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 Freedôme [Topic Résistance]

Lilly CallaghanChef du Krakenavatar
Messages : 260

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12 juillet 2010


Lilly Callaghan, tête du LEXIT

Il était tôt – très tôt, trop tôt, si on considérait les cernes qui soulignaient les yeux de la majorité des personnes présentes dans la pièce. Le jour ne s’était pas encore levé, la lune était encore pleine, et pourtant Lilly pouvait sentir une vague d’effervescence et d’adrénaline parcourir l’assemblée. Il s’agissait de la dernière réunion, des derniers préparatifs et des derniers conseils. Plusieurs heures pourtant les séparaient du début de l’action mais ils avaient convenu de se rendre dans la ville par petit groupe et pendant différents créneaux horaires pour ne pas attirer l’attention sur eux. Les premiers résistants partiraient dans quelques secondes ; le début de la manifestation, quant à elle, devait commencer à 11h.

« Pour les manifestants, vos pancartes sont déjà à Bristol, dans le conteneur numéro 290-35-009, sur les docks de Bristol. Diminuez-les, gardez-les sur vous et faîtes profil bas jusqu’à 11h. Vous vous retrouverez en haut de l’Allée des Douze Chênes à ce moment-là. » annonça-t-elle. « Pendant la manifestation, Anya sera votre référente. » Elle adressa un léger sourire à Juliana, avant de poursuivre : « Je vous rappelle qu’il s’agit d’une manifestation pacifique – par pitié, n’utilisez pas vos baguettes magiques. » Elle laissa passer un instant de silence. « Quand vous verrez des étincelles rouges dans le ciel, c’est que le sortilège de confinement sera levé. A partir de ce moment-là, vous pourrez transplaner. » Nouveau moment silencieux, la tension était palpable. « Des questions ? »

I was left to my own devices
Many days fell away with nothing to show

C’était le moment, songea Lilly, alors que l’adrénaline se répandait dans ses veines. Elle observa les manifestants quitter la pièce, s’échanger des chuchotements empressés, accélérer le pas vers la sortie. Ils avaient passé tant de temps à élaborer ce plan, à le peaufiner et le détailler, qu’il lui semblait presque irréaliste qu’il soit enfin temps de le réaliser. Cela faisait des mois et des mois que le LEXIT piétinait en enchaînant des missions - pourtant essentielles – mais qui ne permettaient pas un avancement significatif. Ils avaient été réduits au rang de « terroristes » par le gouvernement, leur mouvement avait été décrié, haï, détesté. Et qu’importe s’ils sauvaient des hommes de mois de tortures à Skye, d’une lobotomisation certaine ; qu’importe même s’ils sauvaient des enfants. Ils étaient craints : la résistance terrifiait. Pourquoi ? Parce qu’on ne les voyait pas ; parce qu’ils étaient partout et nulle part – parce qu’on avait peur de ceux qui se cachaient. Et il était grand temps que cela change.

Lilly reporta son attention sur ceux qui étaient restés dans la salle – logiquement, il s’agissait de ceux qui s’étaient portés volontaires pour lever le sortilège de confinement de la ville.

« Tout repose sur nous. » déclara-t-elle, l’ombre d’un sourire sur les lèvres. « J’ai confiance en vous. On s’est entraîné pour que tout se passe bien, et tout va bien se passer. » lança-t-elle, confiante. « On va former quatre groupe. » expliqua-t-elle ensuite en se saisissant d’un calepin. « Il y aura quatre référents, un pour chaque groupe : Jeremy, Zach, Margareth et moi. »

Margareth – Maggy – osa un sourire, la mine concentrée. Zach, quant à lui, resta impassible, ses prunelles rivées sur son amie.  Lilly énuméra les groupes, s’assura que chacun avait bien compris son rôle puis hocha la tête, satisfaite. C’était maintenant.


Zacharias Johanson, briseur de sort et membre du LEXIT

And the walls kept tumbling down
In the city that we love


Zacharias Johanson offrit son plus beau sourire au milicien qui lui autorisa l’entrée dans Bristol. Il s’engagea d’un pas assuré dans la ville, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, sifflotant gaiement. C’était une belle journée, remarqua-t-il en levant les yeux vers le ciel bleu, dépourvu de nuages.

Lorsqu’il fut à l’abri des regards des sorciers à la cape mauve, Zacharias laissa tomber son attitude guillerette avec un soupir. Lorsqu’il était en présence des miliciens, il sentait son sang pulser si fort au niveau de ses tempes qu’il avait la sensation que son crâne allait exploser. Les voir le ramenait inexorablement à ce jour, à Manchester, lorsqu’ils avaient capturé sa Lily. Il se revoyait encore, bâillonné par un sort qu’on lui avait lancé pour qu’il se taise, observer sa meilleure amie se faire menottée par deux miliciens aux visages déplaisants. Il avait senti ses membres brûler tandis qu’un goût métallique se répandait dans sa bouche. C’était la dernière fois qu’il avait vu Lily ; de ce qu’il savait, elle était toujours internée à Skye.

Parfois, il mourrait d’envie de la rejoindre pour pouvoir soulager sa douleur. Souvent, il souhaitait avoir été à sa place, ce jour-là. Chaque fois, il sentait sa peine grandir, conscient qu’il ne reverrait peut-être jamais sa meilleure amie telle qu’il l’avait connue. Cette idée lui brisait le cœur.

Zach échangea quelques mornilles contre un café, qu’il emporta avec lui, longeant les docks de Bristol. La ville était encore silencieuse – mais, à vrai dire, depuis qu’elle était bouclée, le silence semblait être une part omniprésente des rues. C’était effrayant, comme si l’atmosphère était capitonnée ; comme si un mot un peu trop haut pouvait vous coûter la vie. Ce qui n’était pas complètement faux. L’ombre de Marchebank pesait partout, dans chaque recoin de rue, dans chaque bruissement des capes mauves, dans chaque murmure. Un long frisson parcourut le jeune homme alors qu’il plongeait sa main dans sa poche pour sentir le contact rassurant de sa baguette magique. Un coup d’œil à sa montre lui informa qu’il restait deux heures avant que les manifestants se rassemblent en haut de l’Allée des Douze Chênes.

Bientôt, Bristol serait libérée. Bientôt, Bristol serait libre.


Hayden McNeil, Auror et membre du LEXIT

Grey clouds roll over the hills
Bringing darkness from above


Hayden McNeil n’en n’était pas à sa première mission – légale, ou non. Il était parfaitement à l’aise avec son rôle, épaules détendues et sourire aux lèvres, démarche assurée de celui qui n’a rien à se reprocher. Il s’autorisa même à bavarder quelques instants avec une jeune milicienne, qu’il avait connu lorsqu’elle travaillait au bureau des Aurors. Pourquoi venait-il ici ? l’avait-elle questionné en effectuant les vérifications de routine. Mon fils habite Bristol, avait simplement répondu Hayden – et quoi de plus normal pour un père d’aller rendre visite à son enfant ? Son ancienne collègue l’avait laissé passer sous sourciller et il s’était enfoncé tranquillement dans la ville.

Il entra dans un magasin, où il acheta une babiole qu’il fourra dans sa poche et qu’il se promit de donner à Louise lorsqu’il rentrerait. A la pensée de sa fille, qu’il avait embrassé avant de partir alors qu’elle dormait toujours, son cœur se serra. Après le procès de Lauren McGowan, une immense dispute avait éclaté entre Eileen et lui, qui l’avait supplié de quitter le LEXIT. « Pas encore, Hayden » lui avait-t-elle dit, les larmes aux yeux. Mais l’Auror n’avait pas pu se résoudre à accéder à cette demande.

Parce que la mort de Samantha Miller l’avait chamboulé plus qu’il ne voulait l’avouer – Samantha était une gosse de Nimbus, qu’il connaissait depuis son plus jeune âge. Et elle était morte, assassinée. Alors qu’elle avait l’âge de Grady. Et c’était peut-être son cœur de père protecteur, peut-être aussi son cœur brisé de grand-frère, mais il avait eu envie d’hurler.

Il faisait ça justement pour les enfants, avait-il dit à sa femme. Pour que Grady puisse se promener dans sa ville sans craindre d’être arrêté. Pour que Louise puisse grandir dans un monde où on ne condamnait pas à mort les jeunes filles. Il faisait ça pour Juliana. Pour qu’elle repose en paix. Pour que son combat soit entendu. Pour qu’elle soit fière de lui. Il faisait ça pour Cosmos, pour Bristol, pour ces villes bouclées et ces populations brimées. Il faisait ça pour lui, aussi, pour les valeurs qu’il défendait.

Il se dirigea d’un pas lent vers l’endroit où il devait retrouver son groupe. Il jeta un coup d’œil à sa montre.

Plus qu’une heure.


Juliet Baker, joueuse de Quidditch Professionnelle et membre du LEXIT

But if you close your eyes
Does it almost feel like
Nothing changed at all ?


Gabrielle était chez la mère de Jeremy depuis hier soir. Lorsqu’elle avait embrassé la joue rebondie de sa fille avant de la quitter, Juliet avait ressenti un pincement au cœur, mais elle s’était efforcée d’éloigner ces sombres pensées, le temps de lancer un « A demain » enthousiaste.

Elle n’avait que très peu dormi la nuit dernière, s’était tournée et retournée dans son lit sans parvenir à sombrer dans les bras de Morphée. Finalement, elle s’était levée avant même que le réveil ne sonne pour avaler une tasse de café.

La matinée, finalement, s’était déroulée si rapidement que la jeune femme ne l’avait même pas vue passer. Elle avait assisté à la dernière réunion dans le manoir du LEXIT, écoutant avec attention les dernières explications de Lilly Callaghan. Elle avait observé Jeremy avec appréhension lorsqu’elle s’était levée pour quitter la salle. « Sois prudent » lui avait-elle soufflé en serrant sa main dans la sienne. Puis, elle l’avait laissé et était sortie.

Elle avait transplané à Bristol, en compagnie de Théo, et ensemble ils s’étaient rendus sur les docks. La main agrippée au bras du jeune homme, elle avait marché à l’endroit même où le sort l’avait touché, à l’endroit même où sa vie avait basculé. Elle était ressortie plus forte de cette épreuve et surtout plus déterminée que jamais à entreprendre l’action mise en place.

Le conteneur n’avait pas été très difficile à trouver. Le code d’accès leur avait été donné, et ils avaient pu sans mal récupérer leurs pancartes. Puis, l’attente avait débuté.

L’adrénaline coulait dans ses veines, la pressant à agir. Pour se calmer, elle avait fermé les yeux, laissant le bruit si familier de la mer la bercer. Assise comme cela, c’était presque comme si rien n’était arrivé. Comme si Samantha n’avait pas été assassinée, comme si Lauren n’avait pas été exécutée, comme si Aaron ne s’était pas suicidé, comme si elle n’avait pas frôlé la mort quelques semaines auparavant. C’était comme si tout était normal, comme si rien n’avait changé. Comme si elle était encore la même Juliet, celle qui passait ses après-midi à flâner dans Bristol après ses cours à l’université magique.

And if you close your eyes
Does it almost feel like
You've been here before ?


Tout lui semblait si similaire et pourtant si différent. Elle avait l’impression d’avoir parcouru ces rues, d’avoir marché le long des docks, d’avoir connu ces magasins. Et pourtant, tout cela lui semblait si lointain qu’elle aurait pu jurer l’avoir vécu dans une autre vie, une vie parallèle à la sienne.

C’était peut-être aussi pour ça que l’action du jour lui tenait autant à cœur, pourquoi elle avait tant voulu se joindre aux manifestants, même en connaissant les risques qu’elle encourrait. Bristol avait été sa ville ; c’était ici qu’elle avait passé une grande partie de sa vie de jeune adulte. Gabrielle avait grandi dans un appartement tout proche – deux rues sur la gauche – c’était là qu’elle avait fait son premier sourire, son premier rire. C’était ici aussi que sa vie avait radicalement changé.

Elle avait besoin, peut-être, de se réapproprier la ville. Elle avait besoin, surtout, d’y chasser la présence milicienne.

Elle avait besoin d’une victoire.

Un regard vers la grosse horloge centrale lui indiqua qu’il était 10h45. Elle tendit la main pour aider Théo à se relever et lui offrit un petit sourire. Ils se dirigèrent ensemble vers l’Avenue des Douze Chênes.

Encore un quart d’heure.


