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 Un déjeûner presque parfait (Abel)

Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des MystèresConstantine Égalité
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12 février 2010

L'arche qui se dresse bruyamment au centre de la salle de la mort me fascine. Peut-être plus que n'importe quel élément d'étude au sein du Département des Mystères, cette porte me semble entrer en résonnance permanente avec mes pensées les plus profondes. C'est un sentiment très dérangeant, que de se sentir attiré par une porte en pierre ( qu'on est par ailleurs encore incapable de dater,) une porte en pierre peuplée d'innombrables marasmes de gens morts, éventuellement, et qui parlent - bien malgré moi je fais partie de ceux qui les entendent.- Face à cette porte, quand je suis seul et que je ne travaille pas, comme pendant ce quart d'heure d'agonie que je m'autorise uniquement par plaisir soumis de la contemplation, elle m'apparaît comme un vecteur terrifiant dirigé vers quelque chose de brutalement beaucoup plus grand que moi, et dans ces moments-là, tout le reste me semble stupidement vain.

La politique.
L'ambition.
Les secrets.
La mémoire.
La condescendance insupportable de l'hôtesse d'accueil du ministère.

Évidemment cela ne dure jamais longtemps (heureusement pour moi qui serai probablement bon, autrement, à passer le reste de ma vie en phase d'AVC terminal, la bouche ouverte, à baver sur la vacuité de l'existence et sincèrement, je suis bien heureux d'avoir autre chose à faire.- Mais ces moments, aussi court soient-ils, ont la faculté de me remettre à une place qui franchement, me permet de relativiser mon égo.

Dernièrement, et chose intéressante, lorsque je fixe cette porte j'ai tendance à penser à tous les gens assassinés ces derniers mois, et je m'interroge sur leur proximité avec ce voile opaque qui laisse filtrer des visages disparates. Ce voile où j'ai longtemps cherché Camille, et où je le cherche encore lorsque je m'oublie. Avant sa mort, je n'éprouvais pas une telle fascination pour cette salle. Mais depuis, j'envisage un futur où, si nous parvenons à percer les mystères terrifiants qui entourent cette entité primaire, nous parviendront à en exploiter le pouvoir à la source.

Imaginez ce que signifierait exploiter le pouvoir de la mort à la source. Il me faut généralement m'asseoir quelques minutes pour bien en accepter toute l'amplitude. Percer les mystères de cette arche signifierait éventuellement pouvoir ramener les morts à la vie. Et cela ne serait probablement rien d'autre que la plus bête, que la plus mesquine façon d'utiliser son pouvoir.

Il y a des raisons pour lesquelles nos recherches sont confidentielles. Tombées entre de mauvaises mains, leur fruit pourraient…

Avec un soubresaut, je m'arrache à ma contemplation et recule prudemment en réalisant que mon corps frôle presque le mur de visages dansants. Ils me hurlent dans les oreilles, et leurs hurlements me glacent brutalement les os. D'un geste, je m'arrache à leur proximité, descend les marches à reculons sans pouvoir la quitter des yeux, jusqu'à sentir dans mon dos les moulure froide de la porte. D'une traction et avec un effort déplorable, je me soustrait à la vision, enclenche la poignée, et me glisse derrière la porte.

Il me faut quelque longues minutes pour regagner le hall, plongé dans mes pensées. J'ai des objectifs. Des objectifs de réussites, qui doivent être mises en œuvre avant ma mort. Mais les recherches menées au Département sont si longues, si minutieuses, que je me demande parfois par quel moyens nous pourrions parvenir à être la génération qui trouvera les réponses. Mes interrogations se prolongent alors que l'ascenseur dégringole les étages, et s'immobilise au niveau du Hall d'entrée du Ministère. La foule qui s'y presse, l'agitation, le bruit, les odeurs agressives me heurtent et je me rappelle, à peu près comme à chaque fois depuis dix ans, à quel point je hais ce lieu de passage. Les gens disparates s'y comportent comme s'ils établissaient là une promenade digne du chemin de traverse, le nez à moitié levé vers les innombrables occurrences à l'image du FREE (et de Leopold qui ne gâche pas une occasion de se mettre en avant), et me donne l'impression d'avancer prisonnier d'un banc de touristes.

Putain.

Il y a des gens qui travaillent, ici.

