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 Triumvirat | Constantine

Danielle ColemanChef de la miliceEn ligneDanielle Coleman
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13 juillet 2010 - juste après le Freedôme

Est-ce que la journée avait simplement été longue ? Non, la journée avait été épuisante, éreintante. Danielle souffla longuement et quitta ses documents du regard pour cligner plusieurs fois des yeux. Un regard vers sa montre lui indiqua qu’il était trois heures du matin et elle se sentit brusquement très lasse. Rester assise dans son bureau lui parut alors insupportable et se leva brusquement pour parcourir la pièce à grandes enjambées et en sortir. Le QG de la milice était bien évidemment vide ; elle avait renvoyé tous ses hommes chez eux des heures auparavant. Elle, elle n’avait pas pu quitter le ministère, elle était restée, enfermée dans son bureau, penchée sur des documents, tentant de créer des liens, de comprendre ce qu’il avait bien pu se passer.

Ils avaient manqué de vigilance, avait-elle constaté en étudiant les rapports des différents miliciens ; rien ne laissait présager une action de cette envergure. En fait, rien ne laissait présager que la « résistance » était un mouvement vaste et aussi organisé. C’était la première fois qu’ils sortaient ainsi, à la vue de tous, pour les défier face à la société magique. Et, Danielle l’avouait : cela avait été une réussite pour eux. Les sortilèges de protection qui entourait Bristol avaient lâché, et aucun des manifestants n’avait cédé la violence. La milice, elle, avait été submergée. Complètement submergée. Ils n’étaient pas assez nombreux pour véritablement arrêter cette manifestation et, surtout, ils avaient parfaitement conscience que leur faits et gestes étaient observés par les citoyens de Bristol ainsi que – grâce aux Pear qui filmaient la manifestation – par une grande partie du monde magique. Danielle avait dû être prudente, surtout quand de nombreuses pancartes dénonçaient une « milice violente et meurtrière » ; par conséquent, elle avait dû renoncer à une intervention musclée, pourtant bien plus efficace que les quelques interpellations qu’ils avaient réussi à faire. « Ethique publique » songea Danielle en levant les yeux au ciel, parfaitement agacée par une telle notion.

Le ministère était désert, aucun bruit ne venait troubler le silence qui l’entourait. C’était un moment comme elle l’appréciait tant, où la solitude ne lui pesait pas et où elle avait seulement le sentiment d’être apaisée. Elle entra dans l’ascenseur et descendit jusqu’à la cafétéria, bien évidemment vide à une heure pareille. Un coup de baguette magique activa la machine à café et elle s’en fit couler un, puis l’emporta à une table pour le boire tranquillement.

Elle avait au moins besoin d’un café pour tenir les prochaines heures (voire dix cafés, si on le lui demandait). Ce n’était, après tout, que sa deuxième nuit blanche consécutive et elle avait passé sa journée à traquer des résistants et à mener des interrogatoires – tout allait bien, elle n’était absolument pas épuisée, des cernes ne creusaient absolument pas son visage.

Elle ferma brièvement les yeux, une main posée sous le menton, savourant le silence et le calme. Ce moment de repos fut de courte durée car, quelques minutes plus tard, des bruits de pas se firent entendre. Son regard se posa immédiatement sur la source du bruit et elle avisa Constantine – qui avait abandonné sa tenue de cuir pour quelque chose de plus sobre, de toute évidence. De brefs images alcoolisées et brumeuses de la soirée qu’ils avaient passé ensemble lui revinrent en mémoire mais elle préféra les tenir très éloignées de sa conscience.

« Bonsoir Constantine. » le salua-t-elle, rompant définitivement le silence qui régnait en maître sur les lieux.

Elle lui adressa un maigre sourire.

« Je ne pensais pas te voir ici si tard. » Si elle le pouvait, elle serait allée dormir douze heures consécutives. « Comment vas-tu ? »


Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des MystèresConstantine Égalité
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Il n'est pas rare, lorsqu'on s’enfouit au niveau -9 du ministère et qu'on y reste cloîtré une journée entière, de passer au travers de quelques informations d'importance. Focalisé sur l'analyse des derniers rapports compulsé par mes chefs de salles, la nouvelle de l'effondrement du dôme de Bristol ne me parvient que tardivement dans la soirée, et je l'accueille avec un soupir résigné. L'autorité de Leopold est remise en cause trop régulièrement, ces derniers mois. Et si au vu des circonstances, ce n'est pas forcémentsurprenant, la constatation des forces qui s'organisent contre nous est de plus en plus irritante.

En rediffusion depuis mon pear, je constate les dégâts vers onze du soir, alors que je m'accorde une pause forcée en sirotant un verre de whisky pur feu qui me rappelle méchamment la gueule de bois encore récente que mon corps tente de purger. Impassible, j'observe la milice tenter d'intervenir sans grande conséquence sur une masse d'hommes masqués, passifs, impossible à brutaliser et absolument surexposés médiatiquement. Je ne peux m'empêcher de sourire lorsqu'une partie de la diffusion fait apparaître le visage de Danielle qui, excédée, force la caméra à filmer le sol.

Elle vit probablement l'une des pires journées de sa vie.

Je soupire en coupant la retransmission.  Avec une pensée pour Leopold que les derniers évènements atteignent probablement plus que ce qu'il ne veut bien le concevoir, - la mort de Daliathus, l'attentat de la Marchebank, la mort d'Alan, sa propre tentative d'assassinat, le procès McGowan, Dave, quelque part perdu au fond de tout ça…- je jette un coup d'œil vague à la pile de comptes rendus qu'il me reste à lire avant la fin de la journée. J'accuse assez mal ces dernières semaines. Beaucoup d'émotions mitigées, dues notamment au retour de Joséphine Chevalier dans ma vie, et tous les souvenirs qu'elle transporte avec elle. Et à trente-sept ans, je réalise que j'accuse moins bien l'excès d'alcool qu'il y a quinze ans. Je soupire profondément, me masse longuement les tempes et me remets au travail.

J'émerge aux alentours de deux heures et demi, les yeux fatigués par une lecture prolongée à la lumière trouble d'enchantements magiques que je n'ai pas pris la peine d'augmenter pour la bonne raison que je remarque à peine que je manque de lumière. Un mal de crâne profond me pousse à chercher l'air frais de l'extérieur. D'un pas lourd, je traverse les salles du Département en jetant des coups d'œil autours de moi. L'Arche de la salle de la mort force en moi un arrêt fasciné. Comme toujours, je ne peux m'empêcher de fixer longuement les visages nébuleux qui apparaissent et disparaissent au rythme de l'écoulement du voile. Je pense à la manifestation.

L'ascenseur s'ouvre sur le hall désert du Ministère. Les tours vitrées et la pierre noire prennent des reflets étranges, lorsque personne n'est là pour s'y refléter. J'apprécie le silence désertique à peine interrompu par l'air qui se déplace dans le couloir devenu trop grand. La statut de Leopold me surplombe, je lève les yeux pour essayer de capter son visage serein découpé dans la pierre. Ils n'ont pas représenté les cernes de ses yeux ni les plis inquiets de son front.

La caféteria est aussi vide que l'atrium. J'y mets rarement les pieds, peu friand de l'agitation qui y règne en terme général et y préférant la quiétude de la salle de repos du Département des Mystères, généralement occupée par des gens dont je me sens plus proche que la majorité de ceux qui œuvrent au ministère. Il m'est pourtant agréable, dans le calme de la nuit, de profiter d'un lieux qui me déconnecte totalement avec mon travail. Je sens mon esprit se reposer un peu en découvrant les banquettes vides. Du regard, je cherche un endroit propice pour me préparer un café fort. Une silhouette bien connue, assise à une table, une main sous le menton, interromps mon chemin. Je m'immobilise en dévisageant Danielle.

J'ai un instant de gêne qu'elle brise en me saluant calmement. J'hésite, mais il y a quelque chose dans son regard qui ne lui ressemble pas. " Je ne pensais pas te voir ici si tard, dit-elle. Comment vas-tu ? " Je jette un coup d'œil autours de moi. Il me faut quelques secondes pour calquer son attitude et enfouir dans un coin de mon esprit fermé à double tour les antécédents de la soirée dramatique de Mildred Magpie. La lassitude profonde et l'épuisement visibles sur le visage de Danielle me poussent a adopter une attitude détachée de toutes considérations ne relevant pas directement de son état présent. Je m'approche et m'assoit en face d'elle. Ses yeux, si joliment maquillés il y a à peine deux jours, sont creusés de lourdes cernes qui ressemblent à celle que je porte en permanence. " Toi, surtout. " Réponds-je doucement. Je me fais couler un café à distance et fait l'éviter la tasse jusqu'à moi. La baguette posée sur la table, sous une main, l'autre sur la tasse, je la dévisage un moment. Il ne me semble pas l'avoir déjà vu aussi heurtée. " Dure journée, de ce que j'ai pu en voir. " Elle doit se douter que tous les pear du monde magique ont retransmit fidèlement les difficultés de la milice. Avec mon tact habituel et sans réaliser que je peux être heurtant car m'adressant à elle avec une attention véritable : " Il a semblé vous manquer beaucoup de choses pour pouvoir gérer cette situation proprement." Je sers un peu la tasse entre mes doigts. La présence de Danielle me rend toujours nerveux. D'autant plus ces derniers temps. D'autant plus depuis que je sens le vernis de mon irritation craque au profit de quelque chose de plus profond dont je tente de me protéger. " Tu t'es battu avec un blogger. "Je ne peux m'empêcher de sourire malgré moi. " Je suis désolé. "


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Danielle ColemanChef de la miliceEn ligneDanielle Coleman
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Danielle hoche doucement la tête à la remarque de Constantine et la sollicitude qu’elle entend dans sa voix la touche presque.

« Je suis épuisée. » avoue-t-elle avec une honnêteté déconcertante ; de toute évidence, elle est trop épuisée pour penser à être sarcastique. Elle prend une gorgée de café et savoure le breuvage fort. Elle ne se souvient pas en avoir un jour bu autant ; heureusement que Meredith Kane ne la voit pas à cet instant, parce qu’elle est persuadée que la directrice de la santé magique a sous le coude quelques slogans accrocheurs sur une telle consommation comme « La caféine, c’est la ruine ». Pour le moment, elle préfère ne pas penser aux conséquences désastreuses d’un rythme de vie comme le sien ; elle le regrettera dans une dizaine d’années.

