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 Nothing left to say [Juliet]

Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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10 juillet 2010

"...et la princesse s'enfuit sur le dos du dragon, abandonnant le vilain prince dans la forêt", lut Jeremy avant de jeter un coup d'oeil à Gabrielle. Il constata avec un sourire attendri que la petite s'était endormie, et referma le livre pour enfants qu'il posa sur sa table de nuit. Jeremy observa sa fille dormir un instant, émerveillé par l'air paisible et innocent qu'elle pouvait aborder lorsqu'elle dormait, son petit poing refermé sur sa peluche phénix. Elle semblait rêver profondément, embarquée dans son propre univers, comme si rien au monde ne pouvait l'atteindre. Intérieurement, il se promit de tout faire pour qu'elle conserve cette innocence le plus longtemps possible. Rien ne devait venir perturber sa jeunesse, et c'était son rôle de père de s'en assurer.

Se penchant vers Gabrielle, le jeune papa la borda doucement, déposa un baiser sur son front puis se leva sans faire de bruit. Ce fut empli d'une résolution nouvelle qu'il quitta la pièce, pour aller s'installer dans le salon avec son manuel de métamorphose élémentaire. Il travailla un long moment, à la lueur d'une lampe à huile, le silence uniquement rompu par les "tic tac" de l'horloge à laquelle il jetait de temps à autre des regards peu amènes. Où était Juliet ? Il réalisa qu'il n'en avait pas la moindre idée. La soirée était plus qu'avancée, et cette question prenait de plus en plus de place dans ses préoccupations, en chassant progressivement la métamorphose. Finalement, lorsque la porte d'entrée s'ouvrit pour laisser entrer sa compagne, il était resté bloqué sur la même phrase depuis cinq bonnes minutes.

Refermant le manuel sur ses genoux, il tourna la tête en sa direction et l'observa qui accrochait sa cape et déposait ses affaires sans faire de bruit. Jeremy, lui, ne bougea pas du canapé, attendant que Juliet remarque sa présence.

"Salut", lâcha-t-il d'une voix basse, empreinte d'une colère maîtrisée. Il ne savait pas exactement d'où venait cette colère, ou plus exactement, il ne le savait que trop bien. Ce n'était pas raisonnable, de déclencher une discussion à cette heure-ci, et dans cet état d'agacement et d'inquiétude mêlés, il en avait parfaitement conscience. Pourtant, il se sentait incapable de retenir plus longtemps ses émotions, et se sentait sur le point d'imploser lorsqu'il la voyait revenir ainsi, comme une fleur, comme si le silence entre eux n'était pas en train de s'épaissir. Jeremy estimait avoir été plus que patient, mais sa patience avait des limites qui étaient vites atteintes lorsque l'équilibre de sa famille était en jeu. Cette-fois, Juliet devrait s'ouvrir à lui. Il ne laisserait pas cette situation intenable s'éterniser plus longtemps.

"Tu étais où ?", s'enquit-il d'une voix neutre, avant d'ajouter : "Bon Juliet, il faut qu'on parle."

Du regard, il l'invita à le rejoindre dans le salon. Son visage était fermé, et ses mains crispées sur la couverture de son manuel. Cette conversation l'effrayait, mais plus ils la repoussaient, et pire ce serait...



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Juliet E. BakerPoursuiveuse pour Flaquemareavatar
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"Ethan ? Ça va ?" interrogea Juliet en se frottant les cheveux avec une serviette déjà humide. Ce dernier, assit sur un banc et silencieux depuis plusieurs minutes, releva vers elle un regard parfaitement perdu, comme s'il venait à peine de remarquer sa présence.
"Ouais." répondit-il d'un ton bourru.

Ethan McGowan venait de livrer son premier match depuis le scandale qui avait frappé sa famille, quelques semaines plus tôt. C'était le premier match qu'il jouait sans sa sœur, depuis que cette dernière avait été recrutée par le club de Quidditch. Le premier depuis qu'elle avait été exécutée dans l'enceinte du ministère.

"Beau match." ajouta-t-il pour la forme en se redressant. Il resta longtemps figé face à elle.
"Toi aussi." répondit-elle doucement en posant sa serviette sur son sac de sport, déjà bien rempli.

Ethan McGowan n'avait pas seulement fait un beau match, il avait littéralement massacré leurs adversaires - jamais des Cognards n'avaient été frappés par une telle force. Un vague sourire étira ses lèvres, alors qu'il chargeait son balai sur son épaule, la saluait d'un sourire, et quittait la salle d'un pas lourd sous le regard de la jeune femme. Elle n'arrivait pas à s'habituer à fréquenter Flaquemare sans la présence de Lauren et ne pouvait même imaginer ce que ressentait son frère. Un bref frisson lui parcouru le dos alors que des images du procès de Lauren lui revenaient en mémoire. Un habituel sentiment d'injustice la secoua et elle s'efforça de repousser sa colère.

"Juliet ?" la héla Akila en la tirant de ses pensées, "Olivier veut qu'on revoit deux-trois trucs ce soir, pendant que - je cite - "le match est encore frais"" singea-t-elle en soupirant. "Tu peux rester ?"
La jeune femme consulta sa montre et hésita un instant avant de répondre : "Oui, bien sûr, j'arrive dans une minute." lâcha-t-elle en farfouillant dans son sac pour revêtir un jogging et son vieux pull Gryffondor par-dessus son t-shirt. Elle saisit son balai d'une main et descendit vers le terrain où l'attendait déjà ses coéquipiers Poursuiveurs.

L'entraînement se poursuivit jusqu'à tard - très tard, comme l'indiquait le jour qui déclinait doucement, pour laisser la nuit s'installer complètement au bout de plusieurs heures. Lorsque les trois Poursuiveurs furent autorisés à rentrer chez eux, Juliet était épuisée, tremblante et à bout de souffle. Elle répondit au "On se retrouve demain en pleine forme !" d'Olivier par un regard meurtrier, alors qu'elle aidait Akila à charger son balai sur son épaule. Les deux jeunes femmes s'aidèrent mutuellement à atteindre les vestiaires pour se laisser choir sans grâce sur les bancs.

"Je ne veux plus jamais remonter sur un balai de ma vie." souffla Akila en fermant les yeux et en massant ses épaules douloureuses.
Juliet approuva sa remarque d'un grognement. "Tu veux venir manger un truc avec moi avant de rentrer chez toi ?" proposa sa coéquipière en se redressant pour l'observer.
"Non, je vais rentrer, il est déjà super tard." déclina Juliet en jetant un coup d'oeil à sa montre. "Je vais me doucher et je pars. Mais une prochaine fois ?" proposa-t-elle en se relevant difficilement. Akila approuva d'un hochement de tête, et la jeune femme lui retourna un sourire avant de gagner les douches et de se glisser sous l'eau brûlante, qui laissait des marques rouges sur ses épaules et dans son dos.

Elle fit durer ce moment plus longtemps que nécessaire, se satisfaisant du silence si apaisant des vestiaires vides. Elle finit par éteindre le jet d'eau à contrecœur et rassembla ses affaires qu'elle fourra dans un grand sac. Elle prit enfin le chemin de la sortie, verrouillant derrière elle la porte. Sans plus attendre, elle transplana à Nimbus et parcourut les quelques mètres qui la séparaient de sa maison. Son hésitation - non, pas son hésitation, mais plutôt sa réticence - était palpable. Intérieurement, elle espérait que Jeremy soit déjà endormi, pour pouvoir seulement se glisser à côté de lui et rejoindre à son tour les bras de Morphée. Le plus discrètement possible, elle ouvrit la porte de la maison et déposa son sac dans l'entrée. Elle retira ses chaussures et, sur la pointe des pieds, se dirigea vers le salon. Elle le vit alors, assit sur le canapé, l'observant avec un regard qu'elle connaissait mais qui ne lui était que rarement destiné.

