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 Somebody I used to know [Roy & James]

James CarterBriseur de Coeuravatar
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9 mai 2010

James avait erré longtemps - très longtemps - dans Bristol après la discussion qu'il avait eu avec Marlene. Il avait besoin de se vider la tête, de se changer les idées, de respirer l'air marin de la ville. Il avait marché, visage fermé, pendant plus d'une heure, oscillant entre envie d'hurler et de fondre en larmes - mais les garçons ne pleuraient pas, alors il se contentait de frapper dans le moindre caillou qui se trouvait sous sa chaussure.

Il se retrouva bien malgré lui devant les Folies Sorcières, attiré par la lumière et le bruit qui s'en dégageait. Il allait faire demi-tour, mais une silhouette attira son attention. Il observa un instant Roy Calder, hésita à faire un pas vers lui.

En vérité, il n'avait envie de voir personne, de ne parler à personne. Il voulait rentrer chez lui, frapper dans un oreiller, hurler sous sa douche, évacuer sa haine contre le mur de sa chambre. Il ne bougea pas.

"Salut." lança-t-il d'un ton incertain à son aîné, qu'il avait connu alors qu'il faisait le mur à Poudlard avec Grady - une douce époque, songea-t-il. Il l'avait recroisé quelques fois, lorsqu'il était venu avec ses collègues ambulanciers.


Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Roy n’était pas franchement de bonne humeur lorsque James se présenta au pas de son cabaret. Il était sorti pour envoyer un Patronus à Toni à cause d’une sombre histoire autour d’un nouveau fournisseur qui avait tenté de les entuber, exactement le genre de déconvenue qui avait tendance à le mettre quelque peu sur les nerfs. Et quand Roy était énervé, il avait tendance à se défouler sur quelqu’un -en l’occurrence Toni- et il valait mieux ne pas se trouver sur son chemin.

Mais James Carter ne méritait pas vraiment d’encaisser un Roy de mauvaise humeur, surtout pas quand on voyait la tête qu’il faisait. Ce fut la première chose que le mafieux remarqua, en s’approchant un peu. Il avait les traits tirés, la mine défaite. Même sa voix était différente, loin de l’assurance et la bonne humeur qu’il lui connaissait. Il avait même l’air un peu perdu, comme s’il s’était retrouvé là par hasard.

« James ? Ça fait un bail. » Interloqué, Roy rangea sa baguette dans sa poche et s’approcha de quelques pas pour mieux voir son visage dans la pénombre. « Ça va ? T’as une sale tête. »


James CarterBriseur de Coeuravatar
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"Ouais." lança James lorsque Roy mentionna qu'ils ne s'étaient pas croisés depuis longtemps.

Depuis qu'il sortait avec ses collègues ambulanciers, il venait moins souvent aux Folies Sorcières - notamment parce qu'il était particulièrement pénible de passer le Check-Point de Bristol le soir. Le jeune homme s'approcha de Roy, indécis quant à la conduite à tenir. Sa question lui tira un sourire sans joie.

"Ah. Ouais." répéta-t-il.

Il avait effectivement une sale tête - puisqu'il avait appris la mort de son amie, passé une nuit blanche penché sur de vieux journaux et rompu avec sa petite-amie, et tout cela en moins de vingt-quatre heures - pouvait-on appeler cela un combo gagnant ? Probablement.

"Une de mes amies est morte, hier." lança-t-il en guise d'explication, désirant peu s'étendre sur cette pente glissante, au cas où il perdait une nouvelle fois le contrôle de lui-même et se mettait à hurler, en plein Bristol, que la milice était responsable de la mort de Samantha. "Et j'ai quitté ma copine." Il se racla la gorge, un peu gêné de se confier à son aîné. "Et j'avais plus d'bière dans mon frigo." ajouta-t-il pour garder contenance, sa pointe d'humour étant bien vite contredit par son regard hagard et sa mine grave. "Et toi, ça va ? T'as pas l'air de super humeur non plus." lança-t-il en haussant les épaules.


Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Est-ce qu’il était bourré ? Cette pensée traversa Roy en le voyant assez peu réactif dans ses réponses. Il fronça les sourcils, perplexe. James avait l’air de flotter dans un flou total. Mais son ton changea un peu dès le moment où il révéla ce qui le tourmentait. Sans l’ombre d’une introduction, il lui annonça qu’il venait de perdre une amie et de rompre avec sa copine. Rien que cela, très bien. Roy acheva de franchir la distance entre eux pour pouvoir poser sa main sur son épaule. Voilà, la tête que tirait James, son ton et sa vie des dernières vingt-quatre heures lui faisaient tout à fait de la peine, maintenant, alors il répondit :

« On s’en fout de moi. Tu veux rentrer boire un verre et me raconter ce qui s’est passé ? »

Il lui désigna l’intérieur du cabaret d’un geste de la main.


James CarterBriseur de Coeuravatar
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James avisa la main que Roy avait posé sur son épaule, les yeux toujours dans le vague. Sa longue marche l'avait laissé épuisé et hébété, si bien qu'il ne savait même pas ce qu'il faisait sur le parvis des Folies Sorcières, en ce soir de mai. Il considéra un instant la proposition de Roy, hésitant à la refuser pour repartir chez lui.

Mais il s'imagina, assit sur son canapé, en se rejouant encore et encore la scène de sa rupture avec Marlene. Il allait retomber sur les journaux et ne pourrait résister à la tentation de se replonger dedans. Il allait repasser la nuit penché sur de petits caractères noirs, déchiffrant les abus et horreurs du régime.

"Ok." acquiesça-t-il finalement en suivant Roy à l'intérieur du cabaret magique.