« Bel euphémisme. » commente-t-elle avec un sourire en coin.

La journée n’a pas simplement été « dure ». Objectivement, la majorité des journées de Danielle sont « dures » ; c’est le prix à payer lorsqu’on est à la tête d’un corps d’élite qui fait face à des oppositions fréquentes et féroces. Aujourd’hui, ils avaient été confrontés pour la première fois à l’intégralité de ce mouvement d’opposition ; les terroristes étaient sortis dans la rue, à visage presque découvert, manifestant contre le gouvernement, contre la milice, contre Skye ; étalant au grand jour des informations qu’ils s’efforçaient de passer sous silence ; criant une vérité qui était pourtant sans cesse démentie par les services de communication interne du ministère.

De quoi avaient-ils manqué pour gérer cette situation ? D’effectifs, de toute évidence. Les miliciens étaient trop peu nombreux par rapport à la menace réelle perpétrée par l’opposition. Selon Danielle, ils avaient surtout été limités par les caméras, par cette nécessité de paraître irréprochable aux yeux de la société magique. Danielle se fichait bien de cette volonté de montrer « patte blanche » ; comme si elle avait besoin de l’accord du peuple pour agir selon les lois, selon ce qui avait été défini par Leopold.

« Il me manquait une douzaine d’hommes, au moins, pour gérer ça. » admet-elle en haussant les épaules.

Bristol étant encerclée par des protections magiques, les renforts ne pouvaient pas transplaner directement dans l’enceinte de la ville ce qui leur avait fait perdre un temps précieux. Tout s’était passé si vite – quelques minutes, tout au plus, avant que le dôme n’explose en une poussière blanche qui avait donné à la ville une allure enneigée. En s’attaquant au dôme le LEXIT s’était attaqué à un symbole du gouvernement mais avait aussi rendu visible une « prison » jusqu’alors invisible qui garantissait une tranquillité forcée dans la ville portuaire. Le dôme serait reconstruit, évidemment ; plus fort qu’avant. Restait à espérer que la graine de la révolution ne germe pas les esprits des citoyens…

« Tu t’es battue avec un blogger. » La remarque de Constantine lui tire un sourire, qui s’accentue par la suite.
« Et j’ai gagné. » fanfaronne-t-elle en lâchant un léger rire. « Son Pear est inutilisable, j’ai grillé tous les composants internes. »

Sa rencontre avec ce pseudo « journaliste » lui revient en mémoire et elle retient un soupir. Malheureusement – comme elle a pu le constater en apercevant le visage du jeune homme sur les réseaux sociaux – sa menace n’a pas été suffisamment forte pour le dissuader à ressortir de chez lui. Elle espère au moins que la garde à vue qu’il a passé en cellule a été suffisamment désagréable pour lui passer l’envie de recommencer. Elle n’y croit pas trop ; malheureusement l’intelligence et la jugeote ne sont pas en vente chez Vargas Corp. Dommage.

« Donc je suis approximativement levée depuis… » elle consulte sa montre, « 45h. » Cette constatation lui tire une grimace ; encore plus lorsqu’elle se rend compte qu’elle ne sera probablement pas chez elle avant vingt heures ce soir.

« Et toi, ta journée ? Tu l’as passé à dormir pour être encore au ministère aussi tard ? » demande-t-elle avec un sourire en coin, posant son regard curieux sur son collègue. L’image de ce dernier – studieux, des cernes violettes qui rivalisent avec les siennes – se superpose avec celle qu’elle a découverte hier soir. L’écart – pourtant étonnant – lui plaît ; Constantine lui apparaît comme un mystère, un équilibre entre sarcasme et honnêteté touchante, un homme incertain mais assuré, loin de l’image qu’elle s’était construite de lui.



Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des MystèresConstantine Égalité
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Il est des choses rares dans une vie. Ces sortes de choses qui arrivent si peu souvent qu'elles imposent une forme d'urgence ou d'inquiétude immédiate. Une odeur de gaz dans un appartement moldu. Un sortilège loupé pour la première fois. Danielle Coleman qui admet son épuisement.

Je la regarde. Ses yeux cillent à peine, mais ses pupilles tremblent un peu comme si elle suivait un esprit fantôme déposé dans le creux de sa tasse. La vapeur qui sen échappe caresse son visage et y dépose un masque transparent qui renforce sa pâleur et le contraste violacé de ses cernes. Elle a noué ses cheveux et il y a quelque chose d'un tout petit moins rigoureux que d'habitude, une mèche échouée ou échappée qui balayent son front inquiet. Elle se tient droite avec dans les membres quelque chose d'ineffablement résigné et las. On dirait un abandon partiel de sa force vive, comme un feu éclatant dont la couleur se ternit à l'orée du jours. Ou comme la neige aveuglante transformée en plaine uniforme et noire pendant la nuit. Sa bouche n'a pas changée, affirmée dans le même rictus ferme, définitif, qui laisse transparaître sa conscience rigoureuse. Mais elles ne suffisent pas à affermir le reste de son visage exténué ni la façon dégagée qu'elle a de serrer doucement sa tasse entre ses doigts. Elle ne ressemble ni à Danielle, raisonnée, pragmatique, qui compulse des fiches de disparus, la frustration au bout des doigts, ni à Danielle de cuir, ironique, provocatrice à la force tranquille, sensuelle et inatteignable. C'est encore une autre femme, différente et similaire dans la dureté de son regard, mais si fragile dans tout le reste.

Je suis surpris, un instant. Je suspend mon geste, sans savoir quoi répondre, attentif à cette ouverture singulière qu'elle assume et accepte pour la première fois depuis des mois. Il me semble terriblement étrange qu'elle me choisisse pour se montrer. Peut-être est-ce dû à un concours de circonstance. Peut-être la surprends-je simplement dans un instant de faiblesse isolée, ou seule face à sa solitude, elle pensait surmonter sa faiblesse et s'ouvre à moi par défaut, parce que je suis là à cet instant, face à elle, et qu'elle n'a aucune volonté de se battre encore. Peut-être cela l'indiffère-t-elle parfaitement d'assumer que la situation la dépasse et qu'elle atteint ses limites. Il me semble que le mordant qui fait sa verve décline et cela ressemble vaguement au début d'une calamité.

- Épuisé et capable de le reconnaître. Danielle… Dois-je m'inquiéter ? Interroges-je avec un fond d'humour qui ne cache pas ma sincérité. " Le moment où on cesse de mordre, c'est qu'on se résigne à mourir, tu sais bien. "

Elle sourit un peu. Il a été assez évident que la milice essuyait un revers dramatique, là-bas, à Bristol. Un coup d'œil tardif sur mon pear, les nombreux articles et les rediffusions n'ont pas suffi à dissimuler la faiblesse du corps spécial, débordé et inefficace. Ce n'est pas une idée qui me plaît, personnellement, car Leopold et ce qu'il représente risque bien entendu de s'en ressentir. La conversation que nous avons eu après le procès me revient brièvement en mémoire. Une nouvelle contestation à laquelle il va falloir faire face. Je hoche doucement la tête face à l'estimation qu'elle fait et qui rejoins ce que j'ai pu évoquer. A ce moment-là, j'avais surtout à l'esprit la difficulté de Danielle a traité également tous les dossiers sensibles qui lui tombaient entre les mains. Désormais, ce manque d'effectif prend un autre aspect.

- Tu t'es battue avec un blogger. " Dis-je doucement, sans animosité. Il y a quelque chose, dans l'ambiance de la cafétéria, qui me semble étrange. Comme une accalmie profonde après des jours de bruits pour rien. Comme un accord de paix tacite entre deux êtres épuisés qui se reconnaissent à peine. J'ai une sensation étrange de plénitude face au sourire de Danielle, dont je ne me préserve pas, pour la première fois depuis ces semblants d'intimité qui traversent sporadiquement nos conversations, et dont l'apogée est apparue brutalement entre deux cocktails et deux remarques acides. J'accepte exceptionnellement, rassuré par la demi-obscurité qui règne autour de nous et l'ambiance apaisante du silence de la cafétéria, de ne pas me prémunir contre ce qui ressemble bizarrement à une esquisse de complicité.  
- Et j'ai gagné. Son Pear est inutilisable, répond-elle avec un rire bref auquel je fais échos. J'ai grillé tous les composants internes. "
-  Tu sais que la moitié de ceux qui suivaient attentivement le déroulement des évènements jugera cet acte plus scandaleux que tout ce que la milice a pu faire de scandaleux jusqu'à ce jours. " Je souris doucement. " Et puis, ton autorité a été mise à mal. Je suppose que tu sais qu'il n'a pas été très impressionné par tes consignes. " Ma bouche prend un plie moqueur. " C'est rare, Danielle Coleman qui se fait rouler dessus par un gosse en short à peine sorti de ses B.U.S.E. " Elle jette un coup d'œil à sa montre et fait le calcul de ses heures de veille. Je suis impressionné de constater que la grimace qui tire un instant ses traits lui donne un air attrayant que je ne lui ai jamais vu.

Ou peut être très ivre, mais je ne m'en souviens pas.