"Salut." souffla-t-elle en retour, la voix un peu faible. Elle déposa ses clés sur un meuble, n'osant pas s'aventurer vers son époux.

"A Flaquemare, on avait un match contre les Pies, aujourd'hui, et Olivier nous a gardé le soir pour l'entraînement. Je te l'ai dit hier..." se justifia-t-elle en croisant automatiquement les bras sur sa poitrine.

Mais Jeremy voulait discuter. Pire, même, Jeremy voulait "parler" et utilisait pour cela la pire formulation qu'il soit pour n'importe quel couple. La jeune femme sentit son coeur s'accélérer dans sa poitrine et ses mains devenir moites. Elle se figea en plein milieu de leur salon, luttant contre son envie de fuir le dialogue et de partir immédiatement rejoindre son lit pour se cacher au pays des rêves. Elle finit par le rejoindre et s'assit face à lui, dans un fauteuil qui avait été témoin de nombreuses disputes et de nombreuses réconciliations dans le couple - encore plus durant ces derniers mois.

"Oui ?" se contenta-t-elle de répondre, en observant son mari avec de grands yeux, à la fois résignée et effrayée.




Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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Jeremy considéra son épouse en silence tandis qu'elle s'installait face à lui. Ulcéré, il méditait sa dernière réponse en sentant son énervement augmenter face à son attitude craintive. Depuis toutes ces années, il avait appris à la connaître sur le bout des doigts. Le moindre tic, la moindre expression du visage ou intonation de sa voix suffisait à lui donner une indication de son état d'esprit. Ce fait pouvait les rapprocher mais parfois, comme ce soir, venir se glisser entre eux : Jeremy savait à quel point elle redoutait toute forme de conversation sérieuse avec lui. C'était d'ailleurs bien là le coeur du problème.

"Tu m'as dit que tu avais un match, pas que tu rentrerais à minuit", dit-il finalement d'un ton neutre qui dissimulait mal sa colère. "Un peu comme avant-hier, quand tu ne m'as pas dit non plus que tu ne rentrerais pas de la nuit."

Il s'abstint de poser la question - tu étais où ? - qui lui brûlait pourtant les lèvres depuis quarante-huit heures. Revenu de Poudlard après sa ronde du soir, sur un coup de tête par envie de retrouver son propre lit plutôt que de dormir dans sa chambre impersonnelle de l'école, Jeremy avait trouvé l'appartement vide. Gabrielle était chez ses grands-parents pour la nuit et Juliet, elle, où avait-elle disparu ? Il n'en avait aucune idée et s'était abstenu de poser la question lorsqu'elle avait réapparu le soir suivant. Jeremy considérait que, mariés ou pas, Juliet et lui avaient le droit à leur intimité et à faire leur propre vie sans chercher à contrôler les moindres faits et gestes de l'autre. En temps normal, il n'aurait probablement même pas cherché à savoir ou, par simple curiosité, sans la moindre animosité. Mais le temps normal était très clairement révolu et, plus Juliet le traitait avec froideur, plus elle se montrait fuyante, et plus Jeremy se surprenait à vouloir l'attirer à lui.

S'avançant sur le canapé pour poser sa tête sur ses mains, il l'observa un instant avant de laisser exploser ce qu'il avait sur le coeur :

"On ne peut plus continuer comme ça, Juliet ! Je ne peux pas continuer à prétendre que la situation est normale alors que tu n'es jamais là, que tu ne me parles pas ! Ça dure depuis trop longtemps, depuis l'accident, on dirait deux étrangers qui vivent ensemble et je ne supporte plus ça, tu comprends ? Alors explique-moi ce qui se passe, pourquoi est-ce que tu me fuis comme ça, pourquoi est-ce que tu me parles tout-le-temps comme si tu marchais sur des oeufs, qu'est-ce qui se passe ? T'as peur de moi, tu m'en veux, qu'est-ce qu'il y a ?"

*Parce que moi, je m'en veux, alors si c'est ça, dis-le moi.*

Jeremy s'était levé brusquement du canapé pour s'éloigner de quelques pas. Il tourna son visage vers la fenêtre dont les rideaux épais avaient été tirés, dissimulant à Juliet la tempête d'émotions qui s'y reflétait. Bien sûr, il avait conscience de ne pas s'y prendre de la meilleure des façons pour déclencher une conversation sensée et posée avec son épouse, mais c'était l'accumulation de semaines entières à tenter d'être présent et attentionné, sans jamais parvenir à percer la carapace de Juliet. Jamais ils n'avaient réellement parlé de ce qui s'était passé, de ce qu'elle pouvait ressentir, des choix qu'ils avaient fait et de la succession d'événements qui les avaient menés sur le port de Bristol ce jour-là. Et Jeremy y pensait chaque jour, vivait péniblement avec le poids écrasant de sa culpabilité, et la crainte grandissante de voir sa famille se morceler. Avec le temps, il en était même venu à jeter l'éponge, se plongeant lui aussi dans ses autres préoccupations : le travail, les études, la résistance. Tout, sauf de penser à l'état de son couple.

Mais il aimait trop Juliet pour laisser la situation perdurer. Reportant un regard douloureux sur la jeune-femme, il attendit sa réponse, le coeur serré par l'appréhension.



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Juliet E. BakerPoursuiveuse pour Flaquemareavatar
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Juliet sentit le rythme de son cœur s’accélérer nettement alors que Jeremy revenait sur ses absences. Elle lutta pour ne pas fondre en larmes, gardant pudiquement les yeux baissés vers son alliance, qui ornait sa main gauche depuis plus de deux ans maintenant.

« Excuse-moi. » répondit-elle d’une voix tendue, « J’allais partir quand Olivier nous a rappelé, et je n’ai pas eu le temps de te prévenir. »

Elle n’ajouta rien – elle préférait ne rien dire plutôt que de lui mentir. Cela faisait déjà deux jours que Théo et elle s’étaient retrouvés dans cette petite chambre, qu’elle avait ri contre ses lèvres, qu’ils avaient plaisanté, blottis l’un contre l’autre. Deux jours, et pourtant elle avait l’impression qu’une éternité s’était écoulée depuis ce moment hors du temps.

Courageusement, elle réussit à lever les yeux vers Jeremy. Elle croisa son regard, et s’y perdit.

Elle se détestait, à s’éloigner ainsi, à fuir lâchement parce qu’elle ne trouvait pas le courage d’affronter la situation, de partager ses doutes avec son époux. Elle avait peur. Une peur qu’elle n’avait jamais ressenti auparavant, qui la clouait sur place, qui pesait sur son cœur, sur ses épaules, sur son estomac. Elle était figée, de la même façon qu’elle s’était figée, là-bas, sur le port de Bristol. Elle était paralysée par le regard de Jeremy, par ses yeux dont elle connaissait chaque nuance de couleur et qui, aujourd’hui, paraissaient hantés par une colère lasse. Elle s’en voulait tant de le blesser en refusant de se confier à lui ; elle s’en voulait aussi, d’avoir partagé ses craintes avec Théo. Théo qui pourtant la comprenait si bien, avait si bien accepté tout ce qu’elle lui avait dit, avait eu exactement la réaction qu’elle avait besoin de voir.

Mais Théo n’était pas son mari – et son c’était son mari qui avait besoin de savoir, qui avait besoin de comprendre la situation, de la comprendre, elle.

« Non ! » s’écria-t-elle – un peu par réflexe – lorsque Jeremy lui demanda si elle lui en voulait.