Le bruit ambiant l'agressa immédiatement, ainsi que la foule, trop dense et trop compact, qui le plongeait dans une toute autre atmosphère que celle dans laquelle il avait vécu depuis l'annonce de la mort de Samantha. Lui, habituellement si fêtard, si prompt à rire et à s'amuser, se sentait en décalage total. Les deux hommes s'arrêtèrent au bar, et James s'y accouda.

"J'vais vous prendre un Whisky, s'il-vous-plait." demanda-t-il au barman, un grand homme métis aux yeux étrangement clairs. Ce dernier acquiesça en attrapant une bouteille, tout en interrogeant du regard Roy.


Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Le semblant d’humour que conservait James pour se donner une contenance semblait s’être envolé. Il avait l’air simplement plongé dans ses moroses pensées, maintenant. Lui qui aimait l’ambiance du casino en temps normal n’avait même pas l’ombre d’un sourire sur son visage quand ils pénétrèrent à l’intérieur. Il avait seulement besoin d’un alcool fort, visiblement.

« Un deuxième » confirma t-il à Ignacio.

Il n’y avait rien de plus triste que de boire tout seul quand on était déjà triste. Roy posa sa main sur l’épaule de James, dans une tape amicale.

« Voilà, le souci de la bière est réglé, lança t-il en référence à sa petite plaisanterie de tout à l’heure. Il ne s’attendit pas vraiment à ce que James sourit, vu ce qui lui était tombé dessus… Un peu plus sérieux, Roy demanda doucement : « Qu'est-ce qui s'est passé avec cette amie et avec ta copine ? »


James CarterBriseur de Coeuravatar
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James fit tourner machinalement le liquide ambré dans son verre, le regard perdu dans le vide. Il se sentait épuisé - après tout, il avait dû dormir environ sept heures durant les trois derniers jours.

"Mon amie, c'est l'ambulancière décédée sur la route de Skye, hier." annonça-t-il d'un ton neutre, bien que les muscles de son cou se tendirent sensiblement à cette mention.

Il garda le silence un instant, pensif. Il avait désespérément besoin de parler à quelqu'un de ses doutes, de ce qu'il avait découvert en filigrane - et encore plus depuis sa conversation avec Marlene, qui l'avait laissé furieux et frustré. Roy était le seul adulte qu'il connaissait - si le mot "adulte" pouvait s'appliquer à lui - et qu'il fréquentait régulièrement. Bien sûr, il avait aussi ses collègues à St Mangouste, mais il avait besoin de parler à quelqu'un extérieur à ce milieu.

Sauf... Sauf que les murs avaient des oreilles, songea-t-il en jetant un coup d'oeil inquiet autour de lui. Le barman s'occupait d'une cliente qui réclamait un "cocktail alcoolisé, mais très peu, parce qu'avec mon foie, vous comprenez..." et semblait plutôt occupé par cette demande.

"Et avec ma copine..." il haussa les épaules. "On s'est engueulés parce qu'on a des divergences d'opinions un peu trop importantes sur les évènements." confia-t-il en baissant inconsciemment le ton.

Et c'était peu dire.


Roy CalderChef de la mafiaavatar
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« Oh… »

Roy n’avait pas spécialement fait gaffe à la nouvelle dans le journal -il ne lisait pas systématiquement les faits divers- mais il avait été mis au courant par sa soeur, dans la journée. Irina lui avait envoyé un hologramme sur son Pear One, lui annonçant qu’une des anciennes camarades de classe d’Adrian était décédée dans un accident… Il avait donc envoyé un message à son petit frère, un « Ça va ? J’ai appris pour la fille qui a eu un accident d’ambulance, elle était dans ta promo ? » la réponse : « Ouais. Ça va. ». Bon. « Si t’as besoin d’en parler, je suis là ». « Ok ». La communication et le partage de ressenti dans la famille Calder étaient très au point.

James avait l’air beaucoup plus atteint et Roy en ressentit une certaine peine pour lui. Il avait déjà perdu des amis proches, peu importait combien on voulait faire croire le contraire, au fond, c’était toujours très douloureux. Et se noyer dans quelques verres de whisky ne donnait même pas l’illusion de se sentir mieux. Il but malgré tout le sien, en soutien au jeune homme, puis posa sa main dans son dos.

« Je suis désolé, James. »

Il lui donna une légère tape, sans savoir quoi dire d’autre. Il n’avait jamais été très doué avec les mots dans ce genre de cas beaucoup trop sérieux et tristes pour qu’il puisse faire des blagues. Il était simplement là et il espérait que ça aidait un peu James, qui n’avait pas qu’un seul sujet de préoccupation ce soir. Il était en double deuil ce soir, puisque c’était fini avec sa copine aussi, visiblement. Roy n’avait jamais eu l’occasion de la rencontrer, il avait simplement entendu James en parler, parfois et il lui avait toujours donné l’impression d’être plutôt heureux et amoureux -ce qui était toujours une bonne raison de le chambrer, bien sûr. Il n’aurait jamais pu deviner que leur couple battait de l’aile, James n’avait jamais donné cette impression.

Roy fronça les sourcils devant ses aveux, qu’il semblait contenir. Des divergences d’opinions ? L’espèce de regard inquiet qu’il jeta autour de lui et le ton bas qu’il emprunta rendait perplexe le trafiquant. Quoi que soit la divergence à laquelle James faisait référence, il n’avait l’air pas très à l’aise d’en parler ici. Roy lança un bref regard vers son barman, dont la fonction principale était d’ouvrir ses oreilles -il le savait puisqu’il était celui qui lui avait donné ce job-, puis décida qu’il valait mieux se déplacer un peu.