- Et toi, ta journée ? Tu l'as passé à dormir pour être encore au ministère aussi tard ? " Demande-t-elle avec une véritable audace. Je couvre ma tasse d'une main. La vapeur qui s'en échappe réchauffe mes doigts un instant. Je sirote ensuite doucement le café qui me fouette les nerfs, avant de secouer la tête.
- Pas vraiment. Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est, pour tout te dire. " Ou plutôt vaguement. Le temps qui passe fait partie des choses que j'oublie nécessairement dans les brèves minutes qui suivent mes consultations d'horloges de tout type. Par ailleurs, mes retrouvailles avec Joséphine on fait remonter ces cauchemars qui hantent mon sommeil avec une régularité bien réglée, je fuis donc le sommeil encore plus que de coutume, ces dernières semaines. " Nous stagnons sur plusieurs sujets de recherches… " Je m'interromps. Un instant, j'ai ressentis le désir de lui expliquer en détail les causes professionnelles qui occupent mon esprit et m'ordonnent de continuer mon travail. Je ne comprends pas ce besoins soudain, et sur mon sourire vient se greffer un bref froncement de sourcil d'incompréhension. Je secoue la tête comme pour moi-même. " Je ne peux pas vraiment t'en dire plus. " J'hésite une fraction de seconde avant d'ajouter : " Tu sais c'est simplement… Je sais qu'il y a de très fortes chances pour que je meurs avant qu'aucune de nos recherches n'aboutissent. " Je ris brièvement, avec la sècheresse d'un malaise de fond. " Une partie de moi se dit que ce serait justice, parce que la recherche avance malgré tout et que les générations futures y verrons de plus en plus claires après nous. Et puis une autre partie de moi trouve cette possibilité profondément injuste : ce serait comme une vie vouée au néant. " Je parle calmement mais je sais que j'ai perdu une partie de mon flegme habituel. " Parfois je suis terrifié à l'idée de mourir avant d'avoir découvert quoi que ce soit. " Conclu-je avec un calme qui me surprends. J'accuse le silence qui répond à ma déclaration. Brutalement, toute l'atmosphère rassurante à disparut, et je me sens nerveux et gêné d'avoir proféré un tel aveu. " Je ne sais pas pourquoi je te dis ça. " Dis-je lentement, et au fur et à mesure que les mots franchissent mes lèvres, je sens qu'aucun d'entre eux n'améliorent ma situation. Je bois à nouveau, par contenance, incapable de relever les yeux vers Danielle qui me scrute probablement avec ce même air curieux qu'elle avait posé sur mon rappel-tout. Je tente un rire plus décousu, et me force à fouiller dans mon passé proche pour retrouver les sensations de bien-être que nous partagions. Au prix d'un effort, je fini par la retrouver, m'en drape et déclare avec un rire plus sincère : " Je crois qu'on va pouvoir nous mettre en retraite anticipée, tous les deux. J'ai le vague sentiment qu'en l'état actuel, on fait plutôt pitié. " Je lève la tête et la regarde enfin.


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Danielle ColemanChef de la miliceEn ligneDanielle Coleman
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« Je ne me suis jamais résignée à rien du tout. » réplique-t-elle avec un bref sourire. « Il leur en faudra bien plus pour m’enterrer. »

Il y a un fond de vérité caché sous cette plaisanterie, Danielle en est consciente. Elle sait pertinemment que certains attendent qu’elle craque, qu’elle s’effondre, qu’elle abandonne ; parce que son poste est trop compliqué, qu’il y a trop de responsabilité et qu’elle n’est pas taillée pour l’exercice. On lui rappelle souvent ses erreurs et ses échecs, qu’elle accueille avec une sérénité feinte parce qu’elle ne veut pas nourrir les rapaces. Cette froideur qui émane d’elle est nécessaire pour qu’elle puisse mener à bien son travail, sans laisser une once d’humanité se glisser sous des réflexions d’une logique implacable. Danielle avait toujours été très cartésienne, se référant aux principes logiques quand elle devait prendre une décision, avec une rigueur qu’elle avait acquise auprès de ses parents.

Sans surprise, cette attitude glaciale ne l’avait plus quitté ; elle s’était superposée avec perfection à sa personnalité. Au lieu de la repousser, Danielle l’avait accueilli comme une accueille une vieille amie ; après tout, elle n’avait jamais été particulièrement sociable. Elle n’était pas faite du même bois qu’Avalon, qui avait un enthousiasme contagieux, une exubérance naturelle et un rire sonore ; parfaitement à son opposé, Danielle avait toujours été calme, réfléchie, bien que pourvue d’une volonté de fer qui lui avait donné la force de soulever des montagnes. Finalement, ce n’était pas tant qu’elle ne se sentait pas à son aise parmi les autres mais plutôt, tout simplement, qu’elle ne s’y intéressait pas. A Poudlard, alors que ses camarades de dortoir discutaient avec animation de la prochaine sortie à Pré-Au-Lard – et surtout, de comment faire pour que Jim Goweth daigne les accompagner – Danielle était plongée dans d’épais manuels de runes antiques. Puis, elle avait été nommée préfète, et préfète-en-chef, et, en prenant un peu trop à cœur ses nouvelles fonctions, le fossé s’était creusé encore un peu plus. La solitude avait toujours été plus ou moins présente dans sa vie, avant de s’y installer définitivement lors de la mort de ses parents, une quinzaine d’années plus tôt.

Finalement, la milice était devenue pour elle une seconde famille ; ou peut-être la première et la seule qu’elle n’avait jamais eu. Une famille un peu dysfonctionnelle, bien évidemment, où sa supériorité hiérarchique l’empêchait de s’intégrer véritablement ; mais elle s’y sentait bien et agréablement entourée la plupart du temps. Cela lui suffisait ; Danielle n’avait jamais eu besoin de beaucoup plus. Jusqu’à ce qu’elle prenne conscience qu’elle tirait un véritable plaisir de ses échanges avec Constantine.

« J’ai vu ça. » répond tranquillement Danielle lorsque Constantine mentionne le journaliste un peu trop curieux. « Il passe actuellement la nuit en cellule. » confie-t-elle en cachant sa satisfaction dans une gorgée de café qu’elle avale rapidement. « Je l’avais prévenu, la première fois, c’était à ses risques et périls de retourner filmer mes hommes. » Elle hausse les épaules, mais dissimule mal à son amusement ; Avalon lui a raconté en détail l’interrogatoire qu’elle a mené en imitant à la perfection la voix du jeune homme.

Avec un peu de chance, il y pensera à deux fois, la prochaine fois, avant de sortir filmer une intervention de la milice. Danielle ne sait pas pourquoi, mais elle n’y croit pas une seule seconde et préfère chasser son souvenir en ramenant la conversation sur Constantine et sur sa présence dans cette cafétéria en plein milieu de la nuit. Sa réponse ne la surprend guère ; Constantine, comme elle, semble passer tant de temps au ministère qu’elle se demande souvent s’il rentre parfois chez lui. Peut-être apprécie-t-il, lui aussi, cette couleur que prennent les murs de ce mythique bâtiment lorsque les couloirs sont vidés, ce silence lourd, assourdissant, à peine perturbé par leur discussion ; peut-être ressent-il lui aussi cette sensation d’apaisement, de calme intérieur.

Un éclair de curiosité passe dans le regard de Danielle quand son collègue mentionne les recherches menées par son département. Elle comprend qu’elle n’apprendra rien de plus avant même qu’il le lui dise ; les recherches du département sont secrètes, et ce n’est pas pour rien qu’on surnomme les chercheurs les Langues-de-Plomb. Jamais aucune information ne sort de cet étage ; Danielle a seulement pu en glaner deux ou trois au moment de la création de l’île de Skye. Cela la frustre un peu, car avant d’être cheffe de la milice, Danielle menait des recherches approfondies sur la mémoire et son impact sur le comportement humain ; jamais elle ne s’était sentie aussi passionnée que par ses sujets d’études.
Mais Constantine ne peut rien lui dire, comme il le confirme à l’instant. Elle s’apprête à relancer la conversation, quand, finalement, il poursuit. Intriguée, Danielle se tait et, pour la première fois, l’écoute sans préjugé, avec un intérêt qui n’est ni feint, ni motivé par des raisons professionnelles. Elle écoute parce qu’elle veut écouter et, étonnement, ses paroles résonnent en elle. Danielle est terrifiée à l’idée de mourir sans rien avoir accompli.

Silencieuse, elle accroche son regard au sien, et hoche doucement la tête. Elle ne sait pas pourquoi il lui dit ça, pense-t-elle à l’instant même où il formule cette pensée à voix haute. Elle ne sait pas, mais elle se sent touchée par cette confidence, consciente que sa relation avec Constantine vient d’atteindre un stade qu’elle avait déjà effleuré, quelques semaines plus tôt, en lui proposant spontanément son aide. C’est une sensation nouvelle, qui lui procure une douce sensation de bien-être. Elle n’est pas face au Constantine qu’elle connait habituellement, celui qui est cynique et ironique à souhait, ni face à celui qu’elle a entrevu hier, engoncé dans un pantalon de cuir. C’est une nouvelle personne et une nouvelle relation qui se tisse dans la pénombre de la cafétéria du ministère.

« Tu ne fais pas pitié, Constantine. » reprend Danielle, de sa voix ferme qui la caractérise, adoucie d’un ton alors qu’elle s’adresse à lui. « Je ne connais pas les recherches menées par le département, mais je sais que certaines ont débuté il y a plusieurs centaines d’années. Ton métier est l’un des plus difficiles qui soient. » lâche-t-elle avec posant son menton contre le dos de sa main pour observer attentivement son collègue, « Toutes les recherches menées par le département… C’est comme des portes, elles ne sont jamais définitivement closes, jamais complètement ouvertes non plus. Je ne sais pas comment tu fais. » admet Danielle en laissant un sourire fleurir sur ses lèvres. « Je t’admire, en un sens. Je serai incapable de faire preuve d’une telle maîtrise de moi. Je pense que tu l’as vu. » reconnait-elle, leurs charmantes réunions sur le dossier Hellsoft encore en tête. « Peut-être que c’était plus le cas, quand je faisais des recherches pour le BDO… Mais maintenant que j’ai pris la tête de la milice… » Elle hésite un instant. « Chaque dossier qui  n’est pas clos, chaque affaire qui traîne, je le vis comme un échec personnel. Si tu es terrifié de ne rien découvrir, alors moi je suis terrifiée de ne rien accomplir avant de mourir. »

Cet aveu la déstabilise un peu ; Danielle n’est pas habituée à se confier à quiconque. Elle doit faire un effort phénoménal pour ne pas baisser le regard vers sa tasse de café. Elle préfère poursuivre, d’un ton acide, un sourire en coin :

« Personne ne nous mettra à la retraite, Constantine. On continuera à hanter le ministère des années après notre mort. »

Elle étouffe un éclat de rire dans sa tasse de café qu’elle porte à ses lèvres.


Constantine ÉgalitéDirecteur du Département des MystèresConstantine Égalité
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L'atmosphère s'est resserrée autours de nous comme un étau de velours, étouffe les sons extérieurs, les présences éventuelles, le monde, enfin, au-delà de nos présences, de nos auras, et de cette proximité nouvelle qui entre en collision avec la sincérité de nos paroles. Une partie de moi me lance des signaux flamboyant pour reculer, et empêcher cette situation d'exister à tout prix. Une partie de moi à peur du bien-être que je ressens à être là, simplement, à dire les choses qui me traversent l'esprit, à m'ouvrir totalement et sans craintes pour la première fois depuis des années. Une partie de moi à peur de la vulnérabilité qui affleure sous mon armure ébréchée par Joséphine et des heures de veille. Ma paranoïa voudrait que je me taise et que je retrouve pour Danielle cette irritation tenace, et l'impatience profonde qui me guidait jusque-là à la considérer tout au plus comme une collègue de travail à la compagnie dérangeante.

