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 Under His Eye [Eliott]

Leopold MarchebankMinistre de la MagieLeopold Marchebank
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21 mai 2010

Huit jours s'étaient écoulés depuis l'exécution de Lauren McGowan. Huit jours qui n'avaient pas été de tout repos pour le ministre de la magie. L'affaire avait connu un certain retentissement, et chaque personne autour de lui semblait se penser légitime à lui faire savoir ce qu'elle en pensait, en bien ou en mal, depuis ses directeurs de département jusqu'à son coiffeur, en passant par son nouvel Alan. Un membre de son entourage, pourtant, paraissait moins pressé de commenter l'événement avec lui, et c'était son neveu, Eliott Warlock. Plusieurs de ses hiboux étaient restés lettre morte. Loin de se décourager, Leopold avait insisté jusqu'à ce qu'Eliott daigne lui annoncer sa présence pour déjeuner, ce midi. Bien décidé à faire de cette entrevue une priorité, Leopold avait alors annulé un déjeuner de travail pour se libérer et avait réservé pour lui la totalité du New Tower, un restaurant en vogue de Leopoldgrad.

Situé tout au sommet d'une tour aérienne, le restaurant donnait une vue panoramique sur tout Leopoldgrad. La ville itinérante s'était installée pour le mois dans le nord du pays, et l'air y était vif. Sourd au printemps qui s'installait dans le reste du pays, un vent glacial balayait ses avenues étincelantes, aussi le ministre avait-il accompagné son costume d'une lourde écharpe émeraude. Accompagné par Nouvel Alan, il passa devant les Galeries Paracelse aux enseignes clignotantes, puis s'immobilisa momentanément devant la March Bank. Leopold ne pouvait s'empêcher de marquer un arrêt chaque fois qu'il se rendait ici, le souvenir ému de Griselda s'imposant à lui. Jamais il ne s'était senti aussi orphelin qu'en l'absence de son arrière arrière-grand-mère et de ses remarques impertinentes. Après un moment de recueillement, Leopold s'engagea dans l'Avenue Dalhiatus, bifurqua sur une rue parallèle puis parvint au pied de la tour.

Le ministre et son gorille se rendirent au sommet grâce à un ascenseur de verre dans lequel de la musique classique était diffusée. Ils en sortirent pour se retrouver face au sourire accueillant d'une serveuse tirée à quatre épingle, qui orienta Leopold à travers le restaurant aux tables vides. Avec sa vue plongeante sur la ville, et sa décoration minimaliste, l'endroit était impressionnant et c'était bien là le but recherché. Leopold n'avait aucune envie de mettre son neveu à l'aise, et c'était bien pour cela qu'il arrivait avec un gros quart d'heure de retard : mieux valait laisser à Eliott le temps de réfléchir.

Nouvel Alan se plaça dans un coin de la pièce tandis que le ministre arrivait à hauteur de son neveu. Un air affable apparut sur visage à la vue familière du jeune homme :

"Bonjour Eliott, merci d'être venu."

Leopold prit son temps pour s'installer, retirant sa veste et son écharpe, puis déposant soigneusement à ses côtés un dossier cartonné rouge, dénué d'inscription. Il examina tranquillement la carte, jeta son dévolu sur un plat de coquilles saint jacques, commanda une bouteille de vin puis, enfin, reporta son attention sur Eliott. Un long instant, il l'observa en silence, s'attardant sur ses traits tirés. Un fin sourire étira ses lèvres.

"Comment vas-tu ?", s'enquit-il à voix basse. Il posa les coudes sur la nappe blanche et s'avança, pour mieux pouvoir l'observer, peu pressé de lancer les hostilités. Il voulait le voir avancer son pion le premier.

Eliott avait toujours été son neveu préféré - le seul Warlock fréquentable, vraiment, un garçon vif et drôle qu'il affectionnait réellement. Jusqu'à présent, il lui avait semblé que le sentiment était réciproque, mais peut-être s'était-il trompé. Du bout du doigt, il tapota sa chemise cartonnée.


Eliott WarlockAmbulancier magiqueEliott Warlock
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Eliott avait à peine dormi plus de quelques heures depuis la disparition de Samantha et le procès de Lauren. Ecrasé par la culpabilité et rongé par l'angoisse, le jeune homme n'était plus que l'ombre de lui-même. Les premiers jours, il avait été paralysé par la crainte d'être rattrapé par la Milice. Il avait laissé trop d'indices de son implication dans l'acte de résistance de Sam. N'importe qui au service des ambulanciers savait qu'il avait été le dernier à échanger avec Sam, qu'il avait quitté l'hôpital avec l'intention d'aller la retrouver. Il aurait été surprenant que la Milice ne remonte pas jusqu'à lui.