James Carter, ambulancier magique et membre du LEXIT

We were caught up and lost in all of our vices
In your pose as the dust settles around us


Il avait fallu du temps pour que James Carter ouvre les yeux sur le gouvernement mais, lorsqu’il l’avait fait, la prise de conscience avait été rude. Il n’avait eu le courage d’aller au procès de Lauren McGowan, incapable de se confronter à sa détresse – incapable, surtout, d’observer la justice la transformer en monstre sanguinaire. Il était resté enfermé chez lui, à Bristol, guettant une alerte sur son Pear qui le préviendrait de la décision arrêtée par le jury.

Finalement, avait-il songé en reposant le téléphone, il avait pris la bonne décision. S’il avait été dans la salle d’audience, James n’aurait jamais pu rester immobile. Il aurait dévalé les escaliers, il aurait menacé de sa baguette l’avocate de la défense, puis Marchebank, puis Coleman avec son regard glacé. Il aurait probablement été tué à côté de Lauren.

D’un pas rapide, James tourna à droite pour gagner l’Avenue des Douze Chênes ; sa pancarte cachée dans sa poche, son masque dans l’autre, qu’il sortit pour l’enfiler. Lorsqu’il déboucha sur le lieu de rencontre, il marqua un instant l’arrêt, stupéfait. Il ne pensait pas que l’appel avait si bien fonctionné ; il ne pensait pas se retrouver face à une foule aussi dense, aussi compacte, aussi nombreuse. Mais, ce qui était encore plus impressionnant, c’était le silence quasi-religieux qui régnait sur l’Avenue.

Certains avaient déjà brandi leur pancarte. « Skye : On n’en sort pas vivant » avait marqué une femme sur la sienne, accompagné d’une photo de son défunt époux, transféré là-bas quelques mois plus tôt. « Ile maudite », « Milice impunie », « Pour ceux qui souffrent en silence », « La magie ne trouve pas son origine dans la cruauté et la bêtise ».

James sortit la sienne de sa poche et d’un coup de baguette magique lui rendit sa taille normale. Son estomac se noua à la vision du visage familier qui le dévisageait. « Vous paierez pour vos crimes » avait-il noté sous une photo de Samantha souriante, qu’il avait retrouvé dans ses affaires. Hommage à ses deux camarades décédées et véritable cri du cœur, le choix de James s’était très vite porté sur les dernières paroles de Lauren – comme pour beaucoup d’autres, comme en témoignaient les nombreux slogans brandis à bout de bras.

Lorsque l’horloge sonna onze heures, le cortège se mit en marche, foule masquée et silencieuse.

C’était maintenant.

Enfin.

But if you close your eyes,
Does it almost feel like
Nothing changed at all ?


HRP:
 


Au nom de tous nos camarades

Martyrisés et massacrés

Pour n’ avoir pas accepté l’ombre

Il nous faut drainer la colère

Et faire se lever le fer

Pour préserver l’image haute

Des innocents partout traqués

Et qui partout vont triompher.
- Eluard

Irving WhitakerAubergisteEn ligneavatar
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Le dernier râle de Dalhiatus. Les cris de terreur de Nora. Un an et demi plus tôt, Irving s’était fait une promesse : Ne plus jamais s’investir dans une mission de résistance active. Il ne voulait pas revivre l’épreuve qu’il avait traversée par le passé. Prendre le risque que tout tourne mal et qu’il perde pied, encore une fois. Il n’était pas fait pour ce genre de mission…

…Et pourtant, il était là, aujourd’hui, les yeux fixés sur l’extrémité de la rue, attendant les membres du groupe de Jeremy. Des briseurs de sorts expérimentés de tout âge et de toutes conditions. De bons sorciers, assez éloignés de son propre profil magique, lui qui avait tant de mal à enchainer des sortilèges. S’il était présent dans le groupe dirigé par son ami, c’était uniquement pour faire le guet. Prévenir les membres du collectif en cas d’approche milicienne. Irving ne se faisait pas d’illusion, cette tâche relevait de son domaine de compétences contrairement à  celle qui consistait à lever le sortilège de confinement sur la ville.

Irving était entré dans Bristol accompagné de  Jeremy et ils attendaient maintenant les autres sorciers croisés au QG du LEXIT le matin même lors du briefing de Lilly Callaghan. S’il avait suivi ses résolutions, il n’aurait jamais dû se trouver là. Après le meurtre de Dalhiatus il s’était fait une promesse. Il avait passé des journées et des nuits entières à se morigéner d’avoir été si bête et si peu préparé. Il s’était engagé dans la résistance active au tout début du mouvement, porté par un idéalisme juvénile et une naïveté qui avaient bien failli lui être fatale.

Il y revenait dans un tout autre état d’esprit. Parfaitement conscient des risques encourus mais doublement résolu. Il n’avait pas prit cette décision à la légère, cette fois,  contrairement à sa première incursion dans la Salamandre où il s’était senti pousser des ailes. « Aider la veuve et l’orphelin ! Se battre pour ses idées ! Résister pour exister ! » Il se souvenait de ses discours enflammés à l’époque. Evidemment, il se sentait toujours concerné par ces combats mais il demeurait dorénavant plus grave et plus réfléchi.

Il avait attendu plusieurs semaines après l’exécution de Lauren pour parler à Nora de son désir de se réinvestir davantage dans le mouvement. Il y pensait depuis des mois maintenant, depuis cette discussion avec Jeremy et depuis la soirée Astronomie où ils avaient accueilli Meredith Kane dans les bulles de l’Auberge. Nora et lui en faisaient déjà beaucoup pour le LEXIT en cachant Sybille et Finn à l’Auberge, il en avait conscience, mais à ses yeux, et au regard des derniers événements, ce n’était pas assez. Irving n’était plus porté par son insouciance et sa jeunesse mais par la gravité, et surtout, la pleine conscience de l’horreur du monde dans lequel il évoluait :  L’effondrement de la Marchebank et ses nombreux morts, la perte de Samantha et l’exécution de Lauren. Il ne pouvait plus laisser les autres décider pour lui. Ni payer pour lui.

Comment pouvait-il resté terré à Mallowsweet sans prendre ses responsabilités ? Comment espérer que les choses s’améliorent en fuyant le conflit ? Il ne revenait pas au sein de la résistance de gaité de cœur, loin de là, mais par nécessité. Parce que le mouvement avait besoin de lui autant qu’il avait besoin, lui-même, de résister. Pour Sybille et Finn, pour Nora, pour Lauren et Sam, certes, mais avant tout, pour lui.

Ce constat lui tira un bref soupir.

« Ils ne devraient pas tarder , ajouta-t-il en reportant son attention sur Jeremy. Son ami endossait pour la première fois le rôle de leader au sein de l’organisation et il devait surement ressentir une pression supplémentaire sur ses épaules, Tu vas gérer. » souffla-t-il sans le quitter des yeux, comme pour le rassurer, tandis que Dean Forbes et l’une de ses camarades de l’Institut des Arts Magiques débouchaient au bout de l’allée.

« Nous sommes les premiers ? demanda le jeune pianiste en jetant un bref regard à sa montre. Il releva la tête au dessus de lui et tenta de percevoir les contours du dôme invisible qui jouxtait leur emplacement, tu veux qu’on aille se positionner tout de suite Jeremy où on attend les autres pour faire un dernier point ?»

Ils s’étaient entrainé au QG du LEXIT. En théorie, ils savaient tous ce qu’ils avaient à faire…


Every day of your life is a leaf of your story which you write
Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Se prélassant encore en nuisette sur sa terrasse privative, Mildred Magpie croquait à pleine dent un malheureux chou à la fraise en guise de petit déjeuner. Merlin! Que le réveil était difficile! Même si dans ses luxueux appartements privés des Folies Sorcières, tous les ingrédients du confort se trouvaient à portée de main de la sorcière fantasque ; Cette dernière émergeait péniblement d'une soirée bien trop arrosée au Mojitroll. Habituée à jouer les papillons de nuit endiablés, Mildred avait encore une fois transformer son cabaret magique en temple de la fête et de la débauche! Que ce soit les bains de mousse au champagne, les stripteaseuses toutes plus torrides les unes que les autres, ou encore les soixante-dix-sept mets magiques défilant sur des plateaux en argent... Rien n'avait été laissé au hasard pour faire de Bristol, la capitale du vice festif! Ne reculant devant aucune démesure, la romancière pouvait encore entendre résonner les refrains du DJ magique "Helmut JUL", l'un des artistes les plus en vogue de la nuit allemande. Avec sa fortune, elle pouvait presque tout s'offrir : Trinquer avec de prestigieux VIP comme Fakir, la nouvelle coqueluche du Quidditch mondial - Ou partager un bain de minuit torride dans son jacuzzi magique avec le célébrissime Ernie Grognard! Une chevauchée aquatique et calculatrice qui lui avait soutiré sa future victoire à Koh Mantra après un ultime et vibrant "Ah!" de l'animateur magique. Bref, Mildred soignait son image tout en profitant des plaisirs et de la chaleur de l’Été, de manière à relâcher un peu de pression et se vider la tête de toutes préoccupations...

Allongée lascivement sur son transat magique en cuir de dragon, elle s'abandonnait en sirotant un délicieux smoothie magique... Carpe diem! En ce jour de repos, c'était la seule règle qui puisse lui permettre d'évacuer les humiliations et son désir de vengeance qui polluaient sa mémoire. Sur son balcon aérien dominant la basse Bristol, elle comptait bien profiter de la douce chaleur du soleil pour parfaire son bronzage, et des bulles de son jacuzzi pour se décontracter. Après peut-être, seulement si la journée lui semblait trop longue ; Elle ferait appel à son gigolo de service, l'infatigable Toni et son accent si envoutant qu'il pourrait charmer une sirène. Après les péripéties de Juin, ce mois de Juillet laissait entrevoir de belles et douces promesses. Ses affaires étaient comme toujours florissantes, à l'image de son compte Twitcher qui était devenu incontournable depuis l'exécution du monstre Lauren. Il ne lui manquait comme toujours, plus qu'à trouver l'Amour... et pourquoi pas une destination de vacances.

Tandis qu'un Elfe de maison lui massait délicieusement les voutes plantaires, Mildred cherchait une destination magique en mesure d'accueillir une star de sa renommée. Tournant les pages des brochures des innombrables voyages qui lui était proposée, Mildred Magpie ne trouait pas destination à hauteur de ses caprices!

"Miami... Les Bahamas... Ibiza... Dubaï... Tout cela me semble tellement ennuyeux et manquer de classe! Vous ne trouvez pas, Ronnie? "

Un peu plus loin, Ronald Klump, son précieux conseiller en affaire, se remettait également de sa soirée débridée et trop arrosée ; Flottant sur un matelas d'air à la surface de la petite piscine creusée à même la terrasse des Folies Sorcières. Il releva à peine les yeux sur sa cliente au portefeuille si bien garni.

"Franchement madame... Il n'y a rien que vous ne puissiez point vous offrir en ce bas-monde. Je vous conseillerai bien Bruneï, il se murmure qu'il y a la-bas un Maharadja magique, dont la fortune personnelle empilée en pièce d'or pourrait dépassée la distance Terre-Lune! En plus il a transformé un lac, en jakuzzi magique... Vous imaginez? "

Mildred se mordilla la lèvre inférieure, en poussant un soupir digne d'une adolescente en émoi.

"Épouser un Maharadja! Oui j'imagine déjà la chose! Je me me vois déjà défiler au milieu de la foule en liesse, en tenue de soie brodée d'or, sur le dos d'un éléphant albinos! Que cela serait merveilleux... "

Ronald Klump piocha une cacahouète avant de réprimer les espoirs de Mildred Magpie d'une seule et même phrase laconique.

"Mais il a quatre-vingt ans... "

Soupir et mine désabusée, Mildred retourna à la réalité...

"Ah... Dommage... Ce ne sera pas Bruneï alors... "

La romancière replongea dans ses brochures, éprouvant toutes les difficultés du monde à ne point loucher d'extase alors que l'elfe de maison lui massait merveilleusement bien les pieds. La cloche de Bristol sonna alors les onze heures, ce qui sembla ébranler la diva dans sa paresse.

"Déjà onze heure! Merlin que le temps passe vite! Si je ne trouve rien avant midi, je suis bonne pour partir en Corse! Quelle horreur! "

Mildred lâcha alors un petit gloussement moqueur à l'intention de Isobel Lavespère, sans savoir qu'il s'agissait de son dernier sourire de la journée...



               
“Ce qu'il y a de scandaleux dans le scandale, c'est qu'on s'y habitue.”
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Nejmedine El Arouachi.