Mais je sais bien d'où me viennent ces sentiments. Je la regarde, calmement, aussi calmement que je considère ces signaux d'alertes parce qu'il me semble enfin les comprendre. J'ai peur de ce qu'ils signifient, ne pouvant m'empêcher de penser déjà à l'après, aux douleurs que pourraient représenter un don de ma confiance, et pourtant, je trouve un plaisir si évident et si simple à m'ouvrir à elle, que mes craintes se tassent en silence. Elles existent, je les sens au fond de mon cœur mais je ne peux résister à son regard clair à elle, à son sourire, et à sa propre sincérité. J'ignore si je suis seul à ressentir la douceur de ce moment et le désir qui s'y glisse simplement, comme une évidence. J'ignore si je suis seul à sentir une chaleur rassurante étreindre ma poitrine, et les frémissements de mon cœur battre lentement, au rythme de ses paroles. J'ai conscience qu'une part de moi voudrait que ce moment dure des jours entiers, comme une parenthèse dans le temps, l'épuisement et la douleur. Et je ne peux m'empêcher de trouver un amusement profond en considérant que tous ces sentiments d'apaisement communs sont générés par la dernière personne soupçonnée dans être capable.

Danielle Coleman.

- Tu ne fais pas pitié, Constantine. "

J'ai un rire personnelle qui fait échos à son affirmation mais qui s'adresse à la pensée que je viens d'avoir, pragmatique, de notre situation. Elle et moi, plongés dans la pénombre, chuchotant des confidences. N'importe qui nous surprendrait dans une telle configuration ne croirait jamais avoir assisté à une scène véritable. Il y a quelque chose de si absurde. Moi qui ne parle jamais, elle qui est plus rigide et dure qu'un pain de glace, nous qui n'avons pour toute humanité que le froid et l'ironie, plongés dans le mélange langoureux d'un étrange besoins de chaleur humaine.

Mais peut-être n'est-ce que moi. Peut-être que ma confrontation avec Joséphine m'a ébranlé au point d'avoir besoins d'être rassuré, par la présence de quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui pourrait me comprendre et m'accepter. Je cesse de sourire et lève un œil surpris à l'intention de Danielle qui m'adresse des paroles étranges. Il me faut quelques secondes pour les appréhender, sourcils légèrement froncés, comme si j'avais du mal à comprendre ou que je cherchais, dissimulé, le sarcasme dans sa voix.

Il n'en est rien. " Je t'admire, en un sens. Je serai incapable de faire preuve d'une telle maîtrise de moi. Je pense que tu l'as vu. " Achève-t-elle avec un naturel qui me déstabilise. Je suis surpris, profondément, de ces compliments qu'elle me donne. Je réalise qu'il ne m'était absolument jamais venu à l'esprit que Danielle puisse avoir un quelconque respect pour moi. Ce n'est pas une question que je me pose, en terme général. Mon habitude de faire assez peu de cas de ce que les gens pensent étant un trait de caractère qu'il m'a fallu développer très tôt pour ne pas me sentir jugé en permanence au sein de ma propre famille, je ne m'interroge pas souvent sur l'image que je renvoie à mes collègues. Réaliser que Danielle considère ce que je fais me procure un choc, un choc étrange, parce que je ne pensais pas que son avis pourrait m'atteindre quand bien même je pourrais l'apprendre.

Je réalise aussi brutalement que ce sont des mots que j'ai probablement toujours attendu de mes parents et que j'ai accepté de ne jamais recevoir. Je pensais sincèrement avoir enfoui ce besoin de reconnaissance absurde et vain tout au fond de moi. Je comprends en écoutant Danielle que c'est faux, et cette prise de conscience m'ébranle comme si elle réveillait un instant l'enfant enfoui dans les tréfonds de ma conscience. " Personne ne nous mettra à la retraite, Constantine. On continuera à hanter le ministère des années après notre mort. " Conclu-t-elle avec une assurance qui me fait sourire. Je sais qu'elle a raison. Je sais aussi que si mon âme refuse de quitter terre après ma mort, ce sera lié à beaucoup d'autres choses qu'à mon simple échec professionnel.

Je ne réponds pas tout de suite, occupé à accepter les sentiments qui cheminent tranquillement en détruisant mes certitudes. C'est étrange d'entendre Danielle dire qu'elle est terrorisée. Elle qui ressemble à un roc indestructible. Je me demande si elle est comme moi. Si elle a cette difficulté profonde à pleurer lorsqu'elle en a besoins.

- Hé bien… " J'hésite une fraction de seconde, et cela ressemble à une phrase que je suspend pour chercher mes mots. Résigné vis à vis de mes propres incertitudes, j'accepte tacitement de lui montrer qui je suis. " Tu me demandes comment je fais, à vrai dire… " Si peu sont les gens qui imaginent le genre de travail que nous menons au Département que beaucoup pensent avoir la légitimité d'estimer que nous n'y faisons rien. Rien de concret, rien d'important. " C'est la certitude de pouvoir explorer jusqu'à ma mort qui me maintiens en vie. Je m'ennuie vite… " Je capte son regard et réalise qu'une fois de plus, mes paroles ne sont pas d'une excessive limpidité. " Je ne parle pas d'un ennuie passager, vraiment, je m'ennuie drastiquement. Profondément. Si je n'avais pas la conviction d'avoir toujours des choses à découvrir, je me tuerais probablement. " Je souris mais mes paroles sont sincères. Après la mort de Camille, mon état psychologique et mon incapacité à me servir de ma baguette m'avaient conduit à une mise à pieds temporaire qui avait failli m'achever pour de bon. " Je suis extrêmement dépendant de ce suspens qui existe dans la recherche. Mais je comprends ta situation, et je suis désolé que nous ne puissions y remédier pour le moment… " Je fais évidemment référence au dossier de Chloé, stagnant, exaspérant. Je savais que Danielle le vivait avec irritation. " J'ignorais que tu considérais ce genre de choses comme des échecs. " Court silence. " Je ne crois pas que tu devrais. " Je repousse doucement ma tasse et recule dans mon fauteuil pour la dévisager. Des ombres douces se découpent sur les traits réguliers de son visage. Elle n'a pas baissé les yeux. " Qu'est-ce que tu aimerais accomplir ? C'est drôle, ajoutes-je doucement. On regarde toujours avec application les conclusions de nos actes sans prêter attention aux chemins qui nous y ont menés. En recherche, c'est pourtant primordial. Nos actes sont des additions d'accomplissements, en permanence. Et toi… " Je hoche lentement la tête. " Tu es forte, Danielle. Et il n'y a qu'une seule personne à la tête de la milice, occupée à prendre les décisions que tu prends au quotidien. " Je la fixe un instant, avec sur les lèvres un mince sourire qui s'efface alors que je considère intérieurement une idée qui me hante depuis que j'ai quitté son bureau, il y a près d'un mois. " A propos du BDO, Danielle… Je suppose que tu n'as pas oublié cette histoire de rappel-tout. " Je me suis assombris, légèrement, pourtant je ne peux me préserver devant l'instant, craignant de faire le mauvais choix mais si intimement convaincu de ne pouvoir désormais demander ça à personne d'autre. " … J'aimerais te parler d'une chose. Une chose qui pourrait me porter préjudice. Je dois pouvoir te faire confiance, car si ça se sait, je saurais que tu en es la cause. Et ce n'est pas quelque chose que je peux me permettre. " Danielle avait raison, j'ai besoins d'aide, et aussi effrayant que cela puisse me sembler, j'aimerai pouvoir lui faire confiance.


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Le silence qui suit sa déclaration s’installe entre eux comme un vieil ami, et sans que ni l’un ni l'autre ne se sente obligé de le rompre. Danielle porte sa tasse de café à ses lèvres et en avale une gorgée en fermant les yeux, savourant l’arôme amer de la boisson. Elle se sent bien, d’une manière qui la déroute un peu car elle ne pensait pas un jour associer la notion de bien-être à la présence de Constantine Egalité. Elle se retrouve, pourtant, à confier des choses si intimes à Constantine qu’elle a l’impression de se retrouver complètement nue devant lui. C’est peut-être même pire que cela ; à sa connaissance, plus d’hommes peuvent se targuer de l’avoir vu dénudée que d’avoir eu une véritable conversation à cœur ouvert avec elle.

Pourtant, les mots lui viennent assez facilement auprès de Constantine, sans qu’elle ne parvienne à comprendre à quel moment leur relation a évolué suffisamment pour qu’elle se sente légitime de lui confier de telles informations sur elle. Globalement, Danielle n’est pas une personne très prompte à parler d’elle et encore moins de ses craintes ou de ses doutes ; parce qu’elle n’a jamais été habituée à le faire et parce qu’elle n’en a pas eu l’occasion non plus. Elle a appris à maîtriser seule ses terreurs, à les apprivoiser et à les surmonter, lorsqu’elle le peut ; sinon elle se contente seulement de vivre avec. Mais Constantine, parle, un peu, beaucoup, lui confie son ennui mortel pour la vie quotidienne ; et Danielle écoute avec une attention dont elle a cessé de faire preuve il y a des années de ça.

Elle comprend l’ennui, cet ennemi qu’elle a toujours combattu car elle ne supporte pas l’inactivité. Danielle a besoin d’avoir un but, un objectif qui joue le rôle de moteur de son existence et qu’elle s’efforce d’atteindre. C’est cela qui lui donne une force quasiment surhumaine, une volonté de fer, un moral d’acier ; c’est aussi pour ça qu’elle passe autant de temps au ministère, plongé dans des dossiers ardus : parce qu’il s’agit, finalement, de la seule véritable impulsion qu’elle donne à son existence. Une philosophie de vie impensable, pour certains, mais qui lui sied comme un gant, comme cette solitude recherchée qui lui colle à la peau.

