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  Make their dreams come true... [Nelly & Virgil]

Virgil ForbesSixième annéeavatar
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17 juillet 2010

Les portes de l’ascenseur magique se refermèrent derrière Virgil qui laissa échapper un long  bâillement sonore, à s’en décrocher la mâchoire. Il était levé depuis à peine dix minutes et avait transplané directement à Skye sans prendre le temps de déjeuner. L’adolescent avait veillé une grande partie de la nuit, sa mère et ses petits frères étant partis en vacances à Bude il avait l’appartement de Londres pour lui tout seul. Dean était venu manger hier soir, ils avaient regardé un match de foot ensemble à la TV moldue puis son ainé était rentré à Bristol. Virgil s’était ensuite lancé dans une partie de jeu vidéo qui l’avait occupée jusqu’au petit matin.

Si Meredith Kane avait vu ses cernes aujourd’hui, elle lui aurait surement balancé son éternel couplet sur l’hygiène de vie irréprochable qu’il était censé avoir.
* Balek.* songea l’adolescent en observant son visage marqué sur les parois vitrées de l’ascenseur au moment même  où les portes s’ouvraient au -2, l’étage des salles d’opération et des bureaux des Traqueurs.

Tous les matins, Virgil passait voir Elisabeth, la secrétaire de Stern, qui lui donnait sa blouse et son planning de la journée.

Pas les Archives Mémorielles, pitié, songea d’ailleurs l’adolescent en s’approchant de la jeune femme.

-Bonjour, souffla-t-elle. Elle reporta son regard sur l’horloge qui indiquait 8h07et tourna la tête en direction du Gryffondor, Vous savez que vous commencez à 8h…

A Skye, il y avait deux types de personnes : Ceux qui le tutoyaient, autrement dit les « cool » -Nial à l’accueil et Déborah à la compta, entre autre- et ceux qui le vouvoyaient que l’on pouvait aisément  qualifié de« Pète-couilles ». Ces petits employés du bureau insignifiants dont le seul but dans la vie était d’arriver à l’heure au travail.
Il n’était pas difficile de savoir à quelle catégorie de personne appartenait Elisabeth Golwerthy qui se tenait face à lui.

« Il y avait du monde au Passage de l’Accueil. J’étais en haut à 8h. » répondit-il en enfilant sa blouse immaculée. Pur mensonge. Il avait surtout prit le temps d’échanger quelques mots avec Nial, fan de foot comme lui.
« Vous devez être à votre poste de travail à 8h et non pas dans les locaux à 8h… Vous comprenez la différence ? »

Il n’était pas stupide non plus. L’adolescent se retint de lever les yeux au ciel –très mauvaise idée- et riva ses yeux cernés dans ceux de la secrétaire.
« Oui. Je comprends. »
La réponse n’avait rien d’insolente mais l’aplomb dont il faisait preuve résonnait toutefois comme une bravade.

« Bien. Répondit-elle en reportant son attention sur ses papiers, Le P. Stern vous attend. »

Virgil haussa un sourcil. Tobias ne l’avait jamais reçu dans son bureau jusqu’à l’heure. Généralement son tuteur de stage le retrouvait directement sur les secteurs où l’adolescent était affecté dans la journée.
« Maintenant ? »
« Non. Il y a sept minutes… » répondit Elisabeth en inclinant légèrement la tête sur le côté.

Virgil l’observa quelques secondes en silence –agréablement surpris par sa répartie, il devait l’avouer- avant de rejoindre le bureau de son maitre de stage. Tobias Stern avait le nez plongé dans un épais dossier lorsque Virgil entra. Le Traqueur releva la tête et accueillit l’adolescent en désignant le fauteuil face à lui comme pour l’inviter à s’asseoir.

« Encore un dossier Leopoldgrad, révéla le tuteur en parcourant du regard les pages posées sous ses yeux, décidément je n’arrête pas avec ça en ce moment, commenta Tobias. Il réajusta ses lunettes et entama sa lecture à voix haute, à extraire : Visions traumatisantes de corps mutilés et de cadavres dans les décombres de la March’bank. Résidus persistants : Flashbacks, cauchemars à répétition. Sensation d’angoisse, oppressement,… » Stern referma la pochette sur elle-même avec un soupir las, Bref, …la routine. » souffla-t-il en ôtant ses lunettes en demi-lune avant de se masser l’arête du nez.

La routine de son tuteur de stage avait l’air nettement plus passionnante que la sienne, songea l’adolescent en s’asseyant. En effet, lorsque Stern était occupé dans le Quartier Haute Sécurité,-C'est-à-dire très souvent- Virgil se retrouvait encore et toujours au classement. Dire que Tobias se plaignait presque d’avoir à extraire des images de la tête d’un patient ! Virgil aurait payé pour tenter cette manipulation mentale plutôt que de classer des fioles de souvenirs sous les ordres d’Andréa aux archives mémorielles, l’activité majeure de sa période de formation à Skye.  Heureusement, Stern était venu brisé cette monotonie quelque fois. Il était remonté du Quartier Haute Sécurité pour quelques heures, ou au maximum une demi-journée, et il avait formé l’adolescent sur les différentes missions d’un Traqueur. Le Gryffondor avait pu assister à plusieurs extractions en sa compagnie et à une réhabilitation de souvenirs… S’il n’avait pas eu l’opportunité de découvrir le véritable travail des Traqueurs de Conscience lors de ces brefs moments, Virgil aurait probablement déjà laissé tomber son stage.

Ces rares instants avec Tobias Stern le poussait à persévérer et à faire profil bas même si, pour être tout à fait honnête, Virgil ne faisait pas grand-chose lors de ces opérations. Il attrapait les souvenirs fraichement extraits par Tobias et les rangeait dans des fioles stérilisées pour éviter qu’ils ne s’altèrent puis il les étiquetait précisément. Un énième stupide travail de rangement, en somme, mais au plus proche de l’action. Virgil pouvait observer Stern en pleine traque de souvenirs, la baguette pointée sur le front du patient. Derrière les paupières closes de son tuteur, il pouvait discerner le mouvement rapide de ses globes oculaires. Stern semblait passer les réminiscences en revue à toute vitesse, comme s’il consultait un catalogue, avant de tirer d’un geste ample un filament argenté de l’esprit du patient qu’il tendait à Virgil en l’accompagnant d’une brève description avant de retourner à l’assaut de l’esprit du patient.

Un spectacle saisissant dont ne se lassait pas le Gryffondor et qu’il espérait bien revoir aujourd’hui.


« Je vais devoir vous assister sur cette extraction ? » s’enquit Virgil en tachant de ne pas paraitre trop enjoué à l’idée de trier des images gores de cadavres et de corps mutilés.
« Non. Pas cette fois, répondit Stern en reposant ses lunettes sur son nez. Il s’appuya sur son bureau et entrelaça ses mains avant de continuer, si je t’ai fait venir aujourd’hui c’est pour effectuer ton bilan de mi-stage. »
« Ah. » lâcha Virgil. Il allait donc retourner aux archives mémorielles après cet entretien. O, Tristesse, Ô décevoir.
« Alors ? »
Virgil posa son regard clair et cerné sur Stern. C’était peut-être le moment d’avouer qu’il en avait plus qu’assez des missions de classement qu’on lui confiait depuis deux semaines.
« Vous voulez que je sois sincère ? »
« De préférence, oui. »

Non, Stern ne le voulait pas, Virgil en était persuadé. Il ne souhaitait pas l’entendre dire qu’il se faisait royalement chier et traiter comme une sous-merde. Andréa lui avait fait recommencer deux fois –deux fois !- ses pages d’écriture dans les registres. Il avait l’impression de retourner à l’école primaire avec elle.

« J’aime découvrir votre métier, répondit-il toutefois, Les opérations d’extraction ou de réhabilitation, la rédaction des protocoles. J’ai vraiment l’impression d’apprendre des choses quand je vous assiste dans votre quotidien, Virgil fit une pause,  Après…quand vous êtes au Quartier Haute Sécurité et que je dois rester dans les étages supérieurs les taches qui me sont confiées sont nettement moins…enrichissantes. »

Mais quelle putain de langue de bois ! Il ne se pensait pas capable d’un tel discours. Franchement, il progressait.

