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 Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. [Pv pour tous ceux qui aiment les posts larmoyants et bien pathos :twisted:]

Irving WhitakerAubergisteavatar
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Dernière édition par Irving Whitaker le Sam 9 Mar 2013 - 9:52, édité 2 fois
4 mars 2007

Allongé sur son lit, Irving fixait le plafond de sa chambre. Il percevait les conversations et les cris des enfants à l’étage du dessous. Ses sœurs et leurs progénitures étaient à la maison depuis une semaine, depuis qu’il avait lui-même quitté Poudlard pour rejoindre St-Mangouste. Ce jour là, il avait eut peur d’arriver trop tard au chevet de son père à cause des événements liés aux dérèglements du château. Ils avaient dû attendre de longues heures avant d’avoir l’autorisation de quitter l’école et il avait pu rejoindre la chambre 365 en fin de journée. Durant les trois jours qui avaient suivis, il n’avait quasiment pas quitté la petite chambre d’hôpital, hormis pour rentrer à la Cité prendre une douche et dormir quelques heures d’un sommeil agité. Pourtant Bradley était déjà inconscient, et sa lente agonie était aussi éprouvante à vivre que l’épisode de l’épouvantard. Irving aurait pu s’épargner ce spectacle mais il n’avait pas pu se résoudre à quitter son père trop longtemps. Il voulait être là. L’aider à faire cet ultime voyage. Lui tenir la main, jusqu’au bout. L’accompagner jusque dans son dernier souffle. Et il l’avait fait. Durant la nuit du 28 au 1er, la respiration du vieil homme, qui berçait les journées et les nuits des Whitaker, s’était ralentie, doucement, inexorablement. Et soudain, le silence s’était définitivement installé dans la pièce. Un silence trop lourd de sens.

Irving se demandait encore où il avait puisé la force et l’énergie pour réveiller sa mère qui s’était endormie sur une chaise et lui annoncer la nouvelle. Comment il était allé prévenir les médicomages et comment il s’était chargé de rassembler les effets personnels de Bradley alors que toute la famille était effondrée. Comme un automate, il avait décroché les dessins au mur, rangé les cartes des collègues de son père posées sur le chevet, puis il avait consciencieusement vidé l’ armoire de l’hôpital. Il assistait à ce drame familial sans y prendre part. Son cerveau refusait de le laisser sombrer dans une incommensurable tristesse dont il ne se remettrait pas. Comment pouvait-on survivre à la perte d’un être cher ? C’était impossible. Et pourtant, Irving était toujours là, il respirait, il vivait,… à vrai dire, il n’avait pas vraiment le choix.
De retour à la Cité Nimbus, il avait épaulé sa mère au mieux. Il avait envoyé des hiboux à la famille éloignée, il était passé prévenir l’Usine puis il avait rédigé l’avis de décès pour la Gazette. Les jours suivant, ils avaient organisés les obsèques avec ses sœurs, et régularisé toute la paperasse afin de soulager Vivianne. Malgré ces journées bien remplies, il avait tout de même trouvé le temps d’envoyer une lettre à Nora pour lui annoncer la nouvelle et lui demander de prévenir « les copains ». Il avait précisé la date de son retour en classe, à savoir dans deux jours, et il devait avouer qu’il était partagé à l’idée de retourner à Poudlard. Même s’il avait absolument besoin de ses amis dans cette épreuve, il ne pouvait pas se résoudre à laisser sa mère, seule, dans cette maison. C’était là sa principale inquiétude. Tous les voisins qu’il croisait à la Cité lui parlaient du fameux « Contre-coups » en lui disant de rester vigilent, que dorénavant, il était l’homme de la situation et qu’il devait être attentif à sa mère. Irving doutait sincèrement de ses capacités à gérer tout cela. Il n’était pas particulièrement mature et il ne pourrait jamais être à la hauteur de Bradley. Il pouvait juste faire de son mieux, en espérant que ça passe.

« Irving ! » appela d’ailleurs la voix de Vivianne dans le salon en contrebas.

Le jeune homme sauta sur ses jambes et lissa son costume qu’il avait un peu froissé en s’allongeant sur le lit. Observant momentanément son reflet dans le miroir de sa chambre, il passa une main dans ses boucles brunes avant de scruter ses cernes plus en détail. Certes, il avait une sale tête, mais au moins, il était élégant. C’était le costume qu’il avait mit en juin dernier pour le mariage de sa cousine Kate. Ce jour là, Bradley lui avait dit qu’il le trouvait beau habillé de la sorte. Irving avait répondu en bougonnant qu’il aurait préféré porter un tee-shirt des Bizarr’Sisters et le jeune homme s’était ensuite insurgé contre ces Dress-codes ridicules pendant trente bonnes minutes. Au final, il avait eut l’autorisation de se rendre à la cérémonie sans la veste. Pourtant, aujourd’hui, il avait revêtu le costume complet, bien qu’il ne soit aucunement contraint de s’habiller ainsi. Vivianne lui avait juste demandé de prévoir une tenue propre, dans laquelle il se sentait bien, mais Irving avait voulu, en quelque sorte, faire plaisir à son père. Il savait bien que c’était particulièrement ridicule, mais tant pis. Après avoir boutonné le dernier bouton de son col, il prit une profonde inspiration et ouvrir la porte pour déboucher sur la mezzanine qui surplombait le salon. En bas, c’était l’effervescence. L’enterrement était dans moins d’une heure et personne ne semblait prêt. Les petits jouaient à la bataille explosive en pyjama tandis que Judy et Sue étaient en train de repasser leur tenue à l’aide d’un sortilège approprié, quant à Vivianne, elle remettait en ordre les coussins du canapé tout en répétant :

« IRVING ! »
« J’uis là m’aman. » souffla-t-il en se penchant sur la balustrade.
« Ah . Enfin, répondit-elle avant de lever la tête dans sa direction, Est-ce que tu peux reg… »

Vivianne s’interrompit subitement en découvrant la tenue de son fils. Elle porta une main sur sa poitrine et serra les lèvres visiblement submergé par une vive émotion. Devant le silence soudain de leur belle-mère, les sœurs d’Irving levèrent également le regard sur le costume du jeune homme.
« Oh … Tu ressembles à papa… » Murmura Sue en posant une main sur sa bouche.
« Vais m’changer. » lâcha le Gryffondor en se reculant de quelques pas, soucieux d’éviter une nouvelle crise de larmes généralisée.
« Non, non, Irving, intervint sa mère en levant la main dans sa direction, tu es très bien mon chéri, ajouta-t-elle en lui adressant un sourire triste qui ne fit que renforcer le malaise du Gryffondor. Quoiqu’il fasse, il avait toujours l’impression d’attrister Vivianne. Comment pouvait-il prendre soin d’elle, si dès qu’il faisait quelque chose, elle se mettait à pleurer. Fort heureusement, un grand « BANG » vint rompre cet instant de malaise :

« Ehhh BAM ! Dans ta face ! » Hurla Cairan, le neveu d’Irving, dont le roi venait de pulvériser le valet de sa cousine Gillian.
« Mééééé alleezzzz ! t’as pas le droit ! Persifla cette dernière en tentant d’attraper les cartes de la main de son cousin aidé par son frère Arthur.
« Arrête ! » grommela-Cairan en se débattant, donnant par la même occasion un coup de coude dans le nez de la benjamine de la famille, Penny, qui se mit immédiatement à pleurer.

Les deux mères de famille furent dans l’obligation d’intervenir et Irving profita de ce moment de trouble pour demander à Vivianne ce qu’elle voulait.

« Peux-tu regarder dans la table de nuit de ton père, cria-t-elle pour couvrir les hurlements de Penny, il doit y avoir sa baguette dedans. »

Le gryffondor hocha la tête, ravi de se substituer au regard peiné de sa mère. Il pénétra donc dans la chambre de ses parents et referma la porte derrière lui pour atténuer les hurlements de sa nièce. Poussant un profond soupir, il balaya la pièce du regard et s’attarda quelques secondes sur les draps défaits d’un seul côté du lit avant de reporter son attention sur la penderie. Subitement porté par une irrépressible envie, il esquissa quelques pas dans cette direction et ouvrit brusquement l’armoire. Après avoir cherché brièvement sur les rayonnages, il attrapa finalement un pull à son père pour respirer l’odeur boisée caractéristique de Bradley.

Cela faisait trois jours qu’il était parti, et Irving prenait toute la mesure du caractère inéluctable de cette disparition. Certes, ils avaient pu parler, d’homme à homme, avant que Bradley ne décède, mais le gryffondor prenait, petit à petit, conscience d’un constat implacable. Il devinait d’hors et déjà, tous les moments de sa vie où son père allait cruellement lui manquer : Ces instants de doutes et d’incertitudes, bien sûr, où Bradley ne serait par présent pour le réconforter ou l’aiguiller, mais aussi ces moments de bonheur et de joie, qu’ils ne pourraient jamais partager ensemble : Son éventuelle réussite aux ASPICS, son premier boulot, sa première copine, le jour de son mariage, la naissance de ses enfants… Le Gryffondor avait déjà mille regrets avant même d’avoir vécu tous ces événements.

Alors qu’il se sentait gagné par l’abattement, il sursauta légèrement en entendant quelqu’un toquer à la porte de la chambre.

« Irving, je peux entrer ? » souffla Sue à travers la cloison.

Le Gryffondor fourra précipitamment le pull dans le placard et referma la penderie avant d’aller ouvrir à sa sœur, tout en essayant d’avoir l’air le plus détaché possible.

« Ouai ? »
« Peux-tu m’aider à coiffer les petites s’il te plait ? Vivianne est occupée, Tara n’est pas encore arrivée et Judy habille les garçons. » Énuméra sa grande sœur.
« Tu peux pas utiliser la magie ? » s’enquit le gryffondor en passant une main dans ses cheveux bouclés, T’sais moi j’uis pas très doué en coiffage… »
«Il y a des choses pour lesquelles je n’aime pas utiliser ma baguette, répondit Judy d’une voix douce, tu te souviens quant papa nous apprenait à faire nos lacets ? L’histoire du Souaffle qui passe dans les anneaux ? »

Un sourire nostalgique se dessina sur le visage du jeune homme tandis que cette histoire lui revenait en mémoire. Il s’agissait d’un petit récit mnémotechnique qu’utilisait Bradley pour faciliter l’apprentissage des nœuds de lacets.

« Il se baissait toujours pour lacer nos chaussures en contant cette histoire, et pourtant, il aurait pu utiliser la Magie, souligna-t-elle, j’ai envie que mes enfants se souviennent de petits détails de ce genre, c’est pour ça que j’ai besoin que mon petit frère m’aide pour faire des couettes à mes filles… » conclut-elle en lui effleurant la main.
« Ok. » consentit le Gryffondor en se dégageant légèrement, j’arrive. » ajouta-t-il en rejoignant la table de nuit d’un pas vif.

Il savait très bien que Sue s‘inquiétait pour lui et qu’elle voulait qu’il se confie à elle, mais bizarrement, il n’en avait pas envie. Il voulait juste qu’on le laisse tranquille, qu’il puisse gérer son deuil, à sa manière. Il n’avait pas pleuré depuis la mort de Bradley et d’ailleurs, pour le moment, il n’en éprouvait pas le besoin. Il avait l’impression de n’avoir plus aucune larme à verser de toute manière. Bien sûr, ses sœurs et sa mère se préoccupaient de cet endurcissement apparent mais il ne cherchait pas à l’expliquer. C’était comme ça. Un point c’est tout. Si en novembre il avait eu besoin de se ressourcer auprès de sa famille, aujourd’hui, c’était auprès de ses amis qu’il aurait aimé se trouver. Il voulait parler à Nora, écouter les conseils de Jeremy et Juliet, se changer les idées auprès de Danny et Donald. Malheureusement, ses copains ne pourraient certainement pas quitter l’école aujourd’hui pour l’aider dans cette épreuve.

Retenant un soupir, Irving ouvrit le tiroir de la table de nuit et attrapa la baguette de châtaignier de son père qu’il glissa dans la poche intérieure de sa veste. Il caressa quelques secondes les lunettes de Bradley soigneusement rangée dans le fond tiroir avant de le refermer d’un coup sec pour faire face à sa sœur.

« Irving… » commença-t-elle avant que ce dernier ne l’interrompe par un brusque « Je dois coiffer qui ? »
« MOI ! MOI ! » cria Penny en entrant dans la chambre avec une jolie bosse sur le front, Je veux une tresse africaine ! » ajouta la gamine en sautant sur place.
« Quoi ? » s’étonna le Gryffondor, j’sais faire que les couettes et les tresses normales, précisa-t-il en suivant la fillette qui l’entrainait déjà dans la salle de bain.
« Deux couettes alors ! répondit sa nièce en lui tendant deux immondes chouchous roses, digne de Cindy Hamilton.

Le gryffondor attrapa une brosse et s’installa sur le rebord de la baignoire pour commencer par dénouer la chevelure emmêlée de sa nièce tandis que Sue venait s’asseoir à ses côtés pour faire de même avec Gillian. Irving ne le savait pas encore, mais dans un futur lointain, il finirait par maitriser parfaitement les tresses africaines et autres chignons, même si pour le moment ce n’était pas encore le cas. Tandis qu’il s’évertuait à faire une raie à peu près droite au centre du crane de Penny, cette dernière demanda :

« Irviiiiing ? » « Mouai ? » « On nous met où quant on est mort ? »
Le gryffondor échangea un regard avec sa sœur avant de répondre en toute sincérité.
« Dans une boite, sous la terre. »
Sue leva les yeux au ciel avant de se pencher vers sa fille pour atténuer les propos de son frère.
« Une jolie boite, ma chérie, comme ta boite à bijou que tu as décoré avec des paillettes, tu vois ma puce ? »
La gamine hocha la tête mais son cerveau semblait fonctionner à plein régime. Irving était prêt à parier qu’elle allait poser une nouvelle question qui ne tarda pas à venir d’ailleurs:
« Et toi maman, tu vas bientôt mourir ? »
« Mais bien sûr que non ma puce ! » répondit instantanément Sue en caressant la joue de sa fille.
« Dommage. » souffla la fillette en arborant une mine renfrognée.
« Pourquoi Dommage ? » Demanda sa mère, ahurie.
« J’pourrai pas décorer ta boite… » bougonna Penny en croisant ses petits bras.

Irving dévisagea la mine boudeuse de sa nièce avant d’éclater de rire. Finalement, dans des moments comme ceux-ci, seuls les enfants trouvaient les bons mots. Ils ne s’encombraient pas de faux-semblants, ils étaient juste eux. Naïfs, drôles, parfois méchants mais surtout tellement attachants. Penny était bien la seule personne qui avait réussi à le faire rire depuis trois jours, et ça, c’était tout simplement merveilleux. Les enfants avaient réellement ce pouvoir de vous faire avancer, coute que coute, quoi qu’il arrive. Irving termina donc ses deux horribles couettes en souriant bêtement à sa petite nièce. Lorsqu’il eut terminé, il l’accompagna en bas et s’installa à côté de ses neveux qui avaient repris leur partie de bataille explosive, enviant leur innocence et leur détachement.
Néanmoins, Il surveilla d’un œil sa mère lorsqu’elle s’éclipsa dans la cuisine momentanément. Elle resta face au fourneau, dos à lui, durant de longues minutes, durant lesquels Irving se demanda s’il devait la rejoindre ou pas. Finalement, elle se retourna lorsque Tara, la troisième sœur d’Irving, arriva enfin de son service à St-Mangouste.

« Allez, on y va.» souffla Vivianne, résolue, en quittant son tablier pour dévoiler la robe bleue marine que Bradley aimait tant.

Dès que les petits et les grands furent habillés pour affronter le grand froid, toute la famille transplana au sommet du Mont, le quartier de la Cité ouvrière qui abritait le cimetière et la maison des Nimbus de Pompadour. Il faisait étonnamment beau en cette fin de matinée et seules les fumées de l’Usine venaient troubler le grand ciel bleu. Irving réajusta sa veste de costume tandis que ses neveux et nièces partaient en courant en direction d’une petite chapelle légèrement en contrebas. Le parvis était déjà noir de monde, signe que les habitants de la Cité avaient répondu présents pour cet ultime Au Revoir. Tous ces gens étaient là, juste pour Bradley. C’était fou, songea le Gryffondor en balayant la foule du regard. Vivianne, qui était juste à côté de lui, prit alors une profonde inspiration avant de lui attrapa le bras.

« Je te suis, Irving. » ajouta-t-elle en exerçant une légère pression sur son avant-bras. Obéissant à la requête de sa mère, le Gryffondor l’entraina dans la pente afin de l’accompagner jusqu’à l’entrée de la Chapelle. A mesure qu’ils approchaient, Irving reconnaissait certains visages : Il y avait le Docteur Palabost, le médicomage de la cité, Henry Garisson, le père adoptif de Samantha, Whitney, Helen et Dorothy, les collègues de sa mère, Rose Hightway, la vieille voisine, Curtis, le vendeur du magasin de balais, et aussi, des centaines d’autres personnes que le Gryffondor ne connaissaient pas. Tout un pan insoupçonné de la vie de son père. Un peu hébété, Irving serra de nombreuses mains et écouta les condoléances de dizaines de personnes qui se présentaient comme étant des anciens collègues de travail de Bradley, des camarades de dortoirs à Poudlard, ou encore des cousins éloignés au quinzième degré.

Alors que le cercueil volant allait arriver d’une minute à l’autre puisque c’était la tradition dans la Cité, les cercueils étant soumis aux mêmes charmes que les balais volants, un détail dans la foule attira l’attention du Gryffondor. Un reflet doré. Ce ne pouvait pas être elle…si ?

« S’cuse moi m’man, j’reviens. » souffla-t-il à sa mère en se dérobant à son étreinte.
« Ne t’éloigne pas trop, c’est bientôt l’heure de la cérémonie, répondit-elle avant de se tourner vers M. Arrow, le gérant du magasin de jouet qui venait la saluer.

Le sixième année hocha la tête et serpenta parmi la foule pour retrouver la chevelure blonde qu’il avait momentanément entraperçue. Ce n’était pas possible. Elle était à Poudlard et elle n’avait pas l’autorisation de quitter l’école et pourtant, Irving se surprenait à espérer. Après avoir bousculé une bonne dizaine de personnes, il en eut enfin le cœur net. Nora était bien là. Elle était venue.

