ne trouvez pas? " s'exclama la journaliste collaborationniste, le regard empreint d'une admiration aussi hypocrite que intéressée quand il s'agissait de baiser les pieds des plus puissants.

"Certes... " se contenta brièvement de répondre la responsable de la Santé Magique, signe qu'elle ne voulais manifestement pas alimenter la conversation avec la pie sans scrupule.

Les longs plaidoyers des avocats s'enchainèrent, pointant du doigt une rélaité manifeste : Celle que Lauren McGowan n'était pas démente, qu'elle avait agit en toute connaissance de cause... Mais qu'à sa décharge, elle avait été très certainement manipulée par la frange dure et impitoyable des mouvements d'opposition terroristes. Décidément, la résistance anti-FREE ne reculait devant aucun procédé ignoble pour faire basculer le Monde Magique dans le sang et les larmes. Très intéressée par celle qui allait assurément devenir la nouvelle vedette de sa rubrique "Faites entrer l'accusé! ", Mildred Magpie feinta l'effroi en se recroquevillant vulgairement sur sa chaise alors que Lauren McGowan rejoignait la barre pour assurer sa défense. Mais elle n'omit pas de tendre discrètement son Pear Two en or massif pour filmer les confessions du monstre.

Malgré ses dix-neuf ans, Lauren McGowan reflétait exactement ce à quoi l'on pouvait s'attendre d'une femme aliénée par les terroristes. Elle n'était rien d'autre qu'une machine programmée à tuer. L'odieuse résistance avait jeté du sel mensonger sur ses plaies ouvertes, afin de la déshumaniser et accroitre sa haine. Cela faisait froid dans le dos, rien que de la regarder. Surtout lorsqu'elle lança un regard noir et implacable sur le survivant de sa vengeance. Frissonnant de la tête aux escarpins, Mildred poussa un petit gémissement contrit alors que l'accusée reconnaissait sa soif de meurtre.

"Oh mon Dieu! C'est un monstre au sang froid! " se plaignit-elle.

La jeune femme ne semblait éprouvée aucun remord pour ce qu'elle avait fait. Pourtant, lors de cette journée funeste, elle avait bel et bien fauché la vie d'un très charmant jeune homme, un garde du corps du nom d'Alan Sheppard - Un gâchis immense selon Mildred Magie, alors qu'elle avait contemplé sans retenu la photo du défunt baguette d'élite. Comment pouvait-on se montrer aussi insensible? Cela dépassait l'entendement! Les lèvres de Mildred Magpie se pincèrent de mépris alors que l'accusée osait se cacher derrière la théorie farfelue du soit-disant meurtre de son amie pour justifier l'horreur de son crime. Mildred Magpie ne tarda pas à hurler au scandale pour réprimer ce culot aussi affreux que innommable :

"Menteuse! Tu bruleras en enfer pour tes mensonges! " vociféra-t-elle avec haine.

Meredith Kane se sentit dans l'obligation de calmer les ardeurs de sa bruyante et fougueuse voisine en appuyant doucement mais fermement sur son épaule.

"Mildred, laissez la justice faire son travail! Voyons, nous ne sommes pas dans les tribunes d'un match de Quidditch! "

En signe de dédain, Mildred Magpie roula ses yeux courroucés dans ses orbites, avant de croiser ses bras sur sa poitrine dans une attitude boudeuse.

"Pffffff! Et bien pardonnez-moi d'être un tant soit peu humaine! Comment ne pas être horrifiée par cette affreuse psychopathe? Son regard ne trompe personne! C'est celui du diable incarné! "

Le public se divisa autours d'elle entre ceux qui partageaient son point de vue et ceux qui réclamait à la pie de fermer son bec. Mildred Magpie se mura dans son silence, se contentant de pianoter un débriefing du procès sur son Pear Two. Au siège de Multiplettes, ses employés étaient sans doute au taquet et impatient de connaitre l'issue de cet incroyable procès. Soucieuse à l'idée que le dénouement tant attendu puisse être reporté une date ultérieure, Mildred Magpie se rongea ses faux ongles nacrés en écoutant les conclusions des deux avocats. Une peine d'emprisonnement à perpétuité d'un coté, une hospitalisation et un suivi psychologique à Saint-Mangouste de l'autre... Non mais, de se fichait-on? La justice pensait-elle à la famille et aux proches du pauvres et si mignon Alan Sheppard? C'était faire preuve de bien trop de clémence que d'épargner la vie de cette misérable pourriture!

Poussant un soupir impatient alors que Muphride Mosbery invitait les juges à délibérer ; Mildred Magpie combla son excitation de hyène journalistique en dévorant un chou à la crème qu'elle avait soigneusement prit le temps d'emballer dans son sac à main. Puis après avoir léchée ses doigts encore humide de chantilly, elle expédia un hologramme magique à son cercle de presse à Bristol.

* Ils vont rendre le verdict sous peu - Je crains une décision trop laxiste qui fasse tâche dans la perspective de faire les gros titres - Au mieux, on se dirige vers une peine d'emprisonnement - Envoyez une équipe d'investigation auprès des proches de McGowan pour recueillir leurs impressions - Piquer là où cela fait mal : Je veux des larmes et des révélations! - On doit savoir qui se cache derrière le visage de ce monstre au sang froid - Renseignez-vous sur son casier judiciaire! - je veux tout savoir de son enfance : sa couleur de pyjama préféré, si elle est plutôt tampon ou serviette hygiénique, si elle prenait du plaisir à étouffer des chatons entre ses mains, bref... JE VEUX TOUT SAVOIR! Est-ce clair??? *  

La rédactrice en chef de Multiplettes expédia ses recommandations à l'instant même où Muphride Mosbery et les douze juges composant le jury revenaient en scène. Il ne s'agissait plus que d'une affaire de seconde avant de connaitre le verdict. Le regard de Mildred suivit la course du marteau de la juge alors que celui-ci réclamait le silence. L'espace d'un instant, il aurait possible d'entendre une mouche volée, ou les gargouillis de l'estomac de Mildred qui réclamait un nouveau chou à la crème... Mais lorsque la voix solennelle de la juge s'éleva au delà des gradins, le monde entier sembla suspendu à ses lèvres blêmes... Et quand le verdict sans pitié fut prononcé, la stupeur et des cris de surprises parcourent l'assemblée. Une condamnation à mort avec exécution immédiate! Mildred Magpie ne pouvait rêver d'un meilleur scoop pour faire les gros titres du lendemain! La romancière bondit sur jambes comme un diable jaillissant de sa boite, avant d'applaudir frénétiquement la décision du juge.

"Bravo! Justice est faite! " s'exclama-t-elle sans une once de pitié pour la malheureuse condamnée.

Puis se recoiffant en toute hâte, Mildred Magpie tendit le bras pour faire face à son Pear Two afin de délivrer le verdict incroyable aux auditeurs présents sur la toile magique.

"Très cher public! Vous ne rêvez pas! Vous venez bel et bien d'entendre une sentence jusqu'alors inimaginable quelques secondes auparavant! Mais les douze mages composant le jury et la juge suprême du Magenmagot ont rendu leur sanglant verdict :  Lauren McGowan est condamnée à mort, avec exécution immédiate! Ici c'est la folie! Personne dans l'assemblée réunie pas même moi la plus grande journaliste des temps moderne, ne nous attendions à un tel verdict! J'aurai le plaisir et le privilège de vous tenir informé de la suite des évènement! Restés connectés et n'oubliez pas de souscrire à l'abonnement scoopletter magique pour être toujours à la une des actualités! Et ce pour la somme modique de douze malheureux gallions mensuel... "

Toute excitée par le rendu du procès, Mildred peinait à retrouver ses esprits alors qu'une certaine effervescence s'emparait du public...  


