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 Chaos is a ladder [Leopold]

Daisy MasonDirectrice de Poudlardavatar
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27 Juin 2010

Daisy était nerveuse. Elle sentait des fourmis parcourir ses jambes et sa colonne vertébrale, la crispant un peu plus. Elle était arrivée en avance à son rendez-vous avec Leopold Marchebank, pour "dresser un bilan des politiques publiques concernant l'établissement". En somme, rendre des comptes au Ministère. Ce n'était pas vraiment la chose qu'elle préférait dans son travail, surtout qu'elle n'était pas entièrement d'accord avec certaines petites décisions du nouveau gouvernement. Elle n'avait jamais entendu parler du Professeur McGonagall devant rendre des comptes à Kingsley Shacklebolt ou d'entretiens privés entre Margot et Alan Fiennes... Encore un dysfonctionnement, tiens. La politique de Daisy était claire depuis le début : maintenir Poudlard au maximum à l'écart des agitations qui secouaient le pays. C'était un bastion qui devait rester neutre. Mais serait-elle capable de tenir tête au Ministre de la Magie en personne ?

Elle était en train de fouiller dans sa mallette pour en sortir son PearOne quand la secrétaire du Ministre - assez âgée, étonnamment, elle aurait pensé tomber sur une jolie jeune femme comme celles qu'on voyait parcourir l'étage en hauts talons - lui annonça que Monsieur Marchebank était prêt à la recevoir. Daisy se leva et tira machinalement sur le tissu de sa robe de sorcière. Elle redressa son chapeau pointu et suivit Josie qui se dirigeait vers la porte du Ministre, avant de frapper quelques coups. C'était la première fois qu'elle y rentrait. Elle avait d'abord connu Marchebank lorsqu'elle était Directrice du DOM, en tant que collègues, donc. Maintenant, c'était bien différent. La porte s'ouvrit, elle souffla un bon coup et rentra dans le bureau comme dans une arène.

- Monsieur le Ministre.


Valtersen.

   
« You might belong in Hufflepuff, where they are just and loyal. Those patient Hufflepuffs are true and unafraid of toil.»
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Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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Machiavel ronronnait allègrement sur les genoux de son maître, dont il savourait les caresses entre ses oreilles. Le ministre, lui, profitait de la présence de son animal pour se détendre avant l'arrivée de son prochain rendez-vous. Il avait droit à une journée entière au bureau, sans discours à prononcer, sans rencontre diplomatique ni nouveau bâtiment à inaugurer. C'était la journée parfaite pour s'attaquer à la montagne de dossiers et de documents qui attendaient son accord ou sa signature, et pour faire le point avec ses plus proches collaborateurs...

...et les moins proches. Leopold détacha son regard du pelage soyeux de Machiavel en entendant les coups frappés à sa porte. En se redressant, il dérangea le félin qui se laissa paresseusement tomber au sol. Après avoir épousseté les poils de chats accrochés à son pantalon, il traversa le bureau pour accueillir sa visiteuse.

"Madame la directrice, bienvenue, entrez donc", dit-il en lui tendant la main. "Prenez place, je vous prie."

Il revint s'installer dans son large fauteuil en cuir, s'appuyant sur les accoudoirs pour pouvoir croiser ses doigts sous son menton. Silencieusement, il laissa s'écouler quelques secondes pour mieux pouvoir observer Daisy qui s'installait. La directrice de Poudlard était une sorcière d'âge moyen, et tout en elle semblait l'être, moyen. Une femme banale, sans grand relief, on était loin du panache et de la puissance légendaires d'un Albus Dumbledore, ou même de la prestance d'une Minerva McGonagall... A quel moment est-ce que Poudlard avait perdu à ce point de son prestige, pour s'offrir à la première enseignante Poufsouffle qui passe ? Il retint un rictus de mépris, abordant son habituel air affable lorsqu'il s'enquit :

"Alors, dites-moi, l'année scolaire est presque finie... Comment vont nos élèves ? Comment les choses se passent-elles à Poudlard ?"