« Ann ? Tu es sûre que tu as vraiment besoin de tout ce que tu as dans ce sac ? La météomagique n’a pas annoncée de pluie aujourd’hui !»
ajouta Nejmedine avec un sourire en attrapant le parapluie tout droit sortit du sac à main de son amie. Il reporta son attention sur le milicien occupé à fouiller les affaires de la jeune femme à l’entrée du checkpoint de Bristol et ajouta, « Elle est beaucoup trop prévoyante »

« Baguette, papier d’identité. » intima la milicienne en face de lui, visiblement peu encline à la conversation. Nejmedine s’exécuta et sortit son passeport binational –anglo-syrien- et sa baguette en noyer damasquiné de la poche de son pantalon en lin. Il attendit patiemment que le contrôle ait lieu –non sans jeter un bref coup d’œil complice à Ann- avant de quitter le poste avec un « Passez une bonne journée ! » outrageusement joyeux.

Si tout se déroulait comme prévu, les Miliciens allaient effectivement passer une journée mé-mo-rable !

« Quelle bande de blaireaux, souffla Nejmedine en glissant son porte feuille dans la poche arrière de son pantalon quand Ann le rejoignit à l’extérieur. Il fit quelques pas en direction des docks et reprit, alors, tu n’as pas fini de m’expliquer, qu’est-ce qui s’est passé avec ta copine ? Je croyais que c’était la femme de ta vie, que vous comptiez adopter un boursouf et que vous alliez passer le reste de vos jours ensemble ! » ironisa-t-il en relevant la tête au passage d’un autre couple qui avançaient vers eux, en sens inverse. Juliet Baker et Théo Nott. Ils les avaient vus le matin même lors du briefing. Sans doute venaient-ils de récupérer leurs pancartes avant de se rendre sur l’Avenue.

Nejmedine s’était lui aussi  inscrit pour participer à la manifestation pacifique. Il œuvrait au sein du LEXIT depuis quelques mois maintenant.  Depuis que son amie, Stephie Hamilton, avait été retrouvée morte dans une chambre d’hôtel en compagnie d’un couple de vieux écrivains. Stephie avait d’abord été sa voisine avant d’intégrer son cercle d’amis. La jeune femme, de quasiment dix ans sa cadette, aurait surement voulu que les choses évoluent différemment entre eux mais Nejmedine ne l’avait jamais envisagé en ce sens. Stephie était sympa, intelligente, drôle et gentille mais cela s’arrêtait là. Avant qu’elle ne disparaisse, elle avait tenté de lui ouvrir les yeux sur le régime, de nombreuses fois, mais il n’avait jamais vraiment  prêté attention à ses arguments. Il préférait se moquer gentiment  de ses penchants complotistes et assurait à qui voulait l’entendre qu’elle aurait fait une excellente illuminati ! Sa disparition soudaine avait fini par  réellement inquiéter Nejmedine. Stephie était une jeune femme profondément attachée à sa famille qui  ne serait jamais partie sans laisser de trace. Il avait aidé les Hamilton à faire des recherches, à poser des affichettes dans les villes et il avait même passé Noël avec eux et leur seconde fille, Cindy. L’article de la Gazette annonçant la mort de Stephie avait douché tous ses espoirs de la revoir un jour vivante.

Depuis, il s’était rapproché des réseaux de la jeune femme et il était parvenu à intégrer le LEXIT. Son statut de  kinémage de l’équipe des Harpies de Holyhead ne lui permettait pas de glaner beaucoup d’ informations mais il récupérait quelques médicaments pour St-Agnès et avait même réussi à faire sortir deux opposants au régime du Royaume-Uni en les convoyant dans les malles d’équipement de l’équipe lors d’un match de la Magique Ligue Internationale qui avait conduit les Harpie au Pays Bas. Il œuvrait à son niveau, comme tous les autres résistants et il s’apprêtait à vivre une journée clef pour l'histoire de leur mouvement.

Arrivés sur le port, Ann et lui débouchèrent enfin devant le container aux pancartes. Nejmedine récupéra la sienne, à l’effigie de Stephie, l’air joyeuse la tête légèrement inclinée sur le côté.  En dessous du cliché,  la mention « Milice Meurtière & Menteuse ! » était inscrite en lettre capitale. Le kinémage réduisit l’affiche et changea l’apparence de ses vêtements en quelques coups de baguette. Il s’assura que personne n’était aux alentours puis il enfila son masque Marchbank et reporta son attention sur Ann en posant ses deux poings sur sa taille:

« Alors Mademoiselle,… comme ça on veut faire tomber mon gouvernement ? »
demanda-t-il en prenant une grosse voix grave censée imiter celle du Ministre.

Nejmedine savait qu’ils risquaient gros aujourd’hui en se dévoilant de la sorte aux yeux de tous. S’il vivait sa dernière heure de liberté, il comptait bien en profiter pour faire une dernière blague de mauvais goût en guise d’ ultime pied de nez à la politique répressive de Léopold Marchbank...
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Ann Fleming ~ 22 ans ~ Vendeuse chez T&T Leopoldgrad

La nuit était encore bien présente lorsque le réveil me sortit du sommeil, j'étouffais un bâillement alors que je roulais sur le dos, entraînant la couette dans mon mouvement. Sans m'en rendre compte, je me retrouvais de son côté du lit. Mes doigts caressèrent distraitement les draps froids de son absence, ma gorge se noua alors qu'inconsciemment les larmes commencèrent à me monter aux yeux. Je ne comprenais pas pourquoi elle n'était pas là. Mes yeux s'attardèrent sur une photo de nous deux et je la fixais, revivant ce moment que nous avions partagé à deux.

Tous ces souvenirs que je traînais et qui insistaient pour qu'elle revienne. J'étais moins forte qu'elle croyait sans doute. Je pensais à elle dans chaque geste et chaque moment du quotidien. Elle avait cru que partir sans rien me dire, vider l'appartement pendant mon absence faciliterait les choses ? Mais c'était l'inverse, je me repassais en boucle nos moments à deux, cherchant la cause de ce départ, une raison qui expliquerait tout ça. Mais je ne comprenais pas, nous avions des projets ensemble, des vacances à Barcelone, un album de photos, nous parlions d'avenir. Alors pourquoi ?

Je la détestais autant que je l'aimais, je voulais qu'elle revienne. J'étais prête pour un deuxième tour si elle me donnait la chance de le faire. Je ne savais même pas où elle était, j'avais tenté de joindre ses parents et son frère mais ils avaient disparu eux aussi. Leurs voisins m'avaient dit qu'ils avaient été arrêtés par les Miliciens, il y avait presque une semaine. C'était pour ça qu'elle était partie ? Pour me protéger ? Parce que elle aussi allait se faire arrêter ? Pourquoi ne m'en avait-elle par parlé ? Le LEXIT, c'était son idée à la base. J'avais pris conscience de beaucoup de choses avec elle à mes côtés mais aujourd'hui, j'étais plus seule que jamais.

Son absence et son silence me pesaient bien plus que la peur de me faire attraper aujourd'hui. Pourtant, je trouvais la force de me lever du lit pour me glisser sous la douche. La vie continuait avec ou sans Felicity et quoi qu'il arrivait nous devions faire cette manifestation. Nous devions le faire toutes les deux mais je le ferais seule, pour elle, j'afficherais la pancarte avec la photo de son frère. Il fallait montrer au monde qui était réellement Leopold Marchebank et pointer du doigt sa politique. Quel genre de monstre condamnait à mort une jeune fille à peine sortie de l'enfance ?

C'était inhumain et personne n'avait réagi ! Comme si tout ça était normal, comme si cette gamine pouvait réellement représenter un réel danger. La preuve, elle avait échoué, emportant avec elle toute sa haine et sa colère. Sa peine et son désespoir aussi. Je comprenais. J'avais la sensation que Felicity n'était peut-être même plus en fuite, peut-être que finalement, ils l'avaient arrêté, qu'elle était partie parce qu'elle avait sentie le danger. Elle avait vu ses parents se faire emporter alors elle avait tenté de ne pas m'impliquer malgré elle dans tout ça. Mais j'y étais déjà jusqu'au cou. J'étais autant une terroriste qu'elle à leurs yeux. Et je n'en avais pas honte, je voulais me battre pour la liberté de notre pays, pour nos droits, pour la justice.

Alors même si la réunion était très tôt, même si le réveil était dur, j'étais présente, enhardie par l'excitation ambiante, écoutant les dernières instructions avant de nous séparer à nouveau. La manifestation avait lieu à onze heure, il était convenu que je retrouve Nejmedine avant pour que nous passions les contrôles et que nous récupérions nos pancartes ensembles. Je tuais les quelques heures qui me séparaient de l'heure fatidique en récupérant un peu de sommeil. J'avais réussi à obtenir une semaine de congé auprès de Sheba, normalement nous devions partir en vacances après. Mais maintenant que j'étais seule, je n'avais plus vraiment envie de visiter l'Espagne. Je resterais en Angleterre finalement si tout se finissait bien pour nous.

J'esquissais un grand sourire en direction de Nejmedine alors que je le retrouvais pour passer le checkpoint. Evidemment, j'avais tout prévu en cas de petite fraîcheur, ou bien de pluie ou même encore en cas de petite migraine passagère. Mon sac avait une extension magique et c'était extrêmement pratique, j'esquissais un petit sourire amusé alors que mon ami commentait allègrement le contenu de mon sac devant les miliciens. Je pris un air faussement agacé en lui arrachant mon parapluie des mains alors qu'il commençait à me parler du temps qu'il allait faire aujourd'hui.

"Nous sommes en Angleterre vois-tu, et dans ce merveilleux pays, la pluie peut se montrer à tout moment ! Je préfères être prévoyante. S'il pleut, je ne serais pas mouillée."

Je lui adressais un sourire éclatant avant de me tourner vers le milicien qui vérifiait mon sac et mes papiers.

"N'ais-je pas raison Monsieur le Milicien ?"

Ce dernier m'accorda à peine un regard alors qu'il marmonnait dans sa barbe et qu'il me rendait mes affaires me laissant passer après qu'une milicienne ait vérifié les papiers de mon ami. Je gloussais doucement alors qu'il traitait les miliciens de blaireaux, il n'avait pas tout à fait tort, ils n'étaient pas connus pour leurs brillantes découvertes de façon générale. Ils n'avaient clairement pas tous inventés les portoloins. Mon rire se perdit lorsqu'il évoqua ma relation brisée. Je poussais un léger soupir en tournant mon regard vers lui.

"Quelle délicatesse vraiment..."

Je levais les yeux au ciel en tentant de faire passer la boule qui s'était formée dans ma gorge. Comme à chaque fois que je parlais d'elle. J'inspirais profondément avant d'esquisser un petit sourire brave.

"Je croyais aussi pour le Boursouf, on avait déjà le nom en plus. Elle voulait l'appeler Merlin ou Dumbledore. Si tu veux mon avis, Merlin c'est mieux, c'est plus court et ça fait moins tarte que Dumby. Mais je crois qu'elle avait vraiment un faible pour Dumbledore. Elle répétait sans arrêt que Dumby pour un Boursouf ça passait bien. Donc j'imagine que j'allais finir par craquer et accepter ce nom totalement ridicule."

Je pris un air volontaire atterré avant de continuer à avancer pour paraître plus détachée. Je passais une main dans mes cheveux pour les recoiffer avant de tenter de ravaler les larmes qui pointaient.

"Mais bon... Visiblement, ce n'était plus vraiment d'actualité dernièrement parce que quand je suis rentrée lundi de la semaine dernière, ses affaires avaient disparus et elle aussi."

Je haussais les épaules, fatalistes alors que nous approchions de la benne où se trouvait les pancartes. J'attrapais la mienne avant de la réduire et de la glisser dans mon sac. J'ajoutais d'une voix plus basse pour que lui seul l'entende :

"Son frère et ses parents se sont fait arrêter par la milice au début du mois. Je pense que son départ est lié. Enfin... c'est ce que je me dis pour répondre à la multitude de questions que je me pose depuis qu'elle est partie."

Je tentais un léger sourire presque serein alors que Nejmedine s'affublait de son masque de Marchebank et qu'il se lançait dans une imitation du Ministre. J'éclatais de rire avant d'enfiler le mien à mon tour.

"Je vais vous faire trembler Monsieur le Ministre."

Un fin sourire se dessina sous mon masque alors que mon regard se faisait décidé. Je savais ce qu'il fallait que je fasse, je resterais pacifiste jusqu'au bout avec ma pancarte tendue bien haut et son écriture magique "Make Them Pay". Je me tournais vers mon ami, lui adressant un dernier regard complice avant qu'il ne soit l'heure.