Pull me into your arms, Say I'm the one you own
Juliet E. BakerPoursuiveuse pour FlaquemareEn ligneavatar
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La main de Thelma sur son épaule et ses conseils chuchotés sur un ton doux mais ferme ramenèrent brusquement Juliet à la réalité. Elle prit brusquement conscience que sa main gauche était fermement posée sur sa cuisse, tandis que l’autre était refermée sur sa baguette magique, désormais brûlante.

Le procès de Lauren avait été une véritable torture, elle ne trouvait pas d’autres mots pour décrire la scène à laquelle elle venait d’assister. L’élocution de Marchebank, dans son rôle de pauvre victime, avait failli lui arracher un cri de protestation – et encore plus lorsqu’il prétendit que Lauren avait seulement commis une « erreur de jugement », comme s’il était prêt à la pardonner. Et le pire, c’était le bandage autour de son crâne, témoin du coup qu’il avait reçu la veille au niveau de l’arcade sourcilière – il s’agissait tout bonnement d’une technique de communication bien huilée, car tous les sorciers présents dans cette salle savait que l’hématome aurait disparu avec quelques potions. Ecouter son avocate le dépeindre comme l’homme providentiel, l’homme qui avait sauvé le pays du chaos, tout cela l’avait mis hors d’elle – encore plus lorsque les visages d’Aaron et de Samantha étaient venus hanter sa mémoire.

L’interrogatoire de Lauren, quant à lui, avait achevé de la faire blêmir. Elle l’avait observé se débattre, répondre aux avocats avec le culot qu’elle lui connaissait – Lauren McGowan, même enchaînée face au Magenmagot ne perdrait pas de sa superbe. Tout ce qu’elle voulait, avait songé douloureusement Juliet, c’était qu’on l’écoute – ce que, bien évidemment, aucun avocat n’avait fait. Et pourquoi l’auraient-ils fait ? Ils étaient au sein même du ministère, dans les quartiers généraux de Marchebank ; tous les juges qui allaient décider du futur de Lauren étaient probablement ses plus proches amis… Ce procès n’était qu’une belle mascarade pour faire tenir l’apparence de démocratie auquel ils tenaient tous tant.

La gorge serrée, Juliet observa les juges quitter la salle pour aller délibérer. Elle risqua un regard vers Jeremy, aussi pâle qu’elle, avant de fixer sa coéquipière, sans ciller. Son cœur battait si fort dans sa poitrine, propulsant dans ses artères une colère sourde, et une haine tant intense, telle qu’elle n’avait jamais connu. Dans ce procès, face à ces injustices dont Lauren était victime, c’était ses propres doutes et ses propres souffrances qui étaient cristallisés ; la mort d’Aaron après son passage à Skye et son accident sur les quais de Bristol. Elle sentait tous ces évènements lui revenir en mémoire, encore plus fortement qu’auparavant.

« Elle n’a même pas été écoutée… » souffla-t-elle à Jeremy, Irving et Nora en secouant doucement la tête.

Ce fut la boule au vente que Juliet observa les douze mages revenir dans la salle. Elle essaya d’observer leurs visages pour y lire le verdict qu’ils s’apprêtaient à rendre, mais tous restaient impassibles. Une énorme boule se forma au creux de son estomac, et elle glissa à nouveau sa main dans celle de son époux, pressant fort sa paume contre la sienne. Encore une fois, les battements de son cœur s’accélèrent.

Lorsque le mot tomba, lorsque le terme « coupable » fut prononcé, elle fut saisit d’un long frisson, même si le verdict ne la surprenait pas. Lauren avait tué un homme et venait de revendiquer qu’elle avait voulu assassiner le ministre, les mages présents ne pouvaient pas faire autrement que de la déclarer coupable de ces actes. La jeune femme espérait simplement de tout son cœur que les mages seraient cléments sur leur sentence et prendraient en compte les circonstances atténuantes qui accompagnaient son geste. Pas Skye, eut-elle envie de murmurer, comme une prière, pitié, pas Skye. Elle était à mille lieues de songer que la peine de mort ait pu être envisagée.

« Quoi ? » s’étouffa-t-elle alors que la juge finissait de prononcer la sentence.

Son exclamation fut perdue dans l’agitation du public, qui échangeait tantôt des regards consternés, tantôt des messes-basses empressées.

C’était un cauchemar. Un pur cauchemar. Juliet observa Lauren, une expression parfaitement effarée sur son visage. Petit à petit, la stupeur quitta ses traits pour laisser place à une colère pure. Elle esquissa un mouvement pour se lever, sans savoir elle-même ce qu’elle comptait faire : attaquer tous les miliciens, seule, baguette au poing ?

Une main se posa alors sur son épaule pour la plaquer contre sa chaise. Elle s’y laissa lourdement tomber.

« Ne bouge pas. » lui ordonna une petite voix. « Ne bouge pas, sauf si tu veux finir à la même place que ton amie. » Juliet hocha la tête de mauvaise grâce, alors que Lilly Callaghan se redressait, le visage parfaitement lisse.

Juliet, elle, avait envie d’hurler sa colère et de pleurer son impuissance. Bloquée entre deux émotions, elle resta immobile, le dos raide, les mains posés sur les genoux. Elle était coincée entre réalité et horreur, terrifiée à l’idée qu’il s’agissait, en vérité, d’une seule et même chose. Ce ne fut que lorsque Leopold Marchebank indiqua que l’exécution aurait lieu dans une dizaine de minutes en incitant le public à quitter la salle d’audience, qu’elle reprit complètement pied.

Cette petite phrase suffit à lui faire retrouver son aplomb légendaire. Elle croisa les bras, une lueur de défi peinte sur le visage. Il était hors de question qu’elle fasse ce plaisir à Marchebank. Il voulait condamner à mort des jeunes femmes de dix-huit ans, après un procès si peu équitable qu’il transpirait l’injustice ? Très bien. Il était hors de question qu’elle parte. Parce que c’était sa façon, à elle, de s’opposer au régime, de ne pas lui tourner le dos, de ne pas fermer les yeux. Plus encore, c’était sa façon d’accompagner Lauren dans son dernier combat et jusqu’à son dernier souffle, de ne pas la laisser seule face aux juges impassibles et à un Leopold Marchebank victorieux.

Elle resserra les poings, ses ongles pénétrant dans la chair de sa paume. Ses yeux étaient à présent vides de larmes, seule une détermination sans faille y subsistait, ainsi qu’une lueur brûlante de colère.



Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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Leopold ne cilla pas lorsque Lauren confirma, en le regardant droit dans les yeux, qu'elle avait cherché à le tuer. Tout dans son attitude révélait qu'elle n'aspirait qu'à pouvoir tenter encore sa chance. Pauvre petite idiote, songea-t-il en sentant le mépris l'envahir. Elle était en train de saboter son propre cas, et cela malgré le discours plutôt adroit de son avocat, malgré le bon mot que le ministre avait glissé pour elle auprès de la magistrate.

Un soupir fataliste s'échappa des lèvres du ministre, tandis qu'il se laissait tomber contre le dossier de bois, et attrapait Nicholas sur les genoux de Rosaleen. Il serra son fils contre lui, comme une amulette de vie et d'innocence, et prêta une moindre attention à la suite du procès. Lauren avait réduit à néant la moindre incertitude qui pouvait subsister quant à l'issue de tout cela. Elle serait déclarée coupable, et le châtiment correspondrait très certainement au crime - quand bien même l'avocat du ministre n'en demandait pas tant.