Tout ce qu’il ne parvenait pas à ressentir depuis trois jours, rejaillit subitement lorsqu’il s’approcha de sa meilleure amie pour la serrer dans ses bras. Les jambes flageolantes, la gorge nouée,et les yeux brillants, il lui chuchota un timide « Merci. » éraillé au creux de l’oreille avant de la relâcher.

« Oh Putain ! jura-t-il toutefois en découvrant que la Poufsouffle n’était pas venue seule. Incapable d’articuler le moindre mot, il balaya du regard ses camarades, envahit par une émotion sincère et un immense sentiment de gratitude, Bordel de troll, murmura-t-il finalement en essuyant ses yeux rougis, en plus regardez-vous…vous êtes trop beaux. » conclut-t-il, entre rires et larmes, saluant l’effort vestimentaire qu’avaient fait ses camarades pour honorer dignement la mémoire de son père, Bradley Whitaker.



Irving Whitaker
Jeremy BakerElève de l'Académie Lycaonavatar
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Dernière édition par Jeremy Baker le Dim 3 Mar 2013 - 19:39, édité 1 fois
Installé devant le miroir de la salle de bain, Jeremy ajustait sa cravate rouge et noire. Rouge pour Gryffondor et noire pour le deuil, comme l'avaient décidé ses camarades de maison. Méthodiquement, soigneusement, il arrangea son costume et coiffa ses cheveux en arrière en les fixant avec un sort. Ils commençaient à être un peu trop long, il faudrait qu'il pense à les couper avant de partir à Bristol. Etre bien présenté ne faisait que rarement parti des préoccupations principales de Jeremy, mais cette fois-ci il se devait de faire un effort. Comme pour l'enterrement de son grand-père, quelques mois plus tôt...

Jamais deux sans trois, songea Jeremy en se baissant pour lacer ses chaussures. C'était la seconde fois cette année qu'il devait enfiler des vêtements de deuil, la seconde fois qu'il devait être témoin du désespoir de quelqu'un qu'il aimait. Plus que la perte en elle-même, le visage de son père à l'enterrement de son grand-père l'avait hanté des semaines durant. Cette fois-ci, Jeremy ne connaissait pas du tout le défunt, et cette épreuve n'aurait pas dû être trop difficile à envisager. Pourtant, au-delà du fait qu'un enterrement n'était jamais très drôle, Jeremy craignait par-dessus tout de retrouver cette même expression dévastée sur le visage d'Irving, et de ressentir à nouveau cette impuissance totale. Que pourrait-il bien dire à son ami qui puisse atténuer un tant soit peu sa peine ? Il n'en avait pas la moindre idée et se sentait presque coupable d'assister à cet enterrement. Irving n'aurait peut-être pas du tout envie de le voir, lui et tous ses autres copains de Poudlard. Il n'aurait probablement aucune envie d'entendre les platitudes et autres paroles de condoléances convenues qu'ils allaient déblatérer, faute de pouvoir trouver les mots qu'il faut. Car c'était le genre de situation où rien de ce qu'ils pourraient dire ne changerait quoi que ce soit à cette vérité cruelle, qui était que le père de leur ami était mort...

L'espace d'un instant, Jeremy s'imagina à la place d'Irving. Et si c'était son propre père, qu'il allait enterrer ce matin ? Un frisson d'effroi le parcourut alors que le visage froid et inanimé de son père se matérialisait dans son esprit. Et si son père mourait alors qu'il ne lui avait pas parlé depuis des mois ?

*Jamais deux sans trois.*

Jeremy ferma brièvement les yeux et secoua la tête avec exaspération. Il ne fallait pas penser à cela. Son père n'allait pas mourir, et d'ailleurs personne d'autre n'allait mourir. C'était simplement un - très - mauvais moment à passer, qui ne le concernait pas lui mais son ami Irving. Et ce n'était pas parce que Jeremy avait préféré garder pour lui la mort de son grand-père qu'Irving aurait voulu faire de même avec son père. C'était deux situations très différentes, puisque la vie d'Irving changerait irrémédiablement après ce jour...

Oui, peut-être qu'il se trompait. Peut-être que leur simple présence suffirait à apaiser quelque peu leur ami. De toute façon, mieux valait être là et faire tapisserie que de ne pas être là si Irving le voulait. Après avoir discipliné une dernière mèche rebelle, Jeremy se détourna du miroir et décida de cesser de se torturer. La moitié de Poudlard se déplacerait, avec ou sans lui, alors autant que ce soit avec. Le jeune homme prit une profonde inspiration et rassembla tout son courage, puis se força à rejoindre la salle commune, le visage fermé. La pièce était remarquablement calme, plongée dans un silence religieux. Tout un groupe de Gryffondor, parmi les plus âgés, était en train de se rassembler près de l'entrée, vêtus de noir et l'air grave. Jeremy se dirigea parmi eux et les salua rapidement, avant de se diriger vers Georgiana. Il glissa sa main dans celle de la jeune fille, tirant du réconfort dans ce contact. Ils attendirent quelques minutes que le reste de leurs camarades se rassemblent. Juliet les rejoignit bientôt, et Jeremy la salua d'un petit sourire triste, sans aller à sa rencontre pour autant. Les évènements de la semaine dernière étaient encore frais dans sa mémoire et il ne voulait pas penser à tout ça aujourd'hui. Aujourd'hui, ils devaient se concentrer sur quelque chose de plus important : soutenir Irving coûte que coûte.

Bientôt, leur groupe quitta la salle commune sous le regard sérieux de leurs autres camarades, puis se dirigea en direction du hall. La traversée de Poudlard se fit dans le silence, chacun étant perdu dans ses pensées. Jeremy fixait la tête de la personne devant lui sans vraiment la voir, gardant la main de Georgiana dans la sienne tandis que son estomac faisait des bonds et des noeuds. Il détestait les enterrements, il les détestait si fort qu'il aurait voulu que quelqu'un d'autre prenne possession de son corps jusqu'à ce que la journée soit finie... Ils finirent par descendre les escaliers menant au hall et par rejoindre les autres personnes des autres maisons. Ils étaient les derniers, et de loin le groupe le plus imposant. Il y avait Nora et Danny pour les Poufsouffle, Killian et Samantha pour les Serpentard, et tout un tas de professeurs. Jeremy se contenta de saluer le professeur Hellsoft, notant au passage son ventre qui s'était très largement arrondi, puis se détourna de sa directrice de maison pour retrouver ses amis.

"Ca va Nora ?", s'enquit-il en atteignant la blondinette, serrant brièvement son épaule de sa main.

Que les intuitions de Juliet et lui au sujet des sentiments de Nora pour Irving soient avérés ou non, ce n'était un secret pour personne que Nora était la plus proche d'Irving à Poudlard. Jeremy imaginait que cela devait être particulièrement dur pour elle, de voir son meilleur ami perdre son père. Si c'était Juliet... Jeremy glissa un coup d'oeil vers sa meilleure amie, avant de reporter son attention sur Nora. Bon, mauvais exemple, vu la piètre estime en laquelle il tenait le père de Juliet, mais tout de même. S'il se sentait impuissant vis-à-vis d'Irving, ce sentiment aurait probablement été décuplé au centième fasse au deuil de Juliet.

"Je...", commença-t-il, avant d'être interrompu par le professeur Hellsoft. C'était l'heure. Jeremy adressa un regard désolé vers Nora puis se mit en marche avec le reste du groupe. Son ventre faisait à nouveau des bonds et Jeremy sentit son coeur s'accélérer, tandis que de petites gouttes de sueur perlaient sur son front. Dans quelques minutes, ils allaient se retrouver dans un cimetière, entourés de personnes dévastées, face à Irving et à son deuil. Merlin, Godric, Dumbledore, Dubois. Il détestait ça, il détestait ça, il détestait ça, il...

...ils étaient arrivés. Jeremy contempla l'endroit un moment. C'était la première fois qu'il mettait les pieds dans cette partie de la cité Nimbus, au pied de l'immense demeure des Nimbus de Pompadour. Il constata avec un mélange de soulagement et d'appréhension que l'endroit était bondé, peuplé de personnes de tout âge, témoignant du fait que monsieur Whitaker était quelqu'un de très apprécié. Avant qu'ils n'aient eu le temps de faire trois pas, Jeremy avisa la chevelure bouclée d'Irving qui fonçait sur Nora. Automatiquement, sans qu'il ait eu le temps d'y réfléchir, un sourire s'étira sur ses lèvres et il s'avança vers Irving en même temps que tous les autres. Son anxiété fondit comme neige au soleil quand Irving, après avoir relâché Nora, les aperçut. Il semblait à la fois surpris et heureux de les trouver là, et Jeremy se sentit profondément soulagé. Il était content de les voir. Il n'avait pas à prononcer de mots magiques, il lui suffirait d'être lui-même, et voilà. Cela ne devrait pas être bien difficile, puisque Irving semblait se réfugier dans l'humour... ce qui était un mécanisme de protection avec lequel Jeremy était plutôt familier.

"En plus regardez-vous…vous êtes trop beaux."

"Tu n'es pas mal non plus", répondit Jeremy avec un petit rire, avant de retrouver son sérieux. Il s'approcha d'Irving et lui donna une accolade, enfin un câlin mais en plus viril parce que voilà, puis lui dit sur un ton grave :

"Toutes mes condoléances Irving, je suis sincèrement désolé."

Il s'écarta ensuite pour laisser ses autres camarades l'approcher, sans trop s'éloigner toutefois. Il fut ainsi aux premières loges pour voir Samantha Miller fondre en larmes après avoir adressé des condoléances tremblantes à Irving. Jeremy attrapa le bras de la jeune fille lorsqu'elle passa près de lui et l'écarta un peu du groupe :

"Pas de larmes, Samantha", lui intima-t-il, "Si tu dois rester là, ne pleure pas, Irving n'a pas besoin de ça. On doit être là pour lui, alors..."

La jeune fille se dégagea avec vigueur et le coupa, l'air indigné.

"Je t'emmerde Baker", persifla la Serpentard en dardant sur lui un regard furieux, "tu ne sais pas ce que c'est. Cet homme c'était mon voisin, je le connaissais, et puis tu n'es pas d'ici, la Consumeuse, tu ne sais pas ce que c'est. Tu sais pas combien d'ouvriers se trouvent dans ce cimetière à cause de ce truc. Alors lâche-moi, OK ?"

Les sourcils froncés, Jeremy regarda l'adolescente s'éloigner en courant à moitié, pour se jeter dans les bras d'un homme qui devait être son père. Elle avait raison sur un point, il ne savait pas vraiment ce que c'était que cette maladie, à part le peu que lui en avait dit Irving. On n'en entendait pas vraiment parler dans les journaux, on ne savait pas exactement d'où elle venait... Il savait, pour avoir signé sa pétition, que la jeune Miller était persuadée que cela venait des processus de fabrication des balais, mais Jeremy ne pouvait s'empêcher d'en douter. Après tout, si tel était le cas, pourquoi est-ce que monsieur Nimbus de Pompadour en personne était présent ? Pourquoi est-ce que tout ces gens, ces ouvriers et leurs familles, ne se révoltaient pas ? Non, il devait y avoir autre chose... Enfin, ce n'était pas à lui de le découvrir. Lui, il était là pour être le bon copain rigolo prêt à changer les idées d'Irving. Jeremy chassa donc la Consumeuse de sa tête et reporta son attention sur Irving, toujours bien entouré. L'enterrement n'allait pas tarder à commencer...



Cassandre HarperSeptième annéeavatar
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Elle verrouilla sa barrette dans un claquement sourd qui résonna dans toute la salle de bains. Soupirant, Cassandre jeta un dernier regard à son reflet avant de se détourner et d'attraper le gilet noir qu'elle avait abandonné sur la poignée de la porte. Elle n'avait pas envie d'y aller. C'était son premier enterrement et elle avait peur de ce qu'elle y verrait. Des gens abattus, malheureux, effondrés. Et elle avait peur de voir cela. Elle avait été protégée toute son enfance et avait eut la chance de ne perdre personne de proche, son grand-père paternel étant le seul disparu de la famille Harper et cela bien avant sa naissance. Quand on avait été heureuse la plupart du temps, comment faire face au désespoir des autres ? Et puis, avait-elle vraiment sa place à cet enterrement ? Avait-elle le droit de s'imposer au milieu du malheur de cette famille ? Évidemment, elle connaissait Irving mais cela ne voulait pas dire que sa présence serait le bienvenue. Il voulait sûrement s'entourer de ses vrais amis pour cette épreuve. Elle avait hésité sur sa venue toute la semaine, depuis l'annonce du décès. Elle hésitait encore maintenant, elle pouvait faire demi-tour et ne pas y aller, personne ne lui en voudrait, n'est-ce pas ? Mais dans un autre sens, elle avait du mal à se voir ailleurs que là-bas à ce moment là. Les yeux baissés, elle enfila son gilet au dessus de sa robe, noire elle aussi, et se retourna une dernière fois vers le miroir, en rejetant ses cheveux en arrière. Elle avait les yeux encore légèrement rougis et le teint pâle. Elle ne faisait pas vraiment plaisir à voir. Soupirant, elle tourna la poignet et se dirigea vers son lit pour ranger ses affaires de toilettes dans sa malle et prendre sa baguette magique. Elle n'en n'avait pas besoin, mais l'avoir sur elle la rassurait toujours. Précautionneusement, elle la rangea dans une poche de sa cape d'hiver qu'elle enfila, son chapeau, ainsi que son écharpe Gryffondor. C'était un peu tapageur et ses parents n'apprécieraient sûrement pas mais à ce moment-là, elle ressentait le besoin d'être reliée à sa maison. Et parce que les paroles du professeur Adamson d'il y a quatre ans lui étaient revenues en tête, la nuit dernière. "Votre maison sera votre famille pour les sept années à venir." Elle ne s'étaient pas toujours sentie bien à Gryffondor, ne l'avait pas toujours considéré comme sa famille. Ce n'était même pas le cas encore. Mais aujourd'hui et depuis le début de cette semaine, elle avait senti la solidarité entre ses camarades. Elle avait vu les liens se resserrer, elle avait vu des dizaines d'élèves s'unir pour en soutenir un seul. Et elle voulait en faire parti, aujourd'hui et pour les années à venir.

- Cassandre ?

Elle releva les yeux pour faire face à l'une de ses camarades de dortoir, Lisa, allongée sur son lit avec une boite de mouchoirs et les yeux rouges. Elle n'avait jamais été proche des filles de son année, elles ne s'étaient jamais parlées depuis la première année. Cela avait été même tendu des fois, des disputes tonitruantes au milieu du dortoir ou des sifflements contre elle que Cassie entendait le soir, dans son lit. Depuis quelques temps, cela allait mieux et elles cohabitaient toutes dans une indifférence polie. Mais cela n'allait pas jusqu'à s’appeler par leurs prénoms. Mais Lisa avait toujours été sensible et elle l'avait entendu pleurer pendant la nuit suivant l'annonce du décès du père d'Irving. Cette dernière avait perdu sa mère lors de leur deuxième année, dans un accident de voiture chez les moldus. Cela devait sûrement lui rappeler de très mauvais souvenirs. Lentement, Cassandre se releva pour s'assoir sur son lit, face à Lisa qui reniflait.

- Oui ?

Sa camarade s'assit en tailleurs sur son matelas, ses doigts triturant un mouchoir en papier et les yeux baissés.

- T'y vas finalement ? A l'enterrement.

Cassie hocha la tête en guise de réponse, sans savoir quoi ajouter d'autre. Lisa releva un peu la tête et sourit doucement.

- T'es jolie comme ça.
- Oh... Merci.

Évidemment, elle avait mis sa plus jolie robe noire et s'était appliquée jusque dans les moindres détails, sans savoir vraiment pourquoi. On se mettait toujours sur son trente et un pour les enterrements, sans qu'on sache vraiment la raison de cette coutume. Rendre un dernier hommage au défunt ? Peut-être. Ou pour se forcer à sortir en sauvant au moins les apparences, malgré le chagrin. Lisa renifla un coup en coinçant une mèches de ses cheveux châtains derrière son oreille.

- Est-ce que tu... A Irving, tu pourras lui dire que tout le monde est avec lui, même... Même si on vient pas ?
- Je pense qu'il le verra de lui-même. Mais tu sais Lisa, je ne pense pas qu'il t'en tiendra rigueur. Ne te tracasse pas pour cela.

Lisa hocha la tête, les yeux de nouveau humides.

- Tu vas être en retard, signala-t-elle tout de même en s’efforçant de sourire.

Ce fut au tour de Cassandre d'hocher la tête tandis qu'elle se levait.

- Tu sais Lisa, je te l'ai jamais dit mais... Désolée pour ta mère.

Sa camarade sourit doucement tout en laissant échapper un sanglot.

- C'est pas grave. Merci.

Cassandre adressa un vague sourire à Lisa avant de contourner son lit pour attraper ses gants sur sa table de nuit, posés sur un parchemin. Pendant qu'elle les enfilait, son regard fut attiré sur un mot souligné dans son devoir. Son cœur manqua un battement tandis que toutes les images de ce fameux après-midi lui repassait en tête, sans qu'elle puisse y faire quoi que ce soit. Elle ferma les yeux brusquement tandis que ses doigts se crispaient sur le rebord de la table de chevet. Elle ne devait pas repenser à cela, pas maintenant. Tout en s'efforçant de chasser toute idée de son esprit, elle arracha un bout du rouleau de parchemin, attrapa sa plume qu'elle trempa dans l'encre avant de griffonner quelque chose rapidement. Une fois sa tâche effectuée, elle fourra le morceau dans sa poche, adressa un léger signe de tête à Lisa et franchit la porte du dortoir pour descendre les escaliers qui descendaient à la Salle Commune. Cette dernière était silencieuse et grave et Cassandre la traversa d'un pas rapide pour rejoindre le petit groupe qui s'était formé derrière le portrait de la Grosse Dame. Elle ne voulait pas qu'on se questionne sur sa présence à cet enterrement et en croisant les regards des amis d'Irving, elle se sentit mal à l'aise. Elle n'était pas une amie proche, personne ne pouvait la relier à Irving par quoi que ce soit et le fait qu'elle soit là ne pouvait paraître qu'incongru. Pourquoi cette petite peste d'Harper voudrait-elle aller à l'enterrement du père d'Irving Whitaker ? La question la taraudait elle-même un peu. Mais elle se contenta de redresser l'épingle ornée d'un "H" qui fermait sa cape et mit de coté tout le reste. Qu'ils pensent ce qu'ils voulaient, elle s'en fichait. Ce n'était pas pour eux qu'elle faisait cela, c'était pour Irving. Le petit groupe se mit en marche et traversa le château en silence, Cassandre fixant le bout de ses chaussures cirées. Ils ne tardèrent pas à arriver dans le hall où ils se mêlèrent aux autres élèves. Les Gryffondor étaient les plus nombreux mais Cassie distingua les cheveux blonds de Nora Weaver chez les Poufsouffle et elle fit quelques pas vers elle, s'interrompant lorsque Jeremy Baker passa devant elle pour aller serrer l'épaule de la Capitaine. Il s'apprêtait à lui parler quand le professeur Hellsoft - avec un ventre impressionnant - sonna le signal de départ. Cassandre eut tout juste le temps de s'approcher que Nora lui sautait dans les bras, sans qu'elle puisse réagir.

