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 Mondanités [La jeunesse dorée :face:]

Cassandre HarperSeptième annéeavatar
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Samedi 24 Mars, 18 heures 40, Cité Nimbus.


- S'ils osent nous faire la moindre remarque, je te jure Cornélius que...
- Ils n'oseront rien, Lizzie, et tu le sais très bien. Pas devant nous, pour le moins. Je pense qu'ils ont trop peur d'Helen. Des personnes censées !
- Tante Helen est quelqu'un d'adorable ! s'offusqua Elizabeth, les sourcils froncés.
- J'aurai plutôt dit redoutable, mais soit.

Et Cassandre aurait plutôt été d'accord avec son père. Évidemment, sa mère n'était pas objective, elle avait toujours été la préférée de sa tante Helen. Sa sœur Amelia avait toujours été trop indépendante - rendez-vous compte, elle avait mené une carrière - et son frère Edgar trop dissipé, il n'aurait pas dû s'impliquer dans ces conflits. Tandis qu'Elizabeth était une parfaite petite Sang-Pur bien éduquée qui avait su trouver un très bon parti. La grande-tante Helen avait des valeurs tellement modernes. Soupirant, Cassandre referma sa boucle d'oreille en descendant les dernières marches de l'escalier qui menait au salon. Elle avait passé une bonne heure à essayer et réessayer toutes ses robes avant de choisir ce qu'elle porterait aujourd'hui. Une rouge claire, achetée en France, un choix assez Gryffondorien quand on y pensait. Elle s'était maquillé un peu - déjà trop aux yeux de son père - mais sa mère avait affirmé qu'elle était ravissante. Il faut dire que l'enjeu était de taille : la réception de printemps des Harris était l'évènement mondain à ne pas rater ces mois-ci. Malgré les années, elle restait toujours aussi populaire et tout le gratin sorcier s'y trouvait. Les invitations arrivaient le 14 Février, chaque année depuis soixante-sept ans. C'était une Institution. Elle avait toujours adoré cette réception, des heures passées à écouter les conversations des grands et à regarder toute cette richesse autour d'elle. Cette année, c'était différent. D'abord parce que son père avait été destitué cet été et que ce serait la première fois qu'ils feraient de nouveau face à la bonne société dans sa presque intégralité. A leurs remarques, leurs regards en coin, leur jugement. Évidemment, ils avaient été invités, ils étaient de la famille des Harris mais cela ne serait pas une épreuve très facile. Et puis cette année, ce serait encore plus particulier. Parce que Swann serait là. Et cela attirerait sûrement plus les regards que le déchu Cornélius Harper.

Elle avait hâte d'être à cette soirée, ne serait-ce que pour savoir ce que Swann pensait de toute cette affaire. Cassie avait appris la nouvelle il y a quelques temps, quand Edmund les avait convoqués elle et Jordan dans son bureau pour leur en parler. Et elle avait respecté ses consignes de se taire et de ne pas aller lui parler directement pour ne pas donner de grain à moudre à Radio Poudlard. Même si, sans qu'elle sache d'où cela venait, des rumeurs couraient déjà. Mais ce soir, elle aurait une occasion unique pour parler à sa toute nouvelle cousine. Ce n'était pas tant le fait de découvrir un membre de sa famille qui l'étonnait tant - les familles de Sang-Pur étant toutes liées, elle pouvait se trouver un lien avec n'importe quel Sang-Pur anglais - mais surtout de savoir qu'Edmund avait eu un enfant. Ce qui signifiait qu'il avait fréquenté quelqu'un. Plus particulièrement Sheba Twilfit. Et pour l'avoir rencontrée, elle n'imaginait pas du tout qu'Edmund et elle puissent avoir eut une relation. Toute la famille était au courant, Edmund Harris était l'éternel célibataire de la famille, celui que même sa mère avait cessé de vouloir caser. Alors apprendre qu'il avait une fille cachée, cela avait fait sensation dans toute la bonne société, l'évènement du moment. Surtout qu'on murmurait que cela remettait en cause toute la succession des Harris. Et les plus opportunistes murmuraient que cela faisait de Swann Twilfit l'un des meilleurs partis du moment, si elle venait à devenir l'héritière des biens et de la fortune Harris. C'était d'un romantisme exceptionnel ! Enfin, Cassie était plutôt contente de découvrir que sa cousine était quelqu'un d'agréable et de distingué comme Swann. Elle avait même été invitée à son anniversaire et cela avait été la première fois qu'elle recevait une invitation de ce genre ! Cela aurait pu être quelqu'un de bien pire, comme Victor Lloyd ou Pilliwickle.

- Tu es belle, ma chérie, déclara son père quand elle posa le pied dans le salon. Mais tu fais un peu trop grande.
- Ta fille a quinze ans Cornélius, il serait temps de l'accepter, répliqua sèchement Elizabeth. Oh ma chérie, il faut absolument que je te présente aux Rosier !
- Aux Rosier ? Il est hors de question que Cassandre s'approche de cette famille de Mangemorts ! objecta Cornélius en fronçant les sourcils.
- Ils n'étaient pas tous des Mangemorts ! Et si tu refuses que ta fille s'approche des familles impliquées dans la guerre, autant la promettre à un moldu !
- Ma fille unique, de qui je ferais l'héritière des Harper un jour, n'épousera jamais un fils de Mangemort.
- Sauf que nous avons eu Cassandre assez tard et qu'il y a peu de garçons de son âge qui soient convenables en ce moment ! Et c'est le fils de Sebastian qui deviendra l'héritier !
- De toute manière, il est hors de question de la fiancer maintenant, elle est encore beaucoup trop jeune !
- Nous avons été fiancés à seize ans !
- Et bien elle n'a pas seize ans ! Et de toute manière, je refuse qu'elle se marie aussi jeune, elle mènera une carrière avant, elle rentrera au Ministère !
- Ce n'est pas le rôle d'une fille ! Tu ne peux pas compter sur Cassandre pour redorer notre blason, c'est ton rôle, ça, Cornélius !
- Et bien ce sera le rôle de ma fille ! Elle a plus de capacités que moi !
- Mais ce n'est pas un garçon !
- Est-ce que cela signifie qu'elle vaut moins, Elizabeth ? Elle vaut bien plus que le mioche de Sebastian, un pleurnichard ! Je n'arrive pas à croire que je doive jouer les féministes pour que tu arrêtes de voir ta fille comme une poupée à prêter aux autres familles !
- Je suis devant vous, vous savez.

Ses parents se tournèrent vers elle dans un seul mouvement, tandis qu'elle leur jetait un regard agacé. Plus elle grandissait, plus ce genre de conversations devenaient fréquentes. Entre sa mère qui prospectaient de plus en plus pour lui trouver un bon parti et son père qui nourrissait pour elle de grandes ambitions, surtout depuis qu'il avait été renvoyé. Leurs deux visions de son éducation s'opposaient, sa mère restant désespérément traditionnelle. Pour elle, faire carrière et honorer un nom était le rôle d'un fils, du fils qu'ils n'avaient jamais eut. Une fille abandonnait son nom pour devenir une parfaite petite épouse qui élèvera des fils qui feront la joie du père. Sauf que le sien, de père, avait décidé que ce serait elle qui honorerait le nom de la famille et prendrait leur revanche sur le gouvernement de Fiennes. Et à vrai dire, si elle devait choisir, Cassandre choisirait la solution de son père. Elle n'était pas faite pour être une mère au foyer, entièrement dévouée à sa famille. Elle avait plus de capacités que certains garçons, pourquoi devrait-elle les oublier pour le laisser briller lui ? Et s'il était moins brillant, pourquoi cela ne serait pas oui qui s'occuperait de la maison ? Son cousin, le fils de Sebastian, le neveu de son père, était pressenti pour être un jour le gestionnaire de la famille Harper, même s'il n'avait que sept ans. Mais Cassandre se voyait bien aussi à cette place. Pourquoi devrait-elle s'écraser devant un bébé sous prétexte qu'elle était une fille ?

- Nous allons être en retard, déclara-t-elle sèchement. Cela ferait mauvais genre et tante Helen en serait plus que contrariée.

Ses parents se lancèrent un dernier regard noir avant que sa mère n'attrape son étole et tende le bras à Cassandre pour le transplanage d'escorte. Bonne soirée en perspective !


Samedi 24 Mars, 18 heures 55, résidence des Harris.


Cassandre et ses parents atterrirent soudainement dans l'allée qui menait au manoir des Harris. Sans pouvoir s'en empêcher, Cassie frissonna et resserra sa cape autour de ses épaules tandis que sa mère posait élégamment sa main sur le bras de son père, comme s'ils n'étaient pas en train de se déchirer quelques secondes auparavant. Il n'y avait pas à dire, les familles aristocratiques avaient l'air de la comédie. Ils n'avaient pas fait quelques pas qu'un craquement sonore retentit derrière eux, signalant l'arrivée d'autres invités.

- Oncle Cornélius ! Quel plaisir de vous voir !

Sebastian Harper, sa femme Grace et leurs trois enfants se tenaient devant eux. Tandis que son père saluait son neveu avec entrain, Elizabeth complimenta Grace sur sa tenue "absolument ravissante" et s'extasia devant la petite dernière, Cleone. C'était une tradition dans la famille, toutes les filles avaient un prénom commençant par un C. Sa chère cousine Cordélia se tenait devant eux, jouant les adorables et lançant des sourires éclatant à toutes les personnes qui passaient à coté d'eux. Tout le monde se faisait avoir par la mine angélique de Cordélia, même Cassie avait mis du temps avant de découvrir qu'elle pouvait se montrer littéralement redoutable, malgré son jeune âge. L'année prochaine risquait d'être intéressante à Poudlard, il n'y avait pas à dire ! Elizabeth voulait que les filles restent à leur place mais la jeune génération Harper semblait être armée d'un sacré caractère qui risquait de compliquer les choses.

- Alors Cordélia, bientôt la rentrée à Poudlard, n'est-ce pas ? s'enquit Cornélius, gentiment.
- Dans quelques mois maintenant ! J'ai vraiment hâte ! J'espère être à Poufsouffle, minauda Cordélia.
- Poufsouffle est une bonne maison pour une jeune fille, approuva Elizabeth, suivie par Grace.
- Serpentard aussi, intervint Cassandre. N'est-ce pas, Cordélia ?

Cette dernière lui adressa un sourire tout à fait innocent, qui était donc son sourire le plus mesquin.

- J'ai peur qu'ils soient méchants avec moi, révéla-t-elle d'une voix un peu chevrotante.

Elle les avalerait tout cru sans même qu'ils ne rendent compte, songea férocement Cassandre.

- Toutes les maisons sont très bien, je viens moi-même de Serpentard, répliqua Grace un peu sèchement à sa fille.
- De toute manière, ils ne sont pas aussi violents qu'à Gryffondor, ajouta Sebastian.
- Gryffondor forme le caractère au moins, contra Cornélius.
- C'est mauvais pour les filles, le caractère, répliqua Grace.
- Oh, quand on n'en n'a pas l'habitude, c'est sûr, minauda Elizabeth en souriant hypocritement à Grace.
- A quoi cela sert d'éduquer une jeune fille pendant onze ans si c'est pour la voir tout oublier en rentrant à Gryffondor ? interrogea Grace, faussement innocente.
- Oh, très chère, une bonne éducation résiste à n'importe quelle Répartition, asséna Elizabeth, un sourire mauvais sur le visage. Je vous apprendrai un jour, ajouta-t-elle, dans un élan de bonté.
- Maintenant, si vous voulez bien nous excuser, annonça Cornélius en posant une main sur l'épaule de sa fille. Mrs Harris doit attendre notre arrivée avec impatience, elle a toujours adoré Elizabeth. Sebastian, nous nous verrons la semaine prochaine, pour parler de quelques investissements.

Et après un nouvel échange de sourires, tous plus faux les uns que les autres, Cassandre et ses parents tournèrent les talons tandis que Sebastian, Grace et leurs enfants les suivaient à bonne distance. Malgré cela, on pouvait entendre Grace reprocher à son mari de s'être encore laissé marcher sur les pieds par son oncle. Cassie jeta un coup d’œil à ses parents et constata qu'ils avaient l'air satisfaits et elle se retourna pour lancer un regard narquois à cette chère Cordélia, qui serra les poings. Ah, les joies de la famille ! Les Harper étaient pourtant assez unis par rapport à d'autres familles, mais encore une fois, c'était les histoires de succession qui posaient problème. C'était actuellement le père de Sebastian, le frère aîné de Cornélius, qui dirigeait la famille et ses biens. Après son décès, il avait fait le choix que la place ne revienne pas tout de suite à son fils mais d'abord à son frère cadet. Après le décès de Cornélius, Sebastian récupérerait enfin le siège. Jusqu'ici, tout allait bien. C'était après que cela coinçait : Sebastian voulait que son fils devienne l'héritier. Sauf que Cornélius avait l'intention de donner la place à sa fille, qui était la plus âgée de la nouvelle génération. Tout se jouerait dans quelques années mais c'était déjà un sujet plus que sensible qui créait des tensions.

Le crépuscule commençait à tomber sur la maison et les premières lumières étaient déjà allumées quand les Harper arrivèrent devant les portes de la maison, qui s'ouvrirent immédiatement, révélant un petit elfe de maison qui s'inclina jusqu'à ce que son nez touche le sol. Derrière lui, un autre elfe semblait observer son comportement avec attention, il devait être en apprentissage.

- Monsieur Cornélius Harper, son épouse Madame Elizabeth et leur fille, Miss Cassandre, sont le bienvenue à la réception de Monsieur et Madame Harris, qui vous remercient profondément d'avoir accepté l'invitation. Vous trouverez des rafraichissements dans les salons et le dîner sera servi à vingt-heures, dans la grande salle à manger. Si vous le permettez, je vais prendre vos capes.

Tandis que l'elfe prenait leurs capes et les faisaient disparaître d'un claquement de doigt, il se pencha vers son partenaire pour lui chuchoter à l'oreille.

- Il faut toujours appeler les invités par leur nom, pour montrer qu'on les a reconnu et qu'ils sont importants.

Le deuxième elfe hocha la tête avec ferveur en répétant ce qu'il venait d'apprendre. On aurait dit un élève de Poudlard sur son devoir de potions. Cassandre sourit légèrement tandis qu'elle suivait ses parents jusqu'au petit salon, déjà bien rempli. On entendait des rires et des bruits de coupes qui s'entrechoquent tandis que des elfes - sûrement engagés pour l'occasion - circulaient entre les convives, des plats de petits apéritifs à la main. Les têtes se tournèrent vers eux avant de chuchoter, sans qu'on se demande sur quoi. Cassie sentit sa mère se raidir à coté d'elle. Pourtant, ils avancèrent tous les trois, saluant de temps à autres des connaissances. Merlin soit loué, tante Helen était une Bones et plusieurs membres de la famille s'avancèrent donc vers eux, souriant. La vague de murmure semblait être passée et les gens recouvraient un comportement normal et s’approchaient d'eux pour les saluer. Ainsi, Cassandre eut l'occasion de voir passer les Nott, dont Théo à qui elle adressa un grand sourire, les Bulstrode, les Rosier et leur fils de seize ans, les McMillan, les Rowles, les Selwyn, les Malefoy, les Greengrass, les Marchebank, les Goyle, les Flint et les Warlock. John Warlock serra d'ailleurs longuement la main de son père mais n'était accompagné que de son fils ainé et de sa famille, étrangement. L'absence du cadet fut d'ailleurs largement commentée, notamment par sa mère qui parlait avec ferveur aux épouses Selwyn et McMillan.

Ce n'est que vingt minutes après leur arrivée que la grande-tante Helen vint les saluer, accompagnée de sa fille Elizabeth Ann. Cassie connaissait Helen depuis qu'elle était jeune et avait passé de nombreux étés à jouer dans le manoir et dans le grand parc, surveillée par sa cousine Susan la plupart du temps. Tante Helen disait qu'elle était adorable et qu'elle était bien la digne fille de sa mère - qui avait toujours été sa préférée - et la gâtait un peu trop. Cela avait changé lorsqu'elle avait été répartie à Gryffondor et qu'elle avait grandi : elle ne supportait plus les remarques mesquines de sa tante qui avait toujours quelque chose à redire. Mais elle s’efforçait de se taire, Helen ne souffrant pas qu'on s'oppose à elle. Quant à la cousine de sa mère, Elizabeth Ann, elle avait toujours été quelqu'un de très gentil, même si elle avait scandale à cause de son mariage. Tante Helen la scruta de bas en haut avant d'avoir un petit sourire appréciateur. Au moins, elle la trouvait toujours sortable. Elizabeth Ann elle se contenta de lui adresser un grand sourire aimable avant d'embrasser sa cousine et de saluer respectueusement Cornélius.

- Nous avons envoyé plus d'invitations que l'année dernière, révéla Helen à voix basse. La guerre s'éloigne et nous pouvons de nouveau réinviter des gens comme les Lestrange sans craintes de faire une émeute. Tout se passe bien pour le moment en tout cas !
- Est-ce qu'ils ont beaucoup parlé de nous ? s'inquiéta sa mère.
- Au début. Mais j'ai fais taire les plus moqueurs. Quoi qu'il en soit, vous n'êtes pas le centre d'attention ce soir. C'est la petite Maisie, qui fait sa première sortie officielle en tant que future épouse de Melvin.
- Comment est-elle ? s'enquit sa mère, curieuse.
- Adorable, répondit Helen en prononçant "adorable" comme un défaut. Elle manque d'aplomb pour devenir une Harris.
- C'est quelqu'un de très gentil, mère, répliqua Elizabeth Ann en fronçant les sourcils.
- Et puis avez-vous remarqué l'absence du deuxième fils Warlock ? reprit Helen sans se soucier de sa fille. Ce n'est pas la première fois qu'il manque une réception, cela commence à devenir intriguant. Je veux dire, tout le monde vient à notre réception annuelle, depuis plus de soixante ans !
- Il mène une carrière de Médicomage, je suis bien placée pour savoir que c'est prenant, précisa Elizabeth Ann.

Voyant que la conversation dérivait sur les rumeurs concernant le fils Warlock, Cassandre soupira. Son père s'était déjà éclipsé pour aller parler à des membres importants du SPAM et elle se retrouvait à rester près de sa mère toute la soirée. Elle n'avait même pas vu sa cousine Susan, avec qui elle pu parler. Elle aperçut Cordélia assise dans un canapé et qui semblait s'ennuyer tout autant même si elle s’efforçait de ne pas le montrer. Elle n'en n'était pas rendue à aller discuter avec sa cousine aussi continua t-elle de parcourir la salle du regard. Peut-être que si elle croisait Théo... Et dire qu'elle s'était fait une joie de cette soirée ! Mais Swann ne semblait même pas là, tout comme son cousin Edmund d'ailleurs. A coté d'elle, la conversation était passée sur qui épouserait le fils aîné Warlock, qui restait un bon parti. Retenant un nouveau soupir, Cassandre prit la parole.

- Si vous voulez bien m'excuser, je vais aller entretenir avec ma cousine Cordélia, nous avons beaucoup à nous dire, lança-t-elle avec un sourire poli.
- Fais-donc, ma chérie, répondit sa mère en lui caressant la joue.
- Nous nous reverrons donc au dîner, Cassandre, ajouta tante Helen. Nous dînons à la même table.
- Ce sera un plaisir, tante Helen.

Elle n'avait pas la moindre intention d'aller parler à Cordélia mais désirait échapper à la surveillance de sa mère. Tandis qu'elle s'éloignait, elle entendit clairement tante Helen demander à sa mère à qui elle pensait pour des fiançailles dans quelques années, ce qui lui fit accélérer le pas. Elle avait besoin de prendre l'air, maintenant. Fendant la foule, elle se dirigea vers le hall, vide à part les deux elfes chargés de l'accueil. S'appuyant contre la balustrade de l'escalier, elle ferma les yeux quelques instants, avant de les rouvrir en entendant la porte. Edmund et Swann venaient d'arriver, le premier abordant un visage fermé. Tandis que les elfes se précipitaient pour prendre leurs capes, son cousin se tourna vers sa fille. Merlin que c'était étrange de penser cela ! Et visiblement, ils ne l'avaient pas remarquée.

- Une réception de cette ampleur n'est pas ce que j'aurai préféré mais ma mère a été intraitable. Le seul avantage, c'est que tu ne seras pas seule face à elle à une table, elle sera forcée de rester correcte.

Il soupira. En même temps, c'était compréhensible. Affronter tante Helen ne plaisait à personne.