Pourtant, les heures et les jours s'étaient succédés avec une lenteur terrible, sans arrestation, sans la moindre menace contre lui. Eliott s'était parfois surpris à espérer que ça arriverait, à attendre qu'on vienne le trouver. Il avait merdé, sur toute la ligne, il aurait du payer le prix de ses erreurs. Samantha était morte, Lauren aussi, et lui était toujours là. Et c'était une chance inespérée, bien sûr, que de pouvoir veiller sur Bianca quand elle s'endormait le soir, et de pouvoir serrer Charlotte dans ses bras, mais c'était aussi profondément injuste. C'était une chance qu'il ne méritait pas.

Et puis, cette menace qu'il avait autant redoutée qu'attendue était finalement arrivée sous la forme d'un premier courrier, adressé directement par Léopold. Eliott avait senti son sang se glacer dans ses veines et l'angoisse lui nouer les entrailles à mesure qu'il parcourait les quelques lignes très sobres rédigées de la main de son oncle. Ce n'était qu'une simple invitation à déjeuner et pourtant il n'aurait pas été moins effrayé de recevoir une convocation de la Milice. Léopold l'invitait à déjeuner, trois jours après le procès de Lauren et les accusations de cette dernière sur le meurtre de Samantha, cela ne pouvait pas être un hasard.

Incapable de prendre une décision et encouragé par le ton peu formel de l'invitation, il l'avait simplement ignorée dans un premier temps. Il n'en avait pas parlé à Charlotte et s'était contenté de détruire l'enveloppe, comme si le fait de la réduire en miette faisait disparaitre avec elle la menace de cette entrevue. Une second invitation avait suivi, puis une troisième qu'il avait refusée, puis une quatrième, et il avait cédé. Il ne pourrait pas fuir éternellement, et son oncle avait largement les moyens de le contraindre à venir s'il le souhaitait. Il n'échapperait probablement pas à cette rencontre même en s'exilant à l'étranger.

Eliott n'avait rien dit à Charlotte, persuadé qu'elle ne le laisserait jamais se rendre seul à ce rendez-vous, et c'est avec le coeur serré qu'il l'embrassa avant de partir pour un prétendu entretien à Sainte-Mangouste. Il avait été arrêté plusieurs jours et n'avait eu aucun mal à inventer une fausse visite médicale de contrôle. Il déposa un bref baiser sur les cheveux blonds de Bianca, regrettant de ne pas pouvoir la serrer plus longtemps contre lui sous peine d'éveiller les soupçons de sa femme, et transplana pour Léopoldgrad.

La ville, qu'il avait toujours trouvée hostile, l'accueillit avec des rafales de vents glacées mais Eliott ne prit même pas la peine de fermer sa veste en jean, trop occupé à essayer de se préparer à affronter le regard de son oncle.

La serveuse du New Tower le dévisagea avec un regard dédaigneux et il dut lui assurer à deux reprises que oui, il avait bien rendez-vous avec Mr. Marchebank. Il fallait dire qu'avec sa barbe de plusieurs jours, ses yeux creusés, son teint gris et sa veste en jean usée, il devait changer de la clientèle habituelle. La serveuse finit par le guider jusqu'à une table près des baies vitrées, et Eliott sentit son angoisse s'accentuer en réalisant que la salle était complètement vide. Léopold tenait visiblement à ce que cette conversation n'ait pas de témoin.

Il s'installa, nerveux, refusa deux fois l'apéritif que la serveuse lui proposait à contre-coeur, et envisagea sérieusement de quitter les lieux, avant de se résigner. Il était à peu près aussi blanc que la nappe quand son oncle apparut finalement dans son champs de vision, une bonne quinzaine de minutes après l'heure prévue. Comme cloué à sa chaise, Eliott suivit Léopold du regard alors qu'il approchait et prenait place en face de lui, sans lui témoigner la moindre hostilité. La gorgée nouée, il ne répondit même pas à ses salutations, se contentant d'un vague hochement de tête. On lui mit une carte sous les yeux, sur laquelle il ne parvint pas à se concentrer plus de quelques secondes, occupé à guetter la moindre réaction de Léopold. Il commanda la même chose que lui et attendit avec appréhension que ce dernier prenne la parole.

