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 Un regard en arrière pour un regard en avant (Joséphine)

Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des Mystèresavatar
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3 Juillet 2010

- Ou vas-tu ? "

Émergeant de la salle de l'espace comme une ombre solitaire, la silhouette de Lou se découpe sur l'étendue infini de planète et la faible lumière des étoiles qui flottent, éparses, derrière elle. Je retire la main de la poignée qui orne la porte et ce geste verrouille instantanément mon bureau alors que je cherche à deviner son regard au travers des reflets froids que projettent le bleu des flammes sur son visage. " Régler une affaire. " Lou tient sa baguette dans une main, une liasse de papiers de l'autre. Elle s'appuie lentement à la chambranle et je devine qu'elle hausse un sourcil.
- Une affaire de quel genre ? " La porte reste ouverte, les planètes s'égaillent, tournent, changent de position au grès d'une force qui nous dépasse tous les deux.
- Du genre confidentielle. " Lou se redresse et ferme la porte. De son pas de panthère, elle se glisse jusque sous mon nez et me toise. Ses yeux sont deux fentes sombres. Son examen est long, je ne bouge pas, les traits fermés. Lou possède quelque chose dans le regard capable de clouer sur place absolument n'importe quelle force de la nature. Elle n'est pas agressive ni pressente, elle est juste…. De longues secondes de silence s'écoulent, buté. Elle finit par reculer légèrement.
- Vous puez le passé, Constantine Égalité.
- Pas du tout. " Me défends-je beaucoup trop vite avec la certitude d'avoir été percé à jour. Je déteste l'idée que même après tant d'années de séparation, Lou Losserand soit toujours capable de me lire comme la vulgaire première page de Multiplettes.
- Pas du tout ", me singe-t-elle dans son français le plus pur. Je lève à demi les yeux au ciel pour échapper à son regard. " Tu essaies de filer sans que personne ne le remarque, et je connais cette expression. " J'ouvre la bouche, aussitôt interrompu par le doigt qu'elle lève avec paresse pour m'intimer de me taire. " Tu fais ce que tu veux, Monsieur le Directeur du Département des Mystères. Tu te rappellera seulement que Lou t'as dit de ne pas y aller. " Elle ne cille pas. J'aimerai lui dire de s'occuper de ses affaires, mais c'est Lou. Je n'ai jamais été capable d'être franchement malpoli avec elle.
- De quoi tu as peur ? " Dis-je sèchement à la place. Je ne sais jamais si elle me fait payer mon départ précipité de France, après notre sorti de Beauxbâtons, ou le fait d'avoir coupé court aux nouvelles alors que nous avions échangés sept ans d'intimité et que je lui dois beaucoup plus que ce que je ne veux bien l'admettre. Ou peut-être qu'elle s'inquiète réellement pour moi, je n'en sais rien, mais cette idée me culpabilise étrangement, et je préfèrerais que ce ne soit pas le cas.
- Pas que tu t'en ailles pour ne jamais revenir. " Lâche-t-elle de son ton atone, avec l'évident désir de me le faire payer jusqu'à la fin de ma vie. " Mais tu reviendra peut être perturbé et je ne veux pas d'un Directeur qui ne sait plus où il habite. " Sa franchise me fait blêmir. Je sers les lèvres et secoue la tête.
- Laisse-moi passer. " Lou hausse les épaules et s'écarte. Je sens son regard dans mon dos alors que je quitte le Département.

***

Les folies sorcières, 21 heures

Les cabaret me mettent mal à l'aise. Les casinos un peu moins, mais ne sont pas mes lieux de prédilections. Les deux couplés donnent un résultat que je fuis franchement. Les lumières vives des salles surchargées de décorations, l'activité brutale et bruyante des jetons, de la musique, des verres qui teintent, m'assourdissent, même de l'extérieur, après des semaines de cloisonnement au sein du Département. Je constate toujours avec une sorte de surprise renouvelée combien je ne supporte la foule que lorsqu'elle est rassemblée autour d'un match de quidditch.

D'un geste souple, je saute au bas de mon balais que je remets au voiturier avec une sueur glacée. Je déteste confier mes balais à qui que ce soit, et même si je connais les compétences des Folies à ce sujet, n'ayant jamais eu à me plaindre, le savoir croupissant entourés de centaines d'autres au risque de ne jamais le retrouver me met plutôt mal à l'aise. Je jette un coup d'œil circulaire autours de moi. Comme d'accoutumée, les Folies Sorcières regroupe une foule conséquente de sorciers et sorcières sur leur trente et un venus se divertir ou perdre de l'argent aux tables de Roy Calder. Je lisse vaguement mes cheveux et réajuste ma cravate sans réaliser que j'ai l'air aussi bien vêtu que n'importe lequel des hommes présents sur le perron, conscient d'avoir passé la journée à travailler dans ces vêtements, et escalade les marches jusqu'à la haute porte de fer et de verre. J'adresse un vague salut de la main à Frapedur qui me répond par un espèce de grognement que je choisis d'identifier comme un signe de bienvenu. Depuis que je suis Directeur, j'ai le privilège d'assister aux réunions organisées par Leopold, et je me sens presque comme un habitué dans ce lieux que je déteste.

En m'enfonçant dans le hall, ouvrant la foule devant moi, pressant des coudes, esquivant de justesses la traînes de robes réellement étouffantes, même pour moi qui ne les porte pas, j'essuie une parade de regards qui me reconnaissent, surpris de voir le si étrange Directeur du tout aussi étrange Département des Mystères s'afficher dans un lieu si excentriquement joyeux. Je commence par rejoindre le bar où Volderêve me décoche un sourire rayonnant. Je le lui rend par mimétisme, avec la sensation étrange que ma poitrine s'enrobe d'une chaleur bienvenue. Je m'interroge fugacement sur la sensation que doit procurer la présence de Volderêve aux dames qui le louent pour une soirée. Lorsque je me saisit du cocktail qu'il vient de composer spécialement à mon intention, je sens ses doigts effleurer les miens et cette sensation me trouble une infime seconde. Je me lève en balbutiant un remerciement pathétique et fuis rapidement sa compagnie.

Les rires et les éclats de voix forment une mélodie brutale qui couvre la musique raffinée qui rebondit au hasard des espaces gigantesques. Les groupes se déplacent dans une configuration de balais, entre le cabaret, le bar, les tables de jeu. Calder, ce petit impertinent, semble faire magnifiquement tourner son business. En buvant résolument une longue gorgée de mon cocktail bien chargé, je jette un coup d'œil au lustre gigantesque avec une pensée machinale pour Griselda Marchebank. J'ai du mal à focaliser mon attention. La déferlante de bruits, d'odeurs, de sensations et d'informations déséquilibrent ma concentration. Il me faut dix bonnes minutes pour déceler, occupé à renseigner une dame vêtue d'une incroyable robe de damas blanc satiné, Elias Nasser, le majordome et garant du lieux. Je me demande toujours comment cet homme si calme fait pour survivre dans une telle agression permanente de tous les sens. Je le salut avec une politesse pressée, et lui indique ma requête en affermissant mon contact sur le verre d'alcool. Dans ma poche intérieur, Chevalerie s'agite pour tenter de fuir le brouhaha agressif qui assaillent ses oreilles sensibles de prédateur.

Deux minutes plus tard, je pénètre dans les loges privées du cabaret. Le son s'atténue brutalement, comme si on avait posé dessus une cloche en argent et je ferme les yeux un instant pour savourer la sensation de calme qui m'envahit avec le réconfort du silence. Lentement, je me laisse tomber dans un fauteuil, conscient que j'occupe l'espace de Joséphine Chevalier. Nasser m'a promis qu'elle devrait se présenter bientôt, je profite donc des quelques minutes de solitude qui me sont accordées pour reprendre mon souffle.



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Joséphine ChevalierDanseuse aux Folies Sorcièresavatar
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"Il faut vraiment qu'Olga arrête avec les trucs en plumes..." marmonne Joséphine, occupée à finir de se maquiller, penchée sur un grand miroir en argent.

Il règne une agitation fébrile dans les loges des danseuses, comme avant chaque spectacle. Il fait chaud, l'air est chargé de fumée et de parfum, costumes et dentelles envahissent l'espace déjà restreint et elles se bousculent devant les quelques miroirs pour rattraper une coiffure ou retoucher un maquillage avant d'entrer en scène. L'ambiance est étouffante, mais aussi familière, rassurante.

"C'est clair ! J'en retrouve partout c'est infernal ! La plainte de Fran est accueillie par quelques éclats de rire compréhensifs. Non vraiment, j'en retrouve dans des endroits improbables !"

Les filles n'ont pas besoin de plus de précision pour éclater d'un rire plus franc. Les corps en sueur et les boas en plumes n'ont jamais fait bon ménage, mais c'est une association qui a fait ses preuves dans tous les cabarets du monde. Il y a des grands classiques qui ne cessent de faire leur effet, comme une formule magique qui marche à tous les coups.

Joséphine était occupée à enfiler une paire de talons hauts argentés quand Elias Nasser fit irruption dans les loges, sans qu'aucune danseuse ne pense à se couvrir. Il en avait vue d'autres ! Il se faufila entre les filles, aussi discret qu'une ombre, pour arriver à sa hauteur.

"Joséphine, Gloria va te remplacer ce soir, on t'attend dans l'aile Ouest."

La danseuse haussa les sourcils, surprise. Elle était sur scène ce soir, et n'avait pas prévu de faire d'extras après sa représentation. Il n'était pas dans les habitudes des dirigeants de l'aile Ouest de changer les planning à la dernière minute, mais elle savait d'expérience qu'il ne valait mieux pas poser trop de questions, et qu'il ne servait à rien de négocier. On ne faisait pas attendre les clients.

"Donne moi cinq minutes."

La jolie rousse se débarrassa de ses chaussures argentés et de son costume pailleté pour enfiler quelque chose de plus sobre et d'encore moins confortable. Elle confia sa tenue de scène à Gloria, qui avait à peu près le même profil qu'elle. Avec leurs chevelures rousses et leurs regards mutins, les deux danseuses étaient souvent considérées comme parfaitement interchangeable, et étaient constamment en compétition. Gloria avait l'air ravie de récupérer le rôle de Joséphine dans le tableau de ce soir, plutôt que de passer la soirée en salle.

Quelques minutes plus tard, Joséphine passait la porte de sa loge dans l'aile ouest. Elle n'aimait pas être prévenue à la dernière minute pour ce genre d'extras, elle préférait choisir les nuits où elle travaillait, cela la mettait dans de meilleures dispositions. Elle s'efforça toutefois de se composer un air affable et colla un sourire enjôleur sur ses lèvres en se concentrant sur le pourboire qu'elle ramasserait en fin de soirée.

"Bonsoir..." souffla-t-elle en s'avançant dans le salon privé.

Elle s'arrêta net au milieu de la pièce et abandonna aussitôt son sourire en reconnaissant Constantine Egalité, confortablement installé dans un fauteuil. C'était une très mauvaise surprise. La seule vision du directeur des mystère la ramena aussitôt des années en arrière, à des souvenirs qu'elle aurait voulu oublier. Il ne pouvait pas être là par hasard. Elle le connaissait assez pour savoir qu'il n'était pas du genre à apprécier ce genre d'endroits. Il était là pour elle, mais certainement pas pour ce que les autres hommes venaient chercher ici. Pourtant habituée à être exposée, elle se sentait soudainement vulnérable, seulement couverte de quelques morceaux de dentelle noire.