"Tu es prêt ?"

Je m'avançais vers la place, inspirant profondément alors que les manifestants se rassemblaient par petits groupes. C'était l'heure...
Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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Les mains dans les poches de son jean, Jeremy dansait d'un pied sur l'autre, envahi par une nervosité qu'il peinait à dissimuler. Face à lui, Irving avait la mine grave, concentrée. Ensemble, ils parvinrent au point de rendez-vous de leur petit groupe, légèrement en avance par rapport à l'heure indiquée. Jeremy tenait à être présent au cas où un imprévu surviendrait - à tout hasard, une patrouille de miliciens - pour pouvoir venir en secours aux membres de son groupe.

Pour la première fois, on lui avait donné des responsabilités au sein du Lexit, sur une action d'ampleur. S'ils échouaient, alors ils risquaient de mettre en péril l'entièreté de l'opération : il faudrait l'action conjuguée de nombreux sorciers pour parvenir à briser le dôme magique... Alors il n'était pas mécontent d'avoir Irving avec lui, pour faire le guet, certes, mais aussi à titre de soutien psychologique.

"J'espère, y'a intérêt", grommela-t-il d'un ton nauséeux quand Irving affirma qu'il allait gérer. Jeremy portait suffisamment de culpabilité sur ces épaules en ce moment pour ne pas ajouter l'échec d'une mission de la résistance par-dessus. Pourquoi avait-il accepté cette action, déjà ? Emporté dans son enthousiasme lorsque Lilly lui avait présenté l'action, porté par son indignation et sa volonté d'agir concrètement contre le régime, il s'était persuadé qu'il avait les épaules pour ce travail. Maintenant qu'ils étaient concrètement en situation, à l'arrière de Bristol, il n'était plus sûr de rien. Expirant lentement pour évacuer la tension qui l'habitait, Jeremy laissa consciemment l'adrénaline l'envahir et jeta un rapide coup d'oeil à sa montre. Il était bien normal d'avoir le trac, après tout, ne se sentait-il pas ainsi avant chaque match de Quidditch à Poudlard, ou chaque examen de fin d'année ? C'était exactement la même chose...

*Sauf que tu ne risques pas ta vie au Quidditch, du moins, la plupart du temps.*

Heureusement, l'arrivée de Dean Forbes et de son amie chassèrent la petite voix désagréable de son esprit. L'heure tournait à toute allure et il n'avait plus le loisir de s'appesantir sur les risques pris, ni sur ceux que prenait son épouse, un peu plus loin dans la ville. Il les salua d'un signe de tête, soulagé de voir les premiers membres de son groupe arriver.

"Non, vous savez tous où vous devez aller, tous les dix mètres, chacun à l'un des angles de la rue du Soupir. Je ferai un dernier tour pour vérifier que tout le monde est bien en place", annonça-t-il en observant tour à tour chacun de ses camarades. Son regard se fit grave. "Vous vous souvenez des consignes... en cas d'attaque, ne rompez vos sorts qu'en cas de dernier recours. Ce dôme doit tomber."

Du coin de l'oeil, il avisa deux autres binôme qui approchaient dans leur direction.

"Bonne chance", conclut-il avant de se tourner vers Irving, pour serrer brièvement son épaule. Pendant que les trois jeunes gens se mettaient en position, il se dirigea vers les nouveaux venus à qui il répéta les consignes, arpenta la ruelle pendant les minutes qui suivirent pour vérifier que tout se passait comme prévu. Finalement, avec soulagement, il constata que tout son groupe était bien arrivé et en position, juste à temps pour le début de l'attaque. A son tour, il regagna donc l'endroit qui lui avait été assigné. Dissimulé sur le perron d'un immeuble, il fit mine de lire la Gazette du Sorcier en attendant le signal. Attaquer trop vite pourrait leur faire perdre des vies, trop tard aussi. De longues, très longues minutes s'écoulèrent, durant laquelle la nervosité de Jeremy ne fit qu'augmenter. Que se passait-il du côté de l'Allée des Douze Chênes ? La manifestation avait normalement débuté depuis un certain temps. L'heure d'attaquer le dôme s'apprêtait-elle à sonner ? Pour l'heure, le groupe de Jeremy avait eu de la chance, aucun milicien n'ayant montré le bout de son nez, mais cela allait-il durer ? Autant de questions sans réponse.

Enfin, après une attente interminable, il sentit sa montre chauffer son poignet. Aussitôt, il sortit sa baguette magique de sa poche et la sentit chauffer contre sa paume, visiblement aussi impatiente que lui. Une gerbe de lumière rouge et or en jaillit, illuminant brièvement la rue - le signal. Alors, tous les sorciers présents levèrent d'un même geste leur baguette vers le ciel et murmurèrent la formule "Destructo Horribilis". Des traits de lumière volèrent jusqu'à se heurter sur un dôme bleuté, qui apparaissait par transparence chaque fois qu'un sort l'atteignait.

Jeremy prit une profonde inspiration, rassembla toutes ses forces et sa puissance magique, et renouvela son attaque. Ils n'avaient pas beaucoup de temps.





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Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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Juliana fut la première présente sur l'Allée des Douze Chênes, ce matin-là. Le soleil n'avait pas encore tout-à-fait fini de chasser la nuit lorsqu'elle remonta la célèbre rue lentement, protégée par son bijou vaudou et l'apparence anonyme d'Anya Walker. Longuement, elle avait arpenté l'Allée en invoquant en elle tous ses souvenirs de Bristol, de cette ville dont elle avait été chassée, présumée disparue, quelques mois auparavant. Elle y revenait aujourd'hui avec une sensation étrange, celle d'être plus forte et plus déterminée que jamais - plus lucide, aussi. Leur action du jour ressemblait à une tentative désespérée de réveiller l'opinion et de rallier d'autres citoyens à leur cause. Ils était en sous-nombre, désespérément en sous-nombre par rapport à leurs opposants, et la tâche semblait impossible. Pourtant, paradoxalement, ils n'avaient jamais été aussi nombreux qu'aujourd'hui à grossir les rangs du Lexit. Tous les membres actifs du régime, et même certains sympathisants, avaient décidé de se mobiliser dans Bristol pour ce qui s'apparenterait à une action citoyenne.

Lorsqu'elle parvint à la fontaine, elle put presque ressentir la douleur qu'elle avait éprouvé lors de l'attaque causée par la guerre des gangs. Un souvenir de plus pour nourrir sa détermination. Avec un soupir, Juliana s'arrêta à un commerce pour y acheter un café, et attendit patiemment les premières arrivées. Enfin, alors que la matinée était bien avancée, Juliana abandonna sa position de guet, régla son café et regagna l'arrière de l'Allée. En quelques minutes à peine, une petite foule s'était amassée derrière elle, bien coordonnée, frémissante de peur et de détermination. Finalement, elle reconnut la silhouette féminine d'Alyssa qui se glissait à côté d'elle et elles échangèrent un sourire.

Sans échanger de parole, mais d'un même geste, Anya et Alyssa revêtirent chacune le masque horrifique de Leopold Marchebank, le caoutchouc adhérant magiquement à leur peau pour mieux dissimuler leur identité. Juliana jeta un coup d'oeil derrière elle et retint un frisson devant la vue de tous ces sorciers au même visage, un visage de cauchemar avec sa cicatrice luisante et son sourire fourbe. Alors, reportant son attention sur l'avant, elle remarqua les premiers passants qui s'arrêtaient pour les regarder, les premiers commerçants qui sortaient sur le pas de leur boutique. Levant les bras en l'air, elle brandit haut dans le ciel sa pancarte sur lequel s'affichait le visage triste d'Alicia. Ensemble, le cortège entama sa marche silencieuse.



Merci à Juliet
Nora WeaverAubergisteEn ligneavatar
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Nora avait hésité longtemps, depuis cette longue conversation qu'ils avaient eu avec Irving, quelques semaines plus tôt. Il lui avait dit avoir besoin de s'investir à nouveau dans la résistance et elle n'avait eu aucun mal à comprendre les raisons qui le poussaient à le faire. Pourtant elle avait hésité. Elle avait d'abord voulu le suivre, avant d'être assaillie par les doutes, et paralysée par la peur. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien faire pour la résistance ? Elle n'y connaissait rien, et elle n'avait aucun talent particulier, aucun atout. Jamais elle n'aurait réussi à mettre en place une action comme celle qui se déroulerait aujourd'hui. Ils n'avaient pas besoin d'elle. Elle se sentait impuissante et complètement insignifiante. Ça ne changerait rien, qu'elle se joigne à eux ou non. Elle ne pesait pas grand-chose dans le combat contre Marchebank. Et pourtant si tous ceux qui, comme elle, se pensaient insignifiant, rejoignaient les rangs de la résistance, cela pourrait tout changer. Leur nombre pouvait faire leur force.

Alors au dernier moment, alors qu'on cherchait encore quelques volontaires pour compléter les groupes, elle avait pris sa décision. Peut-être que sa présence ne changerait rien, mais au moins elle aurait essayé. Elle n'en pouvait plus de rester sans rien faire alors que d'autres perdaient la vie en défendant leur cause. Elle leur devait au moins ça, à Samantha, à Lauren, et à tous les autres.

Malgré la force de ses convictions, Nora sentit une boule d'angoisse se former dans sa gorge quand elle dut se séparer d'Irving, affecté dans un autre groupe que le sien.

"A tout à l'heure, souffla-t-elle en le serrant contre elle. Je t'aime."

Elle observa son petit-ami quitter le QG en compagnie de Jeremy, et s'efforça de calmer l'inquiétude qui palpitait au creux de son ventre. Ils se retrouveraient dans quelques heures. Et quand ils se retrouveraient, Bristol serait libre.

La jeune fille quitta le QG une vingtaine de minutes après les garçons, Looping sur ses talons. Elle n'était toujours pas convaincue que la présence de son chien soit une excellente idée, mais leur voisine -qui surveillait Finn et Sybille, ne voulait pas s'en occuper- et cela lui donnait une bonne excuse pour arpenter les docks de Bristol de si bon matin. Plusieurs personnes l'arrêtèrent d'ailleurs pour gratifier Looping d'une caresse, pour le plus grand bonheur de ce dernier. Même le Milicien qui avait contrôlé sa baguette à l'entrée de la ville avait eu un mot gentil pour le jeune chien, qui était décidément un atout charme indéniable.

Nora continua de se balader tranquillement sur les docks, sans rien laisser paraitre de son trouble intérieur. Et si elle croisait un milicien ? S'ils étaient arrêtés, qu'ils ne réussissaient pas à briser le dôme et que les manifestants se retrouvaient coincés ? Elle échangea un bref regard avec Zach, le référant de son groupe, lorsqu'il croisa sa route, et parvint même à lui adresser un maigre sourire, sans que cela ne suffise à la rassurer.

La jeune fille sentit son inquiétude se transformer en véritable panique alors que l'heure fatidique approchait. Et si elle n'y arrivait pas ? Les autres étaient briseurs de sorts, Aurors, ou étudiants dans de prestigieuses académies. Elle ne leur arrivait pas à la cheville ! Elle avait passé des heures entières, ces derniers jours, à s'entrainer, et elle se débrouillait généralement plutôt bien en magie. Mais si ça ne suffisait pas ? S'ils échouaient à cause d'elle ? Elle était sur le point de faire demi-tour et de rentrer au QG pour demander à ce que quelqu'un la remplace quand des éclairs rouges zébrèrent le ciel, à quelques dizaines de mètres de l'endroit où elle se trouvait. Le signal était donné. C'était trop tard.

Les mains moites, Nora referma ses doigts autours de sa baguette qu'elle pointa vers le ciel d'un bras tremblant avant de murmurer d'une voix hésitante : "Destructo Horribilis". Elle fut soulagée de voir un maigre éclair lumineux s'élever jusqu'au dôme contre lequel il s'écrasa faiblement. Confortée par ce premier essai, elle répéta la formule à nouveau et frappa le dôme avec un sortilège plus puissant que le premier. Elle pouvait voir, partout dans le ciel, les sorts de ses compagnons qui attaquaient le dôme à l'unisson, et cette vision lui arracha un sourire fier. Elle savait qu'au centre de la ville, des dizaines d'entre eux descendaient l'avenue des Douze Chênes pour faire entendre la voix de la résistance et, même si elle se trouvait seule, à l'extrémité d'un quai isolé, elle avait l'impression de faire partie de quelque chose de grand. De quelque chose de bien. Ils étaient tous unis pour la même cause. Ils ne pouvaient que réussir.  