Constantine combat l’ennui donc, et en parle avec une telle facilité en abordant des sujets pourtant traditionnellement tabous comme le suicide que Danielle a la très nette impression de pénétrer son intimité. Elle hoche simplement la tête, perturbée par cette  brusque proximité, mais persiste à observer son collègue sans baisser les yeux vers sa tasse fumante.

« Tu es forte, Danielle. »

Et finalement, ce n’est qu’à cette phrase que son regard se perd dans les tourbillons noirs de son breuvage, agité distraitement par une cuillère qu’elle tient dans la main droite. Danielle n’est pas habituée à recevoir des compliments parce que son poste n’en appelle pas ; on lui demande des résultats, on lui demande de remplir des objectifs, sans se préoccuper spécialement des moyens qu’elle met en place pour les atteindre. Et, à vrai dire, Danielle se fiche bien de la reconnaissance des autres, tant que le juge le plus exigeant de sa vie – c’est-à-dire elle-même – valide son travail. Mais le discours de Constantine lui procure une impression d’apaisement, renforcé par ce doux moment de complicité qu’ils partagent. Lorsqu’elle relève les yeux vers lui, elle observe brièvement les traits de son visage, sur lequel elle ne s’est jamais attardée auparavant et caresse d’un regard la courbe de sa mâchoire. Il y a dans la situation une aura langoureuse qui s’installe et alourdit l’ambiance. Danielle, étonnée, fait la constatation de cette proximité nouvelle et dissipe cette sensation en reprenant la parole.

« Qu’est-ce que je voudrais accomplir ? » répète-t-elle à voix basse. Elle hausse les épaules. « Je pense qu’il nous faudrait la nuit entière pour que je t’en liste l’intégralité. » Léger rire. « J’ai été élevée dans le culte du travail, véritablement. Mes parents étaient médecins, et mon père l’un des neurochirurgiens les plus influents de son époque. Ca a toujours influencé mes choix, c’est certain, mais c’est ce qui m’a permis d’avoir confiance en moi et en mes capacités. J’ai la conviction d’être promise à de grandes choses, et je ne me satisferai de rien de moins. » conclut-elle avec un sourire amusé.

La facilité dont elle a mentionné ses parents la surprend ; elle n’en parle jamais. Depuis leur décès, elle s’est détournée d’eux et des souvenirs qui y étaient attachés ; elle n’y pense pas, et personne ne les évoque avec elle ; c’est bien simple, elle se demande sérieusement si elle vu l’un des membres de sa famille depuis l’enterrement de ses parents il y a quinze ans. Peut-être une ou deux fois ? Elle ne s’en souvient même plus. Peut-être s’en fiche-t-elle un peu.

Le ton pressant qu’elle perçoit dans la voix de Constantine la tire de ces lointains souvenirs et elle l’interroge du regard. Il a la figure sombre comme si, brusquement, un orage traverse la douceur du moment qu’ils passent. Il est sérieux, et cela incite Danielle à se redresser sur sa chaise. Elle tapote la table du bout des doigts, en observant Constantine qui lui arrache la promesse d’un silence absolu. Elle se retient de lever les yeux au ciel.

« Tu peux me faire confiance, Constantine. » affirme-t-elle. « Ton secret est sauf avec moi, je ne dirai rien. » Elle ne peut pas s’empêcher d’ajouter, avec un petit sourire en coin qui casse le sérieux de la conversation : « Même Gloria ne parviendra pas à me faire parler. »

Elle pose ses deux coudes sur la table pour se rapprocher de Constantine et appuie son menton sur le dos d’une main. Sa curiosité est désormais parfaitement éveillée par les confessions de son collègue, tandis que son esprit rompu aux exercices de ce style imagine différentes hypothèses qui puissent lier un tel secret à la découverte qu’elle a fait un mois plus tôt. Mais, contrairement à ce moment-là, sa curiosité ne concerne pas seulement un phénomène qui lui tarde d’expliquer mais plutôt une interrogation profonde et une inquiétude diffuse qu’elle ressent face aux propos presque alarmistes de Constantine. D’un haussement de sourcil, elle l’encourage à parler.


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Il est certain que Danielle et moi partageons la sauvagerie sociale des introvertis sentimentaux. Il suffit de constater les mots que nous employons et les silences entre deux aveux pour comprendre que nous n'avons pas une grande habitude de l'exposition de notre vulnérabilité. Et même si je ne suis pas certain de la manière dont elle perçoit cet échange, même si je n'ai pas une grande certitude du fait que nous en ressentions la même agitation et paradoxalement, la même évidence, je pense être sûr qu'elle ne me fait pas un plaisir anodin, et que j'ai droit, comme elle a droit elle-même, à une part d'elle qu'elle ne transmet qu'exceptionnellement, avec parcimonie et peut-être une méfiance que je ne ressens pourtant pas. Ce qui me semble troublant, considérant que je m'attendrai à la ressentir moi-même mais que mes seuls sentiments à son égard semblent s'être transformés en certitude, celle d'avoir besoins de parler, et de lui parler à elle, sans rien risquer d'autre que l'émotion douce de me sentir un peu plus proche d'elle à chaque mot qui passent.

Je me surprends. Les tabous inhérents au fonctionnement de ma famille m'ont rendu excessivement franc sur la plupart des sujets, même difficiles, et je suis relativement conscient d'avoir élevé cette sincérité comme un affront personnel à l'éducation que j'ai reçu. Pourtant je parle rarement de moi. Encore plus rarement en ces termes. Admettre mes fragilités, admettre les défauts de mon caractère et mes vulnérabilité profonde n'est pas un mouvement très agile en politique. Et je suis sidérée, à un endroit, de réaliser combien cet aspect à disparut. J'ai bien Danielle Coleman en face de moi et pourtant, tous les sentiments que j'avais pour elle, toutes les certitudes que je portais en jugement sur son caractère et sur sa manière d'être se sont fissurées en quelques jours. Pendant des mois, je me suis évertué à la trouver repoussante, aigrie, froide, irritante à un degrés qui me mettait hors de moi sans que je puisse m'en expliquer la cause.

Et puis elle baisse les yeux, fuis mon regard avec pudeur, et je comprends l'évidence.

Danielle est belle. Danielle est forte. Danielle possède toutes les qualités que je recherche chez les autres et les incarne avec une sérénité profonde, indescriptible. Danielle n'est pas rigide, ni aigrie, ni austère. Elle est inflexible, brillante et courageuse. Danielle possède l'apparence d'une femme inqualifiable, d'une beauté orchestrée pour vous faire battre le cœur, et sur cette perfection physique qui aurait pu la transformer et la guider elle a posé une armure glaciale. Pour dépasser cette qualité qu'elle ne se doit pas à elle-même, elle s'est rendue inaccessible. Pour éviter d'être jugée sur son apparence, pour qu'on ne l'accuse pas de devoir son pouvoir à sa séduction, pour pouvoir assumer enfin le poids intense des décisions que supposent un poste comme celui qu'elle occupe, elle s'est taillée ce manteau de glace dispendieux. Et je réalise que tout ce qui me mettait en colère dans son comportement, tout ce qui m'agressait dans ses attitudes, ne sont que le résultat de mon propre aveuglément et du désir désespéré de me protéger de cette aura brûlante qu'elle dégage et que j'admire.

Parce que je suis si proche d'elle, et qu'elle est à la fois tout ce que je désire, et ce que je suis capable d'aimer.

Danielle redresse la tête et me dévisage. Je sens l'atmosphère qui se distend un court instant, et je comprends exactement l'intention de son regard. Je sais qu'elle a perçu la même chose que moi. Ma gorge se sert une fraction de seconde et je passe une main sur mes lèvres pour tenter de dissimuler un rougissement. Sa voix est douce lorsqu'elle chuchote. " Il me faudrait la nuit entière pour t'en lister l'intégralité. " Je souris doucement, et pose mon regard sur ses mains fines et blanches, que j'ai vu si souvent parcourir des pages et des pages de dossiers de disparition. Nerveuses. Agiles. Je n'avais jamais remarqué qu'elle en avait de si jolies. Un instant je me demande quel effet elles auraient sur ma peau. Sont-elles glacées comme les miennes ? Ou brûlantes, au contraire de ce qu'elles semblent ?

- J'ai la conviction d'être promise à de grandes choses, et je ne me satisferai de rien de moins. " Conclu-t-elle en m'arrachant à mes pensées fugitives.
- L'inverse aurait été un beau gâchis, dis-je en forme de compliment. Quel intérêt y-a-t-il à se battre sans ambition ? Quel intérêt y-a-t-il à se satisfaire de la médiocrité ? " Je suis attentif à ses paroles, parce qu'il me semble qu'il y a dans la manière qu'elle a de parler de ses parents, une forme de déférence qui indique que ce n'est pas un sujet quelle traite avec légèreté. Je me demande qu'elles sont leurs relations. S'ils ont encore un rôle à jouer dans sa vie, ou s'ils ont disparu pour toujours. Elle ne semble pas, comme moi, combattre leur influence. J'aimerais savoir, un instant, quel enfant, quelle jeune fille elle a été.

Je me dégage de ces questionnement troublant pour me focaliser sur un problème de fond qui brise le silence de notre atmosphère. Je m'en veux une fraction de seconde d'avoir éveillé une sentiment d'angoisse légère, alors que j'aurais pu me complaire dans la douceur de notre échange et le poursuivre, peut-être, pour assouvir ma curiosité. Mais je réalise que je ne ressens pas cette nouvelle trajectoire comme un choix mais comme une obligation. Depuis des mois, j'ai accepté le fait d'avoir besoins d'aide pour percer cette incertitude pesante qui dicte ma vie. J'ignorais vers qui me tourner jusqu'à ce soir où, avec la clarté d'une certitude, j'ai l'impression de découvrir Danielle pour la première fois.