- A quelle heure sera servi le dîner, Stuby ?
- Huit heures, monsieur Edmund, dans la grande salle à manger. Vous et Miss Swann serez à la table de Madame Helen et de monsieur Cornélius, ainsi que de Miss Cassandre, de Monsieur Jordan, de Miss Elizabeth Ann et de son époux et pour terminer de Madame Cora Parkinson.
- Qu'est-ce que Cora fait à la table d'honneur ? s'étonna Edmund.
- Madame Helen ne voulait pas la laisser seule, en raison de son récent veuvage.

Cora Parkinson, née Bones, était la soeur ainée d'Helen et sûrement sa meilleure amie. Ensemble, elles étaient absolument redoutables. Ce dîner allait être un véritable champ de bataille. Edmund soupira de rechef, ayant sûrement eut la même pensée.

- Je vais aller chercher ma mère, plutôt que de te la présenter au milieu de tous les regards, ainsi que mon père. Je serai bref.

Edmund adressa un sourire - qui trahissait sa nervosité - à Swann et passa les portes du salon qu'il referma derrière lui, sûrement peu désireux qu'on croise Swann avant qu'il ne l'ait officiellement présentée à ses parents. Profitant du moment, Cassandre sortit de l'ombre de l'escalier et s'approcha de sa nouvelle cousine.

- Ainsi, nous sommes de la même famille.

Cela faisait bizarre de voir Swann au milieu de ce hall, dans lequel elle avait passé une partie de son enfance.

- Tu es ravissante, affirma-t-elle, sincère. Grande-tante Helen appréciera ! Au passage, je suis la fille de la cousine d'Edmund, la petite-nièce d'Helen, sa mère.

L'arbre généalogique était tellement compliqué qu'elle préféra ne pas s'attarder sur ce point.

- Prête à plonger dans la fosse aux lions ? Toute la bonne société sorcière anglaise est présente et Helen Harris est sûrement décidée à voir si tu vaux la peine d'être sa petite fille, la connaissant. Cela va être intéressant, affirma-t-elle en souriant. Tu as répété ton étiquette, j'espère ?

Connaissant Swann, c'était plus que probable. Elle n'aurait jamais pris le risque de faire mauvaise impression auprès de tous les gens importants qui s'étaient massés dans cette soirée. Morgane, cela s'annonçait passionnant !


   
Swann TwilfitPersonnage décédéavatar
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« N’oublie pas ma chérie, ton sourire est ta meilleure arme et ta meilleure défense. » précisa Sheba en regardant le reflet de Swann dans le miroir de sa coiffeuse. Comme pour illustrer ses conseils, elle lui adressa un léger sourire avant de remonter la lourde chevelure de sa fille en chignon d’un coup de baguette.
-Maman, je ne pars pas au front tout de même ! » tempéra cette dernière en accrochant un collier à grosses perles autour de son cou.

La jeune femme s’observa quelques secondes et jugea sa mise satisfaisante. La couleur corail du collier tranchait agréablement avec la sobriété de la tenue qu’elle s’était confectionnée pour l’occasion.
-Tu ne sais pas de quoi est capable Helen Harris ma puce, finit par dire sa mère en venant s’appuyer sur la coiffeuse au côté d’elle, je mettrai ma main à couper qu’elle ne doit pas être très heureuse de découvrir ton existence. »

Swann manqua de lui rétorquer une réplique cinglante du genre « La faute à qui ? » mais elle se contenta d’hausser les épaules en accrochant des boucles discrètes à ses oreilles.

-De toute manière, je me rends à ce repas uniquement pour être présenté officiellement. Avec Edmund nous avons été clairs, cette réception ne m’engage à rien d’autre. »
Souligna-t-elle en se remémorant la discussion qu’elle avait eut avec son père dans son bureau.

En effet, il lui avait clairement dit qu’il ne s’imposerait pas dans sa vie et qu’elle pourrait prendre ses propres décisions, en son âme et conscience. La jeune fille espérait d’ailleurs que cette promesse était toujours d’actualité. Pourtant, même si elle feignait auprès de sa mère une certaine indifférence quant à l’issue de cette journée, la jeune femme avait tout de même essayé de mettre toutes les chances de son côté pour se faire accepter du clan Harris. Par reflexe. Car elle voulait leur montrer qu’ils n’avaient pas de raison d’avoir honte d’elle… Une vilaine tendance à vouloir jouer les Miss-Parfaite, jugeraient surement ses détracteurs, mais elle préférait tourner ce besoin de reconnaissance de manière plus positive. Elle avait des défauts, certes, mais elle avait aussi des qualités qui seraient, elle l’espérait, appréciées à leur juste valeur. Elle était prête à faire de nombreux efforts pour plaire à ses grands-parents (comme réviser l’arbre généalogique des familles de l’aristocratie anglaise et se renseigner sur chaque lignée… ) mais elle estimait également être une jeune femme qui gagnait à être connue… Helen et Daniel Harris s’en rendraient forcément compte, non ? Songea-t-elle en traçant un dernier trait d’eyeliner sur sa paupière.

« Tu es magnifique ma chérie,
lança Sheba en lui caressant doucement la joue, Exceptionnelle même, ajouta-t-elle avec un sourire un peu triste, et ne laisse personne sous-entendre le contraire. »

Swann observa sa mère quelques secondes avant de détourner les yeux pour reporter son attention sur son propre reflet. Elle savait très bien pourquoi Sheba lui disait tout cela. Bien que Swann ne soit pas rentré dans les détails, elle lui avait tout de même dit qu’elle s’était séparée d’Aaron peu de temps avant les vacances. Comme à son habitude, la préfète avait fait comme si cela ne l’avait pas particulièrement affectée mais Sheba connaissait sa fille mieux que personne et elle avait deviné les doutes qui habitaient son enfant derrière son joli sourire de façade. Néanmoins, même si cette rupture l’avait ébranlée, Swann ne voulait pas plonger dans de l’auto-apitoiement. Elle envisageait cette situation comme un nouveau départ. Elle n’avait pas envie d’apparaitre comme la fille fragilisée qui s’était fait plaquée (d’ailleurs, ils s’étaient quittés d’un commun accord, n’est-ce pas ? ). La préfète avait donc à cœur de montrer qu’une banale rupture ne l’atteignait pas, aussi, elle haussa un sourcil et prit un petit air hautain avant de rétorquer sur un ton de défi :


« Qu’ils essayent ! »

Sheba regarda sa fille avec tendresse avant de lui déposer un bisou sur le crane. Bon, visiblement sa mère ne s’était pas laissée convaincre par sa tentative d’esbroufe, songea la préfète à regret. Heureusement que le commun des mortels ne la connaissaient pas aussi bien que Sheba et qu’elle pouvait encore se cacher derrière son large sourire en public.

« La mère d’Edmund va surement chercher à te tester ou à te déstabiliser, tu sais. » souffla alors Sheba en reprenant une mine plus sérieuse.

Swann leva un regard légèrement anxieux en direction de sa mère en essayant de deviner ce sur quoi on pouvait l’attaquer. Sa passion pour la mode ferait peut-être l’objet de moquerie. Forcément, lorsque l’on imaginait une jeune femme passionnée par le stylisme on visualisait irrémédiablement une accroc au shopping. Pourtant, Swann se percevait davantage comme une amoureuse des beaux vêtements. Elle aimait les tissus raffinés, les coutures finement travaillées. Elle observait systématiquement chaque pièce comme s’il s’agissait d’une œuvre d’art, détaillant les patrons et les mises à plat pour comprendre le déroulé de leur fabrication. La mode n’avait rien de futile à ses yeux et elle était sûre qu’elle pourrait défendre son point de vue si on lui laissait l’occasion.
Alors quoi d’autres : Ses amitiés ? Natasha était une fille de médicomages renommés et Swann était en bons termes avec la majorité des enfants issus de l’aristocratie. Sa vie sentimentale ? R.A.S depuis plusieurs semaines après avoir fréquenté la même personne pendant plusieurs mois. Elle n’avait résolument pas le profil écervelé d’une Kelsey, ni celui trop coincé d’une Perséphone… Alors quoi ?

« Elle risque de ne pas se montrer très courtoise à mon égard… »
précisa alors Sheba.
-Tu penses ? s’enquit Swann en fronçant les sourcils, elle oserait ? ajouta-t-elle incrédule.
-Je ne sais pas. Mais prépares-toi y. Au cas où. »

La sonnette retentit alors à l’étage inférieur, indiquant qu’Edmund venait d’arriver.

« Je vais lui ouvrir,
lança Sheba en s’éloignant.

Swann regarda sa mère s’éclipser dans le reflet du miroir tout en songeant à ce qu’elle venait de lui dire. Merlin, que lui était-il passé par la tête en acceptant cette invitation ?! Les Harris pousseraient-ils le vice jusqu’à aller insulter sa propre mère devant un parterre d’invités?

Légèrement angoissée face à cette perspective, la jeune femme s’appuya sur sa coiffeuse en soupirant. Avec un peu de chance, Sheba dramatisait complètement la situation. Après tout, elle allait juste rencontrer ses grands-parents et une myriade d’autres personnes issues de la bonne société sorcière. On allait surement l’interroger sur ses projets et ce serait l’occasion pour elle d’évoquer la nouvelle boutique qu’elle allait ouvrir à Bristol. Avec un peu de chance, les convives seraient tellement curieux à son égard qu’ils viendraient même pour l’ouverture du magasin en juillet prochain. Elle devait tirer un avantage de cette soirée et ce n’était pas en arrivant littéralement stressée que cela allait fonctionner.

Forte de cette résolution, la jeune femme pulvérisa quelques gouttes de Flanel dans son cou –le flacon que lui avait offert Cassandre l’année dernière était d’ailleurs presque vide- puis elle se leva afin de rejoindre l’arrière boutique où Edmund devait vraisemblablement l’attendre en compagnie de Sheba.

Après avoir chaussé sa nouvelle paire de Loutoubin, spécialement achetée pour l’occasion, Swann riva son sourire Twilfit sur ses lèvres, et descendit l’escalier d’une démarche gracieuse et aérienne.

« Bonsoir Edmund, lança-t-elle poliment en arrivant à sa hauteur, Comment allez-vous ? » demanda-t-elle toutefois en découvrant sa mine préoccupée qui n’augurait rien de bon.

Ce dernier n’entra pas dans les détails et lui demanda simplement si elle était prête. Swann répondit par l’affirmative en dépliant la légère étole qu’elle avait choisi pour couvrir ses épaules. Enfin elle attrapa le bras de son père, non sans jeter un dernier regard à sa mère, et transplana devant le château des Harris.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la demeure était encore plus impressionnante en vrai qu’en photographie. Comme à la Fashion-Week, Swann s’empêcha d’apparaitre trop émerveillée devant autant de luxe. Elle ne voulait pas qu’on l’accuse de manque de distinction à peine arrivé ! Elle resta donc accroché au bras de son père et se laissa conduire jusqu’au hall d’entrée du château.

- Une réception de cette ampleur n'est pas ce que j'aurai préféré mais ma mère a été intraitable, expliqua Edmund le visage fermé, Le seul avantage, c'est que tu ne seras pas seule face à elle à une table, elle sera forcée de rester correcte. »


« Et bien, votre mère m’a l’air tout à fait sympathique… »
Chuchota Swann autant pour se décrisper elle-même que pour détendre l’atmosphère.

Malheureusement, sa petite phrase ne dérida pas son père qui parut s’inquiéter de la présence à la table d’honneur d’une convive non désirée. Swann ne s’attarda pas sur ce point, trop heureuse d’avoir comme voisins lors du repas une certaine Cassandre et un prénommée Jordan. Ayant révisé ses lignées de sang-purs le matin même, elle savait très bien qui étaient ces deux jeunes gens qu’elle côtoyait tous les jours à Poudlard. Helen Harris n’était peut-être pas aussi méchante que ça puisqu’elle avait visiblement fait en sorte qu’elle connaisse des invités à sa table.

- Je vais aller chercher ma mère, plutôt que de te la présenter au milieu de tous les regards, ainsi que mon père. Je serai bref.

-Je vous attends ici. »
Répondit-elle avec un sourire avant de laisser vagabonder son regard sur les moulures au plafond et sur les grandes toiles exposées au mur. L’endroit était vraiment somptueux. Alors que Swann s’approchait d’une sculpture en marbre pour l’observer plus précisément, une voix dans son dos la fit sursauter :

- Ainsi, nous sommes de la même famille.

Identifiant un visage familier, le sourire de la préfète s’accentua légèrement tandis qu’elle s’approchait de la petite peste des gryffondor.

-Bonsoir Cassandre, répondit-elle posément avant d’ajouter, j’en ai bien peur.

Elle haussa légèrement les épaules et scruta d’un regard expert la tenue de sa camarade.

« Ta robe est superbe… C’est une pièce d’un couturier français, non ? » Demanda-t-elle en reconnaissant le savoir-faire inégalable d’un styliste renommé.

Cassandre lui retourna son compliment mais ne semblait toutefois pas disposée à parler tissus toute la soirée. En effet, sans plus de cérémonie, elle lui demanda si elle était prête à plonger dans la fosse aux lions.

Visiblement, la fille unique des Harper ne faisait pas de langue de bois puisqu’elle était la troisième personne -après Sheba et Edmund- à lui dire que cette soirée était un véritable test orchestré de main de maitre par l’intraitable Helen Harris.
Reléguant son anxiété grandissante au second plan, Swann décida d’appliquer l’ultime conseil de sa mère : Elle riva donc un sourire poli sur ses lèvres avant de plonger un regard assuré dans les yeux bleus de Cassandre :

« En douterais-tu ? » demanda-t-elle alors d’un ton espiègle.


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Jordan s'étira sur sa chaise, lâchant enfin la plume qui lui avait servi à faire son devoir de Sortilèges. Edmund allait peut-être râler, songea-t-il en contemplant les six rouleaux de parchemin qu'il avait rempli, alors qu'on ne leur en demandait que trois. Mais c'était plus fort que lui, il n'aimait pas se restreindre et avoir l'impression de rendre un devoir succins et superficiel. Bah, il pourrait toujours le relire et le raccourcir d'ici la fin des vacances, il avait encore une semaine et tous ses autres devoirs étaient terminés depuis longtemps. Le jeune homme se demanda comment il allait occuper la fin de ses vacances. Son père voudrait probablement qu'il s'intéresse un peu à l'entreprise, et il le ferait de bon coeur, mais son emploi du temps officiel, déjà bien rempli, n'était pas ce qui l'inquiétait.

Il avait plutôt envie d'aller voir des jeunes de son âge, mais ne savait pas trop qui. Jordan aurait bien été embêter Samantha, mais il l'avait croisé main dans la main avec Irving Whitaker, un air horriblement niais sur le visage. Vexé et blessé dans son amour propre (comment pouvait-on préférer ce gringalet boutonneux à lui?), il s'était éloigné avant que le couple ne les aperçoive. Jordan ne comprenait vraiment pas ce que la jeune fille trouvait au Gryffondor, et en avait déduit qu'elle devait être atteinte du syndrôme de la sauveuse. C'était la version féminine du chevalier servant: lorsqu'une fille voyait un garçon en détresse, elle se faisait une mission de le sauver et tordait ses sentiments par le prisme de sa conscience. Samantha, voulant réconforter Irving après la mort de son père, n'avait donc rien trouvé de mieux que de se persuader qu'elle était amoureuse de lui. C'était plus facile pour Jordan de penser cela que de croire qu'on lui préférait vraiment Whitaker, aussi espérait-il que la lubie de la jeune fille passerait vite. En attendant, il devait prendre son mal en patience et la rayer de sa liste de personnes fréquentables, car son cerveau devait être atrophié par les hormones amoureuses.

Bah, il aviserait qui voir plus tard. C'était bientôt l'heure de se préparer pour la réception de printemps des Harris. Jordan aimait beaucoup ce genre de réceptions qui ne présentaient aucune difficulté pour lui. Il était rôdé à cet art depuis tout petit, et les gens avaient depuis longtemps cessé de s'extasier sur l'héritier Nimbus, comme lorsqu'il était petit. On le complimentait toujours, et on lui graissait la patte, mais on lui parlait comme à un adulte depuis plusieurs années maintenant, privilège qu'il ne manquait jamais d'exploiter. Jordan n'avait pas besoin qu'on le rassure sur son avenir ou sur son potentiel, mais il aimait attirer les regards et l'attention. Il aimait leur montrer ce qu'il valait, prouver encore et encore qu'il dépasserait les plus folles attentes de ses parents. Ces réceptions étaient toujours une occasion de briller en société, malgrés les quelques inconvénients qu'elles pouvaient présenter. Et celle de ce soir promettait d'être particulièrement intéressante.

Pourtant, une fois n'était pas coutume, Jordan n'avait pas été enchanté en recevant l'habituelle invitation le jour de la St-Valentin. En effet, il était en train de déjeuner avec son camarade de dortoir, son meilleur ami et camarade de dortoir, qui était habitué aussi, mais ne pourrait pas s'y rendre... Nouveau poursuiveur des Poufsouffle, Will était également un fils de bonne famille - moldue cependant. Son grand-père, riche commerçant, avait été anobli par le Roi George V, et son père avait fait un scandale en se mariant avec une femme, certes riche, mais inconnue et étranges aux yeux de sa famille: Céleste Flint. Du côté sorcier, cette union avait également fait jaser, et Céleste avait longtemps été exclue des réceptions de la bonne société sorcières, en ces temps où le Sang conférait un statut équivalent à la richesse. Jordan avait rencontré Will quand sa mère avait commencé à réapparaître aux réceptions, et ils s'étaient tout de suite bien entendus. Ils enduraient ensemble, à dix ans, ces interminables soirées passées à bien se tenir quand leur seule envie était de jouer à Harry Potter. Si Jordan allait plus que de bon coeur à ces soirées, c'était en partie grâce à son ami. Hélas, Will était en vacances dans la famille de son père, et ne serait donc pas présent cette année.

Jordan pouvait le comprendre. Il se souvenait encore du jour où Céleste, fraîchement ré-admise dans le cercle très très privé des Sorciers Snobs, avait présenté Will à la communauté. Celui-ci avait des manières impeccables, et Jordan et lui avaient tout de suite sympathisés, du haut de leurs neufs ans, avant que la soeur de son père ne l'éloigne d'autorité du jeune Mendler, avec un commentaire qu'il n'avait pas compris à l'époque mais qui, en substance, signifiait qu'on ne mettait pas les bâtards dans la même pièce que l'héritier Nimbus. D'autres personnes avaient tenus des propos similaires depuis, et Jordan les ignorait, restant à côté de son ami, qui supportait stoïquement tout ça. Ils avaient la même philosophie un peu je m'en foutiste qui caractérise les jeunes gens sans problèmes, et, bien qu'à des degrés différents, comprenaient cependant l'importance qu'ils avaient dans leur arbre généalogique en tant qu'héritiers.

Cette facette était l'un des deux inconvénients de ces réceptions. Jordan en comprenait pleinement (du moins, pensait-il) l'importance, mais il demeurait difficile pour lui de supporter trop longtemps ces condensés de vieux conservateurs incapables d'évoluer, convaincu de leur importance et prêt à mourir d'une crise cardiaque à la première entorse à l'étiquette. Jordan les trouvait particulièrement hypocrites, à se faire des sourires tout en se tirant dans les pattes.

Un craquement sonore fit sursauter Jordan, lorsque l'elfe de maison apparu.

"Madame Clarissa fait dire à monsieur Jordan qu'il faut se préparer, la famille part dans trente minutes." couina l'être après s'être profondément incliné.

"Merci Luky" répondit Jordan sans se lever pour autant.

Sa mère devait être en train de se préparer depuis une heure au moins, quand dix minutes lui suffiraient pour être prêt. Il se félicita intérieurement d'être né homme. L'elfe disparu comme il était venu, et, après quelques minutes supplémentaires de réflexion, Jordan consenti enfin à se rendre présentable. Après s'être rapidement passé sous la douche, il enfila une robe vert bouteille de chez Elisabeth Bourgois, lança un sort de coiffage à ses cheveux, puis se mira quelques secondes dans le miroir. Luky allait bientôt lui apporter ses boutons de manchette, sa baguette était déjà dans sa poche, et, heureusement, il n'avait pas besoin de maquillage. Comme prévu, le petit être réapparu et arrangea méticuleusement les moindres détails de la tenue du jeune homme, qui se laissa faire de bonne grâce.

Jordan descendit ensuite les deux étages qui séparaient sa chambre de l'entrée, et trouva ses parents qui l'y attendaient. Son père le détailla rapidement, avant d'approuver sa tenue d'un hôchement de tête. Sa mère, ravissante et distinguée, trouva encore une fois un épi imaginaire dans sa chevelure et y passa sa main dans un geste maternel. Jordan se contenta de froncer du nez, se demandant si elle arrêterait un jour de croire qu'il avait encore quatre ans.