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A la question d’Ann, Nejmedine hocha la tête. Il était prêt. Prêt à faire entendre la voix des silencieux. Il rangea son masque momentanément et prit  la direction de l’Avenue en compagnie de son amie.  Les deux camarades rejoignirent un petit groupe de manifestants situé dans une contre-allée et revêtirent leurs visages factices.  Si Nejmedine n’avait pas su exactement comment était vêtue son amie, il l’aurait surement confondue avec quelqu’un d’autre tant ils se ressemblaient tous,  cachés ainsi sous l’expression figée et démoniaque de Leopold Marchebank.

Le Kinémage hésita quelques instants à souhaiter bonne chance à Ann mais il préféra lui souffler un simple « On se retrouve après. » d’un air entendu. Il espérait réellement honorer ce rendez-vous.

Même s’il s’agissait d’une manifestation pacifiste, personne ne pouvait présager quelle serait la réaction des Miliciens face à leur marche silencieuse. Nejmedine avait envie de croire qu’ils seraient contraints de les laisser défiler librement mais  il savait aussi que ce même gouvernement n’avait pas hésité à tuer dans l’œuf toutes contestations par le passé…

Quoi qu’il en fut, il ne pouvait plus faire machine arrière maintenant.

 Nejmedine brandit sa pancarte à l’effigie de Stephie au dessus de lui et se fraya un chemin entre deux chênes pour rejoindre l’avenue. Il bifurqua sur la gauche et descendit lentement en direction du port, le regard fixé sur la fontaine qu’il devinait au bout de la rue. A la périphérie de son regard, il pouvait voir plusieurs commerçants sur le pas de leur porte. Certains baissaient leurs rideaux et Nejmedine se demanda brièvement s’ils faisaient ce geste en signe de soutien ou en crainte d’échauffourées à venir .

Une mère traversa l’Avenue en courant, son enfant dans les bras, pour se refugier dans une boutique tandis que d’autres badauds, moins craintifs et plus nombreux, restaient sur le bord de la route à leur passage.  Certains avaient même sortis leur Pear One pour filmer le convoi.

C’est alors qu’il le vit. Le premier éclair rouge. Le signal. Il zébra le ciel avant de percuter le dôme qui fut en l’espace de quelques secondes partiellement perceptible du côté ouest. Une exclamation de surprise  parcourue la foule puis des murmures et quelques cris. Le halo rosé éclaira une partie de la courbe de la coupole avant de disparaitre, rendant au ciel sa couleur azur. Les manifestants  avaient pour consigne de rester calme pour éviter la panique. Le Bloody Sunday était encore dans toutes les mémoires et  ce point avait été abordé lors du brefing du matin : Eviter les mouvements de foule. Ne pas changer d’allure. Rester maître de soi. Les deux bras en l’air au dessus de lui pour tenir son affiche,  Nejmedine sentit toutefois son cœur s’emballer lorsque des dizaines de sortilèges jaillirent au dessus du toit des maisons, à l’est, au nord, au sud… partout. Le dôme s’embrasa d’une lumière vive, incandescente, qui fit presque froncer les yeux au kinémage. Un feu d’artifice en pleine journée, songea –t-il en reportant son attention sur un gamin au bord du chemin, l’air émerveillé, le visage éclairé par la réverbération des sorts sur la coupole.

Pourtant, il n’y avait pas plus triste spectacle au monde, constata le jeune homme en découvrant l’étendue du couvercle sous lequel ils étaient parqués. Une chape magique, soit disant infranchissable…

Du moins, jusqu’à aujourd’hui.
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Un petit regard pour les membres de son groupe rassura Lilly, qui leur adressa un sourire encourageant. Les sorciers étaient rassemblés depuis quelques minutes dans un silence tendu, presque palpable, uniquement perturbé par le bruit effréné des battements de son cœur qui parvenait aux oreilles de la jeune femme. Un regard vers sa montre l'informa que la manifestation avait commencé depuis plusieurs longues et interminables minutes. Cette attente lui parut plus longue que prévue et son estomac se tordit violemment alors qu'elle guettait avec inquiétude le signal lumineux. Un immense partie de ce plan était un véritable pari sur les réactions de la milice lorsqu'ils verraient l'imposante manifestation se dérouler sous leurs yeux, dans l'avenue la plus fréquentée de Bristol. Si ses calculs étaient mauvais, alors tout tomberait à l'eau.

Heureusement pour elle, l'éclair rouge finit par zébrer le ciel bleu et la jeune femme leva sa baguette en réponse.

"Allez, on y va." souffla-t-elle aux autres en croisant le regard de Wolfgang, pourtant peu reconnaissable sous son identité d'emprunt. "Destructo Horribilis." murmura-t-elle.

Sa baguette fut parcourue d'une vibration qui lui chatouilla la paume de main, un sortilège fusa vers le ciel et se heurta au dôme qui s'illumina brièvement. Elle recommença une nouvelle fois, puis une autre et encore une autre, répétant inlassablement la formule à voix basse, le bras figé vers le ciel et le regard rivé sur le dôme qui les enfermait et les maintenait prisonniers.

Plus pour bien longtemps.


Pourtant souvent prompte à l'humour, le visage de Zacharias ne laissait pas apparaître le moindre sentiment alors qu'il fixait le ciel, adossé à un vieux bâtiment au sud de Bristol. Il avait sorti sa baguette magique, prêt à l'utiliser s'il apercevait le pan d'une cape mauve se diriger vers lui. Normalement, ce ne serait pas le cas, songea-t-il en consultant sa montre, qui lui indiqua que tous les miliciens devaient être à présent réunis autour de la manifestation principale qui se déroulait dans l'Avenue des Douze Chênes. Dans quelques instants, ce serait leur tour.

Zach observa Hayden McNeil, tout aussi silencieux que lui. Il observait les alentours, et le jeune homme ne put s'empêcher de se demander s'il pensait à sa défunte sœur, résistante émérite qui avait péri quelques mois plus tôt. Il lui adressa un petit signe de tête avant d'observer Nora Weaver, dont l'expression relevait de l'angoisse pure. Il allait s'adresser à elle, lorsqu'un éclair rouge lui fit relever la tête.

Son sang ne fit qu'un seul tour et, sans même réfléchir, il leva le bras pour lancer le sort qu'ils avaient si bien travaillé tous ensemble, veillant jusqu'à tard dans le manoir du LEXIT. A côté de lui, Hayden faisait de même, les yeux plissés par la concentration.

"Parfait, tu te débrouilles bien !" lança Zach à Nora, avant de lancer le sortilège une nouvelle fois.

Les éclairs magiques illuminaient le dôme, le rendant presque incandescent. Zacharias redoubla d'efforts, bien conscient que, si les miliciens parvenaient à se précipiter vers eux avant que le sort de confinement ne soit brisé, alors ils seraient tous bons pour un aller simple à Skye.

Fort de cette inquiétude, un nouveau sortilège, plus puissant, fusa vers le ciel.


La foule masquée s'était rassemblée derrière Anya et descendait à présent l'Avenue des Douze Chênes silencieusement. Juliet, sous sous masque, avait l'impression d'étouffer tant le caoutchouc adhérait bien à sa peau. Marcher dans les rues de Bristol lui procurait une sensation qu'elle peinait à identifier - mais jamais sa cicatrice ne lui avait paru plus douloureuse qu'aujourd'hui. Le regard fixé au loin, la jeune femme brandit au dessus de tête le visage d'Aaron. "Ile maudite" avait-elle noté comme tout commentaire. Pudiquement, la jeune femme avait décidé de taire sa propre histoire, préférant la garder cachée des regards indiscrets. Le visage de son ancien colocataire et meilleur ami de Jeremy lui avait paru plus adapté pour une telle manifestation.

Un regard vers sa gauche lui apprit que plusieurs habitants observaient la manifestation avec curiosité, pointant du doigt leurs affiches et chuchotant entre eux. Sur le visage de certains, une peur sans nom se lisait, remplacée ensuite par de l’incrédibilité lorsqu'ils s'apercevaient que ceux qu'ils nommaient les "terroristes" se contentaient uniquement de marcher dans le plus grand calme. Juliet capta également plusieurs Pear braqués sur eux. Elle retint un sourire en songeant que le plan imaginé par le LEXIT fonctionnait parfaitement.


Avalon Davies, milicienne.

Avalon était penchée sur un parchemin codé qu'elle s'efforçait de décrypter depuis plus d'une demi-heure. Elle claqua la langue contre son palais, agacée, et griffonna rageusement sa feuille avec le bout de sa plume qui avait séché. Repoussant les papiers, elle eut un profond soupir et ferma les yeux quelques secondes. Devant ses yeux clos, des symboles inconnus de tout livre dansaient et virevoltaient, semblant la narguer. La jeune femme grommela et se leva brusquement pour effectuer quelques pas dans l'openspace, pratiquement vide à cette heure là. La plupart des miliciens étaient en pleine patrouille ; certains étaient en mission d'infiltration. Dans les bureaux, il ne restait qu'elle, Danielle, et quelques uns de ses collègues, occupés à remplir des dossiers - ou, comme elle pouvait le voir d'ici, à somnoler au-dessus desdits dossiers.

"Un peu de motivation !" lança-t-elle à la cantonade en passant derrière eux. Un brusque sursaut lui arracha un éclat de rire, alors qu'elle repartait vers son propre bureau d'un pas de danseuse. Elle évita de justesse le projectile qu'Anna lui lançait et se pencha pour ramasser le pot à plumes. "Vous osez attaquer votre supérieure ?" demanda-t-elle en se redressant pour toiser sa collègue, qui lui décrocha un regard de défi.
"Qu'est-ce que tu vas faire, mini lieutenante ?" rétorqua Anna en croisant les bras sur sa poitrine, peu impressionnée par ce numéro de force.
"Attends toi au pire..." prévint-elle en agitant son index de gauche à droite. "Je vais peut-être aller prévenir Danielle que tu attentes à ma vie !"
"Considère-moi comme prévenue." lança alors Danielle, amusée, qui, adossée à la porte de son bureau, suivait la conversation depuis un long moment.
Avalon lui adressa un regard ravi, alors qu'Anna soupirait avec exagération. "Pitié tout sauf les archives comme Weaver !" implora-t-elle, ce qui eut dont de déclencher les rires parmi ses collègues.

Danielle Coleman leva les yeux au ciel, un sourire amusé étiré sur ses lèvres. "Tu sais, on a aussi besoin de monde à l'administratif..." lança-t-elle avant de retourner s'asseoir à son bureau, ignorant le gémissement de désespoir de la milicienne, qui baissa la tête vers son dossier.

Bien plus joyeuse que lorsqu'elle avait quitté son fichu document crypté, Avalon saisit sa plume entre ses doigts et s'apprêta à se remettre au travail. Un patronus qu'elle identifia comme étant celui d'Anthony sa matérialisa alors devant elle et elle releva la tête, tous ses sens désormais en alerte.
"Manifestation du LEXIT Avenue des Douze Chênes, Bristol. On est largement en infériorité numérique. Sont masqués. Envoie du renfort." débita la voix de son collègue.

Il n'en fallu pas plus à Avalon pour quitter son bureau et s'emparer de sa baguette magique. Un regard vers le bureau de Danielle lui indiqua que cette dernière avait parfaitement entendu le contenu du patronus qu'elle venait de recevoir. La lieutenante l'interrogea du regard.
"On se retrouve à Bristol." lui ordonna-t-elle alors qu'elle revêtait sa cape mauve sur ses épaules. Avalon imita son geste et se précipita vers la sortie du ministère afin de rejoindre l'atrium où elle pourrait enfin transplaner.

Quelques secondes plus tard, après avoir passé les Check Point de Bristol, elle se retrouva face à une foule silencieuse, masquée, qui avançait lentement mais sûrement sous les regards médusés des citoyens.
"Les enfoirés." chuchota Danielle sur un ton furieux en avisant leurs masques à l'effigie du ministre.
"Qu'est-ce qu'on fait ?" demanda Avalon en faisant des petits cercles avec le bout de sa baguette magique, qui envoyait des étincelles vertes autour d'elle.
"Ils violent la loi sur le rassemblement." nota Danielle après avoir parcouru des yeux un parchemin. "Le ministère n'a jamais approuvé une manifestation de cette ampleur." elle renifla avec dédain. "Allons donc arrêter ces abrutis."