« Tu veux qu’on en parle plus calmement ailleurs ? »

Son bureau ferait bien l’affaire, il y avait un coin canapé confortable, des bouteilles d’alcool, et surtout, beaucoup moins de tapage. Roy entraîna James vers le couloir que seules quelques personnes pouvaient emprunter en temps normal : ce soir, il pouvait se considérer comme un membre VIP. Avec un signe de tête pour les deux Veilleurs à l’allure de gorilles qui patrouillaient près de l’entrée de son bureau, Roy poussa la porte de son antre tout de bois sombre et de cuir de dragon -avec un charmant cactus sur le bureau, issu d’une soirée dont il préférait ne pas se souvenir. Il alluma d’un coup de baguette magique les lampes à huile réparties dans la pièce, ce qui donna un aspect beaucoup plus rassurant et confortable à la pièce.

Quelques minutes plus tard, Roy avait pris place sur un fauteuil face à James et versait deux nouveaux verres de whisky sous ses yeux.

« Ça fait longtemps que ça va pas avec ta copine ? Je pensais que vous étiez bien… Sur quoi vous vous êtes disputés ? » demanda t-il en poussant d’un geste le verre vers le jeune homme.


James CarterBriseur de Coeuravatar
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James hocha simplement la tête lorsque Roy lui proposa de parler dans un endroit plus calme, avant de se laisser entraîner dans un couloir du casino qu’il n’avait jamais fréquenté auparavant. S’il avait été dans son état normal, il aurait probablement chambré Roy sur le fait que prétexter une discussion sérieuse pour attirer de jeunes garçons dans son bureau était une méthode vieille comme le monde et qu’il était flatté. Mais le jeune homme était à des lieues de penser à faire un trait d’humour et il se contenta donc de suivre son aîné, le visage fermé, tourné vers ses idées moroses.

Il se retrouva bien vite installé dans un fauteuil, un nouveau verre de Whisky dans la main. Il observa un instant la pièce dans laquelle il se trouvait – le bureau de Roy, très sûrement – et reporta son attention sur ce dernier, l’interrogeant du regard. James n’était pas l’homme le plus subtile que ce monde ait porté – à vrai dire, il était même très peu subtil, même s’il maintenait que Grady l’était encore moins que lui. Il était toutefois loin d’être stupide – bien qu’un peu naïf – et la proposition de Roy, juste après qu’il ait mentionné ses divergences d’opinion avec Marlene, ne lui semblait pas être une coïncidence.

« On était bien, c’est vrai. » répondit cependant prudemment James, en jouant avec son verre.

Il avait envie de faire confiance à Roy, de lui expliquer qu’il était persuadé que Samantha avait été tuée par la milice parce qu’elle avait désobéi à un ordre, parce qu’elle avait refusé d’être complice du régime et d’amener un homme à Skye. Il voulait lui énumérer toutes les informations qu’il avait récupéré, ci et là, qu’il avait analysé pendant des heures et des heures. Et, plus encore, il avait besoin qu’on le croit. Il avait besoin que quelqu’un lui dise que non, il n’était pas en train de devenir fou, contrairement à ce qu’avait sous-entendu Marlene quelques heures plus tôt.

« On s’est disputé parce qu’on n’était pas d’accord sur les circonstances de la mort de mon amie. » avoua-t-il d’un ton qu’il voulait neutre, mais dans lequel on pouvait clairement distinguer son anxiété.

Il but une longue gorgée de sa boisson, et le Whisky lui brûla violemment la gorge, toujours aussi nouée que les heures précédentes. Sa gorge, son estomac, ses muscles, tous semblaient se tordre à la fois sous la douleur et sous la fatigue. Son cerveau lui, dopé à la caféine et désormais à l’alcool, fonctionnait à plein régime.

« Roy… » débuta-t-il en se balançant légèrement vers l’avant, hésitant sur ce qu’il pouvait – ou non – lui révéler.

Il ne voulait pas non plus se mettre inutilement en danger avec ce genre de confession – il savait bien de quoi étaient capables les miliciens.

« Est-ce que je peux te faire confiance ? » demanda-t-il finalement de but en blanc, en fronçant les sourcils et en s’appuyant contre le dossier du fauteuil.

Si James était bien certain d’une chose à propos de Roy, c’était que ce dernier était un homme de parole ; un homme loyal envers ses proches, comme l’étaient environ tous les Gryffondor « pur-jus ». Il restait à savoir si James lui était suffisamment proche pour que Roy n’appelle pas la milice aux Folies Sorcières, sitôt ses doutes partagés…


Roy CalderChef de la mafiaavatar
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James avait le regard dans le vide, le regard de quelqu’un qui avait passé une très mauvaise soirée et probablement pas beaucoup dormi depuis quelques temps, vu la façon dont ses traits étaient tirés. Roy avait des remèdes à cela, après tout, c’était son métier d’offrir des moyens de réconfort aux personnes en déroute. Mais justement, il connaissait bien ce qu’il vendait : une machine à se faire de l’argent de façon infinie pour lui, car tout ce que faisait la drogue, c’était créer un réconfort de quelques heures tout au plus, mais surtout, un besoin supplémentaire qui entretenait la machine. Il estimait assez James pour ne pas lui faire cette proposition et se contenter de lui offrir son oreille. C’était ce dont il semblait avoir besoin, Roy le sentait, parce qu’il n’avait pas à faire grand-chose pour le pousser à parler. James ne tournait même pas autour du pot, il donna assez vite des précisions sur les circonstances de sa rupture.

La mafieux ne dit rien sur le coup, parce qu’il sentait que son interlocuteur n’avait pas terminé sa phrase. Il attendait qu’il explique à quoi il faisait référence, qu’est-ce que son ex petite-amie avait compris des circonstances de la mort de cette jeune ambulancière ? Roy ne pouvait d’autant pas deviner tout seul qu’il n’avait pas lu l’article en question. Irina lui en avait parlé et il s’était contenté des informations qu’elle lui avait donné : une ancienne camarade de classe d’Adrian, qui aurait eu un tragique accident en conduisant son ambulance vers… Le nom de la destination se rappela à cet instant à la mémoire de Roy et il eut brièvement un mauvais pressentiment. Est-ce que cette destination avait quelque chose à voir avec la divergence d’opinions que mentionnait James et cette espèce de prudence qu’il prenait pour parler ? Roy était un citoyen plus averti que les autres, parce qu’il côtoyait au quotidien des personnes comme Leopold, Constantine, Danielle, il avait accès à plus d’informations que la plupart des gens, mais qu’en était t-il de James ?