- Tu peux me faire confiance, Constantine. Ton secret est sauf avec moi, je ne dirai rien. Je la vois presque lever les yeux au ciel tant l'exaspération est solide dans son ton, une exaspération impatience, incapable de croire que je ne lui fasse pas encore confiance. Quelles raisons véritables aurais-je, pourtant, de me confier à elle ? Il n'y a rien eu d'autre entre nous que cette certitude nouvelle, cette chaleur douce, diffuse, qui n'existe que depuis quelques heures, quelques minutes. Et à laquelle j'ai profondément envie de m'abandonner. " Même Gloria ne parviendra pas à me faire parler. "
- Gloria ? " Je fronce légèrement les sourcils, et fait un effort de mémoire. " Ha, oui. Gloria. " Je secoue la tête et répond à son sourire, désespéré par cette illustration spontanée de ce que je m'apprête à lui dire. " Très bien, alors… " J'ai posé une main sur la table, devant moi, l'autre sur mon genoux. Je me perd un instant dans le méandre de mes phrases. Je mets beaucoup de mots sur des sujets intangibles, ces derniers temps. Camille. L'ennuie. Et maintenant ça. J'ouvre la bouche, incertain. " Ce ne sont pas vraiment des trous de mémoires. Ce sont… " Je m'interromps. Les mots, qui se pressent dans ma tête, ne ressemblent pour aucun à une façon agréable de formuler la chose. J'ai l'impression de me forcer à faire un aveux, et j'ai honte, partiellement, de devoir l'admettre. Je me passe une main sur la nuque en laissant fuir entre mes lèvres un soupir irrité. Ma franchise a disparu aussi rapidement que la sensibilité du sujet que j'aborde s'est fait sentir. " Parfois j'oublie ce que j'ai fait la veille. Parfois ce que j'ai fait la matinée même. J'oublie… " Je glisse machinalement une main dans la poche de ma robe, trouve la sensation du rappel-tout. " J'oublie des gens, j'oublie des noms. J'oublie des événements, anodins, parfois importants. Parfois j'oublie à quelle époque nous sommes. " Le Rappel-tout court entre mes doigts. Je le sors de ma poche, le fait tourner dans ma main, en fixe la fumée rouge et évite profondément le regard de Danielle. J'essaie d'oublier sa présence pour réussir à parler. " C'est fluctuent. Il y a certaines périodes où tout est presque normal. Et d'autres où je dois me référer à des traces écrites pour me rappeler ce que je dois faire dans une heure. Il y a eu des périodes où je vivais dans le passé. Comme des sortes de… De phases. Qui durent quelques heures. " C'est si profondément étrange d'élaborer une explication pour un sujet qui me suis au quotidien, comme si je devais expliquer soudainement comment fonctionne une poignée de porte à quelqu'un qui n'en a jamais vu. Je me sens étrangement profondément seul dans mon problème. " J'ai une mémoire de vieille personne. " Je souris en haussant les épaules et trouve le courage de la regarder. " Je suis convaincue que j'ai hérité de ces troubles, que ça vient de quelque part. Poursuis-je plus sombrement. Il y a une porte à un endroit de mon esprit qui a peut-être été scellée, ou arrachée, je n'en sais rien. Mais il y a un vide et je suis persuadé qu'il est la cause de ce petit problème. J'ai déjà essayé de m'ausculter moi-même. " Vague geste de la main. " Tu te doutes que ça n'a pas vraiment fonctionné. Donc, heum… " Je trouve un soulagement incertain, et la chaleur de Danielle, toute proche, rassurante. " J'ai besoins de tes talents en tant que legillimens. Si tu étais d'accord… Évidemment je te devrais un service. " Je pose le Rappel-tout sur la table et le pousse pour le faire rouler jusqu'à elle. " Ce truc est rouge depuis tellement d'années. Il mérite une retraite. "


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Danielle ColemanChef de la miliceEn ligneDanielle Coleman
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Danielle observe, dans un silence teinté d’inquiétude, les mimiques d’hésitation qui se peignent sur le visage de Constantine. Un froncement de sourcil vient troubler son visage ordinairement fermé alors que, d’un regard, elle l’incite à prendre la parole.

Cela fait déjà quelques semaines qu’elle se doute de quelque chose. Que, derrière l’attitude cynique de son collègue se cache un véritable problème, qu’il ne parvient à contenir qu’avec peine. Elle est consciente que, ces légers troubles qu’elle a diagnostiqués dans son bureau ne sont que la surface d’un iceberg monumental. Et Constantine vient de lui confirmer.

Avec un sérieux professionnel, cultivé par des années et des années de travail au sein du Bureau des Oubliators, Danielle écoute, prend mentalement des notes des propos de son collègue, raye des hypothèses et en formule d’autres, classifie les troubles les uns après les autres. Une expression de surprise se peint sur son visage, alors qu’elle pose sur Constantine un regard doux, qui exprime la compassion qu’elle ne veut pas formuler, de peur qu’il prenne cela pour de la pitié.

Constantine a raison : ce ne sont pas des trous de mémoire, mais de véritables gouffres qui l’entraînent inévitablement en leur sein, lui embrument l’esprit et font de la confusion leur meilleure arme. C’est une chose d’oublier des noms et des visages ; la plupart du temps, ce n’est même pas pathologique, il s’agit simplement d’un fonctionnement non-ordinaire de la mémoire, où certains éléments ne parviennent pas à passer la barrière qui sépare mémoire à court et long terme. Oublier des évènements, cela peut s’expliquer par une mémoire sélective particulièrement efficace. Oublier l’époque, perdre complètement pied avec le cadre spatio-temporel, cela indique un véritable trouble. Non, pas un trouble, car Danielle peut parier que cela ne provient pas d’un dysfonctionnement originel de la mémoire ; non, instinctivement, elle pense qu’il ne s’agit que de symptômes d’une intervention mémorielle bâclée, grossièrement réalisée, qui ne permet une stabilité de la mémoire. Constantine fait la même hypothèse qu’elle, et cela lui tire un sourire moqueur. « C’est généralement au médecin de faire le diagnostic, non ? » demande-t-elle en haussant un sourcil amusé.

Elle intercepte le Rappel-Tout et le saisit dans sa main pour le faire rouler entre ses doigts. Elle observe les volutes rouges qui, alors qu’il vient de changer de propriétaire, refluent doucement pour laisser l’habitacle transparent. Elle le fait passer d’une main à l’autre, pensive, se remémorant les propos de Constantine et leur portée. Ce n’est qu’en croisant le regard de Constantine qu’elle prend conscience qu’il attend une réponse.

« Evidemment que je vais t’aider. » déclare-t-elle, juste avant de prendre conscience qu’aider quelqu’un n’a rien « d’évident » pour elle. Elle lui offre un sourire. « Je te crois lorsque tu me dis que tu penses que ces troubles sont liés à cette part de vide que tu ressens. Il pourrait y avoir milles autres explications mais je ne crois pas aux coïncidences, et ce que tu appelles « vide », c’est ce que j’appelle « perturbation du flux de la pensée » dont la cause majeure est celle des interventions mémorielles. » Son regard accroche celui de Constantine. « Je vais devoir examiner ta mémoire. » annonce-t-elle dans préambule. « Pas seulement en surface, Constantine, mais dans les moindres détails et de façon extrêmement poussée. » Elle prend conscience, alors qu’elle prononce ces mots, qu’ils seront alors toujours liés par cet évènement ; il n’y a rien de plus intime que la proximité d’une intervention legimens. « Tu pourras me cacher certaines choses ; tes recherches au ministère par exemple, qui n’ont rien à voir avec ça. Mais le reste… » Elle pose sur lui un regard à la fois désolé mais résigné.

Par trois fois, alors qu’elle apprenait la legimencie, quelqu’un s’était introduit dans son esprit. L’intrusion lui avait donné froid et de longs frissons lui avaient parcouru le corps pendant plusieurs minutes, alors que les bribes d’informations recueillies étaient minimes et sans conséquences. Quand l’intervention était voulue, les effets étaient moindres, mais restait une sensation dérangeante. Evidemment, il y avait des moyens de se faire discrets, de causer le moins de dommages à la personne ; cela prenait plus de temps mais les effets secondaires étaient, généralement, supportables. Son instructeur avait tendance à comparer la mémoire avec une maison fermée à clef, remplie d’objets d’une valeur inestimable et fragiles. On pouvait y entrer en cassant la porte, pénétrer dans la maison sans prendre garde au vase posé sur le meuble d’entrée, ouvrir les tiroirs sans se soucier des objets qui s’entrechoquaient à l’intérieur. On finissait, finalement, par dénicher la pièce qui nous intéressait ; mais on avait, pour ça, briser entièrement la maison. Ou alors, on pouvait prendre soin de déverrouiller la porte avant d’y entrer, de se faufiler entre les bibelots, d’observer les éléments avant d’y toucher ; et ainsi trouver, finalement, l’objet de nos convoitises dans causer le moindre dégât.

Danielle usait des deux. Parfois, elle n’avait pas le temps de se glisser souplement dans la mémoire de quelqu’un ; mais cela lui arrivait rarement parce qu’elle haïssait le travail bâclé. Et, sans grande surprise, plus l’intervention était violente, plus la personne avait des chances de s’en souvenir – comme Constantine – et de chercher la cause d’un symptôme qui aurait pu être évité.

Reportant son attention sur Constantine, Danielle fait rouler une dernière fois le Rappel-Tout entre ses doigts. Puis elle se lève, contourne la table et s’y appuie pour faire face à Constantine. Un peu pensive, elle l’observe, puis fait glisser sa main qui tient le Rappel-Tout dans la sienne. Sa peau est brûlante comparée à celle de Constantine et ce contact qui arrache un sourire étonné. Elle n’en comprend pas vraiment la nature, se laisse porter par une spontanéité qu’elle ne connait pas, elle qui a toujours calculé le moindre mouvement. La chaleur du moment, la pénombre qui règne dans la cafétéria, la présence de Constantine, la facilité avec laquelle elle lui a parlé, la confession qu’il vient de lui faire ; tout cela lui donne envie de faire perdurer ce geste. Elle plante son regard dans le sien.

« Si tu es d’accord, je peux t’aider. » annonce-t-elle finalement.

Sa main n’a pas quitté la sienne. Le Rappel-Tout, lui, au contact de Constantine, a repris son habituelle couleur rouge.


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C'est terrible à dire, vraiment, mais mon cœur bat à cent à l'heure. Il bat contre mes os, dans mes tempes, à la jointure de mes poignets, dans ma gorge et dans mon souffle. Je fais mon possible pour conserver mon flegme et ne transpirer rien d'autre que la certitude d'être en possession du pouvoir de révéler ce secret qui me pèse. Mais poser des mots sur ce mal le rend si palpable, si réel, que subitement mon souffle s'assèche. A peine achevée je doute de ma stratégie, regrette aussitôt d'avoir évoqué les prémisses de mon mal et encore plus de m'être rendu vulnérable. J'ai peur du regard de Danielle posé sur moi, des idées qui traversent son esprit ou pire des théorie qu'elle doit concevoir, et je voudrais pouvoir annuler mon choix et garder le silence sur ce sujet, encore un peu.