Son coup d’éclat – aussi inattendu qu’attendu – la cloua sur place, alors que son époux se levait brusquement pour marcher nerveusement dans le salon. La jeune femme baissa la tête, et ses longs cheveux vinrent masquer son visage.

Lui en voulait-elle ? Oui, souffla une voix dans sa tête, qui ne faisait preuve ni de rationalité ni de logique. Non, contra-t-elle, un peu faiblement. Peut-être, conclut-elle douloureusement.

Mais cela n’était rien – absolument rien – par rapport à la culpabilité qu’elle ressentait, chaque jour, chaque heure et chaque minute de sa vie. Cette culpabilité morbide qui serrait son cœur et entachait ses pensées, qui la tirait encore et toujours plus vers les ténèbres. Car tout – tout ce qu’elle faisait – ne faisait que la renforcer : lorsqu’elle voyait Gabrielle rire aux éclats et qu’elle réalisait qu’elle envisageait, parfois, de ne plus jamais entendre ce rire. Quand elle surprenait le regard de Jeremy et qu’elle réalisait qu’elle envisageait, parfois, de ne plus jamais lui laisser la possibilité de la regarder. C’était un sentiment qui la suivait, tous les jours, mais qu’elle n’avouait pas parce qu’elle considérait qu’il s’agissait de la pire bassesse dont elle était capable de faire preuve. La culpabilité qu’elle avait ressentie, dans les bras de Théo, lui avait presque semblé salvatrice, en l’éloignant de la mélancolie morbide qui entachait ses pensées. Elle ne voulait rien dire, mais Jeremy voulait parler, Jeremy voulait savoir. Elle releva doucement la tête.

« Je nous en veux. » lâcha-t-elle finalement, d’une voix qui ne parvenait pas à masquer sa peur.. « Parce que ce bébé, on l’a perdu de cette façon à cause d’une décision qu’on n’a jamais réussi à prendre. » Elle laissa un moment passer. « Et j’en veux au monde entier de ne pas nous avoir laissé la possibilité de mener cette grossesse comme on le voulait. »

Elle savait que Jeremy n’avait pas envie d’avoir un deuxième enfant – du moins, pas si tôt. Elle n’était toujours pas au clair sur ses propres envies ; elle était encore bien trop proche de la situation et n’avait pas le recul nécessaire pour l’analyser. Ce qu’elle savait, en revanche, c’est qu’elle avait eu l’impression de perdre un enfant – un enfant potentiel, mais un enfant qui cristallisait aussi tous ceux qu’elle ne pourrait plus jamais porter. Elle avait vécu la perte d’un enfant, mais elle ne parvenait pas à faire son deuil.

« Pour moi, Jeremy, ça a été comme de perdre un enfant. » déclara-t-elle en se levant pour l’observer. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il comprenne ce qu’elle voulait dire – ou plutôt, ce qu’elle disait ressentir – parce que les hommes n’expérimentaient la grossesse de la même manière que les femmes, qui la sentaient. « Et oui, je me sens coupable, parce que… » Elle hésita, puis finalement lâcha, en un souffle. « Parce que c’est comme si l’univers nous disait « Hé, vous n’avez pas su prendre une décision quant à ce bébé ? Tant pis pour vous, c’était maintenant ou jamais. » Parce que maintenant, ce sera jamais, Jeremy. Je ne pourrais plus jamais avoir d’enfant. »

Ils n’avaient jamais évoqué cela ensemble, réalisa Juliet au fur à mesure qu’elle prononçait ces mots, un peu plus pâle que d’habitude, ses grands yeux gris cherchant le regard de son époux. Elle avait appris la nouvelle de la bouche d’un médicomage, à son réveil, mais ils n’en n’avaient jamais parlé.

« Donc non, ça ne va pas. » Elle avait, malgré elle, haussé le ton et observait Jeremy, les bras croisés sur sa poitrine. « J’arrive plus à me regarder dans un miroir. Littéralement et métaphoriquement, d’ailleurs, parce que j’ai cette putain de cicatrice qui me rappelle constamment ce qu’il s’est passé. J’y arrive pas. Je culpabilise tellement, c’est… » Elle ravala les dernières phrases qu’elle s’apprêtait à formuler, tout simplement terrifiée à l’idée de les prononcer. Elle sentait un frisson la parcourir, alors qu’elle reprenait, d’un ton plus calme, mais d’une voix plus faible, plus craintive : « Je culpabilise tellement parce que j’ai failli mourir, là-bas. J’aurai pu mourir, c’est un miracle que je sois encore en vie aujourd’hui. Et j’arrive pas à ne pas me dire que peut-être, les choses auraient été plus simples si ça avait été le cas. »

Elle sentit une sensation de froid s’emparer de son corps tandis qu’elle triturait nerveusement le bracelet argenté qu’elle portait à son poignet gauche. Immobile, elle osa un coup d’œil vers Jeremy.



Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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Un peu surpris par le coup d'éclat de Juliet, Jeremy s'était immobilisé pour lui faire face, attendant en silence qu'elle développe sa pensée. Finalement, ce qu'il avait tant espéré se produisit : à la brusquer un peu, il avait fini par la conduire à ouvrir les vannes et à décharger un peu de ce fardeau qu'elle portait seule depuis trop longtemps.

Lorsqu'elle affirma qu'ils avaient perdu ce bébé à cause d'une décision qu'ils ne parvenaient à prendre, Jeremy secoua la tête en signe de dénégation. Non. C'était aussi ce qu'il pensait, pourtant, au fond de lui, que c'était le karma, le destin ou quelque chose dans ce goût-là. Qu'on les punissait pour avoir seulement osé envisager mettre un terme à cette grossesse. Pourtant, d'entendre Juliet mettre des mots sur ce raisonnement lui en faisait réaliser toute la cruauté, toute l'absurdité. Ce n'était pas Jeremy et Juliet qui avaient décidé de perdre ce bébé, brutalement et violemment sur les pavés humides de Bristol. C'était la milice qui avait tourné sa baguette vers eux, un sort perdu malheureux, une injustice terrible. S'en vouloir était une chose mais ils ne devraient jamais oublier contre qui diriger leur colère. S'ils ne vivaient pas en dictature, alors ils auraient pu prendre cette décision librement, sans risquer d'en perdre la vie, ni leurs futures chances d'avoir un enfant. C'était aussi simple que cela.

Son visage se ferma de nouveau lorsque son épouse continua de lui expliquer son ressenti, et il ne put s'empêcher de lâcher un "Je sais" un peu sec lorsqu'elle lui rappela que maintenant, ce serait jamais. Qu'elle ne pourrait plus porter d'enfants. Que croyait-elle, qu'il n'était pas au courant ? Que cela ne le touchait pas, lui aussi, que cela ne le hantait pas jour après jour, sous prétexte qu'il n'avait pas voulu avoir d'enfant, maintenant ? Mais lui aussi était condamnée à cette infertilité, dans la mesure où il entendait bien passer le restant de ses jours avec la jeune-femme. Pour lui aussi, c'était un deuil et un renoncement, car lui aussi aurait voulu avoir d'autres enfants. Un jour. Devait-il vraiment se sentir coupable pour cela ? Etait-il coupable d'avoir voulu attendre, à vingt-deux ans, avant d'accueillir un second enfant dans sa vie ? Il ne voulait pas le croire. Ce raisonnement, c'était pourtant le sien aussi, mais il le combattait en même temps. L'entendre de la bouche de Juliet lui était insupportable, car si elle le blâmait pour ce choix alors, que resterait-il de leur mariage ? Comment pourrait-elle lui pardonner un tel sacrifice ?