Le bref espoir qu’il ressentit à ce qu’il ne s’agisse pas de cela mais de tout autre chose s’évapora à la suite de son discours. De son regard noir, il avisa le visage désespérément transparent de James, qui laissait voir toute son hésitation, ses craintes et son envie d’avoir du soutien. Ah… Roy était contrarié, maintenant, vraiment contrarié. Pas le genre de contrariété qui lui donnait envie de se défouler en grondant de colère, comme quand un de ses hommes faisait mal son travail. Plutôt comme quand sa cousine Carla tentait un mouvement imprudent avec cette fougue qui la caractérisait, sans avoir assez de recul pour comprendre son erreur, et qu’il devait la sortir de ce mauvais pas. Il reconnaissait bien ce sentiment d’irritation qui démarrait d’une diffuse inquiétude, au creux de son ventre. Dans ces moments-là, ses traits se durcissaient, parce que c’était la seule façon de faire passer efficacement son message.

« James…Tu n’as donc rien appris quand on jouait ensemble au poker ? Personne ne te montrera ses cartes pendant une partie, même si tu le demandes gentiment. »

Il était jeune et donc naïf, par conséquence, ce que Roy voulait bien pardonner parce qu’il savait que James était loin d’être un idiot. Il n’avait simplement pas encore assez d’expérience. Il n’avait pas encore fait l’erreur de donner sa confiance aux mauvaises personnes, jusqu’à en payer le prix fort. Roy n’avait fait que cela, pendant ses premières années à dealer comme une petite frappe mal entraînée aux codes de la rue. Cela avait eu l’avantage de lui faire très vite rentrer plusieurs leçons essentielles dans le crâne. Mais il y avait perdu beaucoup de choses et il aurait pu y perdre davantage, probablement jusque sa vie. Cela n’aurait pas été le premier, la Voie des Miracles était remplie de cadavres de jeunes sorciers dont on connaissait à peine le nom, qui avaient fait l’erreur d’être des victimes trop faciles.

A cet instant, James avait la chance de poser la question à quelqu’un qui ne lui voulait pas de mal. Mais ce ne serait pas toujours le cas et il ne pouvait pas montrer ses cartes aussi facilement. Roy reposa son verre de whisky sur la table basse entre lui et James, sans le lâcher du regard :

« Si tu poses cette question, alors tu es déjà mort. Si je te dis oui, tu pourras jamais savoir si je suis sincère ou si j’attends l’occasion de t’entuber avec ce que tu vas me dire. Soit tu peux répondre tout seul à ta question… Soit tu ne dis rien. »

Et il ne pouvait pas trancher pour lui.


James CarterBriseur de Coeuravatar
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James affronta le regard de Roy, le visage blême mais décidé à ne pas baisser les yeux. Il s’agita sur le fauteuil, mal à l’aise face à cet homme qu’il estimait tellement.

« Tu es déjà mort ». Cette phrase le frappa, lui coupa le souffle et un tremblement lui parcouru les mains, qu’il s’efforça de maîtriser en les posant calmement sur ses genoux. Roy avait mis le doigt sur un point évident, celui qui empêchait ses mots de passer ses lèvres. Il avait pris conscience, quelques heures plus tôt, qu’un désaccord marqué envers le régime pouvait lui coûter la vie ; depuis ce moment précis, il avait l’impression que sa vie entière avait basculé et il sentait qu’une peur – une véritable peur – avait pris racine dans le creux de son estomac.

Parce que Samantha était morte, partie, décédée ; aucun mot ne parvenait à adoucir cette horrifiante nouvelle. C’était la deuxième fois que James était confronté à la mort d’une façon aussi brutale ; la première, c’était quand Danny, son camarade de dortoir, avait succombé à ses blessures à la suite du Bloody Sunday. La perte avait été atroce à surmonter, mais, petit à petit, il avait fait son deuil. A l’époque, il était encore bien en sécurité dans le château, dans une routine qui lui avait permis de tourner la page en douceur. Et puis, c’était un terrible accident, un terrible mouvement de foule qui avait eu raison du jeune homme ; c’était terrible, c’était d’une tristesse infinie, mais c’était entendable.

La mort de Samantha avait bouleversé ses convictions les plus profondes et sa vision du monde. Il avait été tiré du mirage qu’il s’était construit pour être plongé dans une réalité brutale et terrifiante. C’était l’éveil, mais c’était, aussi, se rendre compte qu’il avait bâti des illusions si solides, si crédibles, que plusieurs mois s’étaient écoulés sans que de telles idées ne lui effleurent la conscience. Puis Samantha était morte et, d’un coup, il y avait eu cette question, ce « pourquoi » qui s’était imposé à son esprit et avait détruit toutes ces belles images. Il avait trouvé des réponses dans les paroles de Gavin, puis dans tous ces journaux qu’il avait parcouru compulsivement. Malgré l’horreur de ce qu’il découvrait, il avait eu besoin d’aller encore plus loin, de se plonger encore plus dans ces révélations.

A présent, il était complètement démuni ; il avait emmagasiné, pendant les dernières heures, une quantité d’informations qui tournaient dans son esprit. Sa vue était parfois brouillée par des lignes noires, des petits caractères qu’il avait déchiffré toute la nuit. Il était démuni, épuisé, et, il devait bien l’avouer, complètement effrayé. Sa conversation avec Marlene n’avait pas aidé à l’apaiser ; au contraire, elle n’avait fait que renforcer ce sentiment d’urgence.