Une question ouverte, volontairement. L'oeil vif, il l'évaluait, la jaugeait, impatient de découvrir ce qu'elle avait dans le ventre.



Daisy MasonDirectrice de Poudlardavatar
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Oh, un chat.

La petite bête se tenait dans un coin du bureau, ses yeux vrillés sur Daisy. Elle en ressentit un étrange malaise qu'elle essaya de dissiper en reportant son attention sur le Ministre qui était venu l'accueillir. Elle s'efforça de ne pas focaliser son attention sur la cicatrice qui courait sur son visage, symbole de l'attentat d'octobre. Elle l'avait vue dans les médias, cette trace, mais c'était encore plus impressionnant en réalité. La magie ne pouvait-elle pas s'en occuper ? Était-ce volontairement que Leopold Marchebank gardait cette marque sur son visage, pour rappeler au monde qu'il était lui aussi une victime ? Cela ne pouvait que lui rappeler les images du Ministre au procès - si on pouvait appeler ça un procès - de la jeune Lauren McGowan. Il avait ce bandeau qui était censé recouvrir la plaie de son arcade sourcilière... Un première année aurait pu la réparer.

Assise dans un des fauteuils, de l'autre côté du bureau, elle eut l'impression qu'ils se jaugeaient tous les deux, sans savoir pourquoi. Il lui sourit, de ce sourire affables qu'on voyait souvent sur les photos. Daisy fit pareil, pour dissimuler sa nervosité. Son pied battait légèrement dans l'air, ses mains étaient posées sur ses genoux. Elle avait retiré son chapeau pointu, dévoilant un chignon strict qui tirait sur sa nuque. La question du Ministre aurait pu déclencher un flot de paroles chez elle, si elle avait été du style à délivrer la vérité brute. Comment les choses se passaient-elles à Poudlard ? Très bien, voyons, avec Mildred Magpie dans les pattes qui harcelait les élèves et publiait leurs dossier scolaire dans son journal, avec Danielle Coleman qui venait arrêter leurs étudiants quand ils quittaient l'enceinte protectrice de l'école... Tout allait très bien. Daisy n'osait pas dire tout cela. Mais elle était une Poufsouffle et les Poufsouffle disaient toujours la vérité. N'était-ce pas son devoir de directrice ? Ne s'était-elle pas promis qu'elle ferait au mieux pour protéger ses étudiants ? Sa position actuelle, celle de s'impliquer au minimum, n'avait rien donné, elle avait échoué même. Il était temps de changer d'attaque. Ou plutôt, il était temps d'attaquer. Et elle était terrifiée dans le fond parce qu'elle n'avait rien d'une McGonagall ou d'une Dumbledore mais fermer les yeux sur tout ce qui se passait, c'était trahir ses convictions, trahir les élèves et trahir Poudlard. Alors elle ne pouvait plus se taire.

- Ça irait bien mieux sans les ingérences du Ministère dans nos affaires.



Valtersen.

   
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Le moins qu'on puisse dire, c'était que la petite directrice n'avait pas la langue dans sa poche. Les sourcils de Leopold remontèrent si haut sur son front que sa cicatrice s'étira douloureusement, et il se mit à la masser distraitement. Dans son coin de la pièce, Machiavel émit un feulement, sans doute sensible à la tension perceptible dans l'air, et trottina pour se glisser autour des jambes de son maître. Clairement, Daisy Mason avait du caractère, quand bien même sa réputation indiquait plutôt le contraire. Surpris de cette réponse brutale et franche, il se demanda si la conversation n'allait pas être plus intéressante que prévue. Témérité, ou inconscience ? La directrice semblait visiblement apporter certains griefs avec elle, et ne comptait pas s'en cacher. Aussi, Leopold se félicita d'avoir provoqué cet entretien. S'il y avait un problème à la tête de Poudlard, il préférait le savoir tout de suite pour pouvoir en mesurer la portée...