« Tu n’aimes pas le classement ? » fit mine de s’étonner Stern.

Le vieux pervers...Tout le monde savait à quel point cette mission était ennuyante à souhait.
« Je suis sûr que vous connaissez déjà ma réponse. » souffla Virgil, sans toutefois répondre à la question.

« Tu te doutais bien, en demandant un stage ici, que nous n’allions pas te confier un patient immédiatement…. »Logique.«  Avant de tester tes aptitudes en terme de réhabilitation mémorielle nous devons voir si tu es une personne digne de confiance, capable d’exécuter des taches simples*comme faire le café pour tous les Traqueurs de l’étage*, songea ironiquement Virgil, et capable aussi de t’intégrer facilement aux équipes de notre Centre de recherches. »

Tobias repoussa ses lunettes sur le bout de son nez et attrapa un dossier sur son bureau qu’il ouvrit :

« Globalement tu as fourni un travail satisfaisant, notamment avec moi et, plus étonnamment, au service comptabilité -Merci Déborah- Les tâches qui t’ont été confiées ont bien été exécutées, même s’il a fallut, parfois, s’y prendre à plusieurs reprises dans certains services –N’est-ce pas Andréa- Les règles de sécurité et de confidentialité ont été systématiquement respectées et nous avons particulièrement apprécié que tu remplaces Katherine au pied levé pour effectuer la Visite guidée du Centre à la nouvelle apprentie des Mystères… »

Mais ?
Virgil savait qu’il y avait forcément un « mais ». Dans son cas, il y en avait toujours un.

« Il faut toutefois que tu fasses plus attention au retard le matin. Deux en deux semaines, c’est deux de trop.  Ce comportement te dessert. »  
Sous le regard insistant de son maitre de stage, l’adolescent sentit un vague sentiment désagréable l’envahir. Il n’aimait pas se faire sermonner par Tobias essentiellement parce qu’il avait beaucoup de respect et d’estime pour cet homme.

« Cela ne se reproduira plus. » répondit Virgil en s’étonnant lui-même. Brrrr. Il détestait prendre ce genre d’engagement qu’il n’était vraiment pas sûr de pouvoir tenir mais une partie de lui refusait de décevoir Stern.

« Sage décision, lâcha le tuteur en refermant le dossier le concernant, Alors, aujourd’hui, tu es affecté à  l’Atelier. » reprit-il de but en blanc.
« L’Atelier de création de souvenirs ? »
« Tout à fait. »
« Ils ont des choses à classer ? » demanda Virgil. Il tachait d’avoir l’air le plus détaché possible.
« Je ne sais pas. Peut-être, répondit Stern en fronçant légèrement les sourcils, mais tu n’y vas pas pour du classement. Tu as surement pu observer que les Traqueurs fonctionnent en étroite collaboration avec les Tisseurs, n’est-ce pas ? »

L’adolescent hocha la tête. Il avait assisté à une réunion de travail entre Tobias Sern et Magdalena Pilar Lourdes de Vasconcelos, une tisseuse de mémoire. Durant cet entretien, les deux employés de Skye avaient défini ensemble un protocole de réhabilitation mémorielle. Ils avaient décidés conjointement quels nouveaux souvenirs ils allaient créer en remplacement de ceux extraits de l’esprit d’un patient.

« Et bien je souhaite voir si tu es capable de travailler en équipe -C’est un des points à améliorer de ton dossier- révéla Tobias en tapotant la pochette qu’il venait de refermer- Ma collègue vous a préparé un petit exercice. » ajouta-t-il avec un demi sourire.
« Nous ? »
« Oui, toi et l’autre stagiaire… il fronça les sourcils comme pour fouiller sa mémoire,…j’ai perdu son nom. »
« Horrocks ? »
« Oui, c’est ça. Horrocks. Vous allez devoir rédiger ensemble  un protocole pertinent pour un patient factice et créer les souvenirs de remplacement qui vont avec. » Stern laissa passer quelques secondes de silence « Intéressant non ? »

Virgil n’arrivait pas à savoir ce qui lui plaisait le plus dans ce projet : Travailler, enfin, sur du  concret autour d’une véritable étude de cas et avoir l’occasion de faire ses preuves et de montrer ses compétences -autre que « je maitrise parfaitement le classement alphabétique » j’entends. Ou avoir l’opportunité de passer un peu de temps avec Nelly.
Bien qu’ils soient en stage dans la même institution, les deux adolescents n’avaient pas beaucoup eut l’occasion de se croiser. Ils n’avaient pas des horaires concordants et n’avaient jamais été affecté au même service simultanément.  Ils se voyaient seulement, de temps en temps, à la cafétéria de l’étage -5, généralement entourés de tous les autres employés du Centre...

Bref, pas les conditions idéales pour bitcher le personnel de Skye.

« Plutôt oui. » répondit sobrement Virgil alors que cette journée s’annonçait carrément bien en réalité.

« Parfait, je passerai vers 16h pour faire le point avec vous deux. Tu seras sous  la responsabilité de Mme De Vasconcelos. Elle doit déjà t’attendre, dit Stern en indiquant la sortie d’un geste du menton.


*Ou pas* songea Virgil en se levant. S’il avait appris quelque chose sur Magdalena Pilar Lourdes de Vasconcelos durant ces deux semaines de stage c’était que la ponctualité lui faisait cruellement défaut.

L’adolescent quitta toutefois le bureau de son tuteur prestemment et prit la direction de l’Atelier de création de Souvenirs situé un étage au dessous. L’Atelier prenait la forme d’ un grand Open Space ouvert, comme tous les autres espaces de Skye, sur la falaise. Un mur entier était toutefois  alloué au stockage de fioles sphériques remplies d’émotions, de sensations, d’odeurs et de matières premières. Ce mur ressource était sobrement surnommé «  La Banque. » Le reste de l’espace était équipé de bureaux étranges, tous pourvus de plusieurs Pensines de travail destinées à la création de souvenir. L’espace était assurément le moins ordonné du Centre. Le moins aseptisé aussi, et de loin, le plus vivant, comme ses employés.

Les Tisseurs étaient ceux qui riaient le plus à la cafétéria du Centre. Sans tomber dans les clichés, Virgil avait appris à reconnaitre un Tisseur au simple coup d’œil. Bien qu’ils portassent tous la même blouse au sein de Skye, les Tisseurs étaient reconnaissables à leurs chaussettes dépareillées, leurs boucles d’oreilles en forme de poireaux, ou encore leurs vêtements colorés dépassant de leur blouse…

«Bonjour, je suis Virgil Forbes, le stagiaire de Tobias Stern. C'est lui qui m’envoie.  J’ai rendez-vous avec Magdalena Pilar Lourdes de Vasconcelos. » dit-il en s’approchant d’un des rares Tisseurs présents dans la pièce à cette heure matinale, un jeune sorcier ventru, portant des lunettes vertes à monture épaisse.
« Magda ? l’employé jeta un regard à l’horloge, Elle est pas là avant quinze minutes. Si tu as de la chance. » Il but  une gorgée de thé dans un mug décoré d’un énorme cœur rose en observant Virgil au dessus de ses lunettes.
« Apparemment je dois effectuer un travail avec sa stagiaire. » expliqua le Gryffondor.
« Oh, avec Nelly ? s’exclama le Tisseur en pivotant sur son imposant  siège en cuir rembourré, elle est là-bas. Ajouta-t-il . Il désigna une silhouette de dos à l’autre bout de l’Open Space, Tu peux aller la voir en attendant Magda. Il y a du café de prêt aussi … Je crois que tu en as besoin. » Le petit gros mima  deux poches sous les yeux avant de replonger son nez dans ses pensines de travail.