Partagé entre la détresse et l'indignation, Jeremy continuait de tourner comme un lion en cage. Il finit par poser ses mains sur le dossier du fauteuil qui lui faisait face, le coeur serré face à la souffrance de Juliet. Il ouvrit la bouche pour lui répondre, adouci par la tristesse de la jeune femme, lorsque ses dernières paroles le clouèrent sur place.

"Pardon ?", s'enquit-il, l'air presque perdu, tandis que son esprit assimilait ce qu'elle venait de dire. "Plus simple ? Plus simple de quoi, de mourir ?"

Il n'arrivait pas à croire qu'elle ait dit ça. Son coeur se serra un peu plus fort dans sa poitrine, exerçant une pression douloureuse alors que le souvenir du corps de Juliet, cadavérique et ensanglanté sur les docks, lui revenait en mémoire.

"Plus simple pour qui, Juliet, exactement ? Pour toi, peut-être, si tu admets l'idée de laisser derrière toi une famille qui t'aime", éructa-t-il en la regardant, ulcéré, les yeux étrécis alors que le rouge lui montait littéralement au visage. "Pas plus simple pour moi, et certainement pas plus simple pour ta petite fille, celle qui est là, bien vivante, dans la pièce d'à côté ! Comment est-ce que tu peux dire ça, bordel ?!"

Il se prit la tête dans les mains, envahi par la peur. Et si Juliet les laissait, souffla une petite voix dans un coin de sa tête. Et si elle les laissait pour de bon, et si elle partait ? Qu'est-ce qu'ils deviendraient, tous les deux, Gabrielle et lui ? Cette hypothèse était tellement inimaginable qu'il la repoussa fermement, fermant les paupières un instant.

"Tu te rends pas compte, je crois, de ce que ça a été pour moi", reprit-il d'un ton plus calme. "Tu te rends pas compte de ce que c'était que d'essayer d'arrêter ton sang de couler, d'appeler l'ambulance et de l'atteindre, une putain d'éternité, cette ambulance, mais c'était rien cette attente par rapport au temps que j'ai passé dans ce putain d'hôpital à ne pas pouvoir respirer, à ne pas savoir si tu allais survivre ou si t'allait me laisser là, tout seul, à devoir expliquer à Gaby que sa maman était partie pour de bon, à devoir l'élever seul, à devoir survivre sans toi. J'ai prié et j'ai prié, pendant des heures, de toutes mes forces pour que tu reviennes, j'ai suspendu toute ma vie à la tienne. Quand enfin tu es revenue, c'était comme si je pouvais respirer de nouveau. Mais toi tu me dis que ça aurait été mieux de mourir ?"

Il secoua la tête en un geste incrédule, l'amertume se répandant en lui comme du poison. Lui aussi souffrait mais jamais il n'aurait envisagé préférer la mort à une vie avec Juliet, avec sa famille. Qu'elle puisse voir les choses différemment lui brisait le coeur.

"Oui, on a perdu un enfant, oui, on n'en aura probablement plus d'autre. Mais un enfant, on en a déjà un, qui est là, qui est adorable, qui mérite tout notre amour et toute notre protection. Gabrielle et moi, on est là, et c'est déjà bien, non ?"

Une forme de supplication se lisait dans son regard lorsqu'il prononça ces derniers mots. Ne nous abandonne pas. Il pouvait tout vivre, tout surmonter, mais pas ça.



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Juliet avait le cœur au bord des lèvres, tant terrifiée par la réaction de son mari qu'elle s'était figée face à lui, le souffle coupé. Elle voulait qu'il s'approche, qu'il l'enferme dans ses bras rassurants. Alors, elle poserait sa tête contre son torse, elle se laisserait bercer. Elle finirait par craquer, sûrement, par verser toutes ces larmes qu'elle réprimait depuis plusieurs semaines. Elle pleurerait là, blottie contre Jeremy, submergée par sa tristesse, mais enfin libérée de cette peur tenace. Oui, par pitié, songea-t-elle en l'observant avec de grands yeux suppliants, faîtes qu'il vienne.

Il n'en fut rien et son éclat de voix la laissa muette, alors qu'une expression douloureuse passait sur son visage et se fixait sur ses traits, tandis que l'amertume se répandait dans ses veines. Que croyait-il, au juste ? Qu'elle ne se sentait pas suffisamment minable ? Qu'elle ne culpabilisait pas, dès qu'elle observait sa fille ? Qu'elle ne se sentait pas égoïste ? Pire : pensait-il qu'elle se plaisait, dans cet état là ? Qu'elle restait dans cet état de tristesse parce qu'elle trouvait ça confortable ?" Il lui parlait de ce qu'il avait ressenti lors de son hospitalisation mais avait-il ne serait-ce que conscience de ce qu'elle avait vécu, elle ? Oui, il avait passé les heures les plus longues et les plus terrifiantes de sa vie, à attendre dans cette salle d'attente qu'elle se réveille. Oui, il avait senti que son existence n'était reliée qu'à un fil, qui menaçait de se rompre à tout instant. Oui, elle avait failli mourir, elle avait failli le laisser seul avec Gabrielle. Mais avait-il songé ne serait-ce qu'un instant à ce qu'elle avait ressenti, elle ? Pas à ce qu'elle avait vécu, mais aux émotions qui l'avaient assailli à son réveil ?

"Mais tu ne comprends pas, Jeremy !" s'exclama-t-elle soudain, semblant brusquement retrouver vie. "Tu ne sais pas ce que c'est, de se réveiller dans un hôpital et d'attendre toute une putain de journée que les médecins t'expliquent ce que tu fais là, ce qui t'es arrivée, pourquoi t'as un bandage autour du ventre et pourquoi tu te sens aussi vide" lâcha-t-elle en redressant le menton. "J'avais aucun souvenir de l'accident ! Aucun souvenir du temps que j'ai passé aux urgences ou au bloc ! Et là, un médicomage m'apprend - en deux minutes, allez - que j'ai failli mourir, pas une fois, mais trois fois. Trois fois. Que bon, une de mes côtes a perforé mon poumon, que j'ai eu les os de la hanche cassés, que j'ai fait trois putains d'arrêts, et que je me suis à peu près vidée de mon sang." Elle marqua une pause, le cœur battant la chamade. "Et ton enfant n'a pas survécu, t'apprend le médecin. Et d'ailleurs, désolée madame, mais vous n'en n'aurez plus d'autre. Et voilà." cracha-t-elle rageusement. "Alors, oui, très bien, vas-y, explique-moi comment tu fais pour vivre, après ça ? Explique-moi comment tu remplies le vide que tu ressens tous les jours ?"

La jeune femme secoua la tête et se tourna brusquement, fixant, sans les voir, les cadres qui étaient posés sur une étagère en bois.

"Parce que c'est ça, tous les jours, ce que je ressens. Je me sens vide. J'ai l'impression que mon corps ne m'appartient plus. J'ai l'impression de... De me contempler d'en-haut." reprit-elle en pivotant pour faire de nouveau face à son mari.

"Mais bordel, qu'est-ce que tu crois, Jeremy ?! Que je suis contente d'être comme ça ? Que ça me plaît, d'être en train de justifier ce que je ressens ?"

Elle se prit la tête entre les mains, en proie à un violent mal de crâne et ferma brièvement les yeux pour se soustraire à la vision de son époux qui lui devenait insupportable. Elle ne voulait pas avoir cette conversation, elle ne voulait pas se sentir encore plus minable, encore plus égoïste.

"Ce n'est pas que vous n'êtes pas assez, tu le sais très bien." lâcha-t-elle finalement après quelques secondes de silence. "Je te dis juste ce que moi je ressens." Et c'était peut-être la fatigue, peut-être la tristesse, peut-être la déception de ne pas le voir réagir comme elle aurait aimé qu'il réagisse, mais elle rajouta en détournant le regard : "Mais de toute évidence, ce n'était pas ce que toi tu voulais entendre."