Coupable, elle l'était, coupable de se croire plus forte que lui, et surtout coupable d'abandonner Dave. Lorsque le verdict fut prononcé, le ministre sentit ses mains se crisper sur Nicholas, qu'il redonna à sa mère avant de se pencher pour observer le jury, le visage pâle. Ainsi son contrôle sur les mages du Magenmagot trouvait ses limites. Quand on s'en prenait à lui, à son image, méticuleusement glorifiée par des années d'une communication bien huilée, alors le ministre lui-même n'avait plus voix au chapitre. Cette image, en fait, ne lui appartenait plus - déjà l'homme disparaissait dans la légende. Ses pupilles sombres se contractèrent en avisant la silhouette droite de la présidente du jury, figure renommée du tribunal, qui avait visiblement décidé de faire fi de ses "recommandations" pour faire preuve de la plus grande des sévérités. Bafouant par là même son autorité et sa suprématie sur cette institution. Leopold constatait, non sans une certaine inquiétude et pour la première fois peut-être, que si son pouvoir était immense, sa faculté à le contrôler était, elle, de plus en plus limitée. Cette dictature qu'il avait mis en place commençait à devenir plus grande, plus avide et cruelle que lui, et pourrait à tout moment lui échapper...

Et c'était cette adolescente qui en paierait les frais, cette jeune femme désespérée et engloutie, elle aussi, par un système contre laquelle il était impossible de gagner.

"Papa", souffla Kessy à côté de lui, d'un ton implorant, comme pour le pousser à émettre une réaction, n'importe laquelle, tandis que le public s'agitait. Il croisa son regard et, une nouvelle fois, sentit le souvenir de Kelsey se rappeler à lui, dans un flash vif et douloureux comme un coup de poignard. Une once de peur et de compassion pointa en lui, qu'il s'efforça de repousser, avant de se lever d'un geste brusque. Il leva les bras, pour attirer l'attention du public, et tenter de reprendre le contrôle. Prétendre que c'était lui qui, aujourd'hui, menait la danse.

"La peine sera exécutée dans dix minutes", annonça-t-il d'une voix ferme. "Dans l'intervalle, vous êtes libres de quitter la salle."

Kessy, Rosaleen et Nicholas entreprirent de se mouvoir le long des gradins, montrant l'exemple. Le public commença à se mettre en branle vers la sortie, échangeant des remarques excitées sous la garde attentive de la milice. D'autres hommes à la cape pourpre avaient surgi d'on ne savait où, pour se placer autour de l'accusée. Dans les gradins, plusieurs sorciers restaient fermement vissés à leurs sièges, le ministre parmi eux, dans l'attente de voir la Justice en oeuvre. Il resta, seul, les mains accrochées aux sièges de devant, à observer les dernières minutes de la vie de Lauren McGowan s'écouler. Prêt à la voir sombrer dans l'au-delà. Ressassant le procès et anticipant ses conséquences, qui ne manqueraient pas.

Oh, cela ressemblait à un fait divers, avec son lot de scandale et d'attention journalistique, mais Leopold ne s'y trompait pas, c'était bien plus que cela. Quelque chose venait de basculer dans cette sombre salle d'audience, l'équilibre sur lequel dictature et résistance se jaugeaient depuis l'attentat. C'était aussi le premier acte de défiance qu'on lui adressait au coeur même de son pouvoir. Un lent sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'il croisait le regard de Muphride Mosbery. Une deuxième partie venait de commencer.


Lauren McGowanPersonnage décédéavatar
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Elle ne voulait pas avoir peur. Elle aurait voulu rester forte et maitresse d’elle-même, jusqu’au bout, mais à l’instant où Victoria Jones demanda un emprisonnement à Skye, Lauren tressaillit et sentit son ventre se tordre d’angoisse. Elle avait une bonne résistance à la douleur, et une volonté de fer, mais elle savait ce qu’on faisait aux prisonniers là-bas. Combien de temps serait-elle capable de le supporter ? Quels supplices devrait-elle endurer avant de dénoncer Eliott, Irving, et tous les membres du LEXIT qu’elle connaissait ? Les pensées et les craintes les plus terrifiantes se succédaient dans son esprit sans qu’elle ne puisse les arrêter et elle sentit son pouls s’affoler alors que les chaines qui retenaient ses bras lui paraissaient soudainement trop serrées. Les juges quittèrent lentement la salle pour délibérer. Son avocat avait demandé l’internement à Ste-Mangouste. Elle n’y croyait pas une seule seconde.

Ce furent les minutes les plus longues de sa vie. Elle sentait les regards de toute l’assemblée posés sur elle et pourtant elle était écrasée par le poids de sa solitude. Elle avait le sentiment de lutter seule contre tous, sans le moindre soutient, et elle était à bout de forces. Elle aurait aimé avoir la hargne de continuer à se défendre et à se faire entendre, mais elle n’en pouvait plus. De toute façon personne ne l’écoutait. Quand les juges revinrent dans la salle d’audience, après de longues minutes, Lauren était aussi blanche que le fantôme du baron sanglant. Son regard, qui n’avait exprimé que de la haine et de la colère depuis le début du procès, était habité par la peur.

A l’annonce de sa condamnation, elle fut d’abord submergée par une vague de soulagement. Elle n’était pas envoyée à Skye, elle était condamnée à mort. Elle allait juste mourir. Elle s’y était attendue, et cette idée, encore un peu abstraite, irréelle, ne lui faisait pas vraiment peur. Un silence de plomb s’était abattu sur la salle d’audience lors du prononcé du verdict, mais les murmures ne tardèrent pas à reprendre et le silence fut rompu par des sanglots déchirants, aussitôt couverts par de bruyants applaudissements. Lauren n’eut pas à tourner la tête pour identifier la source des pleurs. Sa mère venait de fondre en larmes. *Que quelqu’un la fasse sortir d’ici* fut la seule pensée cohérente à traverser son esprit alors que son cœur se serrait douloureusement à la pensée de la souffrance qu’elle infligeait à sa famille. Elle aurait voulu qu’ils ne soient pas là. Incapable d’affronter la vision du visage désespéré de sa mère, l’adolescente releva plutôt les yeux vers la femme qui venait d’applaudir frénétiquement le verdict.

Mildred Magpie était plus excitée qu’un supporter de Quidditch un soir de match. Lauren darda sur la journaliste un regard noir, écœurée et profondément choquée par son attitude. Elle se comportait comme si ce n’était qu’un jeu. Comme s’il n’était pas réellement question de la vie de quelqu’un, de sa vie à elle, une personne humaine. Lauren ne s’attendait pas à la moindre compassion de la part de cette mégère mais elle n’aurait jamais pensé qu’on puisse applaudir avec tant d’enthousiasme la condamnation à mort de qui que ce soit. Elle avait affronté beaucoup de comportements hostiles et s’était défendues contre de nombreuses agressions, en dix-neuf ans, mais jamais on ne lui avait fait un tel affront.

Ce rassemblement n’avait plus rien d’un procès, c’était une mise en scène grotesque, un spectacle dont elle tenait malgré elle le premier rôle. Les juges n’avaient même pas suivi les demandes des avocats. Était-ce seulement légal ? Peu importait, de toute façon. De leur côté, tout était permis. Et tout avait été soigneusement orchestré, mis en scène. Le verdict avait probablement été décidé de longues minutes avant qu’elle ne pénètre dans la salle d’audience. Pourquoi, alors, lui avoir donné un avocat ? Pourquoi l’avoir laissé se défendre, s’emporter, attendre, espérer ? Parce que c’était ce que les gens voulaient voir, la justice en marche, le droit exécuté de la façon la plus sévère. Elle se sentait trompée, utilisée, piégée, comme un taureau dans une corrida. Elle les haïssait, tous.

Le regard de l’adolescente fut attiré par un mouvement brusque, dans les gradins, et se posa sur le Ministre de la Magie, qui venait de se lever.

"La peine sera exécutée dans dix minutes. Dans l'intervalle, vous êtes libres de quitter la salle."