Avec une élégante esquive d'un groupe de sorciers dont le grand âge ne me garantisse pas qu'ils soient encore vivants, je m'apprête à engager la conversation avec la très charmante stagiaire " qu'un déjeuner à l'écart de toute cette agitation franchement malvenue " devrait entretenir dans l'illusion que le ministère, c'est franchement trop bien, lorsque du coin de l'œil j'aperçois une silhouette qui loin de m'être inconnue, est même plutôt du genre de celles dont je recherche la compagnie ces derniers jours. Avec un geste de la main qui impose, outre une impolitesse notable, une fin de discussion sans transition, j'abandonne mon apprenti hôtesse et intercepte Abel Laveau, juste avant qu'il ne disparaisse entre deux groupes d'inconnus bruyants.

- Abel ? Abel Laveau ? " Il est possible que nous nous soyons déjà rencontré en profondeur, mais je n'ai pas le temps de consulter mon calepin pour m'en assurer. " Constantine Égalité, Directeur du Département des mystères. On a dû se rencontrer, éventuellement… Splendide, Leopolgrad. Un trésor d'invention, vraiment, et puis alors, les lieux qui changent, c'est d'un pratique ! " Je suis mauvaise langue. En général, c'est plutôt une bonne surprise. Mais les quelques fois où j'ai été mis dans l'incapacité de remettre la main sur mon vendeur favori d'alcools grand crus me sont restés en travers de la gorge.  " Vous auriez un moment ? Il y a quelques questions que j'aimerais aborder avec vous. " Super mauvaise entrée, Constantine, mais ais-je vraiment le temps de passer pour un type aimable ?

Abel LaveauArchimage urbanisteAbel Laveau
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Abel avait l’impression de passer la moitié de la semaine au Ministère ou en compagnie d’employés du Ministère, en ce moment. Les réunions avec leur service de communication et leur service immobilier se multipliaient pour finaliser la validation du projet de reconstruction de Leopoldgrad. C’était infernal, Abel n’avait jamais fait autant de paperasse. Un projet de construction c’était toujours beaucoup de paperasse, ce qui n’était jamais sa partie préférée, mais alors un projet de reconstruction qui faisait suite à un bombardement… Abel avait du faire passer le projet devant tout un tas de commissions pour vérifier la conformité à quelque chose comme un milliard et demi de normes, ce qui était d’autant plus infernal que le gouvernement bougeait beaucoup et faisait modifier quelques lois depuis l’attentat.

Le Ministère était donc dans une période de tension et d’effervescence continue depuis le trente octobre, ce qui avait le don de pomper l’énergie d’Abel quand il venait. Il y avait toujours beaucoup trop de monde qui circulait dans les couloirs, de notes de papier volantes qui vous frôlaient le crâne, d’attente pour parler à la bonne personne, et surtout, beaucoup trop de pierre noire lustrée sur les murs. Il se demandait souvent comment Isobel faisait pour travailler dans un lieu avec des fenêtres uniquement artificielles, dans ce qui semblait être les souterrains secrets de Londres, construits par un architecte en dépression.

Heureusement, cette matinée de l’enfer prenait fin, il put redescendre dans le hall un peu déçu qu’Isobel ne puisse pas l’accompagner déjeuner aujourd’hui à cause de sa surcharge de travail. Mais au moins, il allait bientôt retrouver la lumière -d’un ciel londonien en plein février donc tout était relatif, mais c’était mieux que rien. Il se fraya un passage avec sa pochette de plans sous le bras jusque la fontaine centrale à peu près, et ce fut le moment où quelqu’un l’appela derrière lui. Abel avait une bonne mémoire des visages et il avait déjà rencontré à peu près tous les directeurs de département du Ministère, pendant l’avancement du projet et la soirée d’inauguration de Leopoldgrad. Certains l’avaient marqué plus que d’autres. Constantine Egalité faisait partie de ceux dont il avait retenu parce que… Eh bien, qui d’autre pouvait s’appeler comme ça ?

« Monsieur Egalité, le salua t-il. Nous nous sommes rencontrés effectivement, une fois… »

Il n’eut pas forcément le temps de préciser davantage, l’homme parlait trop vite et trop énergiquement. Venait t-il de lui faire un compliment ou une critique ? Il n’était pas sûr qu’il y avait de l’ironie dans son ton, mais en même temps, cela ne voulait pas dire qu’il ne se moquait pas de lui. Il enchaîna si vite sur la question suivante qu’Abel n’eut pas l’occasion de trancher. Il resta simplement un peu perplexe face à l’entrée en matière légèrement dénuée de tact de son interlocuteur. Comme à peu près tous les directeurs de département, Egalité avait l’air de ne pas avoir le temps dans sa vie, par contre il était un peu moins diplomate que la plupart de ses collègues. Abel hésitait donc entre se montrer dubitatif ou poli et probablement que sa réponse fut dans un mélange des deux :