"Et de quelles ingérences parlons-nous, exactement ?", s'enquit-il à voix basse, le coin des lèvres étiré en un sourire acéré. S'adossant tranquillement à son dossier, il l'observait de son regard insondable, bien décidé à la laisser exprimer tout ce qu'elle avait visiblement sur le coeur.


Daisy MasonDirectrice de Poudlardavatar
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Le coeur de Daisy battait si fort dans sa poitrine qu'elle était persuadée qu'on pouvait l'entendre. Le feulement du chat lui fit presque tourner la tête. Lui, il devait les percevoir, les agissements frénétiques de son coeur. Elle avait raidi son dos, serré ses poings, elle fixait Leopold Marchebank dans les yeux comme si elle n'avait pas peur de l'affrontement. Cela n'avait jamais été dans sa nature, elle fuyait les combats, elle arrondissait les angles, elle préférait toujours discuter que de se disputer. Le Ministre, lui, semblait tout à fait tranquille et pourquoi ne le serait-il pas ? C'était lui qui était au pouvoir. Mais elle aussi, songea-t-elle, elle était à la tête de Poudlard. C'était elle qui avait le pouvoir et le devoir de veiller sur les élèves qu'on lui confiait. Alors elle s'efforça de penser à Curtis Montgomery qui avait été arrêté alors qu'il venait à peine d'être majeur, parce qu'il était sorti s'amuser, parce qu'elle avait autorisé ces sorties, à toutes les injustices qui pesaient sur les élèves de l'école en ce moment, au tableau de Margot Adamson qui lui souriait doucement et elle prit une grande inspiration.

- Si on doit commencer par la plus récente... Depuis quand le Ministère se permet-il d'arrêter des élèves de Poudlard à peine majeurs, profitant d'une sortie scolaire ? Curtis Montgomery, dix-sept ans, arrêté devant tous ses camarades aux Trois Balais. Pas de nouvelles depuis. Ces élèves sont sous ma responsabilité, Monsieur le Ministre.


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Leopold croisa les doigts sous son menton, laissant un silence s'instaurer après l'intervention de Daisy. Cette dernière semblait retenir beaucoup d'émotions, crispée sur son siège, et il se demanda si elle avait peur derrière cette assurance et ce culot qu'elle lui opposait. Difficile de le savoir, mais une chose était sure, lui commençait à s'amuser de cet échange. Bien sûr, il avait eu vent de l'arrestation du jeune Curtis Montgomery, puisque la chef de la milice était venu lui en parler avant de passer à l'action. Mais ce n'était pas un sujet sur lequel il se sentait en difficulté pour répondre, bien au contraire, il assumait : sinon l'arrestation ne se serait pas déroulée en public, sous les yeux de dizaines d'adolescents.

"Les preuves contre Monsieur Montgomery sont accablantes, bien qu'il ne m'appartienne pas de vous les divulguer dans l'attente de son procès", annonça-t-il d'une voix calme, mais ferme. "Il appartient à une organisation terroriste, qu'il soutient ouvertement et activement. Il est majeur, et donc responsable de lui-même, capable de répondre de ses actes auprès de la société et de la justice. Ou bien me dites-vous, qu'après les attentats terroristes qui ont touché personnellement certains élèves de Poudlard, nous devrions laisser des réseaux terroristes se développer au sein de l'école, et des majeurs répandre en liberté des propos haineux auprès des plus jeunes ?"