Son oncle s'adressa à lui à voix basse, penché sur la table comme pour créer une proximité entre eux, au milieu de cette salle vide.

"J'ai connu mieux... répondit-il d'une voix enrouée. Il savait bien que son oncle ne l'avait pas fait venir pour échanger des banalités, et il ne cessait de jeter des coups d'oeil nerveux à cet épais dossier rouge posé sur la table, mais ne pouvait pas se résoudre à lancer les hostilités. Et toi ?"


Leopold MarchebankMinistre de la MagieLeopold Marchebank
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Le moins que l'on puisse dire, c'était qu'Eliott n'était guère loquace. Son neveu avait l'air maladif, pour ne pas dire constipé, mais au moins il ne lui faisait pas l'insulte de prétendre que tout allait bien ; premier bon point. Car si la moitié de ce qui était écrit dans ce rapport était véridique - et elle l'était, le ministre en était persuadé - alors ils allaient avoir de gros ennuis, tous les deux, mais ces ennuis seraient d'autant plus grand si Eliott tentait de le prendre pour un imbécile. Face à la réponse sibylline d'Eliott, il hocha lentement la tête et songea qu'il allait devoir mener cette discussion comme un interrogatoire, s'il comptait en tirer quoi que ce soit. Sa technique qui consistait à le faire mariner avait visiblement parfaitement fonctionné, sa proie était sur le qui-vive : il ne lui restait plus qu'à l'attaquer...

"Naturellement, j'ai appris ce qui est arrivé à ta petite protégée, Samantha...", amorça-t-il en guettant les expressions d'Eliott, "C'est regrettable, vraiment très regrettable."

Ses pupilles s'étrécirent tandis qu'il observait son neveu sans ciller, attendant une quelconque réaction de sa part. Percevait-il dans son ton toute la colère et la déception qui habitait son oncle ? Réalisait-il à quel point il avait intérêt à être convainquant pour le persuader du fait que cette sordide affaire n'était qu'un immense malentendu ? Leopold l'espérait pour lui, pour la préservation de leur relation familiale également, mais il n'entretenait plus guère d'espoir à ce sujet. Eliott, son adorable et innocent petit Eliott puait la trahison à plein nez, et il n'y avait qu'une seule chose à faire avec la trahison : l'étouffer dans l'oeuf.

"Il se trouve que j'ai justement le rapport de la milice juste ici", ajouta-t-il en s'écartant de la table pour laisser le serveur verser un luxueux Vin des Elfes, millésime 1991, dans son verre à pied. Il se tut le temps d'écouter la musique délicate que produit le vin pourpre qui vient glisser contre le cristal, puis en savoura une longue gorgée.

"Ah, je ne suis pas un grand amateur de vin, comme tu le sais, mais je dois reconnaître que c'est une petite merveille", commenta-t-il d'un ton léger, avant de reposer le verre. Une goutte perdue voleta sur la nappe immaculée, qui l'absorba pour former une tâche diffuse. Le silence était profond entre les deux convives, qu'il était à peine perturbé par la musique délicate.

"C'est un rapport très instructif", reprit finalement Leopold comme si de rien n'était. "Très étonnant, aussi. Tu apprendras sans surprise que ton nom y est cité plus d'une fois... Je serais très curieux d'entendre le rôle que tu as joué dans cette affaire, si tu veux bien, mon cher neveux."

Le ton était cordial, doucereux, ce même ton que Leopold n'employait habituellement jamais avec Eliott mais plutôt avec son père John. Signe de plus que le danger était présent autour du jeune homme... Avec une coordination parfaite, deux serveurs revinrent alors déposer deux assiettes fumantes devant eux.


Eliott WarlockAmbulancier magiqueEliott Warlock
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Il n'y avait aucune menace dans les paroles de son oncle et dans les regrets qu'il exprima au sujet de la mort de Samantha, pourtant sa voix était chargée de colère, et Eliott tressaillit sous son regard perçant.

Plus jeune, il avait toujours apprécié la manière dont Léopold voyait le monde, et la façon dont il cernait les gens. Adolescent, il s'était même convaincu que son oncle était le seul à voir les choses telles qu'elles étaient vraiment. Il s'était retrouvé dans sa critique d'une société sang-pur qu'il jugeait obsolète, dans son mépris pour son père et ses manières rigides, et avait adhéré à sa vision du monde qui correspondait alors à la sienne. Il avait admiré Léopold pour ce regard vif, où brillait une lueur d'intelligence qui semblait pouvoir percer tous vos secrets. Ce même regard qui aujourd'hui lui paraissait aussi tranchant qu'une lame acérée.