Si James avait été un jeune homme raisonnable, prudent, il n’aurait pas hésité longtemps avant de quitter la pièce. Pourtant, il ne bougea pas d’un pouce, faisant tourner distraitement sa boisson ambrée dans son verre, visiblement plongé dans ses pensées.

James admirait Roy. Pas parce qu’il avait construit un véritable empire, mais pour la personne qu’il s’efforçait d’être, pour ce qu’il lui avait laissé entrevoir durant leurs rencontres. Il l’appréciait à la manière dont il aurait apprécié le grand-frère qu’il n’avait jamais eu. Et, sans trop savoir pourquoi, il était intiment persuadé que Roy ne le trahirait pas. Peut-être était-ce parce qu’il sentait que leur relation allait au-delà d’une vulgaire dénonciation. Peut-être aussi – surtout, même – était-ce parce que James était un jeune homme profondément loyal et tenait ses liens affectifs dans la plus haute estime. Il était cette personne qui était prêt à tout pour ses proches, niant ainsi une quelconque objectivité qu’il aurait pu avoir sur la situation. Il s’investissait corps et âme pour ceux qu’il aimait et, sans savoir pourquoi, quelque chose lui disait – son instinct sûrement – que Roy lui ressemblait sur ce point.

[color=orange} « Quand t’as commencé à m’apprendre à jouer au poker, tu m’as dit qu’il fallait que je me fie à mon instinct. »[/color] commença James d’une voix grave. « Du coup, très bien. All-in. » énonça-t-il avant de se racler la gorge.

Une seconde de silence s’écoula alors qu’il cherchait la meilleure manière de commencer.

« Je suis entré à St Mangouste en même temps que Samantha Miller, on a été dans la même promotion. C’est… C’était une bonne amie. J’ai appris sa mort en arrivant à l’hôpital, hier matin. Officiellement, elle a eu un accident d’ambulance sur la route de Skye. » Il était allé trop loin pour s’interrompre maintenant, alors il continua à parler, comme libéré de pouvoir mettre des mots sur ces pensées trop nombreuses. « Il y a des choses qui m’ont interpellé, dès le début parce que… Parce que les accidents d’ambulance, ça n’arrive quasiment jamais. Tu as déjà entendu, quelque part, que le Magicobus avait eu un  accident ? Non. Parce que ça n’arrive jamais. Les véhicules sont baignés dans la magie. Il y a eu quelques cas, évidemment mais… » Il haussa les épaules. « Je suis allé voir un ami qui connaissait Samantha et il m’a expliqué certaines choses sur le gouvernement, sur Skye. J’avais déjà entendu des rumeurs, au détour d’un couloir de l’hôpital, mais, je sais pas, j’y prêtais pas attention. Mais là, tout faisait sens. »

Il déglutit difficilement.

« J’ai réussi à me procurer des journaux d’opposition à Marchebank. J’en ai lu. Beaucoup. Selon ce qui était dit, Samantha avait été tuée par la milice parce qu’elle transportait un membre d’un réseau d’opposition et qu’elle ne voulait pas le déposer à Skye. Parce que, Skye ne serait visiblement pas le beau de réhabilitation mémoriel. On dit que des expériences sont menées là-bas, que des sorciers sont torturés… Je, j’ai connu quelqu’un qui a été interné là-bas. Il s’est suicidé juste après sa sortie. » Son cœur battait si fort qu’il se demandait si Roy ne l’entendait pas. « Je me suis engueulé avec Marlene parce que je lui ai parlé de tout ça et que, globalement, elle m’a dit que j’étais fou, que j’avais subi un lavage de cerveau, que j’avais été complètement enrôlé par les terroristes. »

Il prit une longue inspiration.

« Et je sais que ça peut paraître complètement fou, ce que je dis, mais je te promets que je suis complètement sensé. »

Il avait des yeux presque suppliants, braqués sur Roy. Il avait désespérément besoin qu’on le croit.



Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Roy avait conscience de ne pas être tendre avec James. C’était peut-être la première fois qu’ils se parlaient aussi sérieusement tous les deux mais c’était nécessaire. Il avait le pressentiment qu’il empruntait une voie dangereuse sans y être vraiment préparé. Ce n’était pas totalement une métaphore quand il lui disait qu’il était un homme mort. Il eut l’impression en voyant la façon dont le visage de James se transformait que le message était passé. Il s’approchait d’un sujet dangereux et il le faisait avec une grande imprudence. Depuis les attentats, le gouvernement avait pris soin d’avoir des oreilles partout et James aurait du savoir qu’il n’était pas en terrain sûr pour parler librement, ici : les trois quarts de la clientèle des Folies Sorcières étaient des employés du Ministère. Et James se trouvait face à celui qui gérait ce lieu, celui qui faisait en sorte d’avoir les plus haut placés du gouvernement à sa table, celui qui affichait somme toute une totale coopération avec eux, en travaillant avec une associée encore plus ouvertement collaboratrice. Normalement, il aurait du être la dernière personne à qui James pouvait se confier. Mais pour une raison que Roy espérait solide, il semblait envisager de partager ses interrogations.

Cette raison, James finit par la révéler, après le temps qui lui était nécessaire pour résoudre son dilemme intérieur. L’instinct, déclarait t-il. C’était pour Roy la source la plus fiable d’informations, c’était ce qui l’avait toujours sauvé dans les moments où il manquait de faits certains. Seulement, tout le monde n’était pas capable d’écouter ses tripes et surtout, beaucoup confondaient la voix de l’instinct avec celle de l’émotion. Il espérait que James ne lui accordait pas cette dangereuse confiance par dépit ou par désespoir de trouver une oreille fiable. Il était en grand choc, il avait appris la mort d’une amie, il venait de rompre avec sa copine, il n’avait de toute évidence pas dormi depuis trop longtemps. Tout était réuni pour qu’il n’ait pas l’esprit très clair.