Virgil slaloma entre les différents bureaux de l’atelier, couvert de fioles et de papiers en tout genre. Il  rejoignit la petit cafetière décoré de quelques autocollants pour se servir une tasse et s’approcha en silence de sa camarade, ravi de pouvoir la surprendre en plein  travail. Elle détonnait quelque peu au milieu de tous les Tisseurs, elle qui n’était pas vraiment excentrique, mais il fallait croire qu’elle avait réussi à faire son trou au sein de l’équipe des créatifs puisqu’elle semblait disposer d’ un bureau, à elle, alloué dans l’Open Space. Pour être tout à fait honnête, Virgil espérait au fond de lui qu’elle s’était faite réquisitionner pour du rangement et du classement durant les deux premières semaines de son stage. Pas de jaloux. Il n’y avait pas de raison qu’il soit le seul à avoir enduré cette épreuve !

Il ne savait pas ce qu’il en était puisqu’ ils n’avaient pas vraiment communiqué depuis le début juillet, chacun vaquant à ses occupations. Ce qui n’était pas plus mal d’ailleurs, estimait Virgil. Il prenait toujours beaucoup de plaisir à retrouver la préfète, bien sûr, mais il ne voulait pas pour autant donner l’illusion de lui courir après, surtout après lui avoir fait comprendre, en avril dernier, qu’il ne souhaitait pas s’engager dans une relation sérieuse avec elle.

Il avait eu envie de l’inviter à aller boire un verre après le stage, mais il ne savait pas trop à quoi s’en tenir : Etaient-ils sur la même longueur d’onde ?  Il leur arrivait parfois de flirter par messages interposés mais Virgil n’était pas certain que Nelly se laisse tenter de nouveau en sachant pertinemment, cette fois-ci, qu’il ne s’engagerait pas en retour.

Enfin, il verrait bien. Virgil refusait de se poser trop de questions et il comptait y aller au feeling, comme d’habitude. Il s’installa donc silencieusement au bureau à côté d’elle et l’observa plusieurs secondes avant qu’elle ne le remarque :

« Je crois que je ne t’ai jamais vu aussi concentrée, souffla-t-il, le menton appuyé au creux de sa paume, un vrai petit elfe de maison traquant une tache sur la faïence d’un bidet. »

Il était vraiment content de la retrouver.


Virgil Forbes

Nelly HorrocksPréfète en Chefavatar
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L’Atelier des Tisseurs de Mémoire de Skye était si lumineux, si accueillant et si propice au travail que Nelly pourrait y passer des heures entières. Son bureau était placé face au mur magique rendu transparent et la jeune femme laissait parfois son regard se perdre dans la nature environnante, admirant les vagues qui venaient s’écraser contre les falaises. Elle songeait souvent que l’équipe des Tisseurs lui avaient fait un beau cadeau en la laissant aménager ce bureau si bien placé à ses yeux et, lorsqu’elle s’y asseyait, l’adolescente se donnait à fond pour réaliser un travail de qualité et satisfaire les autres. Ils s’étaient montrés sympathiques avec elle, alors à son tour de faire de son mieux.
Sa tutrice, Magdalena, était très bienveillante à son égard et lui demandait toujours si tout se passait bien, du moins lorsqu’elles se voyaient. Il faut dire que la Tisseuse était soit très occupée par ses obligations, soit très en retard si bien qu’elle n’arrivait jamais en même temps que Nelly.
Heureusement qu’il y avait la secrétaire de Magdalena ou Seth pour lui remettre ses planning et l’orienter vers ses différents postes…

Jusqu’ici la préfète avait dû effectuer diverses tâches de rangement et de classement comme trier et organiser les ressources de la Banque par types – bribes de souvenirs, sensations sensorielles... – ou encore classer des scénarios de souvenirs de patients déjà réhabilités dont le Centre gardait une trace. Elle avait aussi eu l’opportunité d’assister à la réalisation d’un projet de réhabilitation avec sa tutrice qui, avec les autres Tisseurs, s’était penchée durant de longues heures sur le cas d’un patient pour lequel il fallait créer de nouveaux souvenirs pour remplacer les traumatismes extraits. Nelly avait été impressionnée par la créativité des Tisseurs qui devaient faire en sorte que les nouveaux souvenirs soient les plus réalistes, les plus fiables et les plus riches possibles. Elle aurait bien proposé son aide ce jour-là mais ne se sentait clairement pas à la hauteur des autres sorciers de l’Atelier et n’avait pas voulu les déranger dans leur tâche.

Les Tisseurs de Mémoire étaient de loin les plus chaleureux et les plus vivants du centre et la jeune femme s’était vite faite une place parmi eux qui l’avaient tous gentiment accueillie. Ils n’en étaient pas moins exigeants mais des sourires et quelques compliments rendaient une matinée complète de classement beaucoup plus supportable. Et puis, l’open space de l’Atelier était vraiment sympa : ils pouvaient tous communiquer, se voyaient entre eux et l’agencement des bureaux donnait un certain charme au lieu. Vraiment, la Serpentard était jusqu’ici satisfaite de son stage – même si elle ne dirait pas non à plus de responsabilités – et cela transparaissait dans son attitude.
En effet, elle s’impliquait corps et âme dans ses tâches, faisait en sorte de se coucher pas trop tard le soir et d’arriver à l’heure le lendemain, se maquillait et se coiffait toujours soigneusement et veillait à l’état de sa blouse immaculée. C’était avec un sourire aux lèvres et la mine radieuse qu’elle pénétrait chaque matin dans l’Atelier, se servait un thé en échangeant quelques mots avec Seth, qu’elle trouvait très agréable, puis se mettait au travail. Parfois, elle était coupée par Pamela qui la sollicitait pour ranger quelque chose… La Tisseuse faisait partie de ces gens qui considéraient les stagiaires comme des bonnes à tout faire et trouvait toujours du classement à lui faire faire pour se soulager d’une charge de travail. « Tu es jeune ! disait-elle de sa voix haut perchée qui puait l’hypocrisie. Tu as plus d’énergie que beaucoup d’entre nous ici alors, sois gentille, rapporte moi ce que je t’ai demandé et profites en pour trier ça... ». Nelly ne l’appréciait que moyennement. Surtout depuis qu’elle avait fait exprès de la sermonner pour une broutille devant Magdalena en pensant sûrement que cela renverrait une bonne image d’elle si elle se montrait sévère avec la stagiaire qui, après tout, était là pour se faire crier dessus et servir le café…

« - Tu veux un café ? La jeune femme sursauta presque à la question de Seth tant elle était concentrée sur le dossier qu’elle tenait ouvert devant elle.
- Non merci ! Ça ira, répondit-elle avec un sourire en se tournant pour regarder le Tisseur à l’autre bout de l’Atelier, debout devant la cafetière pleine de café noir.
- Magda t’a laissé d’autres scénarios, reprit l’homme aux grosses lunettes excentriques en retournant à son bureau. … si tu as le courage. »

Nelly retint un soupir et reporta son attention sur le scénario qu’elle était en train d’étudier et qui était proposé par un des Tisseurs de Mémoire pour une réhabilitation mémorielle. Son rôle à elle – depuis la veille – était d’identifier et de noter toutes les ressources primaires utilisées pour la création du souvenir, afin de vérifier si la réalisation de ce dernier était possible et si la manipulation n’était pas trop intense et dangereuse pour le patient. Magdalena lui avait appris qu’il fallait être très prudent dans la création et l’introduction de nouveaux souvenirs : un bon souvenir devait être comme les autres, comme ceux créés naturellement par le cerveau humain. S’il était de mauvaise qualité, il pouvait soit être oublié ou passer inaperçu dans l’esprit du patient et ne pas combler le vide laissé par l’ancien souvenir. Soit, à l’extrême inverse, un souvenir trop riche, trop puissant pouvait se révéler être un choc pour l’esprit humain et créer un traumatisme chez le patient qui, en venant oublier ses tourments, se retrouverait complètement déstabilisé par ce souvenir qui n’est pas le sien.
Voilà pourquoi il était important de s’assurer qu’un nombre raisonnable de matières premières soit utilisé pour la création de souvenirs. Malgré l’aspect rébarbatif de l’exercice, la préfète le trouvait très formateur puisqu’elle avait ainsi l’opportunité de lire différentes propositions de souvenirs et d’analyser la méthodologie utilisée par les Tisseurs. Et puis elle avait le sentiment que son rôle était important même si elle devait systématiquement faire vérifier son compte rendu par Magdalena ou Seth…

L’esprit bien trop occupé par sa tâche, Nelly n’entendit pas l’arrivée de Virgil dans l’Atelier et ne le remarqua même pas lorsqu’il s’assit au bureau à côté du sien. Ce fut l’odeur du café fumant qui lui fit relever la tête vers qui elle pensait être un Tisseur et une expression de surprise illumina son visage lorsqu’elle reconnut le Gryffondor. Tiens, que faisait-il ici ? Personne ne l’avait prévenu de sa visite… Les deux adolescents n’avaient pas vraiment eu l’occasion de se voir depuis le début de leur stage, hormis lors des pauses déjeuners, alors la jeune femme ne pouvait qu’être heureuse de sa présence.

