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 Solitary man - Dave

Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des MystèresConstantine Égalité
Messages : 218

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21 mai 2010

J'ai hésité, longtemps, mais ma présence à ses côté a fini par m'apparaître comme une évidence difficile.

J'ignore s'il la désire. Probablement pas. Je suppose qu'il se confond dans l'ombre abyssale de sa solitude avec une complaisance douloureuse. Je sais qu'à sa place et à la pire époque de ma vie, je n'aspirais qu'à l'isolement. Je sais aussi que je craignais le silence autant que de me retrouver face à moi-même. Et que peut-être, si quelqu'un avait été là pour me rattraper et m'empêcher de m'enfoncer profondément dans l'abîme, je n'aurais pas été si proche de commettre l'irréparable.

Il m'avait fallu plusieurs semaines pour trouver l'absence causée par le départ de Kathleen intolérable. Toute ma famille s'était évaporée avec elle et Camille, et je cherchais autours de moi, désespéré, sans trouver aucun roc assez solide pour me raccrocher. Je ne pouvais parler à personne. J'avais instinctivement conclu que le rejet était la meilleure solution. J'avais eu ainsi le sentiment de m'accorder un pouvoir, un contrôle sur tous ces drames qui m'ensevelissaient. Je pouvais choisir de m'écarter des autres. Bien sûr, ce n'était qu'un acte d'autodestruction supplémentaire.

Je refuse que Dave subisse la même chose sans avoir essayé au préalable de lui imposer un appuie.

Je fais peut être une erreur. Après tout, ma délicatesse sur ce genre de sujet avoisine le néant et je ne peux pas faire grand-chose d'autre que d'y associer ma propre expérience, et ce qui me semble avoir dramatiquement manqué à la situation pour rendre ma condition moins douloureuse. Je ne me suis jamais considéré comme un confident exemplaire, mais il m'est arrivé d'être de bon conseil. Et il y a de ces drames qu'on ne peut partager qu'avec ceux qui ont vécu d'aussi grande souffrances.

Il me semble que Dave et moi partageons de nombreux points communs.

Arrivé sur le parvis, je scrute la façade gigantesque de la Marchebank, suspicieux. Le bâtiment m'a toujours laissé un arrière-goût d'incertitude, et l'attentat n'en n’a pas amélioré ma perception. Je soupire lentement et pénètre dans le bâtiment. Les contrôle, toujours en place malgré l'heure tardive, m'imposent une valse de désagrément relativement absurde : un vigile très sûr de lui m'immobilise cinq interminable minute, le temps de vérifier trois fois la signature magique de ma baguette, pour s'assurer que je ne suis pas un usurpateur sous polynectar. Il s'excuse, évidement, au terme de cette probante humiliation : répéter six fois de suite que je suis bien Constantine Égalité et que je n'ai vraiment pas le temps pour ça ne l'empêche pas de rester professionnel. Je suppose que c'est plutôt une bonne chose pour la sécurité de la banque, un peu moins pour mon égo qui supporte assez mal les fouilles magiques et corporelles. Il me rend ma baguette avec un sourire désolé, et me laisse pénétrer dans le hall.

Il n'est pas bondé. La plupart des employés sont rentrés chez eux et quelques clients s'attardent encore en compagnie de leurs conseillers zélés. Je ne supporte les lieux publique que dans ces circonstances : lorsqu'on y entend à nouveau l’écho dérisoire des voix qui se heurtent, isolées, et que l'espace redevient perceptible, qu'on s'y sent minuscule, et que la démesure du bâtiment perd tout son sens. D'un pas tranquille, je gravit l'escalier. Rien ne presse. Je sais que Dave est là, et j'ignore si je veux me confronter à sa douleur. Notre entretient risque d'être un moment difficile.

Devant son bureau, je m'immobilise quelques secondes, le regard sombre. Je fais le vide dans mon esprit, pour repousser les résidus de souvenirs qui risqueraient d'être tirés à la surface par son regard lorsque je m'y confronterait. Je dois rester absolument objectif. Je soupire longuement, et presse la poignet.

- Dave ? " La pièce est plongée dans une semi obscurité à laquelle mes yeux mettent quelques secondes à s'habituer. " Salut, dis-je en percevant une silhouette assise à l'un des deux bureaux. Je sers contre moi le livre que je tiens sous le bras, et m'approche après avoir refermé la porte derrière moi. Je pose doucement le livre sous son nez, et le pousse vers lui pour l'interrompre dans sa tâche. Tiens. C'est un vieux livre d'histoire à moi. Je l'ai depuis des lustres. Je n'en ai jamais lu de meilleurs." Je cherche son regard et son attention. Je n'ai pas besoins de le dévisager longtemps pour voir la charge de douleur terrible qu'il tiens figé sur ses traits. " … Tu as besoins de compagnie. " Dis-je doucement. Ce n'est pas une question.