Avalon approuva ces sages paroles d'un hochement de tête enthousiaste. Cela la mettait hors d'elle qu'on puisse venir les narguer comme ça, dans leur ville. Que croyaient-ils ? Qu'ils étaient plus malins qu'eux ? Qu'il suffisait d'une manifestation pour faire perdre toute crédibilité au ministère ? La jeune femme leva les yeux au ciel. Jamais.

"NOUS INVITONS TOUS LES PASSANTS ET LES COMMERÇANTS A RENTRER CHEZ EUX IMMÉDIATEMENT DANS LE CALME." déclara Danielle de sa froide, amplifiée par un Sonorus. "CETTE MANIFESTATION NE PRÉSENTE AUCUN DOCUMENT OFFICIEL ET VALIDÉ PAR LE MINISTÈRE ET EST, PAR CONSÉQUENT, PARFAITEMENT ILLÉGALE ET DANGEREUSE."

Elle échangea un regard entendu avec Anthony et ils dirigèrent ensemble vers la foule. Elle saisit un jeune homme masqué par le bras. Il se dégagea de son emprise d'un simple mouvement d'épaule pour reprendre sa route, pas perturbé le moins du monde par cette interpellation. Anthony, de son côté, interpellait une femme qui ne prit pas la peine de s'arrêter. Les sourcils froncés par le mécontentement, il lui attrapa un peu violemment l'épaule pour la forcer à se retourner vers lui. Plusieurs de leurs collègues avaient, de façon similaire, commencé à interpeller les manifestants.

Avalon se retourna vers Danielle, qui discutait à voix basse avec Nasreen Johar. Elle allait les interpeller, lorsqu'un éclair lumineux frappa le ciel et illumina le dôme sous lequel ils se trouvaient. La cheffe de la milice jura clairement, et leva sa baguette pour renforcer les protections mises en place autour de Bristol. Avalon voulut l'imiter, mais bien vite, le premier sort fut suivi par des dizaines d'autres, venant de tous les endroits de la ville magique ; tant qu'elle fut bien obligée de se rendre compte qu'ils ne pourraient pas renforcer les protections indéfiniment. Danielle dut arriver à la même conclusion, car elle baissa sa baguette et observa ses équipes. En quelques secondes, ils furent scindés en deux groupes.

"Essayez de les ramener vivants. Mais s'ils vous attaquent... Tirez les premiers." lança Danielle au groupe qui partait à l'arrière de Bristol. Ces derniers hochèrent la tête, concentrés, avant de s'éloigner. Malheureusement, la manifestation, trop dense, les empêchait de passer.

Avalon resta sur place et secoua la tête à la vue du triste spectacle qui s'offrait à elle. Elle entra alors dans la foule et alpagua la première personne qu'elle vit :

"Vous là !" Elle le pointa avec sa baguette. "Venez avec moi !"

HRP:
 
Wolfgang KnightPotionniste à Skyeavatar
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L'intérêt de cette réunion me laissait encore dubitatif. Je prenais un risque inutile à venir pour écouter des paroles que j'avais déjà entendu. Comme si je ne savais pas que tout dépendait de notre groupe, comme si on n'avait pas pu former les équipes à la réunion précédente. La seule chose positive c'était que j'étais dans le groupe de Lilly, elle savait qui j'étais, ce serait plus facile d'agir si les choses se passaient mal. Mais le mieux serait que tout se passe bien pour que cette tension qui commençait à monter en moi se révèle nulle et non avenue. Je poussais un léger soupir blasé en replaçant discrètement le masque magique qui recouvrait mon visage. Je n'avais pas utilisé de polynectar cette fois-ci, la potion aurait un effet trop long pour l'usage que je voulais en avoir. Sortir de Bristol pour entrer à nouveau dedans à peine une ou deux heures après. La meilleure option avait été le masque magique ce qui rendait la situation encore plus inconfortable pour moi. Je n'aimais pas cette sensation de pouvoir me faire démasquer à chaque instant, j'avais réellement hâte de rentrer chez moi pour me préparer convenablement à ce qui allait suivre.

Je m'éclipsais rapidement lorsque la fin de la réunion fut annoncée et je regagnais le checkpoint d'entré de Bristol après avoir préalablement fait disparaître mon masque. Une raison de plus de ne pas aimer ce mode de dissimulation, il fallait éliminer les preuves après utilisation. Mon passage se fit sans anicroche et je rejoignis mon appartement pour m'y reposer quelques heures. Les manifestations ne commenceraient pas tout de suite et j'avais encore du temps devant moi. Je laissais quelques heures s'égrener avant de me rendre au hangar. Ce serait plus facile de partir des docks pour rejoindre Lilly et les autres. Je vérifiais mes potions en cours et que tout allait bien avant de prendre le polynectar qui permettrait de dissimuler mon identité aujourd'hui.

J'inspirais profondément tout en serrant ma baguette dans ma poche. Je ne savais pas comment allait se dérouler les prochaines heures et je n'aimais pas particulièrement cette idée. J'aimais avoir le contrôle et pour une fois, je ne contrôlais pas tous les paramètres. Je devais me fier à des personnes que je connaissais à peine pour veiller à ma sécurité et cela me mettait mal à l'aise. Je n'avais confiance qu'en moi-même généralement, les autres se révélaient toujours décevant à un moment ou un autre. J'avais appris très vite à ne compter que sur moi et pour la première fois depuis très longtemps, je laissais des inconnus être garant de la réussite de mes projets.

Mais ce n'était pas exactement comme si j'avais le choix. Je pouvais toujours me porter pâle au dernier moment mais je n'étais pas sûr que Lilly apprécierait. Et étrangement, ce qu'elle pouvait penser de moi ne me laissait pas indifférent. Inconsciemment, je voulais qu'elle approuve mes choix. Pour la première fois, je quémandais l'approbation d'une tierce personne, cela ne me ressemblait pas. Sous quel prétexte ? Parce qu'elle était ce qui se rapprochait le plus d'une amie ? Parce qu'elle était la seule à savoir ce que les autres ignoraient ? Et alors ? Qu'est-ce que ça pouvait bien changer ? Je n'avais pas besoin de demander la permission de qui que ce soit pour faire ce que je voulais aux dernières nouvelles.

Malgré tout, j'étais là, ma baguette enfoncée dans ma poche et mon cœur tambourinant dans ma poitrine alors que je prenais la décision d'avancer vers la sortie et de rejoindre mon destin. Je ne laissais rien paraître sur mon visage d'emprunt alors que je rejoignais le point de rendez-vous. J'esquissais même un demi sourire en direction de Lilly alors que nous attendions le signal de début. Je maintint son regard alors qu'elle levait sa baguette en l'air et lançait le sort de rupture. J'inspirais légèrement avant de lever mon bras à mon tour, sortant ma baguette de ma poche pour viser le ciel et le dôme qui nous confinait à l'intérieur.

"Destructo Horribilis."

Ma voix s'était mêlée à celle des autres et mon sort alla s'écraser contre la barrière invisible. Les raies de lumières jaillissaient de partout à la fois pour tenter de rompre le précurseur de notre confinement et le début de la fin de nos libertés. A peine quelques minutes après le début de notre attaque, les miliciens commençaient déjà à arriver. J'entendis des cris et des ordres aboyés. Je ne m'en occupais pas, les manifestants étaient là pour les occuper normalement. Toutefois, mon visage se crispa légèrement alors que je lançais le sort une nouvelle fois, priant pour qu'il se rompe rapidement et qu'on puisse fuir de cette connerie qui s'annonçait.



Some things in our lives are inevitable
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Sam Allport ~ 22 ans ~ Blogueur en herbe


Appuyé sur le rebord de sa fenêtre, le front collé sur la surface de la vitre, Sam observait avec un intérêt non feint le cortège qui défilait depuis plusieurs minutes. Sa chambre donnant sur l’Avenue des Douze Chênes, il était au première loge pour assister à la scène ! Et quel spectacle ! Tous ces manifestants affublés d’un masque à l’effigie de Leopold Marchebank qui marchaient d’un même mouvement ne pouvaient qu’être ces terroristes dont les journaux parlaient et dont ses parents avaient si peur… Il devait immortaliser la scène, se décida le jeune homme en sortant son tout nouveau Pear Two de la poche de son jean. L’information allait enflammer ses comptes Instamag et Twitcher ! L’adolescent ne voulait pas se vanter mais il avait un certain nombre d’abonnés sur ses différents réseaux sociaux et, à coup sur, tout le monde lui poserait des questions et partagerait son cliché… Il voyait déjà un hashtag en rapport avec l’événement se répandre comme une traînée de poudre au travers des réseaux magiques ! Cette manifestation des redoutés terroristes ne pouvait faire que fureur, songea Sam en prenant en photo le point de vue de sa chambre, tout excité à l’idée d’être le relayeur d’une information si importante. Les yeux brillants, il partagea son cliché sur tous ses comptes ; il se voyait déjà comme une Mildred Magpie qui avait diffusé en direct le procès de Lauren McGowan. La romancière avait frappé fort en filmant les plaidoiries des avocats… Mais lui, il allait filmer et partager cette manifestation ; son nombre d’abonnés ne pouvait que doubler !

Cédant à la tentation, Sam Allport enclencha la fonction « live » de son compte Twitcher et commença à filmer la marche des terroristes, non sans avoir ouvert sa fenêtre pour s’appuyer sur le rebord et ainsi offrir un meilleur angle de vue à ses abonnés. Il constata avec un sourire satisfait que le nombre de spectateurs ne tarda pas à grossir, certains lui envoyaient même des messages en direct !

« Saluuut les gens ! J’arrive pas y croire ! Vous voyez ce que je vois ? Y’a au moins des centaines de terroristes qui sont en train de manifester sur l’Avenue des Douze Chênes !! C’est des oufs ! Ils ont des masques de Marchebank et tout ! » commenta le blogueur dans l’âme en zoomant sur le visage d’un manifestant.

De nombreux commentaires en direct défilaient sous ses yeux, si bien que Sam avait du mal à tous les lire en gardant un œil sur la manifestation en contrebas… Puis, sans crier gare – ou aéroport… jeu de mot de qualité – des miliciens débarquèrent de nul part, leur cape volant derrière eux. Sam zooma sur l’un d’entre eux avant de pousser une exclamation et de filmer Danielle Coleman.

« La patronne de la milice est là les gars ! Ça sent le roussi ! »

Le jeune homme était sûr que la situation allait dégénérer en arrestations de masse, voire combat de rue… Avait-il seulement assez de batterie pour tout filmer ? « Tu peux pas descendre dans la rue ? », suggéra un commentaire. « Va filmer les miliciens de plus près ! », proposait une abonnée…
Pourquoi pas ? S’il y avait des arrestations, autant être aux premiers rangs !

« Ça vous dit que je descende ? » proposa l’adolescent à ses spectateurs.

A la vue des réactions de ses abonnés, Sam ne se fit pas prier et quitta son perchoir sans attendre. Il était prêt à sortir sur l’Avenue, toujours en live, lorsque ses parents l’interpellèrent depuis le salon.

« - Sam ? Où vas-tu ? s’enquit la voix inquiète de sa mère.
- Dehors, répondit le jeune homme en enfilant des baskets à la hâte, une main tenant son Pear.
- Mais la milice vient de dire que l’on doit rester à l’abri ! »

Sam s’arrêta quelques secondes dans son mouvement, baissa les yeux sur l’écran de son Pear où le nombre de spectateurs ne cessait de grimper, puis actionna la poignée de la porte pour sortir.

« Mais faut que je filme ça ! C’est un truc de fou ! » lança-t-il d’une voix forte à ses parents en sortant sur l’Avenue.

Un reporter devait prendre des risques ! Son devoir était de satisfaire ses abonnés ! Sam s’avançait un peu plus sur l’Avenue, son Pear braqué sur le cortège de manifestants qui ne cessait de défiler, quand un éclair lumineux traversa le ciel et vint heurter le dôme avec un grand fracas. Le jeune homme poussa une exclamation de surprise et tourna son Pear Two en direction du ciel où le dôme était devenu visible quelques secondes.