Lauren resta un instant interdite, les yeux fixés sur Léopold Marchebank, sans le voir. Dix minutes. Quand les juges avaient parlé d’exécution immédiate, elle avait pensé qu’il s’agissait d’une expression de leur jargon juridique, elle n’y avait pas attaché grande importance. Elle n’aurait jamais imaginé qu’il faille le comprendre littéralement. Elle allait mourir, immédiatement. Une nouvelle forme de panique s’empara d’elle alors qu’elle réalisait qu’elle ne quitterait jamais cette salle. Elle allait mourir ici. Son cœur se mit à battre si fort qu’il lui faisait mal. Elle avait de la peine à respirer.

Elle pensait s’être préparée à cette idée, et l’avoir acceptée. Elle pensait qu’elle n’aurait pas peur, mais sa crainte se manifestait brutalement à travers toutes les questions les plus triviales, qui venaient la terrifier un peu plus de secondes en secondes. Comment allait-elle mourir ? Est-ce que ce serait long ? Est-ce qu’elle aurait mal ? Et que feraient-ils de son corps, après ? Le souffle court, elle se sentait prise de vertiges. Le mouvement des gens qui quittaient peu à peu la salle lui donnait le tournis.

La voix de son père résonna alors dans la salle d’audience et elle fut forcée de tourner la tête dans sa direction. Il s’était levé, blême, tremblant de rage, et demandait à faire appel. Il réclamait une autre audience et criait au scandale. Lauren posa sur lui un regard suppliant. Qu’il se taise. Et qu’il s’en aille. Elle aurait donné n’importe quoi pour pouvoir se blottir dans ses bras une dernière fois et qu’il lui dise que tout irait bien, qu’elle était la plus forte, qu’elle pouvait y arriver. Mais elle savait que ça n’arriverait pas, qu’elle n’avait plus ce droit. Alors elle voulait juste qu’il parte, loin d’ici. Ethan se joignit bientôt à leur père, sa voix forte couvrant celle des Miliciens qui les invitait à se calmer. Il fallut pas moins de quatre agents pour faire sortir Blaine McGowan et son fils ainé de la salle d’audience. Lauren sentit les larmes qu’elle avait si difficilement retenues se mettre à couler sur ses joues alors que les bruits de l’affrontement lui parvenaient depuis l’extérieur du tribunal.

Quand le calme finit par retomber sur la salle d’audience, la batteuse était secouée de sanglots. Plus de la moitié des personnes présentes étaient parties. Elle aurait voulu qu’ils partent tous. Elle ne voulait pas de tous ces regards curieux, de cette fascination morbide, de cette mise en scène grotesque. On lui avait déjà tout pris, qu’on la laisse mourir dignement. Elle trouva finalement le courage de parcourir l’assemblée d’un regard brillant de larmes et retrouva un peu d’aplomb en y reconnaissant quelques visages qui n’avaient rien d’hostiles. Son regard croisa un instant celui de Juliet, accrocha celui d’Irving, glissa sur le visage crispé de Jeremy, se perdit dans les grands yeux larmoyants de Nora, passa sur l’expression fermée de Lilly, et s’arrêta finalement sur son frère.

Jake était le seul membre de sa famille encore présent dans la salle. *Va-t’en*, pensa-t-elle alors qu’elle détournait les yeux, incapable de supporter les larmes sur son visage. En dix-neuf ans elle ne se souvenait pas l’avoir déjà vu pleurer. Il ne bougea pas, et elle savait qu’il resterait, jusqu’à la fin. Il avait toujours été là pour elle, toujours été de son côté, contre leurs parents, contre Ethan, contre le monde entier. Sans qu’elle ne s’explique pourquoi, il avait décidé de toujours prendre sa défense. Il était le premier à avoir eu confiance en elle, et elle puisait beaucoup de sa force dans ce soutient qu’il avait toujours été pour elle. Elle lui devait énormément, elle en était consciente, mais elle ne le lui avait jamais dit. Et elle ne lui dirait jamais.

Plus rien ne semblait bouger dans la salle d’audience, où s’échangeaient seulement des regards intenses et des murmures tendus. Alors que le temps était comme suspendu, une porte s’ouvrit sur sa gauche pour laisser entrer un homme dont le visage était dissimulé sous un épais capuchon noir. On ne pouvait même pas distinguer ses yeux. Les chaines autours de ses bras se défirent soudainement, tombant au sol dans un bruit métallique qui résonna contre les murs de la pièce.

« Levez-vous. »  La voix de la présidente du jury était toujours parfaitement maitrisée, dénuée de la moindre émotion.

Lauren dut s’appuyer sur les accoudoirs en bois du fauteuil pour se redresser sur ses jambes tremblantes. Elle avait l’impression qu’elle allait s’effondrer d’un instant à l’autre.

« Avancez. »

Elle fit difficilement deux pas en avant, sans parvenir à détacher son regard de l’homme encapuchonné qui lui faisait face. L’homme qui allait la tuer.

« Avez-vous des dernières volontés ? »

Ses derniers mots. Elle aurait eu beaucoup de choses à dire, à beaucoup de gens, mais elle n’en avait pas la force. Et elle ne leur ferait pas le plaisir de se lancer dans des supplications désespérées ou dans d’émouvantes excuses. Blême, tenant à peine debout sur ses jambes vacillantes, les joues mouillées de larmes et le regard dur, elle redressa la tête pour planter ses yeux dans ceux de Léopold Marchebank.

« J’ai dit la vérité. Je le sais et vous le savez, asséna-t-elle d’une voix éraillée. Vous paierez pour vos crimes. »

Comme elle payait pour les siens. Son tour à lui viendrait, elle le savait. Elle ne serait plus là pour le voir, mais il finirait par tomber, lui aussi.

L’homme en noir tira une baguette de la poche de sa cape et Lauren tressaillit. Elle serra les dents, refusant de se remettre à pleurer. Elle le vit lever le bras et lutta contre l’envie de fermer les paupières. Elle allait affronter la mort en la regardant dans les yeux. Mais elle avait peur, comme elle n’avait jamais eu peur avant. Et elle avait froid. Son cœur battait à une vitesse folle et un spasme parcourut son dos alors que toute la salle retenait son souffle. Quelques secondes s’étirèrent, interminables, impitoyables, pendant lesquelles le bourreau et la victime demeurèrent immobiles, face à face. Sa dernière pensée fut pour Samantha et, désespérée, elle se raccrocha à l’idée que, peut-être, elle allait la retrouver.

« Avada Kedavra. »

L’éclair de lumière verte la frappa en pleine poitrine et elle s’effondra sur elle-même. Elle était déjà morte quand sa tête heurta le sol. Elle avait fermé les yeux juste avant que le sortilège ne l’atteigne. Et elle ne les rouvrirait plus jamais.



Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des Mystèresavatar
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Quelque chose d'anormal et dans le regard fixe de Mosbery, le présage d'un imprévu qui ressemble au son d'un glas. La sentence tombe. Avec elle, une chape de plomb s'écroule sur la salle. C'est glacial. Un silence de quelques secondes se fait puis brutalement, une rumeur remonte, comme extraite du tréfonds des cœurs qui se mettent à battre à nouveau en cadence désordonnée. Stupéfait, je me suis levé à demi, avec sur les lèvres un réflexe de protestation qui se suspend juste à temps. Ca ne va pas. Il y a quelque chose qui ne se passe pas comme cela devrait. Avec un effort de volonté, je me rassois et scelle mes lèvres, tout en sachant que j'ai probablement pâlit. Ca ne va pas. Je prends sur moi. Personne n'attend de moi que je me sente concerné par ce qui se déroule en contrebas. Je ne connais pas Lauren McGowan. Pour ce que j'en sais, elle a uniquement tenté d'assassiner le type à qui j'ai juré allégeance. Pour ce que j'en sais, il n'y aucune de cernes marquées sous ses yeux ombragés, aucun rictus de ses lèvres fières, aucun de ses tressaillements douloureux de solitudes qui ne doivent m'atteindre. Et pourtant l'évidence me frappe avec une brutalité terrible, alors que je considère la stature vive de cette pauvre gamine terrifiée, abandonnée, enfoncée dans la douleur d'une perte probable que je ne situe pas totalement, mais qui crée en moi un échos d'une violence que je contrôle à grande peine. On ne peut pas la tuer. On ne peut pas la tuer ici, comme ça.