Elle avait pourtant envie de s'excuser, de fondre en larmes et de se jeter dans ses bras. De l'enlacer en lui assurant que tout irait bien, que Gabrielle et lui étaient le plus grand bonheur qu'elle pouvait espérer connaître et que bien évidemment, qu'ils lui suffisaient amplement. Elle voulait retrouver son chemin avec Jeremy, avancer avec lui comme ils l'avaient toujours fait, en se soutenant à travers les épreuves, en s'épaulant obstacle après obstacle.

Et pourtant, elle n'avait jamais eu l'impression d'être si loin de lui.



Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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"Mais je ne voulais rien entendre !"

Les mots fusèrent hors de sa bouche alors qu'il tournait vers Juliet un regard malheureux, envahi d'une intense frustration. Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, Jeremy avait tout de travers et lorsqu'il tentait de lui expliquer à quel point il avait eu peur de la perdre, elle écartait sa peine d'un revers de la main, comme si la sienne surpassait tout. Ils ne se comprenaient pas, de toute évidence. Juliet était entièrement tournée vers sa propre douleur, visiblement incapable d'entendre qu'elle n'était pas la seule à souffrir de ce qu'il s'était passé, et qu'il lui fallait aussi prendre en compte ce que le reste de sa famille pouvait vivre. Mais non, elle restait dans une bulle où personne, pas même lui, ne pouvait l'atteindre, et ce constat l'emplissait d'un désarroi profond.

"Ce que tu peux vivre et ressentir j'y pense tout le temps, absolument tout le temps depuis que c'est arrivé, figure-toi !", s'exclama-t-il d'un ton douloureux, en secouant la tête. Il avait essayé, vraiment, d'être le mari patient et attentionné dont Juliet avait besoin. A vrai dire, cela n'avait pas été difficile les premiers temps, tant il était inquiet pour elle et soulagé de la voir en vie à ses côtés. Mais plus le temps passait, et plus il se sentait désemparé par la distance qu'elle maintenait avec lui, une distance qui n'avait jamais existé entre eux, même du temps où ils n'étaient qu'amis. Bien sûr, qu'il avait tenté de se mettre à sa place, mais elle ? S'était-elle arrêtée une seule seconde sur ce qu'il pouvait ressentir ? Visiblement pas.

"Je passe mon temps à m'inquiéter pour toi, à culpabiliser de ce qui est arrivé, à vivre et revivre dans mes cauchemars ce qui s'est passé, je me torture avec ces pensées et toi, tu me dis que je ne sais pas ce que c'est ?!", répliqua-t-il d'un ton ulcéré. Chaque fois qu'il regardait ses mains, il les imaginait couvertes du sang de Juliet, en train d'essayer de le retenir. Chaque fois qu'il traversait Bristol, chaque fois qu'il croisait un membre de la milice, il revivait la scène et la voyait chuter au sol. Et Sainte Mangouste, il avait vécu dans cet hôpital les pires moments de sa vie, bien trop conscient, lui, des heures qui s'écoulaient. Mais à part cela, il n'avait aucune idée de ce que c'était que d'être traumatisé... Il finit par lâcher : " Tu n'es pas la seule à avoir été traumatisée, tu n'es pas la seule à avoir perdu un enfant et la possibilité d'en avoir d'autres, et tu n'es pas la seule qui aurait pu mourir ce jour-là ! J'étais là, juste à côté de toi, on a vécu ça ensemble, Juliet ! Qu'est-ce que tu crois qu'il me serait arrivé si t'étais partie ?"

Y pensait-elle seulement lorsqu'elle évoquait la possibilité de sa mort comme d'une éventualité plus enviable que celle de sa survie ? Jeremy revint se laisser tomber sur le canapé avec un soupir, et ajouta : "J'essaie d'être là pour toi, j'essaie vraiment. Ce que tu ressens, t'as eu mille occasions de me le dire, d'essayer de m'expliquer, j'aurais été là pour toi, on aurait cherché des solutions ensemble. On peut encore. Mais si t'obstines à me traiter comme un étranger, quelqu'un qui ne peut pas comprendre ce que tu vis, ça va être compliqué."




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Juliet ne s'était jamais sentie aussi vulnérable face au regard de Jeremy. Après son accident, elle avait érigé autour d'elle des murs aussi hauts et aussi épais que ceux d'une forteresse, véritable protection contre l'extérieur qui lui paraissait alors hostile. Elle s'était obstinée à repousser ses proches - pas frontalement, mais en éludant leurs questions, en souriant pour contrer leurs regards compatissants et désolés. Longtemps, elle n'avait pas voulu parler, elle n'avait pas voulu se confier sur la peine qu'elle ressentait, sur l'angoisse qui lui prenait la gorge, sur la douleur lancinante qui ne la quittait jamais. C'était déjà suffisamment douloureux pour qu'elle refuse de décupler ces sentiments en les partageant à quelqu'un d'autre, pas même à Jeremy. Alors elle avait cultivé sa peine, l'avait gardé enfermé dans son cœur, avait tenté de l'endormir en utilisant plusieurs subterfuges qui, de toute évidence, n'avaient pas fonctionné. Aujourd'hui, elle lui semblait encore plus violente, encore plus douloureuse que d'habitude. Le regard tourné vers son époux, Juliet se sentait fébrile et eut peur un instant que ses jambes, tremblantes, ne puissent plus supporter le poids de son corps. Elle mourrait d'envie de quitter ce salon austère et sombre, de fuir cette conversation qui n'avait rien de libérateur mais pesait encore plus sur son cœur déjà endolori.

Mais sa peine, ses larmes qui lui piquaient les yeux, tout sembla s'envoler lorsque, pour la seconde fois, Jeremy éclata. Au lieu de se recroqueviller sous ses attaques, la jeune femme se redressa, l'observant avec un mélange d'incompréhension et de colère, secouant parfois la tête avec incrédulité. Elle se sentait blessée, presque trahie par sa réaction. Elle s'était mise à nue, lui avait dévoilé, pour la première fois, tout ce qu'elle ressentait, lui avait expliqué le vide qui s'était emparé d'elle, cette sensation que son corps ne lui appartenait plus, ce profond désespoir qui l'attirait encore et toujours vers le bas. Il voulait qu'elle lui parle et c'était ce qu'elle avait fait. A présent, il lui reprochait de ne pas l'avoir fait plus tôt ? Sérieusement ? C'était tout ce qu'il avait à lui dire ?

"C'est une blague ?!" explosa-t-elle finalement en s'immobilisant face à lui. Son éclat de voix lui fit prendre conscience du silence qui les entourait et elle sortit sa baguette magique de la poche de son jean pour jeter un sortilège d'insonorisation en direction de la cage d'escalier - la perspective que Gabrielle assiste à cette dispute lui était insupportable.

"On en est là maintenant ?" poursuivit-elle alors en fulminant. "Tu vas me reprocher de ne pas t'avoir dit ça plus tôt ? J'avais un temps déterminé pour le faire ?" Elle eut un éclat de rire sans joie. "Qu'est-ce que tu croyais, Jeremy ? Que ça allait me prendre deux semaines, un mois, et que ça irait mieux ? Que je passerai à autre chose ? Je n'y arrive pas."

Elle y pensait tous les jours ; chaque heure, chaque minute qui passait était une torture pour elle. Elle en voulait au monde entier, elle sentait une colère monstrueuse se développer en elle, brûlante et vive, trop intense pour qu'elle puisse la supporter. Et Jeremy ne comprenait pas, réalisa-t-elle en l'observant. Elle ne niait pas son traumatisme ou sa souffrance, mais elle ne pouvait pas imaginer qu'il l'expérimente de la même façon qu'elle. Elle comprenait ses peurs, mais il ne pouvait pas imaginer les siennes ; parce que sa douleur, à elle, était bien corporelle, logée tout au long de sa cicatrice. Elle avait perdu un enfant ; Jeremy avait perdu l'idée d'un enfant.