Il aurait voulu répondre, orienter la conversation vers un sujet moins dangereux, savoir comment Dave avait supporté la perte de ses meilleures amies, comment il tenait le coup, demander des nouvelles du reste de la famille, mais sa gorge restait douloureusement serrée depuis que Léopold avait prononcé le prénom de Samantha, et il garda le silence.

Un poids vint s'écraser sur son estomac alors que son oncle évoquait, sur le ton de la conversation, le rapport de la Milice, qu'il avait emmené avec lui. Eliott posa les yeux sur l'épais dossier rouge, en évidence sur la table. Il savait que ce serait le sujet de leur entrevue et s'était évidement préparé à ce que cette affaire arrive rapidement dans la conversation, mais il n'avait pas imaginé que Léopold serait si bien renseigné. Son oncle avait visiblement fais mener une enquête approfondie, mais que savait-il exactement ? Eliott avait-il encore seulement une chance de pouvoir sauver les apparences ?

Le Ministre fut alors interrompu par le serveur, qui leur versa deux verres de vins avec une lenteur terrible. Délaissant le rapport de la Milice, Léopold but une longue gorgée de vin, qu'il complimenta sur un ton léger. Il avait parfaitement conscience du supplice qu'il infligeait à son neveu, en retardant ainsi le moment fatidique, mais il prenait son temps. Les yeux toujours rivés sur l'épais dossier rouge, Eliott porta son propre verre à ses lèvres et se força à boire une gorgée du liquide pourpre -certainement excellent- dont il ne sentit que l'acidité. Renonçant à l'idée de pouvoir avaler quoi que ce soit, il reposa son verre et releva sur son oncle un regard habité par son angoisse.

Eliott laissa échapper un soupir résigné en apprenant que son nom était mentionné dans le rapport. Il n'eut même pas l'audace de feindre l'étonnement. C'était peine perdue. Tout le service des ambulanciers savait qu'il était allé rejoindre Sam, ce jour-là. Officiellement, il ne l'avait jamais trouvée et était rentré en pensant qu'elle ne l'avait pas attendue. La vérité était évidement beaucoup plus compliquée que ça. Et il n'avait pas la moindre idée d'à quel point le rapport de la Milice se rapprochait de cette vérité. Une chose était certaine, Léopold en savait beaucoup plus qu'Elliot ne l'avait espéré. Il l'entendait à son ton presque mielleux, et dans ce "mon cher neveu" qui sonnait comme une menace. Il savait.

Assommé par cette constatation, Eliott mit un instant à réaliser que son oncle s'était tu et attendait une réponse de sa part. Pris de cours, et dans l'unique but de gagner quelques précieuses secondes, il attrapa à nouveau son verre de vin et en but une gorgée qu'il avala en grimaçant. Ce geste désespéré ne lui apporta aucune réponse sur l'attitude à adopter. Il ne pouvait pas nier son implication dans l'affaire, ce serait contredire le rapport, mais admettre la vérité reviendrait à avouer qu'il avait volontairement essayé de déjouer les plans de la Milice.

Il n'avait pas d'autre choix que de reconnaitre que, ce jour-là, il avait aidé une résistante, mais il pouvait essayer d'en faire un acte isolé, un moment d'égarement. Si Eliott voulait ressortir de ce restaurant vivant, Léopold ne devait surtout pas savoir à quel point il était impliqué dans la résistance.

"C'était une terrible erreur..." confessa-t-il soudainement, dans un élan d'honnêteté qui n'avait rien de faux.

Une erreur d'avoir envoyé Sam à Bristol. Une erreur de ne pas avoir trouvé de meilleure solution pour lui venir en aide. Et une erreur de ne pas être arrivé à temps pour essayer d'empêcher ce drame. Une erreur qu'il ne se pardonnerait jamais.

"Samantha m'avait demandé mon aide, commença-t-il d'une voix rauque, à peine audible. Je n'aurais pas dû, je savais qu'elle faisait n'importe quoi, qu'elle n'aurait pas dû faire ce choix, mais..."

Chacun de ses mots lui coûtait et venait s'ajouter au poids de sa culpabilité. Il se détestait, de ternir la mémoire de Samantha, de rejeter la faute sur elle. Il avait le sentiment de la trahir, et de l'abandonner à nouveau, mais il n'avait pas le choix.