- Doucement Weaver, répliqua-t-elle, machinalement. Je ne suis pas une peluche.

Mais elle lui rendit néanmoins son étreinte avant de lui adresser un léger sourire, un peu triste. Cassandre se mit en marche avec les Poufsouffle, sans s'éloigner de Nora. Elle était bien la seule personne qu'elle connaissait personnellement un tant soit peu ici et elles avaient parlé l'autre jour, quand Irving était parti rejoindre son père justement. Et c'est vrai qu'elle était gentille, Nora. Parfois un peu expansive, mais gentille. Et à vrai dire, Cassandre n'avait pas vraiment envie de rester seule pour ce moment-là. Ses parents seraient sûrement là, en tant que voisins des Whitaker, mais elle avait envie - sûrement pour la première fois de sa vie - de rester auprès de ses camarades un peu. Parce qu'ils se comprenaient tous un peu, contrairement à ses parents qui avaient des regards différents, extérieurs. Quand ils débarquèrent tous dans le grand cimetière de la Cité Nimbus, Cassandre tourna les yeux machinalement vers la maison des Nimbus de Pompadour. Elle avait certes des liens familiaux avec Jordan, ils étaient loin d'être particulièrement proches. Mais, pour avoir lu les journaux et pour avoir entendu ses parents en parler, elle savait qu'on murmurait que les produits utilisés par l'entreprise Nimbus étaient responsables de la maladie des ouvriers. Comment est-ce qu'on se sentait dans ces cas-là ? Est-ce qu'Oscar Nimbus se couchait avec la conscience lourde ? Est-ce qu'ils avaient sérieusement enquêté sur les causes de la maladie ? Est-ce qu'ils s'en souciaient au moins ? Ses parents lui disaient d'être reconnaissant, que c'était grâce à eux que Cornélius avait décroché cet emploi à Nimbus et cette maison, que sans eux, ils ne savaient pas où ils seraient désormais. Mais elle ne pouvait s'empêcher de se questionner. Nimbus laissait-il mourir ses employés en fermant les yeux ? Est-ce que Jordan se questionnait sur le fait que son père pouvait être impliqué dans la mort du père d'un camarade de classe ?

Elle détourna les yeux de la maison et son esprit de ce genre de pensées en entendant la voix d'Irving qui se précipitait vers Nora. Machinalement, elle recula un peu pour les laisser entre eux, entre amis. Voir Irving essuyer ses yeux rougis tout en essayant de garder le sourire manqua de la faire pleurer. Elle s’efforça de respirer un grand coup un peu d'air frais avant de s'approcher tandis que Jeremy Baker reculait. Elle ne pleurerait pas.

- Tu vois Whitaker, si tu n'avais pas eut cette masse de boucle au sommet du crâne, je ne t'aurai pas reconnu. Tu es carrément présentable, dis-moi ! lança-t-elle avec un léger rire.

Mais à son plus grand désespoir, il y avait encore quelques trémolos dans sa voix. Elle ne voulait pas montrer de signes de faiblesse, elle n'avait pas à être triste, elle était venue pour soutenir quelqu'un qu'elle appréciait, pas pour craquer en public. Aussi sursauta-t-elle un peu fort quand Irving la serra dans ses bras. Surprise, elle lui rendit son étreinte machinalement avant de se détacher, riant un peu nerveusement.

- Tu t'es un peu amélioré en ça aussi, visiblement. Des progrès depuis le baiser baveux absolument infect de Noël.

Sentant les larmes remonter et son estomac se tordre, elle se mordilla la lèvre pour se contenir. Elle ne pleurerait pas. Adressant un sourire sincère à Irving, elle plongea la main dans sa poche pour attraper un petit papier avant de saisir la main d'Irving et de la serrer fort.

- Je suis désolée pour ton papa, Irving. Vraiment.

Avec un denier sourire, elle recula pour laisser la place aux autres. Jane Mason, la fille du Professeur Mason, se planta devant Irving, les yeux rouges, hoquetant et retenant à grand-peine des larmes.

- Je suis vraiment désolée, Whitaker, toutes mes condoléances. Tu... Tu sais, je m'en veux pour tout ce que je t'ai dit et... Je suis désolée d'avoir été méchante avec toi, parce que...

Elle laissa échapper un sanglot, serra brièvement Irving dans ses bras avant de le relâcher, des larmes sur les joues.

- J'te ferai tes devoirs, d'accord ? Le temps que ça aille mieux, pour que t'aies pas à te tracasser avec ça, d'accord ? Encore désolée Irving, j'ai été horrible avec toi parfois.

Elle se retira en sortant un mouchoir de sa poche et adressa même un sourire à Cassandre alors qu'elles ne s'étaient jamais parlées. Jane revint près de Nora et Cassie fit de même, encore un peu chamboulée. Au moins, elle n'avait pas pleuré devant Irving, c'était l'essentiel. Scrutant la foule du regard, elle reconnut quelques voisins et quelques visages de la cité, notamment la vieille Rose accompagnée d'une jeune femme beaucoup plus jeune. Au milieu de tous les habits noirs, elle reconnut une lourde cape en velours familière et ressentit une bouffée de soulagement.

- Je reviens, lança-t-elle à Nora en lui posant une main sur l'avant-bras pour attirer son attention.

Elle fendit la foule tellement rapidement qu'elle en fit tomber son chapeau qu'elle rattrapa au vol avant de se jeter dans les bras si familiers de sa mère. Aussitôt, elle sentit la main de son père sur sa tête et les paroles réconfortantes de sa mère. Fermant les yeux, elle s'abandonna à cette étreinte en oubliant tout ce qu'il y avait autour, les pleurs, les murmures et la tristesse ambiante. Ses parents s'étaient resserrés autour d'elle, sans même y penser. Elle ne savait pas ce qu'elle ferait sans eux. Oui, elle commençait à voir leurs défauts, à les critiquer mais elle les aimait toujours autant et n'imaginait pas sa vie sans eux. Et elle ne savait pas comment pourrait faire Irving, où il pourrait trouver la force de surmonter cela. Elle n'arrivait même pas à imaginer le chagrin qu'elle ressentirait si l'un de ses parents devait disparaître. A vrai dire, elle n'arrivait même pas à imaginer cette situation. Personne ne méritait cela, Irving encore moins. Et tandis que sa mère lui caressait les cheveux tendrement, elle songea qu'Irving aurait assez de force pour surmonter la situation même si c'était difficile. Il l'avait montré lors du combat contre l'Epouvantard, ou du moins après. Ce n'était qu'une question de temps. C'est pour ça qu'elle avait laissé son petit papier dans sa main tout à l'heure. Pour qu'il n'oublie pas qu'il avait la force de surmonter cette épreuve. Et qu'elle croyait en lui, elle. Que tous ses amis croyaient en lui, quoi qu'il arrive. Et elle avait essayé de ramener tout cela en un mot, un simple petit mot griffonné sur un bout de parchemin, glissé à la va-vite dans sa main serrée.



   
Jordan Nimbus dePompadourAncien personnageavatar
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Depuis la fenêtre de sa chambre, au deuxième étage du manoir Nimbus, Jordan contemplait la petite foule qui se réunissait dans le cimetière. On enterrait le père d'Irving, aujourd'hui. Il était difficile de l'ignorer. Tout Poudlard avait été rapidement au courant de la nouvelle. Cela n'avait pas été une surprise pour lui. Il avait été coincé avec le Gryffondor quelques jours auparavant et avait fait les frais de… des sentiments ravagés de son camarade. Et depuis, tout semblait étrange, douteux, déformé.

Jordan n'avait pas compris pourquoi on l'avait appelé, le matin même, au petit déjeuner. Il n'avait pas plus compris pourquoi sa mère était dans le bureau du professeur McGonagall pour le ramener à la maison, et ce n'était qu'en arrivant chez lui que ses parents lui avaient expliqué. Ils voulaient qu'il se rendent avec eux aux funérailles. Jordan avait eu du mal à croire cela. Lui, aux funérailles de Bradley Whitaker?

"Mais pourquoi?!" avait-il demandé.

"Jordan, tu as dix-sept ans l'année prochaine. Dans deux ans, tu intégreras pour de bon la compagnie, et les gens ont besoin de savoir que tu es déjà concerné par leur sort. De plus, le fils de Mr Whitaker est de ton année, non? Tu dois le connaître un peu. Tu ne peux pas décemment l'ignorer aujourd'hui, il aura besoin du soutient de ceux qui ont fait vivre son père."

Mais Jordan savait ce qu'Irving répondrait à une telle chose. Que Nimbus n'avait pas fait vivre son père, bien au contraire. Qu'il l'avait tué. Il avait vu la colère du jeune homme, sa tristesse et sa douleur. Il avait vu sa rage, son incapacité à faire la part des choses et à l'accuser de tous les mots. Jordan ne comprenait pas pourquoi Irving lui en voulait à lui. Bien sûr, il savait que les rumeurs sur le lien entre la Consumeuse et l'usine allaient bon train. Et, bien que son père nie autant en public qu'en privé ce lien, il savait qu'il y avait une part de vérité dans ces accusations. Mais le Poufsouffle n'acceptait d'être, lui, à son âge, responsable aux yeux du Gryffondor. Il ne travaillait pas pour son père, pas encore. Il ne lui rappelait pas constamment qu'il s'appelait Nimbus de Pompadour - les gens le savaient très bien tous seuls. Irving ne lui avait même pas laissé le temps de s'exprimer, le condamnant par avance à cause de son nom. Jordan détestait ça. Il était fier d'être le fils de son père, mais si les idiots pouvaient ne plus s'arrêter aux apparences, cela lui faciliterait grandement la vie. Quoiqu'il en soit, il était prêt à jurer que s'il se montrait, Irving aurait la même manière de montrer sa douleur que quelques jours plus tôt. Et il ne lui en voudrait même pas. Après tout, il venait de perdre son père. Jordan avait essayé de s'imaginer à sa place et le froid polaire qu'il avait ressenti avait suffi à savoir qu'il ne voudrait pas vivre cette expérience à son âge.

Alors, il avait refusé d'aller à l'enterrement. Pour la première fois de sa vie, il avait contredit son père sur un sujet d'importance. La colère d'Irving n'en était pas la raison principale, loin de là. Mais cela était réel, tangible. C'était une preuve qu'il avait raison sur le sujet.

"Non, Papa, je n'irai pas. Irving n'est pas mon ami. Il nous tient pour responsable de la mort de son père. Je ne comprends même pas pourquoi toi, tu y vas. Ils vont tous te haïr, là-bas!"

"Jordan, je suis le patron de la firme qui l'employait. Il est inhumé en face de chez moi. Ne pas y aller, c'est nier ce qu'il lui est arrivé, c'est faire comme si je ne connaissais même pas son existence, ni sa maladie. Comme si je n'y accordais aucune importante. Ce qui n'est pas le cas."

Mais, si Jordan avait accepté l'argument, il n'avait pas cédé. Non, il n'irait pas. Il comprenait que cela relevait du devoir de son père, et que l'épreuve ne serait pas facile. Mais ce n'était pas la peur qui l'empêchait d'y aller. C'était l'éthique. Il ne pleurerait pas monsieur Whitaker, il n'avait rien à voir avec Irving. C'était triste pour lui, tout cela, bien sûr, mais ça n'avait rien à voir avec lui. De plus, des funérailles étaient un évènement privé. La famille Whitaker était libre de choisir qui elle voulait y voir ou non, ils n'avaient pas à s'imposer. Ils étaient des étrangers, quelque soit l'avis sur "leur" "responsabilité". Devant son entêtement, son père avait manqué de perdre patience.

"Jordan, je te laisse ne pas y aller seulement si tu me donnes une raison valable."

Ca n'avait pas été dur de répondre à cela. Il y avait un million de bonnes raisons, mais son père pourrait probablement répondre à toutes. On le considérait comme responsable? Il dirait que rester terrer dans son manoir serait admettre sa culpabilité. Mais ce qui importait, dans l'argumentaire de Jordan, ce n'était pas ce qui était, mais ce que la foule pensait. Car au final, ce serait ça qui guiderait leur comportement.

"Les gens pensent que tu es responsable de ce qui es arrivé. Peut importe que ce soit vrai ou non, ils le croient. De mon point de vue, la moindre des choses, c'est de ne pas le leur rappeler aujourd'hui. De ne pas t'incruster au milieu de la cérémonie. De les laisser pleurer en paix. Après, tu pourras aller les voir, leur faire part de tes condoléances. Mais ce moment, c'est privé."

Son père l'avait considéré un moment puis avait répondu:

"Argument accepté."

Et il avait quitté la pièce pour aller enfiler son costume. Sa mère l'avait regardé avec un sourire fier, puis l'avait serré dans ses bras avant de partir à son tour. Une fois seul, Jordan s'était senti étrangement victorieux. Et fier. Il avait réussi à convaincre son père, rapidement, simplement, que son point de vue était valable. Oh, il n'en avait jamais douté. Il était toujours d'une logique implacable, et ne se trompait que (très) rarement. Mais quand il s'agissait de l'entreprise, Oscar ne tolérait aucune discussion. Ou plutôt, il les tolérait dès qu'il avait le dernier mot. Il n'était pas rare que le père et le fils aient de longues discussions sur Nimbus. Comment la gérer, comment l'organiser, comment la rendre plus compétitive… Jordan étudiait très sérieusement son héritage, et soumettait ses idées à son père, qui les écoutait, et les décortiquait jusqu'à la moelle pour lui montrer que ce qui se faisait actuellement sous sa direction était vraiment le mieux. La plupart du temps, Jordan repartait convaincu et persuadé du génie paternel. Mais parfois, il s'entêtait dans son idée. Ces fois-là, la discussion devenait houleuse et la seule chose qui pouvait y mettre fin était la capitulation - apparente du fils. C'était l'un des défaut de son père, après tout. Il ne supportait pas d'avoir tort.

Mais aujourd'hui, il avait reconnu un autre point de vue que le sien tout à fait valable. Son père avait accepté d'avoir tort, en un sens. Ou alors, avait-il accepté que Jordan n'avait pas le même rôle que lui? C'était toujours difficile à dire. Mais Jordan sortait de cette joute grandit et… adulte. Oui, c'était le sentiment qui s'emparait de lui en cet instant, comme ses parents quittaient la maison pour rejoindre la petite foule du cimetière.

Mais pourtant, ce sentiment de victoire ne dura pas, et un malaise s'insinua en lui alors qu'il continuait à fixer le cimetière depuis la fenêtre de sa chambre, sans trop savoir pourquoi il s'obstinait dans cette activité.


Juliet E. BakerSans emploiavatar
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Posant sa brosse à cheveux à côté du lavabo de la salle de bain des filles, Juliet contempla son reflet dans le miroir d’un œil morne. C’était sans énergie qu’elle s’était levé ce matin et c’était toujours sans énergie qu’elle terminait de se préparer pour l’enterrement. L’enterrement. Son ventre se serra tandis qu’elle se détournait du miroir, après avoir vérifié d’un coup d’œil que la robe noire qu’elle avait revêtue tombait correctement. Passant par son dortoir pour récupérer une veste qu’elle enfila, elle gagna ensuite les escaliers qui menaient vers la salle commune, et entreprit de les descendre. Là-bas, la première chose qui la frappa fut le silence qui régnait dans la pièce, qui d’ordinaire résonnait de cris, de rires. Observant les visages tristes de ses camarades, le sien se décomposa encore un peu plus. Elle ne connaissait pas Monsieur Whitaker, mais été terrifiée de devoir faire face à la peine d’Irving, à son expression probablement dévastée. Aujourd’hui, son rôle était le même que celui des amis du sixième année. Soulager son deuil, alléger sa peine. S’ils en étaient capables. Parce qu’un enterrement, c’est la douleur de ceux qui restent, c’est l’horreur de la situation. Parce que lors de ces moments, on à beau être entouré, on reste seul avec notre tristesse, seul avec nos souvenirs. Ressasser fait mal, songer à l’absence que laissera le défunt également. Souffrances qui pourtant sont inévitables, pour continuer, pour avancer, pour faire son deuil, pour ne pas se laisser enfermer dans cette tristesse, pourtant si tentatrice. Oh, se complaire dans son malheur ! Se glisser sous ses couvertures, poser sa tête sur son oreiller, se rouler en boule et attendre des heures, regardant dans le vide. Oh, vivre ces journées, qui semblent durer des mois, des années ! Et attendre. Attendre que la douleur parte d’elle-même, qu’elle s’en aille. Fermer les yeux sur sa vie, se dire que ce n’est que pour quelques secondes, et ne les rouvrir que lorsque le deuil s’est fait de lui-même. Tristesse tentatrice, une façon comme une autre de faire un deuil. Une autre était de se relever, et de poursuivre, ignorant la souffrance, jusqu’à ce qu’un jour, fatidique, elle vous rattrape. Une troisième était de vivre avec. Chacun avait sa manière de gérer son deuil. Et quelque soit celle de son ami, Juliet comptait bien être présente pour lui. Coûte que coûte.

Avisant le groupe de Gryffondor qui se rassemblait dans un coin, la jeune femme se joignit à eux, répondant par un même sourire triste à celui que venait de lui faire Jeremy. Silencieuse, elle contempla ses camarades. Il n’y avait rien à dire. Juste une énorme peine pour Irving à contenir, juste la force de le soutenir à trouver en soi. Sous le regard grave de leurs camarades qui ne les accompagnaient pas, le groupe de Gryffondor se mit en marche en direction du hall. Arrivée là-bas, elle chercha Killian du regard, se dirigea vers lui et, après avoir levé les yeux vers son petit-ami, glissa sa main dans la sienne et continua le chemin à à ses côtés. Ils étaient nombreux. Un peu plus d’une vingtaine d’élèves, quelques professeurs, leur directrice de maison, Chloé Hellsoft, dont le ventre s’arrondissait de plus en plus. Le cortège qu’ils formaient lui paraissait irréaliste. Son ventre noué, sa main serrant celle de Killian, Juliet continuait à avancer, avec l’impression de regarder la scène, et non de la vivre.