"Tu peux pas me dire ce que je dois ressentir, Jeremy." fulmina-t-elle en lui faisant face. "T'as pas le droit de rester là, à m'écouter te dire que j'ai eu envie de mourir, et m'expliquer que j'ai pas le droit d'être aussi mal. Qu'est-ce que tu sais de ce que je ressens ? De ce que je vis, tous les jours, depuis Bristol ?" Elle haussa le ton, alors que sa main droite agrippait nerveusement le bas de son sweat-shirt. "Qu'est-ce que tu crois que ça me fait, d'être tous les jours confrontée à ça ?" Elle souleva légèrement son vêtement pour laisser apparaître le bas de son ventre. Sa cicatrice était large, irrégulière, hideuse, encore boursouflée par endroit. Depuis le début, Juliet la masquait sous d'amples t-shirts, même lorsqu'elle était chez elle - surtout lorsqu'elle était chez elle. Elle laissa retomber le tissu. "Oui, tu dois vraiment savoir ce que ça fait pour te sentir légitime de me dire ce que je dois ressentir vis-à-vis de ça."

La jeune femme croisa les bras sur sa poitrine. Elle se sentait blessée, meurtrie par la réaction de son mari. Elle espérait trouver chez lui le soutien dont elle aurait besoin et était encore bien trop sensible pour réaliser qu'elle ne lui permettait tout simplement pas d'être là pour elle. Elle ne voyait pas non plus qu'elle le repoussait inlassablement depuis des semaines. Elle avait l'impression d'avoir fait un effort surhumain en s'ouvrant à lui et faisait désormais face à sa réaction, bien moins tendre qu'elle n'avait pu l'imaginer.

"Au bout d'un moment, il faut que tu réussisses à faire la part des choses entre ce que tu veux savoir et ce que tu ne veux pas entendre." déclara-t-elle en raffermissant le croisement de ses bras sur son ventre, comme si elle se raccrochait à sa propre étreinte. Le souffle court et le coeur battant la chamade, Juliet s'immobilisa face à son mari.  



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La violence de la réaction de Juliet ébranla Jeremy qui l'observa, les yeux arrondis par la surprise. Il n'avait pas l'impression que ses propos aient été à ce point scandaleux et, surtout, il n'avait absolument pas l'impression d'avoir exprimé un seul instant ce que Juliet était en train de lui reprocher. La situation devenait surréaliste - étaient-ils réellement en train d'avoir la même conversation, tous les deux ? A quel moment, en exprimant son propre ressenti, avait-il tenté de dicter quoi que ce soit à la jeune femme ? Complètement abasourdi, il l'écouta en tentant d'analyser ce qu'elle disait, sans comprendre comment ils pouvaient passer si complètement à côté de ce que l'autre essayait de dire. Il avait l'impression qu'elle déformait totalement ses propos, et surtout ses intentions. Ce dialogue de sourd était tellement étranger à leur dynamique de couple habituelle, eux qui se comprenaient d'ordinaire sans effort, qu'il ne savait comment réagir.

Ses dernières paroles lui portèrent un coup au coeur et il sentit son visage se fermer. Une fois de plus, elle l'empêchait de franchir l'immense fossé qui les séparait. Elle l'excluait sans même sembler sans rendre compte, fermant toute possibilité d'un "nous", affirmant haut et fort sa propre légitimité à ressentir sa propre souffrance, inégalée et inégalable, niant par là-même toute possibilité pour Jeremy d'exprimer son propre ressenti. Leur mariage ne semblait plus exister dans son discours, dans ses pensées, et Jeremy entraperçu pour la première fois une réalité dans laquelle des dommages irréparables avaient été causés à l'harmonie du jeune couple. Démuni, indigné par cette situation, par cette conversation horriblement frustrante qui ne menait nulle part, par ces incompréhensions et par l'injustice de la situation, il en perdit toute patience. Comment avaient-ils pu en arriver là ?!

Il l'aimait tellement, et pourtant à cet instant, elle lui faisait l'effet d'une étrangère. Recroquevillée sur elle-même, elle adoptait une posture défensive, comme confronté à un animal hostile, et cette attitude ne faisait qu'accentuer l'exaspération de Jeremy - même par ses gestes, elle le traitait comme un quidam agressif et non pas comme l'homme qui partageait sa vie.

"Mais je ne veux rien entendre, exposa-t-il, exaspéré, "Combien de fois il faut que je te le dise Juliet ! C'est toi qui met des mots dans ma bouche, là, et qui me prête n'importe quelles intentions ! Bien sûr que je veux entendre ce que t'as à dire, je ne demande que ça, MAIS A QUEL MOMENT est-ce que je suis censé te dire "mais oui bien sûr ma chérie" quand tu me dis que ça aurait été plus simple de mourir, au juste ? Désolé si moi non plus, je ne réagis pas exactement comme tu l'as décidé au moment où tu l'as décidé, hein."

Il enchaîna, sans lui laisser le temps de réagir, laissant sa voix prendre de l'ampleur puisqu'elle avait prit le soin d'insonoriser la pièce. Autant rentabiliser le sort, mais depuis quand devaient-ils en venir à de telles extrémités ? D'un geste, d'une tirade, Jeremy balayait de longues semaines à déployer des trésors de patience et de prévenance envers son épouse, à tenter de la mettre en confiance et de l'accompagner. Il aurait certainement pu continuer longtemps, ainsi, si son propre traumatisme n'avait pas fini par le rattraper. Ses reproches lui étaient d'autant plus durs à encaisser qu'elle ne semblait pas constater à quel point sa vie à lui aussi avait changé, à quel point son univers avait été ébranlé et à quel point il avait dû prendre sur lui pour tenter d'être présent pour elle. Mais à l'en croire ce n'était encore pas assez, ou pas assez bien. Peut-être qu'il ne pouvait pas faire les choses comme elle le souhaitait, tout simplement car elle lui en voulait et que cette colère trouvait, ce soir, un moyen de s'exprimer.

Qu'à cela ne tienne. Lui aussi était en colère. Lui aussi avait besoin de crier.

"J'te dis pas ce que tu dois ressentir, TOI, je te dis ce que je ressens, MOI. Mais tu t'en fiches en fait, au moins maintenant c'est clair. Rien de ce que je fais ou de ce que je dis ne te conviens de toute façon, j'ai bien compris. Alors très bien, je te laisse tranquille avec TA souffrance et TON deuil que je suis incapable d'appréhender, gros bêta que je suis. J'attendrai la prochaine fois que je prendrai un sort mortel, peut-être que là on pourra parler."

Peut-être qu'alors il comprendrait en quoi il lui était si dur de s'ouvrir à lui ; et qu'elle comprendrait ce que c'était, d'être celui qui reste et celui qui espère...



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Juliet aimait Jeremy d’un amour qu’elle n’avait jamais remis en question, pas même aujourd’hui alors qu’elle lui faisait face, tremblante de rage et de peine. Elle n’avait jamais eu aucun doute, aucune hésitation quant à l’amour qu’elle lui portait ou celui qu’il lui donnait en retour. Au contraire, elle avait toujours été assurée, confiante des sentiments de son mari à son égard et longtemps persuadée que rien ne pourrait les ébranler. Car l’amour – celui avec un grand « A » - vainc toujours, car l’amour prend patience, car l’amour ne passera jamais. Elle voulait y croire ; elle avait besoin d’y croire pour envisager une issue heureuse à leur situation, un happy-end, leur propre « ils vécurent heureux ». Pourtant, la certitude que son couple pouvait tout surmonter commençait à s’ébranler doucement, et pour la première fois Juliet sentit son mariage lui glisser entre les doigts.