I've been throwing stones, waiting by the river, I've been on my own, praying like a sinner, and you've been gone too long, I'm waiting out the winter, I've been on my knees, praying like a sinner© by Sun

Spoiler:
 
Dave MarchebankEmployé de la March BankDave Marchebank
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Le travail n’avait jamais été un tel vecteur d’oubli pour Dave qui facturait des heures supplémentaires sans les compter. Il avait absolument besoin de se consacrer à quelque chose et il s’avérait que l’environnement de la Marche Bank était, après avoir été détruit puis reconstruit dans la douleur, ironiquement le plus stable de ceux qu’il côtoyait. Il détestait rester au manoir en journée, désespérément vide, depuis que Griselda ne l’animait plus de sa présence. Il ressentait cet étrange besoin paradoxal d’être entouré de gens mais de ne parler à personne et il n’y avait qu’à la banque qu’il trouvait cet environnement bien particulier. Il n’était pas très proche de ses collègues et ne leur inspirait de toute manière pas forcément l’envie de converser avec lui. Rester à son bureau pour s’abîmer derrière la lecture de livres de comptes et de rapports de transactions financières était la seule chose qui lui permettait de se donner l’impression d’avancer. Ça et la dernière conversation qu’il avait eue avec son père.  

Malheureusement, chaque jour venait une heure où l’agitation des clients et des employés diminuait jusqu’à laisser Dave seul avec le silence. Quand l’obscurité gagnait suffisamment le ciel pour qu’il ne puisse plus déchiffrer les petites lettres sous ses yeux, c’était le moment où il cessait son travail et parfois, s’en allait aussitôt. Mais souvent, il restait encore quelques minutes, comme s’il avait besoin d’un instant de pause entre les deux moments millimétrés de sa journée, son temps de travail et son dîner en famille le soir. Un bref instant où il observait l’état déplorable de sa vie avec un regard sévère, avant de reprendre la suite de sa routine pour y donner une impression d’ordre totalement factice. Il parvenait à se livrer à une analyse totalement froide de ce qu’il vivait. Mais c’était toujours une insupportable douleur de se remémorer tout cela.

Il ne visitait plus le docteur Winston depuis plusieurs semaines, il n’avait aucune envie de lui parler de ce qu’elle qualifierait probablement d’un choc émotionnel. Il savait parfaitement ce qu’il ressentait et il ne désirait pas s’étendre sur le secret de ses pensées. Après tout ce qui lui était tombé dessus en très peu de temps, on aurait pu être surpris qu’il ait encore le courage de quitter son lit et reprendre le cours de son existence. Et pourtant, Dave se sentait encore animé d’une redoutable et virulente énergie vitale. Ce n’était pas le soutien de sa famille proche et encore moins ce travail dans lequel il s’abrutissait jour après jour qui lui donnait envie de se lever le matin. C’était une profonde envie de violence, qui grandissait en lui comme une obsession. Il avait presque tout perdu, tel était le constat inlassable qu’il se dressait chaque soir avant de quitter le bureau en compagnie de sa solitude. Il avait perdu une partie de ses capacités, et avec, un miroir positif de lui-même dans le regard des autres. Il avait perdu sa capacité à se bercer d’illusions, le reste de naïveté et d’optimisme qu’un garçon de nature cynique comme lui pouvait encore posséder. Il avait définitivement perdu les deux seules amies qu’il avait pu avoir et dans leur sillage, il lui semblait que sa foi en toute forme de relation humaine un tant soit peu sincère et solide se délitait.

Quand on avait perdu autant, il restait peu de chemins possibles pour continuer à aller de l’avant. Dave avait choisi d’employer son existence à faire payer chaque personne responsable de ses pertes. Il doutait qu’un psychomage payé pour faire en sorte de le tranquilliser par la parole ou par les médicaments soutienne quoi que ce soit dans cette logique. Alors il faisait ce qui était probablement la pire chose à faire dans sa situation : se taire, ruminer, nourrir sa propre haine et chercher sur quoi la fixer.

Mais cette fois, Dave n’eut pas le loisir de contempler davantage de son regard torve les contours éthérés de sa silhouette immobile à travers la baie vitrée de son bureau. Une voix familière le força à sortir de son monde intérieur tumultueux et se retourner d’un léger mouvement des bras sur les roues de son fauteuil. Ses lèvres s’entrouvrirent légèrement, en reconnaissant Constantine. Il recevait rarement sa visite ici, encore moins à cette heure. Alors même qu’il s’agissait de son lieu de travail, Dave eut l’impression que c’était sa sphère personnelle que le directeur de département pénétrait. Sans doute à cause du ton plutôt bas qu’il empruntait pour parler et de cette posture concernée, alors qu’il approchait pour poser un livre sur son bureau. Ce n’était pas le Constantine Égalité vif, impatient qu’il connaissait. C’était quelqu’un d’autre. Dave ne regarda pas l’ouvrage qu’il posait sur son bureau, conscient qu’il ne s’agissait que d’une formule de politesse pour introduire sa venue, une formule qui avait seulement la qualité d’être adaptée à ses centres d’intérêt. Son regard préféra se poser sur le visage de Constantine, dont il ne parvint pas à percer le sens de l’attitude. Venait t-il pour lui témoigner de la compassion ? De la pitié ? De l’inquiétude ? Ou voulait t-il obtenir quelque chose ? Il parlait avec une espèce de certitude tranquille qui provoqua une réaction de rejet, presque réflexe chez Dave :

« Tu te trompes. »

Constantine venait de briser son moment de solitude mais au fond, ce n’était pas tant ce qui dérangeait Dave que de le voir affirmer qu’il avait besoin de quelque chose, quelle que soit la chose en question. Il détourna le regard en faisant quelques gestes machinaux pour remettre ses dossiers en place sur son bureau.

« Si tu voulais me parler de quelque chose, je t’écoute, sinon… J’étais sur le point de rentrer chez moi. »



Merci pour l'avatar et la signa Titine  I love you
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Solitary man - Dave

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