Ils arrivèrent rapidement. Peut-être trop rapidement. Et tout, tout lui semblait irréaliste. Ce sentiment étrange que l’on éprouve lorsqu’on voit des personnes qu’on ne connait pas dévastées, cette impression de fausse réalité, Juliet la ressentait pleinement. Son esprit lui soufflait quelque chose qu’elle refusait d’assimiler, ses yeux voyaient la tristesse que les autres hurlaient en silence. Et, ce n’est que lorsqu’ils se posèrent sur Irving, qui s’approchait, qu’elle percuta enfin. C’était injuste. C’était complètement injuste. L’injustice même du hasard, du destin. Celle dont on prend conscience lorsqu’on grandit, celle qu’on appelait autrement, plus jeune, lorsque drame survenait. Cruauté. Irving ne méritait pas de vivre ça. Irving ne méritait pas de devoir faire le deuil de son père, de le rayer de son avenir, de songer à ce qu’il devrait traverser, sans lui. Irving, qui tenait à peine debout, les yeux rougis, la voix tremblante. Irving qui, il y a quelques mois était venu demander, à Jeremy, à Killian et à elle, des conseils pour séduire Nora. Irving qui, il y a quelques jours, riaient encore avec elle dans la cabane hurlante. Il ne méritait pas ce qu’il lui arrivait. Levant les yeux vers son ami, qui se faisait enlacer par une Jane sanglotante, la jeune femme retint les larmes qui menaçaient de monter, et, lorsque la fille du professeur Mason recula pour reprendre sa place auprès de Nora Weaver, Juliet respira un grand coup, lâcha la main de Killian, pour se diriger, doucement, vers son ami guitariste. Posant une main sur son épaule, elle l’attira contre elle pour le serrer dans ses bras, dans une étreinte semblable à celle qu’elle pouvait donner à sa petite sœur lorsqu’elle allait mal.

« Je suis vraiment désolée pour ton père, Irving. » souffla-t-elle. « On est là pour toi, tu sais ? On est tous là. » ajouta-t-elle tristement, en désignant d’un mouvement ses camarade, consciente que la seule présence qu’Irving souhaitait probablement autour de lui était celle de son père.

Reculant à son tour, elle reprit sa place initiale, les yeux posés sur son ami. Ce n’était pas à elle d’être triste, elle le savait. Mais, en contemplant le visage du sixième année, elle ne pouvait s’empêcher de se sentir accablée. Elle allait le soutenir. Elle allait l’aider, faire tout ce qu’elle pourrait pour alléger sa peine. Au moins un peu, juste un peu. Elle était là pour ça. Ils étaient tous venu pour ça. Pour Irving. Et, on avait beau rire de la solidarité Gryffondorienne, les liens qui unissaient les élèves de cette maison étaient plus que visible aujourd’hui, constata Juliet en contemplant ses amis. Et on pouvait rire aussi, des liens qui unissaient les adolescents. On pouvait dire qu’ils n’étaient que passagers, qu’ils n’étaient qu’éphémères. Aujourd’hui, ils étaient nombreux. Plus d’une vingtaine d’élèves. Et aujourd’hui, ils étaient là pour Irving. Sans qu’aucun ne manque à l’appel.



Kit par Irving Ship
Steven HarrissonPréfet en Chefavatar
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Dernière édition par Steven Harrisson le Lun 4 Mar 2013 - 15:20, édité 1 fois
Steven était assis sur son lit. Il venait de finir de s'habiller et il lassait ses souliers. Déjà qu'il était pâle et les cheveux noirs, le fait de mettre des habits noirs le rendait plus blanc que d'habitude. Il ressemblait à un mort vivant. Son ventre était vide, il n'avait rien mangé de la journée depuis qu'il avait appris le décès du père d'Irving. A part les fois où il l'a croisé dans les couloirs, il ne connaissait presque pas le Gryffondor. Mais de savoir que son père était mort, cela provoqué une sorte de malaise chez Steven. Peut-être que ça lui rappelait sa grand-mère paternel. Il n'avait pas supporté aller à son enterrement. Pourtant Steven se sentait obligé d'y aller, perdre un membre de sa famille, il savait ce que ça provoquait. Alors, Irving devait se sentir bien entouré et aimer aujourd'hui. Les larmes montèrent dans les yeux du Pouffsouffle. Pourquoi est-ce que je pleure? Il ne le savait pas... Son chat se frotta contre son ventre.

"Oh toi... T'es toujours là quand il faut."

Il regarda par le fenêtre, l'heure tournait. Steven se leva, se présenta une nouvelle fois devant la glace, arrangea sa coiffure et essuya ses yeux. Puis, il attrapa son manteau et son écharpe. Il espéra que les rayures jaunes de son écharpe ne se verraient pas trop. Il prit la poignée de la porte entre ses mains, avant de faire demi-tour pour aller fouiller dans le tiroir de sa table de nuit et d'en sortir un paquet de mouchoir. Ça peut toujours servir. Il se dirigea, cette fois ci, pour de bon, vers la porte, au passage, se regarda une dernière fois dans le miroir, et sortit dans le couloir.

Une fois qu'il marchait d'un pas assuré dans le couloir, un frisson lui courut le long du dos. Il venait de prendre conscience du silence qui régnait dans le château. Tout Poudlard semblait être en deuil. Il soupira en arrivant en haut des escaliers.

"Courage Steven!" Se dit-il.

Il descendit finalement presque en courant les marches. En arrivant en bas, il prit la direction de la Salle Commune. En temps normal, il pourrait y aller les yeux fermés, guidé par les rires et les discutions des autres. Mais aujourd'hui, aucun sons lui parvenaient. Ce n'est qu'en entrant dans la Salle, où un groupe d'élèves s'était formé au fond, qu'il parvint à entendre les murmures de ses camarades. Tous semblaient abattu, Steven les rejoignit et les salua. Il fut soulagé de voir qu'Irving allait avoir du soutien. Quelques minutes plus tard, Daisy Mason entra dans la salle à son tour. Le groupe l'avisa et se dirigea vers la sortie du château.

Ils marchèrent tous en silence jusqu'à l'arrivé au cimetière. Steven eut l'impression que ce temps de marche prit une éternité. Une fois qu'il fut entré dans le cimetière, Steven se faufila dans la foule pour aller à la rencontre d'Irving. Il ne tarda pas à le trouver, il lui suffit de rejoindre l'endroit où il y avait le plus de monde, il ne fut pas étonné de le trouver au milieu. Il attendit que l'espace autour du jeune endeuillé se fasse moins rempli de monde pour aller au coté de son camarade. Il lui fit une accolade.

"Salut Irving. Je suis désolé pour ton père. Je te présente toutes mes condoléances. Tout va bien se passer, ne t'inquiète pas. Ne sois pas triste. Dis-toi qu'il ne voudrait pas te voir comme ça..."

"Ouais j'sais, répondit-il avec un léger sourire, D'ailleurs tu remercieras ta mère d'être venue. "

"Ma mère?!" Steven fut très étonné d'entendre ces paroles sortirent de la bouche d'Irving. Que faisait-elle ici? "Je te laisse. Je vais essayer de la trouver. Bon courage." Il lâcha le cou de son camarade, lui fit un grand sourire, espérant lui donner un peu de courage, et partit chercher sa mère.

Il tourna un moment dans le cimetière avant de tomber nez à nez avec elle.

"Maman?! Mais qu'est ce que tu fais là?"

"Steven! Ça va mon mon petit coeur?" Elle le serra dans ses bras.

"Oui maman, je vais bien!" Lui répondit Steven d'une voix étouffée dans le manteau de sa mère. "Et toi? Qu'est ce que tu fais ici?"

"Quand j'ai appris le décès de Monsieur Whintaker, j'ai décidé de venir à l'enterrement. D'une pour m'assurer que tu tiendrais le coup et de deux parce que je connais ton camarade, je l'ai vu une fois à Sainte-Mangouste. Je l'ai même accompagné auprès de son père."


"Ah? Ok! Il te remercie d'être venu! Bon je retourne là-bas, tu sais où me trouver."

"Oui! Je vais dire bonjour à tes profs moi!" Elle tourna le dos et se dirigea vers le groupe de professeurs.

Steven se fondit à nouveau entre les personnes pour rejoindre ses camarades. Il est le roi en la matière pour de ce qui est de se faufiler entre les gens, et mit quelques secondes à retrouver ses camarades. Il émanait de ce groupe une puissante solidarité, cette solidarité cachait presque la tristesse pourtant très présente. Steven prit une grande inspiration et se joignit au groupe.

Il leva la tête pour regarder le ciel. De gros nuages gris cachaient le soleil. Pourquoi faut-il toujours qu'il fasse mauvais lorsque le moment est triste? Soudain, un rayon de soleil perça les nuages et répandit sa douce et chaude lumière sur les jeunes sorciers. Un paysage divin apparut aux yeux de Steven. Il cligna des yeux et l'éclaircie disparut. Rien que des nuages. Encore des nuages à perte de vue. Ce n'était qu'une simple illusion. Ou l'imagination de Steven lui jouait des tours. Il compris soudain qu'il était plus attaché à Poudlard et à ses camarades qu'à sa mère. Il était à Poudlard tellement de temps dans l'année que c'était presque devenu sa famille et sa maison. Peut-être que c'était pareil pour Irving. Qu'il ressentait la même chose que lui. Ce qui l'avait forcé à venir ici, c'était ça. Il se devait, comme tout les autres, de soutenir Irving. Même s'il ne le connaissait pas. Et puis, qui sait ? Peut-être, qu'un jour, qu'ils deviendront de très bons amis!



Kit par Vingounet  
Nora WeaverAubergisteavatar
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Nora laissa l'eau trop chaude ruisseler sur son visage et se mêler à ses larmes. Elle ne voulait pas pleurer, elle ne devrait pas, mais elle ne pouvait pas faire autrement, elle en avait besoin. Elle était profondément touchée par le malheur qui frappait son meilleur ami, et elle avait mal de savoir qu'il souffrait plus qu'elle ne pouvait l'imaginer. Mais surtout, elle avait peur. Elle était terrifiée à l'idée de se trouver face à lui, face à sa détresse, et de ne pas savoir quoi faire. depuis des mois elle essayait de lui faire passer de bons moments, pour qu'il oublie un peu sa peine, elle s'efforçait de ne le faire sourire un peu, et elle craignait de ne pas y arriver aujourd'hui. Et elle n'y arriverait pas, elle était trop faible, plus qu'elle ne pouvait se le permettre. Pourtant elle voulait vraiment être forte, juste aujourd'hui, pour lui, pour être l'amie qu'il méritait d'avoir. Parce qu'il méritait mieux que ses larmes, il méritait qu'on l'aide, qu'on le soutienne, et elle ferait tout son possible pour être à la hauteur.

Alors elle essuya ses larmes, sortit de la douche et s'habilla rapidement. La plupart des vêtements n'étaient pas à elle et elle ne se sentait pas à l'aise à l'intérieur. Elle ne portait jamais de noir. Tout le monde avait du noir dans sa garde robe, pas elle. ce n'était pas une couleur qu'elle aimait, pas une couleur qui lui allait. Elle portait du jaune, du orange, du blanc, du marron, du rose, du vert, mais pas de noir, jamais. Aussi lorsqu'elle effaça d'une main la buée sur le miroir, elle eut l'impression d'y voir quelqu'un d'autre. Une pauvre filles aux yeux rougis, aux vêtements sombres, et avec une jupe trop grande pour elle. Elle renifla et essuya ses joues avant de s'appliquer à resserrer la jupe noir de Jane autour de sa taille en se servant de ses pinces à cheveux. Elle continua de se concentrer sur des détails futiles -le col de son chemisier, sa coiffure, ses chaussures, le gant qu'elle avait perdu- en espérant que cela lui occuperait l'esprit, mais toutes ses pensées restaient tournées vers Irving.

Complètement absente, elle sursauta quand Jane frappa à la porte de la salle de bain pour lui dire d'une petite voix qu'il était temps d'y aller. Nora sentit ses jambes se mettre à trembler et elle dut s'appuyer sur les bords du lavabo pour ne pas s'effondrer. Les doigts crispé sur l'émail, elle ferma les paupières aussi fort qu'elle le pouvait pour retenir ses larmes. Elle ne pleurerait plus. Elle allait être forte, pour Irving. La jeune fille descendit dans la salle commune où se trouvait déjà Jane et Danny et s'approcha de ce dernier. Elle savait qu'il était très proche d'Irving lui aussi et s'imagina qu'il devait être dans le même état qu'elle, dévasté, perdu, et terrifié. Nora serra Danny dans ses bras, cherchant autant à trouver du réconfort qu'à en offrir, en faisant attention à ne pas trop froisser son costume, puis elle se recula un peu pour commenter cet effort vestimentaire.

"Tu es très beau comme ça," souffla-t-elle avec un triste sourire.

Les Poufsouffles ne tardèrent pas à quitter la salle commune mais ce fut dans un état second que Nora fit le trajet jusque dans le hall. Elle n'arrivait pas à ne pas penser à Irving. Où était-il, que faisait-il, comment il se sentait. Elle ne parvenait pas à se mettre à sa place, n'osant pas imaginer ce qu'elle ressentirait si c'était un de ses parents qu'on enterrait aujourd'hui. Perdue dans ses pensées, elle entendit à peine la question de Jeremy et ne leva les yeux vers lui qu'en sentant sa main sur son épaule. Elle lui répondit par un vague hochement de tête et un maigre sourire mais n'eut pas le temps de lui retourner sa question car le Pr. Hellsoft annonçait le départ. Nora sentit son ventre se tordre d'angoisse et aperçut soudainement Cassandre parmi le petit groupe d'élèves et elle la serra très fort dans ses bras. Elle avait besoin de puiser de la force chez les autres, de s'appuyer sur cette détresse commune qu'il partageait tous pour pouvoir tenir le coup. S'ils arrivaient à traverser ça tous ensemble, elle pouvait y arriver aussi.

"Désolée..." souffla-t-elle quand la Gryffondor lui fit remarquer qu'elle n'était pas une peluche.

Avant qu'elle ne s'en rende compte et sans qu'elle ait eu le temps de s'y préparer, ils étaient arrivés au cimetière de la cité Nimbus. Nora n'avait jamais assisté à un enterrement. Une grande tante, du coté de sa mère, était bien décédé quand elle avait cinq ans, mais on l'avait juger trop jeune pour assister à l'enterrement. Elle avait dix ans de plus aujourd'hui, mais elle ne se sentait pas mieux armée pour affronter la situation. Son ventre se tordait un peu plus à chaque visage attristé qu'elle croisait, à chaque regard larmoyant, et elle redoutait la détresse qu'elle trouverait dans celui d'Irving qu'elle cherchait des yeux parmi al foule. Et enfin, elle aperçut ses boucles brunes. Il se tourna vers elle et elle retint sa respiration alors que son coeur battait à toute vitesse et que ses mains se mettaient à trembler. Sa peur s'évanouit d'un seul coup lorsqu'elle découvrit un Irving à la mine grave, mais étrangement calme, presque serein. Et elle comprit à quel point il était fort, bien plus fort qu'elle, à quel point il était courageux. Pourtant elle voyait sa détresse dans ses yeux brillants, elle entendait le cri de douleur dans son regard, mais il affrontait la situation avec un courage admirable, et elle l'aimait plus que jamais.

Elle lui rendit son étreinte, le serrant contre elle aussi fort qu'elle le pouvait. Elle aurait voulu faire beaucoup plus, mais ne pouvait rien faire d'autre que le serre encore un peu plus fort. Elle était incapable de savoir ce qu'elle ressentait. Elle avait mal de savoir qu'en ce moment même, entre ses bras, il endurait des choses terribles des choses qu'elle ne pouvait pas comprendre. La seule chose dont elle était certaine était qu'il souffrait plus qu'elle, beaucoup plus qu'elle, et ça faisait encore plus mal. Elle aurait voulu lui dire que tout allait bien, que ça allait s'arranger, mais ce n'était pas le cas. C'était fini, ça ne s'arrangerait pas. Alors elle le serra contre elle en silence, le gorge nouée et les yeux brûlants de larmes jusqu'à ce qu'il murmure un "merci" éraillé au creux de son oreille. Comment avait-il pu croire qu'elle ne viendrait pas ? Jamais elle ne l'abandonnerait dans un tel moment, et ce quoiqu'il en coûte. Jamais.

"Je serai toujours là, murmura-t-elle à son tour en le relâchant un peu. Je suis désolée..." ajouta-t-elle un peu plus fort, la voix vibrante d'émotions.

*I'll stand by you*

D'un coup, elle se sentait plus forte. Elle savait qu'elle pouvait y arriver parce qu'elle avait une raison de se battre, une cause à défendre. Elle se battrait, et jusqu'à son dernier souffle s'il le fallait, pour être toujours à ses cotés, quoiqu'il arrive. Pour le soutenir, et l'aider, dans toutes les épreuves, pour l'aider à se relever, pour l'écouter. Et surtout, elle se battrait pour qu'il soit heureux. Elle ferait tout son possible pour ne plus jamais voir cette tristesse dans ses yeux. Elle ne le laisserait plus jamais souffrir.

*I'll stand by you
Won't let nobody hurt you
*

Elle ne voulait pas partager que les bons moments avec lui, se contenter de rire et d'être là quand c'était facile. Elle voulait être présente quand ça n'allait pas. Elle n'aimait pas que le Gryffondor blagueur, que le gentil meilleur ami, elle l'aimait aussi dans ses moments les plus sombres, avec ses blessures et ses faiblesses. Elle voulait partager ses douleurs pour les rendre un peu plus légères, écouter ses peines et sécher ses larmes. Elle voulait être forte pour lui, pour qu'il puisse toujours compter sur elle.