« Je ne t’ai jamais demandé de me dire ça ! » rétorqua-t-elle, exaspérée à son tour par les intentions que lui prêtait Jeremy, « Excuse-moi d’avoir pensé que tu serais la dernière personne à me juger pour ce que je ressens. » déclara-t-elle en secouant doucement la tête.

Elle mourrait d’envie de quitter la pièce. Chaque seconde qui s’écoulait paraissait s’étendre sur des heures et l’atmosphère s’y faisait de plus en plus pesante. Juliet se sentit brusquement épuisée, lasse, vidée de toute énergie. Elle n’avait plus la force d’affronter Jeremy, plus la force de lui tenir tête et n’aspirait qu’à une chose : mettre fin à cette conversation qui n’allait nulle part. Car de toute évidence, ils n’étaient pas sur la même longueur d’onde et ne le seraient probablement jamais. Ils ne se comprenaient tout simplement pas. Juliet ne niait ni le traumatisme ni le deuil de son mari mais avait, à l’inverse, l’impression qu’il minimisait sa peine, qu’il lui reprochait cette dépression, comme si elle avait choisi de se retrouver dans cet état.

Et ce fut sa dernière phrase, mortelle et implacable, qui lui confirma cette impression. Elle se figea à ces mots, tandis que sa vue se brouillait de larmes. Il y avait des choses à ne pas dire, des mots qu’elle ne voulait pas entendre, des phrases qu’elle ne pouvait pas écouter sans que cela ne fasse remonter chez elle des souvenirs terrifiants et de violentes peurs. Elle resta là, immobile, face à Jeremy qui avait craché ces quelques mots sur un ton dur qu’elle ne lui connaissait pas.

« Comment tu peux dire ça… » souffla-t-elle, la voix tremblante, tandis que Jeremy, d’un pas rageur, quittait le salon et grimpait les escaliers quatre à quatre. « MAIS COMMENT TU PEUX DIRE CA ? » explosa-t-elle en s’adressant au dos de son mari, qui ne tarda pas à disparaître.

De grosses larmes se mirent à rouler sur ses joues, alors que, retrouvée seule, elle se laissa tomber sur un gros fauteuil en cuir. La jeune femme laissa sa tête reposer entre ses mains, secouée par de gros sanglots qu’elle réprimait depuis plusieurs mois maintenant. Elle pleura comme une enfant, le souffle court car elle ne parvenait plus à reprendre sa respiration, les épaules secouées de tremblements, le visage trempé de larmes.

Elle finit par se redresser en essuyant rageusement ses joues. Puis, elle se leva et parcourut nerveusement le salon, se posta à la fenêtre en espérant que l’air frais lui permettrait de se calmer, avisa un vieux paquet de cigarettes moldues qui trainait en hauteur sur le bar de la cuisine, se ravisa, puis céda et attrapa une cigarette qu’elle alluma prestement d’un mouvement de baguette. Elle tira dessus nerveusement alors que le goût et l’odeur la ramenaient à Poudlard, loin – si loin – de ses soucis actuels.

Un regard vers le ciel étoilé lui donna envie de saisir son balai et de s’envoler, comme si la hauteur parviendrait à lui faire oublier ses problèmes. La tentation était grande mais elle rejeta cette idée à regret, ayant parfaitement conscience que la fuite ne résoudrait rien.

La jeune femme n’avait pas la moindre idée du temps qu’il s’était écoulé entre le moment où Jeremy était monté et le moment où elle éteignit les lumières du salon pour gagner à son tour l’étage supérieur. Un regard jeté dans la chambre de Gabrielle lui tira un sourire attendri alors qu’elle marquait une pause pour contempler sa fille endormie. Puis elle rejoint la salle de bain après avoir refermé doucement la porte derrière elle.

Son reflet dans le miroir lui tira une grimace. Ses yeux – encore plus clairs que d’habitude, si c’était possible – étaient injectés de sang, gonflés. Elle avait le visage encore rouge et les cheveux en bataille. En silence, elle se glissa sous la douche, désirant prolonger un instant cette solitude paisible et essayant tant bien que mal de repousser les bribes de conversation qui lui revenaient. C’était peine perdue ; la voix de Jeremy résonnait encore à ses oreilles, les mots qu’il avait prononcé tournaient en boucle dans son esprit.

Elle finit par éteindre l’eau chaude, se sécha rapidement, se lava les dents, et passa un t-shirt ample en guise de pyjama. Elle eut un sourire en avisant le vêtement qu’elle portait : le maillot de capitaine de Jeremy, celui qu’il avait lorsqu’ils étaient à Poudlard. Il était floqué avec son numéro et son nom de famille, qui était désormais aussi le sien. Elle l’adorait – elle lui volait tout le temps pour dormir avec, et adorait le regard qu’il posait alors sur elle, ce mélange d’exaspération parce qu’elle lui piquait toujours des affaires, de tendresse parce qu’elle l’observait avec de grands yeux suppliants, et cette pointe de désir car elle n’était que très peu vêtue.

Elle se glissa hors de la salle de bain, parcourant sur la pointe des pieds les quelques mètres qui la séparaient de sa chambre. La maison était silencieuse, si bien qu’elle avait toutes les raisons de croire que Jeremy était déjà endormi. Elle poussa doucement la porte de leur chambre, le découvrant alors, assit sur leur lit. Elle s’immobilisa, son t-shirt frôlant le haut de ses cuisses dénudées, alors qu’elle posait sur lui un regard interrogateur.

Elle ne savait pas comment agir. Elle avait toujours leur discussion en tête mais n’avait aucune envie de la poursuivre ; elle n’avait plus envie de se battre.

« Je pensais que tu dormais. » lança-t-elle simplement d’une voix douce en s’approchant pour venir s’asseoir près de lui.



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La voix furieuse de Jeremy accompagna Juliet tandis qu'il quittait la pièce. Il ne pouvait plus poursuivre cette conversation, qui devenait un peu plus stérile à chaque instant. Comment pouvait-il dire cela ? Tout simplement parce qu'il le pensait, songea-t-il en traversant le couloirs à grandes enjambées furieuses. Envahi par la colère, comme rarement il l'avait été auparavant, Jeremy savait qu'il valait couper court à leur dispute avant qu'elle ne prenne une ampleur telle qu'il leur soit difficile de revenir en arrière.

A l'étroit dans cet appartement trop petit, il fit quelques allez-retours dans le couloir, tournant comme un lion en cage, le temps de reprendre ses esprits. Quand il se sentit calmé, il se dirigea vers la porte de la chambre de Gabrielle, qu'il ouvrit tout doucement, pour ne pas la réveiller. Avançant à pas de loups vers son lit, il s'assit à côté d'elle et appuya la tête contre le mur, pour l'observer pensivement. Son petit poing resserré autour de son doudou, Gabrielle dormait profondément. Un soupir s'échappa des lèvres de son père, qui sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. Et si Juliet et lui ne parvenaient-pas à régler leurs différends, et s'ils décidaient de se séparer, qu'adviendrait-il de leur petite fille ? Comment se partageraient-ils sa garde ? Autant de questions qu'il n'aurait jamais pensé se poser, et pourtant, pour la première fois, elles s'imposaient à lui. Ce soir, il n'avait pas trouvé trace de l'amour que Juliet lui portait d'ordinaire, que ce soit dans ses paroles ou son regard. Ce soir, il n'y avait que sa souffrance, tellement immense qu'elle écrasait tout.