Naïvement, je pensais que sa proximité avec Dave la protégerait. Et je suis quasiment convaincu que c'est ce que Leopold avait prévu, Leopold qui tente presque adroitement de récupérer un semblant de maîtrise en précipitant, valeureusement mais avec un empressement déshumanisé, la sentence. Je sens mon cœur ralentir, louper un battement, parce qu'il y a sur le visage de McGowan un soulagement éparse et profond lorsqu'elle comprend qu'elle n'ira pas à Skye, qui me terrifie malgré moi. Je me vois à la place de cette gamine, dont la douleur muée en désespoir étouffant s'est transformé en folie sauvage. Je sais comment après la mort de la seule personne qui comptait pour moi au monde, je m'étais senti le besoin d'agir, et combien la violence, le sentiment d'injustice, avaient mués en moi ce désir irrépressible de désigner un coupable et de le tuer.

En suivant la décomposition blafarde qui se trace sur le visage sombre de Lauren, j'admets que je comprends ce qui l'a poussé à agir, et je m'incline devant sa clairvoyance, cette clairvoyance qui renforce sa solitude si profondément, cette clairvoyance qui la poussé à garder la tête baissée et ne la relever que pour tenter un dernier assaut de bravoure absurde. Je sers les lèvres, m'interdisant de compatir, m'interdisant de me projeter plus avant dans le sort de cette fille que je ne connais pas et qui à œuvrer contre mes intérêts, tout en sachant pertinemment que c'est trop tard, et que si je reste assis, figé, raidit, ce n'est pas dans le but trivial de satisfaire ma curiosité, c'est uniquement par respect pour cette fille que nous assassinons, nous tous, du ministère, froidement, pragmatiquement, parce qu'elle parle trop, trop bien, trop vite, et agit avec trop de certitude pour lui permettre de continuer à vivre. Celui qui doit être son père réclame à cris une justice qui n'existera jamais plus pour sa famille, et lorsqu'ils sont évacués, Lauren laisse l'armure trouble qu'elle portait à bout de bras se briser. Elle ressemble à une enfant, agitée de sanglots étouffée, face à ce qui l'attend. Je me protège de la vision de son frère, du souvenir de Dave. Je fais face aux abîmes purulentes de notre gouvernement, avec un dégoût mélangé d'une fascination profonde, traversé par la jubilation malsaine que sous-entend un pouvoir capable de créer de telles violences impunément, et accusant un vague haut le cœur parce que Lauren McGowan a raison lorsqu'elle s'adresse à Leopold.

Il y a des choses qui ne pourrons rester impunis. Qui ne devrons pas rester impunis.

Seulement, la justice n'existe jamais plus que lorsqu'elle est confrontée au mensonge et que celui-ci l'emporte. Lauren fait front, à la fois brave et chancelante, mais Leopold a gagné, et cette victoire me fait conserver ma place, même si je crains les soulèvements que généreront son attitude, même si je vois l'opinion public, le zèle, l'idolâtrie glisser lentement vers un abîme que personne ne pourra contrôler dans le futur. Je considère McGowan. Un calme sourd et absolu s'est fait en moi. Le bourreau lève sa baguette. Le sort fuse, et je ne cligne pas des yeux. Mes phalanges sont blanches contre ma robe.
Meredith KaneDirectrice de Skyeavatar
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Quand le verdict sans pitié tomba comme le couperet d'une guillotine sur la nuque de l'accusée, Meredith Kane éprouva un profond sentiment d'incompréhension sur lequel vint se greffer une virulente colère. Quel immense gâchis, et quelle incroyable désaveu pour son centre de réhabilitation mémoriel! La symbolique prenait le pas sur la logique, tant il n'y avait rien de cartésien dans cette décision judiciaire! Même s'il fallait toujours loué l'indépendance de la justice ; Il paraissait clair que la juge Mosbery et ses douze mages étaient clairement dépassés par les évènements! Bien que conservant son apparence de glace, Meredith bouillonnait intérieurement face à cette sentence grossière qui allait la priver d'une mine d'information à collecter dans l'esprit d'une jeune femme manipulée. Car que l''on se le dise, Lauren McGowan n'avait rien rien d'une froide terroriste calculatrice, même une psychomage de bas étage aurait pu percevoir en elle la fougue passionnée d'une femme qui n'avait agit que sur le coup d'une violente et pulsionnelle émotion. Une émotion savamment utilisée par des têtes pensantes bien plus dangereuses que l'accusée elle-même, et qui pouvait dormir sur leurs deux oreilles tant l’exécution effaçait toutes preuves pouvant les incriminer. Pour la Directrice de Skye, voir disparaitre autant de précieux souvenirs dans la lutte contre l'oppresseur était encore plus déprimant que d'être assise au coté de l'infâme et horripilante Magpie.

En voyant, la journaliste sans scrupule dégainer son Pear Two de luxe pour filmer l'audience au mépris des règles instaurés par le Magenmagot ;  Meredith manqua lui arracher l'instrument de ses griffes manucurées. Plus bête que méchante, la journaliste n'avait pas conscience de l'horrible réalité, préférant se cacher derrière le filtre de son écran magique et derrière les profits générés par cet immonde scoop. Mais plutôt que lui faire la morale, Meredith préféra ignorer cette grossière bécasse qui ne méritait aucunement son attention. De toute manière, quelque chose de bien plus puissant venait de déraper, et après cette odieuse décision judiciaire, plus rien ne tournerait vraiment rond dans ce Monde Magique. Pour la première fois depuis son adhésion aux valeurs et à la politique du FREE, Meredith Kane se sentait flouée. Comment pouvait-elle bâtir la société harmonieuse imaginée par le visionnaire Leopold Marchebank si on l'empêchait de faire concrètement son travail?


Lorsque le Ministre de la Magie finit par se lever, Meredith Kane sentit un infime et insensé espoir germer en elle. Suspendue aux lèvres de celui qui était à l'origine de son engagement, et pour qui elle éprouvait la plus fervente admiration ; Meredith espéra qu'il puisse accomplir un énième miracle. Qu'il puisse éclairer de sa clairvoyance, un procès qui sombrait dans l'obscurantisme le plus total. Mais plutôt que de contredire la décision de justice, et de mettre un terme à cette mise à mort inutile... Il finit par la valider et inciter les âmes sensibles à quitter la salle dans les dix minutes. Meredith Kane poussa un profond soupir et secoua la tête de dépit, alors que les cris déchirés du père de Lauren McGowan secouaient son âme de mère de famille. Cette morbide mise en scène n'allait que servir à unifier les réseaux de résistance! Accroitre la haine et les rancœurs existantes des réfractaires! Une idiotie sans nom alors que Skye aurait été la solution la plus adaptée pour magnifier la politique visionnaire du FREE. Lauren n'était rien d'autre qu'une jeune femme victime de la propagande terroriste : Pourquoi ne pas lui offrir un nouveau départ? Pourquoi ne pas chercher à la guérir des maux qui gangrénaient dangereusement son esprit? En plus de briller pour sa clémence et sa mansuétude, Leopold serait dès lors apparut comme celui par qui le sang n'est point versé, contrairement aux idéologies extrémistes et dangereuses des terroristes. Au lieu de cela, il allait apparaitre comme un vulgaire bourreau. Meredith se demanda un instant où se trouvait la brillante chargée en communication du Ministre, au moment où l'on avait le plus besoin de ses talents de conseillère en image...