« Eh bien… Cela dépend de la question, je suppose. C'est-à-dire qu'il était disponible pour avoir un échange utile et rapide mais pas pour perdre son temps. Je m’apprêtais à aller déjeuner. »



Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des MystèresConstantine Égalité
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Abel Laveau, donc, descendant des Laveau, qui ne doit connaître en tout et pour tout sur l'île Britannique qu'une triste minorité de personnages capables de prononcer son nom correctement, et qui échoue par le fruit d'un procédé obscur si proche de mademoiselle Lavespère, que quelques questions se posent. Outre le fait qu'il me paraît absolument captivant de découvrir de quelle manière le descendant d'un sang aussi puissant puisse négliger ses propres aptitudes alors que la société occidentale lui offre une belle preuve de ce qu'il faut croire et ne pas croire, je suis subjugué de découvrir tant de coïncidences mises si proches les unes à côté des autres. Évidemment, je garde tout cela pour moi : Abel Laveau n'a pas forcément besoins de savoir qu'un type qu'il ne connaît que de vue s'intéresse de près à ses ancêtres. Pas pour le moment.

- Eh bien… Cela dépend de la question, je suppose. Répond-il avec une sorte de bienséance pressée. Je m'apprêtais à aller déjeuner. " Oblique, je lui sers un demi sourire en forme de rictus. J'ai bien senti dans le creux atone de son ton polie qu'il ne désirait pas spécialement s'encombrer d'une compagnie envahissante, seulement je ne lui laisse pas tellement le choix : ''Je présume que vous ne verrez aucun inconvénient à vous apprêter à déjeuner en ma compagnie, dis-je calmement. Nous pourrons ainsi rentabiliser chacun notre précieux temps. " Je dissimule assez mal le sarcasme qui s'est glissé dans mes derniers mots. Impossible de ne pas sentir l'impatience latente d'Abel Laveau, et il me semble vaguement avoir intercepté un ou deux regards mécaniques jetés en direction de la sortie. Il ne ressemble pas à quelqu'un qui a du temps à perdre, et je suppose assez pragmatiquement qu'avec les nouvelles mesures adoptées par le gouvernement suite au tristement célèbre attentat de Leopolgrad, Abel Laveau doit avoir un nombre dispendieux de papiers à remplir.

Ses papiers peuvent attendre : Constantine Égalité a des questions.

D'un pas rendu naturellement pressé par le désir de m'extraire de l'agitation du Hall, j'ouvre la route jusqu'à l'ascenseur réservé aux visiteurs. A vrai dire, je profite strictement du fait qu'Abel n'est pas un interne du Ministère pour éviter la sortie des travailleurs : m'extraire, même magiquement, d'une cuvette à peine récurée fait vraiment parti des épreuves quotidiennes de ma vie, dans un sens comme dans l'autre. Nous émergeons dans Whitehall sans un mot, et il nous faut deux minutes pour traverser la rue et pénétrer dans un restaurant que personne, hormis les sorciers, ne semble remarquer. " Nous ", du moins il me semble, parce que je ne vérifie la présence d'Abel qu'au moment où la serveuse m'indique une table avec un sourire.

L'établissement est calme, assez chaleureux. L'espace n'est pas grand et paraît un peu old-fashion, mais j'aime le fréquenter. Le personnel y est poli, efficace, discret, l'atmosphère épaisse de la moquette ocre et des murs lambrissés me rassurent et calme généralement mon esprit désordonné. Le silence feutré, parsemé des conversations douces des couples et des groupes venus déjeuner-là, apaise immédiatement mes nerfs tendu par l'agitation du ministère. Avec une attitude d'habitué, je me laisse tomber sur la banquette et indique tranquillement le siège en face de moi à Abel, planté au milieu du passage. " Choisissez ce qui vous convient : je vous invite, en échange de votre temps, dis-je alors que la jeune serveuse dont j'oublie systématiquement le nom, mais qui doit finir par me connaître à force de me voir les jours où je n'oublie pas de déjeuner, glisse deux cartes devant nous. Vous prendrez bien un verre de vin de sureau en attendant ? J'attends à peine sa réponse, il n'a pas le temps. Deux verres de vin de sureau, merci. " Elle opine et s'écarte pour aller préparer nos apéritifs. Je considère longuement Abel, du fond de ma banquette, les bras croisés sur la poitrine. Je cherche vaguement une manière de commencer cet entretien, renonçant à tenter de me rappeler le ressentit de notre première rencontre. J'ai dû le noter quelque part, mais n'ai pas réellement le temps de consulter mon avis sous son nez. Par ailleurs, je fais confiance à cet instinct qui ne m'a jamais fait défaut.