Divorcés à vingt-deux ans... Cette pensée lui était insupportable. Jeremy ne pouvait imaginer son futur sans Juliet, c'était impensable. Pas après tout ce qu'ils avaient vécu ensemble. Leur couple avait toujours fait sens, car ils s'entendaient si parfaitement, que leur complicité était si naturelle, que vivre ensemble ne leur demandait aucun effort. Leur vie était plus belle, plus joyeuse, par la simple présence de l'autre. A quel point son existence serait fade, s'il ne pouvait plus la partager avec elle ! Mais si la personne dont il était tombé amoureux n'existait plus ? Juliet avait peut-être survécu, ce jour-là, mais elle n'était pas indemne et c'était peut-être ce que Jeremy refusait d'entendre. Peut-être que la Juliet qu'il aimait tant n'existait plus, peut-être qu'il avait ce deuil là à faire aussi.

Il secoua la tête, comme pour rejeter cette pensée, et se leva doucement pour quitter la chambre. Il était trop tôt pour se poser ces questions, trop tôt pour jeter l'éponge. L'enjeu était trop important pour baisser les bras. L'esprit embrumé par mille pensées noires, Jeremy regagna la chambre conjugale et se changea rapidement, avant de s'installer sur leur lit. Son regard se promena sur la pièce, dont il connaissait par coeur chaque recoin, chaque élément de décoration. S'attardant sur une photographie prise à Poudlard, bien des années auparavant, il examina les visages qui s'y trouvaient et réalisa que bon nombre d'entre eux appartenaient au passé. Une profonde tristesse l'envahit alors, et il se demanda s'il regarderait Juliet ainsi, un jour. Comme un fantôme du passé.

Bientôt, il entendit l'eau couler dans la douche de leur appartement et s'adossa à l'oreiller, écoutant silencieusement. Jeremy n'avait aucune envie de dormir. Des pans entiers de leur dispute éclataient dans sa mémoire, et ses entrailles se tordaient d'angoisse. C'était peut-être bien la première fois qu'il avait réellement peur de parler à son épouse, constat qui l'emplit d'amertume. Pourtant, il resta assis à attendre qu'elle finisse sa douche et le rejoigne, incapable de s'endormir après leur échange, comme si de rien n'était.

Enfin, la porte de la chambre s'ouvrit doucement pour laisser place à Juliet. Son coeur se serra à la vue de son vieux maillot de Quidditch, qu'elle lui piquait régulièrement. Il secoua la tête négativement quand elle s'assit à côté de lui en affirmant penser le trouver endormi. Jeremy la considéra silencieusement pendant un instant, puis finit par poser doucement sa main sur la sienne.

"Je suis désolé de m'être emporté", murmura-t-il en tournant vers elle un regard suppliant. Il ne voulait plus se battre, pas ce soir, mais il ne voulait plus fuir non plus. Jeremy avait besoin de retrouver momentanément un peu de tendresse dans leur couple, malgré leurs différends persistants, malgré les mots durs échangés. Cela ne signifiait pas que tout était réglé ni pardonné, bien sûr. Mais, il avait simplement besoin de sentir, derrière la froideur et la colère, un peu de cette chaleur qui lui manquait tant.




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Le regard suppliant de Jeremy la transperça et elle plongea ses yeux dans les siens en entrelaçant ses doigts avec ceux de son mari.

Il y avait encore tant à dire, à révéler, à avouer. Juliet n’avait confié à Jeremy qu’une infime partie de ses sentiments plus tôt, se refermant immédiatement sur elle-même à la seconde où elle avait pris conscience qu’il ne réagirait pas forcément de la manière dont elle l’espérait, trop effrayée par la perspective qu’il puisse lui en vouloir ou qu’il puisse la juger pour ce qu’elle ressentait. C’était paradoxal, en un sens, parce que Jeremy était censé être la personne à qui elle pouvait tout confier et pourtant elle ne pouvait pas se résoudre à le faire. Elle n’imaginait pas une seule seconde faire sa vie sans lui et pourtant elle le repoussait inlassablement. Elle mourrait de peur à l’idée de le perdre et pourtant elle laissait une distance mortelle s’instaurer entre eux, la contemplant avec fatalité. Finalement – mais peut-être ne le découvrira-t-elle jamais – si elle ne parvenait pas à ouvrir son couple à sa souffrance, c’était parce que cela supposerait que les choses finiraient par redevenir comme avant. Cela signifierait qu’il y aurait un « futur » un « après-Bristol » qu’elle n’était pas aujourd’hui capable d’envisager. Elle n’imaginait pas, un jour, que cet évènement ne soit qu’un « lointain souvenir », une époque désagréable dont personne ne parlerait. Elle avait peur d’oublier ce deuil, d’oublier cet enfant qui n’avait jamais vu le jour mais qui avait tant compté pour elle. Elle était entrée dans une spirale infernale, un cercle vicieux dont seul Jeremy pouvait la sortir mais qui lui interdisait aussi l’accès.

Elle voulait être capable de lui avouer tout cela, mais ne pouvait s’y résoudre. Car, inévitablement, il lui faudrait également parler de Théo et qu’à cette pensée elle sentait toutes ses maigres forces l’abandonner complètement. La main dans celle de Jeremy, les yeux plongés dans les siens, Juliet prit enfin conscience de toutes les conséquences de cet acte, de ce moment d’une douceur pourtant infinie qu’elle avait partagé avec son ami deux jours plus tôt. Elle avait trompé son mari ; et, en faisant cela, elle l’avait blessé d’une façon qu’elle n’était pas certaine de pouvoir un jour se pardonner. Pire encore : elle avait probablement porté un coup fatal à son mariage. Elle savait qu’elle devait lui en parler ; elle savait qu’il s’agissait de la bonne chose à faire – de l’unique chose à faire, même. Elle ne pouvait pas mentir à Jeremy ; elle détestait mentir et, en plus de cela, elle était une bien piètre menteuse.

Il y avait tant à dire. Alors, elle passa son bras dans le dos de Jeremy et murmura à son tour :

« Je suis désolée aussi. »

Puis, elle posa sa tête sur l’épaule de son époux, savourant tristement cette étreinte, retrouvant une tendresse perdue.

Il y avait tant à dire mais elle ne pouvait se résoudre à prendre la parole, comme figée par la crainte et la honte. Elle resta ainsi silencieuse, enveloppée dans le silence qui régnait dans la chambre. Elle ne voulait pas se battre, pas aujourd’hui, pas après cette soirée qui avait été tout simplement horrible, pas alors que Gabrielle dormait juste à côté. Egoïstement, elle savait aussi qu’elle ne le voulait pas parce qu’elle ne pouvait pas envisager que son mariage prenne fin ce soir. Elle resserra sa prise autour de Jeremy pour faire passer son bassin par-dessus ses cuisses et se retrouver sur ses genoux.

« Je suis désolée » ça ne voulait rien et tout dire. Elle était désolée, effectivement, que la situation se soit envenimée à un point qu’ils ne parvenaient plus à se parler. Désolée pour ce qu’il s’était passé, quelques mois plus tôt. Désolée pour la peur qu’elle lui avait causée. Désolée s’il avait l’impression qu’elle niait sa peine ou son deuil. Désolée si elle devait faire un travail sur elle-même et qu’elle ne pouvait pas le partager avec lui. Désolée pour Théo. Tellement désolée pour Théo. Désolée aussi que, malgré sa culpabilité, elle ressente toujours, au fond d’elle, ce sentiment inexplicable que ce moment hors du temps avait été si doux, si parfait, si logique.

Elle avait un milliard de choses à rajouter derrière ce « désolée » mais les fit taire, une à une. Parce qu’avant tout, elle était désolée pour eux.




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