"Tu es parfait, comme toujours" dit fièrement Clarissa, avant de lever un doigt délicat. "Mais cette fois, pas d'esclandre, je ne le tolérerai pas."

Reconnaissant l'expression "n'essaye même pas de me contredire" de sa mère, Jordan se contenta d'un très humble "Oui, Maman.", comprenant parfaitement l'allusion. Lors d'un dîner important à Noël, il avait malencontreusement traité la matriache Carrow de "vieille mégère rétrograde", lorsque celle-ci lui avait conseillé de fréquenter la fille Bulstrode - qui avait onze ans! - plutôt que Will. Fort heureusement, il avait choisi une femme de 112 ans pour perdre son Sang-Froid et peu de monde avait prêté attention aux jacassements outrés de la vieille fille. L'héritier Nimbus se résolu à éviter fermement toute personne susceptible de tenir de tels propos, et répéta même la phrase à peine moins provocante qu'il avait préparé au cas où il se retrouverait acculé: oh vous savez, tout le monde oublie que mon grand-père paternel descendait lui-aussi d'une moldue, après tout... Jordan garda pourtant cette petite pique par devers lui, préférant faire plaisir à sa mère et trop impatient de se rendre à la réception, qui, même sans Will, serait sûrement mémorable.



Les Nimbus transplanèrent, Jordan accompagnant son père, et se retrouvèrent devant la magnifique demeure des Harris. A cette vue, les réserves qui habitaient le jeune homme disparurent. Il admirait la vieille bâtisse, bien plus majestueuse que leur manoir en brique de la Cité Nimbus. Il aurait adoré qu'elle fasse partie de son héritage, hélas, il n'était pas né dans la bonne branche des Harris. Ce serait probablement Swann Twilfit qui hériterait du manoir, il avait intérêt d'avoir de bonnes relations avec elle... D'ailleurs, elle faisait son entrée dans la bonne société ce soir.

Jordan avait appris leur lien de parenté avec une grande surprise, bien qu'il n'en eu rien montré. Le fait qu'Edmund puisse avoir une fille l'avait beaucoup fait rire après coup. Le cousin de son père était un homme vraiment solitaire, et Jordan en était rendu au stade où il n'aurait pas été surpris s'il avait fait partie de la vague de coming-out qui avait secoué l'école après le nouvel an. Mais son jugement était visiblement erroné, puisque l'héritier Harris se trouvait être le père d'une charmante jeune fille, et pas n'importe laquelle.

Négligeant les conseils de son oncle qui ne voulait pas que lui et Cassandre l'approchent avant la réception, il s'était permi de lui glisser un "salut cousine" goguenard mais discret au détour d'un couloir, assorti d'un clin d'oeil. Il voulait se faire une amie de Swann Twilfit, et pas seulement à cause de l'héritage. En effet, il savait d'avance que son entrée dans leur famille serait rude pour une myriade de raisons, et souhaitait être l'un de ses rares alliés dans la bataille. Il connaissait de vue la Préfète en Chef depuis des années, c'était une personnalité de l'école, mais l'avait minutieusement observé Swann depuis qu'il avait appris la nouvelle. Il en avait déduit qu'elle devrait plutôt bien s'en sortir malgré tout. Bonne élève, bien éduquée, Préfète-en-Chef, c'était une jeune fille ambitieuse qui savait ce qu'elle voulait et surtout, savait se faire apprécier: Jordan avait remarqué que chacun savait qu'elle était au centre d'un réseau de rumeurs, et pourtant aucune ne courrait sur son compte - ou presque. Elle maîtrisait l'information remarquablement bien pour une fille éduquée par une mère seule. Jordan en avait conclu qu'elle ferait une compagnie agréable lors des occasions comme celle-ci: enfin une fille de son âge pas trop bête et surtout, qui ne voudrait pas l'épouser! Autant être en bons termes avec elle. La seule inquiétude du jeune homme quant à sa cousine était qu'elle semblait avoir le goût du luxe, et qu'elle risquait de trop bien s'intégrer dans leur cercle, pour finir par être l'une de ces femmes oisives qu'il trouvait si ridicules. Mieux valait prendre les devants et empêcher cette catastrophe!

Il accompagna ses parents qui donnaient leurs effet personnels aux elfes et entama la tournée des salutations. Elle commençait, évidemment, par les hôtes, et Jordan se retrouva (trop) vite face à Helen Harris.

"Helen", minauda Clarissa, "c'est toujours un plaisir de vous voir."
"Vous vous êtes vraiment surpassée" ajouta Lawrence en désignant la salle d'un grand geste. "Au moins le double d'invités par rapport à l'année dernière, si je ne m'abuse?"
"La rançon du succès, mon cher Lawrence" répondit la vieille femme. "Je vous ai placé avec les Flint et les MacDougal, je sais que vous êtes en affaire avec eux."
"Ce sera parfait!" répondit Clarissa de son plus beau sourire. Jordan savait qu'elle ne supportait pas les MacDougal, mais elle était une amie de Céleste tout autant que leurs fils respectifs.
"En revanche, je me suis permise de vous séparer de Jordan. Vous n'êtes pas sans savoir que nous accueillons de nouveaux membres dans la famille ce soir, et j'ai pensé qu'il serait bénéfique pour lui d'être parmi les premiers à les rencontrer."
"C'est très aimable à vous, tante Helen." répondit le jeune homme sur le même ton que sa mère, se demandant quelle ruse avait encore inventé son aïeule. Elle n'était pas folle au point de vouloir marier les deux cousins, n'est-ce pas? L'idée d'hériter du manoir n'était pas si tentante qu'il en perde la raison. Il se demanda aussi quand viendrait le jour où il pourrait cesser d'appeler Helen, tante, et n'utiliser que son prénom comme le faisaient tous les adultes.

Helen les quitta rapidement pour aller saluer la famille Harper qui arrivait, et, se séparant de ses parents, Jordan entreprit de faire le tour de ses connaissances. Il alla tout de suite voir Céleste, lui demandant des nouvelles de Will, puis toucha un mot aux Selwyn, sa famille maternelle. Les Prewett, les McMillian, les Greengrass et les Warlock suivirent. Jordan appréciait ces familles relativement jeunes et modérées, contrairement aux familles de Mangemorts qu'il avait remarqué en arrivant. Le Poufsouffle se demandait pourquoi Helen avait invité ces familles-là, qui certes étaient riches mais fort peu recommandables. Il haussa discrètement un sourcil en voyant son père discuter avec Goyle. A l'école, Jordan avait toujours évité soigneusement de fréquenter les enfants de Mangemorts, tant par conviction que par conformisme à la société d'après-guerre, et n'avait pas envie d'en changer. Il saluait Théo Nott lorsqu'il le croisait, mais rien ne le poussait à faire plus connaissance avec ce garçon renfrogné, et Darren O'Connor n'était pas exactement bien élevé. On avait d'ailleurs abondamment commenté l'assassinat de sa famille, et Jordan avait entendu certaines personnes larmoyuer sur la "si gentille Shauna". On ne voyait pas beaucoup les O'Connor aux réceptions, mais s'il y a une chose dont Jordan était certain, c'était que Shauna était encore plus acariâtre qu'Helen Harris.

"Je pense choisir le département de confection des potions" disait-il avec un enthousiasme tout professionnel, à l'une de ses connaissances qui s'enquérait de son premier poste en tant que majeur chez Nimbus. Peu désireux de s'étendre sur un sujet polémique, il fit dériver la conversation: "Mais je crois que Richard entre à Poudlard en septembre, c'est bien cela?"

L'homme avec lequel il discutait était un peu plus jeune que son père, et travaillait au Département de la Coopération Internationale au ministère. C'était l'un des rares partisans de l'APPEL resté en poste après le grand ménage effectué par Fiennes. Jordan le trouvait très compétent et aimait beaucoup discuter avec lui des subtilités du droit magique, mais restait dubitatif quant à l'importance qu'accordait son père à ses relations. Trop centré sur l'entreprise, Jordan n'avait pas encore saisi toutes les subtilités d'avoir un réseau fiable et étendu. Pour lui, les Nimbus étant la famille la plus riche d'Angleterre, ils n'auraient pas dû avoir à courtiser les autres, qui venaient d'eux-même réclamer leurs faveurs. Leur argent leur donnait un pouvoir quasi absolu, alors pourquoi se fatiguer à faire aussi bonne figure auprès des autres? Né avec le pouvoir en guise jumeau, et trop centré sur l'entreprise familiale, Jordan n'avait jamais réalisé à quel point le premier pouvait pervertir les hommes et était nécessaire à la seconde. Il ne le comprendrait probablement que trop tard, le jour où l'on lui enlèverait l'un et l'autre...

Mais tout allait bien pour le moment et Jordan fut au regret de quitter son interlocuteur lorsque son père l'aborda en compagnie d'un vieux juge du Magenmagot près de la retraite. Au ton employé par son père, Jordan compris qu'il avait intérêt à être plus que respectueux avec l'ancêtre. A classer parmi les quelques subtilités qui échappaient encore au cerveau aiguisé, mais pas si mature, de Jordan, c'était le respect et la crainte qu'inspiraient les patriarches et matriarches à la jeune génération. Quel besoin avait-il d'être plus poli avec eux qu'avec les gens de sont âge? Pourquoi ne pas les traiter à égalité? Cora et Helen Jones ne seraient pas éternelles. Elles seraient probablement refroidies depuis longtemps, pour le plus grand bien de tous, quand il devrait composer avec des Cassandre et des Swann toute sa vie. Jordan préférait travailler ses relations avec ses pairs plutôt que de perdre son temps en diplomaties inutiles avec un macchabée en sursis.

Après quelques minutes, il s'esquiva pour tomber entre les griffes de sa mère, qui lui fit signe discrètement de la rejoindre. Marchant sans se presser à travers la foule, Jordan se demanda qui elle allait lui présenter cette fois. Le jeune homme avait parfois du mal à comprendre sa mère. Il voyait toujours en celle-ci une femme forte et moderne qui, si elle ne travaillait pas réellement, consacrait son temps à l'entreprise familiale. Elle avait secrètement sauvé des nés-moldus durant la guerre alors que son propre frère était un Mangemort déclaré, prouvant ainsi qu'elle savait dépasser les préjugés de son instruction et réfléchir par elle-même. Pourtant, elle jouait le même jeu que tout le monde en société. Elle souriait, répondait avec grâce, surveillait le comportement des autres et introduisait son fils dans un cercle de relations datant de l'âge de pierre.

"Aurora, voici mon fils Jordan. Jordan, Aurora Nott."
En entendant le nom de Nott, Jordan fit immédiatement le lien avec les deux Poufsouffles de ce nom.
"Enchanté, Mrs Nott. Vous êtes de la famille de Théo et Artémis, je présume?"
"En effet, ce sont mes deux enfants. Théo converse actuellement avec les Parkinson, mais voici Artémis."
La jeune fille, toute de noire vêtue, était bien plus jolie dans cette tenue de soirée que dans son uniforme d'écolière, mais ne prenait pas la peine d'afficher un air intéressé. Elle levait les yeux au ciel tandis que sa mère babillait, et ne répondait que sommairement aux questions qu'on lui posait. Jordan, qui avait le souvenir d'une enfant timide et renfermée, fut surpris de ce comportement. L'expression d'Aurora devenait de plus en plus contrariée à mesure que la conversation avançait, et elle finit par s'éclipser, au plus grand plaisir de Jordan. Au moins, Artémis goûtait aussi que lui aux sous-entendus matrimoniaux de leurs mères respectives.

C'était le second inconvénient des réceptions mondaines. Jordan était le meilleur parti d'Angleterre, et toutes les familles ayant des filles à marier les lui jetaient dans les pattes depuis ses quatorze ans. Il détestait cela. La moitié des prétendantes étaient stupides et soumises, jolies poupées façonnées à l'image de leurs parents; tandis que les autres étaient affreuses à regarder, et d'horrible compagnie, amères et acariatres avant l'âge. Jordan détestait cette manie qu'on avait de vouloir le marier à l'une de ses semblables, et était parfois à deux doigts de demander Samantha en mariage juste par esprit de contradiction. Il y avait des mariages à scandale à chaque génération, et pourtant les bourgeois restaient campés sur leurs traditions, préférant voir ces évènements comme des exceptions plutôt que comme une évolution.

L'héritier Nimbus décida de se mettre à la recherche de sa toute nouvelle cousine, qui serait probablement de meilleure compagnie. Ne la trouvant pas dans la salle, il entreprit de se diriger vers le Hall pour l'apercevoir dès son arrivée. Le voyage lui pris vingt bonnes minutes, car il fut encore alpagué par deux mères de prétendantes. L'une d'elles était Elizabeth Harper, qui vanta les mérites de Cassandre de longues minutes durant, sans aucune allusion mais ne pouvant néanmoins être plus claire.

Le jeune homme, louvoyant pour éviter d'autres prétendantes, se demanda comment elles pouvaient être si nombreuses ce soir alors qu'il n'en croisait jamais une à l'école. Toutes ces filles, ainsi que leurs frères, devaient bien faire leur scolarité à Poudlard! Pourtant, personne ne l'abordait jamais. Ce n'était qu'à moitié pour lui déplaire: s'il devait être harcelé quotidiennement par les demandes en mariage, il ne l'aurait probablement pas supporté, malgré son flegme de haute compétition. Mais peut-être que derrière leurs masques de poupées ou de fils de, ces jeunes étaient aussi ennuyés que lui par les pressions familiales d'un autre âge.

Jordan savait parfaitement qu'il ne devait qu'à ses fréquentations Poudlardiennes de ne pas être une parfaite copie des personnes qu'il dénigrait ce soir. Lorsqu'il avait intégré l'école de sorcellerie, le club des jeunes enfants de la haute bourgeoisie sorcière était plutôt restreint. Il fallait éviter de fréquenter les familles de Mangemorts, et les gens de son âge et de sa classe n'étaient pas légion. Ses deux premières années avaient été assez déstabilisantes, tant il avait dû se faire aux manières peu recherchées de ses camarades des classes moyennes. Heureusement, il avait eu Will sur qui compter, et surtout, Jordan était quelqu'un de très sociable qui s'adaptait facilement. Sa curiosité l'avait poussé à écouter ce que chacun avait à dire et il avait découvert un tout nouveau monde, très différent du cocon policé dans lequel il vivait. Il y avait moins d'argent, mais plus de franchise, de simplicité dans la manière de vivre des gens du peuple, et c'était une idée qu'il trouvait assez séduisante. Aussi, s'il ne remettrait jamais en cause son éducation - il appréciait trop son mode de vie pour en changer - il avait néanmoins la critique facile au sujet de ses semblables, qui restaient accrochés à leurs habitudes sans oser aller voir ailleurs. Au final, il était tout aussi hypocrite qu'eux, et ne s'en rendait même pas compte.

Enfin, Jordan atteignit le Hall d'entrée, et eu la bonne surprise de voir Edmund et Swann arriver. Il se dirigea prestemment vers eux, mais une petite silhouette alpagua la nouvelle venue comme l'enseignant s'éclipsait. Cassandre, quand on parlait du Sombral! Jordan ne connaissait que peu sa petite cousine, qui avait un caractère épouvantable, mais il savait reconnaître un esprit aiguisé quand il en voyait un, et Cassandre faisait indéniablement partie des rares élus de l'assemblée à posséder un cerveau.

Jordan s'approcha pour saluer ses deux cousines, et entendit Cassandre mettre Swann en garde contre Helen. Décidément, Swann avait tout un comité de soutien.

"Bonsoir, mesdemoiselles. Vous êtes ravissantes" dit-il en s'adressant aux deux à la fois. "Je dois cependant dire que Swann est la plus belle. J'espère que tu ne m'en tiendras pas rigueur, Cassandre, mais elle est l'invitée d'honneur... Pour laver l'affront, je peux toujours te proposer d'être ma cavalière de la soirée: j'ai parlé à Elisabeth, et je crois qu'elle estime que nos liens du sang ne sont pas encore assez étroits..."

Il avait parlé d'un ton amusé, ne prenant pas au sérieux les insinuations de Mrs Harper, puis se tourna vers Swann:

"Bienvenue dans ta future demeure." dit-il, englobant la maison d'un geste large. "Tu vas hériter du plus beau manoir du Royaume-Uni... Quelle impression cela fait-il?" Il ne le savait pas, puisqu'il était né dedans, eh.

Il aurait voulu lui dire de ne pas trop s'inquiéter d'Helen, mais c'aurait été mentir. La grand-mère était terrible, et lui répondre poliment tout en la contredisant demandait des années de pratique que Swann n'avait pas.

[HRP: Boudiou j'ai jamais mis aussi longtemps à écrire un post -_- Je suis pas douée pour les réceptions mondaines, à la place de Swann, je me ferai laminer! Cassandre, si Helen ou Elisabeht sont OOC, dis-le moi, j'éditerai.]


Cassandre HarperSeptième annéeavatar
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- Elisabeth Bourgeois, répondit-elle quand Swann lui demanda si sa robe était une pièce française.

Jusqu'à l'année dernière, les voyages en France des Harper étaient fréquents, c'était leur destination préférée. Cassandre avait même offert à Swann une édition du prestigieux parfum de la maison Fanel, alors introuvable en Angleterre à cette époque. Sa mère lui avait achetée cette robe en juin dernier, pour la réélection supposée de Shacklebot et donc le maintien de son père à son poste. La porter ce soir, leur première apparition publique depuis le renvoi de Cornélius, c'était un peu comme une revanche, un pied de nez à ce qui s'était passé. Et elle lui allait particulièrement bien, il fallait l'avouer. Quand Swann lui demanda si elle doutait de ses capacités, Cassandre eu un sourire en coin.

- Pas du tout, répondit-elle franchement. Mais les plus grands craignent ma chère grand-mère. Les femmes de la famille ont toujours eu un sacré caractère, apparemment. Tu ne fais pas tâche du tout de ce coté là, ajouta-t-elle, amusée.

C'était loin d'être un mensonge. Contrairement à certaines filles beaucoup plus futiles, Swann avait su allier une certaine frivolité avec un cerveau en état de marche et un caractère bien trempé. Maintenant que Cassandre y pensait bien, elle semblait faite pour ce milieu. Elle n'aurait sûrement pas de problèmes à s'y insérer. Elle-même, qui y était pourtant née, avait parfois du mal tout simplement parce qu'elle pouvait manquer de délicatesse et avait tendance à foncer dans le tas, pour parler franchement. Hors ici, c'était la subtilité qui était maître. Malgré la diversité des maisons représentées, tout le monde avait un petit coté Serpentard dont il jouait. Même si certaines personnes avaient tendance à plus s'imposer. Helen, par exemple. Cassie avait toujours trouvé sa grand-mère fascinante malgré le ressentiment qu’elle pouvait éprouver à son égard parfois. Elle était si franche et si hypocrite à la fois ! Elle avait su imposer le respect de toute la haute société, même des plus misogynes. Elle tenait sa famille et les affaires des Harris d'une main de maître, mieux que son mari. Elle s'était mariée à une époque où les femmes n'étaient pas grand-chose et avait su s'imposer sans contestations possibles, sans pour autant sortir de sa place d'épouse, ce qui aurait été critiquée. Et elle avait enseigné cela à ses nièces et à sa fille, tout le monde le savait. Qui ne connaissait pas Amélia Bones, la célèbre Directrice de la Justice Magique, à qui sa tante Helen avait tant appris ? Les choses s'étaient compliquées après, quand Amélia avait voulu faire carrière plutôt que de se marier. Helen avait encore du mal à voir le pouvoir d'une femme ailleurs que dans le mariage, mais elle avait su transmettre à Amélia une sacrée détermination. C'est aussi pour cela qu'elle aimait beaucoup la mère de Cassandre, puisqu'elle se retrouvait en elle. Cornélius ne cessait de dire qu'Helen et Cassie se ressemblaient bien plus qu'elles ne voulaient l'admettre respectivement. Mais il y avait une différence fondamentales entre elles : Cassandre voulait exister en dehors de son mariage et de son mari.