Joséphine ne s'était jamais sentie en danger aux Folies Sorcières. Bien sûr, il y avait souvent des débordements, et il arrivait que les filles se retrouvent face à des clients trop insistants ou violents, mais ils étaient rapidement neutralisés par le service de sécurité. L'agression de Robin, des mois plus tôt, avait déjà entamé ce sentiment de sécurité mais la présence de Constantine dans l'aile Ouest venait de le faire voler en éclat. L'attitude du directeur était pourtant tout sauf menaçante, et elle savait qu'elle n'avait rien à craindre pour son intégrité physique, mais elle le connaissait assez pour se méfier des raisons de sa venue.

"Qu'est-ce que tu fais là ?" l'attaqua-t-elle, en français, en posant sur lui un regard méfiant.

Ils ne s'étaient pas vus depuis quinze ans et jusqu'à ce soir elle pensait ne plus jamais le revoir. Elle savait qu'il vivait en Angleterre, qu'il était Directeur du département des Mystères, et elle avait vaguement suivit sa progression dans les journaux, mais elle avait espéré passer inaperçu. Constantine Egalité n'était le genre d'hommes à fréquenter les cabarets et il n'y avait aucune raison pour que leurs routes se croisent à nouveau. Et pourtant, il l'avait retrouvée. Et elle lui en voulait de débarquer dans sa vie comme ça, après quinze ans, sans prévenir.

Il aurait du savoir qu'il n'avait aucun intérêt à raviver les vieux souvenirs. Joséphine ne savait pas ce qu'il venait chercher, mais s'il voulait parler du bon vieux temps, elle avait quelques vieilles histoires à lui rappeler...



Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des Mystèresavatar
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" Bonsoir… "

C'est un souffle suave, caressant, sucré. Une confiserie insinuée entre les lèvres rouges et gonflées de Joséphine qui se glisse dans la pièce, silencieuse comme une panthère. J'ai le regard tourné et je suspend mon souffle, agressé. Sensuels, ses syllabes souples m'enveloppent et je sers les dents, ferme les yeux brièvement pour effacer l'image de Camille. J'expire un soupir lent et profond comme une tombe et tourne vers elle un visage pâle. Je me pense fort et prêt à lui faire face.

Sa vision me heurte.

Découpée dans le clair obscure de la pièce, confinée dans la vanité charnelle qui suppure des velours ocres, Joséphine, enveloppée de dentelles noires, se tient immobile. Elle me dévisage avec une expression amère et fière, troublée dans le quotidien paisible de sa vie. Je me suis convaincue, intimement, m'être préparé à cette rencontre. Et je réalise que la projection que je me faisais de nos retrouvailles ressemble à une chimère pleine de fantasme. Je prévoyais de rester de marbre, et dans les profondeurs sécurisante du Département, la présence de Joséphine ne me semblait pas plus dangereuse que la vague appréhension que j'y projetai. Je me voyais subir une vague appréhension, une certaine contrariété, probablement, mais j'aurai su y faire face avec la dignité absolu de l'homme que rien ne peut atteindre.

Je n'imaginais pas possible un tel coup au cœur.

Elle a changé. Mon regard la parcourt sans pudeur, parce qu'elle s'offre à moi avec une indécence que je n'imaginais pas. Stupidement, je ne m'étais pas réellement posé la question : qu'est-ce qu'un homme attend d'une femme qu'il convoque dans une loge privée si ce n'est la pleine disposition de sa personne ? Sa vulnérabilité m'affecte encore plus. Je pensais la rencontrer comme mon égal, pas comme un objet jeté à mes pieds pour je ne sais quelle prestation. C'est humiliant pour nous deux.

Plongé dans l'inconfort de sa présence, je me venge en détaillant chaque partie de son corps d'un regard appuyé. Elle est belle, c'est indéniable. L'enfant, l'adolescente que j'ai connue et vu grandir a totalement disparut pour laisser place à une femme au charme diffus et profond. Je cherche la vulgarité en elle, présente partout dans la mise en scène, mais ne la décèle pas dans son attitude. Joséphine, même excentrique, reste charmante et noble en toutes circonstances. Probablement un fond d'éducation niché quelque part sous les couches de ce que sa vie est devenue.

Comment peut-on jeter un don comme le sien ?

Jambes élancés, cuisses fermes, ventre ciselé, corps de danseuse et port d'ancienne fille d'aristocrates désabusés. Je termine mon examen sur son visage où je retrouve un peu de ce que Camille me décrivait comme l'arrondit parfait et le regard enjôleur. Je n'avais jamais vraiment compris, à l'époque, ce qu'il pouvait lui trouver, mais en la découvrant femme, l'évidence est brutale.

Je chasse prestement ces pensées.

- Qu'est-ce que tu fais là ? " Interroge-t-elle brutalement. Je souris un peu, amusé qu'elle m'interpelle en français, comme si quinze ans ne s'étaient pas écoulés, comme si l'anglais n'était pas depuis longtemps la langue que nous parlons au quotidien. Cela me fait un effet étrange, comme si le temps perdu n'existait pas vraiment, et qu'elle employait tout de suite un artifice qui nous donne une forme d'intimité. Les expatriés au passé communs, engageant une nouvelle confrontation dans un contexte franchement sordide.
- Selon toi, Joséphine ? " Dis-je en anglais, comme pour mettre de la distance entre nous. Je laisse négligemment traîner mon regard autours de moi, sans cacher le fond de jugement exaspéré que m'inspire la décoration du lieu. J'ai probablement l'air profondément ennuyé, au fond de mon fauteuil impérial. Paresseusement, je lui jette un coup d'œil. " J'ai appris par hasard que tu prodiguais un certain type de spectacle privés. Alors je me suis dit que pour une fois, peut-être, je pouvais me permettre d'utiliser ma position pour me donner un peu de plaisir. " J'exécute un vague geste de la main. " Quelle meilleure personne pour ce genre de service qu'une femme dont je partage le passé ? " Je souris franchement cette fois, mais mon sourire, pleins d'acidité, ressemble à une grimace.

Lentement, je me lève, mimant très bien un dégagement que je n'ai pas du tout et qui me pousse à me montrer grossier. Comme un instinct défensif, je me sens dans le besoins de lui faire partager mon malaise, et la domination que je ressens vaguement me rassure tout en me dégoûtant.

Je me demande si elle va se couvrir.

- Comment as-tu pu échouer ici, Joséphine ? " Je tourne brutalement les yeux vers elle, capte son regard, sert les lèvres. " Avec un don comme le tien ? "

Quel gâchis.


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Joséphine ChevalierDanseuse aux Folies Sorcièresavatar
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Joséphine avait souvent été déshabillée du regard, elle avait l'habitude de sentir les yeux des hommes sur son corps, pourtant elle s'était rarement trouvée si mal à l'aise. Il n'y avait aucune trace de désir dans le regard insistant que Constantine faisait lentement glisser sur elle. Il la détaillait avec une précision presque scientifique qui la fit frissonner. Elle s'appliqua à ne pas montrer la moindre gêne et garda le menton haut et le regard fier alors qu'il terminait son examen cruel. La danseuse ne fut pas étonnée d'entendre son compatriote lui répondre en anglais, comme pour nier leurs origines communes. Il ne pourrait pas fuir le passé éternellement, pas avec elle.

La réponse que Constantine lui offrit la répugna, mais elle n'en crut rien. Il était évident qu'il bluffait. Elle ne le connaissait plus assez maintenant pour s'étonner de ses habitudes, et peut-être était-il bien devenu le genre d'hommes à s'acheter "un peu de plaisir", comme il disait, mais elle était certaine qu'elle était la dernière personne qu'il serait venu trouver pour ça. Il se moquait d'elle, certainement dans l'espoir de la déstabiliser encore davantage, mais elle n'allait pas le laisser faire si facilement. Il jouait les habitués, avec sa fausse nonchalance et son air détaché, mais elle se doutait qu'en réalité il était aussi mal à l'aise qu'elle. Après tout, il n'était pas dans son environnement naturel. C'était son terrain de jeu à elle, ici.

"Tu es venu exactement au bon endroit pour ça... souffla-t-elle d'une voix suave en faisant lentement un pas en direction de Constantine qui venait de quitter on fauteuil. Tu ne vas pas être déçu.."

Avant qu'elle n'ait pu terminer son petit numéro de séduction, il tourna brusquement les yeux vers elle, et sa question la cloua sur place. Son regard, qu'elle avait voulu sensuel et chaleureux, se glaça aussitôt et elle serra les lèvres pour se retenir de lui hurler une insulte à la figure. Elle tourna la tête pour ne plus le voir. Le terme d'échec lui était resté en travers de la gorge, elle était consciente que ce n'était pas un choix de terme anodin. Il la méprisait, bien à l'abris dans son costume, drapé dans sa fierté. Il l'avait toujours méprisé. Le jugement dans son regard lui était insupportable. Comment pouvait-il encore se permettre de la prendre de haut ? Lui qui était tombé si bas... Bien plus bas qu'elle n'échouerait jamais. Elle savait ce qu'il avait fait de pire, et pourtant il se permettait encore de venir lui donner des leçons de dignité. Il n'en avait plus aucune à ses yeux.

"Et qu'est-ce que tu voudrais que j'en fasse ?" s'agaça-t-elle alors qu'il évoquait son don de voyance.

C'était un don inutile, qui tenait plus du fardeau que d'autre chose. A quoi bon connaitre l'avenir si on ne pouvait rien faire pour le changer ? Joséphine avait été confrontée à l'aspect fatal de la chose bien assez tôt, et n'avait eu d'autre choix que d'accepter la vérité : on n'échappe pas à son destin.

"Même les sorciers ne croient plus les voyantes... reprit-elle d'une voix neutre. Elle tourna brusquement la tête vers lui, accrocha son regard. Ils ont peur."

Camille ne l'avait pas cru, à l'époque. Joséphine l’avait pourtant mis en garde, à de nombreuses reprises, mais il n’avait jamais voulu l’écouter. Il disait qu’elle se trompait, qu'elle avait dû mal interpréter les signes, que ça ne pouvait pas arriver. Elle s'était inquiétée, avait répété ses avertissements, sans succès. C'était tout simplement impossible, disait-il. Ils s'étaient disputés, plusieurs fois, et elle avait arrêté de vouloir le convaincre. Elle avait alors quatorze ou quinze ans, et préserver sa relation avec son petit-ami lui avait paru plus important qu'une obscure prémonition. Et puis c’était arrivé, inévitablement. Joséphine était certaine que c’était arrivé exactement comme elle l’avait vu, comme elle l'avait rêvé des années plus tôt.

"Mais certains n'ont pas assez peur." acheva-t-elle, le regard dur.

Camille avait-il parlé son frère des avertissement de Joséphine, à l’époque ? Constantine savait-il qu’elle savait tout ? Savait-il qu’elle l’avait su avant même que ça n’arrive ? Et quand c’était arrivé, s’était-il souvenu qu’elle l’avait prédit ? Elle brûlait d'envie de lui demander, d'étaler la vérité au grand jour, de crever cette tension entre eux, mais elle garda le silence, son regard transperçant rivé sur lui.



Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des Mystèresavatar
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Le regard sirupeux, enjôleur de Joséphine me caresse longuement. Et s'immobilise brutalement pour se changer en glace chargée de colère, et me fuir, se détourner, rompre le charme stupide qu'elle tentait de mettre entre nous comme une insulte, comme un défi lancé à la domination que j'essaie de faire peser sur elle. Elle s'est approchée, moi aussi, il me suffirait de tendre le bras pour saisir son menton entre mes doigts et agrafer son regard à mon regard, sa haine à ma haine. Nous n'avons pas besoins de plus de quelques mots pour comprendre que nos retrouvailles nous plongent tous les deux dans une colère froide, une colère pleine de non-dits et de rancœur noyées dans le passé, et je suis subjugué de constater combien je les ressens encore férocement alors que mon esprit s'évertue à oublier les détails. Joséphine immergée, ma mémoire me l'avait rendue plus supportable mais me confronter à son expression de défit dégoûté ravive avec une violence que je ne soupçonnais pas les centaines de questions, les dizaines de regrets que sa simple existence soulève, incarne, confesse.

Aurais-je évité le pire si je l'avais acceptée entre Camille et moi ? Se serait-elle confiée à moi comme elle s'était confiée à Camille si je ne l'avais pas négligée, insultée, rejetée depuis notre enfance partagée entre deux demeures de luxe et des parents contraignants ? Que serait-il advenu si ma jalousie puérile, si mon exigence profonde s'était serti d'un peu de bienveillance pour le nouvel amour de mon frère, si je m'étais contenté d'être heureux pour eux plutôt que de lui dire " cette fille est feignante et ne te mènera nul part ? "

Camille serait-il mort malgré tout, ou aurait-on accepté de prendre en compte la mise en garde de Joséphine, parce qu'elle se serait confié à moi ?

Cela nous semblait inconcevable. Sa prédiction sonnait pour moi comme le désir de nous séparer. C'était stupide.

Je ne veux pas y penser.

- Et qu'est-ce que tu voudrais que j'en fasse ?
- Regarde-moi. " Mon ordre claque comme un fouet entre mes dents serrées, mais Joséphine garde les yeux fixe, parle froidement, et ne heurte mon regard que lorsqu'elle l'a désiré.
- Ils ont peur. " Je souris, un sourire froid, qui n'atteint pas mes yeux. J'attends sa sentence avec une patience décuplée par la rage profonde qui m'habite. Comment ma nervosité a-t-elle pu se contracter si rapidement, si unilatéralement en colère profonde et brûlante ? Je reconnais cette douleur lancinante qui suit le deuil et comprend qu'il n'est pas terminé, qu'il ne l'a jamais été.

Je comprends que je n'ai jamais accepté les circonstances de sa mort, et que la présence physique de Joséphine me rappelle à cette haine dirigée contre moi-même, mais aussi un peu contre elle, avec une brutalité que j'accuse mal.

J'ai l'impression que nous ne sommes jamais quittés, et que nous avons tellement de choses à nous dire. Moi qui pensais qu'aucun des mots que nous pourrions échanger n'aurait d'importance. Seul devait compter le résultat de cette entrevue. Mais Lou avait raison. Je l'ignorais jusqu'à maintenant, parce que je ne pensais à Joséphine Chevalier qu'avec amertume en m'efforçant de l'oublier. Je comprends ce soir qu'elle est restée le catalyseur essentiel de ces évènements, et qu'elle a toujours été omniprésente dans mes regrets, dans mes remords, dans les reproches que je me suis fais et que je me fais encore. Joséphine n'a jamais déserté mon cœur, parce qu'elle savait, qu'elle sait, qu'elle a toujours su.

Et je la hais pour ça.

- Pose-la. " Ma voix est rauque, sonne faux dans le calme étouffée de la pièce. Elle dans sa nudité physique, moi dans ma nudité morale, nous ne nous regardons pas en chien de faïence mais comme deux amants qui rompons dans la colère après des années de venin bu à la source de l'autre. " Demande moi. Demande-moi si je me suis souvenu. Si j'y ai pensé. Tu meurs d'envie de savoir si je me suis rappelé vos disputes rapportées par Camille. " Son prénom dans ma bouche alors que plus jamais je ne le prononce, me brûle. " Tu meurs d'envie de savoir si ça s'est produit en connaissance de cause. Alors vas-y. Pose la question, Joséphine. Je suis là. Je vais répondre. " Nos corps se frôlent, je pourrais la plaquer contre un mur, serrer son cou entre mes mains et la sentir suffoquer. Peut-être que cela me soulagerait de ce que je lis dans son regard.


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Joséphine ChevalierDanseuse aux Folies Sorcièresavatar
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Joséphine tressaillit alors que Constantine lui demandait -non, lui ordonnait- de parler, de poser ces questions qui lui brûlaient les lèvres, de céder à cette curiosité morbide, de mettre des mots sur leurs non-dits. Elle s'y refusa, gardant ses lèvres résolument scellées, et son regard rivé dans le sien. Qu'il parle le premier. Elle voulait entendre ses aveux. Une vague de tristesse s'abattit sur elle, complètement inattendue, quand il prononça le prénom de Camille.

Joséphine avait commencé à faire son deuil de Camille bien avant sa mort, s'y préparant avec une résignation qui avait teinté de tristesse les derniers mois de leur relation. Elle n'avait évidemment pas été surprise en apprenant son décès dans la presse, des années après leur séparation, alors qu'il n'était plus qu'un souvenir d'une autre vie. Elle avait été presque soulagée de lire que c'était finalement arrivé, et elle s'était interdit d'éprouver la moindre tristesse pour cet homme à qui elle avait déjà fait ses adieux. Elle n'avait plus pensé à Camille depuis longtemps, mais voilà qu'il refaisait brusquement irruption dans sa vie, sous les traits de Constantine qui ravivait en elle le souvenir de son jeune frère, et Joséphine ressentait finalement cette peine qu'elle avait rejetée autrefois.

Sa tristesse laissa rapidement place à une colère sourde alors qu'elle comprenait qu'il était au courant, depuis le début. Camille lui avait évidemment rapporté leurs disputes, et il lui avait surement raconté sa vision. Ce n’était pas étonnant, les deux frères avaient toujours tout partagé. Pourtant elle n’arrivait pas à le croire. Comment avait-il pu vivre avec cette peur, avec cette menace ? Et surtout, comment avait-il pu la laisser se réaliser ?

« Tu savais... constata-t-elle dans un souffle. Comment as-tu pu ? » asséna-t-elle un peu plus fort, d’une voix tremblante.

Elle savait parfaitement qu’il n’aurait rien pu faire pour l’empêcher, que ça devait arriver. Elle le savait depuis le matin où elle s’était réveillée trempée de sueur et de larmes après cet affreux cauchemar. Elle savait que c’était inévitable, pourtant elle aurait voulu qu’il empêche. Il aurait dû faire l’impossible pour sauver Camille. Elle lui en voulait de s’être laissé rattraper par la fatalité. Et elle lui en voulait encore plus de se tenir là, en face d’elle, sans chercher à nier son crime. Elle ressentit une brusque envie de le frapper alors qu’il affirmait être prêt à parler, à répondre à sa question. Elle avait déjà sa réponse.

Quelque chose venait de céder en elle, libérant une rage dévastatrice. Elle lui en voulait depuis longtemps, mais elle s’était retenue de le haïr, elle n’avait pas pu le détester avant qu’il n’agisse. Et quand il avait finalement commis l’irréparable, elle n’y accordait plus assez d’importance pour en souffrir. Mais maintenant il était là, sous ses yeux, coupable, et elle était parfaitement légitime à le haïr, à le mépriser.

« Comment est-ce que tu arrives à te regarder dans un miroir ? cracha-t-elle, son regard glacial dépourvu de la moine empathie. Comment peux-tu te supporter ? »

Elle prit soudainement conscience de leurs corps bien trop proches. Elle avait à peine besoin de lever la tête pour le regarder dans les yeux pourtant elle se sentait écrasée par sa présence, qu'elle percevait maintenant comme une menace. Il était trop près d'elle. La danseuse voulut faire un pas en arrière mais son dos heurta le mur derrière elle, qui la privait de toute possibilité de s'éloigner de Constantine. Il y avait quelque chose d'effrayant dans son regard, mais elle ne détourna pas les yeux. C'était lui qui aurait dû la craindre. C'était elle qui avait l'avantage, qui connaissait son secret, qui pouvait détruire sa vie en révélant la vérité. Pourtant, il ne semblait pas avoir peur. Peut-être avait-il perçu en elle -à juste titre- cette forme de lâcheté qui lui faisait toujours garder le silence.

Joséphine se contenta d'observer son visage trop près du sien, sa mâchoire serrée, son regard fou. Elle avait toujours trouvé Camille plus beau que ses frères, ses traits plus doux, son sourire plus franc. A ses yeux d'adolescente amoureuse, il était le plus beau de tous. Aujourd'hui elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander à quoi il ressemblerait s'il avait eu trente ans. Elle trouvait malgré elle dans le visage de Constantine des indices de ce qu'aurait pu être celui de Camille, s'il avait eu la chance de vieillir lui aussi.



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Je me préservais de ces sentiments depuis des années, depuis qu'assaillit par la douleur contraignante du deuil, de l'abandon, je m'étais senti dépourvu de force, à tel point que j'avais cru en devenir fou. La mort de Camille était un des facteur tragique de cette époque terrible et avait conduit à un lent processus de destruction. Incapable de jeter un sort. Incapable de me souvenir.

- Je savais ? " Je lui rend son dégoût, le dégoût amer et solide qui transforme ses mots en gifles. Je sens dans mes mains une crispation nerveuse et profonde, la même qu'à l'époque. Mes doigts étaient restés enserré autour du manche du couteau. Il m'avait fallu m'aider de l'autre main pour parvenir à l'ouvrir, à le lâcher, et cette contraction demeure désormais, comme si mon corps était incapable d'oublier ce que mon esprit tente d'adoucir. Je n'y prend pas garde. " Je ne savais rien. Tu n'es jamais venu m'en parler. " Je me défend avec la rage de la culpabilité partagée, parce que je refuse de prendre seul la responsabilité d'une action que Joséphine ne m'a jamais transmise. Même si Camille l'avait dit, ses mots n'avaient aucun poids. " Il était furieux. Il en parlait comme d'une dispute de couple, et ça ne me regardait pas. Qu'est-ce que tu imagines ? Que ses mots sonnaient justes, alors qu'il était en colère contre toi et refusait d'y accorder de l'importance ? " J'aurai pu l'écouter. Si je n'avais pas eu de la condescendance et du mépris pour Joséphine, j'aurais pu accorder à sa négligence une attention plus mature. J'aurais pu aller trouver Joséphine, j'aurai pu prendre en compte sa mise en garde, même si elle m'était transmise par quelqu'un qui ne voulait pas y croire. S'avait été plus facile de la déprécier et de lui donner tort. Les mots avaient trop de poids. Et comment donner du crédit à une femme qui me détestait ? Je ne cherche pas à rejeter la faute sur elle, entièrement. Mais je veux la voir prendre conscience de sa lâcheté, cette lâcheté rampante qui l'a toujours habité et qui fait que je suis là aujourd'hui, aux folies sorcières, pour tenter de faire d'elle quelque chose.

Ou suis-je venu pour une autre raison, je ne sais plus.