*Take me in into your darkest hours
And I'll never desert you
I'll stand by you
*

Elle savait que ce n'était pas suffisant. Être là ce ne serait jamais assez car désormais il manquerait toujours quelqu'un dans le cœur d'Irving, mais c'était tout ce qu'elle pouvait faire, et elle le ferait. Elle ne pouvait pas changer le cours des choses, effacer la douleur de son ami, qu'elle ne pouvait sans doute même pas comprendre. C'était trop gros pour elle tout ça, ça la dépassait complètement. Elle se sentait démunie, insignifiante et toute petite face à l'ampleur d'un tel drame. Et elle avait peur, mais elle était là, et elle savait que c'était sa place, qu'il ne pouvait en être autrement.

*And when, when the night falls on you baby
You're feeling all alone
You won't be on your own
I'll stand by you
*

Nora observa Irving à qui tous leurs camarades présentaient leurs condoléances et une question qui tournait dans sa tête depuis des jours vint à nouveau lui marteler l'esprit. Pourquoi. Pourquoi ça arrivait à quelqu'un de si bien, de si gentil et de si apprécié ? Irving était tellement jeune et sa famille si débordante d'amour, c'était injuste. C'était profondément injuste et cela rendait les choses encore plus terribles. Nora chercha Mrs. Whitaker dans la foule et son cœur se serra quand elle l'aperçut. Elle n'avait jamais eu la chance de rencontrer Bradley Whitaker mais avait fait la connaissance de sa femem cet été. C'était une femme gentille et très douce, elle ne méritait pas qu'il lui arrive quelque chose de si dur. Personne ne méritait ça. Elle se demanda si elle devrait aller présenter ses condoléances à la mère d'Irving, de la part de tous les élèves de l'école. Elle était sans doute une des seuls à la connaitre un peu après tout. Oui, elle savait qu'elle devait le faire mais elle était absolument terrifiée. Elle avait peur de ne pas savoir quoi faire, que dire, elle se sentait insignifiante face à la douleur que devait éprouver les Whitaker.

La jeune fille inspira lentement, essaya de contrôler le tremblement de ses mains et s'avança timidement de Vivianne Whitaker, qui semblait occupé avec un monsieur qu'elle ne connaissait pas. Elle n'osa pas signaler sa présence et il se pssa plusieurs longues seconde avant que Mrs. Whitaker se tourne vers elle. En croisant son regard Nora sentit toutes ses forces l'abandonner et crut que ses jambes allait la lâcher. Elle ouvrit la bouche sans qu'aucun son ne puisse en sortir, inspira un coup, et se lança d'une voix tremblante.

"Je...Elle souffla pour essayer de se calmer. Je vous présente toutes mes condoléances, reprit-elle. Nous sommes tous sincèrement désolés..." termina-t-elle pour inclure tous ses camarades.

Elle ne savait pas si Mrs.Whitaker l'avait reconnu, sans doute que non, mais elle n'eut pas le courage de rester pour se présenter comme l'aurait exiger les bonnes manières et, après un triste sourire larmoyant, elle s'éloigna. De tout façon elle était bien naïve de croire que son soutient ou sa compassion allègerait un peu la peine de qui que ce soit. C'était une douleur trop lourde pour être apaisée par quoi que ce soit. Un jour, ce serait plus facile. Un jour ce ne serait peut-être plus qu'un souvenir lourd. Il fallait juste que ça cicatrise, lentement, et sans doute douloureusement. Peut-être que cela prendrait des mois, ou des années, mais peu importe, elle serait là pour Irving, toujours.

*I'll stand by you*


Ashley ReynoldsSixième annéeavatar
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Il occupait la salle de bain depuis près d’une demi-heure, mais il s’en fichait. Cela en dérangeait peut-être certains, mais il avait besoin de rester là encore un moment. Ashley enfila sa veste de costume pour la cinquième fois de la demi-heure. Sa mère la lui avait achetée au mois d’août, décrétant qu’un garçon de son âge se devait d’avoir un costume convenable. Il avait rit, en disant qu’il s’écoulerait probablement des siècles avant qu’il ait une occasion de porter ce vêtement puisque Grand-Mère Reynolds avait l’air totalement increvable. Maggie avait rit à cette remarque. Et ils avaient tout de même acheté la veste. Aujourd’hui, il se disait qu’il aurait vraiment bien aimé que des années passent avant de porter ce costume qu’il trouvait bien trop sombre. Il attrapa la cravate rouge et noir qu’il avait laissé sur le rebord du lavabo et dû s’y reprendre à trois fois avant de réussir à faire un nœud qui ressemblait à peu près à quelque chose. Il avait toujours vu son père faire ça rapidement, en quelques secondes à peine. Il faudrait qu’il lui demande de lui apprendre. Cela pouvait toujours être utile. Et ça lui éviterait de se sentir incroyablement con avec son nœud de cravate mal foutu la prochaine fois qu’il devrait en mettre une.
Le jeune homme s’observa un instant dans le miroir. Merlin, ça lui fichait un coup de vieux, ce costume. Quand ses sœurs étaient bien habillées, sa mère et lui s’amusaient toujours à leurs trouver des ressemblances avec les autres femmes de la famille. Ainsi, Robyn ressemblait à sa grand-mère maternelle, et à Kathleen, la sœur de Maman. Sammie, elle, était parfois le portrait craché de Grand-Mère Virginia et de Tante Cassandra, la sœur de Papa, elle avait les cheveux clairs des Schaffer. A qui ressemblait-il, lui ? Ashley n’en avait aucune idée. Il avait beau scruter son reflet dans le miroir, il ne se trouvait de ressemblance avec personne. Il ne ressemblait à personne. Il haussa les épaules. C’était toujours pareil, de toute façon, toujours cette impression d’être le cas de la famille. Le seul à ne ressembler à personne. Le seul à être homosexuel. Il devait sûrement être une déception permanente.
Le Gryffondor était inhabituellement déprimé, aujourd’hui, ce qui n’était pas très étonnant au vu des circonstances. Il soupira et se passa une main dans les cheveux. Peut-être aurait-il dû les arranger un peu. Cela ne se faisait sûrement pas trop d’arriver à un enterrement avec une telle tignasse légèrement ébouriffée. Mais Ashley n’avait jamais rien fait de ses cheveux, se contentant de les couper un peu quand ils devenaient vraiment trop longs et de leur donner un rapide coup de brosse le matin, histoire qu’ils ne finissent pas dans le même état que ceux de Jayden. Mis à part ça, il les laissait pousser comme ils voulaient, c'est-à-dire un peu n’importe comment. Mais il était trop tard pour essayer de s’occuper de ses cheveux, et, soupirant une dernière fois, Ashley quitta enfin la salle de bain et rejoignit d’un pas rapide la salle commune.

Cette dernière semblait presque méconnaissable à cause du silence de plomb qui y régnait. Il se mêla au groupe de ceux qui se rendaient à l’enterrement, sans faire un bruit, sans même prononcer un mot. Cela ne lui ressemblait pas, mais il n’avait pas envie de parler. Il avait juste envie de se faire tout petit et que personne ne le remarque. L’estomac crispé, Ashley ne savait toujours pas s’il était véritablement à sa place et se sentait terriblement mal à l’aise. Lorsque l’on lui avait demandé s’il comptait venir à l’enterrement de Bradley Whitaker, il avait pris deux longues heures pour réfléchir avant de dire oui. Et aujourd’hui même, il avait changé d’avis une bonne dizaine de fois et s’était habillé puis déshabillé au moins cinq fois. Après tout, il n’était pas ami avec Irving, il lui avait juste parlé lors du réveillon et lors de quelques autres occasions exceptionnelles. Mais c’était un mec cool, gentil et sympathique. Le genre de personne que l’on ne pouvait qu’apprécier, qui attirait immédiatement la sympathie. Voilà pourquoi autant de personnes se déplaçaient pour le soutenir et pourquoi Ashley se devait d’en faire partie. C’était même bien au-delà de ça, au-delà de la simple solidarité entre Gryffondor. Après tout, il avait été là, lors du réveillon chez Irving. Et c’était bien trop facile d’être présent dans les moments de joie et absent dans les moments difficiles. Cela aurait été lâche comme attitude. Et, par-dessus tout, Ashley se rappellerait toujours que, durant ce réveillon, alors qu’il venait de faire son coming-out de manière totalement spontanée, sans aucune préméditation, et qu’il crevait de trouille à l’idée de se faire rejeter par tout ceux à qui il tenait, Irving avait proposé de porter un toast à leur courage, à Samaël et à lui. Il se rappellerait toujours l’immense poids qui s’était envolé de son cœur à cet instant…avant de retomber lourdement lorsque Kilian avait fait part de son avis personnel sur la question…mais là n’était pas le sujet. De ce fait, le jeune homme se sentait redevable envers Irving, qui avait été là pour lui dans un moment difficile. C’était son tour à présent d’être là pour lui, s’il le désirait. C’était pour cela qu’il était en route pour l’enterrement, au milieu de tous ces gens chers à Irving et à qui Irving était cher, malgré tout ses doutes des heures précédentes sur la légitimité de sa venue, malgré sa peur que sa présence soit déplacée dans un moment aussi intime.

Il suivit les autres, toujours sans un mot, lorsqu’ils se mirent en marche. Arrivés dans le hall, d’autres élèves endeuillés se joignirent à eux. Ils prirent alors le départ pour le cimetière. La gorge serrée, le Gryffondor ne savait toujours pas vraiment quelle attitude il devait avoir. Ashley était déjà allé à deux enterrements dans sa vie. Celui de son grand-père paternel, le vieux Cyrus, avait eu lieu il y a sept ans déjà. Cela avait été une cérémonie longue et ennuyeuse, à laquelle seule la famille, proche et éloignée, était venue, il y avait eut quelques pleurs, bien entendu, mais cela avait été flagrant que le vieillard n’avait pas été très aimé. Et puis il y avait eu l’enterrement de Kylie, deux auparavant. Rien que d’y songer à nouveau, le cœur d’Ashley se serrait. La petite fille était décédée d’un grave problème cardiaque à l’âge de deux ans, les médecins moldus n’avaient rien pu faire, l’opération qu’elle avait subi ayant échoué. Cet enterrement avait été le pire moment de la vie d’Ashley. La mort de sa si petite cousine était une véritable tragédie. Et lui et ses parents ne pouvaient s’empêcher de culpabiliser encore, en songeant à ce que des Médicomages auraient peut-être pu faire. S’ils n’avaient pas été tenus au secret magique, Kylie aurait peut-être pu être sauvée. Peut-être. Ils ne le sauraient jamais.
Mais il avait beau avoir assisté à deux enterrements, ça ne l’aidait pas à savoir ce qu’il devait faire, ce qu’il devait dire aujourd’hui. Simplement parce que c’était différent. Tout d’abord, la mort de Bradley Whitaker n’avait aucun point commun avec celle de Cyrus Reynolds ou de Kylie Chambers. Et surtout parce que cette fois, il n’était pas de la famille. Et malgré toutes les bonnes raisons qui faisaient qu’il était là, malgré son envie, son besoin, d’être là, il avait toujours peur d’être un intrus.
Lorsqu’il se retrouva face à Irving, il n’avait toujours pas trouvé les mots justes, alors il le serra brièvement dans ses bras.

« Je suis désolé pour ton père, bro, ajouta-t-il. Mais…je…On est tous avec toi, mec. Tu peux compter sur chacun d’entre nous. Si…si t’as besoin de quoique ce soit, n’importe quand, à n’importe quelle heure, surtout n’hésite pas. »

Ashley lui adressa un sourire triste et désolé, qui semblait étrange sur son visage d’ordinaire si joyeux, traduisant par là toute la peine et la compassion qu’il avait pour son camarade, puis il rejoignit les autres, laissant les personnes suivantes adresser à leur tour leurs condoléances à Irving. Il osait à peine imaginer l’étendue de son chagrin. Il essayait de se mettre à sa place. Dans quel état serait-il si c’était l’un de ses parents que l’on enterrait aujourd’hui ? Il serait accablé, affligé, effondré. Sans aucun doute. Et désolé, terriblement désolé de ne pas être le fils qu’ils auraient voulu avoir. A cette pensée, il se glaça. Il fallait qu’il parle à ses parents. Qu’ils lui parlent également. La mort du père d’Irving le mettait en face de la triste et effrayante réalité : la mort pouvait surgir et frapper n’importe qui, n’importe quand, sous n’importe quelle forme. Et si demain, en allant rendre visite à la partie moldue de la famille, sa mère se faisait écrasée par une voiture ? Et si son père attrapait un mauvais virus qui le tuait en quelques heures ? Et si un médicomage, lors d’une simple visite de contrôle, leur découvrait une maladie incurable et meurtrière ? La mort pouvait frapper soudainement, sans que l’on s’y attende. Et il ne pouvait pas se permettre de rester en colère contre ses parents. Parce que s’ils venaient à mourir alors qu’il leur en voulait tant, il passerait probablement le restant de ses jours à culpabiliser. Ashley se rendit compte qu’il pleurait. Il avait besoin de ses parents. Quelques soient les circonstances, il avait besoin de les avoir à ses côtés, d’avoir leur soutien et leur approbation. Et il n’avait pas le droit de se plaindre d’eux alors qu’Irving, lui, n’avait plus la chance d’avoir son père auprès de lui. Il plongea les mains dans ses poches à la recherche d’un mouchoir, il en avait toujours dans ses poches, et se maudit lorsqu’il s’aperçu qu’il n’en avait pas emporté. Et il était là, à renifler comme un con parce qu’il avait oublié d’emporter des mouchoirs à un enterrement. Il sourit à travers ses larmes. Même dans des situations pareilles, il arrivait à être stupide et inconscient. Le jeune homme se tourna timidement d’un air gêné vers Jeremy.

« Hé, mec, t’aurais pas un mouchoir ? chuchota-t-il. C’est un costume neuf, et j’ai oublié d’en emporter… »

Il sécha ses larmes du revers de sa manche, mais, ne tenant pas à ressembler à Donald McWilde, il s’abstint de faire de même pour son nez. Il avait passé l’âge.


 SAMEO FOREVER  

Citation :
 @ Daisy Mason : Ashley c'est... Indescriptible


Donald McWildeCinquième annéeavatar
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Donald était debout en face du miroir de la salle-de-bains, torse-nu. Son regard vide était posé sur la peau tendue de ses bourrelets de nourrisson. Au réveillon, quand il avait enlevé son t-shirt, une fille lui avait dit qu'il avait un gros ventre, et lui avait répondu que son ventre était le plus doux de l'univers. Mais le réveillon semblait si loin maintenant. Ses pensées cavalaient sans qu'il s'en rende compte. Il enfila sa chemise au col amidonné, si lisse et si blanche qu'elle ne lui ressemblait pas. Pas plus que sa veste noire, qu'il peina à enfiler : en effet, le costume réservé aux grandes occasions était un peu étroit pour lui. Il avait aussi grandi des pieds, puisqu'il manquait deux pointures à ses souliers vernis, ancien cadeau de tante Odette, mais qu'à cela tienne : on lui avait fortement conseillé d'adopter une tenue appropriée. Pour couronner le tout, le Gryffondor avait pris la sage décision de brosser ses cheveux bruns, ordinairement dressés verticalement sur sa tête. Il entreprit de ranger ses épis en les coiffant avec de l'eau et un peigne, mais celui-ci s'accrocha à un gros nœud et se cassa quand Donald tira pour le dégager. Déposant les débris de l'accessoire sur le rebord du lavabo, il ouvrit un pot de gel bon marché, acheté chez les moldus pendant ses dernières vacances, et s'en tartina les cheveux jusqu'à ce qu'ils soient complètement aplatis sur son crâne. Donald se regarda dans le miroir. Sa mère se serait exclamée que cette coiffure était parfaite pour un enterrement, mais lui trouvait juste qu'il ne ressemblait à rien.

Il n'avait jamais compris l'utilité de se mettre sur son trente-et-un pour ce genre d'évènement. On disait que c'était pour rendre hommage. Pourtant, il n'avait jamais rigolé de ce genre de choses, malgré sa tendance à tout tourner à la dérision. Pour lui, c'était un sujet trop sérieux, qu'il n'abordait jamais – mais les aléas de la vie venaient de le projeter au cœur du deuil et de toutes ces choses qui lui étaient inconnues. Il n'avait jamais assisté à un enterrement ; ni hésité une seule seconde quand il avait su qu'il avait le droit de se rendre à celui du père d'Irving. Bien sûr, il se demandait comment il serait accueilli, si sa présence ne ferait pas un peu tâche dans le décor, mais pour lui, ces détails n'étaient pas importants. Peut-être qu'on le regarderait comme un imposteur. Mais il serait là. Parce qu'Irving était devenu son ami, Donald l'avait compris quand il avait tout de suite mis de côté la possibilité de ne pas se rendre à l'enterrement. Même s'il ne servirait à rien là-bas, c'était pour lui un devoir moral de s'y rendre. Il avait même essayé de composer une chanson, mais s'était finalement résigné : tous les cadeaux du monde ne ramèneraient pas le père d'Irving. Enfin, le troisième année ajouta la touche finale de son accoutrement : une cravate rouge et noire, nouée machinalement – en trois ans, il avait fini par savoir faire les nœuds de cravate, de rigueur dans leur uniforme. Il contempla son curieux reflet d'un air absent. Dans son costume trop serré, ses chaussures trop petites et ses cheveux trop plats, il se dit qu'il ressemblait vraiment à un guignol.

Donald descendit les escaliers comme un automate. Il ne fit pas attention aux autres occupants silencieux de leur salle commune. Il avait l'impression de la découvrir pour la toute première fois. Sous le silence de mort – c'était le cas de le dire – qui planait au dessus d'eux, les fauteuils moelleux, le feu dansant dans l'âtre, les tables encombrées, le panneau d'affichage lui apparaissaient comme s'il ne les avait jamais vus auparavant. Et pourtant, il s'asseyait tous les jours sur les fauteuils – il avait même volé dessus une fois –, il se réchauffait auprès de la cheminée, il étudiait – bâclait ses devoirs – sur les tables, il lisait les petites annonces accrochées régulièrement, mais toujours dans l'agitation et le bruit qui étaient coutumiers aux Gryffondor. Leur lieu de vie si calme semblait irréel. Donald ne pouvait concevoir qu'un drame comme celui-ci puisse avoir eu lieu, venant troubler la plénitude de leur petite vie, à eux élèves engoncés dans des vêtements noirs. Il ne pouvait concevoir que, dès qu'ils sortiraient par le portrait de la Grosse Dame, le bourdonnement chaleureux de leurs camarades reviendrait. Le père d'Irving était mort, mais leur existence suivait son chemin, en laissant quelqu'un au bord de la route, et personne pour l'attendre.