Son regard fouilla celui de son interlocutrice, tandis qu'il attendait délibérément une réponse à sa question


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Le Ministre laissa un silence planer après les mots de Daisy qui lui laissèrent tout le temps de regretter une nouvelle fois ce qu'elle venait de dire. Elle le pensait, sincèrement. Elle connaissait Curtis Montgomery, il n'avait rien d'un terroriste... Il avait juste des convictions et des valeurs, ce qui visiblement était interdit sous le gouvernement Marchebank. Elle lisait les journaux, London Calling, Liber'Avon ou bien Le Cognard Déchaîné et on ce qu'on y disait était loin de faire passer la famille Montgomery pour des terroristes. Mais elle se garda bien d'évoquer ce genre d'arguments auprès du Ministre lui-même, de peur de voir Danielle Coleman surgir dans son dos. D'ailleurs, face au discours bien rôdé de Leopold Marchebank, Daisy ne savait que dire. Elle n'était pas faite pour la politique, contrairement à lui... Que protester face à des faits exposés ainsi ? Qu'ils avaient des preuves, que Curtis était majeur et responsable de ses actes... Elle pouvait bien protester qu'ils avaient réalisé l'arrestation au milieu de jeunes élèves, mineurs, mais on lui répondrait bien vite que les Trois Balais n'étaient pas Poudlard, ils n'étaient pas allés le chercher dans son lit. Malheureusement, d'ailleurs : si cela avait été le cas, les enseignants auraient pu faire quelque chose... Daisy se contenta de soutenir le regard du Ministre, ses mains s'étant crispées sur sa robe de sorcière noire. La mention de Poudlard lui fit froncer les sourcils. Il cherchait à la prendre en faute, à la faire dire que oui, c'était une bonne chose qu'on arrête des élèves que le gouvernement identifiait comme perturbateurs mais elle n'était pas d'accord.

- C'est donc pour cela que vous envoyez des membres du Ministère nous surveiller jusque dans l'école ?

Adonis Greengrass tout d'abord, Mildred Magpie ensuite... La rédactrice en chef de Multiplettes n'était peut-être pas officiellement membre du gouvernement mais elle en faisait quotidiennement l'éloge.


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Cette fois, ce fut en signe de contrariété que les sourcils de Leopold se froncèrent sur son front, tandis qu'il laissait s'écouler une seconde après la répartie de la directrice. L'hostilité dont elle faisait preuve soulevait des soupçons, pire que ça, des montagnes d'inquiétude, chez le ministre. Poudlard ne pouvait être dirigé par un opposant direct au régime, et jusqu'à présent, il avait toujours pensé Daisy Mason être relativement neutre et inoffensive. Le visage qu'elle lui présentait aujourd'hui commençait à le faire douter de cet état de fait. Intérieurement, il maudit Mildred Magpie et son incapacité à se comporter avec discrétion et à ne pas s'aliéner une communauté de travail. En ce qui le concernait, l'envoyer à Poudlard lui permettait surtout d'avoir la paix pour éviter qu'elle ne crée des scandales, en applaudissant à tout rompre la condamnation à mort d'une adolescente, par exemple. Mais il pouvait voir en quoi la directrice pouvait en penser autrement... Seulement voilà, qu'importe ce qu'elle pensait, elle n'avait pas à se sentir le droit de s'opposer ainsi à lui.

S'avançant sur son bureau, il interrogea d'une voix basse, menaçante :

"Est-ce que vous êtes en train de me dire que j'aurais des raisons de vous faire surveiller, Miss Mason ?"


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Daisy sentit immédiatement qu'elle avait fait une bêtise. Elle recula dans sa chaise alors que le Ministre changeait lentement d'expression, ses sourcils broussailleux se fronçant. Elle avait le coeur si agité par ses lectures, par le procès expéditif de Lauren McGowan, par l'arrestation de Curtis Montgomery, par la mort de Samantha Miller, par l'assassinat de la soeur de Cindy Hamilton, par la disparition d'Aaron Finnigan, celle de Chloé, par tous les remous du monde magique... Elle voulait être forte, comme Margot, comme Minerva, comme Dumbledore avant elle, elle voulait défendre l'école, protéger les élèves mais elle ne savait pas comment faire. Le Ministre s'avança vers elle, menaçant et Daisy secoua la tête comme une enfant prise en faute.