- Je suppose que nous n'avons pas besoins de tourner autour du sujet : loin de moi l'idée de paraître malpoli, mais nous avons tous les deux affaire alors… " Je m'avance lentement sans le quitter des yeux. " Il faut que nous parlions sécurité. Sécurité de Leopolgrad, j'entends. Ca doit vous parler, j'imagine… La Marche Bank est un bel exemple d'échec, après tout. " Oui, j'ai fait exprès. " Alors voilà. J'habite à Leopolgrad. Je compte y rester, éventuellement. Seulement, à ma grande surprise, il me semble que ces question-là n'ont pas été abordées à proprement parler - arrêtez-moi si je me trompe. " Je ne suis pas au courant de tout. " Je me suis demandé, comme ça, à tout hasard, ce que vous proposeriez en terme de circulation, par exemple. " Il n'y a aucun hasard dans le sujet que j'essaie d'amener. Au contraire, beaucoup de questions ruminées, compulsées, et un besoins de réponse sous-jacente qui ne concerne pas que ce que je me permets d'exposer frontalement. J'ignore si Abel perçoit les sous-entendus. Je le jauge. " Je crois qu'il y a beaucoup de choses qui auraient pu être évitées si Leopolgrad avait été pensé avec les menaces auxquelles nous faisons face actuellement. Je crois que beaucoup d'autres choses pourraient être évitées dans le futur si nous y travaillons en gardant cela à l'esprit. Si vous voyez ce que je veux dire." Je laisse quelques secondes de silences entendus, essayant de déterminer le degrés auquel il comprend mes propos. Sur un ton entendu, je conclus : "J'ai besoins de votre expertise. " Rassurez moi, Abel. Et laissez-moi prendre connaissance des plans du gouvernement sur un sujet qui pourrait grandement faciliter le contrôle du peuple. Directeurs de Départements logés à Leopolgrad inclus.

Abel LaveauArchimage urbanisteAbel Laveau
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Abel avait largement eu le plaisir tout relatif de traiter avec des hommes de pouvoir, depuis qu’il avait signé le contrat de Leopoldgrad et il s’était rapidement rendu compte que c’était une toute autre espèce de clientèle que celle dont il avait l’habitude. Constantine Egalité n’était pas le premier directeur de département avec qui il échangeait mais à chaque fois que cela lui arrivait, il y avait un moment dans la conversation où Abel était à demi admiratif de l’aisance et la rapidité avec laquelle ces personnes pouvaient vous faire accepter quelque chose que vous n’aviez ni demandé, ni spécialement voulu. Quelque chose se jouait dans leur rhétorique, quelque chose qu’Abel ne savait pas manier du tout, lui qui avait tendance à être plus franc que manipulateur. En l’occurrence, Constantine était un spécimen intéressant et assez particulier, parce qu’il lui semblait qu’il arrivait à être les deux à la fois. D’un côté, Abel ne pouvait nier son pouvoir de manipulation verbale qui faisait qu’il se retrouvait en à peine quelques minutes à pousser la porte d’un restaurant en sa compagnie. De l’autre, Constantine avait un côté abrupt dans sa façon de parler et d’aborder les gens, qui transparut dans presque chaque point de la suite de leur conversation : la façon qu’il eut de choisir le vin pour eux, pour commencer, puis d’introduire ce qui les amenait là.

Assis sur sa banquette, Abel eut à peine l’occasion de remercier la serveuse qui s’éloignait que Constantine choisit de lui épargner des sujets de conversation inutiles. Abel n’avait rien contre les personnes qui allaient droit au but, bien au contraire, c’était plutôt une qualité à ses yeux. D’un autre côté, il y avait de quoi déstabiliser n’importe qui, même lui, quand la quatrième phrase de leur conversation comportait les mots « sécurité à Leopoldgrad ». Rien que ça, il appuyait pile sur la jugulaire de l’opinion publique, le sujet qui déclenchait toutes les passions depuis les attentats, alors qu’Abel n’avait même pas eu le temps de dire trois mots. Mais ce n’était qu’une mise en bouche, finalement. Abel n’était pas quelqu’un qui se vexait facilement non plus. Pourtant, quand le directeur de département lança sans l’ombre de tact que la Marche Bank était « un bel exemple d’échec », il put presque sentir ses poils se hérisser de déplaisir. Eh bien, en l’espace de quelques phrases, Constantine avait réussi à faire deux choses que beaucoup ne parvenaient jamais à faire, même avec beaucoup d’efforts : le déstabiliser et le contrarier.