- Je n'ai eu que ses mots à lui, alors que j'aurais dû avoir les tiens. " Sa voix tremble, elle vibre très proche de moi, irradie de quelque chose que je perçoit parce que je ressens la même chose. J'ai la sensation d'avoir ouvert une boîte enfouie sous terre depuis longtemps, et d'en avoir laissé échapper un ouragan dont j'ignorais l'existence.
- Comment as-tu pu ? "
- Avec un couteau. " J'ai un sourire sauvage. C'est la première fois que je prononce ces mots. Ce discours. Cette histoire. Elle ne devrait pas être raconté comme ça. " J'étais désarmé, alors j'ai pris un couteau. Je le gardais sur moi, parce que je savais que ça risquait d'arriver. Que je n'aurai probablement pas la force. " Un part de moi veut fondre en larme, l'autre bouille d'une colère sanglante, et celle-là parle plus fort. " Et toi Joséphine ? Où étais-tu, quand c'est arrivé ? Toi qui savait précisément comment ça se passerait ? Parce que tu savais, n'est-ce pas ? C'est comme ça que ça fonctionne, les visions. Où est-ce que tu étais quand il aurait fallut empêcher Camille de s'engager pour Voldemort ? Où est-ce que tu étais pour l'empêcher de créer cet ultimatum ? Où est ce que tu étais pour retenir ma main ? " C'est injuste. Joséphine n'est pas responsable de ce qui s'est passé entre nous. Je frôle son visage, parle bas, sourdement. Je recule, la toise. Je ne peux plus desserrer mes poings. " Nul part. Tu lui as fait tes adieux, et tu t'es dit que tu avais fait ton devoir en essayant de le convaincre. Qu'à présent tu ne pouvais plus rien pour nous. Que ça devait arriver. Alors que tu savais. Tu savais que ça arriverais, et tu étais la seule à en être convaincue. " Quelque chose s'est rompu en elle. Je ne comprends pas comment on en est arrivé là aussi vite. Je n'étais pas venu régler mes comptes. J'ai une mission. Je ne suis pas là pour ça. " Et toi, comment supportes-tu ton reflet ? Terrée au fond de ton cabaret pitoyable, à faire la pute pour oublier que tu pourrais empêcher ces choses d'arriver mais trop lâche pour t'y confronter réellement ? " Je veux clairement lui faire du mal. Je veux voir sur son visage la pâleur qu'il y a sur le mien. " Je l'ai peut être tué, Joséphine. Mais toi, tu m'as laissé faire. " Elle est complice, la seule complice que j'ai jamais eu.


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"Arrête ! le supplia-t-elle quand il lui servit une réponse aussi triviale que cruelle. Elle aurait voulu plaquer ses mains contre ses oreilles pour ne plus rien entendre. Je sais !" le coupa-t-elle alors qu'il entrait dans les détails triviaux expliquant le choix de son arme.

Joséphine savait exactement comment cela s'était déroulée. Elle connaissait l'arme du crime, le nombre de coups portés. Elle avait regardé le sang couler, elle avait entendu les râles d'agonie. Elle avait tout vu avec une précision effrayante, comme cela ne lui arrivait presque jamais. Ses visions étaient souvent symboliques, nébuleuses. Il ne lui arrivait que rarement de visualiser précisémement un moment qui n'avait pas encore eu lieu, d'assister au futur tel qu'il se déroulerait. Pourtant elle se souvenait de cette scène abominable aussi bien que si elle l'avait réellement vécu. Comme si elle avait réellement été là, debout derrière Constantine, à observer par dessus son épaule.

Mais elle n'était pas là, ce fameux jours. Et c'était exactement ce que Constantine lui reprochait, mais Joséphine refusait d'entendre ses accusations. Il ne pouvait pas la rendre responsable de son crime. Il n'avait aucun droit de lui en vouloir de la sorte. Sa colère n'était pas légitime, et dirigée contre la mauvaise personne. C'était lui qui l'avait tué, seul, et elle n'aurait rien pu faire pour l'en empêcher.

"Tu ne m'aurais pas écouté..." se défendit-elle faiblement. Il était trop près d'elle, et elle tourna la tête sur le côté pour se soustraire à son regard fou de rage.

Elle ne se souvenait même pas du jour de leur rencontre, qui remontait à sa petite enfance, mais elle était persuadée que Constantine ne l'avait jamais aimée. Il n'avait toujours eu pour elle que du mépris et de l'indifférence, et cela s'était accentué quand elle avait commencé à fréquenter Camille. Rien de ce qu'elle pouvait dire ou faire ne trouvait grâce à ses yeux, alors pourquoi aurait-il accordé la moindre importance à sa mise en garde ? Si même Camille avait refusé de la croire, pourquoi son ainé aurait-il agit autrement ? Et puis, même dans l'hypothèse peu probable où il l'aurait écouté, où il l'aurait cru, aurait-il pu tout empêcher ?

"On ne peut pas changer l'avenir, affirma-t-elle en braquant de nouveau son regard sur lui. C'était déjà trop tard."

Joséphine s'accrochait à cette rengaine depuis ses premières visions, sans aucune raison valable si ce n'était que cela la rassurait. Les théories sur la question étaient nombreuses et les sorciers étaient partagés sur la possibilité ou non de changer son avenir, mais Joséphine avait choisi son camp des années plus tôt. C'était pourtant terrible, et démoralisant, de considérer que l'avenir qu'elle voyait était destiné à se réaliser et que rien ne pouvait changer le cours des choses ; mais c'était aussi beaucoup plus simple que d'envisager la possibilité de pouvoir intervenir. L'idée qu'elle puisse changer le futur était aussi séduisante qu'effrayante. Elle refusait de considérer cette hypothèse, elle ne voulait pas prendre tant de responsabilités, elle n'en avait jamais voulu.

Elle n'aurait rien pu faire pour sauver Camille. Elle n'était pas responsable de sa mort. Et elle ne laisserait pas Constantine ébranler cette conviction.

Joséphine tressaillit sous ses accusation injustes, sous les insultes qui l'atteignirent en plein coeur. Une pulsion violente parcourut tout son corps alors qu'elle était saisie par la brusque envie de le voir souffrir, de lui faire du mal. Sa main fendit l'air et s'abattit sur la joue de Constantine avec un claquement sonore. Elle n'avait même pas essayer de doser sa force ou de maitriser son coup, qu'elle avait porté avec toute la rage qu'il lui inspirait. La main brûlante et parcourut de fourmillements, elle levait déjà le bras pour le frapper à nouveau.

"Tu as tué ton frère, articula-t-elle lentement, prenant presque plaisir à faire trainer ses mots. Personne n'aurait du avoir à te retenir ! Comment pouvait-il lui en vouloir de n'avoir rien fait alors que c'était lui qui l'avait assassiné, qui l'avait massacré ? Ne te cherche pas d'excuses Constantine..."



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- Tu ne sais rien ! "

Le son de ma voix s'étouffe dans l'agonie de mon souffle expirant. Révolté par les démons obscurs qui flottent devant ses yeux et qui hurlent le souvenir de quelque chose qu'elle n'a pas vécu. Elle ne sait rien. Elle a eu une vision. Elle n'a pas senti la lame s'enfoncer, elle n'a pas reçu sur elle le poids inerte de Camille, la respiration sifflante, les poumons transpercés, des bulles de sang au coin de la bouche. J'ai encore sur ma nuque l'empreinte de sa main crispée alors qu'il se retenait à moi pour ne pas s'écrouler sur le sol imbibé, et sa voix, sa voix hachée par la douleur et le choque qui répétait inlassablement qu'est-ce que tu fais ?

Qu'est-ce que tu fais ?

Je n'ai aucun souvenir plus précis que celui de Camille pénétrant dans les locaux du Département à mon invitation, le regard sombre. C'était étrange, ce regard qui lui sied si mal et qu'il arborait depuis plusieurs mois, lui qui avait toujours considéré le monde d'un œil clair et vif, rarement désenchanté, souvent souriant malgré notre univers familial toxique, malgré un frère franchement pessimiste, malgré sa solitude, malgré tout. Il s'était avancé dans l'espace sans l'occuper, les yeux baissés, et les avait levé vers moi. " Constantine, " avait-il dit avec un calme que je ne lui avais jamais connu. " Il faut que tu m'aides, maintenant, parce que sinon, tu sais… " Je l'avais scruté sans répondre, en attendant la suite de ses paroles. Il tenait sa baguette baissée vers le sol mais nous savions très bien tous les deux pourquoi je lui avais donné la permission d'entrer au Département. La situation en était là, un cycle de dégénérescence partagée, d'une situation qui nous échappe totalement, et qui aboutit à un drame plus puissant qu'on n'aurait put l'imaginer. Il avait expiré péniblement. Sa douleur m'incisait aussi puissamment que si je l'avais portée sur moi. " On n'a plus le choix… " Il avait levé la tête, cherché mon regard, pleins d'une émotivité profonde qui faisait trembler sa voix. Camille avait toujours été sensible, profondément sensible, si facile à atteindre, et il me dévisageait avec un désespoir terrible. Il s'était heurté à ma pâleur, à ma rigidité habituelle. " On n'a plus le choix… " Avait-il répété comme s'il attendait que je le conforte. Le silence avait empli la pièce, je serais ma baguette au creux de ma main, dissimulé par le bureau qui nous séparait.
- Abandonnes, Constantine, s'il te plaît.
- Pour Voldemort ? " Il s'était raidit. J'avais souris péniblement, le même sourire que j'adresse à Joséphine, dur, froid, inaccessible. " Je ne peux pas servir ta cause, Camille. " Il n'avait pas su quoi répondre, il s'était agité, je savais qu'il retournait dans sa tête la situation avec l'espoir désespéré d'y trouver une solution. Camille avait toujours été comme ça. Il avait toujours cru que toutes les situations pouvaient s'améliorer, qu'il existait toujours un sortilège, un mot, un geste, capable de réparer des siècles de destruction. Je l'aimais pour ça. Parce que je savais, moi, qu'il n'y avait aucune solution.

J'avais attendu. Attendu qu'il fasse un mouvement résigné, comme s'il allait lever sa baguette. Mon premier sort avait fusé avec une brutalité qui l'avait surpris, mais incapable de le diriger contre lui, il s'était écrasé sans l'atteindre. Sa conviction avait été violente. L'éclair rouge, échos du mien, s'était écrasé sur un bouclier instinctif. Ces deux sorts avaient étaient le déclencheur d'une avalanche, d'un flot libéré de la conclusion de ce que nous vivions. Camille s'était laissé envahir par une rage, une violence qui n'avait jamais existé en lui, incendiant de sort chaque secondes dans un mouvement continue qui m'avait bloqué la respiration.

Plongé sous la table. Esquive. J'avais émergé entre deux sortilèges. Il avait hurlé, un son inarticulé, ma baguette avait quitté ma main. Lui qui n'avait jamais été capable de me vaincre, dans aucun de nos duels. J'avais agi instinctivement. Ma main avait saisi le couteau, l'avait tiré de son étui. J'avais plongé vers lui, plongé le couteau en lui, sentit le rayon vert me frôler, exécuté un mouvement de torsion bref. L'avait senti tomber contre moi.

Et je m'étais souvenu des paroles de Joséphine.

La douleur gicle dans ma joue en même temps que le son acide de la gifle qu'elle m'assène se répercute, étouffée par les velours sang de la pièce.