Elle fut sortie de ses pensées par la voix de son cousin Jordan. Ils avaient beau être de la même famille et à peu près dans la même tranche d'âge, ils ne s'étaient jamais vraiment parlés, échangeant plutôt des politesses et autres banalités familiales. Quand elle était plus jeune, Cassandre restait surtout avec sa cousine Susan, qui se faisait un plaisir de la couver et de s'occuper d'elle. Et en plus, elle avait du mal à supporter la suffisance de Jordan, qui se pensait un peu trop supérieur à tout le monde à son goût. Sous prétexte qu'il était l'héritier d'une fortune puissante et d'une grande entreprise, il se pensait meilleur que tout le reste de la haute société et était persuadé que tout lui revenait de droit et que tout le monde allait tomber en pâmoison devant lui. Sauf qu'il se trompait. Oh, certes, les Nimbus étaient riches mais les Harris par exemple avaient derrière eux des siècles et des siècles de fortune assez impressionnante, sans oublier les Rowles ou les Marchebank. Et Jordan, qu'elle avait beaucoup observé dans sa manie d'analyser le monde qui l'entourait, était persuadé qu'il était le seul à avoir du pouvoir. Encore une fois, c'était faux. Malgré cela, elle pouvait reconnaître que c'était quelqu'un d'assez sympathique quand il le voulait et d'une compagnie assez rafraichissante à tables, entre deux vieilles tantes amères. Et il était loin d'être bête, ce qui était assez agréable de temps en temps. Oh, il y avait rarement des personnes bêtes dans ce genre de réceptions, mais à force de fréquenter Victor Lloyd au quotidien, Cassandre avait une méchante tendance à perdre foi en les capacités cognitives de la plupart des adolescents et croiser quelqu'un de normal lui faisait toujours du bien et lui redonnait un peu foi en l'humanité.

- Bonsoir, Jordan, lança-t-elle en hochant la tête.

L'étiquette aurait voulu qu'elle lui fasse la révérence, mais elle détestait ça - elle avait l'impression de s'aplatir - et n'allait pas non plus le faire en privé. Devant tout le monde, elle se serait exécutée, mais là, ce n'était pas la peine.

- Comme si nous n'étions déjà pas liés par nos deux parents, soupira-t-elle en levant les yeux au ciel quand il mentionna sa mère. Mais ça sera néanmoins avec plaisir.

Sa mère devenait franchement agaçante avec sa manie de vouloir la caser à tout prix avec un excellent parti. Depuis la destitution de son père, leur famille n'avait plus les même moyens financiers qu'avant et Cornélius avait énormément perdu en influence. Il ne lui restait plus que le nom des Harper et une solide éducation pour espérer décrocher un bon mariage, ainsi que le soutien de grand-mère Helen, qui ferait sûrement tout, il fallait le dire. Peut-être que si elle se baladait avec une pancarte autour du cou, du genre "Pas bonne à marier" ou carrément "Pas à vendre", les gens et surtout sa mère comprendrait le message. Elle plissa le nez quand Jordan lui demanda ce que cela faisait de devenir l'héritière du plus beau manoir du Royaume-Uni. Oh, évidemment, c'était plus que vrai. Le manoir Harris, leur domaine et leur fortune en faisait rêver plus d'un. Elizabeth Ann, la dernière fille d'Helen et Daniel, avait été un temps la jeune femme la plus courtisée du monde magique tandis que les jeunes filles se pâmaient aux pieds de ses trois frères aînés, oui, même Edmund. Les deux premiers avaient été assassinés et Edmund s'était exilé à l'étranger, laissant Elizabeth Ann face à des courtisans très insistants. Même si elle était loin d'être la petite poupée parfaite de bonne famille - elle avait décidé de faire des études de Médicomagie et de travailler, rendez-vous compte de l'affront - elle était gentille, jolie et surtout très bien dotée. Et avait fini par faire un mariage d'amour avec un homme issu d'une famille de Sang-Mêlé. Selon sa mère, cela avait un scandale monstre et Helen le dirigeait encore ! Actuellement, c'était les enfants d'Elizabeth Ann qui étaient courtisés. Son fils, le légitime héritier, avait été poursuivi par Ellen Perkins, une riche fille de propriétaire foncier, avec tellement d'acharnement qu'il avait fallu prendre des mesures pour calmer la damoiselle. C'était finalement une McMillan qui avait réussi à devenir une des futures femmes les plus riches du pays. Meredith, la sœur aînée de Melvin, était quant à elle exilée en France mais n'était pas en reste de prétendants non plus. Mais Swann venait compliqué ce schéma. Si elle était reconnue juridiquement par Edmund, c'est elle qui devenait l'héritière officielle du manoir, du domaine, de toutes les actions et propriétés des Harris et de leur fortune colossale. Mais pas sûr que grand-mère Helen accepte de laisser spoiler ses petits-enfants légitimes. Une querelle d'héritage ! Rien de tel pour animer un peu les soirées !

- Rien n'est fait pour le moment, tempéra Cassandre. Mais au moment tu passeras les portes de cette salle, tu vas être étiquetée meilleur parti - féminin, je ne voudrais pas contrarier Jordan - du pays. Toutes mes félicitations ! ajouta-t-elle un peu ironique. Tous les garçons vont être à tes pieds.

Elle retient la suite de sa phrase, qui était en substance "heureusement que tu es célibataire désormais". Elle avait bien évidemment, comme tout le monde, entendu les rumeurs comme quoi Swann et son petit copain Aaron le Serdaigle s'était séparés. Au moins, elle aura de quoi se consoler. Les portes s'ouvrirent avant qu'elle n'ait pu ajouter comme que ce soit, laissant passer Edmund et ses parents et laissant également entrevoir tous les regards curieux des invités qui avaient clairement aperçu Swann et étaient très sûrement en train de commenter. Edmund referma les portes derrière lui, un peu contrarié. Quand il aperçu Jordan et Cassandre, il fronça les sourcils.

- Vous faites votre propre petite réception dans le hall, les enfants ?

Cassandre ne put retenir un sourire. Edmund les appelait toujours "les enfants" en dehors de l'école. Cela lui rappellait des étés passés au manoir, où tous les plus jeunes, même ceux qui avaient une vingtaine d'année étaient tous "les enfants".

- J'étais venu souhaiter...

Bonne chance.

- La bienvenue à Swann, Edmund. Grand-mère Helen, grand-père Daniel, ajouta-t-elle en faisant cette fois-ci une révérence et en baissant la tête.

Mais ces derniers n'avaient pas leur intention focalisée sur elle, ni sur Jordan, mais sur Swann. Edmund s'approcha des trois, visiblement mal à l'aise.

- Père, mère, je vous présente Swann Twilfit. Ma fille.

Il avait dit le dernier mot après une pause, comme s'il avait eu du mal à le prononcer. En même temps, cela devait être une situation plus qu'étrange, de présenter une jeune femme de dix-sept ans à ses parents comme sa fille.

Daniel contempla le visage de Swann quelques secondes avant de lui faire un baisemain, avec un sourire gentil. Il était loin d'être le plus difficile à convaincre, Daniel avait toujours été un homme gentil, beaucoup plus calme et posé que sa femme. Les esprits aiguisés et créatifs lui plaisaient plus que tout et on conquérait son cœur avec un peu d'esprit et des bons mots, ainsi que des sourires. Non, la plus difficile était clairement Helen, qui venait de scruter Swann dans les moindres détails en un seul coup d’œil et venait sûrement de tout analyser. Sa tenue, son maintien, l'assurance qu'elle dégageait, son regard et tous les moindres petits détails. Elle laissa s'écouler quelques secondes dans un silence pesant avant de sourire mystérieusement à Swann et de relever le menton. Même Cassandre qui la connaissait plutôt bien aurait été incapable de dire à quoi correspondait ce sourire, s'il était satisfait, mauvais ou menaçant. Soudain, elle était vraiment ravie de ne pas avoir à subir cette épreuve.

- Miss Twilfit, bienvenue dans notre humble demeure ! Permettez-vous que je vous nomme Swann ? Et vous, appelez-moi Helen !

Cela commençait plutôt facilement. Swann devrait faire un compliment bien précis sur la maison, un vague ferait croire qu'elle lançait cela sans y penser. Quand Cassandre rencontrait quelqu'un, elle cherchait toujours le détail sur lequel la personne s'était attardée ou ce dont elle était le plus fière. En l’occurrence, on remarquait que le hall était décoré avec de nombreuses compositions florales et plantes. Helen avait toujours eu la main verte et l'amour des plantes. Ensuite, Swann devait évidemment accepter que grand-mère Helen l'appelle par son prénom mais surtout de ne pas tomber dans le piège ! Abandonner le "Mrs Harris" serait fatal, cela montrait une trop grande familiarité et un manque d'éducation. Et si Swann était suffisamment subtile, elle lui donnerait même du Lady Harris, ce qui serait marquer un point. Tout cela était marqué dans les bons livres sur l'étiquette. En espérant qu'elle s'en rappelle du moins.

- Nous sommes enchantés de faire votre connaissance ! Edmund nous a tellement parlé de vous !

Oui, décidément, Helen commençait plutôt gentiment.

- J'espère que notre petite réception ne vous mettra pas mal à l'aise. Vous aimez recevoir, Swann ?

Si elle répondait non, c'est qu'elle n'était pas quelqu'un de haut rang, qui était censé adorer recevoir et combler leurs invités.

- Nous aurons l'occasion de nous parler plus longuement lors du dîner, nous sommes à la même table. En attendant, je pense qu'il est temps d'honorer les invités de votre présence !

Helen posa ses yeux sur Jordan avant de reprendre la parole.

- Peut-être aimeriez-vous faire votre entrée au bras de ce cher Jordan ? Vous seriez sûrement plus à l'aise, puisque vous vous connaissez de l'école !

Oh, ça, c'était mesquin. Si Swann acceptait, Helen se servirait de cela pour affirmer qu'elle s'excluait de la famille dès le début, lorsqu'elle voudra lui reprocher quelque chose. Elle devait entrer au bras d'Edmund. Cassandre voulut faire un pas pour affirmer qu'elle rentrerait avec Jordan, mais le regard de sa grand-mère la cloua sur place. Apparemment, elle n'était pas décidée à laisser quiconque intervenir. C'était entre Swann et elle. Cette soirée allait détonner !




   
Juliet E. BakerSans emploiavatar
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Assise sur le tabouret d’une coiffeuse, face à un miroir, Juliet, les yeux dans le vague, écoutait distraitement les dernières remontrances de sa grand-mère au sujet de son comportement. Elle aurait donné n’importe quoi ne pas être là, pour ne pas devoir supporter la présence d’Isadora Flint. Depuis plusieurs minutes, elle ne cessait de se demander ce qu’elle faisait là. Pourquoi, par Merlin, pourquoi avait-elle accepté d’accompagner sa grand-mère à cette réception mondaine ? Pourquoi, lorsque sa mère était venue la trouver pour lui dire que cela ferait tellement plaisir à sa grand-mère que sa petite-fille l’accompagne, elle n’avait pas réfléchi et avait accepté de suite ? Elle détestait ce genre de réception ! Les sourires hypocrites, les tons mielleux, les révérences stupides. Elle haïssait ce genre de bonnes manières qui sonnaient faux. Pourtant, elle n’avait pas eu la force de refuser cela à sa mère. Déjà qu’elle n’avait pas adressé un mot à son père depuis quelques semaines, elle se voyait très mal lui avouer franchement qu’elle ne désirait parfois qu’une chose : renier sa famille maternelle. Et pourtant, là, assise sur le siège en velours du tabouret, cette seule envie était présente dans son esprit. Soupirant, elle jeta un coup d’œil à sa grand-mère dans le miroir avant d’attraper une brosse pour démêler ses longs cheveux châtains.

« Tes cheveux sont beaucoup trop volumineux, Juliet. » déclara la vieille femme avec un air pincé tandis que la jeune adulte les contemplait en se retenant de lever les yeux au ciel. « Et redresse-toi. » ajouta-t-elle en posant un doigt sur son dos, la forçant à se redresser, tandis qu’elle lui lançait un regard irrité.

Une fois ses cheveux démêlés, Juliet entreprit de les relever sous le regard attentif d’Isadora, qui se déclara satisfaite par un bref hochement de tête. Se relevant et lissant sa robe avec le plat de la main, la jeune femme observa son reflet quelques instants. Elle n’avait jamais vraiment aimé s’habiller pour ce genre d’occasion. Pourtant du genre à se vêtir d’un jean ou d’un short, d’un joli tee-shirt simple et d’attacher ses cheveux en un chignon fait à la va-vite, Juliet n’avait rien contre passer une jolie robe et mettre une paire d’escarpin, bien au contraire. Seulement tout dépendait de l’occasion. Or ce genre de réception mondaine avait tout pour la faire fuir…

« Regarde-moi. » ordonna sa grand-mère tandis que Juliet se tournait vers elle, silencieuse. « Tu es ravissante, Juliet. » déclara-t-elle finalement, quelques secondes plus tard.

« Merci. » lui répondit la Gryffondor une raideur qu’on ne lui connaissait qu’avec sa famille maternelle.

« C’est parfait. » constata Isadora avec un petit sourire satisfait, « tu vas finalement peut-être pouvoir être acceptée par la haute société… »

A cette pensée, Juliet réprima de justesse une grimace de dégoût. Jamais. Jamais elle ne voulait être acceptée par la haute société, et jamais elle ne le serait. On ne l’aimait pas beaucoup, dans ce genre de réception. Elle avait fait l’erreur d’être sang-mêlée, dès sa naissance. Et dans une famille comme les Flint, ce n’était que très peu pardonnable. Elle avait ensuite eu la bonne idée d’être répartie à Gryffondor, et non à Serpentard – l’idéal – à Serdaigle – respectable – ou encore à Poufsouffle – parfait pour les jeunes filles. Pire, elle n’avait aucune envie d’être femme au foyer pour élever les enfants d’un homme riche et puissant. Non, elle souhaitait intégrer une équipe de Quidditch professionnelle – un métier si peu féminin. Mais qu’il aurait été impoli de formuler cela ainsi ! Aussi, on se contentait généralement de reproches cachés sous un sourire mielleux et un ton doux et compatissant.

« Après tout, tu quittes l’école en fin d’année… » débuta la vieille femme en lui jetant un regard appuyé.

Aussitôt, la rouge et or détourna le regard, fuyant les sous-entendus de sa grand-mère. Elle en avait plus qu’assez d’entendre parler de mariage. Depuis longtemps déjà, Isadora avait commencé à lui parler du mariage qu’elle pourrait faire pour « réparer » l’erreur de sa mère. Et si les mariages arrangés n’étaient plus aussi présents qu’avant, beaucoup restaient fortement suggérés. Et pourtant, Juliet avait été très claire sur ce point, pour l’avoir clamé plusieurs fois : elle se marierait avec la personne qu’elle aurait choisie. Adriana l’avait appuyé, en jetant un regard courroucé à sa mère qui s’était renfrogné, absolument pas décidée à lâcher l’idée.

« Il serait temps de te voir fréquenter les bonnes personnes, Juliet. »

« Je fréquente qui je veux. »

« Cela n’empêche que tu t’entoures des mauvaises personnes. »

« Mauvaises ? »

«Née-moldues. »

Un soupire franchit les lèvres de la jeune femme tandis qu’elle levait les yeux au ciel.

« Enfin Juliet ! Tu as bien vu comment un mariage avec un moldu se finissait, n’est-ce pas ? Ils sont vils, fourbes, indigne de confiance, comme d’intérêt. »

« Votre raisonnement est stupide. » répondit-elle avec un regard noir. « Inutile de généraliser notre situation. » poursuivit Juliet avec froideur, tandis qu’une haine viscérale contre la vieille femme parcourait ses veines. « Vous n’avez pas à surveiller mes fréquentations, et vous savez pertinemment que je ne suivrais pas vos soi-disant conseils. »

Finissant d’accrocher deux discrètes boucles d’oreilles, Juliet capta le regard indigné de sa grand-mère et lui adressa un sourire insolent avant d’attraper ses affaires.

« Allons-y. »

Transplanant à la suite de sa grand-mère pour se retrouver quelques secondes plus tard devant une immense demeure, Juliet lui adressa un sourire poli et entreprit de marcher à ses côtés, suppliant mentalement n’importe qui de venir la chercher maintenant.

« Soit polie. »

« Toujours. » fit-elle avec un sourire ironique.

« Et n’oublie pas de faire la révérence. »

La Gryffondor hocha la tête à contrecœur. Elle haïssait ces manières stupides, futiles. Elle haïssait devoir s’aplatir devant quelqu’un, sous prétexte que c’était « l’étiquette. » Soupirant imperceptiblement, Juliet afficha une ombre de sourire sur ses lèvres tandis que sa grand-mère la conduisait instantanément vers les Harris - il était d'usage de saluer ceux qui recevaient en premier.

« Je vous présente ma petite-fille, Juliet. » présenta enfin Isadora.

« Mrs et Monsieur Harris. » salua-t-elle en s’inclinant avec l’immonde impression que cette soirée allait être très – trop – longue.

Après quelques minutes de conversation, comprenant notamment des compliments sur le manoir, les deux familles se séparèrent et Juliet glissa un regard vers sa grand-mère qui hocha la tête avec satisfaction.

« Je ne tiendrais jamais toute la soirée. » murmura-t-elle.

« Je ne te laisse pas le choix. » répliqua sèchement Isadora avant d’adresser un sourire mielleux à une Bones qui passait à côté d’elle.

« Suis-moi donc, » reprit-elle un peu plus fort, « je suis certaine que tu vas retrouver des connaissances. Et de toute façon, j’ai quelques personnes à te présenter. »

Juliet hocha la tête avec un sourire faux qui n’échappa à la vieille femme et qui lui en retourna un innocent. Un partout, balle au centre.
Intérieurement, elle injuria la haute société, tant elle la haïssait et qu'elle souhaitait s'en aller. Tournant la tête, elle repéra Cassandre Harper, Swann Twilfit et Jordan Nimbus de Pompapour. Intriguée, elle s'arrêta aux côtés de sa grand-mère qui ne semblait pas décidée à aller plus loin. Balayant avec curiosité le hall du regard, Juliet finit par reporter son attention sur le petit groupe qui avait attiré tous les regards des invités.
Qu'on vienne la chercher, par pitié, qu'on la tire de cet enfer.



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Joy HighlandsSans emploiavatar
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Joy leva les yeux vers le haut plafond de son Manoir, puis descendit son regard sur les murs immenses recouverts de tapisseries, les boiseries finement ouvragées des lourdes portes, et enfin le sol recouvert d'épais tapis anciens. Malgré l'amincissement de la fortune des Highlands en raison de la guerre, le Manoir était toujours rempli de ces vieux meubles d'époque victorienne aussi coûteux qu'encombrants. La demeure familiale n'avait pas perdu de sa prestance mais elle semblait plus dépouillée, plus vide. S'arrachant à la contemplation de la grande salle à manger silencieuse, Joy descendit les grands escaliers de leur demeure à pas feutrés. Elle s'approcha sans bruit du Hall d'où émanaient les voix étouffées de ses parents, apparemment lancés dans une discussion virulente. Légèrement surprise que sa mère ose élever la voix davantage qu'à l'ordinaire, la jeune fille entra dans la pièce au moment même où Philip et Annie Highlands se turent. Elle eut donc la confirmation qu'ils parlaient d'elle ou d'un sujet approchant, impression qu'elle n'aimait pas du tout. Ce fut son père qui brisa l'atmosphère désagréable qui planait au dessus d'eux en posant sur sa fille un regard appréciateur, tandis que sa femme lui adressait un petit sourire auquel Joy ne répondit pas. Elle se contenta d'attendre l'approbation de son père, qui ne tarda pas.

« Très bien », fit-il.

Il la trouvait donc présentable. Joy avait relevé ses cheveux et enfilé une robe noire très simple et de bonne coupe, le noir étant une couleur aussi classe que passe-partout. Elle avait agrémenté sa tenue de jolies boucles d'oreilles discrètes et d'un pendentif ayant appartenu à sa grand-mère, qu'elle avait rarement l'occasion de porter. Il faut dire que les Highlands se tenaient plutôt en retrait des soirées mondaines. N'étant pas une famille très renommée, ils avaient toujours préféré faire profil bas, n'honorant que les invitations les plus importantes. Car s'ils étaient de Sang-Pur, ils n'en étaient pas moins « en voie d'extinction ». En effet, la famille Highlands ainsi que quelques autres, comme les Wolf par exemple, maigrissait de génération en génération, les héritiers masculins se faisant de plus en plus rares, si bien que les derniers représentants de cette digne dynastie avaient peu d'espoir de préserver leur nom. En effet, Philip et Annie avaient eu la mauvaise idée de donner naissance à une fille, qui ne s'appellerait plus Highlands après le mariage. Bref, s'ils se rendaient chez les Harris, c'est parce que cette réception du printemps était l’événement à ne pas manquer. Toutes les grandes familles, même les plus petites, s'y rendaient chaque année. Quand on recevait son invitation – ou plutôt sa convocation – le 14 Février, il était impensable de l'ignorer. Alors les Highlands étaient en route pour le Manoir des Harris, pour l'image.