« Vous avez vu ça ? »

Il n’eut pas le temps de commenter en détail ce qu’il venait de se passer que d’autres sorts suivirent le premier et fusèrent avec force en direction du dôme contre lequel ils s’écrasèrent avec un grand fracas. Les couleurs et les bruits produits s’apparentaient à un véritable feu d’artifice ! Sam tenait son Pear levé vers le ciel pour filmer le spectacle, les genoux légèrement pliés comme s’il avait peur que la foudre – ou le dôme – lui tombe sur la tête. En cherchant un éventuel abri du regard, il repéra Danielle Coleman non loin de lui, occupée à donner des ordres à ses coéquipiers…
C’était la chance de sa vie ! Il allait suivre la cheffe de la milice dans ses arrestations musclées et diffuser le tout sur les réseaux sociaux magiques ! Se jetant presque sur la milicienne, Sam l’interpella, son Pear braqué sur le visage à la fois gracieux et froid de la femme la plus redoutée d’Angleterre. Elle ne lui faisait pas peur, il avait l’impression d’être protégé s’il ne la regardait qu’au travers de son écran… Et puis YOLO !

« Miss Coleman ! Miss Coleman ! C’est un truc de ouf ce qu’il se passe ? Il se passe quoi d’ailleurs ? Je peux vous poser quelques questions ? Mes abonnés ont sans doute plein de questions à vous poser ! » dit-il un peu trop rapidement en scrutant la réaction des spectateurs de son live.
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Jack Faraday, 44 ans, milicien


Les rondes à Bristol avaient toujours été ses préférées. C'était dans la ville-cloche que l'on était le plus susceptible de voir un peu d'action, entre les docks où traînaient toutes sortes de voyous, la chasse à la Voie des Miracles ou, plus rare mais d'autant plus amusant, les échauffourées avec des membres de la résistance. Bristol était devenu un véritable terrain de jeu pour l'homme d'action qu'il était, un vrai huis-clos dans lequel n'importe quoi était susceptible de se passer à n'importe quel moment. Bristol s'était transformé en plateau d'échec, dans une partie que le régime était en train de gagner. Tous le sentaient, l'atmosphère dans la ville avait changé : les apparitions de la résistance se faisaient moins fréquentes, plus désespérées. Les tags du Kraken s'effaçaient doucement sous l'effet de la pluie et du temps qui passe. Les hommes en mauve, en revanche, continuaient leur tâche et gagnaient du terrain, inexorablement.

Alors Jack était plutôt satisfait tandis qu'il avançait dans les ruelles de la ville pour relever sa collègue, ce matin-là. Il déambulait de sa démarche fière, épaules redressées et menton fier, souriant intérieurement chaque fois que les yeux d'un habitant se posait sur lui. Il pouvait discerner la déférence au fond de leurs regards impressionnés et craintifs. Jack était l'un des premiers Aurors à avoir rejoint la milice lors de sa création, et il ne l'avait jamais regretté : il aimait le regard que l'on posait sur lui lorsqu'il revêtait l'uniforme à l'acromentule. Cela inspirait le respect et l'ordre, autant de choses qu'appréciait le milicien.

Jack sifflotait entre ses dents, heureux à la pensée de la soirée qu'il passerait aux Folies Sorcières après sa journée de travail, lorsqu'il aperçut la gerbe rouge et or. Aussitôt en alerte, il fit volte-face et tira sa baguette magique étincelante de son étui. Levant la tête, il aperçut les premiers sorts qui venaient se heurter au dôme magique, de plus en plus nombreux, de plus en plus puissants. Ils venaient de toute part, constata-t-il en tournant à 360°, en une tentative pour en identifier la source, impossible de savoir vers quel côté se diriger.

Bien, il n'y avait pas de temps à perdre. Se concentrant sur un souvenir heureux, il agita sa baguette pour en faire surgir son patronus.

"Attaque sur le dôme de Bristol, source sud de la ville, envoyez renfort nombreux."

Jack ne prit pas le temps d'observer l'étalon argenté qui galopait loin de lui, et courut en sens inverse, sa longue cape voltigeant derrière lui. Tel un héros prêt à sauver la ville et ses habitants, il allait au devant du danger sans attendre le renfort de Londres, dans la direction approximative de cette gerbe rouge et or qu'il avait aperçue. Elle lui avait semblé proche de lui et, guidé par les sorts jetés sur le dôme sans relâche, il ne lui fallut pas plus de deux minutes pour identifier un jeune résistant au loin, à l'angle d'une ruelle. Baguette levée vers le ciel, il ne lui prêtait guère attention, aussi Jack entreprit-il de se rapprocher rapidement. Alors qu'il se trouvait à distance de tir, le milicien s'immobilisa et leva sa baguette, mais le résistant avait dû percevoir sa présence. Il tourna vers lui un visage surpris, repoussa la mèche blonde qui tombait devant ses yeux et leva sa baguette au moment où Jack s'écriait :

"STUPEFIX !"

"PROTEGO !", et le sort du milicien s'écrasa de justesse sur un bouclier invisible, "IMPEDIMENTA !"

Jack évita le sort d'un bond souple et contre-attaqua. Bientôt, les sortilèges s'enchaînèrent entre les deux duellistes, le résistant s'avérant être un adversaire correct, puissant et rapide dans ses attaques, bien qu'un peu prévisible. Grignotant petit à petit du terrain, Jack serra les dents et songea qu'il avait au moins la satisfaction de voir une personne de moins s'en prendre au dôme. Entre deux sorts, il parvint à jeter un oeil au ciel et constata que celui-ci semblait être en train de s'effriter par endroits. Bristol était assiégée, par une attaque surprise qui prenait la milice au dépourvu, menaçant tous les progrès réalisés au cours des derniers mois. Sa mâchoire se contracta, et il lança plusieurs sortilèges coup sur coup, de petits gestes secs du poignet. Jack dardait un regard concentré sur son adversaire, commençant à ne plus trouver la situation amusante du tout.

Il était temps de montrer de quoi il était capable.

Spoiler:
 
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Afghan North, 36 ans, Millicien

Bristol et ses docks, Bristol et son agitation, Bristol et son passé trouble, ses guerres de gangs, son sang dégoulinant entre les dalles de pierres de l'allée des douze chênes, Bristol et sa pègre omniprésente.

Afghan inspira brutalement le dernier rail, toussa un peu, et se frotta le nez en clignant plusieurs fois des yeux. Il expira un râle. " Putaiiin de merde. " D'un doigt précautionneux, il récolta les résidus de drogue qu'il s'appliqua sur la gencive avant de glisser son matériel dans la poche intérieur de sa robe de millicien. Il émergea des toilettes. La sensation d'euphorie le gagnait doucement alors que la drogue s'insinuait dans ses veines brûlantes, battait contre ses tempes. Du robinet, il fit couler de l'eau glacée sur ses mains tremblantes, et les appliqua sur son visage douloureux. La sensation insupportable de ses orbites creuses, de ses yeux prêt à en jaillir, s'apaisa progressivement au contact de l'eau, et il sut que sa " dose magique " faisait effet.

Aucune traitement ne fonctionnait plus efficacement, à sa connaissance. Il n'en décrochait plus depuis qu'il y avait touché, en désespoir de cause, six mois plutôt. Elle calmait sa douleur, rendait ses relations avec son entourage plus souple, et surtout, lui donnait le sentiment d'être capable d'accomplir n'importe quoi. Pour quelqu'un comme Afghan, qui avait dû se battre pour à peu près tout ce qu'il possédait, il s'agissait d'un ressentit nouveau et réellement bienvenu. Et même si la promotion fortuite d'Avalon lui avait mis dans le creux de l'estomac une rancœur dont il avait du mal à se débarrasser, la situation lui semblait toujours moins injuste une fois sa dose prise.

- Hé, Abe, encore un verre ? " Afghan secoua la main à l'intention du barman.
- File moi un verre d'eau, lâcha-t-il en se glissant sur le tabouret, face au zinc. Je bois pas pendant le service.

Le barman considéra le verre de ragnarov achevé qui reflétait fièrement les rayons du soleil devant Afghan, témoins de son professionnalisme, le pris sans discuter et le remplaça par un verre d'eau fraîche. " Y a pas de travail pour la millice, aujourd'hui ? " Afghan haussa les épaules. Il avait interrompu sa ronde, une petit quart d'heure, à cause du besoins urgent de se réchauffer la poitrine et de prendre son rail. Il avait une conscience diffuse d'être de moins en moins indépendant vis à vis de ce genre d'urgences, mais repoussait systématiquement la culpabilité avec une fermeté qui aurait probablement pu lui servir à s'en défaire. Il savait que cela ne pourrait durer éternellement. Mais Afghan North n'avait plus la volonté d'être sobre.

Au moment où il allait répondre, un vaste étalon blanc jaillit dans le bar, dispersant ses volutes aux quatre vents. Le patronus avait la voix de Jack Faraday, cet insupportable super héros autoproclamé, mais l'urgence du message eu le don de faire lever Afghan plutôt vite. " Hé ben. Tu vois, mauvaise langue. " Lâche-t-il en haussant les épaules. " T'as qu'à rajouter ça sur mon ardoise, y a comme une urgence. Et dis à tes clients de rester ici, personne dans la rue tant que vous avez pas reçu un message officiel vous indiquant le contraire." Il n'attendit pas la réponse pour descendre dans la rue. Un éclair brillant lui fit lever la tête. Au-dessus de lui, le dôme de Bristol tremblait, assaillit par un jaillissement de sortilèges. Afghan jura, accéléra le pas, se mit à trottiner, puis finalement à courir de toutes ses forces en direction des sortilèges, imaginant que le plus gros de la milice devait se trouver là-bas, ignorant à peu près le regroupement qui s'était créé sur l'Avenue. Il savait par avance que Danielle allait le tuer, il pressentait qu'il n'était pas là où il aurait dû être. Au coin de la rue, il freina des quatre fers, baguette à la main, qu'il leva instinctivement vers un homme qui semblait vaguement monter la garde. " VOUS ! " Afghan avait conscience des battements de son cœur, de la sueur qui lui coulait le long de la tempe, et des tremblements de sa main. Il regrettait d'avoir bu, l'esprit embrumé. Mais merde, qui pouvait prévoir un truc pareil un jour aussi anodin ?

Il serra les lèvres. Il aurait dû se préparer à tout, parce que c'était son job, et qu'on ne devenait pas Millicien en estimant que la vie se déroulait sans attentats, sans renversements, sans guerres et sans éclats. Il se souvint vaguement qu'à une époque pas si lointaine, il était encore un bon flic. Une baguette d'élite. Quelqu'un qui faisait la différence.

Il y eu un choc, puis une série de cris, comme une bataille. Lentement, Afghan s'avança vers l'homme. " Lâche ta baguette. Lâche. Ta. Baguette. " Il tentait d'apercevoir ce qui se passait de l'autre côté de la rue, là où il avait entendu des échanges de sortilèges se faire. Son plan puait la misère 
hrp:
 
Eliott WarlockAmbulancier magiqueavatar
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Les joues creusées, des cernes violacés sous les yeux et le visage mangé par une barbe de plusieurs jours, Eliott avait écouté les dernières instructions de Lilly en silence, depuis un coin de la pièce. C'était la première réunion du LEXIT à laquelle il assistait depuis des semaines. Depuis la mort de Samantha. Et l'exécution de Lauren. Initialement, il n'avait même pas prévu de s'y rendre. Il savait qu'il était dans le viseur du gouvernement et qu'il avait intérêt à faire profil bas. Il ne pouvait pas se permettre le moindre faux-pas. Mais il n’avait pas pu se résoudre à rester sans rien faire. Il avait hésité pendant des jours, rongé par la culpabilité. Il devait participer, il le devait à Samantha. Il n'avait pas su être là pour elle, ce jour-là, et il s'en voudrait chaque jour pour le restant de sa vie, mais il serait là aujourd'hui. Pour lui rendre justice.

Il avait transplané seul pour Bristol, avait été parmi les premiers à récupérer sa pancarte dans le conteneur, le cœur serré, puis s'était éloigné en direction des artères commerçantes, les mains enfoncées dans ses poches, la tête baissée. Il s’était finalement échoué sur un banc de l’avenue des douze chênes, une tasse de café à emporter entre les mains. Il avala en grimaçant une gorgée du liquide tiède, et observa les passants aller et venir sur l’avenue.

C’était toujours aussi difficile, de constater que le monde ne s’était pas arrêté de tourner, que chacun poursuivait sa route comme si tout allait bien. La mort de Samantha, le procès de Lauren, n’avaient été que des incidents vite oubliés. Dans quelques mois plus personne n’en parlerait, on s’en souviendrait à peine. Le quotidien reprendrait ses droits. Et pourtant lui-même était incapable d’avancer, de reprendre sa vie d’avant. Il savait qu’il devait s’en sortir, pour Charlotte, et pour Bianca, qui comptaient sur lui, mais il n’arrivait pas à se ressaisir.  Il était incapable de passer plus d'une heure sans repenser à ce jour-là, et à tout ce qu'il aurait pu faire autrement. Tout ce qu'il aurait pu faire pour sauver la vie de Samantha. Il ne dormait plus la nuit, n’était que l’ombre de lui-même le reste du temps, et revivait sans cesse ce jour funeste. Elle était morte à cause de lui, de son plan foireux et d'une série de malchances. C'était un fait, indéniable. Et il n'arrivait pas à vivre avec ça, il n’y arriverait jamais.