- Je ne me cherche aucune excuse. " Ma voix est rauque, je la contient, mais je me sens vibrer, atteint, profondément. C'est comme si elle ne m'avait pas frappé. " J'ai tué Camille. Je suis responsable de sa mort. Ais-je laissé croire le contraire ? " Je la brave, un regard à la fois glacial et brûlant figé sur elle. Je sens mes mains trembler doucement. " Je n'ai jamais fuis cette responsabilité, et je vis avec chaque insupportable secondes de ma vie, Joséphine. " Ma joue est chaude et me lance, mais la douleur instille en moi un calme nouveau auquel je tente de m'accrocher. Son prénom, dans ma bouche, sonne comme une insulte. " Tu n'as aucune idée de ce qui s'est passé réellement, n'est-ce pas ? " Dis-je avec un calme que je ressens presque. Je la dévisage, assagis. Sa silhouette blanche qui se découpe sur les tentures sombre, la dentelle qui recouvre son corps vulnérable, ses lèvres roses crispées comme deux boutons clos. Ses yeux terrifiants, vertigineux. " On peut changer le futur. Grâce à des gens comme toi. Tu aurais pu changer le futur. Mais tu as fuis. Et tu le sais. " J'esquisse un geste pénible, pour détendre mes mains, calmer leurs tremblement. " Tu n'es pas idiote Joséphine. Tu sais que tu ne pourras fuir éternellement ce qui t'a été donné. Tu sais que tu ne crois pas toi-même à tes affirmations. " Conclu-je en haussant les épaules dans un geste de mépris. " Tu te dissimules derrière tes convictions parce que c'est plus simple que d'affronter le fait que tu possèdes le pouvoir d'empêcher des drames comme celui que nous avons vécu. " Du bout des doigts, je touche la blessure qu'elle m'a infligé, et sert les lèvres.




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La paume de sa main est brûlante et ses doigts sont parcourus de fourmillements, des sensations qui, étrangement, l’apaisent un peu. La gifle l’a calmée, et elle se sent vidée d’une partie de sa colère, débarrassée d’une rage qu’elle contient depuis presque vingt ans. La douleur dans la voix de Constantine achève de balayer sa haine. Il souffre, encore aujourd’hui, elle le voit autant qu’elle l’entend et elle ne demande qu’à le croire, mais elle refuse de se laisser aller à la compassion. Ne lui reste plus que de l’incompréhension.

Joséphine a encore beaucoup de questions à poser, pourtant elle n’est pas certaine de vouloir le faire. Il a vu juste, elle n’a aucune idée de ce qui s’est réellement passé. Et surtout, elle ne sait pas pourquoi c’est arrivé. Elle voudrait lui répondre qu’elle s’en fiche, que ça n’a aucune forme d’importance, que rien ne peut justifier qu’il ait tué son frère. Elle voudrait pouvoir le lui affirmer, par loyauté pour Camille, mais sa curiosité est plus grande et la question finit par franchir ses lèvres dans un souffle.

« Alors explique moi. »

La tension dans son corps retombe doucement, en même temps que le volume sonore de leurs échanges, et elle l’observe calmement, s’attardant sur sa joue qui vire lentement au rouge. Elle se sent partagée entre l’envie de comprendre comment il en est arrivé là, et la crainte de voir toutes ses certitudes remises brutalement en question. Elle lui en veut depuis quinze ans, elle le déteste et le méprise pour ce qu’il a fait, et elle a peur de découvrir qu’elle a peut-être dirigée sa colère contre la mauvaise personne. Elle n’est pas prête à pardonner Constantine, et encore moins à abandonner l’image qu’elle a gardé de Camille. L’adolescent charmeur, le petit-ami attentionné, et le petit-frère fidèle. Déjà elle regrette d’avoir posé la question.

Joséphine se braque de nouveau à la seconde où Constantine affirme qu’elle aurait pu éviter ça, qu’on peut changer le futur. Elle refuse de l’entendre. Elle ne veut pas de ce pouvoir, parce qu’elle ne veut pas des responsabilités qui vont avec. Et ce n’est pas à lui de décider pour elle.

« Tu n’en sais rien ! » proteste-t-elle avec une lueur de défi dans le regard.

C’est facile pour lui, de venir donner des leçons de morale. Ce n’est pas lui qui vit en sachant la date et la cause de la mort de certains de ses proches, en connaissant une partie de son propre avenir et en s’inquiétant en permanence de la partie qu’il ignore. Il n’en sait rien, et ses affirmations ne valent pas mieux que les siennes. Il a décidé de croire que le futur pouvait changer, elle préfère se convaincre que c’est impossible, et il n’a pas le droit de la faire culpabiliser pour ça. La danseuse croise les bras sous sa poitrine, comme pour instaurer une barrière physique entre elle et Constantine.

Elle détourne les yeux alors qu’il l’accuse de fuir ses responsabilités et de se cacher derrière des affirmations qu’elle sait être fausses. Il a raison, une part d’elle le sait, mais elle ne peut pas l’admettre. Le reconnaitre serait comme accepter de devenir responsable de tous les drames qu’elle n’aura pas su empêcher, de toutes les visions qu’elle n’a pas su interpréter, de tous les rêves prémonitoires qu’elle a aussitôt oublié en ouvrant les yeux. Ce serait comme reconnaitre qu’elle est complice du meurtre de Constantine. Et elle s’y refuse.

« Et comment ? finit-elle par s’emporter. Comment est-ce que j’aurais pu éviter ça ? Il parle de modifier l’avenir comme si c’était aussi simple que de repriser une paire de chaussettes, mais on ne change pas le cours du destin comme ça. Elle avait prévenu Camille, l’avait mis en garde, lui avait tout raconté, et c’était arrivé malgré tout. Constantine ne l’aurait pas écouté non plus, elle le sait. Il n’y avait qu’une chose qu’elle aurait pu faire pour être certaine que sa vision ne se réaliserait jamais. Peut-être en te tuant le premier ? »

Son regard se fait noir, menaçant, et elle relève la tête vers lui, provocante, comme pour le mettre au défi de confirmer son hypothèse. Elle décroise les bras et, d’un pas, franchit le peu de distance qui les séparait. Elle refuse de recevoir plus longtemps ses reproches et ses accusations, de se laisser acculer comme si elle était coupable de quoi que ce soit. C’est lui qui devrait avoir honte, qui devrait la craindre, lui qui devrait se sentir mal à l’aise sous son regard, et elle entend bien reprendre l’avantage. Leurs corps se frôlent et elle sent un frisson parcourir son dos, mais elle ne cille pas et garde ses yeux rivés sur ceux de Constantine.



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- Alors explique moi. " M'intime Joséphine. Je fuis son regard. Sa considération est plus brutal encore que le coup qu'elle m'a porté. Nos émotions se répondent comme deux jumeaux qui se retrouvent mais avec une différence subtile parce que notre colère est différente. Elle s'assèche au même instant, je le perçois dans le souffle adoucit de sa voix et ça me donne envie de hurler. Pourquoi cette compassion soudaine, pourquoi cette attention, pourquoi ce désir de savoir ou de comprendre ? Je ne veux pas croire qu'elle imagine de me pardonner. Je n'en veux pas. Il n'y en a qu'un qui compte, celui de Camille, et il ne sera plus jamais là pour me l'accorder. Il ne reste que le pardon que je pourrais me donner à moi-même, mais je ne le ferais jamais, parce que ce serait souiller sa mémoire. Joséphine n'a rien à comprendre, je n'ai rien à lui expliquer. Cette histoire que je tais depuis presque vingt ans, dont je n'oublie rien, moi qui oublie tout, je refuse de la raconter dans ces circonstances.

Je ne sais pas si j'en serais capable. Les mots qui la composent n'ont jamais franchis mes lèvres.

- Non. " Ma voix est froide, cassante. " Pas maintenant. Pas ici." Il y a un flottement. Un flottement lourd et douloureux qui me force à ajouter, comme si je voulais calmer l'animosité et la colère qui nous étouffe : " pas comme ça. " Peut-être un jour futur, dans l’accalmie, sans colère et sans fatigue, je pourrais trouver la force de lui raconter toute l'histoire. Mais dans le temps présent, elle presque dénudé, pourtant aussi vulnérable que moi, dans ce lieu sordide où chaque mur semble une menace pour nos secrets, je ne veux pas. Il y a une chose pourtant qui pourrait l'aiguiller, et je lève la tête en fermant les yeux, pour retrouver son regard. " Camille portait la marque de Voldemort. J'ignore si tu as su. "

Probablement pas. La famille Égalité, dans son soucis de reconnaissance, a étouffé l'affaire avec un savoir-faire inquiétant. Et répugnant. Je ne supporte pas l'idée, encore aujourd'hui, que mes parents puissent avoir eu honte de Camille au point de lui arracher une partie de sa vie comme si elle n'avait jamais existé. Transformer sa mort et le contexte qui y a mené en un absurde accident de parcours, tragique, sordide. Pour moi c'est comme s'ils refusaient la responsabilité du préjudice que leur absence et leur manque de soutien a causé à Camille. De la même manière qu'on ne parlait jamais de mes handicapes magiques, de la même manière qu'on n'aborde plus jamais ma période de dépression après sa mort, ni la drogue, ni ma mise à pieds au Département, jamais on n'évoque l'allégeance de Camille. Une façade de perfection révoltante.

Joséphine se récrie face à mes accusations. Elle n’admettra rien, et même si au fond rien de tout cela ne me surprend, je suis exaspéré par ses négations continues, ses fuites répétées. Je vis sa lâcheté comme une agression personnelle, moi qui refuses d'alléger la responsabilité de mon meurtre, convaincue de la puissance du pouvoir qu'elle détient, paradoxalement prêt à l'utiliser pour une cause qui n'en porte aucune des traces de justesse morale. Pour le moment, j'ai oublié Leopold et sa mission. La constance de mon discours et la direction qu'il prend ne tiens qu'à cette conviction intime que je porte depuis toujours : Joséphine possède un don, terrible, d'un poids immense, mais capable de si grandes choses qu'il ne peut être relégué. Je ne conçoit pas qu'elle n'accepte pas de faire le don d'elle-même au profit de ce pouvoir.

Peut-être parce que je lui en veut.

- Et comment ? Comment est-ce que j'aurais pu éviter ça ? Peut-être en te tuant le premier ? " Elle s'approche brutalement, rompt la maigre distance physique qui nous préservait encore l'un de l'autre, s'enfonce dans mon regard, fière et dure. Je ne rompt pas. Je sens mon cœur cogner dans ma poitrine, compressé par tous les sentiments contradictoires et violents qui l'assaillent. Elle est trop proche. Je sens presque son souffle sur mes lèvres, les détails de sa peau, la chaleur de son corps nue qu'irradie sa présence bouillante. Les yeux, le corps, la bouche que Camille a aimé, je le sais, jusqu'au dernier moment. Même loin d'elle son cœur fidèle n'avait pas su l'abandonner. " Tu n'en aurais pas été capable. " Dis-je lentement. J'aimerai pouvoir reculer mais je refuser de céder et la proximité de son essence me retient comme une force puissante et invisible. Je soupire, lentement, avec une forme de résignation qui me rappelle mon épuisement. " Tu n'es pas ce genre de personne. " A quoi bon ? Doucement, je lui accorde la victoire, et détourne les yeux pour fermer les miens quelques instants. Je réalise que j'ai besoins de m'asseoir. " Tu t'es contenté de faire commerce de tes visions, sordidement, Joséphine. Ne parlons plus du passé. Peut-importe ce que tu aurais pu faire. C'est ce que tu pourrais faire aujourd'hui qui a un sens. " Je recule et me laisse tomber dans le fauteuil et passe une main sur mes traits tirés. Sous mes doigts, je peux presque sentir le cerne sombre de mes yeux. Je reste ainsi un moment, dans le silence, puis relève la tête vers elle après avoir jeté un regard las autours de moi. " Tu es heureuse, ici ? " Il n'y a aucun jugement dans ma question.