Elle avait voulu montrer qu'elle était là pour protéger l'école, pour affirmer sa position de Directrice, pour exprimer au Ministre qu'elle n'était pas satisfaite de l'ingérence du Ministère dans les affaires de Poudlard. Elle avait voulu montrer qu'elle avait du caractère et qu'il ne fallait pas oublier que l'école de sorcellerie n'était pas un terrain de jeu politique mais une école dont il fallait protéger les enfants. Elle n'avait pas voulu s'attirer les foudres du Ministère, c'était très dangereux en ce moment... Elle secoua de nouveau la tête. Pour rattraper la situation, il fallait bien qu'elle montre à Leopold Marchebank qu'elle n'était nullement une menace, juste une directrice inquiète pour l'avenir de son établissement.

- Bien sûr que non, Monsieur le Ministre, excusez-moi, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire...

Elle avait les mains qui tremblaient un peu.

- C'est juste que l'intervention de personnes extérieures comme Adonis Greengrass, qui était loin d'être fait pour ce métier ou Mildred Magpie, qui mène des vendettas contre les élèves qu'elle n'aime pas est loin de contribuer à une ambiance sécuritaire au sein de Poudlard... Et au sein de l'établissement, nous ne comprenons pas cette impression d'être sous surveillance alors l'équipe pédagogique a toujours montré la plus grande implication dans les projets lancés par le Ministère : les Jeunesses Ministérielles, la Salle des Quatre Maisons et autres réformes de Monsieur Greengrass, nous avons même accueilli la commémoration de l'attentat le 14 Février...


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Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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Cette fois, Leopold comprit qu'il avait déstabilisé son interlocutrice. Pas folle, la guêpe, voilà que Daisy Mason lui présentait des excuses. Néanmoins, le ministre comprit qu'elle n'en pensait pas un mot : bien loin de changer son fusil d'épaule, la directrice de Poudlard continuait ses reproches, d'un ton plus diplomate il est vrai. Les yeux plissés, Leopold l'écouta avec une attention perceptible. Sa réponse ne se fit pas attendre, implacable :

"Cette équipe pédagogique devrait au contraire s'estimer heureuse que le ministère ne mette pas d'avantage le nez dans ses affaires, quand c'est sous sa responsabilité que des élèves s'engagent dans des réseaux terroristes, ou bien s'échappent en douce de l'école et se font tuer. Je doute que Miss Magpie soit dans les meilleures conditions pour travailler alors qu'elle a eu à faire face au décès d'un des rôles principaux de sa pièce de théâtre dès le premier trimestre. Croyez-vous peut-être que je n'ai pas reçu de plaintes de parents demandant à ce que vous soyez démise de vos fonctions à la suite de cet événement ?"

Il n'allait pas rester là à recevoir des leçons de la part de Daisy Mason alors qu'elle était visiblement incapable de faire preuve d'un minimum d'autorité au sein de son école et d'assurer la protection de ses propres élèves. Trop souvent ces dernières années, des élèves parvenaient à quitter les murs de l'école et il leur arrivait malheur.

"Je vous ai protégée, Miss Mason, et vous ai laissé libre de prendre les mesures qui s'imposaient. Quant à Miss Magpie, il est vrai que j'ai été séduit par le projet culturel qu'elle portait, mais soyons bien clairs, elle n'est aucunement affiliée à mon gouvernement et je ne suis pas en charge d'assurer la discipline au sein des équipes de l'école ni de régler les querelles entre élèves et enseignants. Ce travail là, c'est le vôtre.

Il lui adressa un regard appuyé, avant d'ajouter :

"Quant à M. Greengrass, il a été chargé de porter ces réformes pour lesquelles vous vous êtes tant mobilisés, avant d'être appelé sur d'autres fonctions, je ne vois donc pas où est le problème. Jusqu'aux dernières nouvelles, la politique éducative du pays est encore portée par le ministère et Poudlard reste une école sous tutelle. Bien sûr, certains directeurs illustres de son histoire ont pu faire oublier cet état de fait, mais tout le monde ne s'appelle pas Albus Dumbledore."