Pour autant, Roy ne l’arrêta pas dans ses confidences. C’était à James de prendre cette décision, il n’y avait que lui qui pouvait savoir s’il avait suffisamment confiance en son interlocuteur pour décider de parler, personne ne pouvait répondre à cette question à sa place. Au fur et à mesure qu’il parla, ce fut comme si Roy cochait mentalement des cases dans sa tête. James l’ignorait peut-être mais la Milice avait toute une grille de mots dont l’utilisation pouvait ficher la personne qui les utilisait. C’était ainsi qu’ils perfectionnaient leur espionnage de la population. En l’occurrence, James aurait probablement fait partie des malheureux élus, car il ne faisait même pas l’effort d’utiliser un langage codé. « Skye », « rumeurs », « journaux d’opposition », « réseau d’opposition », « torturés », « terroristes ». La main de Roy triturait sa barbe, sans que l’on ne sache s’il s’agissait de nervosité ou de ce tic qu'il avait quand il réfléchissait.

Il était encore plus contrarié que tout à l’heure, parce que maintenant, ce n’était plus seulement la situation de James qui le préoccupait, c’était la sienne propre. Il n’y avait qu’à voir le regard suppliant du jeune homme, son débit de paroles frénétique, pour comprendre qu’il n’allait pas tarder à faire une grosse bêtise si personne ne le cadrait un minimum. Il en faisait déjà une en se livrant à lui. La prochaine, Roy pouvait la voir très clairement, c’était de se lancer dans une action contre la Milice, sans comprendre vraiment ce qu’il risquait et ce qu’il devrait sacrifier. Il était suffisamment en état de choc pour faire une bêtise de ce genre, se jeter à corps perdu dans une lutte dont il n’avait aucune idée des conséquences, poussé par la plus désespérée des motivations : celle d’obtenir une justice pour la mort de son amie.

Roy comprenait profondément. A sa place, et surtout à son âge, il aurait probablement fait pire, il ne se serait même pas embarrassé de lecture de journaux, il aurait tenté de faire payer les responsables directement. Il comprenait. Pour autant, il n’avait pas du tout envie que James emprunte cette route inquiétante, mais était-il bien placé pour l’en empêcher ? Oui et non, tout dépendait de l’intérêt de qui on considérait. James avait tout à gagner à avoir un allié comme lui pour le guider et à priori, Roy avait tout à perdre à le faire. Il voyait deux chemins se présenter à lui-même et il n’était pas sûr du bon choix à faire. Jusque là, il n’y avait eu que deux personnes pour lesquelles il avait accepté de mettre un peu en danger sa position : Juliana, quotidiennement, depuis qu’ils étaient ensemble. Et Klemens, une fois, quand il avait participé à le faire fuir de Skye. Face à James, à cet instant, il ressentait la peur qu’il fasse une bêtise de façon quasi équivalente à la peur de devoir faire quelque chose pour l’en empêcher.

En posant son regard sur James, déchiré entre deux voix contraires, Roy se rendit compte qu’il avait déjà vécu une scène similaire. Il se souvenait de la fois où Juliana l’avait découvert avec Hailey, en venant frapper chez lui. Elle avait compris qu’il avait des accointances avec le pouvoir et l’avait mis en face de cette conclusion, en sachant très bien ce qu’elle risquait à clamer haut et fort face à lui qu’elle savait que c’était grâce au gouvernement qu’il était monté dans la Voie des Miracles. Il s’était senti piégé parce qu’il avait compris à quel point leurs intérêts à tous les deux divergeaient. Il avait compris qu’il avait un choix à faire et qu’il allait perdre quelque chose dans les deux cas. La laisser tomber et continuer sa route ou l’accepter comme une perturbation dans la voie qu’il cherchait à se tracer et l’inclure totalement dans sa vie, avec les risques que cela comprenait. C’était tout ou rien, il aurait été incapable de garder un oeil lointain sur ce que faisait Juliana, d’abord parce qu’ils ne faisaient pas partie du même monde, ce qui compliquait le fait de réussir à récolter des informations sur elle sans être impliqué. Ensuite parce que ce n’était pas Roy, ce n’était pas comme ça qu’il fonctionnait. Quand quelqu’un lui était cher, il était incapable de ne pas s’investir totalement.

A cet instant, Roy avait l’impression de retrouver ce vieux dilemme familier. Tenait t-il assez à James pour s’investir et accepter les risques ou allait t-il se retrancher dans une position plus distante mais plus confortable pour ses intérêts ? Une chose était sûre, James lui faisait assez confiance pour lui livrer ses doutes dans un climat politique où la liberté de parole était réduite. Il n’y avait rien que Roy répugnait plus que de trahir la confiance de quelqu’un d’important pour lui. Encore lui restait t-il à savoir pourquoi James lui accordait une telle confiance, dans ce contexte. Savait t-il des choses ? Savait t-il qu’il avait des liens avec la résistance ? Cela semblait impossible, mais c’était soit ça, soit de la profonde naïveté de sa part. Ou encore… une sincère affection pour lui.