Ils transplanèrent devant l'immense demeure de leurs hôtes. Comme Joy l'avait prévu, personne n'articula mot jusqu'à la porte d'entrée. Rien d'étonnant concernant Annie qui ne disait jamais grand chose, et la jeune fille savait pertinemment que Philip n'avait plus aucun conseil de dernière minute à lui donner. Ses consignes, elle les avait apprises toute petite sans ressentir le besoin qu'on les lui rappelle. Avoir le dos droit et autres règles basiques étaient devenus des automatismes, et Joy savait depuis toujours comment se tenir dans la haute société. Elle était parfaitement consciente des enjeux qui auraient lieu ce soir et devait éviter tout faux pas. De plus, on comptait sur elle pour bien se comporter, et s'il y avait bien une chose que Joy ne voulait pas, c'était décevoir se père.

« Bien, allons saluer notre hôte », murmura-t-il après avoir confié sa veste à l'elfe de maison chargé de l'accueil des invités. Joy remarqua que le « portier » était suivi à la trace par un deuxième elfe qui répétait tout ce que le premier disait et imitait chacun de ses gestes. Il devait être en apprentissage.

La Serpentard suivit ses parents avec la sensation de devoir affronter un Magyar à Pointes en colère. La charmante Helen avait la réputation d'avoir un sacré caractère. Heureusement, les salutations furent rapides et les Highlands s'éloignèrent à la recherche d'une connaissance. Philip ne tarda pas à trouver des congénères travaillant comme lui au Ministère et engagea la conversation, de même que sa mère qui bavardait avec leurs femmes. Joy, laissée pour compte, retrouvait le schéma récurrent des quelques réceptions auxquelles ils se rendaient. Comme toujours, elle allait se retrouver seule, à moins que son cousin Burt ne soit présent, mais ce n'était pas la compagnie la plus agréable qui puisse exister. En général, celui-ci s'ennuyait tellement qu'il finissait souvent à compter le nombre de personnes portant des lunettes. Petite, elle l'aurait suivi ; ils auraient grimpé dans les escaliers, jeté des petits fours sur les invités depuis la balustrade et fait toutes ces choses que les enfants font pour se distraire pendant les « fêtes d'adultes ». Mais ces amusements n'étaient plus à l'ordre du jour. Elle était dans la mauvaise tranche d'âge pour ce genre de réception : plus assez jeune pour se permettre de faire des bêtises et pas encore assez âgée pour avoir le droit de se mêler à la conversation. Répondre poliment aux questions, être charmante et se taire, voilà ce qui était de rigueur pour les jeunes filles de son âge.

Une chose était certaine : ici, on sous-estimait beaucoup trop la gent féminine. Les hommes ne se doutaient pas forcément que derrière ces masques de petite fille bien éduquée et prête à marier, il n'y avait pas forcément des modèles de naïveté et d'innocence. Certaines, comme Helen Harris par exemple, avaient réussi à s'imposer dans la société, faisant preuve d'une intelligence et d'un charisme à tout épreuve. Les autres se contentaient d'œuvrer dans l'ombre de leur mari. Cette réception illustrait tous types de personnes, car il était impossible de classer les gens dans des catégories aussi limitées. Par exemple, les mères discutaient entre elles, certaines caressant machinalement la tête de leur rejeton en vantant ses mérites, sûrement pour lui trouver un bon parti. Mais derrière tous les sourires de façade et les paroles creuses, c'était bien plus que ça. Joy avait grandi en apprenant que chaque geste était un code et chaque remarque un sous-entendu. C'était comme un immense échiquier sur lequel chacun avancerait à sa manière, des pions à la reine, catalogué différemment. C'était comme un jeu, le jeu du chat et de la souris, où chaque personne épiait l'autre pour avoir de la matière à redire sur une famille rivale. Oui, c'était le jeu des apparences, des faux-semblants et de l'hypocrisie, sournois et compliqué où certains excellaient plus que d'autres. Pour triompher, il fallait maîtriser les usages de la haute, l'art de la subtilité, le talent de la dissimulation et la ruse avant tout.

Joy était maline, mais elle se connaissait. Elle savait qu'elle n'avait ni l'aplomb d'Helen Harris ni la répartie de Cassandre Harper pour prétendre faire partie des femmes qui s'imposent. Alors elle rentrait dans la deuxième catégorie : l'eau dormante. Depuis toujours, personne ne la remarquait. Elle portait des tenues simples mais sur lesquelles on ne pouvait rien trouver à redire, ni la marque, ni le coût, ni le style. Elle avait été répartie à Serpentard, elle avait des notes acceptables et n'avait jamais fait d'écart aux règles. Elle n'élevait jamais la voix, se taisait quand un bon mot lui venait à l'esprit, ne faisait preuve ni d'ironie ni d'humour noir, ne contestait pas les absurdités qu'elle pouvait entendre, n'argumentait pas en faveur ou contre une thèse intéressante abordée à table. Mais elle n'en pensait pas moins. Qu'elle n'exprime pas ses convictions ne signifiait pas qu'elle en était dépourvue. Elle était juste certaine de n'être pas assez éloquente pour défendre correctement son point de vue. Lors de ce genre de réception, elle était juste quelqu'un d'autre, l'enveloppe vide d'une fille banale dont on ne se méfiait pas le moins du monde. Ainsi, rien qu'en écoutant les gens parler et en étudiant leurs tics, leurs mimiques et leurs intonations, elle apprenait beaucoup de choses. C'est ce qu'on pouvait appeler tirer parti des inconvénients de sa propre situation, celle de jeune fille de bonne famille pas très en vue, ni très loquace, ni très charismatique.

« Voici ma fille Joy », dit Philip à un homme entre deux âges, appartenant apparemment à une branche lointaine des Blurwell, famille de sa mère, et qu'elle n'avait jamais vu de sa vie. Il avait un poste plus important que son père dans le Comité des Sortilèges Expérimentaux. Joy ne put s'empêcher de se délecter de la scène : Philip qui chez eux s'enflammait en discours virulents contre son supérieur lui parlait à présent tout doux tout miel, devant sa fille qui aurait pu répéter un à un les noms d'oiseaux qu'il avait utilisés pour le discréditer. Sans compter que sa femme Pandora, ronde et courtaude, se joignit aux présentations.

« Annie m'a beaucoup parlé de toi ! » minauda-t-elle.

Joy en doutait fort, elle était même quasiment certaine du contraire, mais elle sourit et répondit qu'elle était enchantée. C'est ce qu'il se passa avec un peu près tous les invités qu'ils saluèrent. McMillan, Selwyn, Harper, Rowles, Nimbus de Pompadour, Prewett, Flint, Greengrass... Au milieu de la foule, elle reconnut quelques familles très en vue, comme les Warlock, ou d'autres plus surveillées, comme les Nott, mais la majorité des conviés était plutôt composée de familles moins influentes, bien que riches. Joy conservait un sourire artificiel on ne peut plus réaliste et formulait les politesses d'usage, comme si elle jouait un rôle. En réalité, elle avait juste appris à passer au dessus de ces formalités. La révérence n'était facile pour personne et l'envie de répliquer à une critique ou un sous-entendu se faisait parfois violente, mais la jeune fille n'avait même plus à se forcer de jouer les indifférentes. Elle n'était peut-être pas faite pour être à l'aise en société, comme Swann Twilfit qui semblait être née pour ça, mais elle avait au moins la capacité de savoir s'y fondre. C'est ce qu'on pouvait aussi bien appeler sa capacité d'adaptation. Ce soir, elle était quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui souriait aux dames, qui baissait la tête devant les hommes, qui complimentait les grand-mères, même les plus décrépies.

Joy crut avoir une hallucination en apercevant les beaux cheveux de Juliet Wilson aux côtés d'une vieille femme sèche et guindée qui n'était autre qu'Isadora Flint. Joy ignorait que Juliet était apparentée aux Flint. Mais c'était bien elle, la fougueuse Gryffondor, vibrante de fureur contenue, qui ne semblait pas à sa place dans ce tableau mondain. Et pourtant, elle était belle, Juliet. Joy ne put résister à la tentation de la rejoindre, même si sa présence n'était pas forcément désirée.

« Bonsoir, Juliet, fit la Serpentard, c'est un plaisir de te croiser ici. Tu vas bien ? »
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Andrew Warlock - 26 ans


Andrew remontait lentement l’allée menant au manoir familial, prenant le temps d’admirer le parc dans lequel il avait tant joué étant enfant. Il avait un peu l’impression de le redécouvrir, lui qui d’ordinaire traversait le jardin en quelques enjambés sans même un regard pour les arbres qui avaient abrité nombreuses de ses cabanes. Aujourd’hui il se sentait gagné par une forme de nostalgie. Il commençait à regretter l’époque où les choses étaient simples, et où il se serait rendu à la réception des Harris avec le sourire.

Le jeune homme poussa la porte de l’imposante demeure et fit signe à l’elfe de maison qu’il était inutile de prendre son manteau. Il eut à peine le temps de refermer la porte derrière lui que sa mère sortit du salon pour l’accueillir. Elle était très élégante, comme toujours, et très sobre. Doris n’en faisait jamais trop. Ses bijoux étaient discrets, tout comme sa robe de couleur claire. Elle s’avança vers son fils ainé qu’elle étreignit rapidement en assurant qu’ils partaient bientôt, et qu’il était très élégant ainsi. Son père les rejoignit rapidement, et évalua son fils d’un regard avant de lui signifier d’un hochement de tête qu’il partageait l’avis de sa femme. A une époque ils se seraient tous préparés dans la bonne humeur, parce que la journée à venir n’aurait pas été une épreuve. Ils n’auraient pas eu à mentir, à faire semblant. Une époque où leur famille n’était pas déchirée, ou son père n’était que directeur du département de la justice magique et où ils étaient heureux, simplement.

Ils attendirent en silence, chacun répétant mentalement son rôle, révisant les mensonges qu’il faudrait raconter, les compliments hypocrites qu’il faudrait faire, les sourires faux qu’il faudrait présenter. A une époque, ça avait été vrai. Il se souvenait d’un temps où il ne faisait pas semblant. Où il avait une famille soudée, dont il était véritablement fière, où il aimait ce genre de réceptions parce qu’il pouvait montrer à tout le monde comme ils étaient heureux, où il pensait que toutes les personnes qui lui souriaient l’étaient aussi. Ce n’était que récemment qu’il s’était rendu compte à quel point il avait pu être naïf et idiot. Surtout idiot. Évidement que non, personne ne se montrait sous son vrai jour, c’était le bal des hypocrites, tout le monde jouait à la famille parfaite alors qu’elle n’existait pas. La sienne l’avait été et elle avait littéralement explosé, et maintenant il se demandait si tous les autres avaient les mêmes problèmes. Ces couples qui se présentaient unies comme les deux doigts de la main, passaient-ils leur temps à se disputer ? Ces enfants qui se tenaient sagement aux cotés de leur parents, étaient-ils en conflits avec eux ? Les mots d’affection que l’on s’échangeait poliment cachaient-ils tous des piques haineuses ? Sans doute que oui.

Paige finit par descendre les escaliers à la hâte, se faisant réprimander par Doris qui lui demanda de ne pas courir. Arrivée en bas des marches, elle lissa le devant de sa robe et passa une mèche de cheveux derrière son oreille, attendant visiblement l’approbation paternelle.

« Parfait, annonça finalement John avec un sourire satisfait. Allons-y. »

Rien n’était parfait. Personne n’avait commenté l’absence d’Eliott mais ils ne pouvaient pas l’ignorer. Andrew s’attendait presque à le voir dévaler les escaliers en courant, les cheveux en bataille et son nœud de cravate mal fait, toujours en retard, comme d’habitude. Mais évidemment il ne viendrait pas, personne ne se faisait d’illusion là-dessus. Et pourtant ils faisaient comme si tout allait bien, comme s’il ne leur manquait pas un frère, un fils. Lui-même ne savait pas comment il parvenait à sourire à sa petite sœur, à laquelle il offrit son bras pour transplaner, alors qu’il se sentait comme amputé. C’était la deuxième année qu’Eliott manquait la réception des Harris, et sans doute pas la dernière. Son cadet s’était éloigné d’eux depuis longtemps, mais il était toujours revenu pour les évènements importants, comme si les traditions les plus anciennes pouvaient résister aux tempêtes. Mais il fallait bien se résoudre à l’évidence, leurs petites traditions ne valaient plus rien. Il retint un soupir alors que sa sœur posait une main sur son avant-bras. Il se força à lui sourire et la guida à l’extérieur de la maison avant de transplaner, juste après leurs parents.

Ils arrivèrent un instant plus tard devant le manoir des Harris. Il venait ici tous les ans depuis plus de vingt ans mais la demeure lui paraissait toujours aussi impressionnante. Andrew et Paige rejoignirent leurs parents et toute la famille s’avança lentement sur l’allée. Son père s’arrêta de nombreuses fois pour saluer des collègues ou des connaissances de longues dates. Andrew fut impressionné par la capacité de ce dernier à faire comme si tout allait bien. Il ne put s’empêcher de remarquer que Paige n’avait aucun mal à mentir non plus. Elle offrait de grands sourires à tout le monde et baissait la tête avec une fausse humilité quand on assurait qu’elle était ravissante ou lorsqu’on la félicitait pour son poste de préfète. Elle avait l’air parfaitement à l’aise et même lui se serait presque laisser prendre à son petit jeu. Il se contenta de saluer tout le monde poliment, restant volontairement un peu en retrait derrière sa sœur. L’usage aurait voulu que cela soit l’inverse mais Paige semblait bien plus douée que lui pour ce genre de choses. Elle s’adaptait à chacun de ses interlocuteurs, se permettait de s’affirmer un peu plus face aux jeunes collègues de son père, qui admiraient son aplomb, restait plus effacée et plus humble face aux invités les plus âgées, qui appréciaient ses bonnes manières. Elle enchainait les révérences et les sourires sans fausses notes et Andrew put voir au regard satisfait de son père que cela le ravissait de voir sa fille faire si bonne impression. Ce dernier se crispait imperceptiblement dès qu’on le questionnait sur l’absence de son fils cadet avant de répondre qu’il était très pris par ses études de médicomagie mais qu’il aurait adoré être là, peut-être l’année prochaine. Combien de temps encore se passerait-il avant que quelqu’un ne se rende compte qu’Eliott avait déjà fait une année d’étude en trop ? Ce mensonge ne durerait pas éternellement et il se demandait comment son père allait s’en sortir.

Ils finirent par arriver à l’intérieur et confièrent leurs capes à un elfe de maison, visiblement suivi par son apprenti. Ils saluèrent les Harris mais ne s’attardèrent pas, ceux-ci semblaient en pleine discussion, puis passèrent dans un autre salon, tout aussi richement décoré. Doris regarda un peu autours d’elle, salua quelques connaissances d’un sourire, avant de se pencher vers ses enfants.

« Votre père veut s’entretenir avec les Harper, mais allez-donc saluer les Rosier, leur intima elle. Soyez gentils, leur fils à l’âge de Paige et c’est une bonne famille. Andrew arqua un sourcil. Sa mère était-elle en train de parler de fiancer sa fille à un adolescent ingrat d’à peine seize ans ? Et ne fait pas cette tête Andrew, pesta-t-elle. Aller. »

Doris se lamentait souvent en disant qu’elle ne parviendrait jamais à marier sa fille, puisque celle-ci était toujours encadrée par ses deux grands frères lorsqu’elle sortait dans la haute société, bien que l’un d’entre eux manque à l’appel de plus en plus souvent. Il était vrai que cela avait de quoi décourager les prétendants les plus courageux, et tant mieux car Andrew était certain que sa sœur se débrouillerait très bien toute seule pour se trouver un fiancé convenable, pas avant quelques années de préférence. Ils s’approchèrent donc des Rosier qui les saluèrent avec de grands sourires. Il se permit un regard mauvais à l’intention du fils de Sebastian, qu’il touche à un cheveu de sa petite sœur et il aurait à faire à lui, avant de rire de bon cœur à la plaisanterie de Mrs. Rosier, qui assura qu’il serait bientôt trop vieux pour être célibataire. Elle n’avait pas tort, il avait vingt-six ans et aucune fiancée à son bras. Lui savait qu’il était encore jeune, mais dans une société où on se mariait à tout juste vingt ans avec quelqu’un que vos parents vous avait présenté, cela semblait anormal. Il avait eu plusieurs petites amies ces dernières années, mais aucune de ses relations n’avaient duré. Il était sans doute trop difficile, il se faisait des illusions et finissait toujours par être déçu. Ils prirent congé des Rosier qui souhaitaient discuter un peu avant les Nott.

« Je crois que j’ai aperçu Joy tout à l’heure. On peut aller la voir ? »

Andrew hocha la tête, cela ferait visiblement plaisir à Paige de parler à sa camarade de dortoir. Lui avait toujours été le plus grand des « jeunes ». Il était peut-être un des premiers nés de la « nouvelle génération » et il n’y avait jamais eu beaucoup de personnes de son âge à ce genre de réception. Cela ne l’avait jamais dérangé, il se plaisait à veiller sur les plus jeunes et à s’assurer qu’ils se tiennent bien, mais désormais il faisait plus partie des adultes. Adultes qui continuaient pourtant de le ranger parmi les enfants, puisqu’il n’était pas fiancé. La soirée promettait d’être longue.

Enfant il ne s’ennuyait jamais à la réception des Harris. Il fallait reconnaitre que son frère avait une sorte de don pour faire des bêtises qui déclenchaient à chaque fois un petit scandale, et animaient un peu la soirée. A sept ans il avait tiré sur la nappe de la table attribuée aux enfants –envoyant valser de nombreux verres et assiettes- alors qu’il se cachait en dessus pour une raison inconnue. Et à l’âge de quinze ans on l’avait retrouvé derrière un buisson à s’amuser avec Maisie Macmillan, ce qui avait fait son petit effet. Cette dernière se présentait d’ailleurs pour la première fois comme l’épouse de Malvin Harris et elle semblait parfaitement bien s’en sortir.

Alors qu’il traversait la foule en compagnie de Paige pour rejoindre Joy Higlands, Andrew aperçut Daphnée Greengrass, qui semblait elle aussi s’ennuyer un peu à côté de sa jeune sœur qui rayonnait au bras de Drago Malefoy. Il lui sourit, il avait toujours bien aimé Daphnée, qui était dans son année à Poudlard, mais ne s’arrêta pas puisque sa sœur le trainait dans l’autre direction. Son père lui en aurait voulu de laisser Paige seule.

« Bonsoir Mrs Flint, lança cette dernière avec un sourire poli et une révérence en arrivant près du petit groupe parmi lequel se trouvait sa camarade. Comment allez-vous ? Bonsoir Juliet, ajouta-t-elle à l’intention de la jeune femme qui accompagnait Isadora. Tu es très jolie ce soir. Là-dessus elle n’avait pas tort. Salut Joy, contente de te voir. »

Andrew attrapa la main que lui tendait Isadora pour y poser le bout de ses lèvres, avant de se redresser avec un sourire poli.

« Mrs Flint vous êtes ravissante, vous rajeunissez d’années en années ! »

Par Merlin il avait la désagréable impression que tout ce qu’il disait sonnait faux. Il était censé être avocat pourtant, mentir c’était son domaine. Sa sœur vint heureusement à son secours en se penchant un peu vers la vieille dame, malicieuse.

« Attention, il va finir par vous demander en mariage. »

Elle éclata d’un petit rire complice très convaincant avant de se tourner à nouveau vers sa camarade de dortoir et de lui chuchoter quelque chose à propos de la robe de Swann Twilfit. Andrew se tourna vers la jolie jeune femme d’une vingtaine d’années qui accompagnait Mrs. Flint. Il ne parvenait pas à mettre un nom sur son visage, peut-être faisait-elle ses débuts ce soir. Il espérait en tout cas qu’il ne s’agissait pas d’un membre important d’une grande famille, on ne lui pardonnerait jamais de l’avoir oublié si tel était le cas.

« Je ne crois pas avoir l’honneur de vous connaitre, le nom d’une si belle jeune femme n’aurait pu m’échapper, Andrew Warlock, enchanté. »

Avec un sourire il lui tendit sa main afin qu’elle y pose la sienne.
Cassandre HarperSeptième annéeavatar
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Swann était assez douée pour quelqu'un qui n'était pas issue de ce monde étant donné qu'elle passa tous les petits pièges d'Helen sans fausses notes. Assez impressionnant, tout de même. Cassandre retint un sourire en voyant que cette chère Helen était presque déçue de voir que Swann savait se débrouiller et qu'elle ne pouvait ainsi rien lui reprocher pour le moment. Mais sa grande-tante avait de la ressource et elle savait très bien que la soirée était loin d'être finie. Edmund, sûrement un peu soulagé de voir que rien de grave n'était arrivé - il connaissait sa mère mieux que personne - tendit son bras à Swann.