Leur relation depuis Avril pouvait être qualifiée de quelque peu... spéciale. Ils leur arrivaient de flirter – ce qui n’était pas pour lui déplaire – mais gardaient une distance purement amicale : ce que Nelly acceptait. La jeune femme préférait en effet ne pas se faire de films plutôt que de cogiter à n’en plus finir et tentait de réfréner ses sentiments à l’égard du Gryffondor avec plus ou moins de réussite. Parfois, elle se demandait si Virgil assumait ou regrettait son choix de ne pas avoir voulu s’engager un peu plus, mais songeait rapidement que le jeune homme n’était pas du genre à se repentir.
Enfin, tant qu’ils s’entendaient bien et restaient amis, cela lui allait.

Un sourire en coin se dessina sur les lèvres de la préfète lorsqu’il entama la conversation avec l’une de ses traditionnelles taquineries.

« Et l’elfe de maison te dit que tu as une tête de déterré, » rétorqua-t-elle en songeant que ce quolibet traduisait le contentement du Gryffondor.

Avec ses traits marqués, il ne semblait pas vraiment accorder une attention particulière à la qualité de son sommeil, contrairement à elle… De quoi faire peur à Meredith Kane !

« Je crois que je ne t’ai jamais vu autant fatigué, ajouta la préfète, un peu moqueuse, en reprenant les termes du Gryffondor. Qu’est ce que tu fais là ? Tu as besoin de quelque chose ? » s’enquit-elle, les yeux pétillants de curiosité.

Elle l’imita et cala son menton sur sa paume. Au fond, elle espérait qu’il resterait un peu ou que sa requête prendrait un peu de temps parce que qu’est ce que ça lui faisait du bien de le voir…



Kit par Irving

Virgil ForbesSixième annéeavatar
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Bonne ou mauvaise surprise ?

A en juger par le sourire spontané qui illumina le visage de Nelly lorsqu’elle le découvrit assis à côté d’elle, sa visite impromptue semblait lui faire plaisir. Virgil lui rendit d’ailleurs son sourire en coin lorsqu’elle affirma, en guise de salutation, qu’il avait une véritable tête de déterré.

N’étaient-ils pas mignons à se balancer des vacheries mutuellement ? A retrouver, si rapidement leurs taquineries habituelles ?

Aux yeux du Gryffondor, une petite pique valait mille gentillesses et compliments même si Nelly aurait sans doute apprécié qu’il lui dévoile le fond de sa pensée à cet instant. En effet, il la trouvait radieuse ce matin. Elle avait bonne mine, ses cheveux étaient coiffés différemment qu’à l’école et son maquillage discret lui donnait un air un peu plus mature qu’à l’accoutumé. Il ne lui manquait plus que son tailleur gris sous sa blouse- celui  qu’elle portait le jour de son entretien-  pour incarner la parfaite working-girl !

Virgil ne fit toutefois pas état de ses pensées –il ne tenait pas à faire comprendre à Nelly qu’il avait remarqué ces changements infimes dans sa mise- et il s’adossa  simplement sur le dossier de son siège pour boire une gorgée de café, ses yeux encore bouffis de sommeil braqués sur la préfète par-dessus sa tasse.

« Je me suis un peu oublié ce matin,
confessa-t-il alors en reposant son mug sur le bureau en face de lui. Il frotta ses paupières closes, laissa échapper un bâillement sonore avant de s’étirer longuement pour faire craquer les os de son dos. L’adolescent passa une main lasse sur son visage et pivota sur son siège pour balayer la pièce quasiment vide d’un regard paresseux, Je veux bosser dans ce service, grommela-t-il alors, Vous, au moins, vous avez des horaires décents. »
Contrairement aux autres employés de Skye, les tisseurs organisaient leurs emplois du temps à leurs guises pourvu qu’ils aient accompli le bon nombre d’heures à la fin du mois. Si Virgil avait eu cette opportunité, il ne serait pas arrivé au travail avant 11h du matin ! Il était un animal nocturne, un geek de l’ombre, incontestablement.

«  D’ailleurs t’aurais pas un truc à grignoter ? J’ai pas déjeuner ce matin. » demanda-t-il subitement après avoir lissé ses cernes violacées.

Son ventre n’avait pas arrêté de gargouiller durant son entretien avec Tobias  Stern et il n’était pas contre l’idée d’engloutir un biscuit ou quelque chose du genre.  Il se redressa donc sur son siège pour scruter attentivement le bureau devant lequel il était installé mais il ne trouva rien de comestible à se mettre sous la dent. Plutôt que de le laisser épancher sa faim en le laissant fouiner sur les autres bureaux,  Nelly préféra lui demander la raison de sa visite. Visiblement Magdalena Pilar Lourdes de Vasconcelos  ne l’avait pas informée de l’exercice qui les attendait tous les deux aujourd’hui…

« Apparemment, nos tuteurs veulent que nous bossions ensemble, expliqua-t-il en se tournant vers elle, Ils tiennent à évaluer notre capacité à travailler en équipe, figures-toi. Virgil haussa les sourcils et inclina légèrement la tête sur le côté, j’ai bien failli dire à Stern qu’on avait déjà collaboré efficacement, toi et moi, mais je me suis abstenu. »

Oui, il y avait clairement un sous-entendu dans cette phrase….

Virgil s’apprêtait d’ailleurs à poursuivre sur la même lancée lorsqu’une tornade rouge fit irruption dans l’Open Space. Magda venait de faire son entrée, dans un bruit de bracelets et de colliers s’entrechoquant, pour s’arrêter face au sorcier à lunettes qui avait accueillit l’adolescent un peu plus tôt. La responsable des Tisseurs jeta son sac à main "Desigualasse" sur le bureau voisin au sien et s’exclama :

« Dios mío, ¡qué día! Seth, mon chou. Cariño. Ecoute mes conseils: Né.fais. ja.mais. d'en.fants ! Je t'en conjure. Tu sabes que Palomina n'était pas una grande forme desde domingo ¿ Et bien tou sais quoi : Elle a attrapé  l’Eclabouille ! Et cé matin, devines qui ne sé sentaient pas bien:Les gemelos, Diego y Pablo ¡”

La tisseuse  se massa les tempes de manière théâtrale et poussa un profond soupir:

“J'ai dou les amener chez lé pédiatre en urgente et appeler mi hermana pour qu'elle me les garde aujourd'hui car, bien sûr, la nourrice né veut pas les prendre. ¡Qué puta esta perra !”

“Magda, l’interrompit le fameux Seth en jetant un regard en biais en direction des deux stagiaires à l’autre bout de la pièce, je crois que tu avais un rendez-vous ce matin…”

“« Dios mío ¡ Où avais-je la tête ¡ L’Ejercicio ¡” s’exclama-t-elle en se tapant le front de la paume de sa main .
Virgil esquissa un mouvement pour se lever de son siège tandis que l’espagnole approchait dans leur direction en slalomant gracieusement entre les différents bureaux. Sa robe vaporeuse dansait dans son sillage tandis qu’elle palabrait en catalan.