Il était le dernier. Comme quoi, rien n'avait changé : leurs habitudes, leurs cours, leurs potins, leurs bonnes passes et leurs petits chagrins étaient toujours les même, mais au vu de la mort de Mr Whitaker, ils perdaient toute leur importance. Si deux jours auparavant, Donald considérait la cause des Dark Boursouf primordiale, elle était presque invisible dans son esprit embrouillé, désormais. En vérité, il ne comprenait rien à cette situation qui le dépassait. Il ne savait pas comment était mort le père d'Irving, dans quelles circonstances, et même si cette mort était bien réelle. Il ignorait pourquoi ils se rendaient tous à son enterrement ; et même, il ne savait pas pourquoi il s'y rendait. Pourquoi ? Parce qu'il était l'ami d'Irving. Mais il savait bien que sa présence n’allégerait pas la peine du sixième année. Lui-même, si un de ses parents venait à décéder, le choc serait trop dur. Il souhaitait leur mort six fois par jour et pourtant, la douleur serait inimaginable face à ce qu'il perdrait. Alors pourquoi ? Pourquoi était-il là, le plus jeune du groupe, à exécuter machinalement des gestes anodins, à poursuivre cette marche funèbre ? Pourquoi tous, de Juliet à Jeremy, avaient une mine sombre, attristée ou dévastée alors que lui ne savait même pas pourquoi il faisait partie de cette procession ? Pourquoi Danny et Nora, le visage décomposé, arrivaient à pleurer leur ami orphelin de père alors que lui en était bien incapable ? Étaient-ils tous les amis d'Irving puisqu'ils compatissaient à sa douleur, alors que lui ne l'était pas puisqu'il ne la comprenait pas ? Son corps agissait tout seul, alors que son cerveau était déconnecté. Il avait l'impression de marcher pas à pas dans un songe. Il ne put s'empêcher de sourire à Chloé Hellsoft, mais ses yeux étaient perdus.

Le Portoloin les conduisit directement à destination. Donald n'était jamais entré dans la Cité Nimbus. Une belle demeure le narguait, mais la petite chapelle à l'intérieur de laquelle la cérémonie allait se dérouler était bien plus pittoresque. Le petit garçon suivit des camarades et finit par s'éloigner du petit groupe soudé, seul au milieu des connaissances de la famille Whitaker. En effet, ses souliers vernis lui faisaient tellement mal que ses pieds n'allaient pas tarder à exploser. Une grimace de douleur déforma les traits de son visage, juste au moment où une dame qu'il ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam s'approcha de lui, les larmes aux yeux.

« Jeune homme, c'est tellement triste, vous deviez être si proche de Bradley ! » renifla-t-elle en lui posa une main sur la tête, qu'elle retira tout aussi vite à cause du gel poisseux qui salissait désormais sa paume.

Donald s'abstint de répondre qu'il ne savait même pas que le père d'Irving s'appelait Bradley, et dès que la dame fut partie, il se jeta sur ses pieds douloureux pour dénouer ses lacets. N'y tenant plus, il retira carrément ses chaussures, et poussa un soupir de bonheur pur... avant de remarquer qu'il avait, le matin-même, enfilé des chaussettes rouge vif. Peu importe, personne ne faisait attention au petit garçon en train de se soulager les pieds. Un soulier verni dans chaque main et sans aucun gène, il rejoignit ses camarades.

C'est alors qu'il le vit. Irving. Irving et ses yeux brillants, Irving qu'il n'avait pas vu depuis une semaine et qu'il redécouvrait changé. Donald, les yeux écarquillés, observait son ami serrer Nora dans ses bras, et même s'il le savait depuis l'annonce qu'on leur avait faite, il comprenait enfin que Bradley Whitaker était mort. Il était mort, bel et bien mort, et presque enterré. Il ne se réveillerait plus jamais. Il ne serrerait plus sa famille dans ses bras. Il ne rirait plus avec son fils. Il ne serait plus Bradley Whitaker tout court, mais le défunt Bradley Whitaker, et Irving serait le fils du défunt Bradley Whitaker. Et même s'il n'avait jamais connu cet homme, Donald eut soudain si honte qu'il aurait voulu s'enterrer dans la tombe à la place du père d'Irving. Il s'en voulait parce que jusqu'ici, il n'avait compris rien à rien à ce qu'il s'était produit. Il était venu à l'enterrement comme les autres, parce qu'il était l'ami d'Irving, et non l'ami d'Irving dont le père était mort, et ça, s'était impardonnable. Certes il ne pouvait rien faire pour aider Irving, mais il n'avait pas envisagé cette possibilité en se rendant au cimetière – ce qui était impardonnable –, parce qu'il ne considérait pas la mort de Mr Whitaker comme concrète. Il l'avait reléguée aux décès listés dans les journaux, à ces files de noms d'inconnus qui étaient mort mais sans que sa vie fut ébranlée. C'était la vision d'Irving et de ce qu'il vivait en ce moment qui avait ouvert les yeux à Donald – qui lui avait ouvert les yeux sur la Mort. La Mort, ça n'arrivait qu'aux autres, c'était un lointain cauchemar qui ne l'atteignait pas ; il avait eu tout faux.

Au moment où Irving serrait Cassandre Harper dans ses bras, Donald fut pris d'une impulsion toute gryffondoresque. Il n'avait pas connu Bradley, et celui-ci ne l'avait jamais vu. Cependant, Donald se rendait à son enterrement, et il savait enfin que c'était parce qu'il était mort, que c'était le père d'Irving et qu'il était incapable de ne pas y faire attention. Or, n'était-ce pas ridicule de rendre hommage à un presqu'inconnu en n'étant pas soi-même ? Dans son costume trop petit et sa coiffure trop sage, Donald McWilde n'était pas Donald McWilde. Décidé à être véritablement présent à cette cérémonie, et non une pâle copie de lui-même, il noua les lacets de ses belles chaussures autour de son cou pour avoir les mains libres, et plongea celles-ci dans ses cheveux bruns. Aidé du gel pas encore sec, il les dressa sur son crâne, à la manière d'une crête de coq. Tant pis si on le regardait de travers. Ahsley venait de finir ses condoléances quand Donald comprit que c'était son tour. Il devait dire quelque chose à Irving, même quelque chose de stupide. Cependant, quand Ahsley se mit à pleurer, le petit garçon sentit une grosse boule lui monter dans la gorge. Il détestait voir les gens pleurer car ça lui donnait envie d'en faire de même – son frère le traitait souvent de « fillette », tandis que sa mère s'en tenait à « sensible ». Mais il n'était pas question de lui. Il n'avait pas le droit de pleurer alors que tout baignait pour lui. S'il versait des larmes, qu'est-ce qu'Irving pouvait bien ressentir en ce moment ?

Le Gryffondor se retint de craquer. Il devait être courageux. Il devait dire à Irving qu'il était désolé, même si tous les désolés du monde n'y feraient rien, qu'il trouvait la mort de son père injuste, même si Irving le savait mieux que personne, qu'il était avec lui, même si ça ne changeait rien. Au final, tout ce qu'il pourrait dire ne servirait à rien.

« Euh... je voudrais... c'est... Irving... je... euh... c'est-à-dire... je suis... »

Donald ne put aller plus loin. La gorge serrée, il regarda le ciel bleu pour masquer son trouble, et constata que le soleil n'avait même pas eu la décence de les laisser tranquille.
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Samaël ajusta sa cravate et observa son reflet un instant, ce dernier lui renvoyait l'image d'un jeune homme un peu perdu dans son costume. Ce dernier lui donnait un air sombre, tout ce qu'il fallait pour ce genre d'occasion. La dernière fois qu'il avait assisté à un enterrement c'était celui de son père, il y avait huit ans. Le temps avait fait son oeuvre mais la douleur était encore là, le vide qu'il ressentait n'avait pas disparu et ne disparaîtrait certainement jamais. Et à cet instant, c'était sûrement ce que devait ressentir Irving, ce vide, cruel, à l'intérieur de lui.

Sam avait beaucoup hésité avant de se décider à assister à la cérémonie. Il ne connaissait pas du tout les Whitakers, il avait juste "visité" leur maison lors du réveillon et encore, il ne se souvenait pas de tous les détails. Mais il se souvenait parfaitement de la discussion qu'il avait eu avec Irving et Artémis après. Du soutien qu'il lui avait témoigné et c'était à son tour désormais de soutenir Irving alors qu'il en avait besoin.

Il savait pertinemment que dire au jeune homme qu'il était désolé pour lui ne changerait rien. Les condoléances et les regards désolés n'avaient jamais ramenés personne mais parfois, le fait de savoir que les autres étaient là pour nous faisait du bien. C'est donc dans cette optique que Samaël se rendit à l'enterrement de Mr Whitaker. Pour qu'Irving voit des visages amicaux autour de lui.

Le Poufsouffle se recoiffa légèrement et descendit en silence les escaliers de son dortoir pour rejoindre la salle commune tout aussi silencieuse. Il rejoignit ensuite le Hall d'entrée dans lequel attendait le professeur Hellsoft afin que tous les élèves qui le souhaitaient puisse se rendre à la célébration funèbre. Le départ se fit rapidement et toujours dans ce même silence respectueux. Sam eut à peine le temps de se rendre compte qu'ils se trouvaient désormais dans le cimetière de la cité Nimbus.

Il avisa alors les boucles brunes du jeune homme, il remarqua que Nora également l'avait remarqué puisqu'elle se dirigea vers lui et l'enserra dans ses bras. Samaël resta un peu à l'écart, le temps que les personnes les plus proches d'Irving ne lui aient présenté leurs condoléances. Il aperçut alors Donald McWilde se reculer légèrement, le jeune homme en profita pour s'approcher. Il resta un instant silencieux avant de serrer à son tour le Gryffondor dans ses bras.

"J'ai conscience que le fait que je sois désolé ne changera rien. Je veux juste que tu saches que je partage ta tristesse Irving."

Sam se recula légèrement, il ne savait jamais quoi dire dans ce genre de situation. Il voulait juste que le jeune homme sache qu'il était là pour lui et qu'il comprenait ce qu'il ressentait plus qu'il ne le pensait. Les morts ne reviennent jamais et il est toujours difficile de dire au revoir définitivement à ceux qu'on aime. Samaël y avait été contraint deux fois dans son enfance, il espérait à présent, ne plus jamais avoir à revivre ce genre de situation avant très longtemps. Cependant, la mort ne prévient pas, elle arrive et repart comme si de rien était, laissant derrière elle, la tristesse.




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Lawrence Nimbus de Pompadour
Dirigeant de la firme Nimbus

Lawrence claqua la porte du manoir, réajusta son costume, puis tendit le bras à son épouse, Clarissa. Toute de noir vêtue, elle était toujours aussi belle et altière malgré les années. Ils s'étaient habillés sobrement, sachant tous deux que le moindre signe d'opulence pourrait provoquer un tolé parmi l'assistance. La tension montait depuis quelques temps dans la cité, à mesure que les morts dûes à la Consumeuse s'amoncelaient. William ne savait pas pourquoi maintenant. La maladie n'était pas récente, cela faisait des années - bien avant la seconde guerre, qu'elle était connue. Mais c'était probablement cette même guerre qui avait occupé les esprits, puis l'euphorie de la victoire. Et maintenant que celle-ci s'estompait, les gens cherchaient de nouvelles préoccupations. Ils auraient pu parler de la politique pro-moldue du ministère (une hérésie), des terroristes américains (des fous), de la pauvreté et du chômage (un scandale, après tout l'économie était florissante, Nimbus en était le témoin, ils embauchaient presque quotidiennement!). Mais non, il fallait qu'on le pointe, lui, du doigt. A tel point que même son fils se mettait à douter de son comportement!

"Tu es énervé après Jordan" constata Clarissa comme il avançait d'un pas un peu trop rapide à travers leur jardin.

Lawrence haussa les épaules, écartant la question futile d'un geste de la main. Non, il n'en voulait pas à Jordan. Sa réaction l'avait surpris, mais son fils était chez Poufsouffle. Lawrence n'arrivait pas à considérer son fils comme un Poufsouffle. Lui-même venait de Serpentard, et l'intelligence de Jordan le prédestinait pour cette maison ou Serdaigle. Gryffondor, peut-être, aurait-ce été acceptable. Mais Poufsouffle? Il n'y avait que des mollassons qui vivaient dans un monde de papillons roses et de guimauve dégoulinante! Rien qui ne puisse former le futur chef d'entreprise que Jordan était. Le père avait craint que son fils soit du bois des blaireaux, mais il avait été vite rassuré. L'esprit aiguisé et vif de Jordan n'avaient pas faiblis avec les années. Studieux et inventif, il apprenait toujours aussi vite, et Lawrence avait continué à se demander pourquoi diable le Choixpeau l'avait si mal réparti. Il semblait qu'il venait d'obtenir la réponse. Jordan était stupidement droit et honnête. Mais, si sa première réaction avait été la déception, Lawrence s'était vite rassuré: non, lui aussi pensait à cela quand il était jeune. Jordan n'avait que 17 ans, il devait encore mûrir.

"Enervé? Non, bien sûr que non. Il est jeune, il aura le temps de s'endurcir. Il comprendra que j'avais raison dans quelques années."

Clarissa leva un sourcil mais ne répondit pas. Si cela n'avait tenu qu'à elle, elle se serait rangée de l'avis de son fils. Mais Lawrence n'avait jamais appliqué la politique du silence et ne commencerai certainement pas aujourd'hui.

Intérieurement, le dirigeant de Nimbus savait que les arguments de sa progéniture avaient du poids. Les gens le croyaient responsable, et il l'était probablement. Probablement, parce qu'il ne le reconnaîtrait jamais. Quelques années auparavant, il avait été parmi les premiers informés de l'existence de la Consumeuse. A l'époque, on n'avait recensé qu'une dizaine de cas et les médias n'avaient établis aucun lien trop facile, trop évident, avec l'usine. Immédiatement, Lawrence s'était penché sur le problème, convoquant son armée d'avocats et d'experts. Si les premiers avaient été utiles pour préparer une solide défense au cas où quelqu'un ait un jour l'idée folle de l'attaquer, il avait vite remercié les derniers. Il était vite apparu qu'une étude officielle sur le sujet reviendrai à admettre sa culpabilité, ou du moins à conforter les doutes à ce sujet, et à augmenter les attentes de la population. Mieux valait ne rien faire.

De plus, les statistiques révélaient que la maladie, bien que grave, n'était pas toujours mortelle. Sur les vingt pour-cent d'ouvrier qui l'attrapaient, seule cinquante-sept pourcent en mourrait, et Nimbus versait une généreuse pension aux survivants et aux familles des victimes. Les décès semblaient nombreux pour une petite cité comme celle-ci, mais la proportion était, en réalité, faible. Trouver la faille dans le système de fabrication et la corriger serait coûteux et prendrait des années. Il faudrait reconnaître la dangerosité du processus, ce qui ferait fuir les employés qui le pouvaient, et les acheteurs qui ne voudraient pas cautionner de tels actes. Le temps que le problème soit résolu - quatre, cinq ans, plus? - Nimbus aurait perdu une bonne part de marché et surtout, la confiance de ses clients. Elle ne serait pas facile à regagner. Lawrence refusait de voir le travail de sa famille depuis quatre siècles réduit à néant pour quelques ouvriers qui rendaient l'âme.

Bien sûr, il était désolé pour eux, il aurait aimé pouvoir résoudre le problème d'un Accio bien placé, il aurait même carrément préféré qu'il n'existe pas. Mais la Consumeuse existait, et pas qu'à Nimbus! Les rapports faisaient état de cette maladie dans d'autres pays, principalement européen, et mêmes quelques (rares) moldus en étaient atteints. Comment lui, si puissant qu'il soit, pouvait-il lutter contre la Nature elle-même? On lui demandait de dilapider son héritage, de faire chuter l'industrie balayère, de léguer des ruines à son fils unique, pour quelque chose dont il n'était pas responsable.

Ses employés étaient bien ingrats. Depuis trois génération, sa famille s'affairait à faire fonctionner l'économie sorcière et offrait ce qu'il y avait de meilleur à ses employés. Son grand-père avait commencé la construction de la cité Nimbus pour éviter aux travailleurs d'harrassants voyages, le coût du Magicobus ou du Portoloin. Ils disposaient d'un logement dont le loyer défiait toute concurrence, réduit au minimum pour financer de nouvelles constructions et les réparations, la société développait des services et des aides de proximité, ne les expulsait pas lorsqu'ils partaient à la retraite. Et, au lieu de le remercier pour la sécurité qu'il leur apportait, on voulait sa tête. Lawrence refusait. C'était un homme dur qui ne supportait ni l'échec, ni d'être contredit.

Alors, inlassablement, il continuait de s'occuper des habitants de la cité Nimbus. Parce qu'ils n'étaient pas de taille à lutter contre lui. Qu'ils finiraient bien par s'en apercevoir. Et parce qu'il était leur patron et qu'il ne voulait que leur plus grand bien. Un jour, le peuple comprendrait qu'il ne pouvait pas être parfait. Et qu'il ne faisait que l'assumer tout en donnant le meilleur de lui-même. Arrivé au cimetière, Lawrence s'avança donc d'un pas décidé vers Mrs Whitaker, abordant une mine de circonstance.

"Mrs Whitaker" dit-il, adoptant une voix basse et une mine de circonstance. "Toutes mes condoléances pour votre mari. Si cela ne vous dérange pas, j'aimerai dire quelques mots à son sujet après l'oraison funèbre."

Clarissa serra la main de la veuve, puis se tourna pour chercher le fils du regard. Il était entouré d'amis venus de Poudlard et d'après Jordan, il ne valait mieux pas l'approcher. Le moment était mal choisi pour une esclandre. Aussi ne signala-t-elle pas la présence d'Irving à son mari.