"Elle m'a appelé, elle disait qu'elle avait besoin d'aide, et elle était si bouleversée... Elle racontait des choses horribles, sur Skye et sur les gens là-bas. Je ne voulais pas y croire, mais elle ne voulait rien entendre, et je lui faisais confiance... Je me suis laissé convaincre."


Leopold MarchebankMinistre de la MagieLeopold Marchebank
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Leopold ne lâchait pas son neveu du regard, notant le temps qu'il mettait à lui répondre, en buvant une gorgée de vin comme pour retarder cette conversation, qui n'attendait qu'à prendre un tour déplaisant. Ses yeux s'étrécirent quand Eliott commença à se justifier, en expliquant qu'il avait commis une terrible erreur. Avait-il réellement été poussé à la faute par son ancienne stagiaire, au point de l'aider à aller à l'encontre d'un ordre de la milice ? Au vu du rapport, et étant donné tout ce qu'il savait du caractère d'Eliott, Leopold n'était pas enclin à le croire. Il savait qu'elle commettait une erreur, estimait qu'elle faisait n'importe quoi mais s'était laissé convaincre... pensait-il réellement lui faire avaler cette version de l'histoire ?

Cette ligne de défense bancale entama un peu plus le respect que Leopold portait à son neveu. La déception qui ressortait de ses propos n'était pas feinte lorsqu'il répondit :  

"Pratique, n'est-ce pas, de rejeter la responsabilité sur une adolescente qui n'est plus là pour se défendre ni livrer sa propre version des faits ?"

Il soutint un instant le regard d'Eliott avant de pousser un profond soupir. Leopold passa une main sur son visage marqué par la lassitude, jeta un oeil peu intéressé au contenu de son assiette, puis reporta son attention sur son interlocuteur. Il saisit la pochette rouge et la jeta sur la table à côté d'Eliott, avant de reprendre d'un ton qui trahissait son impatience :

"Tu avais volé un corps. Un corps, Eliott... Tu comptais faire un échange, n'est-ce pas ? Sacré plan. Belle improvisation, pour quelqu'un qui venait de se laisser convaincre, et tu as bien failli te retrouver avec un homme sur les bras. Si tu avais été plus rapide, bien sûr..."

Finalement, il n'était pas sûr de vouloir entendre les explications d'Eliott. Il était clair que son neveu n'avait pas l'intention de se montrer honnête avec lui, certainement bien trop conscient des conséquences de ses actes. L'inconnue résidait dans le fait de savoir à quel point il était proche des mouvements de résistance, à quel point il était déjà mouillé jusqu'au cou dans le Lexit, ou s'il s'était effectivement laissé attendrir par ce duo d'idéalistes, Samantha Miller et Lauren McGowan... Mais les Warlock étaient une famille politisée, et une famille qui avait pâti de son élection. John et Andrew étaient des adversaires politiques directs. Quant à Eliott, il s'était toujours tenu à l'écart de ces considérations, mais les chiens ne faisaient pas des chats. Peut-être avait-il été rattrapé par le discours familial, peut-être avait-il été influencé par diverses rencontres ; toujours est-il qu'il avait trahi.

"Je ne m'attendais pas à cela de ta part", avoua Leopold sans chercher à dissimuler sa déception. "De ton frère, de ton père, oui, mais toi Eliott ? Je peux entendre que tu désapprouves la politique que je mène, bien sûr, mais de là à soutenir une action de la résistance ? Après ce qu'ils ont fait à ton cousin, ce qu'ils ont fait à ma famille ?"

Ce sentiment de trahison emplissait le ministre d'amertume, et il ne comptait pas épargner Eliott des conséquences de son acte. L'ambulancier avait décidé de mener une action à l'encontre de son gouvernement, il s'était laissé convaincre, et bien qu'il l'assume, maintenant : l'indulgence face à la trahison n'était pas le fort de Leopold - et encore, parce que c'était Eliott, il acceptait de faire un effort...



Eliott WarlockAmbulancier magiqueEliott Warlock
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Sa piètre tentative de défense n'avait évidemment pas convaincu Léopold, qui lui répondit avec cynisme qu'il était un peu trop facile de rejeter la faute sur une adolescente qui n'était plus là pour se défendre. Eliott jugeait le Ministre assez mal placé pour lui faire la morale, et aurait voulu lui répondre que sa Milice ne semblait pas avoir le moindre scrupule à assassiner une adolescente sans défense, mais n'en dit rien. Il n'était pas vraiment en position de formuler le moindre reproche.