Son sourire affable, frôlant l'insulte, revint occuper son visage tandis qu'il se laissait retomber contre son dossier. Il était temps de reprendre cette école en main.


Daisy MasonDirectrice de Poudlardavatar
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Daisy n'était pas Albus Dumbledore. Et elle n'aspirait pas à l'être, elle ne portait pas aussi bien la barbe de toute manière. Elle essayait de faire de son mieux, selon les principes qu'elle défendait. Elle croyait dans une école juste qui donnait sa chance à tous les élèves, elle croyait dans cette bienveillance qui irritait tellement Mildred Magpie. Elle voulait que ses élèves soient en sécurité, qu'ils puissent réussir et s'épanouir au sein de Poudlard. Elle avait toujours eu peur de ne jamais être à la hauteur. Des fois, quand elle arrivait le matin dans son bureau, elle était surprise d'être là, comme quand elle avait été nommée. Elle n'arrivait pas toujours à croire que c'était elle la directrice de l'école. Elle qui n'avait pas la carrure d'Albus Dumbledore ou de Minerva McGonagall, ni celle de Margot. Elle était juste Daisy. La professeur d'Étude des Moldus.

Avait-elle échoué, comme le soulignait Leopold Marchebank ? Était-elle cette si terrible enseignante, qui n'avait pas su protéger ses élèves ? Était-ce sa faute si Priam et Anwar étaient morts dans l'attentat de la March'Bank en cette terrible journée d'octobre ? Elle s'était souvent posé la question. Elle avait regretté ces autorisations de sortie qu'on délivrait aux majeurs, autorisations qui avaient été annulées par la suite d'ailleurs. Plus personne ne sortait sans autorisation de Poudlard. Qu'aurait-elle pu faire pour empêcher cela ? Neville et elle en avaient beaucoup parlé et il maintenait que ce n'était pas leur faute. Ils ne pouvaient pas prédire cet attentat, ils ne pouvaient pas prédire que leurs élèves iraient à la banque ce jour-là. Et pour Samantha Miller et Roxanne Miller ? Elles étaient sorties en douce... Par un passage secret, en avaient conclu les Aurors, un passage secret que Daisy ne connaissait pas et qui avait été condamné par la suite. Elle avait regretté, profondément, ce qui était arrivé. Et si j'avais doublé les rondes. Et si j'avais plus de préfets. Et si les portes des Salles Communes étaient enchantées pour que personne ne puisse sortir la nuit. Wendell lui avait dit d'arrêter de se torturer avec ça. Des élèves sortaient tout le temps de Poudlard, lui avait-il dit. Ce n'était pas sa faute si les potions Tue-Loup avaient été défectueuses. Ce n'était pas sa faute s'il y avait un scandale sanitaire.

Tout comme ce n'était pas sa faute si la March'Bank avait explosé. Ce n'était pas sa faute si des mouvements de résistance grondaient dans tout le pays. Ce n'était pas sa faute si le pays était gouverné avec violence par l'homme en face d'elle. Alors non, Daisy n'était pas parfaite et avait sa part de responsabilité dans beaucoup de choses. Elle portait ses fautes, ses angoisses qui la taraudaient le soir. Elle voulait bien croire que Marchebank ne mentait pas en disant qu'il avait reçu des courriers de parents demandant sa démission. Elle n'était pas parfaite. Avoir accepté l'intrusion d'Adonis Greengrass et de Mildred Magpie en était un bel exemple. Mais elle n'avait pas échoué complètement à sa tâche, elle ne pouvait pas le croire, malgré Anwar, Priam ou Roxanne... Elle faisait tout pour protéger les élèves au maximum de ce qui se passait dehors mais elle n'avait pas d'influence sur ce qui se passait dehors. Si ses élèves s'engageaient dans la résistance, c'est parce qu'ils voulaient se battre contre le monde injuste et dangereux qui s'offrait à eux. Allait-elle les encourager ? Non, parce qu'ils n'étaient que des enfants. Mais elle ne s'excuserait pas que sortent de l'école des sorciers critiques et intelligents.