Sans doute pour se rassurer qu'elle n'était pas la seule fidèle à se révolter contre cette infâme décision judiciaire, Meredith chercha dans la foule des sympathisants du régime, un visage qui puisse divulguer la même déception. Son regard se posa alors sur Constantine Égalité, le patron des Mystères et l'un de ses plus brillants collaborateurs. Bien que ne laissant rien transparaitre de ses émotions, son regard parlait pour lui : D’ordinaire si vif, il paraissait comme désorienté dans le sinistre décor de cette mise à mort. Pouvait-elle un jour lui confier ses doutes? Cette impression que le Free faisait clairement fausse route en cherchant à contrecarrer la violence par la violence? Leopold Marchebank se rendait-il compte qu'il avançait sur une pente aussi verglacée et dangereuse que les justifications grotesques avancées par la Milice au sujet de la mort d'une pauvre ambulancière? Cela la rassura que de deviner ses doutes partagés par le très réfléchi Constantine. Le Magenmagot était-il devenue une arène dans laquelle le bas peuple pouvait se réjouir de la mise à mort d'une jeune femme, tout juste sortie de l'adolescence? Meredith Kane préféra faire partie de la moitié du public qui quittait les lieux plutôt que d'assister à cette mise en scène macabre! Sans même un dernier regard pour l'affreuse Mildred Magpie qui les yeux rivés sur son écran tortillait déjà d'excitation son imposant postérieur, la Directrice de Skye se leva avec grâce pour fuir ce théâtre de la violence et de la bêtise incarnée.

L'esprit tourmenté, pour la première fois, elle signifiait son désaccord. Et la mort de Lauren McGowan en plus d'être une idiotie sans nom, était clairement une insulte infligée à son travail et ses efforts de recherche! Elle se sentait aussi bien lâchée par la justice magique de son pays que par le grand Leopold Marchebank lui-même...



             
“Meilleur ne veut pas dire meilleur pour tout le monde”
Irving WhitakerAubergisteEn ligneavatar
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Contrairement à Jeremy qui avait visiblement eut beaucoup de mal à rester en place, Irving n’avait pas bougé d’un pouce durant tout le procès. Le dos bien droit, le corps tendu, il n’avait pas lâché la main de Nora posée sur sa cuisse et il était resté immobile le regard braqué sur le théâtre où se jouait cette parodie de jugement. Seules ses pupilles s’étaient agitées frénétiquement dans ses orbites pour suivre les allées et venues des avocats, guetter les réactions des sorciers du Magenmagot ou pour foudroyer Mildred Magpie lors de ses interventions intempestives.

Son calme apparent ne retranscrivait en rien son agitation intérieure où se mêlait profonde empathie pour Lauren et colère sourde.
Il avait prit un engagement en venant ici : ne pas se faire remarquer, ne pas attirer l’attention sur lui mais comment ne pas vilipender le numéro de victime du Ministre ? Comment ne pas  hurler de rage face aux plaidoiries des deux avocats ? Comment ne pas pleurer de tristesse devant la dignité de Lauren ?
Irving ne savait pas comment il avait fait, justement, mais il avait réussi à conserver ce visage impassible. Ce masque nécessaire. Il avait puisé au plus profond de lui-même. Son esprit s’était comme transporté loin de son corps. Déconnecté.  Il s’était vu de l’extérieur, anonyme parmi les anonymes attendant le verdict, son regard posé sur le juge Mosbery qui s’apprêtait à annoncer la sentence.

Il s’était préparé à ce que cette épreuve soit horrible. Il avait su, avant même de s’asseoir sur ce banc en bois, qu’il ne pourrait rien faire, absolument rien, pour aider Lauren ou pour amoindrir sa peine.

Si ce n’est, être là, présent. Présent, le jour de sa mort.

A l’entente du verdict, Irving s’arrêta littéralement de respirer. Son visage s’affaissa brusquement et il chancela même un instant comme si son âme c’était soudainement reconnectée à son corps.  Il allait craquer. S’effondrer ou exploser, il ne savait pas trop tant son cœur pulsait violemment dans sa poitrine. Il avait envie de pleurer comme la mère de Lauren, vociférer comme son père. Cracher sa haine, sa douleur aux yeux de tous. Il allait se lever, sortir sa baguette et tuer Leopold Marchebank. Il devait réussir là où Lauren avait échoué, putain ! Qu’elle ait au moins la satisfaction de voir sa mort et celle de Samantha vengées.  
Il aurait pu profiter de l’agitation et de la stupéfaction ambiante pour agir et pourtant, il ne fit rien de tout cela. Il resserra juste son emprise autour de la main de Nora comme si elle était la seule et unique personne qui le reliait à la vie et qui l’empêchait de sombrer dans les ténèbres. Il reporta son attention sur elle, croisa son regard, et hocha lentement la tête en guise d’accord muet.

Ils allaient rester. Rester, jusqu’au bout.

Cloué à son siège, Irving reporta lentement son attention sur l’assistance. Il vit se dessiner devant  lui la scène qu’il avait tant redoutée depuis la veille. Il avait refusé d’y penser, comme pour conjurer le sort, mais ces images s’étaient déjà imposées d’elles-mêmes dans son esprit tourmenté durant toute la nuit. Comme un funeste présage : Le désespoir des McGowan, le public quittant les gradins la tête basse ou l’air satisfait du jugement prononcé.

Les bruits de pas et les murmures se tarirent progressivement pour laisser place aux douloureux sanglots de Lauren, seule au centre de l’arène. Vision insoutenable. Irving baissa pudiquement les yeux sur sa main, toujours entrelacée à celle de Nora, mais il releva  la tête lorsque les pleurs de Lauren cessèrent. La jeune femme s’était calmée et elle trouvait même le cran de parcourir l’assemblée de ses yeux rougis, observant, une à une, les personnes qui étaient restées dans la pièce pour l’accompagner dans son dernier souffle.
Lorsque leurs regards se croisèrent, Irving fut foudroyé en plein cœur par la douleur de cet instant. Un ultime au revoir silencieux.  Il maitrisa à grande peine les tremblements de sa mâchoire et releva même un peu le menton, droit et fier, si fier d’elle.

La plus brave et la plus courageuse des Serpentard qu’il ait jamais connue.
Lauren se leva alors pour faire face à son bourreau. Voila comment il se souviendrait d’elle : Debout, les dents serrées et les yeux secs, affrontant son destin avec aplomb.


« Vous paierez pour vos crimes »


Oui, Marchebank allait payer.
Irving en faisait le serment.


Every day of your life is a leaf of your story which you write
Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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A l'abri des regards, comme une adolescente moldue filmant en cachette le dernièr chapitre théâtrale des Hauts de Hurlelune, Mildred se tortillait de plaisir sur son siège. Bien cachée derrière l'écran magique de son Pear Two, alors que son compte Twitcher était sur le point d'imploser sous le poids des réactions de ses adhérents ; Mildred Magpie ressentit cette excitation euphorique dopée à l'adrénaline que seul un scoop croustillant pouvait procurer. Jouer les paparazzi sans avoir à attendre cachée derrière deux poubelles, c'était presque aussi bon que les coup de butoir d'une Toni des grands soirs! Certes, en retransmettant cette mise à mort en direct live sur les réseaux magiques, elle défiait aussi bien les règles de moralité que les consignes intérieures du Magenmagot : Mais pouvait-elle passer à coté d'un tel moment historique? N'était-ce pas son devoir que d'informer le peuple entier de l'intransigeance de la justice magique à l'égard des monstrueux terroristes? Après l'attentat de la Marchebank, il était nécessaire d'inverser les rôles, alors que la peuple unifié réclamait vengeance contre les mouvances extrémistes! Si Leopold Marchebank voulait encore inspirer la crainte et le respect aux réfractaires de sa politique ; Il n'avait guère d'autres choix. Il était contraint de frapper fort et de marquer les esprits pour toujours! Œil pour œil, dent pour dent! Lui accorder l'exclusivité revenait à diffuser le message vengeur au plus grand nombre, tant Mildred ne savait pas conserver un secret pour elle-même. En la choisissant personnellement, le gouvernement savait pertinemment que la mort symbolique de l'infâme Lauren alimenterait toutes les discussions et serait sur toutes les lèvres du bas peuple. Un message limpide qui allait choquer les esprits et détourner le commun des mortels de tout sentiment de rébellion.