Abel referma lentement le menu, décidant qu’il avait choisi -et puis, si ce déjeuner improvisé pouvait être court, cela l’arrangeait- avant de lever son regard métallique sur son interlocuteur. Cet homme avait beau manquer franchement de délicatesse, il soulevait des points qu’il était loin d’être inutile de débattre, surtout après les attentats que le pays avait connu. Sécuriser la banque, sécuriser la ville, c’était des sujets qu’il potassait sérieusement depuis le trente octobre et Constantine n’était pas vraiment le premier à vouloir obtenir des solutions. Mais quelque chose interpela rapidement l’archimage. Après avoir été si direct et si limpide dans ses critiques, n’était-ce pas étrange que Constantine s’embarrasse de formulations comme « si vous voyez ce que je veux dire » ? Il y avait quelque chose qu’il tentait de lui dire, visiblement, et qu’Abel n’était pas certain d’avoir saisi dans toute son ampleur. Mais puisque cette conversation n’avait pas commencé dans la langue de bois, il choisit de préciser ce que le directeur avait en tête -ou du moins ce que lui pensait qu’il avait en tête- en utilisant les bons mots :

« Si vous parlez d’installer des dispositifs magiques qui permettraient de suivre en temps réel la circulation des personnes dans l’espace public, comme le font les caméras moldues dans les villes par exemple, ce sont tout à fait des questions qui sont abordées en ce moment, à proprement parler, répondit t-il en reprenant volontairement les mots du directeur. Mais en l’occurrence, cela relève moins de mon expertise que de celles de technomages aptes à fabriquer ce genre d’objets et du département de la Justice Magique qui peut définir le cadre de leur utilisation. »

Il n’était pas vraiment payé pour définir où placer des caméras et à vrai dire, cela n’intéressait que moyennement l’architecte. Cela ne signifiait pas qu’il n’avait rien à dire sur le sujet et il poursuivit avec un peu plus d’intérêt :

« Mais vous savez, la sécurité est toujours un sujet sous-jacent quand on dessine un espace. » Contrairement à ce qu’il avait l’air de penser, ce qu’Abel n’ajouta pas. « C’est encore plus vrai à l’échelle de la ville que du bâtiment, puisqu’on est constamment en train de prendre des décisions sur où est-ce que les gens peuvent passer, où est-ce qu’ils peuvent s’installer, où est-ce qu’il y aura une clôture, une portique de contrôle, de l’éclairage la nuit… C’est toujours là, la sécurité, fit t-il avec un léger geste de balayage dans l’air, c’est simplement que le mot n’est pas toujours dit et surtout, qu’il y a différentes écoles sur le sujet. Deux grandes, on pourrait dire. Il leva un premier doigt. Une qui pense que l’important c’est de prévenir toute intrusion ou tout acte non désirable en rendant tout l’espace visible, contrôlable, et généralement, très contenu. Une ville fortifiée c’est une bonne illustration de ce principe. Pour l’autre école, déclara t-il en levant son deuxième doigt, l’idée n’est pas tant d’empêcher les actes de malveillance que de permettre aux gens de s’enfuir vite et efficacement quand il y en a. Là, on est plutôt sur des voies larges, des points de contrôle limités voire absents pour ne pas créer de conflits. Dans le premier cas, vous privilégiez la question de la visibilité. Dans le deuxième, vous privilégiez la circulation. »

De quelle école était Constantine Egalité ? Abel l’ignorait mais ce qu’il pouvait voir, c’était que le Ministère lui-même n’était pas vraiment univoque sur le sujet.

« Pour l’instant Leopoldgrad est plutôt dans la deuxième école, on l’a conçue ainsi, en tout cas… Bien sûr, le Ministère pourrait décider d’en faire une forteresse comme ça a été fait à Bristol, dit t-il en se gardant d’exprimer son opinion sur cette décision : ce n’était pas son rôle de concepteur. Mais ça ne rendrait pas service à Leopoldgrad je pense… Ca risque de casser l’attractivité de la ville. »

L’idée première était d’en faire un pôle économique du pays et d’attirer des populations venues de tous les horizons. Or c’était assez rédhibitoire de devoir passer multiples points de contrôle pour se rendre quelque part, mais ce n’était que son humble avis. Abel avisa distraitement la silhouette de la serveuse qui approchait de leur table pour leur apporter leur vin, ce qui le poussa à conclure :

« Je ne sais pas comment vous voyez les choses, mais… Je pense qu’il n’y a rien de moins efficace pour donner un sentiment de sécurité aux gens que de leur faire sentir qu’ils sont surveillés. »


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