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Joséphine reçoit la réponse de Constantine comme une gifle en plein visage. Camille portait la marque des ténèbres. Elle ne veut pas y croire. C’est tellement absurde, tellement à l’opposé du garçon qu’elle a connu, de celui qu’elle a aimé. Comment aurait-il pu changer à ce point ? Pourtant elle sait que c’est vrai, elle le sent, elle l’entend dans la voix de son frère. Elle ne sait pas quoi faire de cette information. Une partie d’elle aurait envie de la rejeter, de nier en bloc et de faire comme si elle n’avait rien entendu. Mais une part d’elle veut en savoir plus. Elle a envie de comprendre comment cela a pu arriver, et comment elle a pu ne rien voir venir. Parce qu’elle n’a rien vu, justement. Et quelque part, elle s’en veut un peu.

C’est là toute la limite de son soi-disant « don » ; elle peut prédire la mort de quelqu’un sans avoir la moindre idée des causes ni des conséquences de cet évènement. Elle ne fait qu’apercevoir un avenir incomplet, arraché de son contexte, parfois déformé. Ses visions sont aléatoires, souvent très courtes, parfois difficiles à interpréter. Et c’est aussi pour ça qu’elle refuse la possibilité de pouvoir changer les choses. Le risque d’erreurs est beaucoup trop grand. Et si, pour éviter la mort de Camille, elle avait tué Constantine ? Aurait-elle sauvé un innocent, ou épargné un monstre ?

Il ne l’en croit pas capable, et elle sait qu’il a raison. Elle n’aurait pas pu le faire. Encore aujourd’hui, alors qu’elle sent le poids de quinze années de rancœur peser dans sa poitrine, même quand elle repense à la façon dont il a poignardé Camille, elle en serait incapable. Ce n’est même pas une question de morale, elle n’en aurait simplement pas le courage. Non, elle n’est pas ce genre de personne, elle n’agit pas pour sauver le monde mais elle n’est pas non plus une meurtrière. Cette passivité que Constantine lui reproche n’est pas seulement un défaut, elle l’empêche de réaliser le meilleur aussi bien que le pire.

Il s’éloigne finalement d’elle après avoir détourné les yeux et elle frissonne. Elle a froid, soudainement, sous sa tenue légère, et elle ressent pour la première fois le besoin de se couvrir, mais ne bouge pas. Il se laisse tomber dans un fauteuil en cuir sombre après avoir balayé le passé d’un geste de la main, comme s’il était aussi facile de l’oublier que de chasser un nuage de fumée. Joséphine ferme les yeux à son tour, lasse, en l’entendant parler de ce qu’elle pourrait faire aujourd’hui.  Elle sait, potentiellement, ce qu’elle pourrait faire. Ce qu’elle pourrait essayer de faire plutôt, car elle reste convaincue que l’hypothèse d’un échec serait la plus probable. Elle imagine très bien ce qu’il a en tête, mais elle ne veut pas. C’est peut-être égoïste, c’est peut-être du gâchis, et tant pis pour lui s’il ne le supporte pas, mais elle ne veut pas de ce rôle.

Joséphine rouvre finalement les yeux et pose sur lui un regard à la fois fatigué, presque écœuré.

« Et j’imagine que tu en as une idée très précise ? » soupira-t-elle en faisant un pas en arrière, comme pour mettre une distance supplémentaire entre eux.

Il n’y a plus aucune trace d’agressivité dans sa voix et ses grands yeux le fixent avec curiosité. Elle a beau savoir qu’elle ne veut rien faire de son don, elle est malgré tout curieuse d’entendre sa réponse. Elle veut se donner le luxe d’envisager cette opportunité qu’elle n’aura jamais le courage de saisir, juste pour pouvoir lui opposer tous les risques auxquels il n’aura pas pensé.

Joséphine se sent soudainement mal à l’aise, debout au milieu de la pièce alors que lui est assis dans son fauteuil. Ils sont revenus dans leurs positions initiales, mais si elle a affronté son regard insistant avec fierté, tout à l'heure, elle ne le supporte plus maintenant qu’ils se sont dévoilés tous les deux. Elle se sent humiliée, de se sentir ainsi à sa disposition, comme avec n’importe quel autre client, alors qu’elle aurait besoin de pouvoir lui parler sans toute cette mise en scène bien. Joséphine s’est rarement sentie aussi diminuée par son rôle, par sa profession, qu’à cet instant précis, alors même qu’il ne l’a même pas touchée.

Sa question la prend par surprise et elle laisse échapper un éclat de rire amer, qui sonne terriblement faux. Quel âge a-t-il, pour poser encore ce genre de questions ? Existe-t-il seulement des adultes heureux ? Des adultes qui ont réussi à devenir ceux qu’ils rêvaient d’être quand ils avaient dix ans ? Ce n’est pas son cas, évidement. Joséphine n’avait pas imaginé sa vie comme ça. Et si elle voyait son quotidien d’aujourd’hui avec les yeux de celle qu’elle était quinze ans plus tôt, elle serait probablement très malheureuse. Mais elle avait vieilli, elle avait appris, et sa vision de la vie avait évolué avec elle. Non, elle n’était peut-être pas comblée de bonheur, ici. Souvent elle songeait à partir, à faire autre chose, à aller voir ailleurs. Et pourtant elle restait, alors elle devait bien y trouver son compte. Les Folies Sorcières n’étaient pas le pire des endroits, pour une fille comme elle. Les clients étaient respectables, et souvent respectueux, les conditions de travail étaient correctes, elle était en sécurité. Et elle avait appris à se contenter de ça.

Elle se contente de hausser les épaules, et sent aussitôt la bretelle noire de son soutien-gorge glisser sur sa peau et tomber sur son bras. Elle s’empresse de la remettre en place, le regard fuyant.

« Je ne suis pas malheureuse. Elle tourne finalement la tête vers lui. Et toi ? lance-t-elle avec moins d'aplomb qu'elle ne l'aurait voulu. Tu as été heureux ? Depuis Camille. »



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Elle l'ignorait. Je ne suis pas surpris. Imaginer que Camille ai pu rejoindre les rangs des mangemort serait au-dessus de l'imagination de n'importe qui ne l'ayant pas côtoyé durant cette période. Il est certainement inconcevable pour Joséphine de transposer à l'image douce et altruiste qu'elle a connu le monde dur et barbare des alliés de Voldemort.

Il est encore plus effrayant d'analyser que ce qui l'y a conduit n'a rien n'a voir avec ses convictions. Le temps qu'il réalise ce que représentait vraiment d'œuvrer aux côtés du Mage Noir, il était trop tard. Des mois de naïveté, de mauvaises influences, et de solitude désœuvré.

Joséphine ne pose aucune question, mais j'ai eu le temps de voir passer dans son regard l'horreur et l'incompréhension. J'hésite un instant à défendre Camille, pour lui expliquer sa lente progression vers l'enfer, nos discussions houleuses sur ses nouveaux amis. Comment le blâmer ? Je n'étais jamais là, jamais disponible, sauf pour lui rappeler qu'il fréquentait les mauvaises personnes, sur le même ton que j'employais à critiquer fébrilement son intimité avec Joséphine. Ma jalousie passée l'avait probablement empêché de juger objectivement mon discours réfractaire, il avait vécu mes accusations comme une agression personnelle qui avaientt dû ressembler, à l'époque, à une forme de désir d'exclusivité.

Il avait trouvé ça injuste.

Ses amis lui faisaient découvrir de nouvelles choses, et étaient investi politiquement. Moi, je n'étais investi dans rien d'autre que mon travail égoïste.

J'ai encore du mal, aujourd'hui, à comprendre comment Camille a pu à ce point se voiler la face. Je peux simplement dire qu'à terme, s'il avait pu faire marche arrière, il l'aurait fait. Mais on ne quitte pas le rangs des Mangemorts sans en mourir. Et il le savait. Il le savait si bien que je suis convaincue qu'il s'est sacrifié, ce soir-là. Parce qu'il savait que j'aurais la force de mettre un terme à cette histoire, et que lui n'aurait pas le courage de me tuer.

J'hésite un instant à défendre Camille, mais les mots restent figés derrière le scellé de mes lèvres. Je ne dis rien. Il y aura un autre temps, j'en suis persuadé, pour aborder ce sujet. Car si me justifier auprès de Joséphine me révulse, il me semble primordial que Camille reste à ses yeux l'homme qu'elle a connu, et à qui elle puisse pardonner.

- Et j'imagine que tu en as une idée très précise ? " Je hoche la tête. Le fauteuil est presque moelleux contre mon dos, et j'envisage un instant de fermer les yeux et de tenter de m'y endormir, pour clore cette discussion épuisante. Je lève les yeux vers elle et la découvre vulnérable, debout au centre de la pièce, les bras le long du corps. Il n'y a plus rien de sa fierté provocatrice dans son attitude, seulement une fragilité profonde qui me toise avec un reste de courage tremblant. Je réponds à sa question par une autre. Il me semble à présent que nous avons tout le temps du monde. Son rire fend l'air comme un coup d'acier essuyé sur du fer, faux, désagréable. " Je ne suis pas malheureuse, " répond-elle, fataliste. Elle hausse les épaules d'un geste bref. Je suis du regard la dentelle fine qui glisse sur son épaule. C'est étrange d'imaginer que je possède le droit, si je le veux, de la déshabiller, de la toucher, de la posséder totalement. Il est encore plus étrange de se dire que contrairement à moi, Camille n'aurait jamais jugé sa situation. Il aurait seulement cherché à savoir si c'était ce qu'elle voulait pour elle-même. Il aurait respecté le reste. " Et toi ? " Je suis tiré de mes pensées. " Tu as été heureux ? Depuis Camille. "

Je la dévisage. Un silence s'installe entre nous, parce qu'il me faut quelques secondes pour réfléchir à sa question. Ais-je été heureux ? Étonnant, je ne me rappelle pas m'être posé cette question. Je fronce légèrement les sourcils. " Je ne sais pas. " J'expire lentement, capable soudain de lui parler de moi comme je ne l'ai plus fait avec personne depuis longtemps. " Il y a eu une période vraiment difficile, après. Maintenant c'est une sensation constante. Elle ne disparaît pas, et je ne l'oublie jamais, mais on cohabite. " Comme elle, je ne crois pas être malheureux, mais il me semble que cela n'implique ni le bonheur ni la tranquillité d'esprit. Il s'agit plutôt d'un équilibre, de concessions à faire avec la culpabilité et le poids de l'absence. " Ca fait longtemps que je ne dors plus sereinement, c'est sur… " Je fronce les sourcils et hausse les épaules d'un air dégagé : " Il me manque. "


J'ai détourné le regard et fixe mes doigts qui parcourent, rêveurs, la peau du cuir de l'accoudoir. " Le plus difficile, tu sais… " Perdu dans mes pensées, je souris à demi, un peu amer. " J’estime les autres scénarios, et à vrai dire… " Je me redresse, accroche son regard. " S'il avait renoncé, Voldemort l'aurait probablement fait éliminer. Et s'il m'avait tué… " Je ris sans joie. " Tu imagines ? Camille, tuer son propre frère ? Il n'aurait pas pu vivre avec ça. Et après la guerre ? Azkaban ? Tu te le représentes, entouré de détraqueurs, subissant les pires tortures, avec sur l'âme le poids de sa conscience ? " Je secoue la tête avec un sourire amer, les yeux brillants. Longuement, je considère Joséphine. Je me lève et m'approche d'elle en laissant glisser ma robe que je place doucement sur ses épaules. D'un geste tendre, je prends son menton entre mes doigts, et lui fait relever la tête. " Tu n'as pas à porter seul ce don, Joséphine. Mais tu ne peux pas renoncer à cette partie de toi. " Je repousse doucement une mèche de cheveux qui dissimule son front. Comment peut-elle être si pure ? " Laisse-moi t'aider. "


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Joséphine sentit sa gorge se nouer en écoutant Constantine évoquer la période difficile qui avait suivi la mort de son frère. Elle refoula la vague d'empathie qui menaçait de la submerger et s'efforça de ne pas croiser son regard.