Jusqu'alors, elle ne s'était guère faite remarquée, si ce n'est par la très silencieuse Meredith Kane qui s'était bien gardée de lui faire le moindre reproche. Le devoir d'information passant avant toute autre priorité, Mildred pouvait s’adonner en toute quiétude au voyeurisme journalistique alors que les commentaires dégoulinaient comme les gouttes de pluie en pleine mousson. A présent que la sentence était prononcée, la rédactrice en chef de Multiplettes se concentrait exclusivement sur Lauren McGowan, à l'affut de la moindre réaction épidermique qui puisse multiplier ses ventes et accroitre le potentiel émotionnel de ce prodigieux scoop. Penchée en avant, ses grosses fesses décollées du siège, elle attendait avec une impatience manifeste ce moment magique qui allaient faire chavirer le cœur de son public.

* Allez vas-y ma grande! Donnes-moi un truc! Je sais pas, chiales un bon coup, hurles, réagis! Fais quelque chose, Merlin! Pourquoi te retenir? Ne sois pas égoïste : Penses un peu à moi et à mes ventes d'articles! Rends-toi utile au moins dans la mort! *

Dans le genre je reste pétrie dans ma dignité, Lauren McGowan était une star incontestée, au point de faire fulminer la pernicieuse Mildred Magpie. Fallait-il lui décortiquer des oignons crus sous les yeux pour qu'elle se libère de ses larmes? Nul doute que si la romancière s'était retrouvée à sa sinistre place, elle se serait déjà jetée aux pieds de la juge, pour lui baiser les pieds et implorer son pardon dans une flaque de larmes. Mais non, la jeune femme choisissait la dignité dans la mort, ce qui n'était pas une posture des plus vendeuses. Et surtout, cela n'allait pas dissuader les petits oisillons de la révolte anti-free de s'envoler. Il ne fallait surtout pas faire de Lauren McGowan, une sorte de martyr... Une Jeanne d'Arc du Monde magique dont la mort pousserait le peuple à vouloir bouter Leopold Marchebank du pouvoir. Voila pourquoi, Mildred Magpie choisit alors de concentrer son objectif de hyène journalistique sur la mère éplorée de la future exécutée et la fureur viscérale de son paternel. Une famille déchirée... Quoi de mieux pour tirer le frein à main des ardeurs révolutionnaires et déchainer les "Haters" contre les ennemis du Free...

De façon prodigieuse, son nombre de followers quadrupla alors en une fraction de seconde! * Voila quelque chose de vendeur * se murmura intérieurement Mildred Magpie alors que la mère s'évanouissait dans le public, et que le père l'écume aux lèvres fustigeait la décision de justice. Voila à quoi se résumait le pouvoir destructeur de la résistance! L'ignoble journaliste fit alors un long traveling pour revenir sur le visage sans doute décomposé de la future morte, mais au lieu d'y trouver de la souffrance... Ce que Mildred récolta ne fut qu'une colère foudroyante! L'horrible journaliste sursauta en découvrant les yeux noir et haineux que l'accusée daignait lui lancer : Pour quelle raison obscure, Lauren McGowan osait la foudroyer aussi méchamment du regard? Aussi effrayée que surprise d'être prise pour cible par la dangereuse accusée, Mildred recula instinctivement pour retomber sur ses lourdes fesses. Elle finit par baisser son Pear Two alors que les yeux révolver de la jeune femme continuaient de la transpercer sans pitié. Sans son écran en guise de filtre protecteur, la dure réalité prenait tous son sens et sa cruauté. Était-ce la frousse de se sentir dans le collimateur d'une dangereuse criminelle, ou un indicible sentiment de honte et de remord à l'égard de la victime et de sa famille... Mais Mildred éprouva un violent malaise qui lui tordit les entrailles. Cet affreux regard braquer sur elle : N'était-ce pas les prémices d'une sérieuse menace pour sa propre sécurité? En se délectant de la sentence mortelle, n'avait-elle point griller son prétendu devoir d'objectivité journalistique? Était-elle devenue une cible pour la résistance?

Au mépris de la morale humaine, Mildred Magpie s'était laissée emporter par ses ambitions de journaliste assoiffée de sensationnalisme. Désormais, elle ne rêvait que d'une chose, voir les yeux de cette meurtrière se révulser dans l'au-delà! Pourquoi diable continuait-elle à la fixer? Cherchait-elle à la terrifier? Le duel de regard allait tourner court : Incapable de soutenir le méprisant travers de l'accusée, Mildred finit par baisser les yeux honteusement, se mordillant la lèvre inférieure en guise de soumission. Le charme factice était brisé depuis qu'elle ne se réfugiait plus derrière son écran, et la mise en scène macabre n'avait plus rien d'excitant. Mildred avait peur. Un profond sentiment d'angoisse à l'idée d'être démasquée comme une des plus fidèles collaborationniste du gouvernement. Une peur paranoïaque la submergea alors qu'elle sentit quelques regard brulant se poser sur sa personne. Était-elle en sécurité?

Malgré son Pear Two qui frétillait sur sa cuisse, signe que ses nombreux abonnés s'insurgeaient d'être aussi subitement privés d'image ; Mildred n'osait plus trop s'afficher alors qu'elle s'enfonçait dans le molletonné de son siège... Mais la romancière avait comprit que cette fois-ci, elle était peut-être allée trop loin pour penser faire machine arrière. Aussi fourbe que opportuniste, elle avait toujours sût à merveille tirer profit des situations et retourner sa veste léopard du bon coté du pouvoir. Mais cette fois-ci, elle s'était grillée et il lui serait presque impossible de prendre un vent contraire. Toute sa vie, son pouvoir et ses influences reposaient entre les mains et la politique de Leopold Marchebank. Si ce dernier venait à échouer dans sa mise à mort de la Résistance, il y avait fort à parier que la propagandiste se tiendrait en lieu et place de l'infâme Lauren McGowan.

« Vous paierez pour vos crimes »

Comme une funeste promesse, les dernières paroles de l'accusée firent trembler Mildred Magpie. Le bourreau ne pouvait-il point se hâter à accomplir son sinistre devoir? La romancière voulait quitter ce procès, voir disparaitre l'éclat haineux qui scintillait dans les prunelles de cette vile jeune femme! Oui, elle voulait la voir mourir, ainsi que tous ceux qui oseraient menacer la quiétude de son petit monde doré et pavé de cupcakes à la framboise. L'attente était insupportable, alors qu'elle ne rêvait plus que d'une chose : Retourner dans son doux et luxueux foyer, pour se gaver de cupcakes à la myrtille, avant de se faire couler un bain moussant dans lequel viendrait la rejoindre l'infatigable Toni.

"Mais tuez moi cette garce! Qu'elle crève pour de bon! Qu'on en finisse! " siffla-t-elle entre ses dents.