Mais c'est trop tard. Le rappel-tout roule sur la table. Avec un bruit de verre étouffé, il s'immobilise contre les doigts de Danielle qui me sonde. " C'est généralement au médecin de faire le diagnostic, non ? " Je laisse un rire s'échapper d'entre mes lèvres, quelque chose d'un peu gêné et fataliste. " J'en ai vu, des médecins. " Plusieurs. En privé, toujours, pour préserver le secret familial, pour ne pas ébruiter les traumatismes, les handicapes d'un fils Égalité. Il est impensable, dans les grandes familles sorcières Française, de laisser transparaître un déficit, un défaut ou une tare. Quelque chose se coince dans ma gorge au moment où je m'apprête à conclure mon propos en indiquant à Danielle que, ayant toujours eu affaire à des médecins payés par mes parents, je n'ai pu placer dans leurs diagnostiques que très peu de confiance, au fil des ans. La réponse d'ailleurs est claire : ils n'ont rien trouvé qui puisse expliquer ce déficit. Inutile de s'appeler Coleman pour comprendre qu'on dissimule quelque chose, ou qu'en tout cas, on n'adopte pas tous les moyens possibles pour découvrir le résultat. Mais je ne parviens pas à le lui dire. Je reste figé dans une attitude presque souriante, imprégné d'une rancœur dont je ne m'explique pas bien la cause, et d'une angoisse sourde qui me sert le cœur et condense dans ma gorge une boule de plomb qui me tombe sur l'estomac.

Dans la famille Égalité, on ne demande pas d'aide. On ne montre pas négligemment nos faiblesses. On n'appelle jamais l'assistance d'autrui. On se débrouille en silence, avec fierté, et souvent si bien que ces situations sclérosées s'achèvent par un meurtre. Mais même dans ces moment-là, on ne demande rien. On assume ses actes en silence, on les dissimule, on couvre sa tristesse, sa faiblesse, sa sensiblerie d'un vernis, fantastique, on redresse la tête et on fait en sorte que personne ne se doute jamais qu'on a pu trébucher. D'aussi loin que je m'en souvienne, ça a toujours été comme ça. Peut-être aussi parce que l'idée même de demander de l'aide à Saul ou Fabre me révulse. Peut-être parce que tout est si faux chez nous que rien ne peut se faire sans l'attente d'une contrepartie. Un service rendu donne sur celui à qui on le rend une préséance infecte. Alors pour moi qui n'ai pas grandi dans l'habitude de me confier aux autres, encore moins de remettre mes problèmes entre des mains étrangères, ce que j'accomplis avec Danielle me semble surréel et partiellement désagréable.

Désagréable parce que je conçois parfaitement qu'elle puisse refuser. Et que je sais de source sure, parce que j'ai eu le temps de m'étudier avec les années, que je vis plutôt mal le rejet des femmes que j'admire. Et c'est pour cette raison vécue comme une réminiscence d'un passé presque traumatique que mon instinct se prépare au mépris froid, au jugement glacial de Danielle. Je sais qu'il s'agit d'une réaction guidée par le formatage imposé par une famille à la fierté stupide et débordante, et à plusieurs échecs sentimentaux. Je sais que j'ai si peu de raisons de m'inquiéter parce que Danielle m'a déjà proposé son aide et que dans le cas où elle ne réitérerait pas ce geste il me suffirait de m'assurer de son silence. Pourtant je crains son rejet, particulièrement, et le réaliser me plonge dans un émoi trouble qui s'ajoute aux sentiments que je m'inflige en me révélant si totalement face à elle.

J'ai le souffle coupée. Danielle fait tourner le rappel-tout. Je fixe ses doigts avec l'intensité d'une fin du monde. " Évidemment que je vais t'aider. " Ma respiration se dégage d'un coup dans un soupir profond. " Ha ! ", je me redresse, trouve son regard, la gorge serrée. J'ai envie d'éclater de rire. Ma propre tension me semble absurde alors que sa réponse s'est formulée si spontanément. Elle me sourit, comme si elle prenait conscience de quelque chose. Je me demande ce qui la pousse à m'aider, évidemment. Qu'y a-t-il de si évident pour elle dans cette situation pour qu'elle trouve la nécessité de mettre son temps et ses efforts à ma disposition ? A quoi lui sert de rendre à Constantine Égalité la perfection de ses moyens ou tout du moins, une réponse à ses questions ? La curiosité ? Sa très probable fascination pour les souvenirs ? Une ancienne passion d'oubliator ? La compassion ?

Je n'ose pas espérer. Et pourtant je lis parfaitement dans son regard, au moment où elle prononce les mots qui suivent son affirmation, du lien que nous serons forcés de partager une fois qu'elle aura pénétré ma mémoire. Il y a quelque chose de glacé dans ma poitrine à présent, tandis que je hoche la tête. " Je sais. " Dis-je. J'ai pâlit. Danielle me connaîtra probablement plus intimement qu'aucune personne au monde. Elle vivra au travers de ma mémoire les souvenirs éparses de toute une vie, parce que je sais que hormis les secrets du Département, je ne pourrais me permettre de lui cacher quoi que ce soit, au risque de lui dissimuler le souvenir que nous cherchons. C'est aussi pour ça que je veux que ce soit elle. Elle ne trahira pas le gouvernement si quelque chose venait à m'échapper.

Et Danielle sait comme quoi comment ça marche. L'idée de lui ouvrir la porte de mon esprit, de la laisser toucher aux objets si fragiles qui la peuplent avec la terreur indistincte de subir plus de dégâts encore. Me confier à elle si totalement qu'il lui suffirait d'une impulsion minime pour tordre mes souvenirs et probablement me réduire à la brave notion d'épave. Je soutiens son regard résigné. Je vois qu'elle pense à la même chose. J'ignore encore si je me sens capable réellement de lui faire confiance à ce point, mais j'ai aussi le sentiment d'avoir franchis un point de non-retour. Comme si j'étais enfin parvenu à me jeter de la falaise après avoir compté jusqu'à trois.

Je ne veux plus penser aux risques. Je ne veux plus évoquer les conséquences. Je veux juste qu'elle entre en moi et qu'on en finisse.

Danielle se lève et contourne la table. Je la suis des yeux, un peu surpris, imprégné par la nervosité crée par tout ce que nous échangeons, lorsque subitement, elle glisse sa main dans la mienne. J'écarquille les yeux un instant. Le rappel-tout fait barrage au contact absolu de notre peau mais la sensation est douce et je constate avec un léger saisissement que sa peau est chaude. " Si tu es d'accord, je peux t'aider. " J'ai un sursaut brutal. Je heurte la table en bondissant sur mes pieds sans couper le contact. Ma tasse roule sur le bois, éclabousse les alentours de son contenu et échoue sur le sol dans un bruit de verre retentissent. Je reste là, incapable d'expliquer ma réaction, ébahis devant Danielle, sa main dans la sienne. " Je. Heu." Dis-je stupidement. Je la dévisage, incapable de rompre l'étreinte, et me sens pris d'un rire nerveux. " Je… Hahaha… " J'inspire douloureusement. " Je suis terrorisé. Ça se voit, je crois. " Je me désigne vaguement d'un geste de la main, ironique, puis la dévisage longuement en silence. Extrêmement nerveux. Une tâche de café imprègne le revers de son costume. Je fais un geste de la main vers son épaule, comme pour la toucher, m'immobilise, sert le poing à quelques centimètres d'elle, les lèvres fermées. J'hésite sans parvenir à achever mon geste. Ma main retombe, et je la regarde à nouveau. " Je suis d'accord. Mais pour toi aussi. Ça risque d'être un poids. " Dis-je dans un souffle. J'ai peur, et je crois que ça se voit.


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Danielle observe Constantine et ne peut pas dissimuler un sourire lorsqu’il sursaute et que son café roule à terre. Elle réprime une réplique moqueuse – le contexte ne s’y prête pas – et observa la boisson se répandre sur le sol de la cafétéria. Elle ne bouge pas, garde sa main contre la sienne, toujours surprise du contact glacé de la peau de Constantine contre la sienne, brûlante.

Il est terrorisé, explique-t-il. Et Danielle comprend. Il s’apprête à accepter non seulement qu’elle examine quasiment l’intégralité de ses souvenirs, mais également de se retrouver confronter à un souvenir qui lui a été arraché. Ce n’est pas seulement ses troubles de mémoire qu’il règle ; c’est son existence en elle-même qu’il remet en question.

« Ca se voit un peu. » raille Danielle. Elle adoucit sa moquerie d’un regard.

Puis, le silence retombe entre eux. Un silence un peu différent des autres ; pas un silence désagréable ou pesant mais, au contraire, un silence qui les rassemble, qui les rapproche. Elle sent le regard de Constantine sur son visage et, sans trop savoir pourquoi, elle serre un peu plus fort ses doigts. Il amorce un geste vers elle, l’interrompt, laisse retomber son bras le long de son corps. Ils sont face à face, désormais. Constantine est tout proche. Très proche. Bien plus proche que ne l’ont été les derniers hommes à se retrouver dans la sphère intime de Danielle.

Bien plus proche car Danielle n’a jamais confié à quelqu’un ce qu’elle a aujourd’hui expliqué à Constantine : sa peur de l’échec, sa crainte de mourir dans l’oubli, sa fatigue, sa lassitude. Danielle a l’habitude de repousser les autres, de les maintenir en dehors de ses considérations personnelles, de les laisser à l’extérieur de sa vie intime. Elle se rassure de cette manière, se construit une carapace de fer qui lui permet de faire preuve d’une force incroyable, chaque jour, heure après heure. C’est la première fois qu’elle laisse quelqu’un l’approcher de si près – pas dans le sens physique du terme, mais psychiquement. Ca la trouble, un peu, alors elle le cache derrière une ironie savamment dosée.