- Quelle charmante jeune fille ! lança Helen, du ton qui laissait sous-entendre "je vais la réduire en miettes."

La famille, quel bonheur. Et les codes de la haute-société aussi. Cassandre était née dans cela, avait toujours connu ce mode de fonctionnement. Mais de l'extérieur, cela devait sembler sûrement très étrange. Mais mine de rien, malgré tout ce qu'elle pouvait parfois reprocher à ce monde, elle était fière d'y appartenir. Les Harper étaient encore une famille respectée, pas sur le déclin comme d'autres, liées aux plus grandes. Elle s'était toujours épanouie ici, au milieu de ce genre de personnes, avait reçu l'éducation adéquate pour y survivre. Et cela lui avait forgé le caractère, indéniablement. Il y avait trois types de personnes dans la haute-société : ceux qui n'y avaient aucun poids, qui étaient encore là grâce à leur grandeur passée et qui passaient presque inaperçus, ceux qui souhaitaient s'élever, qui savaient à qui sourire et devant qui s'incliner et ceux qui avaient déjà leur place, par leur nom, leur argent ou parce qu'ils avaient su s'imposer. Dans la dernière catégorie, il y avait surtout des hommes. Mais Cassandre comptait y appartenir un jour, être le genre de femmes qu'on respecte, pas être la femme d'un homme qu'on respecte. Et même si elle ne s'entendait pas vraiment avec sa grande-tante et qu'elle pouvait lui reprocher beaucoup de choses, Helen Harris était une femme qui avait su s'imposer, bien plus que son mari, qui avait su s'imposer d'une manière incontestable en mêlant des manières parfaite et un tempérament de fer. Et même si Cassie savait qu'Helen désapprouvait pas mal de choses dans ces actions, elle avait déjà vu dans son regard une lueur de fierté quand elle tenait tête à des machos qui estimaient que le plus grand rôle d'une femme, c'était de diriger les Elfes de Maisons. La différence entre Helen et Cassandre était sûrement une différence de générations. Helen voyait le mariage comme une forme d'émancipation, qui permettait de passer du statut d'enfant de son père à celui de femme indépendante et adulte. Cassandre voyait cela comme une aliéniation, comme si on la forçait à rester dans l'ombre de son mari.

Mais ce n'était pas vraiment l'heure des considérations féministes, songea-t-elle en revenant à la réalité quand Daniel attrapa le bras de sa femme et ouvrit les portes d'un coup de baguette. C'était l'heure pour Swann de rentrer dans la fosse aux lions. L'histoire d'un enfant caché chez les Harris, famille si modèle, en avait déjà fait plus d'un. Si Swann voulait être respectée et prouver qu'elle avait sa place à part entière dans la haute société sorcière, elle devrait faire un sans fautes. Le silence se fit tandis qu'Edmund et elle commençaient à avancer puis des murmures se firent entendre, comme une traînée de poudre dans le salon. Edmund se dirigea directement vers sa sœur, son mari et ses enfants pour leur présenter officiellement Swann. C'était un bon choix. La sœur d'Edmund était beaucoup plus gentille que sa mère. Les gens se regroupaient autour d'eux, attendant qu'on leur présente la jeune femme officiellement. Elle allait avoir le droit à toutes les hypocrisies pendant un long moment, le temps qu'elle soit présentée à tous les invités. La plupart seraient là par curiosité mais il y allait avoir le petit lot d'intéressés. Après tout, il se murmurait que Swann deviendrait forcément l'héritière Harris, ce qui attirait toutes les convoitises.

Tandis que toute l'attention était tournée vers Swann et son père - Morgane, que c'était étrange de penser cela en faisant allusion à Edmund - Cassandre accepta le bras de Jordan pour entrer dans le salon. Ce dernier fit beaucoup d'effet aux jeunes filles entre treize et vingt-cinq ans qui étaient restées en retrait avant de pouvoir saluer Swann, ce qui arracha un ricanement à Cassandre que seul son cousin put entendre. Jordan Nimbus de Pompadour était l'un des partis les plus demandés, il fallait le reconnaître, avec Melvin Jones - qui avait vu sa valeur chuter suite à l'apparition de Swann - et autres garçons de bonnes familles fortunées. Ce qui portait préjudice à Jordan, c'était quelques moldus dans son arbre généalogiques qui en gênaient quelques uns mais c'était un défaut assez compensé par une agréable fortune. Amusant comment certains arrivaient à fermer les yeux en oubliant des valeurs qu'ils prônaient avec acharnement en voyant un coffre de Gringotts bien rempli. Cassandre avait également l'immense chance d'être une jeune fille en vue grâce aux revenus conséquents des Harper. La situation familiale de ses parents était délicate mais ils étaient peu à le savoir. En revanche, la fortune du reste de la famille se portait très bien et tout le monde savait que dans le conflit d'héritage qui s'annonçait, elle était très bien placée. Elle valait cher, c'était fantastique, n'est-ce pas ? La main de sa grande-tante Helen la fit sursauter. Mais d'où est-ce qu'elle sortait ? Elle était censée être coincée dans la foule qui entourait Swann. Un regard en arrière lui permit de constater qu'elle avait également posé une main sur l'épaule de Jordan.

- Les enfants, je pense que nous nous retrouverons au dîner. Ne vous en faîtes pas pour cette chère Miss Twilfit, elle est en de bonnes mains. Allez donc passer un peu de temps avec des gens de votre âge, ajouta-t-elle en exercant une légère pression dans leurs dos.

Et avant qu'elle ou Jordan ait pu dire quoi que ce soit, elle avait déjà disparu. Le message était clair. Elle avait bien vu leur petit manège autour de Swann et leur ordonnait de cesser cela tout de suite. Elle voulait régler ça toute seule. Soudain, Cassandre plaignait vraiment la jeune femme. Vraiment.

- Je sais pas pour toi, lança-t-elle à l'adresse de Jordan, mais j'ai trouvé ce que vient de faire Helen vraiment flippant.

Et tant pis pour ses manières de parler. Il y avait un sort anti-transplanage sur l'intérieur de la maison. Comment une femme de son âge faisait pour se déplacer aussi vite et aussi silencieusement ? C'était carrément effrayant. Cassandre jeta un petit coup d'oeil au groupe que lui avait indiqué sa grande-tante. Elle reconnu Juliet Wilson ce qui la troubla quelques instants avant qu'elle ne se rappelle qu'elle était affiliée aux Flint, Joy Highlands, l'aîné des Warlock - la disparition du cadet était d'ailleurs un grand-sujet de commérage chez sa mère et ses amies - et sa sœur Paige, ainsi qu'Isadora Flint, cette mégère.

- J'ai beau être à Gryffondor, je tiens à ma tête, je vais donc obéir à Helen pour une fois. De toute manière, impossible d'approcher Swann dans cette cohue et je crois que notre chère tante finirait par nous mordre. Nous le reverrons au dîner. Si elle a survécu, ajouta-t-elle en jetant un coup d’œil à a foule où leur camarade avait disparu.

D'un geste assuré, Cassandre balaya le devant de sa robe d'un geste de la main pour l'ajuster, releva le menton et plaqua un sourire poli et aimable sur ses lèvres avant de se diriger d'un pas assuré vers la petite assemblée. Sa première révérence, profonde et la tête basse, fut pour Isadora Flint. Elle se releva lentement, le dos droit et un sourire candide sur les lèvres. Jouer les adorables petites filles marchait toujours.

- Oh, Lady Flint, c'est un plaisir de vous croiser ici ce soir ! Si vous me permettez cette futilité, laissez-moi vous dire que votre robe est absolument ravissante. Je rêve d'avoir un jour une telle élégance ! Mais je sais très bien que c'est de famille. Juliet, tu es splendide ce soir, tu vas faire tourner des têtes, lança Cassie avec un petit rire. Plus que d'habitude, je veux dire ! précisa-t-elle, en souriant largement.

Elle avait beau s'être disputé avec Wilson un jour à Poudlard, il fallait lui reconnaître qu'elle était vraiment très jolie. Tout en suivant l'étiquette, Cassandre se tourna vers le deuxième plus âgé, à savoir Andrew Warlock. Elle lui adressa un sourire rayonnant et lui fit une révérence, la tête haute. Ce n'était que pour les vieilles femmes aigries comme Isadora que l'on courbait autant la nuque.

- Monsieur Warlock, nous ne sommes encore jamais rencontrés mais je suis la fille de Cornélius Harper. J'ai beaucoup entendu parler de votre éloquence et de votre travail à la Justice Magique. Mon père vous admire beaucoup et dit souvent lorsqu'il vous mentionne que vous serez l'avocat des années à venir ! Oh et Paige, je suis jalouse, j'avais fait énormément d'efforts et voilà que je me retrouve face à des jeunes filles comme Juliet, toi et Joy ! C'est injuste ! ajouta-t-elle en riant.

Elle se tourna vers Joy, un grand sourire aux lèvres.

- Je n'en n'ai pas eu l'occasion à Poudlard, mais je tenais sincèrement à te féliciter pour ce qui tu as fait à l'équipe de Serpentard. La première équipe totalement féminine de cette école... Une des meilleures choses qui soit arrivé au Quidditch, ajouta-t-elle.

C'était le premier compliment sincère qu'elle adressait de la soirée et elle sourit gentiment à Joy, loin du sourire "Je suis une adorable petite héritière bien dressée" qu'elle servait depuis le début de la soirée. Il était temps de remettre quelques machos à leur place et de prouver que que le talent n'était pas réservé aux hommes.

- Même si évidemment, notre Quidditch amateur n'atteint pas le niveau des professionnels... La performance de Marcus, à son dernier match, reprit-elle en se tournant vers Isadora, ce fut... J'en ai encore le souffle coupé !

Elle adorait jouer à ce petit jeu-là, mine de rien. Parce que tout le monde, sauf ceux qui la connaissaient vraiment, tombaient dans le panneau et affirmaient que Cassandre Harper était un amour, une jeune fille digne de son rang. Une vraie princesse au bal des hypocrites.


   
Théo NottAncien personnageavatar
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Le regard vitreux, Théo écoutait d'une oreille le babillage insipide de Pansy Parkinson, l'une de ses charmantes cousines. A vrai dire, la quasi-totalité des personnes présentes dans cette salle lui était apparentée d'une façon plus ou moins proche, mais Pansy était l'une de ses plus proches cousines. Oh, joie ! Visiblement en manque de conversation, l'ancienne Serpentard l'avait attrapé de sa main griffue et manucurée dès l'instant où il avait mis les pieds dans la salle et ne l'avait pas lâché depuis. Théo n'avait pas fait le moindre effort pour se soustraire à sa compagnie, cela dit, puisqu'il n'était pas pressé de retrouver sa mère et sa soeur. Entre Artémis qui lui faisait la tête et Aurora qui s'était récemment mis en tête que son fils était bon à marier, Théo ne tenait pas particulièrement à retrouver les deux Nott. Non pas que sa mère soit particulièrement agressive, pas comme certaines mégères que l'on voyait balader leurs enfants de prétendant en prétendant, un sourire factice aux lèvres, non... Mais elle lui avait néanmoins fait remarquer qu'il était un adulte, désormais, et "beau garçon en plus"... et que les finances de la famille n'allaient pas en s'arrangeant. Un mariage - un bon mariage, avec une fille issue d'une famille aisée - pourrait contribuer à redorer la situation financière des Nott. Voire, si la jeune fille n'était pas, à redorer quelque peu leur nom.

Théo n'était pas vraiment étonné de ce genre de considérations. A vrai dire, il avait toujours partagé cette idée, celle qu'il ferait tout ce qu'il pouvait, une fois sorti de Poudlard, pour aider sa famille. Occuper un bon emploi au Ministère afin de ramener un salaire confortable, épouser une jeune fille de bonne famille, et enfin épauler sa mère qui avait du prendre un emploi après l'emprisonnement de son père. Et cette perspective, il l'avait toujours envisagée avec sérénité, voire avec impatience. C'était ainsi qu'il avait toujours vu son futur, et il avait toujours eu hâte d'en finir avec Poudlard, avec ses élèves inintéressants et prompts aux jugements. Cependant, plus l'échéance approchait et moins il se serait pressé, finalement. Olivia ne correspondait pas du tout au type de personne qu'il avait l'intention d'épouser, mais était-ce une raison valable pour mettre fin à leur relation ? Non. Et puis il ne voyait vraiment pas à qui il pourrait bien faire la cour. Les jeunes filles les plus en vues, comme Cassandre Harper ou Swann Twilfit, que l'on venait d'apprendre comme étant l'héritière d'Edmund Harris, n'étaient pas destinées à des fils de mangemort au compte en banque vidé par la justice. Et s'il se tournait vers les familles au nom entaché comme le sien, telles que les Lestrange par exemple, cela risquerait d'être mauvais pour l'image familiale. Concilier argent et réputation serait donc difficile... Sans oublier le fait qu'il avait l'intention d'aimer la personne qu'il épouserait, léger "détail" qui compliquait d'autant plus l'opération.

De toute façon, il n'avait pas du tout la tête à ça, ce soir. Ce genre de considérations pourrait bien attendre une année de plus, qu'il ait passé ses ASPIC et commencé à tracer son chemin dans la vie active. En attendant, il fallait qu'il aille faire semblant de compter fleurette à quelques jeunes filles de - plus ou moins - son âge pour faire plaisir à sa mère. Il espérait également que Helen Harris laisserait Cassandre quelques minutes de liberté afin qu'il puisse lui dire bonjour, histoire d'apprécier au moins l'une des conversations de la soirée... D'ordinaire, il appréciait ce type de réception, d'autant plus s'il s'agissait de la soirée annuelle des Harris. Mais ce soir, il se sentait las et maussade, ne se sentant aucune énergie pour se conformer aux multiples exigences de l'étiquette. C'était dommage, il apercevait Daniel Rowles qui avait l'air de profondément s'ennuyer au bras d'une mamie ridée comme une pomme qui ne cessait de bavasser, un peu comme Pansy, en fait. Théo aurait bien voulu aller lui parler du SPAM et de ses ambitions politiques futures, mais il aurait fallut pour cela qu'il parvienne à se débarrasser de Pansy... Bah ! Un sourire poli suffirait bien, décida-t-il en tournant vers Pansy son visage le plus aimable.

"Excuse-moi, chère cousine, le devoir m'appelle. Ce fut très agréable de converser avec toi, nous nous retrouveront au repas", dit-il en pensant avec morosité au moment où il devrait s'asseoir aux côtés de Pansy. Qui avait fait ce plan de table ? Il méritait d'être pendu par les pieds dans le plus sombre cachot de Poudlard et d'être torturé aux chatouilles par la plume jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Plantant là sa cousine sans plus de cérémonie, Théo fit quelques pas dans la direction de Rowles pour le délivrer de sa mamie, quand un étrange groupement attira son regard. Cette fille, à côté d'Isadora Flint, il la connaissait...C'était Juliet Wilson ! Mais que faisait une sang-mêlée dans une telle réception ? Il fallut quelques instants à Théo pour se rappeler que Juliet était la petite-fille d'Isadora, qui avait du réussir à la traîner ici ce soir, probablement en utilisant l'Impérium. Il ne pouvait pas imaginer Juliet venant ici de son plein gré... Enfin, c'était une très bonne nouvelle ! La meilleure amie de sa petite-amie était d'une excellente compagnie, et elle était d'ailleurs bien entourée. Un sourire sincère apparut sur son visage quand il reconnut plusieurs de ses camarades de Poudlard. Cette soirée s'annonçait moins ennuyeuse que prévue, tout compte fait ! Cassandre était là, tout comme le fils aîné des Warlock. Il y avait également Joy Highlands, qu'il connaissait fort peu mais qui lui apparaissait a priori comme une jeune-fille parfaitement fréquentable. Enfin, Théo nota avec amusement que le meilleur parti du pays avait fait à ce petit groupe l'honneur de sa présence. Théo avait toujours été un peu jaloux de Jordan, qui avait tout mieux que lui, à part peut-être un sang plus pur. Il venait d'une famille bien plus riche et plus en vue, et était donc courtisé comme aucun autre à ce type d'évènements. Par ailleurs, il avait l'air tout aussi intelligent que lui, semblait plutôt sympathique et était même beau garçon. Bref, il avait tout pour lui ! Ce petit comité était presque intimidant, à vrai dire, mais Théo se sentait finalement bien plus attiré par la perspective de rejoindre Juliet et Cassandre que celle de discuter politique.

Abandonnant Rowles à son triste sort, Théo bifurqua en direction du petit groupe, attendit que Cassandre ait terminé ses salutations, et se glissa à côté de Juliet.

"Bonsoir à tous", dit-il simplement. Ils étaient entre jeunes gens et il ne se sentait pas d'humeur à adopter des manières pompeuses en l'absence de parents pour les observer. Il croisa cependant le regard de sa mère non loin, qui le surveillait du coin de l'oeil tout en présentant Artémis à il ne savait qui. Théo lui adressa un petit signe de tête et se tourna vers Isadora en arborant son sourire le plus charmeur, avant de lui faire un baise-main.

"Miss Flint, c'est un plaisir de vous voir avec votre petite-fille, plaisir trop rare, si je puis me permettre !"

Théo réalisa que sa camarade n'apprécierait probablement pas qu'il encourage sa grand-mère à l'emmener plus souvent aux réceptions mondaines, il se permit un compliment pour se faire pardonner, compliment tout ce qu'il y avait de plus sincère d'ailleurs. Cette tenue et cette coiffure changeaient agréablement de ses tenues habituelles...

"Juliet, tu es ravissante."

Adressant un imperceptible clin d'oeil à sa camarade, Théo se tourna ensuite vers les autres membres du petit groupe, les saluant un à un, avant de venir se placer aux côtés de Cassandre. Le voilà entouré d'un Nimbus de Pompadour, d'un Warlock et d'une Harper, voilà qui devrait suffire à lui attirer des compliments maternels !

"Et voici ma perle rare", murmura-t-il du bout des lèvres, de façon à ce que seule Cassandre l'entende.

Un léger instant de flottement suivit son arrivée, et Théo réalisa qu'il avait quelque peu interrompu la discussion. Heureusement, il avait entendu les dernières paroles de Cassandre et se décida à rebondir sur le sujet, bien que celui-ci ne le passionne guère.

"J'ai cru vous entendre parler Quidditch avant mon arrivée. Je tiens à saluer ton travail à Serpentard, Joy, et ton courageux choix de sélection ! Je te souhaite de belles victoires, sauf contre Poufsouffle bien sûr."


Jordan Nimbus dePompadourAncien personnageavatar
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Cassandre ne s'inclina pas devant Jordan lorsque celui-ci arriva, et il ne lui en tint pas rigueur à outre mesure. Il la croisait tous les jours dans les couloirs de Poudlard et alors personne ne se souciait qu'ils respectent les convenances, il n'était donc pas problématique qu'ils en fassent peu de cas dans cette pièce peu fréquentée. Jordan était bien conscient de l'importance de bien se tenir en société, mais de tels écarts de comportement le dépassaient. Il se demanda vaguement s'il finirait par parler à Will de la même manière que son père parlait à des anciens camarades de classe - d'un ton amical mais officiel et pompeux - et espéra que non.

Après avoir accepté son invitation, Cassandre tempéra ses propos en présentant Swann comme le meilleur parti féminin d'Angleterre, avec une petite pique à l'encontre de son cousin que Jordan ne releva pas. La petite Cassie adorait jouer à la grande, et il était bien trop conscient de son héritage pour se laisser ébranler par une soi-disant remise en question. Il était vrai que la fortune des Harris n'avait pas à rougir face à la sienne. Ils auraient presque pu lui faire concurrence s'ils avaient eu sous la main un commerce aussi lucratif qu'une usine de balais. Mais la famille d'Edmund préférait gérer sa fortune de manière plus traditionnelle, c'était leur choix et tant pis pour eux, tant mieux pour lui. Jordan songea cependant que si Swann était acceptée par la famille, la bonne Serpentard qu'elle était s'empresserait d'utiliser les deniers paternels pour monter sa propre marque de mode et aurait de quoi s'enrichir considérablement.

Jordan n'eu pas le temps de commenter qu'Edmund et Mrs Harris firent leur entrée. Jordan retint un claquement de langue agacée lorsque son parent les appela "les enfants", car de son point de vue, il n'en était plus un depuis longtemps. A vrai dire, seule Cassandre pouvait encore prétendre au titre.