Ebranlé, Roy tâcha de garder la maîtrise de son expression faciale quand il prit la parole, après un bref silence :

« Quand je t’ai appris à jouer au poker, je t’ai aussi dit qu’on mettait un tapis que dans deux cas. Soit tu as un jeu imbattable, soit tu sais que la personne en face n’a pas le jeu ou pas les couilles de riposter. Tu mises sur le deuxième cas, je me trompe ? »

Il ne laissa pas vraiment le temps à James de répondre, son regard sondant le sien sans ménagement et son ton plus abrupt :

« Tu n’as pas de cartes de ton côté, tu n’as pas été « enrôlé » par un quelconque réseau qui pourrait te soutenir, non. Par contre, tu sais que moi j’ai des armes, tu sais que ça me prendrait à peu près trente secondes d’aller balancer ton nom à un quelconque milicien parmi tous ceux qui grouillent dans mon cabaret mais tu penses que je ne vais pas le faire. Tu penses que je vais faire ce que tu attends de moi : te donner raison, te croire. Et t’aider, probablement. »

Roy n’avait pas l’intention de lui dire qu’il avait tort, puisqu’il n’avait lui-même pas encore tranché la question. En revanche, il avait bien l’intention de mettre le nez de James face à ce qu’il était en train de faire et ce qui l’attendait à ce rythme-là, quitte à se montrer un peu brutal, car c’était ça, sa méthode à lui pour prendre soin de ses proches. Ce n’était pas auprès de lui que James allait recevoir des câlins et des paroles de réconfort pour le faire se sentir mieux.

« Eh bien, James, je ne sais pas ce qui est réellement arrivé à ton amie. Au fond, ce n’est pas tellement l’important, ce n’est pas mon opinion qui va t’empêcher de penser que tu as raison. Alors mettons que c’est vrai… Qu’est-ce que tu envisages de faire, maintenant, avec ça ? »



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Sa tirade terminée, James resta parfaitement silencieux, son regard fatigué accroché à celui de Roy. Il venait de faire un choix difficile ; non, pas seulement difficile, complètement imprudent. Il avait misé sa vie sur sa relation avec Roy et sur cette étrange certitude – bien ancrée en lui – que son aîné n’irait pas le dénoncer aux autorités. Cela s’apparentait presque à un suicide. James avait donné à Roy toutes les cartes et, de cette façon, s’était considérablement délesté d’une charge ; quoiqu’il se passe désormais, ce n’était plus uniquement de son ressort et, savoir cela le rassérénait étrangement. Aussi, il se contenta d’hocher la tête pour confirmer l’hypothèse de Roy.

Oh, il savait que Roy avait les moyens de riposter et, d’ailleurs, il ne doutait pas qu’il n’avait qu’un seul ordre à donner pour qu’il se retrouve au ministère, voire à Azkaban. Roy pouvait le faire ; un ordre lancé à l’un de ses hommes, et James disparaissait définitivement de sa vie ; de cette façon, il ne s’embarrassait pas d’un problème. Il lui suffisait d’ordonner, puis de détourner les yeux. Mais le voulait-il ? James était convaincu que Roy ne souhaitait pas précipiter sa mort, et il se raccrochait à cette idée avec la force désespérée de celui qui a besoin de savoir qu’il n’est pas seul. Il y croyait, aussi, parce que si les rôles avaient été échangés, pour rien au monde il n’aurait vendu l’homme en face de lui à une quelconque organisation, qu’elle soit criminelle ou légale. James cultivait encore cet idéal de loyauté auquel il obéissait aveuglément ; et, malgré tous ses principes moraux, si Grady, l’appelait pour lui demander de cacher un corps, James transporterait le cadavre sans poser la moindre question.

« Je ne crois pas que tu aies envie de me balancer à la milice. » affirma James, décidant de jouer le tout pour le tout. « Déjà, parce que je pense pas que t’aies envie d’avoir ma mort sur la conscience. » Il croisa les bras et jaugea Roy du regard. « Ensuite, parce que j’pense pas que t’aies envie que je meurs, tout simplement. » Il y avait, dans son ton, une force insoupçonnée. « Et parce que je sais que, si les situations étaient inversées, jamais je balancerais ton nom. »

C’était peu un faible, comme argument, pour mettre sa vie entre les mains de Roy, James en était bien conscient, mais c’était les seules réponses qu’il avait à lui offrir.

La question de Roy le prit un instant au dépourvu et il posa sur son aîné un regard un peu incertain. Qu’envisageait-il de faire ? Il n’y avait pas vraiment réfléchi sérieusement, trop égaré par les heures éprouvantes qu’il venait de passer pour songer à une quelconque action qu’il pouvait mener. Le jeune homme sentit toutefois une vive colère se répandre lentement dans ses veines, qu’il s’efforça de refluer en s’intimant de longues inspirations. Son poing gauche, cependant, s’était resserré sur son genou.

« J’ai envie qu’ils payent, tous. » cracha-t-il. « Marchebank et son régime à la con, Coleman et ses miliciens, tous ces politiciens qui pensent que la vie humaine ne vaut rien et qu’obéir aux ordres est plus important qu’une fille de dix-neuf ans. » Son regard s’était fait dur, perdant brusquement toutes les incertitudes qu’il avait cultivé depuis hier. « J’veux que les gens comprennent ce qu’il se passe, qu’on arrête de se voiler la face en se disant que tout va bien. Qu’on arrête d’être égoïste en pensant que ça n’arrive qu’aux autres. »

Il soupira, secoua lentement la tête, laissant son coup d’éclat retomber peu à peu. Le jeune homme garda le silence un instant.

« Mais j’peux rien faire. Parce que j’ai aucune chance, seul face à eux. » Il haussa les épaules, fataliste.

Peut-être qu’aujourd’hui il ne pouvait rien ; peut-être qu’il était encore trop faible, trop isolé, trop incertain. Mais un jour, il les ferait payer.


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La franchise de James était presque désarmante à cet instant. Roy avait tellement l’habitude de traiter avec des personnes qui passaient leur temps à tendre une main et prendre un couteau de l’autre qu’il avait appris à lire entre les lignes. Mais il n’y avait aucun double discours chez le jeune homme face à lui, il n’y avait qu’une pure honnêteté et l’expression d’une sincère loyauté tout aussi déconcertante. Si les situations étaient inversées, il ne le balancerait pas, assurait t-il. Fort de cette certitude, James attendait la même contrepartie. C’était simple, limpide, comme raisonnement. C’était surtout rattaché à des valeurs que Roy comprenait jusque dans sa chair. Cela faisait simplement bien longtemps qu’il n’avait pas entendu des choses énoncées aussi simplement.