[HRP: Irving, tu peux prendre Clarissa et Lawrence en main si tu veux, les faire parler pour l'oraison si Viviane accepte et même présenter leurs condoléances à Irving ]
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Dernière édition par Chloé Hellsoft le Sam 17 Déc 2016 - 11:43, édité 1 fois
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Toute de noir vêtue, Chloé attendait les élèves qui devaient l'accompagner devant la grille. Il était rare de la voir habillée si sobrement, mais l'occasion ne lui laissait pas beaucoup de choix. Elle avait annoncé à Minerva son intention de se rendre aux funérailles de monsieur Whitaker, à titre personnel et non professionnel. L'autorisation lui avait bien évidemment été accordée, mais pour des raisons de logistique, elle devait accompagner les plus jeunes qui n'avaient pas leur permi de transplanage pour le trajet. Songeant qu'elle n'était pas la meilleure personne pour transplaner en ce moment, elle avait tout de même accepté le compromis. Heureusement, d'autres professeurs avaient exprimé leur souhait de se rendre aux funérailles. Et, au vu du nombre d'élèves qui avaient également voulu accompagner Irving dans cette épreuve, c'était une bonne chose.

L'enseignante rajusta les plis de son ample robe, supposée ne pas mettre son état en avant en ce jour de deuil. Les élèves arrivèrent assez rapidement. Il y en avait quasiment de toutes les maisons: Danny Sneals, Nora Weaver, Samantha Miller, Jeremy Baker, Juliet Wilson, Georgiana Wright... Les Gryffondor étaient les plus nombreux, rappelant à Chloé la solidarité légendaire de sa maison. C'était une chose dont ses élèves pouvaient être fiers. Elle se félicita intérieurement qu'Irving soit si bien entouré dans cette épreuve et les salua d'une voix douce.

"Bonjour à tous. Je suis... heureuse que vous ayez été autorisés à accompagner Irving à cette cérémonie. Ce sera très important pour lui."

Elle ne disait que rarement de telles choses à ses élèves, mais en ce jour, elle n'était certainement pas professeur. Cela faisait longtemps qu'à ses yeux, sa relation avec le jeune Whitaker avait dépassé ce stade. Ils s'étaient souvent vu, ces derniers mois, hors des cours. D'abord lors des retenues qu'elle lui avait infligé après sa fugue à Sainte Mangouste, puis lorsqu'il empruntait sa cheminée pour se rendre à l'hôpital. Chaque fois, elle prenait de ses nouvelles, de celles de son père. Il le lui rendait bien, d'ailleurs, et ils en venaient parfois à discuter un peu plus longtemps. Chloé avait développé une affection presque familiale pour le jeune homme et était réellement désolée pour lui. Malgré sa maladresse, Irving était une personne remarquable. Il était franc, gentil, enjoué. Certes un peu dissipé, mais qui ne l'était pas à son âge? Aux yeux de sa directrice de maison, il était fait du bois des bonnes personnes, de celles qui ne méritaient pas qu'on leur inflige de telles épreuves.

"Allons-y."

Elle entraîna ceux qui devaient voyager avec elle, et lorsqu'ils eurent franchi les grilles, tendit son bras pour qu'ils puissent s'y accrocher. La désagréable sensation du transplanage les envahit et, quelques secondes plus tard, ils se matérialisèrent devant le cimetière. Il y avait déjà du monde dans la zone, mais la famille n'était pas encore arrivée. Chloé se tourna vers les jeunes gens qui l'accompagnaient, leur indiquant d'un signe de tête qu'elle les laissait agir comme bon leur semblait, leur faisant confiance pour ne pas perturber la cérémonie.

L'enseignante se dirigea vers la famille Whitaker, et présenta ses condoléances à Viviane et à ses filles. Elle aurait voulu voir Irving, mais le jeune homme n'était pas là. Elle le repéra plus loin, dans les bras de ses amis. Heureuse qu'il les ai trouvé si vite, elle décida d'attendre qu'il ne soit plus en leur compagnie pour aller le voir. Certes, ce jour était spécial, mais ce serait probablement aussi embarassant pour lui qu'elle se comporte comme une mère poule devant le quart de l'école. Retrouvant des gens qu'elle connaissait, elle discuta à voix basse jusqu'à ce que la cérémonie débute.

Cela faisait longtemps que Chloé ne pleurait plus aux enterrements. La guerre avait provoqué tant de morts qu'elle les avait enchaîné. Mais la guerre avait aussi cet avantage que les cérémonies étaient courtes, rapides, étouffées. Etre dehors était dangereux, pleurer une victime des mangemorts en public tout autant. Alors, on ne parlait que cinq minutes, peu de gens venaient, et on se hâtait de mettre le cercueil en terre. Les deuils se faisaient à l'abris des regards, dans l'ombre des maisons. Chloé trouvait cela plus digne, moins douloureux. Elle était quelqu'un de très expressif, mais n'aimait pas pour autant que tout le monde voie ses états d'âme. Elle trouvait presque malsain le regard des autres dans la douleur, et masochiste la longue cérémonie des funérailles en temps de paix. Cela ne faisait qu'éterniser les adieux, à ses yeux, rallonger une souffrance déjà trop grande. Sachant cependant que, pour beaucoup d'autres personnes, c'était une étape bénéfique et nécessaire, elle se contenta d'écouter d'une oreille distraite les diverses oraisons.

Puis, lorsque tout fut terminé, la foule commença à se disperser et elle aperçu Irving, un peu en retrait, qui fixait la tombe d'un air indéfinissable. Saisissant l'occasion, Chloé s'approcha de lui. A mesure qu'elle avançait, elle ne le reconnaissait plus, cet enfant qu'elle avait vu à sainte mangouste en début d'année. Il y avait quelque chose d'étrangement plus dur, cassant, dans son expression. Il lui apparu bien plus grand qu'elle, tout à coup. Mais cela ne la découragea pas pour autant.

"Bonjour Irving" dit-elle de la même voix douce qu'elle employait depuis le matin. "Je ne suis pas là en temps que professeur."

C'était une précision importante à ses yeux. Elle fixa le jeune homme, ne sachant pas quoi dire. Elle n'avait pas envie de lui présenter ses condoléances - trop formelles, trop impersonnelles. Un "comment vas-tu" lui semblait trop hypocrite, et la réponse ne serait que trop difficile à apporter. Aussi, ne sachant comment s'exprimer par des mots, elle se contenta de suivre son impulsion et le serra dans ses bras durant de longues secondes. Il avait beau être plus grand, il n'était pas encore un adulte et Chloé tentait de lui communiquer un peu de sa force dans cette étreinte.


Les messages postés avant le 17/12/16 par ce compte l'ont été sous le nom et par la joueuse de Chloé Hellsoft.
Irving WhitakerAubergisteavatar
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Irving aurait voulu rester dans les bras de Nora jusqu’à la fin de la journée. Respirer l’odeur de ses cheveux et ne plus bouger. Ce n’était que maintenant qu’il se rendait compte combien elle lui avait manqué pendant cette semaine. Combien il avait besoin d’elle. De son rire, de ses silences aussi et de sa force cachée sous son apparente fragilité. En l’espace d’un an, elle était devenue un pilier dans sa vie, aussi important à ses yeux que sa propre famille. Ils avaient partagés bons nombre de fou-rires, fait quelques bêtises, traversés des épreuves difficiles…et aujourd’hui , elle était tout de même présente pour le soutenir.

"Je serai toujours là … » souffla-t-elle avant de relâcher son étreinte.

Les quelques mots de son amie lui nouèrent instantanément la gorge. Il savait que ce n’était pas des paroles en l’air. Nora était sincère lorsqu’elle disait cela. Elle était toujours sincère. Faute de pouvoir renouveler le moindre remerciement, il déposa un baiser sur la tempe de la Poufsouffle en guise de réponse puis il se tourna vers les autres élèves qui avaient fait le déplacement. Merlin seul sait qu’ils étaient nombreux et étrangement élégants. Certains arboraient des mines graves, d’autres semblaient désolés pour lui et certains paraissaient même gênés d’être là. Irving pouvait aisément comprendre ce qu’ils ressentaient. S’il avait été à leur place, il aurait surement appréhendé ce moment pénible des condoléances. Tout simplement parce qu’il n’y avait rien à dire. Dans cette épreuve, Irving prenait conscience des limites du langage. Face à une douleur aussi intense, on ne trouvait du réconfort que dans le contact humain, que ce soit une simple pression d’épaule ou un long câlin. D’ailleurs, ce fut Jeremy qui osa faire le premier pas en lui donnant une puissante accolade après l’avoir complimenté sur sa tenue. Irving adressa un sourire reconnaissant au Capitaine qui cherchait visiblement à rendre l’atmosphère moins pesante et ce n’était pas pour déplaire au Gryffondor. Bien sûr, il était accablé mais la présence de tous ses amis lui faisait aussi énormément de bien. Il se sentait tellement reconnaissant envers eux qu’il n’avait pas envie qu’ils soient tristes à cause de lui. Il voulait montrer qu’il tenait le coup et qu’il était toujours le même, prompt à rire et à plaisanter, même dans de pareilles circonstances. Cassandre sembla comprendre son intention puisqu’elle le charria gentiment sur sa tignasse bouclée, toujours aussi indisciplinée en débit de ses efforts. Malgré son air enjoué, Irving perçut tout de même quelques trémolos dans la voix de la jeune fille qui trahissaient une émotion sincère. Elle était la seule à avoir eut un petit aperçu de ce qu’il avait pu endurer durant les trois jours d’agonie de Bradley. Faisant fi de la distance que sa camarade se plaisait à instaurer avec tout le monde, Irving s’approcha d’elle pour la serrer momentanément dans ses bras. La jeune fille ne se déroba pas mais lorsqu’il la relâcha, elle s’éloigna de lui visiblement troublée, en riant nerveusement.

- Des progrès depuis le baiser baveux absolument infect de Noël. Finit-elle par souffler.

Le Gryffondor laissa échapper un éclat de rire, acceptant cette remarque avec amusement puisqu’ elle était surtout emblématique de la pudeur touchante de sa jeune camarade. Preuve qu’il ne s’était pas trompé sur les sentiments qu’éprouvait Cassie, elle lui présenta ensuite ses condoléances les plus sincères en lui glissant un morceau de parchemin dans la main avant de s’éloigner. Irving voulu la retenir, le temps de déchiffrer son petit mot, mais Jane Mason s’interposa entre lui et Cassandre qui filait déjà en courant presque. Le Gryffondor déposa le message au fond de sa poche afin de le lire plus tard et reporta son attention sur Jane, qui était surement la dernière personne qu’il s’attendait à voir aujourd’hui. La préfète des Poufsouffle s’excusa alors pour toutes les méchancetés qu’elle avait dites sur lui, ce qui poussa le Gryffondor à se demander si elle l’avait insulté d’autre chose que du légendaire « Pervers » de la Laponie. Néanmoins, il chassa bien vite ce questionnement de son esprit puisque Jane lui proposa de faire ses devoirs le temps qu’il se remette. Irving darda un regard en direction de Daisy Mason qui était un peu plus loin et qui ne semblait pas prêter attention à leur conversation avant d’articuler un « C’est sympa d’ta part… », Faute de mieux. Bon, il aurait pu refuser, mais une petite voix lui soufflait de prendre le temps de réfléchir à tête reposée à cette proposition.
Samantha Miller s’avança ensuite vers lui sans parvenir à retenir ses larmes. Réellement désolé devant son bouleversement, le Gryffondor se trouva presque dans la situation inverse à vouloir réconforter son amie de la Cité qui s’isola finalement après s’être prit le bec avec Jeremy.
Alors qu’il observait de loin Samantha qui venait de se blottir contre Henry, Irving sentit une main se refermer sur son épaule. Il tourna la tête pour découvrir l’expression grave de Juliet et, sans échanger le moindre mot, ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre. Son amie le berça doucement comme on console un enfant et Irving s’abandonna à cette étreinte presque maternelle. Après tout, s’était un peu sa grande sœur à Poudlard. Celle qui lui donnait toujours de bons conseils et qui était là pour lui, même quant Ana Sorden cherchait à les diviser. Après avoir profité longuement de ce moment hors du temps, Irving salua ensuite Steven Harrisson, un jeune Poufsouffle dont la mère travaillait à St-Mangouste, avant de se tourner vers Ashley Reynolds. Même le bout en train de Gryffondor avait fait le déplacement ! Ils ne se connaissaient pas spécialement mais ils avaient quelques souvenirs communs assez mémorables, comme le dernier réveillon ou encore l’A/V des Gryffondor où Ashley avait finit complètement à poil dans les couloirs de l’école. Pourtant aujourd’hui, l’éternel rigolo semblait étrangement gêné et mal à l’aise. Peut-être ne se sentait-il pas à sa place? Soucieux de dissiper les éventuels doutes de son camarade de maison, Irving lui souffla :

« J’uis content qu’tu sois là Ash … avant de lui murmurer, en plus t’es venu habillé… »

Le Gryffondor ricana quelques secondes à sa propre blague tout en serrant la main du cinquième année un peu plus longtemps que nécessaire. Néanmoins, son sourire s’effaça instantanément lorsqu’il découvrit l’expression indéchiffrable sur le visage de Samaël Smith. De prime abord, l’armoire à glace de l’équipe de Poufsouffle et le guitariste des Dark Boursouf n’avaient rien en commun, et pourtant le Gryffondor savait, qu’aujourd’hui, un lien invisible les reliait. En effet, Sam’ avait déjà vécu une expérience similaire puisque tout Poudlard savait qu’il était orphelin. Irving ne connaissait pas les conditions exactes des décès, il se doutait juste que l’expérience avait dû être particulièrement traumatisante pour le batteur. Il se trouvait déjà trop jeune pour faire le deuil de son père, alors il osait à peine imaginer les épreuves que son camarade avait dû endurer dans sa prime jeunesse et combien cela devait être difficile de venir le soutenir aujourd’hui. Il remercia donc chaleureusement le Poufsouffle de sa présence avant de balayer la foule du regard à la recherche des personnes qu’il n’avait pas encore salué. Avisant alors une crête de coq, Irving rejoignit le dernier membre des Dark Boursouf dont les cheveux étaient irrévérencieusement dressés sur sa tête. Loin de s’offusquer, le Gryffondor esquissa même un petit sourire devant les pieds à l’air de son camarade. Il ne voulait pas que ses amis se travestissent pour cet ultime hommage. Donald aurait pu venir vêtu de son pyjama canard rose vif ,taché de chocolat, ça ne l’aurait pas dérangé. Néanmoins, il souligna tout de même l’effort du jeune batteur qui avait visiblement voulu faire comme les autres. Le gamin tenta même de balbutier des condoléances mais ses mots restèrent coincés dans sa gorge.

« C’est bon vieux,
souffla Irving pour abréger le calvaire du philosophe, je sais. » ajouta-t-il, la gorge nouée en lui pressant l’épaule doucement.

Il se tourna alors vers Georgiana, Killian, Danny et les autres élèves qui étaient encore autour de lui et leurs adressa un sourire collégial. Les mots ne parvenaient pas à rendre compte de l’étendue de sa gratitude, alors il préféra se taire. Il espérait cependant que ses camarades avaient compris combien il leur était reconnaissant d’être présents. Juste là, à ses côtés. Le deuil d’un être cher était quelque chose de réellement traumatisant, qui avait toutefois un seul mérite : Celui de replacer les choses à leur juste place. L’école, les devoirs, le boulot, les considérations bassement matérielles, tout cela semblaient bien futiles aux yeux du Gryffondor qui prenait aujourd’hui pleinement conscience de la chance qu’il avait dans son malheur : Celle d’être entouré par une famille aimante et, surtout, des amis formidables.

Au moment où il faisait ce constat, une voix interpela le Gryffondor dans la foule. Vivianne Whitaker déboucha de derrière les larges épaules de Samaël et observa le petit cercle d’élèves qui s’était formé autour de son fils.

« C’est gentil à vous d’être venu, déclara-t-elle avec un sourire sincère, Et, merci Nora pour ton petit mot. » souffla-t-elle en s’arrêtant sur la Poufsouffle avant de se tourner vers son fils : Irving, Demzela est venu avec Jared et Josef. Ils sont de l’autre côté. Il y a aussi Monsieur De Pompadour et sa femme. Je pense que tu devrais aller les saluer. »

Irving regarda dans la direction que lui indiquait sa mère et découvrit Lawrence Nimbus en grande conversation avec le Docteur Palabost. A vrai dire, il n’avait pas vraiment envie d’aller saluer le dirigeant de la firme, surtout après l’incident des serres avec Jordan, mais il ne voulait pas non plus s’opposer à sa mère en cette journée si difficile pour elle.

« J’vous vois plus tard les gars. » souffla le Gryffondor à l’intention de ses amis avant de suivre sa mère dans la foule. Il s’arrêta pour saluer plusieurs personnes qu’il ne connaissait pas, écouta les condoléances d’Elisabeth et Cornélius Harper et rejoignit finalement Lawrence et Clarissa Nimbus qui se tenaient côte à côte. Irving ne savait pas trop comment réagir à leur égard. Chez les Whitaker on avait toujours profondément respecté les dirigeants de l’Usine. Les ouvriers de Nimbus bénéficiaient d’avantages non négligeables qui avaient toujours été souligné lors des repas de famille : L’assurance d’avoir un foyer au loyer très modéré, une couverture sociale plus qu’ intéressante, l’école primaire et la crèche pour les enfants de la Cité, un tissu associatif dynamique entièrement financée par les bonnes œuvres de Clarissa,… Bref des patrons exemplaires. Cependant, Irving ne pouvait pas s’empêcher d’être mal à l’aise en leur présence. Comme toute la Cité, il avait entendu parler des soupçons de liens entre la Consumeuse et les potions utilisées par la firme. De plus, le Gryffondor n’oubliait pas que lorsqu’il avait appris que Bradley était en train de mourir, c’était Jordan, leur fils, qui s’était matérialisé devant lui. Comme un présage. Un oiseau de mauvais augure.

"Toutes mes condoléances pour votre père. »
lâcha Lawrence en lui serrant la main.