Il sursauta quand la pochette rouge contenant le rapport de la milice vint s’écraser sur la table, juste sous ses yeux, et n’osa pas relever le regard vers son oncle. Léopold était bien plus renseigné sur les évènements de ce funeste jour qu’Eliott ne l’avait imaginé... Peut-être même qu’il savait déjà tout, et qu’il n’y avait plus rien à défendre. Peut-être que ce fameux rapport contenait suffisamment de preuves pour qu’Eliott puisse être accusé d’avoir intégré mouvement terroriste. Mais si c’était le cas, pourquoi le faire venir ici ? Pourquoi lui donner une chance de se défendre, s’il était déjà condamné ?

Léopold avait d’excellentes raisons de penser qu’il avait participé volontairement à une action résistante, et il allait être difficile de le persuader du contraire. Pourtant Eliott devait le convaincre qu’il ne s’agissait que d’une série d’erreurs malheureuses, de mauvais choix dans un moment d’égarement. Il jouait sa vie sur cette discussion, il en avait parfaitement conscience, et elle avait plutôt mal commencé.

« … Si tu avais été plus rapide, bien sûr... »

Eliott serra les dents pour s’empêcher de réagir avec violence au mépris qui se dégageait des paroles de son oncle. Il commençait à croire que Léopold avait organisé cette entrevue uniquement dans le but de le torturer. Il sentit une onde de colère se propager en lui et occulter momentanément toute forme de peur. L’espace d’un instant, il fut saisi par l’envie brutale de hurler toute la vérité au visage de Léopold, de tout avouer, et de lui faire payer la mort de Samantha. Il aurait pu le tuer. Il avait sa baguette dans la poche de sa veste, il suffirait d’un simple sortilège… Mais il ne bougea pas, les poings crispés sur ses genoux et les yeux toujours rivés sur l’épais dossier rouge.

L’impatience et le mépris dans la voix de Léopold laissèrent place à la déception et Eliott releva finalement la tête pour affronter le regard de son oncle, qui affirma qu’il ne s’attendait pas à cela de sa part. La rage qui l’avait envahi un instant plus tôt retomba brusquement, laissant comme un goût amer dans sa bouche.

"Ça n'a rien à voir avec eux ! » intervint-il avec empressement quand Léopold mentionna son père et Andrew.

Il ne pouvait pas prendre le risque de lui laisser croire qu'il avait agi pour satisfaire un quelconque dessein politique. Que Léopold le soupçonne d'avoir intégré la résistance était déjà bien assez dangereux sans qu'il n'entraine le reste de sa famille avec lui.

Eliott sentit une pointe de culpabilité naitre en lui quand le Ministre évoqua le mal que la résistance avait causé à sa famille. Alors même qu’il envisageait un instant plus tôt de l’assassiner, il se sentait maintenant coupable d’avoir pu avoir de telles pensées à l’encontre d’un homme qui avait été si important pour lui, et qu’il avait réellement estimé. Il savait qu’il était parfaitement stupide de vouloir dissocier la personne de la fonction, mais s’il ne regrettait pas de s’être opposé au gouvernement Marchebank, il réalisa qu'il s’en voulait d’avoir trahi la confiance de Léopold.

« Je suis désolé, souffla-t-il finalement, avec une sincérité qui le surprit lui-même. J'ai fait des erreurs, et de très mauvais choix, admit-il en baissant à nouveau les yeux sur le rapport de la Milice. Je…J’étais perdu, je ne savais plus quoi penser… Mais je n'ai jamais voulu faire quoi que ce soit contre toi..."

Il releva le regard en s’efforçant de voir en face de lui le Ministre de la magie qu’il devait convaincre de son innocence, mais il n’arrivait plus à voir cet homme-là. Comme un enfant pris en faute, il ne voyait plus que la déception dans le regard de celui qui l'avait toujours soutenu quand le reste de sa famille lui tournait le dos, et il se surprit à réellement espérer son pardon.

« Et ça n'arrivera plus. Je te le promets."

Eliott n’avait jamais été un bon menteur, il avait toujours du mal à dissimuler ses émotions. Il n’était pas certain de s’être montré convaincant, et savait qu’il ne tiendrait pas cette promesse, mais le regret au fond de ses yeux était aussi authentique que la crainte qui transparaissait dans sa voix.


Leopold MarchebankMinistre de la MagieLeopold Marchebank
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A la façon dont Eliott baissa les yeux, Leopold comprit qu'il avait fait mouche. A moins qu'il ne soit très bon comédien, mais la sincérité l'avait toujours beaucoup plus caractérisé que la duplicité et le calcul, alors il peinait à l'imaginer.