A cet instant, c’était difficile pour Roy de ne pas voir en James le jeune homme qu’il avait pu être. Ils avaient cette loyauté et cette farouche envie d’en découdre en commun. Malgré tout, James différait de lui sur un point : il était profondément quelqu’un de bien. Il avait à coeur de faire ce qui était juste et moral, pas seulement ce qui lui permettrait de réparer une offense personnelle. Il le disait, il se détachait de cet égoïsme qui avait, pour le coup, toujours caractérisé Roy. Le mafieux n’était mû que par la volonté de se protéger lui-même et protéger les personnes qu’il aimait. Il n’avait pas cet élan vers l’universel, cette envie de se donner pour la collectivité qui pouvaient animer des gens comme Juliana et comme James, visiblement. C’était noble, c’était courageux de leur part et Roy les regardait de loin, non pas avec mépris ou condescendance, comme s’il estimait qu’ils se livraient à une tâche dénuée de sens et d’intérêt. Il avait, au contraire, une admiration timide, une certaine humilité, puis une petite voix en lui qui finissait toujours par conclure avec détachement qu’il n’en était pas capable. Ce n’était pas pour lui, ces grandes causes. Il avait choisi depuis longtemps sa voie, une voie qui n’avait rien à voir avec de nobles intérêts.

Pour autant, il ne cessait jamais de trouver que les personnes qui empruntaient cette voie avec un vrai courage et une sincérité -et non pour se mettre en avant- dégageaient une certaine lumière bien particulière. Il la voyait chez Juliana et cela faisait partie des choses qu’il aimait chez elle. Il lui semblait la voir chez James aussi, derrière cette couche de rancoeur et de colère qui l’animait, il avait envie d’une justice avec un grand J. Chez lui, toutefois, c’était encore comme une lumière naissante, une flamme vacillante qui pouvait s’éteindre au gré de toutes les raisons qu’il avait de désespérer. Et elles étaient nombreuses, surtout dans l’état dans lequel il était, après avoir perdu une amie et sa petite amie. La solitude ne pouvait que l’étreindre à cet instant. Roy contempla l’expression abattue que James affichait, en concluant d’une voix amère et le silence s’abattit entre eux.

Lentement, le mafieux extirpa de la poche de sa chemise un joint, sans en proposer à James. D’un geste forcé par l’habitude, il l’alluma avec sa baguette et le porta à sa bouche, retrouvant la chaleur réconfortante d’une première bouffée qui l’apaisa un peu. Derrière les nuages bleutés, l’esprit de Roy se prêta à voleter quelques secondes encore, avant de finir par se fixer sur un point. Il posa à nouveau son regard sur James dont il avisa les traits encore une fois. Le jeune garçon qu’il avait rencontré un jour, à peine majeur, à traîner dans son casino, ne lui avait jamais paru plus adulte qu’à cet instant.

« Tu as raison. Je n’ai pas envie de te voir crever. »

La démonstration de courage et de sincérité que James venait d’accomplir avait donné à Roy l’élément de décision qu’il lui manquait. Il n’avait pas l’intention de l’accompagner dans sa lutte mais il connaissait la personne qui pouvait le faire. Le seul rôle qu’il avait à jouer là-dedans était de les mettre en lien tous les deux et c’était un rôle qui ne l’exposait qu’auprès de James. Personne ne connaissait James Carter dans les bureaux de la Milice après tout. Ils n’avaient aucune raison de fouiller dans sa vie, aucune raison de creuser son lien avec le chef des Veilleurs, du moins, tant qu’il ne se faisait pas attraper. S’il le mettait en contact avec Juliana, Roy grillait son double jeu, mais il ne le grillait qu’auprès de James. Son dilemme ne se résumait finalement plus qu’à une seule question : pouvait t-il faire confiance à ce garçon ? Son instinct le poussait à penser que oui, sur les intentions de James en tout cas. Et il faisait confiance à Juliana pour en faire quelqu’un qui ne tomberait pas dans les premiers pièges venus des ennemis qu’ils avaient en commun tous les deux. Roy détacha momentanément le joint de ses lèvres, ses yeux fermement plantés dans ceux de James.

« Mais tu es naïf et tu n’as aucune expérience, lança t-il sans ménagement. Ce que tu cherches à faire demande d’être à tout moment sur ses gardes, alerte sur ce qui se passe autour de toi, sur les gens avec qui tu parles, sur ce que tu peux dire ou ne pas dire et surtout, prêt à faire des sacrifices dont tu n’as même pas idée. »

Roy s’était attaché à ce garçon, mine de rien. C’était pourquoi l’idée de le laisser tomber le répugnait. Il pouvait prendre la décision de rester fidèle à lui-même en faisant en sorte de protéger une personne à qui il tenait ou il pouvait choisir de protéger ses uniques intérêts. Mais il devait se l’avouer à lui même : ses intérêts personnels depuis qu’il partageait secrètement sa vie avec une résistante n’étaient plus tout à fait les mêmes qu’avant… Alors il fit un tout nouveau pas en avant, en acceptant cette prise de risque qu’il espérait ne jamais avoir à regretter :

« Mais si c’est ce que tu veux… Alors je peux te présenter quelqu’un qui pourra te guider. Et je peux déjà te dire la première chose qu’elle va t’apprendre. »

Un discret sourire où flottait un brin d’amusement s’immisça sur ses lèvres.

« C’est que tu n’aurais jamais dû me parler. »


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Somebody I used to know [Roy & James]

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