Mais Constantine est là, tout proche d’elle et elle sent ses barrières s’effondrer une à une. Elle laisse un sourire flotter sur ses lèvres après sa dernière remarque et elle hausse les épaules. « Tu vas me vexer, Constantine, si tu continues à me sous-estimer comme ça. » lance-t-elle avec un sourire moqueur. Elle reprend, plus sérieuse, « Ne t’en fait pas pour moi. » C’est son métier après tout. Elle est formée pour ce genre d’intervention ; elle en a effectué des centaines. Bien sûr, celle-ci sera particulière mais Danielle a pleinement confiance en ses capacités et en son mental pour proposer ainsi son aide à son collègue.

Elle le dévisage longuement, avec douceur, avec tendresse, presque. Le temps s’écoule lentement, mesuré par l’énorme pendule qui brise le silence chaque seconde. Danielle se rend compte qu’elle n’a toujours pas rompu l’étreinte et baisse les yeux vers leurs mains entrelacées. C’est une vision étonnante qui la surprend un instant alors qu’elle prend conscience de la portée de ce contact. Elle relève les yeux, pose son regard sur Constantine, son visage, l’arrondi de sa mâchoire, la courbe de ses lèvres. Son cœur loupe un battement, s’accélère, alors que les secondes défilent. Finalement, ce moment est évident, il est la consécration de leur discussion, de cette atmosphère intime qui s’est créée entre eux, de cette bulle lumineuse qui s’est installée en plein cœur de la pénombre du ministère.

Danielle hésite un instant, se penche imperceptiblement vers l’avant. Et finit par poser ses lèvres sur celles de Constantine.

C’est différent des baisers qu’elle a pu échangés la veille, bien trop alcoolisée pour en garder un véritable souvenir. Elle s’abandonne doucement à l’étreinte, s’adosse contre la table derrière elle, sourit tout contre les lèvres de Constantine lorsqu’elle sent le café qu’il a renversé quelques instants plus tôt imbiber sa robe de sorcière. Il y a dans ce baiser une lenteur et une douceur infinie qu’elle apprécie particulièrement, elle qui se sent toujours pressée par le temps qui s’écoule, qui passe ses journées à courir, si bien que sa vie prend l’apparence d’un véritable marathon. Elle savoure une étreinte impromptue, un moment hors du temps, découvre la saveur de la peau de Constantine, le contact de ses lèvres – glacées elles aussi –, les détails de son visage qu’elle effleure du bout des doigts. Pour la première fois depuis longtemps, Danielle prend le temps, apprivoise ces nouvelles sensations, ces nouvelles émotions, la pression du corps de Constantine contre le sien, son souffle chaud qui caresse son visage. Elle baisse sa garde finalement, abandonne sa lourde cape violette de milicienne, abandonne sa dureté, son implacable sérieux et son organisation millimétré. Elle dévoile la Danielle qu'elle garde enfermée au fond d'elle-même, celle qui est un peu plus humaine, un peu plus piquante, un peu plus souriante.

Enfin, elle recule légèrement, un léger sourire étiré sur ses lèvres. Elle observe Constantine, longuement.

« Si j’avais attendu, on y était encore demain midi, non ? » demande-t-elle en retrouvant son humour acide habituel. Seul l’éclat au fond de ses yeux et la légère coloration de ses joues trahissent ses émotions.

Du coup de l’œil, elle avise le Rappel-Tout, par terre, qui a glissé pendant leur étreinte. La fumée s’est évaporée de l’habitacle et il demeure à présent transparent.


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Il y a ses doigts qui se referment contre les miens en les pressants plus fort comme si je risquais à tout moment de trébucher. Ou bien comme si elle, si forte et immuable, sentait soudainement cette crainte sourde, celle de la chute, et tentait de se raccrocher à quelque chose.

Je suis surpris que ce soit moi.

Danielle se moque, avec un sourire transparent qui m'offre un regard véritable sur sa nature profonde et la sincérité tendre quelle place dans le soucis qu'elle a d'adoucir le piquant de sa raillerie. Je lui répond par un sourire un peu gêné. Je sais que brutalement ma maladresse s'est créé une place entre nous et se révèle sans pudeur. Je sais que cette maladresse s'accompagne toujours de ma vulnérabilité et je me sens comme un adolescent adulte qui redécouvre un instant de tendresse entre deux moments difficiles. J'ai l'appréhension de ce que cela suppose, car j'ai peur d'aimer encore. Mais je n'y pense pas vraiment. Danielle est là, debout, si proche qu'il me suffit d'inspirer doucement pour sentir venir à moi la fragrance douce de son parfum. Un mélange de papier chaud, de thé à la menthe, d'encre et de fatigue. " Ne t'en fais pas pour moi. " Je cherche quelque chose à dire mais la profondeur de son regard me retient. Un instant j'essaie de comprendre comment elle a pu transformer ainsi mes sentiments, comment elle a pu, après des mois de lutte, plonger en moi avec cette facilité et arracher mes réticences pour les transformer d'un claquement de doigt en besoins de proximité et de tendresse. J'ai peur et pourtant il me semble désormais certain que Danielle possède ce que j'ai toujours cherché, qu'elle s'est trouvée sur mon chemin précisément pour cet instant et ceux qui suivront dans un futur que j'ai du mal à affronter. J'accepte l'idée qu'elle lise en moi, parfaitement, totalement, comme s'il en avait toujours été question, comme si je n'avais pas repoussé la possibilité de cet instant pendant des mois. Je sais avec certitude que je peux lui faire confiance, et que même si m'ouvrir sera une épreuve, elle pourra me comprendre peut être plus parfaitement que n'importe qui.

J'ai peur de ce que je vais découvrir. Sur moi, sur mon esprit, sur les angles tronqués de mon passé et les séquelles de ma mémoire. J'ai peur d'apprendre que je ne guérirai jamais, peur de comprendre que cela ne fera qu'empirer et qu'il me faudra composer avec le déclin de mon indépendance et de mon esprit. Je suis terrifié à l'idée d'oublier peu à peu tout ce que je sais, tout ce que je suis, et tous ceux qui ont croisé ma route. Peur de comprendre qu'il me faudra laisser se dissoudre le souvenir de ce moment si intense et si simple, et le contact de la peau de Danielle contre ma main glacée.

J'aimerais le lui dire mais quelque chose m'en empêche. Je la regarde, surpris encore une fois de la découvrir si parfaitement inébranlable alors qu'elle vient de m'avouer ses peurs. Je l'admire, j'admire son regard insondable, vif, clair, directe, sa posture pleine de certitude, le pli de ses lèvres rempli de convictions. Je l'admire et je la désire sans oser bouger. Je crains à la fois de rompre ce lien si je me penche vers elle, de faire éclater, par un mouvement stupide comme celui que je viens d'avoir, la douceur rassurante qui nous transperce, j'ai peur aussi de sentir son contact plus prêt et de devoir assumer des sentiments que je ne veux plus avoir.

Lâchement j'attends, transit, qu'elle agisse en l'imaginant se dégager doucement pour reprendre sa place ou pire, partir après un dernier mot. Il me semble que nous avons atteint une conclusion sans point d'orgue et je ne l'imagine pas une seule seconde créer l'apogée de cet instant. Je sais que nous partageons quelque chose sans penser que la puissance d'attraction qu'elle a sur moi puisse être réciproque.

Alors, je ne comprends pas tout de suite lorsqu'elle se penche. Elle a hésité, pourtant, et j'ai hésité avec elle, incertain de son geste.

Ses lèvres se posent sur les miennes.

Elle recule. Elle m'attire avec elle dans un élancement profond. Nos souffles se mélangent. Je la sens sourire contre moi. Sa main n'a pas quitté la mienne. Je glisse mes doigts entre les siens, sert sa paume. Un élan de passion m'étreint, comme un étaux au creux du ventre qui fait accélérer mon cœur. Je me retiens, parce que je sens le temps qu'elle place dans son étreinte, la langueur de sa bouche contre ma bouche, la caresse profonde et brûlante de son contact. J'accepte son rythme avec tendresse, le souffle coupé par le besoins soudain que j'ai d'elle, de la sentir proche de moi. Doucement, elle me quitte, mais nos doigts sont toujours entrelacés et sa main dessine sur ma joue un geste subtil, du bout des doigts. Elle me sourit, me regarde, et je lui rend son regard, sans sourire. " Si j'avais attendu, on y était encore demain midi, non ? " Je la dévisage, sans trace d'amusement, avec un sérieux terrible. Je sens à peine le café mouillé dans lequel j'ai glissé la main, appuyé contre la table, pour l'encadrer de mes bras. Je ne dis rien. Je ne ris pas. Je me penche vers elle et l'embrasse à mon tour. Je n'ai pas sa patience, je n'ai pas sa douceur, il y a une passion vive dans mon étreinte, crée par tous les sentiments mélangés qui m'assaillent depuis des jours, véhiculé par mon épuisement, ma solitude, mon indicible besoins de tendresse. Il y a un désir pressent qui répond à un manque de nombreuses années, et la peur indicible de ne vivre qu'un rêve qui risque de prendre fin à tout moment. Ma main se délasse de ses doigts, glisse sur sa hanche, remonte le long de sa nuque, explore la douceur de ses cheveux. Je quitte ses lèvres pour respirer son odeur et m'immobilise ainsi. " Excuse-moi. " J'ai rompu le baiser parce que je n'ai plus de souffle et je peine à reprendre une respiration devenue pressante. Je dois donner soudain l'impression d'un homme qui meurt de soif. Lentement, je ferme les yeux et longe son cou de mes lèvres en le tenant contre moi. " Excuse-moi, " dis-je encore sans bien savoir ce que je cherche à me faire pardonner. Mon empressement, peut-être. Les jours écoulés à la considérer avec colère, irritation, empressement. Mon aveuglement et ma mauvaise foi à son égard.

Je m'écarte un peu d'elle, laisse l'air circuler entre nous pour la regarder dans les yeux. Je me mords la lèvres avec un début de sourire gêné. " Il y a beaucoup d'émotions qui circulent... Pour moi, en tout cas... Il y a beaucoup d'émotions qui circulent. " Je ne veux pas mettre de mots sur ce qu'il se passe entre nous. Mais je ne comprends pas cet instant, je sens seulement sa fragilité et son évidence et j'ai peur maladroitement d'y mettre un terme, comme je l'ai si souvent fait par le passé. " Tu as bien fais de ne pas attendre. On y aurait encore été demain midi. " Dis-je doucement. Je me passe une main dans les cheveux, fébrile. Je n'ai pas l'impression de mériter ce temps de douceur suspendu.


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