La bouche figée dans une parodie de sourire poli, l’adolescent articula un “Je comprends rien de ce qu’elle dit… » derrière ses dents serrées juste avant qu’elle n’arrive devant eux.

« Yé vous avez oublié mis hijos ! Nelly, mi querida¡” roucoula Magda en claquant deux bises peu professionnelles sur les joues de la préfète. La Tisseuse se tourna alors vers Virgil pour l’évaluer quelques instants du regard,  et tou doit être le yeune Forbès ¿
-Forbes, rectifia Virgil en tendant une main entre elle et lui. Hors de question qu’il se plie à l’épreuve du bisou et qu’il se retrouve dans le même état que Nelly, les pommettes fardées du  rouge à lèvres carmin de Magdalena, Virgil Forbes, répéta-t-il alors, peu désireux que la tisseuse écorche de nouveau son patronyme.
-Forb…ès… Es difícil ¡ commenta Magda avec un sourire contrit, Yé vé t’appeler VirRril, C’est plou simple ¡”

Virgil ouvrit la bouche pour corriger cette ignominie –VirRril Forbès ? Sérieusement ?- mais Magda ne lui laissa pas le temps de rebondir puisqu’elle snoba magistralement en lui tournant le dos. En effet, la tutrice de Nelly les invitait déjà à la suivre en direction d’un espace de travail vitré situé dans un coin de l’open space. Un peu vexé, Virgil referma la bouche et  jeta un regard à Nelly comme pour la conjurer de ne pas rire. Il s’effaça pour la laisser passer en premier et lui emboita le pas jusqu’à la zone de travail collaboratif.

Ils pénétrèrent tous les trois dans le petit espace cloisonné pourvu d’une grande table de travail et de trois Pensines de différentes tailles. Magdalena avait préparé, à leur intention, une série de tubes contenant plusieurs souvenirs –visiblement- et de la matière première créative : “Sentiment de joie”, “Sensation d’opressement”, “Apaisement” pouvait-on lire sur certaines fioles cylindriques, remarqua Virgil en contournant la table pour s’asseoir à côté de Nelly, en face  de  Magdalena qui s’était d’hors et déjà lancée dans ses explications incompréhensibles.

Certes, elle ne parlait pas Fourchelang, mais c’était tout comme !  L’adolescent devait particulièrement se concentrer pour saisir le sens des propos de la célèbre tisseuse. Il comprit vaguement qu’ils allaient devoir définir, lui et Nelly, un protocole de réhabilitation mémorielle complet pour un patient fictif : Sélectionner les souvenirs à remplacer et en créer de nouveaux, tout aussi réalistes, que le patient puisse assimiler sans encombre.

Enfin du concret ! songea-t-il en masquant son enthousiasme derrière son regard torve. Il était impatient que Magdalena Pilar Lourdes de Vasconcelos les laisse enfin seuls et qu’ils puissent découvrir le contenu des fioles mais la Tisseuse ne semblait pas pressée de s’éclipser…

«Nelly, mi guapa, tou te souviens qu’un bon souvénirs doit être comme les autres : ni más fuerte ni más débil ! C’est la clef para una buena rehabilitación ! Il faut savoir bien choisir et doser lé souvenirs, tou sais…»

Merlin ce qu’elle pouvait être saoulante ! songea Virgil en laissant son esprit vagabonder alors que Magda poursuivait son monologue ,  Cela faisait à peine cinq minutes qu’il la connaissait et il n’en pouvait déjà plus ! Trop bavarde, trop volubile, trop parfumée, trop…trop. Il pressentait qu’il n’avait pas besoin d’écouter la suite de ses explications, surtout que Nelly allait pouvoir lui faire un résumé puisqu’elle semblait boire les paroles de sa tutrice, constata-t-il en observant sa camarade du coin de l’œil. Il n’arrivait pas à savoir si elle faisait très bien semblant – en bonne Serpentard qu’elle était- ou si elle était réellement captivée par les commentaires de la sorcière ibérique.( Il savait que Nelly était assez studieuse pour que la deuxième éventualité soit envisageable, malheureusement. )Virgil reporta son regard sur Magda et tenta d’imiter l’air intéressé de Nelly alors que son esprit était résolument ailleurs. En effet,  il était bien tenté d’éprouver la capacité de concentration de son amie. L’adolescent réprima le sourire amusé que lui inspirait son idée et tacha de conserver son air sérieux tout en décalant imperceptiblement sa jambe pour venir la plaquer tout contre celle de la préfète. La table masquait complètement cette insidieuse tentative de rapprochement au regard de Magdalena, qui, de toute manière, était bien trop habitée par ses propres explications pour remarquer quoi que ce soit. L’adolescent  fit remonter le bout de son pied contre la cheville de sa camarade en hochant la tête d’un air intéressé face aux nouvelles précisions de Magda.

« C’est passionnant… » commenta-t-il d’ailleurs d’un air appréciateur sans cesser de faire du pied à sa voisine. Il se tourna alors vers Nelly comme pour la prendre à témoin. « N’est-ce pas ? »


Virgil Forbes

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Nelly esquissa un rictus moqueur alors que Virgil avouait s’être un peu oublié ce matin. Pour ce qui était de l’hygiène de vie irréprochable exigée par Meredith Kane, à revoir... La tête du Gryffondor faisait peine à voir. Si bien que si la directrice du centre passait dans le coin, elle en frôlerait probablement la syncope. L'allure de zombie du jeune homme faisait clairement contraste à côté d'elle qui accordait une attention particulière à sa présentation. Une fois de plus, ils s'opposaient radicalement.
Amusée par ce constat, la jeune femme cala son menton dans sa main et interrogea son ami sur la raison de sa visite. Virgil lui apprit alors que leurs tuteurs tenaient à évaluer leur capacité à travailler en équipe en leur donnant un travail à réaliser. La Serpentard arqua un sourcil en même temps qu'un sourire en coin apparaissait sur ses lèvres au sous-entendu du Gryffondor.
Magdalena ne lui avait pas fait part de cette information... Elle aurait au moins pu être un minimum professionnelle et le lui dire... Mais bon, de la part de sa tutrice, ce genre d'oubli, volontaire ou non, n'était pas étonnant. Nelly avait appris à faire avec depuis le début de son stage. Magda lui donnait ses tâches du jour toujours au dernier moment et très rarement en personne, préférant faire transiter l'information par Seth. Néanmoins, cela craignait un peu que ce soit Virgil qui soit obligé de lui apprendre la nouvelle et pas elle...

En parlant du loup, Magda pénétra dans l'Atelier telle une tornade et brisa instantanément la quiétude des lieux. Cette femme était un sacré phénomène : un vrai soleil à elle toute seule qui éblouissait et réveillait tout le monde autour d’elle. On ne pouvait pas la rater avec ses tenues excentriques, ses milliards de bracelets colorés et son débit de parole impressionnant. Pour rajouter du charme au personnage, elle parlait beaucoup en espagnol et avait conservé un fort accent qui détonnait parfaitement au milieu de tous ces britanniques. La tutrice de Nelly s’attarda quelques instants auprès de Seth pour se plaindre une nouvelle fois de ses enfants – mais combien en avait-elle ? Nelly avait perdu le compte tant l’espagnole pouvait parler de ses différents enfants – avant que le Tisseur finisse par lui signaler la présence des deux stagiaires. Magdalena sembla enfin les remarquer et les rejoignit en quelques enjambées de sa démarche chaloupée pour venir déposer deux bises sonores sur les joues de Nelly. La jeune femme avait l’habitude, sa tutrice avait pris cette mauvaise manie au bout de deux jours seulement de stage… Curieuse de voir le comportement de la Tisseuse à l’égard de Virgil, la préfète suivit l’échange entre eux avec curiosité et grand amusement.