"Oncle Daniel", le salua-t-il alors que le vieil homme lui offrait une solide poignée de main. Mais l'attention se focalisa vite sur Swann, et Jordan se tint légèrement en retrait, à la limite du champ de vision de la matriarche. Si Daniel sembla enchanté de rencontrer sa petite fille, Helen la noya vite sous un flot de questions. Jordan trouva l'exercice difficile de deux points de vue. De celui de Swann, qui venant de la classe ouvrière n'était pas rôdée à ce jeu depuis la naissance; et du sien, car il jugeait qu'Helen posait vraiment des questions de bonne femme. C'était souvent sa mère qui se chargeait de les introduire lorsqu'ils arrivaient quelques parts, car c'était la plus douée pour les compliments d'usage. Jordan avait compris très jeune la logique de ce ballet d'hypocrisie, mais il n'était pas dans sa nature d'y participer. Il fut heureux, une fois de plus, d'être à sa place et non pas à celle de sa nouvelle cousine. Il espérait qu'elle ferait un sans faute, car cela aurait été un vaste gâchis que de la renvoyer à sa petite boutique. Un peu de sang frais ne faisait pas de mal.

Mais Swann s'en sorti avec les honneurs. Lorsqu'Helen proposa à Swann de faire son entrée au bras de Jordan, celui-ci recula discrètement d'un pas pour lui indiquer de refuser. Swann refusa poliement, et Jordan s'autorisa alors à intervenir.

"J'ai déjà promis à Cassandre qu'elle serait ma cavalière, tante Helen."

Il fit cependant moins le fier devant le regard d'aigle que lui lança son aïeule, et s'empressa de tendre son bras à Cassandre pour faire leur entrée. Des jeunes filles sourirent ou gloussèrent sur leur passage, ce qui fit ricaner la jeune Gryffondor.

"Jalouse?" demanda Jordan, que ces démonstrations ne mettaient absolument pas mal à l'aise. Bien sûr, cela l'agaçait d'être considéré comme une pile d'argent, mais il savait que c'était surtout un point de vue parentale. S'il avait été borgne et boîteux, les jeunes femmes de sa génération ne se presseraient pas aussi nombreuses pour l'épouser - et celles restantes auraient été des désespérées.

Il allait suggérer de rejoindre Swann pour lui prêter main forte, mais sursauta lorsque la main d'Helen se posa sur son épaule. Un léger coup d'oeil à Cassandre confirma qu'elle était aussi surprise que lui. A son grand désarroi, leur parente leur intima d'aller passer du temps avec les jeunes de leur âge. Jordan fut frustré. Il avait compté être assez libre de ses mouvements pour guider la jeune Twilfit dans ses premiers pas et s'en faire une alliée, mais il n'était pas assez inconscient pour désobéir à un ordre direct de Mrs Harris. Celle-ci semblait avoir compris qu'ils soutiendraient leur cousine au lieu de l'enfoncer, et se débarassait donc de leur compagnie gênante. Jordan se demanda bien pourquoi Helen tenait tant que ça à la mettre à l'épreuve. Elle était jolie, bien éduquée et intelligente, cela sautait aux yeux. Et quand bien même elle n'aurait pas connu les codes de la bonne société, elle les aurait assimilé très vite avec l'enseignement de sa grand-mère. Bah, de toute façon, il n'avait pas le choix. Et puis, se rassura-t-il en jetant un oeil en direction d'Edmund et de sa fille, Swann semblait s'en sortir à merveille.

"Helen est toujours flippante" répondit-il à Cassandre qui n'était pas encore remise de sa surprise. "Et je pense que Swann survivra, elle tient le plus grand réseau de commérage de Poudlard, elle ne va pas se laisser abattre par des piques d'un autre âge..."

Mais sa voix avait bien plus d'assurance qu'il n'en ressentait vraiment. Suivant le conseil avisé de Cassandre qui tenait autant à la vie que lui, le duo se dirigea vers un attroupement de "jeunes de leur âge" assez hétéroclite. Jordan libéra Cassandre pour pouvoir effectuer ses propres présentations. Il laissa l'honneur à la jeune fille, parfaitement à l'aise dans ce milieu, et qui lançait les compliments avec une aisance que Clarissa aurait presque envié.

"Lady Flint" dit-il sobrement en lui faisant un baise-main, "difficile de ne pas paraître rustre après les compliments de Cassandre. Je vois que vous avez transmis vos gènes à votre petite-fille."

Et, si c'était censé être un compliment pour Isadora, il fit une grimace d'excuse à Juliet lorsqu'il la salua, puisque c'était loin d'en être un pour elle. Jordan avait été surpris de trouver Juliet Wilson aux côtés de Mrs Flint, et seul son entraînement à l'apprentissage des arbres généalogiques lui avait permi d'éviter la bourde. Il fallait dire que Juliet ne semblait pas du tout à sa place dans le décorum, habituée qu'elle était des tenues simples et d'un comportement libre et désinvolte. Jordan ne se rappelait pas l'avoir beaucoup vue dans les soirées mondaines, et si son irascible tante n'avait pas été là, il ne se serait pas gêné pour lui poser la question.

L'héritier Nimbus échangea une poignée de main avec Andrew Warlock, qu'il connaissait depuis longtemps, mais pas suffisamment pour être proche, puis salua Paige, qui était sa camarade de classe, et ne fit aucun commentaire sur l'absence de leur frère. Enfin, il se tourna vers Joy. Ils n'avaient pas eu l'occasion de reparler beaucoup depuis leur échange à la bibliothèque et Jordan avait envie de lui faire part de ses impressions sur leur match - un exaequo, hélas, mais c'était Samantha qui avait attrapé le vif. Il avait déjà eu l'occasion de la complimenter. Mais, au grand agacement de Jordan, Cassandre le devançait sur tous les sujets avec son babillage. Elle semblait vouloir être le centre de l'attention et jouait à la parfaite petite héritière. Il fallait lui reconnaître un certain talent pour la comédie que lui-même ne possédait pas.

"Bonsoir, Joy, c'est un plaisir trop rare de te voir ici."

Les Highlands ne se rendaient en effet pas souvent aux réceptions mondaines.

"J'ai eu raison de parier sur ton équipe la dernière fois, dirait-on. Même sans balai, tu te débrouilles très bien. Si votre prochain match n'était pas contre ma propre maison, je te souhaiterai de gagner. J'espère qu'on aura l'occasion de voir de belles victoires l'année prochaine."

Comme Théo Nott arrivait et concluait à son tour le cercle des présentations par Joy, Jordan réalisa que la jeune fille devait être incroyablement mal à l'aise que tout le monde se focalise sur elle. Si elle était aussi timide que leur conversation à la bibliothèque le laissait croire, nul doute qu'elle n'ouvrirait pas la bouche. Et si, entre élèves de Poudlard, ils oublieraient vite cet incident, il n'était pas certain qu'Andrew Warlock et Isadora Flint aient autant de commisération. Jordan jeta un oeil à Paige, qui aiderait peut-être sa camarade de dortoir à s'en sortir. Mais comment sauver Joy et faire partir l'ancêtre? Jordan ne pouvait se permettre d'être insolent, si peu ce fusse, avec Mrs Flint, car Céleste, la mère de son ami Will était une nièce d'Isadora. Il opta donc pour quelque chose de plus classique mais de moins percutant.

"Mrs Flint, dites-moi, à quelle table êtes-vous placée ce soir? J'ai cru comprendre que Mrs Carrow était désolée de ne pas vous avoir à ses côtés."

Oups. Restait à espérer que Mrs Flint n'avait pas entendu parler de l'incident de Noël - ou qu'elle avait un sens de la famille suffisamment développé pour trouver le comportement de Jordan adapté à la situation. Les deux situations étaient à peu près aussi probable que d'espérer de la gentillesse de la part d'Helen Harris...


Juliet E. BakerSans emploiavatar
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D’aussi loin que remonte ses souvenirs, Juliet n’avait jamais aimé les réceptions mondaines. Pourtant, elle n’avait assisté à beaucoup de dîners ou de déjeunés en compagnie de la haute. Dès qu’elle avait eu l’âge de refuser, elle l’avait fait. Cela n’avait pas vraiment plu à sa grand-mère, qui avait tenté par tous les moyens de la forcer à l’accompagner. Adriana et George – surtout son père, à vrai dire – s’était opposés à la décision de la vieille femme. Juliet avait beau être une descendante des Flint, elle portait le nom de Wilson, et était apte à choisir par elle-même si elle désirait se rendre dans ces réceptions. En tout cas, personne ne pouvait l’y obliger. Aussi, elle avait immédiatement mit un terme à ce genre de sorties, et avait refusé de changer d’avis, aussi butée qu’elle pouvait l’être de haut de ses onze ans. C’était ennuyant, la haute société ! Ça minaudait beaucoup, ça souriait faussement, il fallait respecter une étiquette, faire la révérence, toujours trouver un compliment pour l’hôte, être présentable, ne jamais se salir, éviter de trop courir, se tenir droite, rester des heures en compagnie des adultes sans pouvoir prononcer un haut, parce que l’opinion des enfants n’avait pas sa place. Or, Juliet, lorsqu’elle était plus jeune, était exactement à l’opposé de ce qu’on lui demandait d’être. Elle était spontanée, riait beaucoup, parlait énormément, aimait courir, se salissait en jouant, était incapable de tenir en place, et voulait se faire entendre. Aussi, elle avait évité les réceptions mondaines plusieurs années, et n’y était retournée qu’une fois, alors qu’elle avait quinze ans… Et aujourd’hui.

Elle ne savait même plus pourquoi elle avait accepté, songea-t-elle en jetant un regard quasi-désespéré autour d’elle. Pour faire plaisir à sa mère, sûrement. Parce qu’elle n’avait pas eu le cœur à lui refuser quoique ce soit. Mais après ça, plus jamais. Jamais. Elle n’appréciait déjà pas plus que ça la compagnie de sa grand-mère, alors se retrouver au milieu de toutes les femmes de la même génération… Si au moins sa mère les avait accompagnées ! Elle avait prétexté avoir « une foule de chose à faire », ce qui avait fait lever un sourcil interrogateur à sa fille. Elle voulait bien croire volontiers sa mère lorsqu’elle disait qu’elle avait trouvé de quoi s’occuper depuis sa sortie de l’hôpital, elle lui avait parlé d’une association ou quelque chose dans le même genre, mais Juliet pensait surtout que c’était une manière comme une autre d’éviter de se retrouver avec la haute, leur ton mielleux et leur fausse compassion, après s’être fait trompée par son mari – moldu, qui plus est.

La jeune fille chassa ses pensées désagréables loin de son esprit, et fit intérieurement une prière pour qu’un événement puisse la tirer d’ici. N’importe quoi, mais par pitié, quelque chose. Et, fort heureusement pour elle, ses prières furent exaucées rapidement, puisqu’elle vit Joy Highlands se diriger vers elle. Un véritable sourire se dessina sur ses lèvres, et elle l’accueillit avec plaisir.

« Bonjour Joy. » répondit-elle, « très bien, merci, et toi ? » demanda la jeune fille avant de rajouter : « Tu es ravissante. », avec un sourire sincère.

Elle était contente de croiser Joy ici – elle appréciait la compagnie de la Serpentard. Pourtant, elles ne se parlaient pas beaucoup, mais les rares fois où l’occasion s’était présentée, elle avait eu une très bonne impression. Sentant le regard de sa grand-mère peser dans sa nuque, elle se tourna vers elle, et se chargea de faire les présentations :

« Grand-mère, je pense que vous connaissez Joy Highlands ? « demanda-t-elle alors que la vieille femme hochait la tête avant de saluer sa nouvelle venue.

On s’étonnait, parfois, du fait qu’elle vouvoie sa grand-mère maternelle. Elle aussi, lorsqu’elle y pensait, trouvait ça étrange. Mais elle ne pouvait décemment pas la tutoyer. Déjà, parce que ça ne se faisait pas, dans sa famille. Isadora avait demandé à être vouvoyée dès la naissance de sa première petite fille. Puis même, c’était trop proche, le tutoiement. Utiliser le « vous » mettait immédiatement plus de distance entre elles. Et la Gryffondor n’avait aucune envie de se rapprocher de sa grand-mère – vraiment aucune. Elle s’apprêtait à rajouter quelque chose lorsque leur petit groupe fut rejoint par Paige Warlock et de celui qu’elle supposait être son grand-frère. Elle ne connaissait pas vraiment les Warlock, mais avait seulement rencontré Eliott quelques mois plus tôt. Eliott, qui, visiblement, n’était pas présent. Devant les manières du jeune homme pour saluer sa grand-mère, Juliet esquissa un sourire amusé, alors que la vieille femme minaudait un « merci. » Gardant son sourire alors qu’il se tournait vers elle, la Gryffondor posa sa main sur celle d’Andrew – puisque c’était ainsi qu’il venait de se présenter – et déclara :

« Juliet Wilson, enchantée. Je suis la petite fille d’Isadora. Je n’ai pas non plus la chance de vous connaître… J’ai rencontré votre frère, par contre, il y a quelques mois. Il suit une formation… passionnante. » glissa-t-elle, avant d’ajouter avec aisance : « Médicomage doit être un métier fascinant ! »

Ignorant le regard ravi que sa grand-mère lui lançait, Juliet se retint de lever les yeux au ciel, et se contenta de se tourner vers Cassandre Harper, qui venait d’arriver. Cassandre qui était visiblement douée – non, très douée – pour se faire aimer, au vu du regard que venait de lui lancer Isadora, qui la salua à son tour.

« Bonsoir Cassandre ! Oh, rassure-toi enfin, tu es splendide ! » lui assura-t-elle.

Exactement le genre de petite fille qu’Isadora aurait adoré avoir, songea-t-elle avec ironie, alors que la jeune fille parlait de la performance de Marcus lors de son dernier match.

« Marcus fait notre fierté à tous. » confirma-t-elle en hochant doucement la tête, alors que Juliet retenait un éclat de rire – elle ne s’était jamais réellement entendue avec son cousin.

Quelques secondes plus tard, c’était Théo qui les rejoignait, suivi de près par Jordan. Elle salua les deux jeunes hommes d’un sourire, heureuse de retrouver Théo ici. Elle ne connaissait pas vraiment Jordan, mais se sentait bien moins seule que lorsqu’elle était uniquement avec sa grand-mère !

« Théo, Jordan, heureuse de vous voir ici. » ajouta-t-elle à ses salutations, alors que le dernier nommé s'adressait à sa grand-mère, qui jeta un regard curieux autour d'elle, cherchant du regard une de ses amies...

« Les enfants, je vous laisse entre vous, je me dois d'aller voir cette chère Mrs Carrow... Juliet, tu iras saluer ta tante et tes cousins, n'est-ce pas ? »

« Evidemment. » répondit-elle avec un sourire forcé.

Sa grand-mère partie, elle lâcha un soupir de soulagement imperceptible et se tourna également vers Joy :

« Oui, toutes mes félicitations pour cette nouvelle équipe, Joy ! Et bon courage pour vos matchs. Tu es une Poursuiveuse très douée, dans tous les cas. » affirma Juliet – et c’était l’entière vérité. "Tu comptes poursuivre dans cette voie ?" demanda-t-elle avant de s'adresser à Théo : "Et toi Théo ? Un domaine te tente plus qu'un autre, à ta sortie de Poudlard ? Et vous ?" fit-elle en se tournant vers Paige, Cassandre et Jordan, bien qu'elle ne doutait pas une seule seconde que Jordan veuille reprendre l'entreprise de son père.



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Joy HighlandsSans emploiavatar
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Satisfaite de découvrir un sourire fleurissant sur les lèvres de Juliet, encore si maussade à l'instant, Joy lui sourit à son tour. Même si Juliet n'était pas enchantée d'être là, c'était un soulagement pour elle que la Gryffondor soit présente. Bien que la solitude ne la dérange pas trop, rester seule et désœuvrée, debout au milieu des convives animés, avait quelque chose de gênant. La seule personne qu'elle se sentait capable d'aborder était une fille de sa tranche d'âge qu'elle connaissait... relativement. Elle avait réellement discuté avec Juliet à deux reprises. La première fois, il s'agissait d'un stupide accrochage ayant opposé le caractère de feu de l'une à l'indépendance farouche de l'autre. Joy, ne prenant part active aux affrontements que lorsqu'il était question de conflit intérieur, avait rapidement fait la paix avec la Gryffondor, certes fougueuse mais compréhensive. C'était il y a une éternité, lui semblait-il. La deuxième fois, juste après avoir été nommée Capitaine de l'équipe de Quidditch ; leur conversation avait vraiment aidé Joy à s'affirmer et à avoir plus confiance en elle, autant sur le terrain que dans sa vie quotidienne. Elle conservait depuis dans son esprit une bonne image de Juliet, malgré tous les quolibets désobligeants dont cette dernière était cible à Poudlard. D'après la Serpentard, personne n'était assez blanc pour posséder le droit de jeter des insultes sur quelqu'un dont il ignorait tout.

« Tout va bien, merci », répondit-elle.

Joy avait toujours trouvé que la question « Ça va ? » était rarement posée par son interlocuteur parce qu'il était réellement intéressé par son état ou s'il attendait une autre réponse que « Oui ». Non, en général, le sempiternel « Ça va ? » ne pouvait être agrémenté que d'un « Oui », et dans la plupart des cas, la réponse était aussi machinale que la question. En aucune façon la personne ayant demandé comment ça va n'espère une réponse franche, « Non », car en l’occurrence il faudrait demander « Pourquoi ? » et écouter attentivement se déverser de la bouche de l'autre tous les malheurs qui l'accablent ; d'un ennui profond, tandis que la fausse affirmation est bien plus vite expédiée. Réciproquement, la personne qui va mal répond rarement « Non », car ce serait l'assurance que l'autre, par pure politesse, ait la complaisance s'enquérir des causes de ses maux alors qu'elle n'a aucune raison de s'épancher auprès de lui sur sa misérable vie. Bref, Juliet lui déclara ensuite qu'elle était ravissante.

« Pas autant que toi », souligna Joy, et c'était plus la vérité – Juliet était éblouissante – que la formule d'usage de rigueur dans ce genre de soirées.

Hélas, Juliet interpella sa grand-mère puis fit les présentations. Joy se rembrunit et déglutit discrètement. Isadora Flint ne faisait pas partie des gens qu'elle estimait, et encore moins de ceux qu'elle appréciait. Peut-être à cause de son regard scrutateur qui vous cataloguait en un quart de seconde, ou en raison de sa rigidité... Bien sûr, elle n'était pas la seule vieille femme guindée de l'assemblée, mais elle l'était d'une manière différente. Frigide. Ce n'était qu'une simple impression, et pourtant Joy ne parvenait pas à passer outre. La présence de Mrs Flint lui était désagréable. Elle se retenait de relever la tête et de soutenir son regard, en dépit de ses bonnes résolutions. Elle s'était promis de ne pas se laisser atteindre par le jugement de la haute société, elle avait décidé qu'elle ne serait pas faible face aux grands de ce monde, elle avait ressassé mille et une fois l'attitude à tenir lorsqu'elle aurait envie de prendre ses jambes à son cou, elle s'était convaincue de faire preuve de plus de détachement qu'à Poudlard, alors elle ne devait pas fléchir devant une mégère comme celle-là ! Ces yeux sévères posés sur elle la mettaient mal à l'aise, mais elle s'efforça de dominer les battements erratiques de son cœur et de rester indifférente. Intouchable. Parce que ce soir, elle n'avait pas le droit d'être Joy Highlands.

« Bonsoir, Mrs Flint, je suis ravie de vous rencontrer », déclara-t-elle, tout sourire.

Elle allait enchaîner quand, suivie de près par son frère aîné, Paige pointa le bout de son nez mutin dans leur petit cercle. Celle-ci salua Mrs Flint, puis Juliet et enfin Joy, avec un savoir-faire évident. Elle se déplaçait avec grâce, souriait à s'en décrocher la mâchoire, complimentait sans hésitation et montrait à tous sa mine rayonnante. Mais Joy la connaissait trop bien pour se laisser abuser. C'était l'une de ses rares amies, la première et la plus ancienne, celle avec qui elle traînait tous les jours depuis six ans. En la côtoyant, elle avait appris à comprendre ses changements d'humeur subits, sa manière de présenter une facette toujours différente d'elle-même, l'attitude qu'elle prenait lorsqu'elle désirait quelque chose. Paige méritait amplement sa place à Serpentard. Outre le fait qu'elle soit une très bonne menteuse, elle savait adopter l'expression adéquate convenant au type de personne à qui elle faisait du charme. Elle savait changer de visage à volonté pour parvenir à ses fins ; tantôt froide, tantôt engageante, sèche, chaleureuse, déterminée... et souvent capricieuse. Elle savait comment plaire à n'importe qui, comment leur faire plaisir, comment se faire aimer. Et surtout, depuis le temps qu'elle la fréquentait, Joy avait l'impression que Paige avait surtout besoin qu'on l'aime.