L'espace d'un instant, il eut l'impression de revoir le petit garçon pris en faute après avoir été un peu trop turbulent, qui faisait face à la sévérité de son père. Leopold, alors, endossait le rôle de l'oncle magnanime qui donne une friandise en douce en glissant un clin d’œil malicieux dans le dos du père. Aujourd'hui encore, Leopold s'apprêtait à reprendre ce rôle, la friandise en moins : cette fois, Eliott n'avait pas renversé un vase en porcelaine précieux et millénaire en jouant avec son Souaffle, non, cette fois l'offense était beaucoup plus grave. Il allait devoir payer les conséquences de ses actes, même si l'amour que lui portait toujours Leopold lui accorderait sa vie, celle de sa femme et de sa fille.

La mâchoire crispée de Leopold se détendit et la dureté de son regard s'adoucit à l'entente de sa promesse. Du bout de la fourchette, il piqua un morceau de viande juteux et le porta à sa bouche, pensif. Le ministre ne doutait pas que cela n'arriverait plus, en effet : il croyait en la promesse d'Eliott, sinon de ne plus recommencer, du moins de ne plus se faire prendre... Cette journée aurait le mérite de lui faire comprendre exactement toute l'étendue des risques qu'il entreprendrait s'il lui venait à l'esprit de recommencer. Alors Eliott était-il vraiment prêt à risquer de perdre ce qu'il avait de plus cher au monde ? Leopold en doutait. Cela étant, il tenait à bien enfoncer le message dans la tête-brûlée de son neveu.

"J'espère que tu tiendras cette promesse, Eliott, je l'espère vraiment", répondit-il en soupirant, avant de tendre le bras pour ramasser la chemise pourpre. "Pour cette fois, je peux enterrer le dossier, mais je ne peux pas avoir l’œil sur chaque affaire de la milice, et tu sais que nous vivons des temps difficiles... Il serait malheureux qu'il arrive quoi que ce soit de regrettable à ta famille... Pense à la petite Bianca."

Leopold secoua la tête en soupirant, avant de reporter son attention sur son assiette, dans laquelle il trifouillait sans grand appétit. La viande était bonne mais faisait pâle figure à côté de ce grand cru, dont il se resservit un verre. Il le sirota tout en considérant Eliott, maintenant enclin à changer la changer le sujet de conversation : inutile de s'éterniser sur ces considérations déplaisantes. Ce qui était fait était fait, les deux hommes avaient chacun fait leurs choix, il était trop tard pour revenir dessus...

"Comment va Bianca, d'ailleurs ?", s'enquit-il finalement, d'un ton plus léger. "Bientôt, Nicholas sera assez grand pour pouvoir jouer avec elle, il pousse de jour en jour. Nous pourrions prévoir une après-midi avec Charlotte et Rosaleen."

C'était une suggestion en l'air, qu'il n'imaginait pas un instant se voir se réaliser après ce qui venait de se passer, mais qui restait plaisante à imaginer. Dans une autre vie, dans un autre contexte, Rosaleen et lui auraient été un de ces couples terriblement banals qui passaient des après-midi avec des autres couples et d'autres bambins. Aussi banale que puisse être une relation entre un homme de cinquante-sept ans et une femme de vingt-deux ans, s'entend... Ces derniers temps, la vie de Leopold était si trouble qu'il se plaisait à imaginer ce type de fantasme, tout en sachant pertinemment que ce serait en réalité l'enfer sur terre à ses yeux. Enfin, cela ne faisait pas de mal d'en parler. Conscient du caractère surréaliste de cette conversation, Leopold continuait de guetter chaque réaction de son neveu, prête à y déceler la moindre trace de trahison.



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Eliott hocha lentement la tête pour rassurer son oncle quant à ses intentions de tenir sa promesse. A l'heure actuelle il n'était pas certain de vouloir réellement quitter la résistance, mais savait qu'il devrait se tenir tranquille, au moins pendant un temps. Il s'était fait prendre une fois, et avait bien compris qu'il n'avait pas intérêt à ce que cela se reproduise. S'il n'avait pas été le neveu du Ministre de la magie, il n'aurait surement même pas eu de seconde chance. Il ne devait sa vie qu'à leur lien de parenté, et cette idée le dérangeait plus qu'elle ne le rassurait. Il ne réalisait que maintenant à quel point Léopold était puissant, et ce que les pleins pouvoirs impliquaient vraiment. Son oncle avait droit de vie ou de mort sur n'importe qui.