Elle ne voulait pas voir la douleur dans ses yeux, et constater les ravages de ce manque qu'il confessait. Elle refusait de s'imaginer sa peine, de se mettre à sa place. Elle n'était pas encore prête à le plaindre, car cela aurait supposé de le pardonner, et elle lui en voulait encore beaucoup. Ce n'était pas seulement le meurtre de Camille, qu'elle lui reprochait. Elle lui en voulait de ne pas l'avoir écouté, à l'époque, de ne jamais l'avoir prise au sérieux, elle lui en voulait d'avoir disparu de sa vie pendant quinze ans et de se permettre de réapparaitre aujourd'hui, pour déterrer un passé qu'elle s'était appliquée à oublier.

Elle sentit Constantine détourner les yeux, pour se perdre dans la contemplation de ses doigts qui jouent avec le velours de l'accoudoir, et s'autorise finalement à tourner la tête vers lui. Pour la première fois elle remarqua les cernes sous ses yeux, ses traits tirés, et ses sourcils froncés dans une expression douloureuse. Elle ne put empêcher son coeur de se serrer douloureusement à cette vision.  

Joséphine tressaillit quand il releva la tête pour accrocher son regard et la mettre en face d'une vérité aussi troublante que terrible : le meurtre de Camille avait été la meilleure réponse à une situation sans issue. Cette vision qui l'avait hanté pendant des années, ce cauchemar terrible, n'était rien en comparaison de ce qui aurait pu arriver.

La danseuse secoua vaguement la tête à la pensée de son ancien petit-ami, enfermé à Azkaban pour le meurtre de Constantine. Camille n'y aurait pas survécu. Lui n'aurait pas supporté de continuer à vivre en sachant qu'il avait tué son frère. Peut-être que les choses s'étaient déroulées pour le mieux, oui, songea-t-elle avec amertume. Peut-être qu'elle avait eu tort de vouloir empêcher ça, et que son échec avait au moins permis à Camille de ne pas devenir un meurtrier. C'était bien la preuve qu'il ne fallait pas jouer avec l'avenir et encore moins chercher à l'influencer.

Joséphine suivit Constantine du regard quand il se leva et se débarrassa de sa cape, et le laissa faire quand il déposa le tissus épais sur ses épaules. Elle frissonna au contact de ses doigts sur sa peau mais se sentit aussitôt enveloppé d'une douce tiédeur, et renonça à toute volonté de refuser cette attention. Elle n'opposa aucune résistance quand il glissa une main sous son menton pour lui faire lever la tête, et se perdit un instant dans son regard, troublée.

Ses grands yeux pleins d'incompréhension se firent durs et distants quand il affirma qu'elle ne pouvait pas renoncer à son don. Elle ne pouvait pas empêcher les rêves prémonitoires, ni les visions, mais elle pouvait choisir de les ignorer. C'était son droit. C'était peut-être la solution de facilité, mais c'était aussi ce qui lui paraissait être la plus sage. Lui-même venait d'évoquer tous ces scénarios terribles qui auraient pu se réaliser s'il n'avait pas tué Camille. Les choses étaient peut-être mieux ainsi, si terribles soient-elles.

"Laisse-moi t'aider."

Joséphine tourna brusquement la tête pour se libérer de l'emprise de Constantine, alors qu'il replaçait une mèche de cheveux sur son front. Il offrait de l'aider mais elle le percevait comme une menace. Elle n'avait pas besoin d'aide, elle n'avait pas besoin qu'il vienne lui donner des leçons sur la façon dont elle devait ou non utiliser ses facultés. C'était son don, et elle pouvait décider seule de ce qu'elle voulait en faire. Il n'avait aucun droit sur elle. Il n'avait pas le droit de débarquer sans prévenir, de lui rappeler un passé qu'elle aurait voulu oublier, et de lui imposer une aide dont elle ne voulait pas.

"Ce n'est pas moi qui ai besoin d'aide," répondit-elle sèchement, en braquant de nouveau son regard dans le sien.

Ce n'était pas elle qui était venue le trouver après quinze ans de silence. Joséphine connaissait assez Constantine pour se douter qu'il n'était pas venu lui parler ce soir uniquement pour raviver les souvenirs douloureux de leurs jeunesses. Il y avait forcément une raison à sa présence ici. C'était lui qui avait besoin d'elle, et elle ne le laisserait pas retourner encore la situation à son avantage. Elle fit un pas en arrière pour remettre de la distance entre eux, croisant les bras sous sa poitrine.

"Qu'est-ce que tu veux, Constantine ?" sa voix avait perdu toute agressivité et son ton était las. Elle était fatiguée de cette conversation qui mettait ses nerfs à rude épreuve et ne demandait plus qu'à en finir.



Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des Mystèresavatar
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Le rôle que j'exerce ce soir me paraît plus détestable que tous les actes politiques inadmissibles que j'ai pu mener jusqu'à présent. Je m'en veux de m'être laissé troubler si facilement, si vite et si absolument que le simple regard de Joséphine suffit à me ramener des années en arrières, à extirper les images de leur puits suintant pour les placer dans la lumière du jours avec la vivacité d'un souvenir terriblement précis. Je déteste l'ironie de cette mémoire paradoxale qui oublie tout sauf ce qu'il devrait oublier, et rend le passé si présent et si vif par moment qu'il me semble qu'il s'agit d'un évènement survenu la veille, tout au plus, ce que je ne supporte pas. J'expire le plus lentement possible, avançant lentement sur ce terrain connu du traumatisme qui remonte posément, comme une vieille connaissance qu'on ne voudrait pas revoir mais qui s'impose chez vous après des mois de silence.

Je me pensais fort. Je me pensais prêt. Je pensais naïvement que Joséphine Chevalier n'avait aucun pouvoir sur mes sentiments, et encore moins sur ma culpabilité. Je la supposais fragile, lointaine. Je m'étais convaincu que le mépris que j'avais pour elle et qui ne représentait que les reste d'une relation de longue date, suffirait à me protéger de ses intrusions. Je m'étais trompé, gravement, sûr de moi, sûr de ma propre résistance. Je m'en croyais capable car je ne pouvais refuser la mission de Leopold, évidemment, clé de voûte stupide de tout cette histoire sordide, désagréable et fatigante.

Je sais que je me suis menti à moi-même, évidemment. On ne passe pas autant d'années à éviter soigneusement un lieu comme les folies pour la raison qu'on ne veut pas y croiser une vieille connaissance. Sauf si on sait, intimement, que cette rencontre pourrait avoir un effet désastreux sur notre moral. Face à Joséphine, plongé dans la dureté pure et profonde de son regard, je prends conscience brutalement du bandeau qui vient de m'être arraché, et que je m'étais soigneusement posé sur les yeux lorsque j'avais commencé à côtoyer le pouvoir, et que la présence de Joséphine s'était rapprochée de moi, insidieusement. Ce genre d'œillères qui vous fait penser que vous choisissez, parce que vous n'y prêtez aucun intérêt, d'échapper à la proximité d'une personne, ou de vivre une situation. Je réalise à présent que cette partie inconsciente de moi-même agissait soigneusement par peur et par lâcheté, par peur du pouvoir immense que Joséphine possède sur moi, par lâcheté parce que j'ai toujours été terrifié de me confronter à son jugement.

- Ce n'est pas moi qui ai besoins d'aide, " assène-t-elle, et je trésaille. J'ai senti son corps se raidir sous mes doigts en même temps que ma remarque l'atteignait. Je tente de garder sur elle un contrôle factice pitoyable, en prenant conscience que je ne maîtrise rien. J'esquisse un sourire pleins d'ironie, un sourire que je me destine à moi, à ma prétention, à ma vanité, et à mon mépris.

C'est étrange. Il me semble découvrir comme on ouvre brutalement une fenêtre la vérité sur une partie du caractère de Joséphine Chevalier. Plongé dans le noir si longtemps, j'ouvre les yeux sur le paysage éblouissant de sa puissance et de son emprise, et il me semble que je la redécouvre totalement, comme si je la voyais enfin pour la première fois. Elle n'a plus rien de la gamine présomptueuse de mes souvenirs, de l'enfant capricieux et lâche que j'ai connu à l'école, à la table de mes parents. Dans l'intimité de mon frère. Elle ressemble à une femme véritable, désormais, qui a vécu et surmonté des épreuves, qui vend son corps dans un cabaret de luxe vulgaire au service de la gent politique, frôlant le pouvoir du bout des doigts sans jamais le tenir mais déterminé à vivre avec le poids de ses souvenirs et d'une puissance qu'elle n'a pas voulu. " Qu'est-ce que tu veux, Constantine ? " Elle a tourné brusquement la tête et son ton ressemble au mien un peu plus tôt. Las, épuisé, résigné. Je rompt doucement le contacte sans bouger, ébranlé par la violence qu'elle me renvoie. Elle a raison, ce n'est pas elle qui a besoins d'aide. Un instant je me demande si une part de moi ne souhaitait pas vivre cette confrontation. Incapable de faire un tri soigneux entre les émotions qui s'agitent en torrents dans ma poitrine. J'ai du mal à accepter l'idée que j'ai besoins de parler de cet événement qui m'étouffe et que je n'ai jamais traité, avec personne.

Ma propre vulnérabilité me fait peur, alors je me rattache à mon prétexte. Leopold, sa mission, son désir, convaincre Joséphine de se mettre à son service, convaincre Joséphine, surtout, qu'elle peut faire quelque chose du pouvoir terrifiant qu'elle détient et qu'elle étouffe. Lui exposer l'affaire me semble de plus en plus difficile, évidemment. Moi qui imaginais pouvoir lui imposer les désirs du gouvernement sans me sentir affecté ni concerné par ce que cela impliquerait pour le futur, je me sens minable, honnêtement, de mener ce jeu de manipulation après les aveux que nous avons eu l'un pour l'autre.

C'est comme lui donner une véritable raison de me tenir responsable de tout ce qu'il existe entre nous.