Daisy n'était pas Albus Dumbledore. Mais Leopold Marchebank n'était pas Kingsley Shacklebolt, peu importait sa manière de se poser en grand réformateur après les tourments. Il était les tourments. Il était le problème. Il avait échoué à protéger la jeunesse, pas elle. Il était celui qui tourmentait ses élèves. Pas elle. Qu'il la regarde avec mépris s'il le souhaitait, elle avait autant pour lui. Être appréciée de Leopold Marchebank, ça, c'était l'échec d'une vie.

Mais elle ne pouvait rien dire de tout cela, face à lui. Elle n'obtiendrait rien du Ministre de la Magie. Alors elle baissa la tête, fixa ses genoux quelques secondes. Ils allaient se devoir débrouiller seuls, avec Peter, Neville, Thelma, Jonah, tout ceux qui avaient vraiment à coeur le bien-être de cette école et des élèves. Alors non, elle n'avait pas la trempe des grands directeurs mais elle avait la détermination d'une Poufsouffle. Poudlard ferait front dans la tempête. Il était temps de reprendre les choses en main.

- Vous avez raison, Monsieur le Ministre, finit-elle par dire en relevant ses yeux bruns vers lui. C'est mon travail de m'occuper de ce qui se passe au sein de l'école. Je m'excuse de vous avoir dérangé, nous règlerons tout cela en interne.

Elle baissa brièvement les yeux sur sa montre.

- Je ne vais pas gaspiller votre précieux temps plus longtemps, Monsieur le Ministre.

Elle n'avait plus rien à faire ici. Poudlard l'appelait.


Valtersen.

   
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Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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Daisy Mason baissait les yeux face à lui comme une petite fille. Image satisfaisante, mais pas rassurante, car elle ne laissait plus rien paraître de ses pensées rebelles qui, pourtant, ne s'étaient probablement pas envolées. Daisy semblait, en effet, bien trop pressée de s'enfuir pour que cela soit honnête, alors que le ministre, lui, n'aspirait qu'à prolonger cet entretien, aussi déplaisant soit-il. Il y avait quelque chose de pourri au royaume de Poudlard, il en avait désormais la certitude. Même si ses échanges avec Mildred Magpie ou Danielle Coleman avaient déjà conduit à provoquer en lui quelques soupçons - quand bien même il maintenait toujours une certaine distance de sécurité entre les élucubrations de Magpie et sa personne.

"Allons allons, Madame la Directrice", rétorqua-t-il en écartant sa réponse d'un geste impatient, "Ne dîtes pas de bêtise. Je vous rappelle que c'est moi qui vous ai invité, or nous n'avons même pas encore abordé le sujet de cet entretien. Quoi que ce premier... échange constitue une très bonne introduction."

Il s'interrompit, le temps de laisser son interlocutrice se préparer mentalement à ce qui allait suivre. Elle n'en avait pas fini avec lui, songea-t-il en souriant intérieurement. Bien au contraire.

"Le ministère nourrit certaines craintes quant au développement d'un réseau terroriste au sein même de l'école. Je vous arrête tout de suite, ces soupçons se portent d'avantage sur les élèves, parmi les plus âgés, que sur l'équipe professorale... Quoi que vous êtes la mieux placée pour apprécier ce dernier point. Toujours est-il que nous avons des raisons sérieuses de penser que le Lexit cherche à s'insinuer dans l'école pour répandre sa propagande parmi les élèves, peut-être même mener certaines actions. Nous aurions donc besoin de votre coopération pour pouvoir démanteler ce réseau. Savoir quels sont les têtes pensantes de ce travail de sape, connaître le nom des élèves contestataires..."

Bref, mener un véritable travail de surveillance, en lien avec le ministère.

"J'espère que nous pouvons compter sur vous", ajouta-t-il d'un ton doucereux.


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