« Salut Paige », fit-elle à son amie en retour.

Celle-ci, après avoir fait une plaisanterie fort bien accueillie par Isadora Flint, lui murmura :

« Tu as vu la robe de Swann Twilfit ? »

Joy qui avait remarqué la susnommée quelques instants plus tôt glissa à Paige :

« Oui, elle est très bien ! Je me demande si c'est elle qui l'a faite... »

Au même moment, Juliet posait sa main sur le bras galamment offert d'Andrew Warlock en faisant remarquer qu'elle avait eu l'occasion de faire la connaissance du frère cadet des Warlock, Eliott. Celui qui était au centre de l'attention ce soir-là, s'illustrant par son absence. L'intérêt de Joy s'éveilla quand la Gryffondor marqua une infime pause avant le mot « passionnante ». Était-ce un hasard ou bien sous-entendait-elle quelque chose ? Impossible de le savoir. Cependant, la Serpentard continua de détailler attentivement Andrew Warlock, tout en s'appliquant à ne pas se faire repérer ; tout un art, qui exigeait beaucoup de pratique. Un jeune homme brillant, disait-on. Fierté de la famille, promis à un grand avenir. Meilleur parti du moment... Non, deuxième meilleur parti du moment, rectifia Joy en apercevant Jordan et Cassandre s'approcher. Elle n'avait discuté qu'une seule fois avec le premier, il y a quelques semaines à la bibliothèque. La dernière fois qu'elle avait adressé la parole à la deuxième, c'était lorsqu'elles s'étaient retrouvées coincées au sommet de la tour d'Astronomie. Elle ne les avait cependant jamais aperçus lors des rares réceptions mondaines auxquelles elle s'était rendue, et elle pouvait enfin constater comment ils se débrouillaient, eux qui étaient nés dans ce milieu. Il n'y avait pas à dire, Miss Harper régnait en maître sur le royaume des petites filles adorables. Charmante et irréprochable, évidemment.

« Je suis tout à fait d'accord avec Juliet, renchérit-elle quand cette dernière assura à Cassandre qu'elle était splendide, tu n'as rien à nous envier. »

Elle était même bien plus digne de tous les compliments dont Isadora Flint était alors abreuvée par les jeunes Warlock, Nott et Nimbus de Pompadour. Ce dernier mentionna ensuite le « plaisir trop rare » de croiser Joy ici. En effet, Philip Highlands préférait se tenir à l'écart des mondanités et Joy était loin de lui en tenir rigueur.

« Le plaisir est partagé », sourit-elle.

Au moment même où Cassandre terminait d'honorer tous les membres du petit cercle, imitée par Jordan à qui – le pauvre – elle ravissait toute occasion de déblatérer des louanges, Théo Nott se faufila aux côtés de Juliet. Il ouvrit lui aussi le ballet des convenances et Joy fut contrainte d'écouter les mêmes propos pour la centième fois de la soirée, ce qui se révélait lassant au bout du compte. Lorsqu'ils auraient fini de répéter combien ils étaient tous ravissants, brillants, géniaux en somme, ils pourraient peut-être commencer un semblant de conversation. Justement, Cassandre aborda le sujet du Quidditch. Étonnant comme il revenait souvent lorsqu'il était question de Joy Highlands ! Peut-être parce qu'au fond, c'était le seul domaine qui faisait d'elle quelqu'un d'intéressant. Effectivement, elle ne s'illustrait ni dans les disciplines scolaires, ni dans l'étalage de son assurance légendaire. Elle n'était pas préfète et ne se démarquait pas par ses fréquentations ou ses ambitions. Elle était même plus qu'insignifiante s'il n'y avait pas le Quidditch. Souvent, elle aimait préciser que c'était sa passion. Mais il n'y avait pas que le plaisir de voler et d'élaborer des stratégies ; le Quidditch, ça lui donnait aussi l'impression de faire partie de quelque chose de concret – elle si fréquemment indécise –, ça la faisait se sentir quelqu'un – elle qui avait tant de mal à définir la personne qu'elle était. Le Quidditch, c'était un moyen pour elle de savoir quoi dire, de dominer son petit monde, d'appartenir à quelque chose, d'être en somme.

« Merci, dit-elle sincèrement à Cassandre après que cette dernière l'ait félicitée, puis elle se retourna vers Théo et Jordan qui lui souhaitaient de belles victoires pour affirmer : On y travaille ! Mais nul doute que l'équipe de Poufsouffle sera difficile à battre... »

Ne sachant pas décider qu'en faire, Joy rangea cette avalanche de gentils compliments dans un coin de sa tête. Elle n'avait fait que sélectionner les meilleurs et, au départ, n'avait aucunement pensé que ses choix auraient autant de répercussions ; pourtant, elle n'avait pas hésité. Les observations en général étaient plutôt positives, puisque Cassandre soutenait que c'était l'une des meilleures choses qui soit arrivée au Quidditch, Théo affirmait que c'était un choix courageux et Juliet et Jordan prétendaient qu'elle était une bonne poursuiveuse (même sans le balai de Jordan). Ce dernier demanda à Mrs Flint à quelle table elle était assise ce soir, en mentionnant le nom de Mrs Carrow. L'aïeule en profita pour s'éloigner vers son amie ; tout en se rendant compte qu'elle était crispée depuis un bon moment, Joy se détendit. Le soupir quasiment imperceptible de Juliet ne lui échappa pas ; elle n'était donc pas la seule à être mal à l'aise en présence de la grand-mère de la jeune femme.

« Je ne sais pas encore, j'y réfléchis », répondit-elle à Juliet lorsque celle-ci lui posa la question sur l'avenir – la question piège. Elle préférait rester prudente sur le sujet, mais les projets des autres l'intéressaient, eux, aussi fut-elle ravie que Juliet leur demande vers quoi ils voulaient s'orienter. Joy était toute ouïe.

Comme d'habitude.
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Paige Warlock - Serpentard - 17 ans


Paige était comme une sirène dans l'eau. Elle était parfaitement à l'aise dans ce genre de réception, parce qu'elle en connaissait les règles par cœur. C'était toujours les mêmes codes, les mêmes rituels, les mêmes phrases répétées encore et encore, les mêmes sourires. C'était un protocole qu'elle maitrisait depuis ses six ans, et elle devenait douée à ce jeu-là. C'était tellement facile. Facile de se faire aimer par des gens qu'on ne connaissait pas, de leur présenter une surface qui leur plairait. C'était beaucoup plus facile que de se faire aimer pour de vrai. Etre appréciée sur une première impression, sur un sourire hypocrite ou un compliment mielleux c'était simple. Etre aimée pour ce qu'on était vraiment, se révéler, être honnête et trouver quelqu'un pour vous accepter, ça c'était difficile. Paige pensait avoir trouvé cette personne en Joy, elle était réellement proche de son amie et aimait croire qu'elle pouvait vraiment être elle-même en sa compagnie.

Alors qu'Andrew déposait un baiser sur la main de Juliet, celle-ci se présenta et assura qu'elle avait eu l'occasion de rencontrer leur frère. Paige sentit clairement son ainé se tendre, son bras tressaillit sous le sien, mais elle n'en montra rien et adressa un sourire ravi à la Gryffondor, qui continua en assurant qu'Eliott suivait une formation passionnante. Avait-elle rêvé ou y avait-il réellement un sous-entendu dans la phrase de Juliet ? Elle était persuadée de l'avoir entendu marquer une pause avant "passionnante".  La cadette des Warlock ne répondit pas au regard -sans doute paniqué- qu'Andrew lui jeta, gardant les yeux rivés sur le visage de Juliet en hochant la tête. Ne rien laisser paraitre, jamais, c'était peut-être la règle de survie numéro un dans la haute société. De toute façon si Juliet venait à dévoiler la vérité il n'y aurait qu'Isadora Flint pour l'entendre. Mais si Mrs Flint le savait...Tout le monde le savait. Eliott Warlock, chauffeur de taxi, voilà qui nourrirait les discussions toute l'après-midi. Elle n'osait même pas imaginer l'état dans lequel serait son père si cela venait à éclater maintenant. Un véritable scandale. Le cauchemar.

Paige resserra imperceptiblement ses doigts autours du bras d'Andrew et s'arrêta de respirer, sans se départir de son sourire. Elle faisait trop d'efforts pour que leur famille conserve une apparence de perfection, pour qu'on admire la bonne-entente qui régnait entre eux et pour qu'on félicite son père pour ses enfants si sages et si brillants. Elle se donnait trop de mal pour que tout ça parte en fumée. Elle avait besoin de cette image de famille heureuse, à défaut de l'avoir pour de vrai.  Elle se détendit et s'autorisa à souffler quand Juliet affirma que Médicomage devait être un métier fascinant. Paige ignorait comment et pourquoi Eliott et Juliet s'étaient rencontrés. Elle ne savait pas si la Gryffondor savait la vérité ou si elle avait cru aux mensonges de son frère, mais de toute façon ce n'était pas ce qui comptait. La vérité n'avait que très peu d'importance dans une réception comme celle-ci.

"Passionnant en effet, mais très prenant. Tu as bien de la chance de l'avoir croisé, cela fait des semaines que nous ne l'avons pas vu ! Le ton était complice, le regard reconnaissant. Il espère être des nôtres l'an prochain, quand sa formation sera terminée." Elle nota mentalement de commencer à chercher un nouveau mensonge pour l'année prochaine.

Elle qui affirmait que la vérité n'avait pas sa place dans des conversations comme celle-ci devait bien admettre qu'il y avait une part de vrai dans ce qu'elle venait de dire. Cela faisait des semaines qu'elle n'avait pas vu son frère, des mois même. Il lui manquait, même si elle ne le disait jamais. Paige chassa ses pensées dans un coin de son esprit et salua avec un grand sourire l'arrivée de Cassandre Harper. Elle était épatante, et enchainait les compliments sans faux pas.

"Tu n'as pas à faire d'efforts Cassandre, tu es toujours si jolie ! répondit-elle à la jeune Gryffondor. Tu nous ensorcellerais tous avec de tels yeux."

Cassandre complimenta ensuite Joy sur son travail avec l'équipe de Serpentard et le sourire de Paige se fit plus sincère. Elle était réellement fière de ce que son amie avait fait de l'équipe –même si elle n’aurait jamais sélectionné cette brute de McGowan. Joy avait fait des choix audacieux, allant contre l'avis de beaucoup et faisant preuve d'un certain courage que Paige ne pouvait qu'admirer. Elle n'aurait jamais pu faire de telles choses, risquer de déplaire à toute une partie de sa maison, prendre des risques, revendiquer des idées qui ne plaisait pas à la majorité. Ils furent rapidement rejoints par Théo Nott et Jordan Nimbus de Pompadour qui, après les politesses imposées, félicitèrent également Joy pour son travail en tant que capitaine. Paige adressa un grand sourire à son amie, se demandant si celle-ci apprécierait d'être le centre de l'attention, surtout devant Mrs Flints et Andrew, qu'elle ne connaissait pas. Ils seraient probablement tous plus à l'aise entre élèves de l’école, débarrassés de toutes les convenances que le cadre et la présence de leur famille leur imposait. Isadora Flint assura qu'elle les quittait pour aller retrouver Mrs Carrow et Paige bondit sur l'occasion.

"Andrew va vous accompagner à votre table, lança-t-elle avec un sourire, se retenant de grimacer quand son frère lui expédia un léger coup de coude. Tu salueras Daphnée Greengrass pour moi ? Je l'ai manqué tout à l'heure, elle était occupée avec Maisie MacMillan", ajouta-t-elle à l'intention de son ainé.

Ce qu'elle n'avait pas manqué, en revanche, c'était les regards un peu trop longs que son frère jetait en direction de Daphnée. Elle le virait et le condamnait à supporter Isadora Flint mais lui donnait une bonne raison d'aller saluer l’ainée des Greengrass, ça compensait, non ? Elle s’excuserait plus tard, de toute façon, il aurait droit à son sourire le plus adorable et à une moue désolée. Elle adorait son frère mais aimait bien l’idée de passer un moment avec ses camarades sans l’avoir sur le dos. Il serait capable de grincer des dents au moindre regard ou compliment venu de Jordan ou de Théo. Paige remarqua que tout le monde paraissait un peu plus détendu, maintenant qu'ils étaient entre "jeunes" comme diraient leurs parents. Elle fit toutefois attention à conserver un maintien impeccable et des manières élégantes, au cas où on les observerait. Juliet laissa échapper un soupir de soulagement qui fit sourire la Serpentard, avant de les questionner sur leurs projets d'avenir. Joy choisit une réponse prudente, assurant qu'elle réfléchissait encore au fait de poursuivre dans le Quidditch. Paige se promit de la questionner à ce sujet plus tard.

"J'hésite encore moi aussi, je n'envie pas la place des septièmes années je ne voudrais pas avoir à me décider tout de suite."

Elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle voulait faire plus tard. Elle avait d'assez bonnes notes, beaucoup de portes lui étaient ouvertes. Etrangement, ses parents ne lui mettaient pas trop de pression. Peut-être parce qu'elle ne ferait jamais mieux qu'Andrew, mais jamais pire qu'Eliott, alors ils ne s'inquiétaient pas. Ils avaient connu les deux extrêmes, comment pourrait-elle les surprendre ? Ou peut-être parce qu'il se souciaient plus du métier de son futur mari que du sien. Paige écouta donc avec attention les réponses de ses camarades, espérant que certains lui donneraient de bonnes idées.
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Cassandre n'était pas quelqu'un de timide, loin de là. Elle avait un courage et une assurance très Gryffondor, doublés d'une bonne estime d'elle-même, elle le reconnaissait largement, qui lui permettait de garder la tête haute dans de nombreuses situations. Elle n'était pas du genre à rougir ou à baisser les yeux, que ce soit pour une raison ou un autre. Et elle n'était sûrement pas du genre à rougir devant un garçon, elle avait un peu plus d'estime et de dignité que cela, elle n'était pas une vulgaire midinette, du genre qui se pâmaient devant les joueurs de Quidditch. Enfin, c'est ce qu'elle disait auparavant. Parce que si on lui avait un jour dit qu'elle rougirait devant Théo Nott, elle aurait ri au nez de son interlocuteur. Elle l'appréciait depuis leur étrange conversation devant la porte du bureau d'Edmund et elle l'estimait assez mais cela s'arrêtait là. C'est pourquoi elle lui avait souri amicalement lorsqu'il s'était glissé auprès d'elle, leur petit groupe attirant visiblement tous les jeunes gens de la soirée, sûrement fatigués comme eux de rester avec les adultes. Mais la chose à laquelle elle ne s'attendait pas, c'était de sentir ses joues la brûler lorsqu'il fit discrètement référence à cette même conversation, de façon à ce qu'elle soit la seule à l'entendre. Elle se serait donné une claque pour avoir rougi de cette manière. Mais, désireuse de sauver un minimum les apparence, elle fit comme si elle n'avait rien entendu et garda la tête haute même si le rose sur ses pommettes la trahissait certainement pour celui qui y faisait attention. Elle mit un peu de temps à recouvrer toute son assurance et répondit à tous les compliments avec un grand sourire, baissant les yeux quelques fois dans une position faussement modeste. Et elle fit très attention à ne même pas frôler Théo.

Ce compliment lui avait fait étrange, ce n'était pas son genre de réagir comme cela et elle n'était surtout pas du genre à faire tourner des paroles en tête comme cela. Or la phrase de son camarade ne semblait pas décidée à sortir de son esprit. Il avait dit cela pour faire référence à leur conversation, c'était tout. C'était d'un banal, c'était tout à fait innocent et il n'y avait pas de raison d'y penser plus que cela. Elle n'avait pas matière à extrapoler et elle refusait de se lancer dans cette voie. Elle avait un peu plus de cervelle que cela, tout de même, elle valait mieux que cela. Le fait que la phrase soit juste pour elle ne voulait rien dire non plus. Elle était en train de s'agacer toute seule avec un tel comportement. Un peu de dignité, se tança-t-elle. Elle devait penser à autre chose, oublier cette phrase complètement anodine bien évidemment et revenir à l'instant présent. Elle salua poliment Mrs Flint et Andrew Warlock qui s'éloignaient et tourna la tête vers Joy quand elle répondit prudemment à la question de Juliet sur leurs orientations respectives. Paige Warlock avoua qu'elle hésitait encore également. De toute manière, songea Cassie de manière peu charitable mais véritable, l'orientation de Paige Warlock allait peu influer sur son avenir. Elle était la fille de John Warlock, son mariage compterait plus que son métier, si elle en exerçait un. De nombreuses jeunes filles ne se lançaient même pas dans une carrière, étant donné qu'elles devront l'arrêter après leur mariage. Il y avait bien des exceptions, comme Elizabeth Ann, sa cousine et la soeur d'Edmund, qui était devenue Médicomage par passion et exerçait encore à mi-temps ou sa propre mère qui avait travaillé comme traductrice au Ministère afin de prendre de l'indépendance vis à vis de ses parents après sa sortie de l'école. Grand bien lui avait pris, vu qu'elle avait ainsi rencontré son mari. Beaucoup de jeunes filles restaient à la charge de leurs parents et se mariaient jeunes. Elles passaient ensuite du temps ensemble, en bonne société. Il n'y avait pas à dire, la vie des sorcières de Sang-Pur étaient assez tranquilles. Même si elle caricaturait, quand on y pensait bien. Les temps évoluaient et les jeunes filles travaillaient de plus en plus, par choix. Elle-même était issue de la famille Bones, qui poussait ses héritières à travailler, à avoir de hauts postes même, comme le prouvait feue sa tante Amélia. Et désormais, les filles de sa génération devront étudier avec l'université obligatoire. Il n'y avait pas à dire, les mœurs changeaient.

- J'hésite également, avoua-t-elle quand vint son tour de répondre. Je pense entrer au Ministère, la justice magique m'intéresse beaucoup. Je suis tentée de devenir avocate, pour être tout à fait honnête, mais ce n'est encore qu'un projet.

Ses parents étaient divisés à ce sujet. Sa mère ne voulait pas qu'elle travaille et son père voulait qu'elle fasse carrière. Et Cassandre voulait également travailler, peu importe ce qu'en pensait sa mère. Il était hors de question qu'elle soit dépendante de quelqu'un d'autre pour vivre et elle avait trop de capacités pour rester à entretenir une maison et à organiser des réceptions. Elle avait d'excellents résultats partout - sauf en botanique, mais elle n'avait jamais eu la main verte - et toutes les portes s'ouvraient à elle. Et elle comptait bien devenir l'héritière de toute la fortune et des actions Harper, peu importe ce qu'en pensait son cousin Sebastian qui voulait tout donner à son fils. Elle était l'aînée de la dernière génération et tout devait lui revenir, même si elle était une fille. Et pour cela, elle devait faire son chemin, pas rester dans l'ombre d'un mari. La justice magique la tentait bien, il est vrai, même si son père la poussait vers la Coopération, elle savait très bien pourquoi.

- Enfin, tout comme Paige, encore plus qu'elle, j'ai encore du temps. Et si ce projet se concrétise, je connais déjà le futur Directeur de la Justice Magique, ajouta-t-elle malicieusement.

Cassandre était la fille d'un membre du SPAM et elle savait très bien que l'on espérait du très prometteur Andrew Warlock qu'il récupère un jour le poste que possédait son père avant l'épuration du MIM. Les Warlock et les Harper avaient en commun d'avoir tous les deux perdu un poste de Directeur de Département. Mais John Warlock était également le Président du SPAM ce qui lui avait permis de retomber sur ses pieds, tandis que Cornélius avait dû se reposer sur les liens qui unissaient leur famille à celle des Nimbus de Pompadour, Lawrence lui ayant proposé un poste de cadre après son renvoi. Pour faire face aux changements et à l'évolution du monde, les familles de Sang-Pur se devait de rester soudées pour garder leur place dans la société et leur influence et puissance. Les liens entre eux étaient importants et ils se devaient tous de coopérer, malgré les tensions qu'il y avait entre eux. C'était le seul moyen de garder leur position et de ne pas se laisser renverser par le reste des sorciers. Les anciens faisaient tout pour que tout reste en place mais ce n'était un secret pour personne : ce serait à eux, la jeune génération, de composer pour sauvegarder - ou détruire - la place que leurs familles respectives chérissaient dans la société depuis des années. Pour Cassandre, le choix était clair. Elle était une Harper et cela signifiait quelque chose : il était hors de question qu'elle laisse la construction de ses ancêtres disparaître, même si elle devait pour cela faire des sacrifices.  

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Mondanités [La jeunesse dorée :face:]

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