En effet, comme on aurait pu le prévoir, Magdalena écorcha immédiatement le nom de Virgil pour le prononcer de façon plus… orientale. L’apprentie Tisseuse étouffa un rire face au sérieux avec lequel le Gryffondor reprit l’andalouse. Forbès ! Que c’était bizarre et surtout ridicule ! Elle ne manquerait pas de le charrier là-dessus ! Mais le mieux était à venir ! Ne parvenant pas à prononcer correctement le nom du jeune homme, Magda abandonna et opta pour ViRRil ! Cette fois-ci, Nelly dut déployer des efforts considérables pour ne pas rire. Se mordant la lèvre inférieure, elle porta un regard amusé sur son ami et collègue du jour alors que sa tutrice s’éloignait. Elle avait très envie de se moquer… Mais ne le ferait pas. Du moins, pas tout de suite.

La préfète se leva, coula un regard provocateur au jeune homme puis articula un « ViRRil » tout en le contournant pour suivre Magdalena. En serpentant entre les bureaux, elle désigna un paquet de gâteaux posé sur l’un d’eux pour que le Gryffondor puisse en prendre un. C’était le bureau de Pamela, la Tisseuse relativement pénible avec elle, alors il pouvait lui en piquer autant qu’il en voulait.

Les deux adolescents rejoignirent Magdalena dans un espace de travail vitré dans un coin de l’Atelier et s’y installèrent. Sur la table, devant eux, étaient installées plusieurs Pensines ainsi que diverses fioles étiquetées sur lesquelles Nelly porta un regard curieux. Magda se posta face à eux et entama la présentation de l’exercice qu’ils allaient devoir réaliser aujourd’hui. Comme à son habitude, la Tisseuse de Mémoire faisait un savant mélange entre l’anglais et l’espagnol mais la préfète arrivait plus ou moins à la comprendre, à force de la fréquenter. Elle pouvait même se vanter d’avoir appris quelques mots espagnols ! Sa tutrice parlait beaucoup, se dispersait beaucoup et vivait carrément son discours. Presque habitée, l’andalouse leur expliqua qu’ils allaient devoir réaliser un protocole de réhabilitation complet pour un patient fictif, leur rappelant par la même occasion les précautions à prendre et les détails sur lesquels ils devaient porter une attention toute particulière… Nelly l’écoutait. Enfin, faisait de son mieux pour se concentrer sur le dialecte étrange de sa tutrice, ou du moins, faisait en sorte d’avoir l’air intéressé.

Les coudes sur la table et son menton posé sur ses mains jointes, l’attention de la jeune femme fut brusquement détournée vers la jambe de Virgil qui vint subtilement se coller contre la sienne. Fronçant imperceptiblement les sourcils, elle observa du coin de l’œil l’attitude du jeune homme qui avait tout l’air d’imiter la sienne. Il n’allait pas lui faire croire qu’il était concentré au point d’oublier de garder ses pieds sous sa chaise ? Et… AH ! Nelly retint in extremis un mouvement de recul lorsque le pied du Gryffondor remonta doucement le long de sa cheville. A quoi jouait-il ? Il n’osait pas lui faire du pied devant Magdalena tout de même ? Apparemment, si. Et elle le connaissait malheureusement assez bien pour savoir qu’il en était capable sans éprouver la moindre gêne tout en gardant un air parfaitement sérieux. Il était incorrigible…
Elle voulait bien croire qu’il lui était difficile de résister à son charme – ou à la tentation de la titiller – l’espace de cinq minutes mais quand même. Ils étaient en stage dans un lieu susceptible de les embaucher plus tard !

Jouant à fond le jeu du petit sérieux innocent, Virgil osa même se tourner vers elle pour émettre des commentaires sur ce que venait de leur dire Magdalena. La préfète se retint de lever les yeux au ciel et darda sur lui un regard noir pour lui intimer d’arrêter ses insidieuses tentatives de rapprochement.

« Oui, très, » répondit-elle lentement en croisant ses jambes pour les éloigner, ses yeux toujours rivés dans ceux du jeune homme.

Visiblement touchée par ce « compliment », Magdalena se rapprocha de la table et s’y appuya théâtralement pour se pencher un peu plus vers le Gryffondor.

« Mais oui es apasionante yeune hombre ! ¡ Es el plus beau travail del mundo ! Nelly s’éloigna quelque peu dans son siège tant elle avait l’impression que Magda était prête à passer par dessus la table pour coller deux grosses bises sur les joues de Virgil. Tou verras, ViRRil, este ejercicio est génial ! »

Houla. Elle avait rêvé ou un beau postillon était venu s’écraser sur le visage de son camarade ? De mieux en mieux cette matinée ! Nelly remercia mentalement sa tutrice pour avoir littéralement craché le prénom du Gryffondor, cela l’amusait beaucoup ! Magda se redressa et la Serpentard chercha le regard de Virgil pour observer sa réaction et surtout lui décocher un haussement de sourcils provocateur. Le karma, mon ami. Il payait son manque de sérieux ! La jeune femme résista tant bien que mal à la tentation de lui faire à son tour du pied pour continuer dans la provocation et reporta son regard sur Magdalena.

« Entendido ? Vous avez todo el día si vous le souhaitez mis queridos ! Ye ne serai pas loin… leur souffla la Tisseuse en ouvrant la porte. Bon courrrrage ! »

La porte en verre de l’espace de travail se referma derrière l’andalouse et un silence tomba quelques secondes dans la pièce. Nelly se tourna pour faire face à Virgil et l’observa, les yeux brillants de malice.

« Alors… ViRRil ? Comment trouves-tu Magdalena ? l’interrogea-t-elle avec un large sourire moqueur. ViRRil Forbès ! articula-t-elle avec exagération en se penchant vers lui, tentant d’imiter au mieux la prononciation de sa tutrice – elle ne comprenait même pas comment Magda arrivait à faire certains sons avec sa gorge… Cette dernière avait voulu lui faire un cours express une fois pour lui apprendre « la Jota de Jaime ! C’est comme le… comment vous dîtes en Inglés ? Ah oui ! Le jambon c’est el jamón » En vain… Nelly avait l’impression de se préparer à cracher un gros mollard à chaque fois.
Ceci dit, je compatis. Elle arrive bien à dire mon prénom mais mon nom… C’est une autre histoire. La première fois qu’elle l’a dit je me suis demandé s’il n’y avait pas une erreur dans mon dossier et si l’administration n’avait pas rajouté quelques R en trop… » soupira la jeune femme en se levant pour s’emparer des fioles posées devant eux.

Sur l’une d’elles, un nom était inscrit, celui de leur patient fictif : cette fiole contenait très certainement les faux souvenirs de Rebecca Artwood qu’ils allaient devoir découvrir, décortiquer et analyser pour déterminer lesquels retirer avant de les remplacer par des nouveaux.

« Tu as compris ce qu’il fallait faire ou tu étais trop occupé à me faire du pied ? demanda-t-elle dans un soupir en tirant la plus grande des Pensines vers elle. Ça t’a peut-être amusé mais on est là pour travailler et se faire bien voir, poursuivit la préfète en vrillant ses yeux noisettes sur lui. Donc évite la prochaine fois. »

Elle déboucha la fiole des souvenirs, la monta devant son visage pour l’observer un instant puis la versa dans la Pensine dans laquelle les filaments argentés se mélangèrent dans un tourbillonnement. Nelly adorait ce spectacle : c’était si beau. Les mains posées sur le rebord en pierre de l’artefact magique, elle releva les yeux sur Virgil.

« Prêt ? » La Pensine était assez grande pour qu’ils puissent découvrir ensemble le contenu de la fiole. La Serpentard attendit donc que son ami vienne se placer à ses côtés pour plonger le visage dans les eaux dansantes et argentées de la Pensine.