Le poids qui comprimait sa poitrine s'allégea un peu quand le ministre s'empara de la pochette rouge contenant le rapport de la Milice, affirmant qu'il pouvait étouffer l'affaire pour cette fois. Eliott tendit le bras pour attraper son verre de vin, espérant noyer dans l'alcool le noeud au creux de sa gorge, mais il suspendit son geste à l'entente du prénom de sa fille. Il tourna le regard vers Léopold, partagé entre la crainte et la colère.

C'était une menace, claire et assumée. Il n'y avait aucun doute là-dessus. Eliott aurait voulu croire que son oncle ne mettrait jamais ses paroles à exécution, mais il ne connaissait plus cet homme qui lui faisait face, et qui menaçait la vie d'une enfant de deux ans, sur le ton de la conversation. Cet homme était capable du pire. Et il tiendrait sa promesse si Eliott échouait à tenir la sienne.

De nouveau envahi par une colère froide, Eliott se retint de répliquer en demandant pourquoi il aurait du craindre pour la sécurité de sa fille ou de sa femme, puisque la Milice n'était là que pour arrêter les terroristes. Il aurait été idiot de se lancer dans ce genre de provocations. Ce n'était plus simplement sa vie qu'il mettait en danger en s'opposant à Léopold mais celles, bien plus précieuses, de Bianca et de Charlotte. Il garda donc le silence et laissa sa main retomber sur la table, abandonnant l'idée d'avaler quoi que ce soit.

Sa colère fut décuplée par le ton léger sur lequel son oncle lui demanda des nouvelles de Bianca. Comment osait-il parler ainsi de sa fille après avoir menacé si ouvertement sa famille ? Eliott connaissait bien Léopold, et s'il l'avait toujours vu se comporter en père aimant avec Dave, il savait aussi qu'il n'aimait pas particulièrement parler de bébés et de couches-culottes. Il n'abordait le sujet que pour faire écho à ses précédentes paroles, comme pour lui rappeler à quel point leurs enfants leur étaient précieux, et comme il serait terrible de les perdre...

Eliott s'efforça de rester impassible, le visage fermé, mais ne parvint pas à feindre l'enthousiasme. Lui qui était toujours enclin à parler des derniers exploits de sa fille -oui, Bianca faisait beaucoup de choses extraordinaires- se retrouvait soudainement muet.

L'idée de passer une après-midi avec son oncle, entourés de leurs femmes et enfants respectifs était complètement surréaliste. Eliott s'imaginait assez mal échanger des banalités avec Léopold, qui lui avait sauvé la mise et l'avait menacé de mort en l'espace de cinq minutes, et avec Rosaleen, qu'il avait vaguement côtoyé quand ils étaient enfants mais qu'il ne connaissait pas bien. Dans d'autres circonstances, pourtant, c'était peut-être quelque chose qui lui aurait fait plaisir. Il avait eu beaucoup d'estime pour Léopold, par le passé, et aurait surement eu à coeur de lui présenter sa famille. La vie en avait toutefois décidé autrement et aujourd'hui il tenait à garder Charlotte et Bianca aussi éloignées de son oncle qu'il le pouvait. Léopold devait bien savoir, lui aussi, que ce projet ne se réaliserait jamais, mais s'il tenait à évoquer de pures fantasmes, Eliott n'avait d'autre choix que de se plier au jeu.

"Elle va très bien, merci, répondit-il en s'efforçant d'avoir l'air aussi détendu que possible. Elle grandit trop vite. Quel âge a Nicholas maintenant ? se força-t-il à demander, plus par politesse que par intérêt. Oui, il faudrait prévoir ça..."

Il masqua son manque d'enthousiasme en baissant les yeux sur son assiette. Il joua vaguement avec un morceau de viande du bout de sa fourchette, mais avait l'estomac noué et était écoeuré par les odeurs de nourriture, pourtant délicieuses. Incapable de supporter une seconde de plus de silence tendu, il posa la première question qui lui passa par l'esprit.

"Que...Comment va Dave ?"

A la réflexion, ce n'était pas un excellent choix de question, d'autant plus qu'il se doutait de la réponse. Son cousin s'était retrouvé en fauteuil roulant après avoir été victime d'un attentat, l'une de ses meilleurs amies était morte dans d'étranges circonstances, et l'autre avait été exécutée par le Magenmagot. Il était assez évident qu'il n'allait pas bien.


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Under His Eye [Eliott]

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