- Je te l'ai dit. Je veux que tu arrêtes de fuir et que tu assumes le pouvoir que tu as. Que tu apprennes à t'en servir, et à l'interpréter. Que tu arrêtes de l'enfouir et de l'ignorer pour le mettre au service d'une cause qui te dépasse. " J'aimerai pouvoir quitter cette pièce pour ne plus jamais y revenir et à la fois mes propres paroles développent en moi une fascination profonde pour le sujet que j'aborde. " Je veux que tu recommences à faire ce que tu faisais si bien à Beauxbâtons, mais cette fois pour quelque chose de plus important que ta petite célébrité personnelle. " Je n'ai pu empêcher mon ton d'être acide, et je me surprends à être absolument incapable de lui mentir, à la fois sur mon but et sur l'amertume de mes souvenirs. Je suis à des lieux de me sentir capable de la manipuler. Et je suis conscient que je risque de louper mon but. "Je peux t'aider à le maîtriser et à le comprendre. Il pourrait arrêter d'agir sur toi. Et tu pourrais apprendre à redevenir maîtresse de ce que tu possèdes." Je la jauge durement. Elle me semble à la fois terriblement fragile et terriblement forte. "Je ne peux pas croire que te contenter d'ignorer tes visions -parce que tu en as toujours, n'est ce pas,- te suffise pour exempter ta culpabilité. Tu peux me faire croire que tu ne vois rien. Mais ça m'étonnerais que tu parviennes à t'en convaincre."


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Tout, dans la réponse de Constantine, lui est insupportable. Son ton acide, son regard plein de jugement, ses belles formules vides de sens. Il s’adresse à elle comme il parlerait à une enfant incapable de savoir ce qui est bon pour elle. Joséphine se sent brusquement agressée par cette attitude, qui la ramène inévitablement des années en arrière.

Il la méprisait déjà à l’époque, quand elle était une adolescente écervelée qui ne s’intéressait qu’au shopping et à ses copines d'école. Il ne lui a jamais caché le manque d’estime qu’il avait pour elle. Il considérait que c’était du gâchis, un tel don dans la tête d’une gamine si égoïste. Et aujourd’hui rien n’a changé. Ils ont presque vingt ans de plus et il la traite encore comme une adolescente capricieuse. Elle le déteste pour ça, et voudrait lui hurler toute sa rage au visage. Mais elle se déteste aussi, peut-être encore plus. Elle s'en veut de laisser ses paroles l’atteindre, de ne pas réussir à se détacher de son opinion. Elle voudrait n'en avoir rien à faire, et pourtant ses paroles la blessent.

Parce qu’elle a beau rejeter tout son discours en bloc, les mots de Constantine sèment malgré elle le doute dans son esprit. Il dénigre des choix qu’elle a elle-même mis très longtemps à accepter. Elle était promise à un avenir facile, à de longues études. Elle aurait du avoir le temps d’appréhender ce don de voyance, d’en faire quelque chose. Mais elle n’avait pas vraiment eu la vie qu’elle attendait. Elle avait dû faire des sacrifices qui lui avaient coûté très cher, qu’elle avait regrettés, mais qui lui avaient permis de s’en sortir. Il lui avait fallu de longues années avant de pouvoir regarder son parcours sans rougir, avant de réussir à assumer ce qu’elle était devenue. Aujourd’hui elle n’a plus honte de ce qu’elle fait, de ce qu’elle est, et Constantine n’a pas le droit de détruire cette assurance durement acquise en seulement quelques mots.

Joséphine fait quelques pas dans la pièce, comme si s’éloigner physiquement de lui pourrait la préserver de son discours méprisant et de cette image peu flatteuse qu’il projette sur elle. Elle lui tourne volontairement le dos et se fait violence pour ne pas lui ordonner de quitter la pièce immédiatement. Elle ne veut plus le voir, et surtout elle ne veut plus l'entendre. Mais on ne traite pas les clients comme ça aux Folies Sorcières, même quand ils sont aussi désagréables que Constantine Égalité.

« Et si ce n’est pas ce que je veux ? Elle se retourne vivement pour lui faire face. Si je suis très bien, avec ces visions incompréhensibles ? »

Elle n'arrive pas à mettre dans ses mots autant de conviction qu'elle l'aurait voulu. Sa voix mal assurée et son ton agressif trahissent un mal-être qu’elle ne parvient pas à dissimuler. Elle est sur la défensive. Constantine a raison, elle a encore des visions. Moins qu’avant, parce qu’elle ne cherche plus à les provoquer, mais elles sont toujours là. Souvent courtes, sans queue ni tête, très imagées. Comme un spectacle qu'elle n'aurait pas choisi de voir et dont elle ne saisirait pas le sens.

Elle n’essaye même plus de les comprendre. Et elle ne voit pas comme Constantine pourrait l’aider à y trouver un sens. Qu'y connait-t-il, au fond ? Dans ses souvenirs il n'étudiait même pas la divination à l'école.

"Et comment tu pourrais m'aider ? l'interroge-t-elle, méfiante. Tu n'y connais rien..."

Surtout, elle ne voit pas pourquoi il ferait ça. Elle le connait assez pour savoir qu’il ne se donnerait pas toute cette peine uniquement pour l’aider à redevenir « maîtresse » de son don.

"Et qu’est-ce que tu y gagnes ? Qu’est-ce que tu veux en échange ? »

Ce genre d’offre généreuse vient forcément avec un prix. Tout a un prix. Elle est bien placée pour le savoir. Même la fierté derrière laquelle elle se cache pour refuser la proposition de Constantine ne suffit pas à lui faire oublier que, elle aussi, elle a un prix. Et que s'il est prêt à le payer, elle pourrait bien accepter de collaborer.



Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des Mystèresavatar
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J'aurais dû refuser. Prêter une oreille attentive à ma conscience qui me glissait avec fermeté que confronter Joséphine Chevalier n'aurait rien d'un acte anodin. Donner à la sensation glacée dans le creux de mon estomac la légitimité qu'elle méritait alors, en y reconnaissant la certitude d'une douleur brutale et sourde. J'aurais dû dire à Leopold que cette mission ne me concernait pas, et que je ne m'y attellerait pas parce que mon temps était trop limité.

Mais je sais pourquoi je n'ai pas su dire non. Parce que le sujet est passionnant. Et parce qu'une partie de moi refuse que quiconque soit responsable de la douleur de Joséphine. Comme si le fait que Camille aurait voulu la protéger à tout prix me donnait le droit d'être le seul à la blesser. Comme si je ne pouvais me résoudre à abandonner ce contrôle que j'aurais sur elle et probablement sur sa douleur. L'idée qu'elle puisse être en contact avec quiconque d'autre que moi, vivre avec quiconque d'autre que moi cette discussion douloureuse que nous sommes en train d'avoir, me fend d'une rage profonde. Et puis je sais, au fond de moi, qu'il me faudrait un jour ou l'autre lui faire face.

Personne n'a le droit d'approcher ce qu'elle a vécu avec Camille et moi. Personne.

Elle glisse sous mes doigts, recule, se soustrait à mon regard en me tournant le dos, furieuse, bafouée. Il me paraît évident qu'elle brûle d'envie de me mettre dehors et je me demande ce qui la retient. Je ne supporterais pas, à sa place, la présomption que je pose sur elle et l'attitude méprisante qui flotte malgré moi entre nous deux. Je ne parviens pas totalement à m'en départir, comme une réminiscence d'un passé très ancré entre nous, alors que je sais que ma perception a changé et qu'il me semble à présent avoir une étrangère en face de moi. Une étrangère que je connais intimement.

- Et si ce n'est pas ce que je veux ? Assène-t-elle en se tournant vers moi d'un geste prompt de danseuse. Si je suis très bien, avec ces visions incompréhensibles ? " Je manque d'y croire un bref instant, mais elle dissimule si mal la tension dans sa voix, l'incertitude et la colère que l'illusion s'efface aussi rapidement que son exclamation s'achève. Je la toise un peu, le regard dur. Je secoue la tête, irrité de la voir fuir, encore et encore. Je suis persuadé qu'elle comprend ce que je lui dis et qu'au fond d'elle, elle acquiesce. Mais que, comme dans le passé, sa propre lâcheté l'empêche d'au moins reconnaître ses véritables dispositions.
- Vraiment ? Tu es très bien avec ces visions incompréhensibles ? " Dis-je lentement en reprenant ses mots, sans agressivité, seulement avec la constations visible que nous savons tous les deux qu'elle est en train de mentir. Je supporterais qu'elle accepte le mal qu'elle subit au quotidien de porter en elle cette capacité de lire l'avenir, mais qu'elle m'affirme ne pas vouloir y remédier. Mais son dénie total, par contre, est insupportable. Il est difficile pour quelqu'un comme moi, qui accepte souvent la vérité de sa condition, de voir une telle mauvaise foi ruisseler sous mon nez avec autant d'impudence. Pourtant je sais que Joséphine cherche encore probablement à se convaincre de quelque chose. Il lui a certainement fallut oublier combien ces visions étaient douloureuses pour pouvoir passer outre et faire sa vie différemment. Je sonde le dos qu'elle me révèle, exposé, offert, profondément vulnérable et la fois si hors de portée. J'aimerais que Camille soit encore là pour empêcher cette discussion d'exister.
- Et comment tu pourrais m'aider ? Tu n'y connais rien… " Il y a comme un vague changement de ton dans son affirmation, une méfiance incertaine qui n'existait pas dans la révolte de ses dernières paroles. Je ferme les yeux brièvement avec un fond d'exaspération subit dont je ne comprends pas la source.
- Bon sang.. C'est faux, Joséphine. " Dis-je avec un fond d'irritation que je ne cherche pas à dissimuler. Il m'est assez insupportable de devoir me justifier si basiquement sur mes compétences. Je sais pourtant qu'elle ne peut pas savoir, parce que le Département ne transmets rien. Elle ignore dans quoi je travaille, quelles sont mes forces et mes faiblesses. Elle ne se rattache probablement qu'au souvenir qu'elle a de moi à Beauxbâtons. Autant dire qu'elle a de réelles raisons de douter de mon utilité dans cette affaire. Je soupire doucement. " Je sais de quoi je parle, je t'assure. Mais est-ce que tu as réellement besoins d'être convaincue. " Je peux, si réellement elle en a besoins, lui proposer le plaidoyer de mes compétences mais bizarrement, je doute que cela soit réellement le fond du problème. "Tu sais... Moi non plus, je n'ai plus grand chose en commun avec celui que j'étais quand on se connaissait." Un instant, j'hésite à lui demander si de toutes manières, comme moi, elle serait capable d'imaginer quelqu'un d'autre à ma place pour traiter son don. Mais je ne le fais pas, parce que j'ai peur de la réponse. " Qu'est-ce que j'y gagne… " Je me fais songeur, un instant. Je ne suis pas celui qui y gagnera le plus, c'est certains. Leopold, au contraire… Je secoue la tête. " Tu ne comprends pas. " J'ignore comment faire en sorte qu'elle me croit. " Au-delà de ce que représente les connaissances inestimables que supposent le fait de savoir comment fonctionne un don de voyance… " Je sens que ma réponse sonne comme le désir d'un spécialiste d'extirper ses secrets à un rat de laboratoire. Je doute que cela soit une bonne chose, mais évidemment, je ne peux empêcher ma franchise déplacée de se glisser dans les interstices. " Maîtriser tes visions… Je te l'ai déjà dit. Je veux avoir la possibilité d'empêcher ce qui est arrivé avec Camille. J'ai été sincère. " Partiellement, du moins. Il paraît difficile, pour le moment, de lui expliquer ce que Leopold Marchebank vient faire dans cette histoire.



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Un regard en arrière pour un regard en avant (Joséphine)

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