Il consulta rapidement l’heure sur son téléphone moldu, qui annonçait presque onze heures, et se releva péniblement pour commencer à remonter la longue avenue. Dans quelques minutes, il ferait le trajet en sens inverse, accompagné de dizaines d’autres résistants, pour dénoncer les mensonges du gouvernement, et enfin faire entendre leur voix.  Eliott sentit son cœur se serrer et se gorge se nouer alors qu’il approchait du groupe de manifestants. Les résistants étaient occupés à enfiler leurs masques et ne tardèrent pas à brandir leurs pancartes. Le visage de Samantha. Partout. Qui le regardait en souriant. Comme s’il n’était pas responsable de sa mort. Écrasé par le poids de sa culpabilité, il détourna les yeux, s’efforçant de calmer sa respiration devenue difficile.

Il aperçut finalement James dans la foule et s’avança en direction de son ancien collègue qu’il salua d’un vague hochement de tête. Sur la pancarte du jeune homme, encore une fois, il dut affronter le sourire de Samantha, ainsi que les derniers mots de Lauren. Le cœur d'Eliot se serra un peu plus. Il n'avait pas assisté au procès, mais Charlotte le lui avait raconté, difficilement. Lauren avait marqué les esprits par son courage que certains qualifiaient plutôt de folie, mais lui se souviendrait toujours d’elle comme de l'adolescente qui s'était effondrée en larmes dans ses bras en apprenant la disparition de Samantha. Alors contrairement à Léopold Marchebank, il ne serait pas hanté par les derniers mots de Lauren, mais par ceux de Samantha, à jamais gravés dans sa mémoire.

« Dépêche-toi, vraiment, Eliott. C'est peut-être déjà trop tard. Si je t'attends, faut vraiment que tu viennes, OK ? Sinon… »

Les mains tremblantes de rage, il sortit sa propre pancarte de sa poche et lui redonna sa taille normale d’un coup de baguette. Son masque sur le visage, il se mit en marche en même temps que les autres, ignorant les regards surpris ou curieux sur leur passage et les Pear braqués dans leur direction. Il ne voyait que le visage de Samantha, partout, qui le renvoyait à sa propre culpabilité. Elle lui avait fait confiance, et il l’avait abandonnée. Elle l’avait attendu jusqu’au bout, il en était certain, et il n’était pas arrivé à temps. Il ne se le pardonnerait jamais. Et il ne leur pardonnerait jamais non plus, à la Milice, au gouvernement, à Léopold.

Il fallut seulement quelques minutes pour que des miliciens envahissent l’avenue. La voix froide de Danielle Coleman ne tarda pas à résonner, invitant les passants à rentrer chez eux et qualifiant la manifestation de rassemblement illégal. C’était peut-être illégal mais ils ne faisaient rien de dangereux. La Milice ne pouvait pas se permettre de les arrêter, sous les yeux des passants, alors qu’ils ne faisaient que protester de façon pacifique. Pourtant déjà des miliciens fendaient la foule, cherchant à interpeller les participants. Eliott sentit une haine brûlante se déverser dans ses veines. Fut un temps où il était capable de donner le change, de faire semblant, où il avait même été capable de discuter avec Danielle Coleman. Ce temps était révolu, il les détestait au point de ne plus pouvoir le cacher.

Eliott sentit quelqu’un l’attraper par le bras et tourna la tête pour aviser une jeune milicienne à l’air déterminé. Il n’avait jamais été quelqu’un de particulièrement violent, pourtant l’envie de se jeter sur elle et de l’étrangler lui traversa brièvement l’esprit. Pour venger Samantha, pour venger Lauren, et tous les autres. Ce ne serait que justice. Mais il n’était pas un assassin, et les résistant n’étaient pas des terroristes, c’était justement ce qu’ils cherchaient à prouver aujourd'hui. Il se dégagea de la poigne de la milicienne d’un coup d’épaule et reprit sa marche.  

Le ciel, au-dessus de leurs têtes, parut soudainement éclairé d’une étrange lueur. Le dôme invisible qui enfermait Bristol était devenu perceptible, le temps d’un instant. Les autres avaient entamé leur travail de destruction, comme en témoignaient les dizaines d’éclairs lumineux qui ne tardèrent pas à s’élever en direction du ciel. Le dôme ne tarderait plus à tomber, et Bristol serait bientôt libre.  A cette vision, un maigre sourire s’étira sur les lèvres d’Eliott. Le premier depuis longtemps.




Danielle ColemanChef de la miliceavatar
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Danielle posa un regard agacé sur la foule alors qu'elle écoutait d'une oreille le rapport que lui faisait Jonathan Evans. Elle secoua la tête et échangea avec lui un soupir profondément las.

"Va rejoindre le groupe qui est parti à l'arrière de la ville." lui ordonna Danielle. "Tiens moi informée de ce qu'il se passe, surtout." lança-t-elle alors qu'il s'éloignait vers la Promenade des Marins.

Elle avait dû mal à croire ce qu'elle avait devant les yeux. Des dizaines et des dizaines de sorciers masqués, les narguant en adoptant le visage si connu de Leopold Marchebank, brandissant des pancartes aux slogans toujours plus provocateurs - tout cela dans un silence déconcertant, uniquement troublé par le bruit des pas. Il n'y avait ni revendications, ni cris, ni chants révoltés. Il n'y avait rien, si ce n'était une procession silencieuse à la vue de tous.

Cela lui faisait l'effet de se retrouver face à un nid de termite et elle n'avait qu'une seule envie : les écraser avec le talon de sa chaussure. De loin, elle observa Avalon interpeller l'un des manifestants, allant même le mettre en joue. Anthony, quant à lui, avait saisi une femme à l'épaule et la retournait brusquement vers lui pour qu'elle lui fasse face.

Par Rowena, entrer dans cette foule de lâches - car comment appeler tous ces sorciers qui n'osaient même pas montrer leur visage ? - la démangeait sérieusement. Mais il fallait quelqu'un pour coordonner les actions des miliciens, aussi Danielle se contenta d'établir son poste en réquisitionnant une table extérieure d'un restaurant, qui avait fermé ses portes à la demande la milicienne. Elle y avait étalé un plan de Bristol et notait consciencieusement les endroits d'où semblaient provenir les sorts qui s'élançaient vers le ciel, ainsi que le trajet que semblait emprunter les manifestants. Elle convoqua son patronus d'un mouvement de baguette magique et l'envoya chercher des renforts parmi les miliciens déployés à Londres et à Manchester - tout en veillant à en laisser un nombre suffisant sur place dans le cas où une attaque simultanée était prévue.

L'aigle s'envolait à peine, que Danielle se retrouva brusquement face à face avec la caméra d'un Pear Two et de son propriétaire qui le brandissait fièrement. Si Danielle Coleman n'avait pas été Danielle Coleman, elle aurait probablement sursauté, mais cette interpellation lui tira uniquement une expression incrédule.

"Vous êtes parfaitement inconscient !" pesta-t-elle en saisissant l'appareil dans sa main pour l'abaisser et lui faire quitter son visage. "Vous n'avez pas entendu ce que je viens de dire ?!" demanda-t-elle d'un ton furieux alors que, d'un mouvement de baguette, elle éteignait le Pear Two - ou peut-être bien qu'elle venait de briser la batterie de l'appareil, elle n'en savait rien, elle avait utilisé un sort instinctivement. Maintenant face à face avec le jeune homme, Danielle se retint de justesse de ne pas l'assommer.

"Bien sûr, j'ai parfaitement le temps de répondre à vos questions. Vous voulez qu'on s'installe ici et qu'on commande quelque chose à boire, peut-être ?" proposa-t-elle d'une voix qui transpirait la froideur. "Vous ne voulez pas un entretien avec le ministre, non plus ?" Elle leva ostensiblement les yeux au ciel. "Mais que croyez-vous, enfin ! Vous allez me faire le plaisir de quitter cette rue immédiatement." Son ton n'appelait aucune négociation. "Et je n'ai pas intérêt à vous revoir." Elle le saisit par l'épaule pour lui faire quitter les lieux. "Allez !"


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Sam Allport ~ 22 ans ~ Blogueur en herbe


Oh. My. God. Danielle Coleman venait de poser sa main sur son Pear Two ! Sa si gracieuse main venait de se poser sur son Pear ! Bon ok c'était pour le baisser avec fermeté et ainsi l'empêcher de filmer mais quand même ! Sam espérait bien que le bout des doigts de la milicienne avaient laissé leurs empreintes sur la coque brillante de son téléphone magique... Il ne l'essuierait plus jamais ! Enfin... à condition que l'artefact fonctionne encore suite au sort que sembla lancer Danielle Coleman. L'écran de son cher et tendre Pear Two devint soudainement noir et toute retransmission en direct fut coupée...

« Eeeeh ! Mais vous êtes complètement malade ! Il était tout neuf ! »

La patronne de la milice venait de lui péter son Pear ! Il était niqué, complètement niqué !! Le jeune homme avait beau tapoter l'écran et appuyer sur le bouton d'allumage, rien ne se produisait. Il y avait toute sa vie dans ce machin ! La milicienne n'avait donc pas de cœur pour détruire ainsi sa raison de vivre ?
L'adolescent releva un regard désemparé sur Danielle-sans-cœur et eut soudainement l'impression qu'elle pouvait à tout moment le descendre sur place rien qu'avec un seul regard. Sans être protégé par l'écran de son Pear Two - paix à son âme, qu'il repose à tout jamais au paradis de Vargas Corp - c'est comme s'il était face à face avec le Basilic. Le regard glacial de la chef de la milice semblait le sonder, ou plutôt le transpercer, lorsqu'elle lui proposa de commander quelque chose pour qu'elle puisse répondre à ses questions. Très premier degrés, le visage de Sam s'illumina.

« Vous êtes sérieuse ? C'est possible ? Trop chanmé ! »

Le blogueur en herbe se voyait déjà assis face à Danielle Coleman, sirotant un diabolo menthe alors que la milicienne lui révélerait  tous ses secrets, un jus de fruit à la main... Non, un thé plutôt, elle avait l'air de préférer le thé. Reporter dans l'âme, Sam prendrait consciencieusement des notes tout en hochant la tête avec des « Hum, hum, je vois... » pendant que Miss Coleman lui parlerait de son métier ô combien passionnant, de ses études, de sa vie, de son chat - peut être. Elle se risquerait probablement à quelques confidences avec un petit rire et il lui répondrait « Mais quelle cachottière vous êtes, Miss Coleman ! ». Elle lui dirait « C'était l'interview la plus agréable de ma vie ! Rappelez moi quand vous voulez ! »... Ce serait le plus bel après-midi de sa vie !

Mais loin d'avoir l'air de vouloir se glisser sur un siège de la terrasse pour s'abandonner à une discussion avec lui, Danielle Coleman l'attrapa par l'épaule et le somma de quitter les lieux... Ce que Sam n'avait pas du tout prévu et envie de faire ! Comme un enfant que l'on inciterait à quitter son parc de jeu préféré, le jeune homme résista tant bien que mal lorsque la milicienne le poussa, plantant ses pieds fortement dans le sol.

« Mais attendez ! Qu'est ce qu'il se passe ? Je peux peut être vous aider ! Si vous aviez pas niqu... cassé mon Pear j'aurais pu tout filmer et montrer à tout le monde que faut pas emmer... embêter les forces de l'ordre ! Vous pouvez pas le réparer ? Mon Pear, je veux dire. J'ai pas pris ma baguette... demanda l'adolescent en tendant son Pear par dessus son épaule pour le montrer à la milicienne qui le forçait à avancer. C'est eux les terroristes ? Abusez pas... Pourquoi je peux pas rester ? Ils ont pas l'air dangereux, poursuivit-il sans attendre. Ils sont badass avec leurs masques quand même... enfin non je veux dire que c'est pas cool ce qu'ils font... Vas-y madame, mais arrêtez de me pousser vous me faites mal ! C'est eux qu'il faut arrêter ! Lui là, dit-il en désignant au hasard un manifestant sur lequel son regard se posa. Il a l'air d'être pas très cool lui. »
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