Si elle n'applaudit pas cette fois-ci, quand la baguette du bourreau cracha son venin mortel, elle se jura intérieurement de maximiser son réseau de délation, aussi bien à Poudlard que dans le Monde Magique. Comme une trainée de poudre salvatrice, elle allait formée et répandre de multiples petites oreilles curieuses et indiscrètes qui débusqueraient l'ennemi où qu'il se cache! Les têtes du Kraken et de la Salamandre allaient tomber, et jamais plus il ne pourraient engendrer des monstres de la trempe de cette Lauren McGowan! Même si son engagement ne visait qu'à protéger son propre confort matérialiste et son empire commercial ; Leopold Marchebank pouvait compter sur son soutien indéfectible dans la traque de la résistance...


Pull me into your arms, Say I'm the one you own
Virgil ForbesSixième annéeavatar
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Allongé sur l’un des canapés de la salle des quatre maisons, Virgil lisait le dernier Quidditch Mag hors série, consacré aux gardiens prestigieux. Enfin, « lisait » c’était un bien grand mot. En vérité, il s’était plutôt assoupi sur son journal et il venait tout juste d’ouvrir les yeux en se demandant tout bonnement où il était. De toute évidence, c’était une mauvais idée de s’entrainer à la légilimancie jusqu’à point d’heure, se dit-il en frottant ses paupières et ses yeux cernés. Il constata alors que Philip et Kasya étaient installés en face de lui, le regard rivé sur le Pear Two de Damon assis entre eux.

« Vous regardez quoi ? » s’enquit-il d’une voix enrouée en passant une main dans ses cheveux.
« Procès McGowan. » répondit la batteur de Gryffondor sans lever les yeux de son artefact magique.
« Les avocats viennent de plaider et on attend le délibéré… » précisa Kasya, pelotonnée contre l’épaule de Damon, tu penses qu’ils vont l’envoyer au Centre de la Mémoire? » demanda-t-elle en se tournant légèrement vers son amoureux.
« C’est obligé, attends ! La meuf elle tente de buter le Ministre et après, elle pense qu’on va la soigner, tranquille, à Sainte Mangouste. Non mais elle rêve. »

Virgil se redressa pour s’asseoir face à ses camarades.

« Il est question de l’interner à Skye ? » s’enquit-il alors avec un regain d’intérêt dans la voix.

« Oui, l’avocat de Marchebank a demandé une peine d'emprisonnement à perpétuité sur l'île. »


Soudainement bien réveillé, Virgil abandonna son hors série sur le sofa. Il contourna le canapé où étaient assis ses amis et s’accouda sur le dossier derrière eux pour observer l’hologramme à son tour.

« Je croyais que c’était interdit de filmer les procès, souffla –t-il en fronçant les sourcils. Il était bien placé pour le savoir : Suite à sa capture holographique de la St-Valentin,  son père lui avait fait réviser tous les articles du code pénal ayant trait au droit à l’image.
L’adolescent tendit le bras pour incliner légèrement le Pear de Damon vers lui –l’écran n’était pas très net de là où il était- puis il observa les douze mages revenir dans l’arène et une juge du magenmagot prendre la parole sans que son commentaire ne puisse être audible, Vous êtes sur quel site ?
-Twitchter
-Le Twitcher de qui ?

La réponse ne tarda pas à arriver puisque l’hologramme de Mildred Magpie se matérialisa subitement devant eux, au premier plan.
-Oh putain vous êtes sur son compte ?! s’exclama Virgil en esquissant un mouvement de recul, Vous êtes seri….
-CHHHHUUUUT, intimèrent les trois amis à l’unisson. Kasya lui fit signe de se taire et Philip posa son index devant sa bouche en grimaçant. La voix de Mildred retentit alors à travers les haut parleurs du Pear :

"Très cher public! Vous ne rêvez pas! Vous venez bel et bien d'entendre une sentence jusqu'alors inimaginable quelques secondes auparavant! Mais les douze mages composant le jury et la juge suprême du Magenmagot ont rendu leur sanglant verdict :  Lauren McGowan est condamnée à mort, avec exécution immédiate! »


-Nooooooon ! s’exclama Damon mi choqué, mi subjugué. Il agita la main devant lui, comme s’il venait de se bruler. Il vont la tuer ! Direct ! Comme ça ! Hé Barton !?» Un Serdaigle occupé à lire un peu plus loin leva le nez de son épais ouvrage, il la butte ! »
« Sérieux ? » demanda le bleu et argent en relevant ses lunettes sur son nez.
« Exécution immédiate ! Damon reporta son attention sur l’écran de son Pear, ils font évacuer le tribunal ! »

Le Serdaigle et quelques autres élèves qui étaient dans la salle des quatre Maisons s’approchèrent  pour venir prendre la place de Virgil derrière le canapé. Le Gryffondor était retourné s’asseoir sur son sofa, bras et jambes croisés, refusant d’intégrer l’armée des  nombreux followers de Mildred Magpie. Il n’en revenait pas qu’elle se livre aux mêmes travers que lui en filmant ce procès ! En tout cas, elle remportait un franc succès avec cette vidéo en directe : Ils étaient une petite dizaine penchés au dessus du Pear Two de Damon, maintenant.


-Ça craint ! souffla Philip sans pour autant détacher son regard de l’hologramme.
-C’est qui là ?
-C’est son frère, il est batteur à Flaquemare.
-Ça doit être son père le vieux qui crie à côté.
-Oui, ils se ressemblent un peu.
-Carrément.
-La Milice est obligée de les sortir…
-Normal, ils se croient où ? On est au tribunal là, pas à la fête du village…
-Han. Elle pleure.
-Non …
-Si je te dis, regarde ses épaules. Elle pleure.
-Ah ouais…
-
-C’est nul, elle peut même pas se moucher vu qu’elle a les mains attachées. Elle va foutre de la morve de partout…Kasya gratifia Damon d’un coup de coude dans les cotes. Aïe ! Quoi ? C’est une putain de terroriste, on va pas la plaindre quand même ?
-Ah ! Regardez le bourreau vient d’entrer derrière elle !

Les élèves en proie à une fascination morbide, tendirent le cou pour discerner l’ombre noire dans le dos de Lauren McGowan. Kasya cola ses deux mains sur sa bouche et Damon esquissa un vague sourire avant qu’ils ne crient tous un «  Hééééééééé ! » simultané.
Visiblement la retransmission venait de couper.
Ne jamais faire confiance à Mildred Magpie, songea Virgil en esquissant à son tour un sourire mauvais. Damon appuyait sur tous les boutons et tentait de se reconnecter à la vidéo en direct, en vain.

-Elle vous l’a mi dans l’os la Magpie… souffla-t-il tranquillement en attrapant nonchalamment son magazine. Il tourna distraitement les pages d’un air satisfait.

Phil essayait de se connecter depuis son propre Pear One, quand à Damon,  il harcelait Magpie de « Wiiiz » pour qu’elle reprenne la retransmission. Les autres élèves attendaient toujours que la connexion se rétablisse, espérant voir l’exécution en direct.

Alors qu’ils étaient tous en attente, Virgil sentit son propre Pear vibrer dans sa poche. Il l’ouvrit et constata qu’il avait reçu une notification de la Gazette des Sorciers.

« Lauren McGowan a été exécutée aujourd’hui à Londres. » indiquait le titre.

« Trop tard .
souffla-t-il d’un air blasé, les yeux mi-clos, Elle est morte. »  Il tourna l’écran pour leur laisser admirer le scoop qui laissa tout le monde bouche bée.
Virgil haussa les épaules et referma le clapet de son Pear qu’il rangea dans la poche de sa cape de sorcier.Il reporta son attention sur Damon, visiblement contrarié d’avoir raté l’exécution, « Vois le bon côté des choses Dams. Sans les McGowan, Flaquemare a peu de chance de terminer premier au championnat de Quidditch. C’est une bonne opération pour les Flèches d’Appleby, ça. » souffla-t-il alors avant de reporter son attention sur son article…


Virgil Forbes

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