En une fraction de seconde, ils furent happés dans les souvenirs de Rebecca Artwood. Les images dansèrent encore un peu, leur permettant d’apercevoir le visage de leur patiente, avant de se stabiliser sur un souvenir assez daté, visiblement. Rebecca semblait avoir vécu une adolescence banale avec des problèmes banals d’adolescente lambda. Sa scolarité fut relativement passée sous silence et les souvenirs étaient brouillons : la jeune femme fut répartie à Serdaigle, eut des amis, ses premiers amours, ses premières peines de cœur… Dans sa globalité, tout semblait s’être plutôt bien passé.
Rebecca devint une femme d’affaire talentueuse, travailleuse et méritante mais sévère et qui ne laissait rien passer, flirtant avec le perfectionnisme. Nourrissant une grande passion pour tout ce qui touche à la gestion et à l’argent, Rebecca fut embauchée à la Marchebank ; une image très claire de l’immense bâtiment s’imposa, suivie par une scène où l’on pouvait voir la banquière en herbe dans son bureau…
La suite était relativement prévisible : il y eut une déflagration, de la poussière, des cris, la tour Marchebank qui s’effondre. Cependant, Rebecca ne fut pas une victime directe de l’attentat. Observant la scène de loin, le souvenir était chargé de peur, de colère et d’un sentiment d’injustice…
La poussière de l’effondrement de la banque enveloppa tout le souvenir qui disparut. Le temps remonta, les emportant dans le bureau de Rebecca qu’elle était en train de quitter prestement un léger sourire aux lèvres.

« - Tu t’en vas déjà ? questionna un homme.
- Je finis plus tôt aujourd’hui ! Et je suis en vacances !
- … Chanceuse ! Profite bien ! » lancèrent ses collègues en cœur.

Rebecca les appréciait, tous, même si elle ne le montrait pas vraiment. Ils étaient sa famille, la seule qu’elle avait après ses parents.
Le temps s’accéléra. Rebecca qui quitte la banque et s’en éloigne suffisamment, pressée de rentrer chez elle, les explosions, le chaos…
Des images d’avis de décès assez floues se superposèrent : ses collègues étaient tous décédés dans l’attentat, ils n’avaient pas eu sa chance.
Prise d’une immense culpabilité pourtant infondée, la banquière se mit à en vouloir au destin qui avait décidé de l’épargner. Pourquoi eux et pas elle ? Pourquoi avait-il fallu qu’elle parte plus tôt ce jour-là ? Les laissant tous mourir alors qu’elle survécut…
D’autres souvenirs s’enchaînèrent : Rebecca qui semble aller un peu mieux mais qui se plaint de cauchemars et de ne pas avoir le moral ; un verre d’alcool ; un fond permanent de tristesse…

Tout se mélangea à nouveau et Nelly se redressa, retrouvant la réalité et la salle de travail vitrée.
Ce qu’ils venaient de voir était assez intense, complexe et nébuleux et il lui fallut quelques instants pour retrouver ses esprits.
Bien. Ce cas de patiente fictive – qui n’avait pas l’air si fictive que ça – allait leur donner du fil à retordre… La préfète échangea un regard un peu perdu avec Virgil avant de lui désigner la Pensine de la main.

« Bon, à toi de jouer Monsieur le Traqueur. »



Kit par Irving

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Quel adorable regard noir !

Virgil eut toutes les peines du monde à contenir un rictus amusé en découvrant la mine courroucée de Nelly. N’était-il pas la douceur et la gentillesse incarnées pourtant ? songea-t-il ironiquement en remontant  lentement son pied contre la jambe de sa camarade. La réaction de la jeune femme ne se fit pas attendre et elle se dégagea prestement de son emprise en le gratifiant d’un regard d’avertissement.

Trop mignonne.

Virgil aurait bien continué, mais c’était sans compter avec Magdalena Pilar Lourdes des Vasconcelos qui se pencha subitement au dessus de la table pour le prendre à témoin. Virgil eut un léger mouvement de recul –que lui voulait-elle ?- tandis qu’elle s’approchait un peu trop près de son visage. Beaucoup trop près même. Alors qu’elle parlait encore son dialecte incompréhensible, Virgil vit, au ralenti, l’énorme postillon quitter ses lèvres fardées de rouge. Toute la vie de l’adolescent défila devant ses yeux juste avant que l’immonde crachat humide ne s’écrase sous sa cerne gauche.

Touché.

Virgil resta immobile quelques secondes , dégouté par cette charge salivaire, puis il tourna lentement son visage en direction de Nelly qui s’empressa de lui décrocher  un haussement de sourcil provocateur pour souligner ce juste retour des choses. Elle n’avait pas perdu une miette de cette scène, bien évidemment !
Heureusement, Magda finit par prendre congé -enfin- et  les abandonna, seuls, dans le petit espace vitré soudainement bien plus silencieux.

« Est-ce que cette horreur est toujours collée sur mon visage ? » demanda Virgil en pointant son index à l’endroit pile où trônait fièrement le généreux postillon. Il grimaça et attrapa l’extrémité de la manche de sa blouse pour essuyer cette salve sous les moqueries de Nelly.  ViRRil Forbès ? Non mais elle était sérieuse là ?
Ce sobriquet semblait tout particulièrement amuser la préfète toutefois. Il suffisait de la voir imiter Magda avec délectation pour en être persuadé. Virgil se retint de lever les yeux au ciel devant l’amusement non feint de sa camarade et se contenta de l’observer de ses pupilles mi-closes.

« C’est bon ? T’as fini ? » demanda-t-il d’un air morne. En vérité, il était bien un peu séduit par la joie communicative de la préfète mais il se garda de le montrer. Au lieu de ça, il se leva de son siège et contourna le bureau pour prendre la place laissée vacante par Magdalena. Le menton calé dans la paume de sa main, il attendit que Nelly recouvre enfin son sérieux. Quand il s’agissait de se moquer de lui, elle répondait toujours présente, même si Virgil devait avouer que l’inverse était également vrai. Sa camarade finit par lui expliquer que Magda avait aussi quelques problèmes avec la prononciation de son nom de famille ce à quoi il répondit qu’il avait hâte d’entendre cela. Il n’y avait pas de raison pour qu’il soit le seul à se faire ridiculiser par la Tisseuse de Mémoire.

Clôturant ici leur parenthèse espagnole, les deux adolescents décidèrent enfin de s’intéresser à la pensine et aux souvenirs sagement alignés sur le plan de travail situé au centre de la pièce. Virgil suivit Nelly des yeux tandis qu’elle s’approchait de la table d’exercice pour s’emparer d’ une fiole semblable aux centaines de petites bouteilles qu’il avait classées depuis son arrivée ici.

« Alors ? »  s’enquit-il sans toutefois daigner  lever les fesses de son siège.

Nelly poussa un léger soupir teinté d’impatience. Avait-il seulement écouté les explications de Magda ou était-il trop occupé à lui faire du pied ?

« A ton avis ? »
répondit-il du tac au tac en la gratifiant du même regard malicieux que la Nelly brûleuse de joue lui réservait parfois. Loin de se laisser impressionnée, la jeune femme lui fit remarquer qu’ils étaient ici pour travailler et, surtout, pour faire bonne figure.
Les pupilles de Virgil roulèrent ostensiblement dans leurs orbites et le Gryffondor se laissa aller contre le dossier de son siège les deux mains jointes derrière la tête.

Se faire bien voir des autres employés était le cadet de ses soucis ! Par contre, braver les interdits juste sous le nez de leur supérieur hiérarchique restait une activité particulièrement amusante à ses yeux. Il ne connaissait pas plus belle distraction que de flirter avec les limites.  Il aurait d’ailleurs poursuivit allégrement son petit manège  si l’exercice donné par leurs tuteurs n’avait pas piqué sa curiosité….

« Qu’est-ce qui te dit qu’il y aura une prochaine fois. » souffla-t-il, narquois, en se levant pour rejoindre Nelly de l’autre côté de la pensine. Il attrapa à son tour un flacon rempli d’une substance épaisse et lut, par réflexe, l’étiquette fixée sur la fiole.