Incapable de savoir ce qu’il ressentait réellement à l’égard de cet homme si puissant, Irving chercha quelque chose d’ intelligent à répondre. Mais que pouvait-il dire ? « Merci »? Assurément non. Il se contenta donc d’un hochement de tête et resta muet jusqu’à ce que les murmures de la foule se dissipent subitement : Le cercueil volant arrivait sur le parvis, escorté par les deux gendres d’Irving. Les gens s’écartèrent devant la boite sculptée de vivets dorés qui lévita lentement au milieu des sorciers silencieux. Étonnamment serein, Irving la suivie des yeux avant de reporter son attention sur sa mère qui lui faisait face de l’autre côté de la haie d’honneur improvisée. Vivianne était droite, fière, incroyablement digne, mais le Gryffondor percevait l’étendue de son désespoir dans son regard. Aussi dès que le cercueil fut passé, il traversa la distance qui les séparait pour l’entourer d’un bras protecteur. Elle n’avait plus que lui maintenant. Même si Irving savait qu’elle pouvait compter sur le soutien de ses belles-filles, issues du premier mariage de Bradley, le gryffondor était son seul véritable enfant, et il avait à cœur de ne pas abandonner sa mère dans cette épreuve. Il s’appliqua donc à être présent pour elle tout le reste de la cérémonie. La famille Whitaker s’installa sur le premier banc de la chapelle, les uns pressés contre les autres, afin de ne laisser personne de côté. Epaules contre épaules, ils écoutèrent les différentes oraisons. Si Irving fut particulièrement sensible au texte lut par M. Crowler un collègue de son père, l’hommage de M. Nimbus de Pompadour le laissa de marbre. Il se laissa même distraire momentanément par Gillian, sa nièce installée à sa gauche, qui reniflait de manière fort disgracieuse toutes les cinq secondes. La fillette était habituellement toujours souriante mais aujourd’hui elle semblait inconsolable, malgré la présence de son crapaud fétiche posé sur ses genoux. Irving lui tendit un mouchoir et elle s’empressa de se moucher bruyamment dans l’étoffe, ce qui arracha un imperceptible ricanement au Gryffondor. Les bien-pensants pouvaient parfaitement s’offusquer de leur manque de savoir-vivre, mais Irving s’en fichait éperdument. Il savait que si Bradley avait été là, il aurait aimé les voir sourire, plaisanter, être eux-mêmes. Il n’y avait que cela qui comptait aujourd’hui.

La cérémonie se termina rapidement et le cortège funèbre rejoignit la dernière demeure de Bradley en silence. L’officiant s’occupa de la mise en terre et le parterre de sorciers et sorcières lui adressèrent un ultime au revoir en jetant une fleure d’asphodèle sur son cercueil. Rapidement, les enfants se désintéressèrent du rituel et commencèrent à jouer au Loup, courant entre les tombes du cimetière. Alors seulement, les conversations se firent plus bruyantes et on entendit même certains adultes rirent en évoquant de vieux souvenirs où Bradley était présent. Irving salua longuement ses amis qui s’apprêtaient à rentrer à Poudlard avant de se greffer sur un groupe d’anciens Poufsouffle d’un soixantaine d’années. Il écouta les histoires des camarades de dortoirs de son père avec un étrange sourire aux lèvres. Merlin, avait-il réellement été aussi turbulent adolescent ?
Forcé de constater qu’il ne le saurait jamais. Légèrement mélancolique face à ce constat, Irving s’excusa et s’isola momentanément. Le graveur venait tout juste de terminer l’inscription sur la tombe lorsque Gryffondor se présenta devant la sépulture.




« Bradley Allan Whitaker,
12-07-1942 01-03-2007 »


Alors qu’il fixait les lettres fraichement taillées, il ne perçut la présence de Chloé que lorsqu’elle le salua.

« Oh…Bonjour professeur » souffla-t-il en se tournant légèrement vers elle.

"Je ne suis pas là en temps que professeur."
S’empressa-t-elle d’ajouter.

Alors qu’elle disait ces mots, Irving se rendit compte qu’il le savait déjà. Sa vision de Chloé Hellsoft avait complètement changée suite à sa fugue en novembre dernier. Elle était passée de l’enseignante sévère à la femme compréhensive et disponible qui lui avait permis d’accompagner Bradley jusque dans son dernier souffle. Et cela, ça n’avait pas de prix. Il avait profité intensément de chaque minute auprès de son père durant ces derniers mois et il n’oubliait pas que c’était à elle qu’il le devait. Il lui adressa donc un sourire triste avant d’hausser les épaules avec fatalité. Il s’apprêtait d’ailleurs à la remercier pour son soutien lorsqu’elle l’attrapa subitement pour le serrer dans ses bras. Sur le coup de la surprise, le Gryffondor se raidit légèrement avant de se détendre. Elle avait beau être une femme forte qui imposait le respect d’un regard, elle semblait aussi démunie que lui devant la pauvreté du langage. Dans cette étreinte, elle lui faisait passer un message plus puissant que n’importe quel mot de condoléances. Aussi, il referma à son tour un bras sur les épaules de son enseignante. Ce geste témoignait de ce qu’il ressentait réellement, et le « Merci madame… » qu’il balbutia en s’éloignant d’elle lui parut bien fade en comparaison.

Un peu troublé face au silence qui risquait de s’installer, Irving laissa échapper un léger ricanement en passant nerveusement sa main dans ses cheveux. Son regard se posa alors sur le ventre rebondi de Chloé le ramenant immédiatement cinq mois plus tôt lorsqu’il avait appris sa grossesse dans la cafétéria de St-Mangouste. A ce moment là, il avait pensé qu’une vie humaine était en préparation juste devant lui, alors que, durant toute l’après midi, il avait eut l’impression de voir une autre vie se terminer. Aujourd’hui, cette sombre prémonition se vérifiait. Dardant un regard en coin à la tombe de son père, Irving finit par détourner les yeux et reporter son attention sur son enseignante. Désignant son ventre d’un mouvement du menton, il s’efforça d’avoir l’air enjoué en lançant :

« C’est pour bientôt hein… »

Son sourire forcé se figea légèrement en repensant à l’amusante conversation qu’il avait eue avec sa nièce Penny dans la salle de bain le matin même. Au même moment, Cairàn passa en courant à côté de lui (en poussant un hurlement strident) poursuivit par Gillian qui imitait visiblement un terrifiant inféri. Malgré cette tragédie, la vie continuait, et les enfants se chargeaient de le lui rappeler. Contre toute attente, le sourire du Gryffondor finit par s’élargir et il ajouta à l’intention de sa professeur:

« Vous avez d'la chance. »



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Dernière édition par Chloé Hellsoft le Sam 17 Déc 2016 - 11:43, édité 1 fois
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"Oh, oublie le madame" grimaça Chloé lorsqu'Irving la remercia faiblement. "Chloé sera très bien. Du moins, en dehors de l'école."

Elle vit ensuite le regard du jeune homme aller et venir entre la tombe et son ventre, et son regard s'assombrit. C'était exactement ce qu'elle avait voulu éviter. Venant de n'importe qui d'autre, cette réaction l'aurait énervée, mais elle ne pouvait pas en vouloir à Irving. Pas aujourd'hui. Elle était seulement attristée qu'il fasse la comparaison. Elle n'avait pas choisi les dates. Mais lui non plus. Elle espérait juste ne pas être un rappel trop cruel du grand cycle de la vie.

"Oui, j'ai hâte." répondit-elle en se tapotant le ventre, comme si elle n'avait pas remarqué son manège. Elle ne serait pas celle qui l'engloutirait sous les condoléances. Il en avait probablement reçu bien assez aujourd'hui. "Je n'en peux plus de ressembler à une barrique pleine d'eau." Phrase bateau et typique des femmes près de la délivrance, mais ô combien véridique. Chloé n'en pouvait plus de se traîner. Elle voulait retrouver sa liberté de mouvement et le confort du sommeil. Quoique la naissance n'arrangerait rien à ce dernier problème. Elle songea furtivement à faire chambre à part avec Peter et à lui fourguer le bébé durant les nuits, mais chassa cette idée peu charitable de son esprit.

Irving lui dit ensuite qu'elle avait de la chance. Il n'avait pas tort. Les choses allaient en s'améliorant avec Peter depuis leur conversation. Tout n'était pas réglé, il leur faudrait du temps pour reconstruire leur relation - si c'était possible, mais c'était un progrès et cela la rendait plus optimiste. Quelque soit l'avenir de leur couple, leur enfant connaîtrait son père. Il serait prêt de lui, ou d'elle, et l'aimerait. Mais, malgré tout cela, Chloé ne savait pas quoi répondre à l'affirmation du jeune homme. Elle haussa un sourcil et choisi encore une fois l'humour comme échappatoire.

"Oh oui, j'ai de la chance." Elle le pensait, elle était heureuse. "Je vais passer les prochains mois à gazouiller comme un bébé, j'espère qu'on me respectera encore un peu après ça."

Après lui avoir fait un clin d'oeil, elle se tourna un peu et remarqua les élèves qui se rassemblaient autour de Daisy. Ils allaient bientôt rentrer. Les jeunes étaient nombreux à s'être déplacés et Chloé avait remarqué combien cela avait touché Irving. Elle l'avait vu rire avec Jeremy Baker, et même faire un calin à Cassandre Harper - Cassandre Harper. Et encore là, face à elle, il n'avait pas l'air triste, au contraire. Il semblait serein, tranquille, apaisé.

Chloé se demandait comment c'était possible. Peut-être était-il soulagé que les souffrances de son père aient pris fin? Elle avait entendu dire que les familles de grands malades trouvaient que la mort était une délivrance. Ils avaient beaucoup - trop - de temps pour faire leurs adieux, pour se préparer à la perte, et la lente agonie de leur proche n'était qu'une souffrance pénible et inutile. Peut-être, alors, qu'Irving était réellement soulagé, et assez fort pour affronter cela. Chloé l'espérait. Elle redoutait qu'il n'ait juste pas encore réalisé et que le réveil soit dur, et le détruise.
Pourtant, elle avait senti sa faiblesse, lors de leur étreinte. Cette faiblesse invisible, qu'il cachait et ne montrait pas. Sa maîtrise ne surprenait pas la jeune femme. Elle l'avait vu évoluer, ces derniers mois. Il était passé d'un jeune insoucient et maladroit à cet adulte responsable qu'elle avait en face d'elle. Elle n'aimait pas ce changement. Il semblait être devenu plus dur, prendre sur lui pour porter cette histoire à bout de bras. Elle aurait voulu lui dire que oui, ses proches auraient besoin de soutien, mais qu'ils le lui en offriraient aussi. Qu'il existait d'autres personnes qui n'auraient pas besoin de son aide, mais seraient prêts à offrir la leur, et qu'il n'avait pas à être fort devant tout le monde, pour tout le monde. Qu'il n'avait que 16 ans et qu'il ne devait pas laisser mourir ses derniers instants d'enfance aujourd'hui. Mais elle ne savait comment exprimer cela.

"Bon, eh bien, il va être l'heure de ramener toute cette petite troupe à l'école."

Chloé serra doucement le bras d'Irving en guise de aurevoir. Elle parlerait à Mrs Whitaker à propos d'aménagement d'emploi du temps. Ce serait cruel d'arracher le jeune homme à sa famille juste parce qu'il n'y avait plus de malade à aller voir. Il aurait besoin d'eux, et eux de lui, pour faire leur deuil. Mais elle ne voulu pas ternir leur conservation avec ces préocupations techniques. Elle se détourna, hésita un instant, puis finit par lui dire franchement:

"Irving... tu as l'air de bien t'en sortir. J'espère que tu s'en sors réellement. Si jamais tu as besoin... tu sais où se trouve l'aile des professeurs."

Et, avec un dernier sourire, elle se détourna pour retourner à ses obligations.


Les messages postés avant le 17/12/16 par ce compte l'ont été sous le nom et par la joueuse de Chloé Hellsoft.
Irving WhitakerAubergisteavatar
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Alors qu’Irving soulignait combien Chloé avait de la chance d’être enceinte cette dernière répondit avec humour qu’elle risquait surtout de perdre toute sa crédibilité en se mettant à gazouiller comme un bébé. Le gryffondor tenta d’imaginer sa directrice de maison en train de dire « Arheu » au dessus d’un berceau et cette vision lui arracha un ricanement. Effectivement, c’était plutôt amusant. Le sourire du jeune homme se figea néanmoins lorsqu’il se rendit compte qu’il ne verrait donc pas Chloé pendant plusieurs mois. En effet, elle allait surement remettre les clefs de la maison Gryffondor à quelqu’un d’autre afin de pouvoir s’occuper pleinement de son enfant. Il ne pouvait pas la blâmer pour cela, mais il devait avouer qu’il s’était un peu attaché à elle durant ses derniers mois, même s’il ne l’avait dit à personne de peur qu’on le prenne pour un « fayot ». Ils savaient d’hors et déjà que leurs conversations lui manqueraient et que le retour à la normale serait difficile. Mais c’était ainsi. Il allait devoir reprendre son petit traintrain habituel. Retrouver des préoccupations d’adolescent et reprendre sa vie, là où il l’avait laissé…Mais en était-il vraiment capable ? Il ne savait pas lui-même ce qu’il était apte à faire ou à endurer. Depuis quelques semaines, il ne se reconnaissait plus. Il savait qu’il aurait du être effondré mais une force insoupçonnée le maintenait debout. C’était tellement bizarre. Faisant écho à ses pensées, Chloé déclara qu’il avait l’air de bien s’en sortir et qu’elle espérait qu’il ne simulait pas. Le jeune homme secoua la tête de gauche à droite. Non, il ne faisait pas semblant mais il ne le faisait pas sciemment non plus. C’était comme ça. Un point c’est tout. Comme s’il était programmé pour réagir de la sorte.

" Si jamais tu as besoin... tu sais où se trouve l'aile des professeurs."« Oui, je sais, souffla-t-il en sachant pertinemment qu’il n’irait jamais déranger son enseignante dans ses appartements privés. Tout comme il ne l’appellerait jamais « Chloé. ». Il avait déjà bien abusé de sa disponibilité et il ne voulait pas s’imposer auprès d’elle. Pas de traitement de faveur. Il allait s’en sortir, tout seul, ou du moins, avec l’aide de ses amis. Il savait qu’il pouvait compter sur son enseignante mais il n’avait pas le droit de l’accaparer durant cette période. Elle devait être là pour sa famille, à elle. Pour le bébé, pour Maeva, pas pour lui. Il ne pouvait pas la monopoliser alors qu’elle se devait d’être présente pour ses enfants.

Répondant toutefois à son sourire, il la regarda s’éloigner et rejoindre le groupe d’élèves de Poudlard qui attendait plus ou moins sagement dans un coin du cimetière. Alors que les professeurs organisaient le retour, le Gryffondor balaya tous ses amis du regard, un par un. Même si certains avaient encore des visages marqués et attristés, d’autres discutaient et semblaient même plaisanter. Irving se mit à sourire bêtement en regardant les binômes s’organiser pour le transplanage d’escorte dans un joyeux brouhaha. A vrai dire, il aurait bien aimé rentrer avec eux à Poudlard, même s’il savait qu’aujourd’hui, sa place était ici. Alors que les élèves s’apprêtaient à disparaitre, Irving siffla pour attirer leur attention et leur adressa un coucou de la main accompagné d’un sourire en guise d’au revoir. Ce n’était pas vraiment conventionnel de se conduire de la sorte juste devant la tombe de son père fraichement enterré, mais une fois encore, Irving ne s’attachait pas aux bonnes convenances. Certains camarades répondirent à son signe, d’autres à son sourire et la délégation Poudlardienne transplana finalement, laissant l’endroit étrangement vide et silencieux, la famille Whitaker étant retournée devant la chapelle pour régler les dernières formalités avant le grand déjeuné qui s’annonçait. Irving savait que ce serait l’occasion de bavarder avec des connaissances à son père et qu’il pourrait même passer un peu de temps avec Jared et Josef qui étaient revenus spécialement de France pour lui. Mais pour le moment, il avait envie de passer encore quelques minutes, seul, devant la tombe de son père.

Esquissant quelques pas pour venir se placer devant la sépulture, Irving arrangea rapidement les plantes sur la tombe avant de se reculer pour l’observer d’un œil critique. Elle était jolie avec toutes ces fleurs. Bradley devait surement apprécié de là où il était…

« Y avait du monde hein… » souffla-alors le gryffondor d’une voix éraillée faisait référence au nombre important de personne qui s’étaient déplacées pour cet ultime hommage.

Se rapprochant légèrement, Irving essuya son nez d’un revers de la main avant de poursuivre :

« J’arrive pas à croire que tu ais ensorcelé tous les sièges de la salle commune de Poufsouffle pour qu’ils mordent les fesses des gens ! »
s’exclama-t-il entre rires et larmes.

Le Gryffondor allait surement apprendre encore de nombreuses anecdotes aujourd’hui mais il aurait tellement aimé les entendre de la bouche de Bradley. Il aurait voulu avoir cette conversation avec lui. Avoir l’opportunité de lui raconter les bêtises qu’il avait faites lui aussi. C’était peut-être des futilités mais ces histoires avaient de l’importance à ses yeux.

« Un jour avec Nora, on a inondé les cachots et la salle commune des Serpentard. Personne a su que c’était nous. » expliqua-t-il en regardant le parterre fleuri.

« On a marché sur le lac gelé aussi et on est passé à travers la glace, c’est Georgiana qui est venu nous sortir de là avec son balai ! » ajouta-t-il en esquissant un sourire nostalgique.

Raclant les graviers de l’allée du pied, il fit une petite pause avant d’ajouter :

« On est même allé dans la forêt interdite de nuit …et j’l’ai presque embrassé tu sais… »
Précisa-t-il en relevant les yeux vers l’inscription.

Irving resta silencieux quelques secondes retenant son souffle. Qu’attendait-il ? Qu’on lui réponde ? Qu’on le conseille ? Merlin, voila qu’il se mettait à parler à une pierre tombale, songea-t-il en passant une main fébrile dans ses cheveux. Il devenait complètement fou. Tout était fini. Bradley ne serait plus jamais là pour lui. Jamais. Son père ne serait plus là pour l’épauler. Certes, c’était effrayant, mais ce n’était pas une raison pour sombrer dans une forme de mysticisme et d’attendre bêtement des signes qui ne viendraient jamais… Le Gryffondor secoua la tête devant sa propre naïveté et riva finalement ses mains au fond de ses poches. C’est alors qu’il le sentit. Le petit bout de papier que Cassandre lui avait donné un peu plus tôt dans la matinée. Lentement, Irving sortit le parchemin et le déplia afin de lire ce qui était écrit dessus. Riddikulus. Le regard du jeune homme passa du petit mot à la pierre tombale. Riddikulus. Oui, Irving avait peur de ce que l’avenir lui réservait mais… Riddikulus… Il allait y arriver.

Un léger sourire se dessina sur les lèvres du jeune homme tandis qu’il observait la tombe d’un œil nouveau.

« J’y vais p’pa, souffla-t-il en s’éloignant à reculons… J’reviens demain. » Ajouta-t-il, en arborant cette fois un large sourire.


*Riddikulus*

[RP Terminé]



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