« Artwood Rebbecca. 19 janvier 1999. 14h36. Poudlard, dortoir des filles de Serdaigle. »


L’adolescent releva les yeux vers sa camarade. Les choses sérieuses commençaient enfin, pour la plus grande satisfaction de Virgil. Il attendait  de se voir confier un test aussi intéressant depuis plus de deux semaines et sa patience était enfin récompensée ! Finis les classements alphabétiques rébarbatifs, finie la voix nasillarde d’Andrea se plaignant de son écriture en pattes de mouche, …Virgil allait enfin pour utiliser ses neurones, à bon escient. Il décida donc de reléguer son petit jeu de séduction à plus tard pour se concentrer sur la tache qui leur était confiée.  Il n’eut aucun mal à recouvrer son sérieux, après tout, Nelly et lui étaient coutumiers du fait. Virgil ne comptait plus le nombre de soirées qu’ils avaient passées ensemble à badiner, un peu, avant de consentir à s’entrainer très sérieusement aux manipulations mentales magiques. Lorsque c’était nécessaire, ils savaient faire la part des choses, l’un et l’autre.

Nelly brandit alors une fiole ouverte entre eux comme pour signifier le top départ des opérations : Le premier souvenir de Rebecca Artwood. Le regard des deux jeunes gens se croisèrent de part et d’autre du flacon et la préfète le renversa pour libérer les filaments dans un tourbillon argenté.

« Prêt ? »
« Prêt. »

Virgil posa ses mains sur la pierre gravée de caractères runiques ancestraux et se laissa happer par les souvenirs de cette patiente fictive. La première pensée qu’il eut fut pour les Tisseurs qui avaient conçu et crée ce scénarii. Le résultat était bluffant de réalisme jusque dans les moindres détails. Chaque scène semblait tirée de la réalité et Virgil était bien incapable de voir que ces souvenirs avaient été créé de toute pièce dans le simple et unique but de leur permettre de s’exercer. Hallucinant.

Il consentit ensuite à se laisser narrer l’histoire de Rebecca Artwood, cette femme d’affaire, forte et indépendante, victime collatérale des attentats de la Marchebank. Il tacha de retenir chaque bribe d’information, même dans les réminiscences les plus floues, pour tenter de remonter le fil du traumatisme de la banquière…

Lorsqu’il releva la tête, se libérant ainsi de la psyché fictive de Rebecca, Virgil eut besoin d’ un petit temps pour reprendre la pleine possession de ses moyens. Il resta agrippé à la pierre froide, cligna des yeux et intima le silence à Nelly d’un geste de la main. Il ne voulait pas perdre le fil de ce qu’il venait de voir. Il devait noter.  L’adolescent attrapa à la hâte une feuille de papier et une plume et commença à lister une série de mots clefs de son écriture en patte de mouche.

" Travail. Affaires. Gestion.
Mérite.
Intransigeance.
Perfectionnisme.
Passion
Collègues- Amis ?
Famille ?

Destiné.
Survie.

Culpabilité."


« Je vais faire un deuxième visionnage, si cela ne t’embête pas. » souffla-t-il alors en replongeant dans les pensées de Rebecca. Il ressortit quelques minutes plus tard pour ajouter le mot « Vacances » à sa longue liste puis il isola trois souvenirs dans une seconde pensine au diamètre légèrement inférieur à la première.

« Je crois que je tiens un truc. » dit-il en relevant les yeux vers Nelly. Il tira un tabouret haut sur roulettes vers lui et s’installa un peu plus confortablement face à elle.

« Bon. On est d’accord pour dire qu’on ne peut pas mettre son traumatisme sur le compte d’images violentes qu’elle aurait vues lors de l’effondrement de la Marchebank. Cela aurait été trop simple qu’on  nous refile un cas aussi facile à traiter, ajouta Virgil  en hasardant un regard en direction de l’Open Space où Seth Wesson les observait en souriant. En effet, Ils n’auraient eut qu’à retirer les visions cauchemardesques, gommer un éventuel sentiment de terreur, et hop ! Le tour était joué ! La perspective d’être confronté à ce genre de souvenirs n’inquiétait pas vraiment Virgil d’ailleurs. Les patients ne visitaient pas Skye pour oublier leur dernière french manucure ratée. Il savait que, tôt ou tard, il allait devoir se confronter à des corps démembrés, à des cadavres, des agressions et à toutes sortes de visions horrifiques… Il allait simplement devoir gérer ces visions avec le même  flegme que Tobias Stern.
Ce n’était pas si compliqué, au fond.

Le cas Artwood se révélait toutefois nettement plus complexe à résoudre. La raison du mal être de leur patiente fictive était latent, sous-jacent, et les souvenirs à modifier s’avéraient délicats à cibler…

Virgil tourna légèrement sa liste  pour la faire lire à Nelly par-dessus la table. Il entoura le mot « culpabilité » et commença à jeter ses idées pour les confronter à celles de sa camarade, Selon moi, c’est ça le nœud du problème. Elle culpabilise que tous ses collègues soient morts alors qu’elle a survécu…. C’est complètement débile, commenta-t-il finement. Il n’était définitivement pas réputé pour son empathie et cela se vérifiait une nouvelle fois aujourd’hui, Son boulot c’était toute sa vie. Pas de mari ni de femme. Pas d’enfants. Ses collègues étaient ses seuls amis, et bim. Ils crèvent tous. »

Virgil haussa les épaules.

« J’aurais bien proposé un protocole pour lui faire  croire qu’elle souhaitait ardemment que ses collègues de boulot meurent tous dans d’atroces souffrances, écrasés par d’énormes blocs de béton, mais je doute que Magda apprécie ce genre de proposition, lâcha-t-il avec désinvolture, Du coup j’ai essayé de remonter les souvenirs pour essayer de trouver  la source de sa culpabilité. Et c’est là que j’ai isolé  trois réminiscences… »

Il désigna d’un geste de la main la petite pensine et invita Nelly à le suivre dans l’incursion de ses trois souvenirs. Le premier était le plus clair. Le plus facile à lire car il ne semblait pas comporter plusieurs niveaux de lecture :

 «  - Tu t’en vas déjà ? questionnait un homme.
- Je finis plus tôt aujourd’hui ! Et je suis en vacances !
- … Chanceuse ! Profite bien ! » lançaient les collègues tous en cœur.


Le second était un peu plus diffus, d’ailleurs ce n’était qu’une réminiscence sonore, sans image. Le Gryffondor l’avait capté en arrière plan d’un autre souvenir plus clair et plus puissant. Une notion prédominait toutefois : Le perfectionnisme de Rebecca. Était-ce pour autant l’élément important de ce souvenir ? Virgil n’en était pas sûr…

« Tu ne prends pas de congés à Noël ?demandait une voix à Rebecca
-Non j’ai de gros dossiers à boucler avant la fin de l’année. Je veux que tout soit parfait pour le bilan de 2008 ! » ajoutait-elle avec fierté.

Enfin le dernier souvenir contribuait à renforcer l’image sévère de leur patiente mais aussi la théorie de Virgil :

« Héé ! Vous comptez rester combien de temps à la machine à café au juste ? s’exclamait Rebecca fraichement promue chef de service.
« On fait juste une petite pause… »
« Pas besoin de break, retournez au boulot ! »
« On est pas tous comme toi, tu sais, on a besoin de recharger les batteries de temps en temps… »


Virgil releva la tête pour quitter sa sélection. Il chercha le regard de Nelly, l’interrogea de ses yeux clairs et s’assit de nouveau sur son tabouret, les bras croisés devant lui.

« « J’ai l’impression qu’elle prenait peu de temps pour elle, tu vois ? » expliqua-t-il alors, « Et le jour où elle décide enfin de s’éloigner un peu de son travail, elle perd tout le monde… Y a de quoi se poser des questions et ruminer ça longtemps, non ? Tu ne crois pas ?» s’enquit-il alors.

Il attendait de Nelly qu’elle soit la plus sincère possible. Peut-être s’était il trompé en choisissant d’isoler  ces trois réminiscences en particulier ? Peut-être faisait-il fausse route. Quoiqu’il en fut, il était impatient de confronter sa vision des choses à celle de sa camarade. Étaient-ils arrivés à des déductions similaires ? Virgil était pressé de le savoir…


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Make their dreams come true... [Nelly & Virgil]

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